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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 10:52

Le duel de M. Myope n'est pas un film "de" Max Linder, car s'il y a bien une filmographie difficile à établir, c'est celle du grand acteur-réalisateur... A ses débuts chez Gaumont (Entre 1907 et 1911), il était le plus souvent l'auteur de l'argument, mais les réalisateurs maison (Gasnier, Nonguet, voire George Monca) se chargeaient de la mise en image. Quelques années après ils devenaient des "assistants techniques", ce qui me fait penser que le patron sur le plateau, ce devait quand même être Max lui-même, comme plus tard Keaton (Qui a signé lui-même la plupart de ses films, mais le plus souvent en co-direction), et Harold Lloyd (Qui lui n'a jamais été crédité à la moindre réalisation de ses films chez Hal Roach ou ailleurs).

Ce petit court métrage est typique de la production de Linder de l'époque: il pose une situation et l'exploite jusqu'au bout, en l'occurrence la mauvaise journée d'un homme si myope qu'il provoque autour de lui des catastrophes, et donc à un moment ou un autre il était inévitable dans cette France d'avant la première guerre mondiale, qui n'a pas encore réussi à sortir du XIXe siècle, qu'un duel ne soit provoqué... C'est drôle; mais ça l'est essentiellement par le fait que Linder réussit à jouer cette "scène comique", comme on dit, avec une assurance et une rigueur étonnante: le jeu des acteurs en cette période était le plus souvent exécrable... Pas Max.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Max Linder
10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 10:01

La réussite d'un film tient parfois à pas grand chose... et parfois, c'est le contraire. Non que Friedkin ait usé de moyens malhonnêtes pour réussir son film, mais il a tout fait dans le bon sens, n'a pas commis la moindre erreur, et on se retrouve aujourd'hui avec un classique. Bien sur, des vendeurs de pixels vous le proposent aujourd'hui dans les magasins sous l'appellation de "Film le plus effrayant de tous les temps", ce qui est non seulement hors-sujet, c'est aussi profondément insultant (Sans parler de la soi-disant "Director's cut" qui va précisément à l'encontre des principes qui étaient ceux de Friedkin à l'époque de la conception du film), et pour résumer, c'est du pur marketing. Revenons donc à la source...

L'intrigue du film est, en apparence, l'histoire d'une possession, celle d'une jeune fille de 12 ans par un démon, Pazuzu, et les déboires qui s'ensuivent lorsque la mère (Séparée de son mari) doit gérer non seulement la "maladie" de sa fille, mais aussi les manifestations physiques et surnaturelles liées au phénomène... Mais c'est aussi un peu plus l'histoire d'un prêtre Catholique issu de l'immigration Grecque, le père Karras, qui perd la foi, et cherche d'autant plus une porte de sortie que sa mère vient de mourir et qu'il se sent responsable, sans parvenir un seul instant à croire qu'elle ait quitté son enveloppe terrestre pour un endroit meilleur. Mais ce que nous révèle le prologue, qui n'est absolument pas anodin, et qui a été tourné incidemment en Irak, près de Mossoul (Actuellement en proie à un autre type de possession), c'est que le film est en réalité le récit d'une confrontation, une rencontre titanesque entre le bien, incarné par un prêtre âgé et malade, le père Merrin, et un démon antique qui vient de se réveiller, Pazuzu. Un plan ici annonce la bataille à venir: Merrin est debout sur un promontoire, et il a face à lui la statue triomphalement priapique du démon en question: le film peut commencer...

En effet, la jeune Regan (Linda Blair) n'est pas le centre du film, encore moins le centre du monde, elle n'est finalement qu'une victime collatérale du combat éternel entre le bien et le mal... Bien sûr, il faut l'oser. Mais la force du film vient précisément du fait que Friedkin, de bout en bout, utilise la rigueur comme premier principe; et pour commencer en disciple d'Hitchcock il s'interdit de tomber dans le piège de ce que j'appelle le "Syndrôme de la Marie-Céleste", du nom de ce bateau trouvé un jour vidé de tous ses passagers, sans qu'aucune explication immédiate puisse rassurer les cartésiens. A toute proposition d'en faire un film, Hitchcock répondait par la négative, parce qu'il savait que le spectateur demanderait des explications, et aucune explication de ce mystère ne saurait être plus intéressante que le mystère lui-même... un piège à éviter, donc, consistait à laisser planer le doute sur la réalité de la possession vis-à-vis du spectateur, en le laissant dans l'attente d'une confirmation spectaculaire, ou d'une explication logique. Afin d'éviter ce piège, Friedkin a donc décidé de placer le film dès le départ sur le terrain mystique, puis a continué dans ce sens en intercalant les passages concernant Regan et sa mère d'une part, et ceux concernant le père Karras d'autre part: en faisant de la sorte, il confirmait d'entrée, voir annonçait le fait que la possession de Regan était bien de nature religieuse, et qu'elle se jouerait probablement entre les prêtres et le démon...

Donc après l'avoir montré en action (Participant à des fouilles, prenant le thé, puis finalement en tête à tête avec la statue de Pazuzu), Friedkin enlève du film le père Merrin pour ne plus nous le restituer que trente minutes avant la fin... dans les 80 minutes de pellicules durant lesquelles il n'apparaît pas, le récit de possession se met en place à Georgetown, et Friedkin ménage ses effets au maximum (Du moins dans la version initiale, car la version de 2000 rue dans les brancards en ne ménageant plus rien, toute en images subliminales et en concessions au mauvais goût), laissant le spectateur, consciemment ou non, attendre l'arrivée du vieux prêtre. Il a suffisamment mis d'indices dans ces dix premières minutes pour qu'on se raccroche de manière sure à la continuité, avec en particulier un objet dont la présence est inexplicable: pourquoi en faisant des fouilles d'un site antique, le père Merrin trouverait-il une médaille de St Joseph? Pourquoi cette même médaille se retrouve-t-elle au cou du père Karras, à Georgetown, alors que les deux hommes ne se sont jamais rencontrés? Afin de ne pas faire de son film une surcharge de sens, Friedkin nous écarte aussi pour des moments-clé: un ami de Chris, la maman de Regan, a passé une vingtaine de minutes dans la chambre de celle-ci avant d'être défenestré, puis de mourir. La scène n'est racontée qu'après coup: que s'est-il passé? De même, la mort de l'un des protagonistes n'est-elle découverte qu'après...

Le film a été tourné avec la collaboration de plusieurs autorités ecclésiastiques, et Friedkin s'est beaucoup documenté (il a même recopié in extenso les phrases entendues sur une bande magnétique enregistrée sur le lieu d'un exorcisme, durant sa phase de documentation), et il a été jusqu'à faire jouer plusieurs prêtres dans le film; de plus,  Jason Miller qui joue Karras est un ancien séminariste! C'est paradoxal, car William Peter Blatty, auteur du roman, voulait un athée pour diriger l'adaptation de son film... Mais Friedkin, croyant ou non, a choisi de considérer la notion d'exorcisme comme réelle dès le début et a fait de son film une authentique et rigoureuse bataille entre la foi et le diable. Si en plus on ajoute qu'il était aussi un documentariste, on aura compris que l'attelage était inattendu. Le résultat est sans appel: ce qui rend précisément ce film si parfait, c'est son équilibre entre faits et fiction: Les truquages sont tous mécaniques, et un parfum de captation de la vérité est permanent dans le film, dès les séquences tournées en Irak. Aucun artifice n'est là pour nous forcer à y croire, et le résultat n'est jamais atténué par une quelconque explication. Les quelques rares "apparitions" subliminales ne gâchent jamais le reste. L'extraordinaire prestation de tous les acteurs, à commencer par Linda Blair (Mais Ellen Burstyn, en mère affolée et au bout du rouleau, et bien sur les prêtres joués par Max Von Sydow et Jason Miller sont eux aussi splendides), et la caméra distante, plus l'impression de plans parfois volés dans les rues, font de ce film-coup de poing un chef d'oeuvre des années 70. Et les choix moraux en permanence du réalisateur, font de ce film un digne successeur de Psycho, autre film hautement digne dans sa conception, autre réussite absolue du cinéma Américain, et au passage autre film mal perçu et mal vendu aux jeunes générations consommatrices de pop-corn et de film, qui le traitent à égalité avec des nanars. Non, cet Exorciste, en plongeant tête la première dans la lutte entre le bien et le mal, se situe à la source même des arts graphiques et narratifs, nous laisse en paix avec nos consciences et nos désirs de croire ou ne pas croire, et oui, bien sûr, nous fait d'autant plus peur.

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Published by François Massarelli - dans William Friedkin
9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 17:53

Dernier des courts métrages de Frank Tashlin à la WB, ce film est aussi le deuxième de ses Bugs Bunny! contrairement à ses camarades, il ne semblait pas trouver son compte dans les aventures du lapin, et c'est bien dommage car ce film fait entendre une voix intéressante...

Pour commencer il partage avec Clampett le fait de ne pas utiliser de façon fixe et uniforme le personnage de Bugs, qui est ici plus élastique, moins traditionnel que dans les films contemporains de Jones et Freleng qui l'avaient une fois pour toutes rendu immuable. Et son approche est intéressante car il part d'une supposition osée: Elmer a besoin de chasser le lapin, parce qu'il est un savant fou qui doit procéder à des expériences... Et c'est afin de s'amuser que Bugs se laisse attraper!

Tashlin ne succombe pas trop à la tendance "verbeuse" des cartoons de Bunny, et d'ailleurs il en oublie presque une tradition importante: le "What's up doc?" est lâché par Bugs à un moment avancé du cartoon, alors que lui et Elmer s'apprêtent à sortir du cadre... Ca n'empêche pas Tashlin de se livrer à quelques jeux de langages, mais... il le fait de façon visuelle, comme le prouve une illustration ci-dessous (Vis: Screw; Balle: ball; Et "screwball", ça veut dire "cinglé"...)

 

Hare remover (Frank Tashlin, 1946)
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Published by François Massarelli - dans Bugs Bunny Animation Looney Tunes
9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 16:33

1575. Un groupe d'hommes, dans un immense palais, contemplent une immense carte, et l'un d'entre eux couvre de son ombre une importante partie de la carte, et annonce quelque chose qui ressemble beaucoup à "Aujourd'hui l'Espagne, demain le monde!" Philippe d'Espagne vient de lancer un processus qui va le conduire à défier la plus puissante nation du monde, la Grande-Bretagne, et son impressionnante reine Elizabeth. Mais dans cette séquence, où Michael Curtiz joue de l'espace, de l'ombre, de la composition et du costume (Les hommes sont tous habillés en noir et ressemblent à des dignitaires fascistes), il est difficile d'oublier que le film date de 1940, et qu'une telle volonté malsaine d'hégémonie sonne un peu trop contemporaine pour que ce soit innocent... Car, et c'est vite évident, ce Sea hawk n'a aucun rapport avec la première version tournée en 1924 par Frank Lloyd. c'est un véhicule pour Errol Flynn, dans lequel Michael Curtiz semble une fois de plus partir en mission pour les frères Warner, toujours plus rooseveltiens que la Maison Blanche, et anticiper sur l'inévitable retournement à venir: car en 1940, les Américains ne comptent pas encore s'engager dans la guerre... pour l'instant.

L'intrigue du film suit les aventures de Geoffrey Thorpe, un corsaire qui agit essentiellement pour sa reine, et qui va être aux premières loges des conflits à venir. Il va bien sur y trouver l'amour, en la personne de Dona Maria Alvarez, une noble Espagnole qui a des affinités avec l'Angleterre. En chemin, il va y avoir des combats navals, des coups de théâtre, des évasions spectaculaires, des traîtrises, et bien sur un duel fantastique. Ce film offre tout ce qu'on peut espérer d'un film de Michael Curtiz avec Errol Flynn, mais de fait, le vieux maître est inspiré! Le budget de ce film a du être colossal: le luxe visuel, le soin apporté aux décors, la beauté constante de l'image sont admirables, et Curtiz a signé le film de bout en bout: séquences de balayages d'immenses espaces remplis de figurants, scènes d'actions tournées au plus près des corps, et ombres gigantesques qui prennent la place des acteurs... Il s'est trouvé à l'aise dans cette histoire de corsaire qui doit convaincre sa reine de ne pas écouter les mauvaises personnes, et qui doit tout sacrifier s'il le faut pour un idéal plus grand que tout.

Et le film n'est bien sur pas qu'une fête esthétique, c'est aussi une impressionnante métaphore de l'urgence dans laquelle l'Europe se trouve à l'époque de la réalisation du film. Curtiz allait récidiver avec The Santa Fe Trail, mais il réussit vraiment ici à placer son intrigue du XVI e siècle Elizabethain au coeur du XXe siècle, grâce à sa première séquence, mais aussi et surtout grâce à un discours final d'Elizabeth, qui dit clairement la détermination des Anglais à dresser un rempart contre la barbarie... Et ce n'est pas un hasard si on a confié le rôle de la souveraine à une Anglaise, Flora Robson. Celle-ci est parfaite, du reste, mais elle connaissait déjà le rôle... Tout le reste de la distribution est excellent, de Henry "Le traître" Daniell, à Alan Hale en passant par le vieux copain de Curtiz Claude Rains, et Donald Crisp. On regrette l'absence de Olivia de Havilland, remplacée par Brenda Marshall (Qui?) mais la dame de compagnie de Dona Maria n'est autre que la grande Una O'Connor, qui joue, une fois n'est pas coutume, une Anglaise. Enfin, l'image bénéficie du métier de l'impeccable Sol Polito, avec un passage en sépia durant un intermède dans les mers chaudes, et la musique est signée de Erich Wolfgang Korngold: Bref, du grandiose, quoi!

The sea hawk (Michael Curtiz, 1940)
The sea hawk (Michael Curtiz, 1940)
The sea hawk (Michael Curtiz, 1940)
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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz Aventures Errol Flynn
9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 09:07

On n'attendait pas vraiment Griffith sur ce terrain, mais le titre de cette chronique douce-amère est un peu une antiphrase... L'auteur de tant de mélodrames, si peu enclin à manier l'humour subtil des mots, s'est pour une fois laissé aller, pour un de ses films les plus inattendus, et les plus personnels. Il a aussi été à l'encontre de sa tendance si facile à la xénophobie, et en particulier pour qui a vu Hearts of the world, à l'anti-germanisme le plus primaire. Il convient de rappeler que Griffith a toujours suivi le vent, et que le vent de 1923 n'est pas le même que celui de 1918 au niveau des sentiments de l'Amérique envers l'Allemagne. Mais de là à imaginer David Wark Griffith emmenant sa troupe (Carol Dempster, Neil Hamilton, Frank Puglia, et le chef-opérateur Hendrik Sartov) en Europe pour en ramener un état des lieux de la pauvreté de la population Allemande écrasée par la crise, franchement, il y avait un pas à franchir... C'est pourtant ce que propose ce film adapté d'un roman de Geoffrey Moss, qui montre, avec des extérieurs filmés en Allemagne et en Autriche, la vie d'ne famille (De réfugiés Polonais, afin sans doute de contrer l'éventuel sentiment anti-Germanique qui restait important aux Etats-Unis) qui tente de remonter la pente: trouver un logement, de la nourriture, un travail, se prendre en charge et reconstruire une vie décente...

Les rôles principaux sont tenus par Carol Dempster et Neil Hamilton: Inga est une jeune orpheline recueillie par une famille Polonaise, et elle aime Paul, l'un des deux grands fils, et celui-ci le lui rend bien. Leur idylle, qui les pousse à s'en sortir, est le fil rouge du film. Autour d'eux, bien sur, une galerie de personnages qui sont une vraie famille élargie, avec quelques nouveaux venus, dont Lupino Lane, récemment immigré aux Etats-Unis (Il était Britannique). Ici, il est un compagnon d'infortune de la famille, qui tente par tous les moyens d'égayer ses amis avec des acrobaties, des chansons et des danses. Le film serait débarrassé de toute menace humaine, si Griffith n'avait pas saupoudré sa continuité d'apparitions d'un homme sombre, grand et à l'allure inquiétante. Une façon de nous prévenir qu'il y aura des ennuis pour Carol Dempster et Neil Hamilton. Mais même là, il ne cède pas à la tentation habituelle, et nous montre en effet une bande de voyous qui tentent, eux aussi de survivre; comme dit l'un d'eux, oui, ils sont des monstres, mais ce n'est pas leur choix...

L'interprétation, partiellement Européenne (Les voyous cités plus haut sont des acteurs Allemands), est assez solide, avec une mention spéciale, ce n'est pas souvent, pour Carol Dempster: elle est excellente dans le rôle de ce petit bout de bonne femme qui veut sa place au soleil, mais pas à n'importe quel prix... Le moment le plus célèbre de ce film montre Inga qui fait la queue pour acheter de la viande, avec une somme absurde en poche: elle a en effet 12 000 000 Marks sur elle, suite à la fameuse inflation la plus délirante de tous les temps! Elle espère pouvoir finir la journée avec un peu de viande en poche, mais les prix montent tellement vite qu'une fois arrivée à la boucherie, elle constate que la viande est désormais trop chère. L'autre versant de cette scène sera, dans La rue sans joie de Pabst, la fameuse scène durant laquelle des jeunes femmes sont réduites à la prostitution pour pouvoir manger. Mais Griffith, s'il nous montre un monde pas dénué de profiteurs, reste concentré sur la peinture de la résilience humaine, celle de tout un peuple. Il utilise le titre comme un leitmotiv, afin de rappeler qu'il y a toujours une solution, dans un monde qui en apparence va au chaos, il s'attache à montrer une famille qui va s'en sortir avec décence... Et même 90 ans après, ça fait du bien.

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith 1924 *
8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 17:55

Max Linder et son épouse sont bien tranquillement installés dans leur salon, lorsqu'on leur apporte deux choses volontiers complémentaires: à monsieur, une missive qu'on devine écrite de la main friponne d'une amie qui a des idées derrière la tête, à madame, une lettre et un paquet: le colis contient un baromètre de la fidélité et la lettre,signée de sa maman, lui explique que c'est un révélateur essentiel de la vie de couple; si l'un des deux trahit l'autre, le liquide qu'il contient se colore de noir... Ce qui ne va pas les empêcher de sortir, et de fauter tous les deux.

C'est l'un de ces innombrables films tournés par Linder au début de sa carrière, et si le sujet est du pur vaudeville, et pas des plus fameux, on constatera que derrière la tentation de n'y utiliser que des plans ou presque du salon, sous une forme assez théâtrale, affleure chez le comédien la tentation de la subtilité, et même une certaine forme de prise de pouvoir cinématographique: puisqu'il doit en faire des tonnes, le sujet l'exige après tout, il ne se prive pas et va jusqu'à utiliser une mèche de cheveux pour créer un effet burlesque, dont lui-même (Mais aussi Harold Lloyd) se souviendra. Du coup, en dépit de la direction sans âme de l'infect George Monca (Le Jean Girault des années 1900?), on s'en sort finalement assez bien...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet Max Linder
8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 17:31

Sir Oliver Tressillian (Milton Sills) a-t-il vraiment tué un homme? C'est ce que croient son voisin, sir John (Marc McDermott) et sa pupille, également soeur du défunt, et fiancée du suspect! Cette dernière est interprétée par Enid Bennett. Accusé de tous les maux, bannis, le malheureux est condamné aux galères, et... à l'aventure, qui va l'amener à devenir un corsaire pas très regardant, sous le nom de Sea Hawk (le faucon des mers)... Et sa vengeance, bien sur, sera terrible...

Frank Lloyd était un réalisateur autocratique et entreprenant, qui même après l'établissement d'une nouvelle forme de système de production dans lequel les metteurs en scène n'étaient plus qu'un des maillons de la chaîne, a continué à travailler dans le cinéma Américain comme il le faisait déjà dans les années 10: c'était lui le patron, et ses films étaient du genre ambitieux: aventures débridées, péripéties, Dickens (Oliver Twist, A tale of two cities), mélodrames, etc... Le problème, c'est qu'il a aussi eu tendance à limiter son style à ce qu'il faisait dans les années 10, et c'est ce qui est embarrassant dans ce film de deux heures, qui certes montre un certain panache, mais dont les lourdeurs convenues ("Mon dieu, mais cet homme s'allie avec les Arabes, c'est donc un renégat!!!") passent d'autant moins bien que le style de jeu histrionique de Milton Sills est assez insupportable. Le film montre une réelle ambition en particulier dans l'utilisation de vrais bateaux construits exprès pour le film sous la direction de Fred Gabourie (Collaborateur de tout premier plan de Keaton, faut-il le rappeler?), et si on est loin du film de pirates comme il se ferait quelques années plus tard, en tout cas, il y a des choses à voir... On y voit quelques combats navals de fort belle allure, mais rien de comparable, disons, avec Ben-Hur de Niblo (Sorti l'année suivante).

Dans ce film, on croise aussi le chemin d'une fripouille qui se spécialisait dans ce genre de rôle accessoire de bon vieux bandit qui vous viendra en aide au moment où vous y attendez le moins, Wallace Beery. Sa présence souvent rigolarde allège la punition du spectateur. Quant au titre, forcément, il est familier, mais ici, il y a plus d'affinités avec Le Comte de Monte-Cristo dans cette adaptation de Rafael Sabatini, qu'avec un autre film du même nom, réalisé sous la direction de Michael Curtiz, dont nous parlerons très prochainement, ce qui me fait dire que j'ai failli terminer cette courte chronique sans une seule fois écrire le nom de...

Errol Flynn.

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Published by François Massarelli - dans Muet Frank Lloyd 1924 *
7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 21:45

Que faire d'un héros de cartoon qui est inutile et mille fois trop mièvre? Lui donner des partenaires qui relèvent le niveau, tout simplement...

Dans ce film, Porky Pig, la première star des Looney Tunes, part donc chasser le canard sous la direction de Tex Avery. Dès la première séquence, on peut imaginer que Tex va s'intéresser au personnage, puisqu'il détaille un certain nombre d'accessoires (Toute une panoplie, comme lorsque le coyote de Chuck Jones commandera des objets via ACME!) qui vont lui servir à chasser... On voit même le héros contempler son reflet en chasseur tout équipé dans un miroir... avant de menacer son chien et de faire un gros trou non seulement dans le plafond, mais aussi dans le fond de pantalon du voisin du dessus...

Puis la chasse proprement dite est prétexte à de nombreux gags, avant que quelque chose de totalement inattendu ne se passe. Je pense que ça a du être inattendu pour Avery aussi, qui avait confié l'animation d'une séquence au jeune Bob Clampett. Celui-ci avait pour tâche de montrer un canard un peu zinzin contre lequel Porky ne pouvait pas lutter... On se retrouve donc face à un canard tellement excentrique qu'il a fallu le faire revenir à deux reprises dans le film, dont une fois en fin durant le carton final. Tex savait sans doute que le jeune Clampett avait eu une excellente idée, mais en fait, elle a eu trois conséquences: le canard est devenu une star, Daffy Duck (Qui s'est hélas affadi assez rapidement après avoir été une merveille d'anarchisme poétique à poil dur); l'apparition dudit palmipède a inspiré un autre animal crétin face aux dangers de la chasse, un lapin mystérieux qui n'allait pas tarder à évoluer; et enfin, Bob Clampett y a gagné ses galons de réalisateur...

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Published by François Massarelli - dans Daffy Duck Animation Looney Tunes Tex Avery
7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 21:21
Castello Cavalcanti (Wes Anderson, 2013)

Ce court métrage de sept minutes et 45 secondes est un bijou, on a envie de dire "comme d'habitude"... Financé par Prada, et tourné à Cinecitta, le film écrit et réalisé par Wes Anderson se veut un hommage à Federico Fellini, et on peut d'ailleurs en prêtant l'oreille entendre la musique de Nino Rota diffusée via une radio qui est dans le champ. L'histoire est assez simple: un soir, dans un petit village d'Italie, la communauté s'occupe tranquillement, en buvant du vin et en jouant aux cartes. Un Américain (Jason Schwartzmann), participant d'un rallye automobile, vient crasher sa voiture sur la place du village, mais est indemne... Il se remet de ses émotions, avant de se rendre compte qu'il est à Castello Cavalcanti, le village de ses ancêtres. Il réalise qu'autour de la table, se trouvent ses cousins... Après avoir vaguement attendu un autobus il décide de rester...

Voilà, c'est tout! Mais tout est dans la réalisation en clin d'oeil constant; l'excellent chef-opérateur Darius Khondji utilise beaucoup le truc de la caméra qui suit l'action et se trouve surprise par elle, en revenant sur ses pas, et bien sur Anderson privilégie les longs plans latéraux, comme à son habitude. le financement prestigieux lui permet de compter sur un budget conséquent pour un court métrage et une fois de plus, qu'ils totalisent deux heures ou moins de dix minutes, tous les films de Wes Anderson sont des bulles de plaisir, et celui-ci ne fait pas exception à la règle!

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Published by François Massarelli - dans Wes Anderson
7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 16:57

Sur les décombres du film de gangsters, Curtiz fait pousser une nouvelle espèce: le film de boxe... Edward G. Robinson y incarne Nick Donati, le manager honnête d'un champion qui vient de perdre face à un grand costaud, un poulain de son grand rival Turkey Morgan (Humphrey Bogart). Et lorsque celui-ci vient jouer les trouble-fêtes dans l'appartement ou Nick s'est enfermé pour une petite beuverie entre amis, ils ont la surprise de voir un gaillard que personne ne connaissait (Wayne Morris) faire son affaire au champion... Nick se saisit de l'affaire et va degenir le manager du nouveau venu, Ward Guisenberry, rebaptisé Kid Galahad en raison de son hygiène de vie. Le problème, bien sur, c'est que derrière tous ces hommes, il y a des femmes. La petite amie de Nick, Louise (Bette Davis), mais aussi sa soeur Marie Donati (Jane Bryant) vont quant à elles tomber amoureuses du vaillant boxeur, de quoi compliquer sérieusement la donne avec le très jaloux et très Italien Nick...

Impeccablement mis en scène, forcément, et construit au millimètre, ce film est une occasion de ne pas perdre une heure et quarante-et-une minutes de sa vie. Maître des ambiances et de l'esthétique, Curtiz sait exactement comment transformer un match de boxe en une fête cinématographique de tous les instants, car ceci, après tout, est l'un des premiers films qui ait su se rendre compte du fait que la boxe n'est pas seulement un sport brutal pour débiles profonds, mais aussi au cinéma l'une des plus photogéniques matérialisations du suspense... Et Nick Donati, interprété avec son génie habituel par Edward G. Robinson, est une fois de plus un héros dans la lignée de ceux qui font l'univers de Curtiz: son propre patron, intouchable du moins le croit-il, mais il va devoir, à un moment crucial de sa vie, faire un choix et ne pas se tromper. Les conséquences seront de toute façon désastreuses pour lui, car son heure est passée...

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz