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20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 10:23

Be my wife, longtemps invisible dans une copie intégrale, est le deuxième film de long métrage de Linder aux Etats-Unis. Il semble conçu largement pour en finir une bonne fois pour toutes avec le style très boulevardier de l'auteur, qui s'apprète à changer, en tournant deux longs métrages bien différents: The three must-get-theres d'une part, une parodie échevelée, et la comédie Le Roi du cirque.

Le film est à nouveau doté d'une intrigue qui part d'une situation sentimentale: Max aime Mary et Mary aime Max, mais la tutrice de cette dernière (Caroline Rankin, qu'on reverra dans le film suivant) préfère Simon, un gros benêt. Les deux amoureux usent de stratagèmes pour se voir, jusqu'au grand jeu utilisé par Max pour conquérir la tante de sa future épouse: il y est question de faire croire qu'un voyou s'est introduit, et que Max est le seul apte à le faire déguerpir. Un sujet qui fera le bonheur de Harold Lloyd dans Dr Jack, et Charley Chase quelques années plus tard dans une séquence de Mighty like a moose... La comparaison avec Chase est d'ailleurs intéressante: une grande part des ennuis de Linder est basée sur l'embarras. Il n'est pourtant pas entièrement assimilable au comédien Américain, victime toujours plus ou moins innocente: Max, lui, s'attire les ennuis tout seul... 

A propos de similitudes, de variations et d'emprunts, si courants dans le domaine de la comédie muette Américaine, dans cette première partie, se situe une scène avec Max déguisé en épouvantail, qui pourrait bien avoir influencé Keaton pour son court métrage The scarecrow, aussi. Décidément!

La deuxième partie est quant à elle située après le mariage, avec des quiproquos liés à un endroit qui est à la fois la maison d'une couturière, un speakeasy et un lieu de rendez-vous fripons. De fait le film s'essouffle tout en conservant un rythme assez rapide, mais à trop vouloir charger la barque, Linder a été trop loin. Et le film est son dernier situé dans la grande bourgeoisie, un domaine déjà largement squatté par DeMille: les comiques, eux, savaient situer leurs films chez les gens modestes, voire dans le monde de la misère. Le défaut principal de ce film en roue libre étant peut-être qu'il est quand même assez difficile d'aimer qui que ce soit dans cette galerie de personnages menteurs, manipulateurs, tricheurs et coucheurs, non?

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1921 Max Linder **
20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 10:19

Les films interprétés et parfois dirigés par Linder en France jusqu'à 1916 ne sont pas selon moi des sommets d'inventivité comique, contrairement à ce qu'on en dit. Vus par le biais d'extraits, au sein de la compilation réalisée par Maud Linder (L'homme au chapeau de soie) ils donnent l'impression d'un ensemble impressionnant, mais les films vus en entier souffrent de leur côté démonstratif, appuyé, de leur aspect boulevardier sans le culot d'un Lubitsch. Le premier grand problème (Le deuxième étant son état de santé) de Linder au moment de sa tentative Américaine de 1917, pour la Essanay, c'était de traduire son style en l'adaptant au burlesque Américain, reposant plus sur un comique d'observation que sur les variations sur les comportements sociaux.

C'est justement ce qui fait le prix de Seven years bad luck tourné 3 années plus tard: certes, Max Linder y est un bourgeois sur le point de se marier, élégant et séducteur, mais il est surtout amené à prendre la fuite à cause des malheurs qui s'accumulent sur lui. Il a cassé un miroir, et sa fiancée l'a immédiatement quitté, ce qui l'amène à voyager pour oublier, et à être confronté à des situations comiques, toujours exposées in extenso, et à la logique implacable.

Il rejoint de fait Harold Lloyd, dans ce film comme le suivant, puisque chaque situation le pousse à rivaliser d'ingéniosité (Parfois franchement malhonnête) pour se tirer d'un mauvais pas. La scène la plus connue est bien sur le gag du miroir, qui a été inventé bien avant, mais comme l'a démontré David Kalat, il est bien difficile de savoir par qui. Mais il y a d'autres scènes, autant de constructions ouvragées et maniaques: une séquence peut retenir l'attention par le fait que Max Linder s'y comporte comme aucun autre acteur ne l'aurait fait, ni Chaplin, ni Laurel, Ni Lloyd, ni Keaton ou Langdon. a moins que... Arbuckle, peut-être. Réfugié dans une cage avec un lion, pour échapper à la police, il met constamment les agents au défi de le rejoindre pour l'arrêter... La scène joue sur le déguisement comme une grande partie du film, mais pas le costume de Max: un singe a chapardé le képi d'un policier, et un autre porteur d'uniforme se voit contraint de porter une armure pour affronter les fauves.

Contrairement à Keaton et Chaplin, si le comédien Français se met dans les ennuis dès qu'il se confronte au monde, il entraîne consciemment les autres à sa suite, pour notre plus grand bonheur... le film est élégamment mis en scène, fort bellement photographié, et le montage en est d'une grande rigueur... Ce qui est une prouesse, tant le script donne l'impression d'avoir été assemblé avec des séquences disjointes, dont je ne serais d'ailleurs pas étonné d'apprendre que certaines ont été improvisées! 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet 1921 Max Linder **
19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 17:41

On appréciera la différence entre le titre Espagnol et le titre Français, qui semble exploiter sans vergogne le succès contemporain d'un certain film Warner d'Alan Crosland... Mais pourtant, le film de Perojo n'a rien à voir. Pour commencer, l'acteur Français qui incarne un noir dans le film n'a pas eu besoin de se grimer, lui... Le sujet du film est, essentiellement la difficulté à se faire accepter pour un noir, y compris dans l'Europe compréhensive des années 20, et à faire oublier la couleur de peau. Comme le dit le protagoniste, pour être accepté quand on est noir, il fait être danseur ou boxeur...

Et pourtant le film est copieusement raciste. Si il y est clair que Peter est raffiné, qu'il est amoureux d'une blanche, qu'il est cultivé et fréquentable, il reste, au fond, un noir. S'il a toutes ces qualités, cela fait de lui, selon ses propres termes, un "blanc" à la peau noire! C'est, rappelons-le, une autre époque: Peter Wald (Raymond De Sarka) est un grand danseur venu des Amériques avec l'enviable réputation d'être le meilleur danseur de charleston du monde. A Madrid, il croise la route de la jeune Emma (Concha Piquer), constamment flanquée de son papa si admiratif qui est persuadé que la jeune femme est destinée à être une star. Wald, qui a beaucoup souffert pour s'imposer, prend la jeune femme sous son aile, et en peu de temps tombe amoureux d'elle. Emma, reconnaissante, ne peut pourtant pas se laisser aller à dire "oui" à un nègre... Sic. Pourtant la jeune femme va évoluer.

Je ne vais pas accabler le film, d'abord parce que c'est trop facile et que ça ne rimerait à rien. D'autant qu'à sa façon, Perojo avait dans l'idée de montrer qu'on pouvait être noir et "avoir une belle âme"; bon, afin de montrer ça, il nous est dit que Peter a "l'âme d'un blanc", donc on s'enfonce, mais encore une fois ça ne rimerait à rien de s'acharner! Le film est une restauration Lobster, qui a l'avantage de s'aventurer du côté de l'Espagne, dont Perojo était en cette période l'un des meilleurs cinéastes. Entre Paris et Madrid, il était devenu champion dans l'art de composer des co-productions, ce qui explique ici la présence, non seulement du danseur Raymond de Sarka, mais aussi d'Andrew Angelmann, connu pour sa tête impayable qui égaye un certain nombre de plans mémorables du Journal d'une fille perdue de Pabst. Quelles que soient les intentions de Perojo, et leur racisme explicite, le film est surtout un peu trop gnan-gnan, avec une histoire qui manque d'enjeu. Un ou deux moments de mise en scène surnagent, comme le moment durant lequel Peter tente (innocemment) de séduire Emma, et que celle-ci, à la fois fascinée et dégoûtée, s'évanouit! ou encore lorsque Peter, à la plage, regarde avec amour sa partenaire, avant de prendre une cigarette et d'apercevoir son reflet: instantanément, il devient triste... Pour le reste, pas de grandes avancées dans ce mélodrame.

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Published by François Massarelli - dans Espagne Muet 1927
19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 17:02

Max veut faire du théâtre, et la belle Jane également... sauf que ces deux-là ne se connaissent pas, du moins pas encore. Mais de toute façon, leurs parents respectifs ne souhaitent en aucun cas que leur progéniture se fasse voir sur les planches. Et on veut les faire se rencontrer, afin de les marier... Comme ils ne se connaissent pas, l'un et l'autre ont la même idée: se déguiser en se rendant si repoussant que l'autre ne pourra pas être séduit, et ainsi échapper au mariage arrangé... La rencontre a bien lieu, et le jeu d'enlaidissement bat son plein... Jusqu'à ce que...

Jane Renouardt, je l'ai déjà dit ailleurs, est l'une des plus importantes rencontres de la vie de Max Linder. Comédienne, n'ayant peur ni du ridicule ni de payer de sa personne, elle a parfois eu une sorte d'égalité virtuelle en partageant e titre avec son partenaire, comme ici. Et la comédie est fort drôle dans ce film quasi totalement visuel: Même si on se doute qu'il s'agit d'un accident de préservation plutôt que d'une volonté des auteurs, le film est présenté avec en tout et pour tout un seul intertitre. Ainsi on devine la teneur de la conversation des jeunes gens avec leurs parents (Max avec son père, Jane avec sa mère) par leurs seuls gestes. Et le processus d'enlaidissement (Particulièrement difficile pour Jane Renouardt) y est laissé aux seules images. Max a choisi un fax dentier ridicule, et Jane a fait confiance à sa seule coiffure pour se ridiculiser, même si elle choisit à un moment absurde (Et fort politiquement incorrect) de faire peur à Max en se déguisant, hélas, le mot est celui qu'on utilisait à l'époque, en "négresse". La réalisation par l'un et l'autre est un moment de pur charme cinématographique, qui rappelle que max Linder, le prince du rire en Europe, avait l'ambition à peine cachée de réaliser des films sentimentaux, et l'aurait fait si le monde entier ne l'en avait empêché: Pathé ne voulait pas tenter la chance, et son public voulait que Max reste un amuseur...

La fin attendue de cette histoire (Réalisation des tourtereaux, puis début de l'idylle) est située 6 minutes avant que la bobine ne se termine, ce qui laisse penser que le film a peut-être été allongé après coup. Quoi qu'il en soit, Max Linder s'est amusé à jouer un peu avec ses spectateurs en leur montrant la vie conjugale de Max et Jane sous la forme d'un pur cauchemar: la jeune femme est restée au taudis familial pour s'occuper de leur enfant, et semble malheureuse, la robe déchirée et les cheveux sales... Quand Max rentre, les habits déchirés, il s'emporte contre elle parce que la seule bouteille de vin présente est vide. Puis il la bat, et enfin la poignarde, avant de mourir d'horreur...

Le rideau tombe, les spectateurs applaudissent à tout rompre, et Max Linder et Jane Renouardt reviennent saluer leur public, aux premiers rangs desquels leur parent respectif... Ouf. C'est la fin d'une comédie remarquablement bien troussée, qui figure aujourd'hui en HD dans la compilation de dix courts métrages sélectionnés parmi les films d'avant la première guerre mondiale par Maud Linder, dans le coffret qu'elle a consacré à son père, aux Editions Montparnasse. C'est, de loin, l'un des meilleurs.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet Max Linder
19 février 2016 5 19 /02 /février /2016 17:00
Vale (Alejandro Amenabar, 2015)

Je n'aime pas la pub, à plus forte raison la publicité pour le vin ou l'alcool, ces produits pour sous-développés du bulbe. Mais lorsqu'une marque de bière propose à Amenabar de réaliser un film à vocation publicitaire, et que celui-ci décoche un court métrage de plus de dix minutes sous forme de comédie, on en redemande. Oui, vous avez bien lu: une comédie... L'auteur de The others a de l'humour, mais ce n'est pas ce à quoi il nous a habitués, ces derniers temps...

Une touriste Américaine (Dakota Johnson) visite l'Espagne, et se lie avec un groupe d'autochtones. On pourrait s'attendre à ce qu'elle soit larguée durant les conversations, mais en fait c'est un jeune homme de la bande (Quim Guttierez), ne parvenant pas à baragouiner le moindre mot d'Anglais, qui est perdu. D'autant qu'il en pince pour la belle.

C'est tendre, finement observé, et en plus c'est conclu par une fin ouverte. Sur laquelle je ne dirai rien, mais la bière semble y jouer un rôle important... Pour ceux que ce breuvage pour touristes en short ne rebute pas, c'est un plus...

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Published by François Massarelli - dans Alejandro Amenabar Espagne Comédie
18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 15:46

On prend les mêmes et on recommence? pas tout à fait hélas! En 1921, la sortie de ce nouveau film Goldwyn, mis en scène par Worsley sur un scénario adapté d'un roman de Gouverneur Morris, avec Lon Chaney en vedette, pouvait faire espérer en effet que le miracle de The penalty ne se reproduise. Il n'en est rien, car le film rate son coup. Le propos en est différent, même s'il reprend les arguments volontiers conservateurs du film précédent (Qui a un moment alliait dans un intertitre la pègre et le danger communiste): dans Ace of hearts, un groupe d'idéalistes portant tous ou presque un bouc à la Russe projettent de tuer un grand patron (Raymond Hatton), mais cela ne se fera pas parce que le terroriste désigné (John Bowers) pour accomplir le meurtre va changer d'avis au moment opportun. il est amoureux et heureux, et le meurtre qu'il s'apprêtait à accomplir aurait fait deux victimes collatérales, un couple de tourtereaux, qu'il ne peut se résoudre à éliminer... Le film se situe donc clairement dans cette période du début des années 20, qu'on a appelée la "Red scare", la peut des rouges", qui suivait le début d'installation du régime Soviétique.

Et Lon Chaney dans tout ça? Avec une coupe de cheveux mi-longs, il est l'un des membres du groupe pseudo-bolshevik (Le mot n'est nulle part, mais il faut savoir lire entre les lignes). Comme Bowers, il est amoureux de LIlith (Leatrice Joy), et comme d'habitude il tend à se morfondre sur son amour gâché. mais il va, comme d'habitude, se sacrifier bien à sa manière...

Le problème n'est pas Chaney, qui trouve un rôle bien dans son univers. Le souci c'est que le film se traîne, jouant en permanence sur un suspense un peu frelaté, et utilisé un peu partout sans vergogne: Bowers va-t-il faire exploser sa cible? Chaney va-t-il se déclarer? Chaney va-t-il tuer Bowers? La lenteur calculée (Même à 24 images/seconde) n'arrange rien... Et l'argument manque de ces fulgurances de violence qui faisaient le sel de The penalty.

Quant au titre, il fait allusion au tirage au sort du "volontaire" pour accomplir les méfaits du groupe de terroristes barbus: ils tirent les cartes, celui qui tire l'as de coeur a gagné. Ou pas.

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Published by François Massarelli - dans Lon Chaney Wallace Worsley Muet 1921 *
18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 15:36

Linder, qui a tourné à cette époque un film dédié à son goût pour le spectaculaire intitulé Max pratique tous les sports, joue ici une version un peu plus timorée de lui-même: venu rendre visite à sa fiancée Lily (Lucie D'Orbel), ils s'adonnent aux joies du tennis, mais Lily s'ennuie. Elle propose donc d'aller se baigner, mais déchante très vite en constatant que Max est totalement effrayé à l'idée de rentrer dans l'eau. Elle lui lance un défi: elle jette une bague dans les vagues, et annonce qu'elle n'acceptera de le revoir que lorsque il aura repêché le bijou. Max décide relever le défi, et s'entraîne d'arrache-pied afin de s'accoutumer à l'élément liquide (En improvisant d'étranges douches dans son salon), mais une fois devant la mer, il perd ses moyens...

Cette énième satire de la classe oisive et de son temps libre est assez inutile. Tout au plus permet-elle de s'amuser à voir la mode des maillots de bain 1910, ce qui est, il fait l'admettre, un peu court...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Max Linder
18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 15:18

Max Linder interprète, dans ce film d'une bobine entière (Qui totalise 17 mn) une sorte de double de lui-même, ce qu'il fait souvent à cette époque. Le Max de l'écran habite généralement des appartements chics, est un bourgeois raffiné, et un Parisien des pieds à la tête. Et c'est un artiste, bien sur, puisque il est supposé être LE Max Linder! Et cet artiste a des amis qui sont eux aussi des artistes, tel Harry Fragson, qui est ici son partenaire. Fragson, auteur-compositeur-interprète de variétés, était un chanteur pas comme les autres, car non seulement il composait, mais en prime il s'accompagnait au piano. Habitué des planches, et mort en 1913, il n'a pas laissé d'autre trace filmique que ce court métrage...

L'argument du film commence par l'annonce faite à Max de l'arrivée à Paris de son ami Fragson. Il va le chercher à la gare (L'artiste vient de Londres), et tout va bien jusqu'à ce qu'on apporte le piano, qu'il va falloir remorquer dans les rues de Paris... Puis les deux hommes s'installent, et une jeune femme (Jane Renouardt ou Renouard, une collaboratrice très fréquente de Linder) se présente: elle vient répondre à l'annonce posée récemment par Linder, qui cherche une bonne. Les deux hommes sont tout de suite frappés par a beauté de la jeune femme, et vont se livrer une concurrence acharnée, allant jusqu'au duel! Mais la providence (Et la jeune femme, qui a déjà fait son choix entre les deux amis) veille...

C'est plaisant, d'autant qu'au milieu d'une intrigue qui fait la part belle à un certain sentimentalisme, les deux amis Linder et Fragson utilisent un gimmick idiot mais plaisant, celui de se sauter dans les bras à la moindre occasion, pour marquer leur complicité. Et le rôle dévolu à Jane Renouard (Qui inspirait aussi beaucoup les peintres et les photographes, et que voulez-vous, paris sera toujours Paris!) dépasse celui d'une potiche, ce qui est aussi une nouvelle évolution intéressante du cinéma de Linder. Et pour finir, le réalisateur a trouvé mieux que la pirouette de scénario finale (Que je vous laisse découvrir) pour ajouter une fin marquante, il a imaginé un final absurde dans lequel Fragson commence à jouer du piano, et tout le monde se met à danser à l'écran... y compris les meubles.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Max Linder
17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 16:39

On peut toujours s'interroger, au vu du reste de l'oeuvre de David Lynch et son orientation particulièrement surréaliste, sur la place de ce qui reste sans doute son film le plus grand public... C'est en voyant son premier long métrage, le redoutable Eraserhead, que le producteur Stuart Cornfeld a proposé à Lynch de travailler avec lui, et l'idée de réaliser un portrait de Joseph Merrick n'était que l'une des pistes soumises au réalisateur... Mais c'est celle qu'il a choisi, sans hésiter.

Joseph Merrick, nommé John dans le film, est un cas célèbre de la science, un homme aux difformités exceptionnelles, qu'on explique encore assez mal aujourd'hui; la plupart des thèses scientifiques sur les raisons de son état sont généralement des maladies de déformation progressive, l'hypothèse la plus souvent admise étant que Merrick souffrait d'un cas aigu du syndrome de Protée. Ajoutons à ça des blessures durant son enfance (Il lui était déjà extrêmement pénible de se déplacer en raison de sa tête trop large) qui lui avaient laissé des séquelles graves, et une condition physique aggravée par les privations et la vie à la dure durant ses années de cirque... Le rôle était une chance incroyable pour n'importe quel acteur, il ne pouvait aussi qu'être difficile, en raison de l'attirail à porter sur le corps et la tête. Mais John Hurt y est, comme à son habitude, extraordinaire. Merrick, à sa façon, est un des symboles de l'époque Victorienne, et Lynch ne se prive pas, dans son film, d'y faire allusion...

Londres, 1884: Un médecin, le Dr Frederick Treves (Anthony Hopkins), découvre un étonnant spécimen dans une galerie de monstres de foire. Surnommé "Elephant man", il est atteint de difformités extrêmes, et on prétend qu'il est né ainsi suite à un accident qui serait survenu durant la grossesse de sa mère, dont on répand la rumeur qu'elle aurait été piétinée par des éléphants. Treves décide d'exhiber Merrick (John Hurt) devant ses collègues de l'académie de médecine. Mais non seulement l'homme est de santé fragile, mais son "montreur" ne se prive pas de le battre, et un jour Merrick fait appel à Treves. celui-ci le fait installer à l'hôpital, où Merrick lui-même va gagner la confiance de tous, grâce à sa gentillesse, et son extrême douceur... Il va aussi attirer la crapulerie de certains, et le forain qui l'exhibait auparavant n'a pas dit son dernier mot...

Quelle splendide galerie de personnages! Outre Merrick et son impatience de découvrir enfin la vie et l'amitié de ceux qui l'accueillent, on appréciera la gaucherie de Treves, la pudeur du personnage aussi qui après avoir traité Merrick strictement comme un cas médical, en vient à se prendre d'amitié sincère pour lui... Mais on est à l'époque Victorienne, et le bon docteur gardera une certaine distance. Les infirmières seront quant à elles séduites les unes après les autres, et on appréciera de retrouver, non sans émotion, la grande Wendy Hiller (I know where I'm going de Michael Powell) en infirmière un brin acariâtre, mais pas trop longtemps, qui va devenir une vraie mère poule pour John Merrick... A propos de Michael Powell, on aperçoit aussi Kathleen Byron (Black Narcissus, The small back room) en dame de la bonne société qui vient s'encanailler en allant visiter Merrick à l'hôpital. Le supérieur hiérarchique de Treves est interprété par John Gielgud, et c'est sans surprise une superbe composition.

De l'autre côté les gens qui vont faire du mal à Merrick sont essentiellement Bytes, le forain (Freddie Jones) et le gardien de nuit de l'hôpital, interprété par Michael Elphryck, qui contre quelques pièces, ouvre la porte de la chambre de ses amis (Des soiffards et des prostituées) pour y montrer Merrick et occasionner quelques frissons. Heureusement, grâce à sa notoriété, Merrick va faire des rencontres déterminantes: la princesse de Galles, future reine consort (Helen Ryan) s'intéresse à son cas, ainsi qu'une actrice de premier plan, Madge Kendal (Anne Bancroft), qui va le rencontrer à plusieurs reprises et lui dédier une représentation...

Car Merrick est montré, partout, depuis la foire, jusqu'à l'académie de médecine, en passant par la chambre où viennent l'importuner les ivrognes qui ont payé. Lorsque la Reine s'intéresse à son cas, c'est toute la noblesse qui se déplace, et pour finir, lors de la soirée de gala à laquelle assiste le jeune homme à la fin du film, Madge Kendal le montre à la foule et le fait applaudir. C'est, bien sûr, avec une approbation générale de la part du public, mais c'est aussi une façon de rappeler que même enfin réhabilité en tant qu'être humain (Ce qui est son souhait le plus cher, comme le rappelle la réplique la plus connue du film), la seule vocation de Merrick, est d'être montré...

Et ce n'est pas un petit paradoxe, à une époque durant laquelle on cache tout. La vie est systématiquement divisée en deux: les riches d'un côté, les pauvres de l'autre; les femmes au salon et les hommes au fumoir; la bonne société le jour, et la racaille la nuit... On ne parle pas de sexe, ce qui n'empêche pas de le consommer, mais c'est définitivement une affaire de la nuit et de la racaille. Les tables n'ont pas de "jambes" (Legs), car cela évoque le corps humain... Non, on parle plutôt de leurs "extrémités".

Alors comment intégrer Merrick, qui est montré , lui, précisément pour son corps? Lors de l'exhibition à l'académie, Treves invite ses collègues à observer l'appareil génital parfaitement normal du jeune homme... Il en devient à la fois le côté obscur de l'époque (En concurrence, je l'admets volontiers, avec rien moins que Jack l'éventreur, qui lui le revendiquait fièrement en exposant l'intérieur du corps des prostituées qu'il massacrait!), et sa bonne conscience, car si Lynch nous montre bien la bonne société se jeter sur lui afin de paraître, il n'en reste pas moins que les efforts de Treves, Kendal, et de la majorité du personnel de l'hôpital sont mus par une sincère affection... Le film baigne d'ailleurs dans une peinture de l'époque Victorienne, ses salons et sa saleté, ses fumées, et autres vapeurs dégoûtantes vomies par les hauts-fourneaux, les cheminées de bateaux et de trains...

Et la scène la plus fameuse se déroule dans une gare, un lieu hautement symbolique des conséquences de la révolution industrielle qui avait installé l'Angleterre dans sa position dominante. Poursuivi par les passants qui l'ont vu bousculer par mégarde une petite fille, et ont enlevé son masque, Merrick se réfugie dans un autre lieu symbolique, les latrines de la gare. Et là, il clame son humanité, à la face d'une populace éberluée... Confirmant ainsi son statut particulier de symbole de l'époque dans son avancement et son raffinement, dans l'affirmation de son humanité et son goût pour les arts et le théâtre, tout en effectuant ce rappel à la décence dans un lieu condamné à ne pas exister pour les bien-pensants de cette paradoxale fin de siècle...

David Lynch a réalisé le film d'une façon très frontale, en choisissant bien sur un noir et blanc sobre qui contraste avec l'infect 16 mm bien poisseux de son premier long métrage. Il a constamment laissé ses personnages s'installer, et il n'y a pas de second degré dans le film, ni d'humour noir excessif. Tout au plus peut-on constater que Lynch s'amuse un peu à montrer comment la gaucherie de Merrick et l'inadaptation de Treves face à ses propres sentiments débouchent volontiers sur une certaine cocasserie, mais le metteur en scène évite au film de tourner à la farce. Par contre il a choisi une ouverture et une conclusion qui virent à l'onirisme le plus radical: l'introduction joue sur la croyance répandue à l'époque de Merrick, que sa mère avait été bousculée par des éléphants, et le final lie l'amour de John pour la poésie, l'image récurrente de sa mère disparue, et sa fin ambiguë: il semble en effet que Merrick soit mort d'avoir voulu être normal. Sa tête trop grosse l'empêchait de se coucher pour dormir, comme le commun des mortels; le faire revenait à se condamner à se briser le cou... Mais cela ne l'a pas empêché de tenter. C'est ce que montre le film.

Ainsi, si on est loin de l'univers onirique habituel de Lynch, on reste malgré tout dans un domaine proche de l'inconscient, dans une sorte d'entre-deux mondes entre le rêve (sous une forme cauchemardesque, le cauchemar permanent que vit Merrick) et une réalité sordide, mais qu'on cache en permanence. Un terrain de jeux en somme pour le réalisateur qui a le plus fait de films en lien avec le monde oppressant, absurde et profondément esthétique des rêves. The Elephant Man n'est pas une concession de Lynch qui va à l'encontre de son univers, c'est plutôt une intéressante introduction à son oeuvre, qu'on l'aime où qu'on la déteste.

 

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Published by François Massarelli - dans David Lynch Criterion
17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 09:20

Soyons beaux joueurs, à l'ère des portables, et de la banalisation de l'art, on aurait probablement pensé que de tels films auraient envahi les écrans. Je veux parler des films (Généralement appartenant au genre fantastique) tournés comme s'ils avaient été faits dans le feu de l'action, par des gens munis d'une caméra, et auxquels une chose totalement invraisemblable arrive... But du jeu, rendre l'histoire possible à suivre sans jamais passer par le cadre confortable d'un plan bien cadré, et trouver les moyens de justifier l'injustifiable, tout en donnant à la chose l'allure de la vérité. Voilà en gros le cahier des charges de ce projet mené entre autres par Reeves, le producteur J.J. Abrams et le scénariste Drew Goddard, qui n'ont pas du tout envie de se prendre au sérieux. Ici, l'histoire concerne une soirée à Manhattan durant laquelle des monstres immenses et très très méchants attaquent la ville, le tout vu du point de vue d'une bande de jeunes amis qui étaient à une fête organisée pour l'un d'entre eux, qui s'apprêtait à partir pour travailler au Japon. La présence de la caméra est doublement justifiée: l'un des amis (Un indescriptible loser) se voit confier la mission d'interroger tout le monde et de filmer les amis du héros de la soirée, lorsqu'ils disent un petit mot pour lui. Au milieu de la confusion engendrée par un incident entre deux protagonistes, le chaos commence, tout le monde est évacué, seuls quatre des fêtards vont se retrouver dehors, et... Hud continue à filmer: la deuxième justification de cet improbable événement, c'est qu'il y a pris goût!

Et globalement, ça marche, parce qu'au-delà du gimmick, certes un peu énervant, il y a trois qualités à ce film (Au milieu d'innombrables défauts): d'une part, les personnages sont motivés, clairs dans leurs rapports parce que très bien exposés au départ, et la rigueur de la structure a permis qu'on les suive sans aucune ambiguïté. Une autre qualité, c'est qu'on ne voit que ce qui est filmé par les protagonistes, par une caméra DV, donc on ne verra pas trop les sales bestioles et le chaos ambiant. Parce que quand on en voit, le film cesse immédiatement d'être crédible, voire intéressant. C'est donc, comme les meilleurs films du genre, une oeuvre consacrée justement à l'angoisse. Enfin, le film se nourrit de l'atmosphère post 9/11, comme The war of the worlds de Spielberg, et le fait avec intelligence, sans le dire, en jouant donc sur la conscience collective. Et il le fait à Manhattan...

Mais une question, quand même, me taraude: suis-je définitivement trop vieux pour accepter les évolutions de l'imagerie cinématographique, où bien les monstres de ce film sont-ils épouvantablement laids? Des créatures inspirées de la bande dessinée Américaine, un art pour lequel je n'ai pas la moindre sympathie, mais c'est le même problème que dans The Mist de Darabont: trop de sales bestioles!

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Published by François Massarelli - dans horreur