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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 09:07

On n'attendait pas vraiment Griffith sur ce terrain, mais le titre de cette chronique douce-amère est un peu une antiphrase... L'auteur de tant de mélodrames, si peu enclin à manier l'humour subtil des mots, s'est pour une fois laissé aller, pour un de ses films les plus inattendus, et les plus personnels. Il a aussi été à l'encontre de sa tendance si facile à la xénophobie, et en particulier pour qui a vu Hearts of the world, à l'anti-germanisme le plus primaire. Il convient de rappeler que Griffith a toujours suivi le vent, et que le vent de 1923 n'est pas le même que celui de 1918 au niveau des sentiments de l'Amérique envers l'Allemagne. Mais de là à imaginer David Wark Griffith emmenant sa troupe (Carol Dempster, Neil Hamilton, Frank Puglia, et le chef-opérateur Hendrik Sartov) en Europe pour en ramener un état des lieux de la pauvreté de la population Allemande écrasée par la crise, franchement, il y avait un pas à franchir... C'est pourtant ce que propose ce film adapté d'un roman de Geoffrey Moss, qui montre, avec des extérieurs filmés en Allemagne et en Autriche, la vie d'ne famille (De réfugiés Polonais, afin sans doute de contrer l'éventuel sentiment anti-Germanique qui restait important aux Etats-Unis) qui tente de remonter la pente: trouver un logement, de la nourriture, un travail, se prendre en charge et reconstruire une vie décente...

Les rôles principaux sont tenus par Carol Dempster et Neil Hamilton: Inga est une jeune orpheline recueillie par une famille Polonaise, et elle aime Paul, l'un des deux grands fils, et celui-ci le lui rend bien. Leur idylle, qui les pousse à s'en sortir, est le fil rouge du film. Autour d'eux, bien sur, une galerie de personnages qui sont une vraie famille élargie, avec quelques nouveaux venus, dont Lupino Lane, récemment immigré aux Etats-Unis (Il était Britannique). Ici, il est un compagnon d'infortune de la famille, qui tente par tous les moyens d'égayer ses amis avec des acrobaties, des chansons et des danses. Le film serait débarrassé de toute menace humaine, si Griffith n'avait pas saupoudré sa continuité d'apparitions d'un homme sombre, grand et à l'allure inquiétante. Une façon de nous prévenir qu'il y aura des ennuis pour Carol Dempster et Neil Hamilton. Mais même là, il ne cède pas à la tentation habituelle, et nous montre en effet une bande de voyous qui tentent, eux aussi de survivre; comme dit l'un d'eux, oui, ils sont des monstres, mais ce n'est pas leur choix...

L'interprétation, partiellement Européenne (Les voyous cités plus haut sont des acteurs Allemands), est assez solide, avec une mention spéciale, ce n'est pas souvent, pour Carol Dempster: elle est excellente dans le rôle de ce petit bout de bonne femme qui veut sa place au soleil, mais pas à n'importe quel prix... Le moment le plus célèbre de ce film montre Inga qui fait la queue pour acheter de la viande, avec une somme absurde en poche: elle a en effet 12 000 000 Marks sur elle, suite à la fameuse inflation la plus délirante de tous les temps! Elle espère pouvoir finir la journée avec un peu de viande en poche, mais les prix montent tellement vite qu'une fois arrivée à la boucherie, elle constate que la viande est désormais trop chère. L'autre versant de cette scène sera, dans La rue sans joie de Pabst, la fameuse scène durant laquelle des jeunes femmes sont réduites à la prostitution pour pouvoir manger. Mais Griffith, s'il nous montre un monde pas dénué de profiteurs, reste concentré sur la peinture de la résilience humaine, celle de tout un peuple. Il utilise le titre comme un leitmotiv, afin de rappeler qu'il y a toujours une solution, dans un monde qui en apparence va au chaos, il s'attache à montrer une famille qui va s'en sortir avec décence... Et même 90 ans après, ça fait du bien.

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith 1924 *
8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 17:55

Max Linder et son épouse sont bien tranquillement installés dans leur salon, lorsqu'on leur apporte deux choses volontiers complémentaires: à monsieur, une missive qu'on devine écrite de la main friponne d'une amie qui a des idées derrière la tête, à madame, une lettre et un paquet: le colis contient un baromètre de la fidélité et la lettre,signée de sa maman, lui explique que c'est un révélateur essentiel de la vie de couple; si l'un des deux trahit l'autre, le liquide qu'il contient se colore de noir... Ce qui ne va pas les empêcher de sortir, et de fauter tous les deux.

C'est l'un de ces innombrables films tournés par Linder au début de sa carrière, et si le sujet est du pur vaudeville, et pas des plus fameux, on constatera que derrière la tentation de n'y utiliser que des plans ou presque du salon, sous une forme assez théâtrale, affleure chez le comédien la tentation de la subtilité, et même une certaine forme de prise de pouvoir cinématographique: puisqu'il doit en faire des tonnes, le sujet l'exige après tout, il ne se prive pas et va jusqu'à utiliser une mèche de cheveux pour créer un effet burlesque, dont lui-même (Mais aussi Harold Lloyd) se souviendra. Du coup, en dépit de la direction sans âme de l'infect George Monca (Le Jean Girault des années 1900?), on s'en sort finalement assez bien...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet Max Linder
8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 17:31

Sir Oliver Tressillian (Milton Sills) a-t-il vraiment tué un homme? C'est ce que croient son voisin, sir John (Marc McDermott) et sa pupille, également soeur du défunt, et fiancée du suspect! Cette dernière est interprétée par Enid Bennett. Accusé de tous les maux, bannis, le malheureux est condamné aux galères, et... à l'aventure, qui va l'amener à devenir un corsaire pas très regardant, sous le nom de Sea Hawk (le faucon des mers)... Et sa vengeance, bien sur, sera terrible...

Frank Lloyd était un réalisateur autocratique et entreprenant, qui même après l'établissement d'une nouvelle forme de système de production dans lequel les metteurs en scène n'étaient plus qu'un des maillons de la chaîne, a continué à travailler dans le cinéma Américain comme il le faisait déjà dans les années 10: c'était lui le patron, et ses films étaient du genre ambitieux: aventures débridées, péripéties, Dickens (Oliver Twist, A tale of two cities), mélodrames, etc... Le problème, c'est qu'il a aussi eu tendance à limiter son style à ce qu'il faisait dans les années 10, et c'est ce qui est embarrassant dans ce film de deux heures, qui certes montre un certain panache, mais dont les lourdeurs convenues ("Mon dieu, mais cet homme s'allie avec les Arabes, c'est donc un renégat!!!") passent d'autant moins bien que le style de jeu histrionique de Milton Sills est assez insupportable. Le film montre une réelle ambition en particulier dans l'utilisation de vrais bateaux construits exprès pour le film sous la direction de Fred Gabourie (Collaborateur de tout premier plan de Keaton, faut-il le rappeler?), et si on est loin du film de pirates comme il se ferait quelques années plus tard, en tout cas, il y a des choses à voir... On y voit quelques combats navals de fort belle allure, mais rien de comparable, disons, avec Ben-Hur de Niblo (Sorti l'année suivante).

Dans ce film, on croise aussi le chemin d'une fripouille qui se spécialisait dans ce genre de rôle accessoire de bon vieux bandit qui vous viendra en aide au moment où vous y attendez le moins, Wallace Beery. Sa présence souvent rigolarde allège la punition du spectateur. Quant au titre, forcément, il est familier, mais ici, il y a plus d'affinités avec Le Comte de Monte-Cristo dans cette adaptation de Rafael Sabatini, qu'avec un autre film du même nom, réalisé sous la direction de Michael Curtiz, dont nous parlerons très prochainement, ce qui me fait dire que j'ai failli terminer cette courte chronique sans une seule fois écrire le nom de...

Errol Flynn.

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Published by François Massarelli - dans Muet Frank Lloyd 1924 *
7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 21:45

Que faire d'un héros de cartoon qui est inutile et mille fois trop mièvre? Lui donner des partenaires qui relèvent le niveau, tout simplement...

Dans ce film, Porky Pig, la première star des Looney Tunes, part donc chasser le canard sous la direction de Tex Avery. Dès la première séquence, on peut imaginer que Tex va s'intéresser au personnage, puisqu'il détaille un certain nombre d'accessoires (Toute une panoplie, comme lorsque le coyote de Chuck Jones commandera des objets via ACME!) qui vont lui servir à chasser... On voit même le héros contempler son reflet en chasseur tout équipé dans un miroir... avant de menacer son chien et de faire un gros trou non seulement dans le plafond, mais aussi dans le fond de pantalon du voisin du dessus...

Puis la chasse proprement dite est prétexte à de nombreux gags, avant que quelque chose de totalement inattendu ne se passe. Je pense que ça a du être inattendu pour Avery aussi, qui avait confié l'animation d'une séquence au jeune Bob Clampett. Celui-ci avait pour tâche de montrer un canard un peu zinzin contre lequel Porky ne pouvait pas lutter... On se retrouve donc face à un canard tellement excentrique qu'il a fallu le faire revenir à deux reprises dans le film, dont une fois en fin durant le carton final. Tex savait sans doute que le jeune Clampett avait eu une excellente idée, mais en fait, elle a eu trois conséquences: le canard est devenu une star, Daffy Duck (Qui s'est hélas affadi assez rapidement après avoir été une merveille d'anarchisme poétique à poil dur); l'apparition dudit palmipède a inspiré un autre animal crétin face aux dangers de la chasse, un lapin mystérieux qui n'allait pas tarder à évoluer; et enfin, Bob Clampett y a gagné ses galons de réalisateur...

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Published by François Massarelli - dans Daffy Duck Animation Looney Tunes Tex Avery
7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 21:21
Castello Cavalcanti (Wes Anderson, 2013)

Ce court métrage de sept minutes et 45 secondes est un bijou, on a envie de dire "comme d'habitude"... Financé par Prada, et tourné à Cinecitta, le film écrit et réalisé par Wes Anderson se veut un hommage à Federico Fellini, et on peut d'ailleurs en prêtant l'oreille entendre la musique de Nino Rota diffusée via une radio qui est dans le champ. L'histoire est assez simple: un soir, dans un petit village d'Italie, la communauté s'occupe tranquillement, en buvant du vin et en jouant aux cartes. Un Américain (Jason Schwartzmann), participant d'un rallye automobile, vient crasher sa voiture sur la place du village, mais est indemne... Il se remet de ses émotions, avant de se rendre compte qu'il est à Castello Cavalcanti, le village de ses ancêtres. Il réalise qu'autour de la table, se trouvent ses cousins... Après avoir vaguement attendu un autobus il décide de rester...

Voilà, c'est tout! Mais tout est dans la réalisation en clin d'oeil constant; l'excellent chef-opérateur Darius Khondji utilise beaucoup le truc de la caméra qui suit l'action et se trouve surprise par elle, en revenant sur ses pas, et bien sur Anderson privilégie les longs plans latéraux, comme à son habitude. le financement prestigieux lui permet de compter sur un budget conséquent pour un court métrage et une fois de plus, qu'ils totalisent deux heures ou moins de dix minutes, tous les films de Wes Anderson sont des bulles de plaisir, et celui-ci ne fait pas exception à la règle!

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Published by François Massarelli - dans Wes Anderson
7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 16:57

Sur les décombres du film de gangsters, Curtiz fait pousser une nouvelle espèce: le film de boxe... Edward G. Robinson y incarne Nick Donati, le manager honnête d'un champion qui vient de perdre face à un grand costaud, un poulain de son grand rival Turkey Morgan (Humphrey Bogart). Et lorsque celui-ci vient jouer les trouble-fêtes dans l'appartement ou Nick s'est enfermé pour une petite beuverie entre amis, ils ont la surprise de voir un gaillard que personne ne connaissait (Wayne Morris) faire son affaire au champion... Nick se saisit de l'affaire et va degenir le manager du nouveau venu, Ward Guisenberry, rebaptisé Kid Galahad en raison de son hygiène de vie. Le problème, bien sur, c'est que derrière tous ces hommes, il y a des femmes. La petite amie de Nick, Louise (Bette Davis), mais aussi sa soeur Marie Donati (Jane Bryant) vont quant à elles tomber amoureuses du vaillant boxeur, de quoi compliquer sérieusement la donne avec le très jaloux et très Italien Nick...

Impeccablement mis en scène, forcément, et construit au millimètre, ce film est une occasion de ne pas perdre une heure et quarante-et-une minutes de sa vie. Maître des ambiances et de l'esthétique, Curtiz sait exactement comment transformer un match de boxe en une fête cinématographique de tous les instants, car ceci, après tout, est l'un des premiers films qui ait su se rendre compte du fait que la boxe n'est pas seulement un sport brutal pour débiles profonds, mais aussi au cinéma l'une des plus photogéniques matérialisations du suspense... Et Nick Donati, interprété avec son génie habituel par Edward G. Robinson, est une fois de plus un héros dans la lignée de ceux qui font l'univers de Curtiz: son propre patron, intouchable du moins le croit-il, mais il va devoir, à un moment crucial de sa vie, faire un choix et ne pas se tromper. Les conséquences seront de toute façon désastreuses pour lui, car son heure est passée...

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Published by François Massarelli - dans Michael Curtiz
7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 08:53

Bob Clampett a quitté son poste d'animateur sur les films de Tex Avery en 1937, pour devenir réalisateur à part entière. Il est resté au studio de Leon Schlesinger jusqu'à 1946, partant faire des films ailleurs, des films qui à mon sens n'ont pas grand intérêt. Par contre, les neuf années d'activité au service de la WB sont d'une richesse impressionnante, et nous sommes nombreux à le considérer comme le plus grand des réalisateurs de cartoon, devant les deux stars incontestées du genre, Chuck Jones (Dont la longévité reste impressionnante, dans un métier qui ne pardonne pas!) et Tex Avery (Adoubé par tant d'historiens de par le monde que plus personne ne semble remettre en doute son importance). Clampett était pour moi le meilleur, parce qu'il ne s'interdisait rien, n'avait donc aucune limite, et était sans doute parmi les réalisateurs de cartoon traditionnel celui qui était le plus éloigné de la philosophie Disney: à un Bambi qui tentait de reproduire la vie par l'animation (Mais... Pourquoi faire?), Clampett opposait en permanence un univers animé fou furieux et motivé par l'absurde, mal dégrossi, parfois agressivement différent, dans lequel les gags étaient parfois invisibles à l'oeil du spectateur (Il faut procéder à des arrêts sur image souvent si on veut profiter pleinement d'un film de Clampett!). Bref, un génie trop grand pour le médium, qui le lui a assez bien rendu.

Et ce génie a, comme tous ses copains de chez Schlesinger, "dirigé" Bugs Bunny... Et ce qui n'est pas banal, c'est qu'alors que de nombreux films de Clampett sont aujourd'hui totalement invisibles pour cause d'attitude politiquement-incorrecte aggravée (Le plus joyeusement navrant de ces exemples étant l'ineffable Coal Black and de Sebben Dwarfs de 1943, qui réactualise Snow White avec tous les clichés possibles et imaginables des Afro-Américains, assumés dans un maelstrom de mauvais goût), les 11 films dans lesquels il met en scène Bugs Bunny sont aujourd'hui disponibles sous une forme ou une autre via la belle collection de DVD et de Blu-rays parue chez Warner dans les années 2000-2010... On peut donc se pencher sur ces onze joyaux et découvrir sur pièces ce qui les différencie de l'univers habituel de Bugs Bunny, car oui, les autres réalisateurs ont joué le jeu et tenté de créer un personnage cohérent: Hardaway et Dalton ont créé le mythe du lapin et du chasseur dépassé par le comportement de l'animal, Avery a créé et raffiné le personnage d'Elmer, ainsi que le rythme particulier des films, tout en trouvant la phrase d'approche définitive ("What's up doc?"), Friz Freleng l'a utilisé comme prétexte à des défilés de losers magnifiques (D'Elmer à Daffy Duck en passant par Hiawatha et bien sur Yosemite Sam), Chuck Jones a joué sur tous les tableaux, par des extensions inattendues de l'univers de Bugs, ou des variations infinies sur la situation de base, et enfin Bob McKimson a tenté une fusion malhabile entre le personnage et une version plausible de notre monde. Clampett, lui, a exploré le reste: la folie de Bugs Bunny, sa méchanceté, ses défauts voire son côté obscur. Il l'a rendu plus humain que les autres en n'hésitant pas par exemple à le voir craquer devant l'hypothèse de sa propre mort (Bugs Bunny Gets the boid), perdre complètement la face devant l'inconnu (Falling hare), et le Bunny qui perd à cause d'une tortue (Tortoise wins by a hare) est autrement plus affecté chez Clampett que chez Tex Avery... Et si tout cela ne suffisait pas, Clampett a tout transgressé, en proposant le plus absurde des meta-Bugs Bunny, une spécialité de Chuck Jones, mais qui n'a jamais été aussi loin que Clampett dans l'admirable The Big Snooze, le (Comme par hasard) dernier des films du réalisateur pour la WB.

Wabbit Twouble (1941, Crédité à Wobewt Cwampett) est donc le premier de ces films, et c'est aussi l'un des derniers films proposant un Elmer Fudd solidement adipeux. Bugs y trouble joyeusement le repos ("West and wewaxation, at wast") d'Elmer, venu chercher le calme au parce de Jello-Stone. Un ours idiot sera aussi de la partie...

The Wacky Wabbit (1942) On prend les mêmes et on recommence... Elmer est chercheur d'or, et Bugs lui met gratuitement des bâtons dans les roues. La recherche d'or est motivée, fait intéressant, par l'effort de guerre, un rappel de l'activité de propagande du studio, à laquelle Clampett a beaucoup participé.

Bugs Bunny gets the Boid (1942) permet la première addition majeure d'un personnage par Clampett au sein de l'univers de Bugs Bunny aux prises cette fois avec un Buzzard, mais pas un gros, un beau, un impressionnant: Beaky ( Qui reviendra à quelques reprises dans d'autres cartoons avant de disparaître) est une andouille, une de ces victimes inattendues de la méchanceté de Bugs Bunny... La galerie d'expressions de Clampett s'enrichit ici de la contribution magnifique d'un génie, l'animateur Rod Scribner auquel Clampett aimait donner du travail à faire pour tempérer le côté impeccable mais raisonnable de l'animation de Bob McKimson. Ce qui donne souvent aux films du réalisateur cet aspect instable...

Tortoise wins by a hare (1943) reprend la trame de base de Tortoise beats hare (De Tex Avery) elle-même inspirée du Lièvre et la tortue, en donnant à Bugs Bunny une motivation coupable: la vengeance contre une tortue qui l'a humilié. Le film apporte peu à l'intrigue et à la légende, mais a au moins l'avantage d'être probablement le film dans lequel le lapin souffre le plus, avant de perdre lamentablement. Une galerie de lapins de la pègre doit beaucoup à l'animation déjantée de Scribner. Et on peut aussi, si on n'est pas trop dégoûté, compter les bouts de carotte qui sont mâchés dans sa colère par le lapin...

Corny concerto (1943) anticipe le travail de Freleng, qui allait représenter dans Herr meets hare un lapin qui s'adonne à du ballet avec rien moins qu'Hermann Goering, ainsi que le fameux (Mais plus tardif) What's opera Doc? de Jones. Et ce nouveau film est une parodie de Fantasia, que Clampett a vu et revu avant de s'y attaquer. Elmer y joue le rôle du présentateur, et deux oeuvrettes musicales y sont illustrées à la façon de Disney (Et dans un style comme toujours animé par McKimson, mais visiblement bien différent de celui habituel de Clampett): Tales from the Vienna Woods, et Le Beau Danube Bleu, de Johann Strauss. Si le deuxième se voit gratifier d'une intrigue inspirée du Vilain petit canard, le premier est une énième variation sur le principe du chasseur et du lapin...

Falling hare (1943) est le plus malaisé des films de Clampett avec Bugs Bunny. Le lapin y est aux prises avec des Gremlins, tels que ceux animés par Clampett dans un autre film de cette même année, Russian Rhapsody. C'est d'ailleurs équivoque: si dans l'autre film, les Gremlins sont du côté des alliés et s'attaquent à HItler, pourquoi Bugs Bunny aurait-il à en souffrir? En tout cas la lutte entre des bestioles incontrôlables (Mais bien lointaines de la folie furieuse façon Joe Dante, bien sur) et le lapin qui la ramène tout le temps tient parfois du cauchemar fiévreux...

What's cooking doc? (1944) est une pause, un dessin animé de recyclage concocté vite fait par l'équipe de Clampett pour boucher un trou, et c'est quasiment, en terme d'animation, un solo... Sauf que 2 minutes de Hiawatha's rabbit hunt (Freleng, 1941) y sont recyclées! Le thème, c'est bien sur la cérémonie des Oscars, longuement introduite par des images filmées à Los Angeles, avant qu'on ne voie Bugs à sa table, s'impatientant parce qu'il est sur de gagner. A l'annonce du fait que le lauréat est James Cagney, il se lance dans une campagne d'auto-promotion pour faire changer la décision. Rod Scribner gagne la palme de l'animation la plus ahurissante avec une réaction de Bunny (Voir photo) qui une fois de plus utilise la distorsion la plus extrême...

Hare ribbin' (1944) offre une variation sur le thème de la chasse car cette fois (Comme dans The heckling hare de Tex Avery) c'est un chien qui poursuit Bugs Bunny de ses assiduités. Un chien d'ailleurs vaguement efféminé, qui va suivre Bunny dans l'eau (Une bonne partie du cartoon est en fait purement sub-aquatique... ce qui a tendance à en ruiner l'effet) et succomber à ses charmes comme à ceux d'une sirène. Si McKimson est à son aise comme à chaque fois qu'il doit animer une bestiole de taille conséquente, Scribner s'en donne à coeur joie avec les changements d'expression du molosse.

Buckaroo Bugs (1944) offre une incursion dans un far-west pour rire: Red Hot Ryder (Parodie bien sur de Red Ryder, mais le justicier est petit, avec un problème de poids, et particulièrement crétin) pourchasse le "maraudeur masqué", un mystérieux bandit qui passe son temps à piller les réserves de carottes... L'animation est une fois de plus frénétique, joyeuse et anarchique...

The old grey hare (1944) confronte Bugs Bunny une fois de plus à Elmer, mais cette fois avec une variation inattendue: les deux vont être amenés à voyager dans les époques: Elmer est transporté à l'an 2000 pour voir si enfin il va y triompher du lapin, et un vieux, très vieux Bugs lui rappelle leur jeune temps. Mais qu'il s'agisse de leur futur ou de leur passé, les deux personnages vont de toute façon être l'objet d'une animation délirante, et de gags cruels (Les pires étant bien sur les ignominies faites par le bébé Bunny au bébé Elmer...).

The big snooze (1946) Clampett n'est pas crédité au générique de ce film, qui survient deux ans après le précédent. D'autres metteurs en scène ont prolongé l'univers de Bugs, et Clampett n'est plus du tout motivé pour rester à la WB. Au moment de la sortie du film, Bob McKimson a déjà repris l'unité de Clampett, et il est probable qu'on lui doit la finalisation du film. Mais ici, c'est la patte de Clampett qui prime et son animation une fois de plus partagée entre la rigueur de McKimson et la folie de Scribner. Pour son dernier film avec la star, Clampett imagine une intrigue folle: Elmer ayant jeté l'éponge et déchiré son contrat, Bugs Bunny décide de troubler le repos (West and wewaxation again) de son partenaire, en s'introduisant dans ses rêves doux et en les transformant en cauchemars. Et ce ne sera pas une surprise de voir que ceux-ci en disent long sur la vie intérieure effrayante du chasseur comme de son ennemi juré, tout en constatant un retour en arrière intéressant: Clampett cite ici les gags d'un autre film, le controversé All this and rabbit stew (De Tex Avery) A la fois coda inspirée et excellente introduction au monde fou furieux de Bob Clampett, ce film est probablement son chef d'oeuvre...

Bugs Clampett par Bob Bunny (1941-1946)
Bugs Clampett par Bob Bunny (1941-1946)
Bugs Clampett par Bob Bunny (1941-1946)
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Published by François Massarelli - dans Bob Clampett Animation Bugs Bunny Looney Tunes
6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 18:12

Pour commencer, ce film parfaitement admirable est l'occasion de faire un petit rappel historique. Le studio de Leon Schlesinger était dans les années 30 un endroit très clairement hiérarchisé: les stars (Freleng, Jones) y faisaient des dessins animés en couleurs, sous l'appellation Merrie melodies. Les autres, les obscurs et sans-grade, y concoctaient sous le nom fourre-tout (et plutôt bien vu) de Looney tunes, des dessins animés en noir et blanc, avec le plus souvent un héros récurrent, l'ineffable Porky Pig. Seul Tex Avery jonglait sans aucun scrupule de la couleur au noir et blanc. Malgré tout, lorsqu'il a commencé à s'occuper en priorité des Merrie Melodies (C'est-à-dire lorsque Friz Freleng est momentanément parti du studio), il a laissé son unité noir et blanc à son ancien animateur Bob Clampett. Et celui-ci a donc pu faire un grand nombre de Porky Pig, tous plus inattendus les uns que les autres...

Mais d'une part, il l'a vraiment entièrement refaçonné, tant physiquement (Jusqu'à en faire le personnage qui est parfois encore utilisé aujourd'hui: moins porcin, rond, oui, mais pas obèse) que dans son personnage: Avery ne savait absolument pas quoi en faire, mais Clampett lui a donné une famille à géométrie variable, et l'a souvent utilisé comme un pendant de Mickey Mouse, donc propre à vivre tranquille à faire pousser des légumes en compagnie de son chien, autant que destiné à vivre des aventures délirantes: Porky in Egypt, ou ce plus étonnant film, donc, Porky in Wackyland...

Que Clampett soit un dingue, c'est évident. Le degré d'absurdité, de malpolitude, d'inventivité baroque et de sauvagerie burlesque de ses films, leurs contours élastiques (Les personnages en sont souvent distordus, et leurs traits ne sont jamais totalement fixés, les décors changent du tout au tout d'un plan sur l'autre), tout les rend joyeusement surréalistes... Et celui-ci l'est d'autant plus que c'était l'intention, justement. Porky y part en Afrique, à Wackyland (Qu'un titre Français traduit par Zinzinville, mais ce serait plutôt Cingléland), dans le but d'y mettre la main sur le dernier des dodos... Et va le trouver, mais au prix pour le spectateur d'une migraine violente. A ce stade de n'importe quoi, c'est d'un pinceau à cauchemar que Clampett a dirigé son film. Il y invente des créatures effrayantes, des situations absurdes, des bruits qu'on n'oserait pas inventer avec 42° de fièvre. Il dote son univers d'un décor à la Dali, et fait exploser toutes les barrières de l'espace filmique, et du bon goût... Un panneau à l'entrée de Wackyland prévient: It CAN happen here! ...Donc tout peut arriver, un avertissement pris par le metteur en scène au pied de la lettre.

...Bref, c'est un régal.

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Published by François Massarelli - dans Bob Clampett Animation Looney Tunes
6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 17:48

Qu'est-ce qui différencie un dessin animé de Chuck Jones mettant en scène la lutte acharnée et perdue d'avance entre un coyote affamé et un oiseau coureur de routes des déserts du Sud-Ouest Américain, d'un autre film du même genre? Rien, apparemment, sinon l'évolution des décors, qui vont se révéler de plus en plus abstraits au fur et à mesure, entre la fin des années 40 lorsque les personnages ont fait leur apparition, et les années 60 durant lesquelles ils vivront leurs dernières aventures. Pour le reste, c'est clairement toujours la même chose:le coyote tente, élabore des stratégies, finit toujours par s'en remettre à l'efficacité de la vente par correspondance des produits ACME, en lesquels il a une confiance que j'ai du mal a à expliquer, tant il en a souffert. Quant à l'oiseau, qui ne sert pas à grand chose si ce n'est représenter l'impasse terrifiante dans laquelle ce canidé presque humain s'est engouffré pour l'éternité, il continuera à courir, lui aussi coincé dans une sorte de rupture embarrassante dans le continuum spatio-temporel, et à embêter sérieusement l'autre animal. Rien de nouveau ne se passera jamais, Chuck Jones ayant inventé le non-suspense absolu, en même temps qu'une certaine forme de perfection.

Et ça, c'est admirable...

Going! Going! Gosh! fait donc partie de cette glorieuse et inamovible série de dessins animés réalisés par Chuck Jones, , dont il est le troisième...

Tout au plus pourra-ton faire remarquer qu'après avoir expérimenté avec les "toppers" sur le deuxième (ce principe d'ajouter au gag, une fois sa résolution trouvée, un petit truc qui le relance, le complète, ou enfonce le clou - parfois littéralement), ce court métrage expérimente le "double topper"... en voici un exemple: le coyote, dans un égout, s'apprête à lancer une grenade sur la sale bestiole. Il est bien caché, sous le couvercle en fonte. A l'approche de l'oiseau (Meep! meep!), il dégoupille la grenade, ferme le couvercle par dessus-lui, et... le Roadrunner passe par un autre chemin, son passage provoque la chute d'une énorme pierre qui vient se placer sur le couvercle de la bouche d'égout... Le coyote étant coincé, l'accomplissement du gag provient évidemment de l'explosion qui s'ensuit. Topper #1: le couvercle retombe sur la tête du coyote (bruitage inévitable: Clonk.), puis topper #2: la pierre retombe à son tour sur le couvercle.

Ce troisième film est remarquable aussi par l'utilisation de plus en plus forte de regards à la caméra, mais aussi par les relations complexes, et généralement malheureuses, du coyote avec les enclumes.

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes Wile E. Coyote Chuck Jones
3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 16:46
Le coeur et l'argent (Louis Feuillade, 1912)

Comme Erreur tragique de la même année, ce film est typique de la production dramatique de Feuillade: des films courts (Une ou deux bobines), austères, situés dans des décors parfaitement adéquats, et l'interprétation en est, le plus souvent, très retenue. Dans cette histoire, Suzanne (Grandais) est amoureuse d'un jeune homme (Raymond Lyon), mais sa mère (Renée Carl) préfère lui forcer la main en la faisant épouser un homme riche (Paul Manson). La jeune femme est très malheureuse, d'autant que son Raymond jure qu'il s'en souviendra. Un jour pourtant, le mari meurt... Le testament prévoit qu'il lègue sa fortune à sa jeune épouse, à une condition et une seule: qu'elle ne se remarie jamais...

Le film commence et finit dans un étang, et les plans, lumineux et estivaux, sont autant d'oeuvres d'art. Feuillade laisse surtout parler ses décors naturels ici, il y a peu de plans de la ville et les séquences tournées en intérieur sont limitées. Mais le contraste entre le destin tristounet de la jeune femme et la beauté des extérieurs fait le charme du film, qui en matière de scénario, reste un exercice très classique, contrairement à Erreur tragique et ses idées novatrices. On a longtemps attribué le film à Léonce Perret, mais il y manque une certaine utilisation de la lumière pour que cette hypothèse soit convaincante; en l'absence d'autres indices, on peut sans trop de chances de se tromper créditer la réalisation à Feuillade, en raison de l'utilisation des deux principales actrices de sa "troupe", Renée Carl et Suzanne Grandais.

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Published by François Massarelli - dans Louis Feuillade Muet