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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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14 septembre 2026 1 14 /09 /septembre /2026 16:04

Manchester, en 1960. Un criminel très dangereux vient de s'évader: l'inspecteur Martineau (Stanley Baker) fait une affaire personnelle de mettre la main sur Don Starling (John Crawford), d'autant qu'il sait que le bonhomme n'est pas du genre à rester assis à ne rien faire. L'inspecteur a raison: le criminel a la bougeotte, et il n'attend pas longtemps avant de commettre un coup, pour se procurer de l'argent, avec trois complices. Mais durant l'affaire, une jeune femme meurt des coups qu'il lui donne. Avec le gardien de prison qui a finalement succombé aux blessures contractées pendant son évasion, ça fait deux meurtres sur les bras du malfrat...

Pour un film noir, c'est un film noir! La Hammer, ne l'oublions pas, a une longue tradition dans le genre, mais ici le studio s'est dépassé. Par bien des côtés, le film ressemble, à travers sa vision nocturne de Manchester et de ses crimes, à une version sombre et violente du film de John Ford Gideon's day! Tout le film tourne autour du lien profond entre Stanley Baker et John Crawford, et d'ailleurs le policier dit à un moment qu'il sent quand le bandit est dans les parages, depuis qu'ils ont combattu ensembles durant la seconde guerre mondiale... Si l'ancrage du film reste bien sûr du côté de la loi, on ignorera assez peu de choses de l'emploi du temps des mauvais garçons, entre leurs affaires crminelles et leur passe-temps (billard et paris sauvages, dans lesquels les criminels se mêlent à la population!), et on verra aussi beaucoup la façon dont Don Starling tente d'échapper à la police, en s'invitant chez ses anciennes conquêtes (Notamment Billie Whitelaw)...

Le film est violent, cru souvent, et d'une grande acuité humaine. Mais il fourmille aussi de caractère à travers des multitudes de détails: le langage des bandits comme celui des policiers, les préoccupations des uns (parier comme une addiction, ou encore cette serveuse de pub qui n'a pas sa langue dans sa poche, et qui a décidé qu'un jour elle aurait l'inspecteur Martineau pour elle toute seule!), et les soucis des autres (le tenancier de pub qui aimerait bien mener sa barque sans avoir à faire avec la police, ou l'inspecteur Martineau qui fuit son ménage car son épouse n'est pas décidée à avoir des enfants)...

La galerie de personnage est riche, complète, pittoresque, le tournage a eu lieu en pleines rues de Manchester, et il n'a pas l'air d'y faire bien chaud! L'usage du noir et blanc, couplé avec un scope magnifiquement utilisé, en particulier lors de scènes situées à la fin sur les toits, l'équipe a vraiment sorti les grands moyens. C'est, assurément, un modèle de film noir.

 

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Published by François Massarelli - dans Hammer Noir
13 septembre 2026 7 13 /09 /septembre /2026 14:52

C'est un bon exemple de ce qui a bien dû être un conflit intérieur pour Tex Avery et ses collègues réalisateurs du département animation de la Warner: la série des Merrie Melodies entendait clairement faire concurrence à Disney et ses Silly Symphonies et la mièvrerie était de rigueur... Si on se contente de cette lecture, alors on verra que ce film s'acquitte bravement de cette mission:

On y croise un Cupidon qui se lèvre le jour de la St-Valentin, c'est, dit-il, son grand jour. Mais un diablotin se lève lui aussi, et pour lui la journée sera occupée à contrecarrer les plans du précédent...

Mais si Avery raconte effectivement en animation cette histoire de lutte du bien contre le mal, incarné par des poulbots un peu trop sucrés pour être honnêtes, il ne peut pas s'empêcher de s'amuser dans la marge... et le film devient un terrain de jeu pour lui et ses animateurs. 

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Published by François Massarelli - dans Tex Avery Animation Looney Tunes
13 septembre 2026 7 13 /09 /septembre /2026 14:44

Sous ce titre qui nous révèle un abominable jeu de mots (pour les réfractaires à la langue de Shakespeare, "to axe", c'est donner un coup de hâche, et le titre joue sur sa proximité avec "don't ask me"), se cache un film éminemment rural, ce qui était quand même un peu l'obsession de McKimson, comme en témoigne sa série autour de Foghorn Leghorn, dont on retrouve ici un "partenaire", le chien Barnyard dawg...

Elmer est fermier, et il nourrit ses bêtes: le canard daffy Duck essaie de manger plus que de raison... Il est en concurrence avec le chien de la ferme, qui décide de frapper un grand coup: quand un invité s'annonce il propose au couple (oui, Elmer est marié) de préparer un canard rôti...

C'est très moyen, même si beaucoup de dessins animés de la warner à l'époque sont bien plus laids dans leur design et leur animation! On retrouve un peu, ici, le Daffy incontrôlable et partfaitement immoral de ses débuts.

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes Daffy Duck
13 septembre 2026 7 13 /09 /septembre /2026 14:35

Deux chiens, dont un très jeune, s'approchent d'une maison modèle, où sont démontrées les vertus des technologies modernes, dans chaque domaine de la vie quotidienne...

Ce court métrage doit sans doute beaucoup à un film de la série des Donald Duck: Modern inventions, sorti l'année précédente. On en retrouve d'ailleurs un cag récurrent, celui d'un robot nettoyeur qui vient contrecarrer les plans du plus jeune des deux chiens: à chaque fois qu'il trouve un os, le nettoyeur vient l'en priver...

Pour le reste, c'est du cartoon de slapstick, du pur comique visuel, avec deux personnages (assez franchement mièvres) qui nous invitent à suivre leur naïveté. Chuck Jones, encore un peu vert, fait ses classes de réalisateur.

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Published by François Massarelli - dans Chuck Jones Animation Looney Tunes
12 septembre 2026 6 12 /09 /septembre /2026 09:37

En 1928, Marion davies a fini de consolider sa position sur deux fronts: d'une part elle a établi de façon évidente sa maîtrise de la comédie, et chaque film qui la présente en vedette, distribué par la tatillonne MGM, est contrôlé en large partie par elle-même. L'expression générique utilisée au studio, A Robert Z. Leonard production, est une amabilité de principe, une façon de faire semblant de placer le metteur en scène au centre. Il n'en est rien: le boss sur le plateau, c'est elle... Et d'autre part elle a fini par réussir à faire comprendre à son compagnon William Randolph Hearst de la laisser faire des films comme elle l'entend. Donc c'en est fini des grosses priductions dramatiques, son terain de jeux, c'est la comédie... Pétillante, loufoque, optimiste et parfois même étourdissante.

Cette liste d'adjectifs, c'est une description de The Cardboard Lover, justement. Un film dans lequel Davies interprète une jeune étudiante Américaine en congé à Monte-Carlo avec ses congénères, mais ceux-ci disparaissent du film au bout de cinq minutes, car Sally a trouvé de quoi s'occuper à l'écart du groupe: elle chasse les autographes, et quand elle a vu le tennisman André Briault (Nils Asther), elle a décidé qu'elle aurait sa signature, coûte que coûte... Mais ce ne sera pas facile, d'une part parce que la bonne amie du fringant sportif, Simone (Jetta Goudal), n'a pas d'affection particulière pour les étudiantes qui tournent autour du jeune homme, et d'autre part parce que trois faits vont la distraire de sa mission: elle ne fait pas partie du même monde que lui et il ne se laissera pas approcher; ensuite elle est le témoin d'un échange entre Simone et une autre célébrité, le baryton De Segurola (dans son propre rôle!) indiquant assez clairement que Simone n'est pas fidèle à son André; enfin, le principal problème, c'est que Sally tombe irrémédiablement amoureuse, et qu'elle n'est pas du genre à ne pas s'acharner... Mais quand André comprend que Simone le trompe, il propose à Sally de jouer sa nouvelle fiancée, afin de rendre Simone jalouse, et donc amoureuse.

Difficile de résumer une intrigue qui va à cent à l'heure, qui se repose entièrement sur les épaules de l'actrice, et qui est taillée entièrement pour so humour, son style, et son univers. Et ça)  marche de bout en bout, car non seulement elle est magistrale, mais elle n'est pas la seule: Jetta Goudal, une actrice plastique révélée chez DeMille, se prête sans problème au jeu, en incarnant une caricature de starlette; Je signalai tout à l'heure la présence étonnante d'un baryton dans son propre rôle, et il n'hésite pas à se présenter comme le pire des goujats dans sa première scène: apprenant qu'il est une célébrité, Sally s'approche avec son carnet d'autographes, et il écrit une phrase que nous ne lirons pas. Mais Sally, elle, la lit et le prend très mal... Tenen Holtz incarne le valet d'André, et il joue beaucoup de son visage expressif pour commenter en giuse de choeur grec, la petite guerre entre Sally et Simone. Et il a choisi son camp, il ne peut de toute façon pas supporter Simone, et c'est tirrésistible... Enfin, Nils Asther n'est pas connu pour la comédie, loin de là, mais il est excellent. Une scène, dans laquelle il doit se faire enlever un cataplasme par son valet, est hilarante par sa lenteur sadique, et l'acteur se lance à fond dans les pires grimaces, les deux d'ailleurs semblent jouer au ralenti...

Marion davies a tout fait pour faire ce qu'elle veut ici, et elle se déguise (en groom, avec un jeu d'expressions faciales très drôles), mais aussi elle imite: on se souvient de The Patsy (King Vidor, 1928) dans lequel elle imitait visuellement Lillia Gish, Gloria Swanson et Pola Negri, ici elle s'amuse à incarner Jetta Goudal dans une scène au cours de laquelle elle tente de ''guérir" André de son affection pour sa fiancée douteuse... Et c'est non seulement drôle, c'est bluffant. Et le tout dans le silence de rigueur. Oui, car The Cardboard Lover est le dernier film muet de Marion Davies, qui n'était pas forcément très à l'aise avec la nécessité de plus en plus évidente de passer au cinéma sonore et parlant. Elle était bègue, pour commencer, et son univers, comme celui de Chaplin, c'était le cinéma muet. On sait maintenant qu'elle a parfaitement négocié le virage, donc tant mieux, mais cette dernière salve en tant que bouquet final de son style muet, mis en scène par un réalisateur avec lequel elle avait déjà travaillé (ils ont collaboré sur deux films au début de la carrière de l'actrice) est une merveille à voir de toute urgence... 

A noter: un blu-ray existe, sorti cet été chez Undercrank aux Etats-Unis, et... Bonne chance pour le trouver.

 

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Published by François Massarelli - dans 1928 Marion Davies Muet ** Robert Z. Leonard
11 septembre 2026 5 11 /09 /septembre /2026 14:23

1885: le documentaliste Jonathan Harker (John Van Eyssen) arrive en Transylvanie chez le Comte Dracula (Christopher Lee), et sous le prétexte de travailler à un inventaire de ses grimoires précieux, commence en réalité à enquêter, car sa voix off, qui narre le film, nous précise via un journal, qu'il est sur les lieux dans le but de contribuer à la destruction du Comte, qu'il présente comme un être maléfique... mais tout ne se passe pas comme prévu, et Jonathan va bien vite rejoindre le cercle des vampires, ce que constate son ami le professeur Van Helsing (Peter Cushing). Ce dernier retourne dans sa ville de Karlstadt et doit annoncer la mort de Harker à sa famille, qui peine à croire en son histoire... 

Murnau n'est pas le premier metteur en scène à avoir adapté (même en contrebande, puisque le livre n'était pas mentionné) le roman de Bram Stoker, mais son film Nosferatu est non seulement le plus ancien à être disponible, encore aujourd'hui, c'est aussi un chef d'oeuvre indépassable... L'idée de génie, bien sûr, était de tourner un film fantastique dans des décors aussi authentiques que possible, tout en laissant libre cours à l'inventivité échevelée et au système D... Une démarche qui se retrouve ici, à l'inverse du Dracula de Browning (et Melford pour la version Espagnole), qui était un pur produit de studio. 

Ce film de la Hammer (le deuxième classique incontournable après Curse of Frankenstein) est une merveille, qui allie une relecture très digne du roman de Stoker, une attention forte portée à la façon dont l'horreur doit être représentée (qui a bien souffert des interventions de la censure Britannique, l'une des plus tatillonnes du monde), et une démarche esthétique forte: le film regorge de scènes définitives, qui se jouent du montage (au fait, le montage est un exemple de la façon dont on peut utiliser un montage serré pour prendre son temps... La quadrature du cercle!) et Fisher fait systématiquement preuve d'un sens efficace de la composition: la façon dont il ne se répète jamais dans toutes les scènes qui montrent la mort d'un vampire, par exemple, utilisant ombres, ellipses, voire carrément l'absence de scène (la ''mort'' de Harker est totalement implicite)...

Cette démarche s'inscrit dans une narration impeccablement claire. Impossible de se perdre dans cette intrigue, qui nous est contée au départ par la voix off, en écho à la façon dont Stoker avait construit son roman sur des extraits de journaux intimes et des lettres. Mais Fisher et son scénariste Jimmy Sangster font aussi preuve d'une certaine originalité dans leur choix de remodeler un peu l'intrigue. Exit donc la naïveté de Harker qui ans le roman était un agent immobilier qui venait se jeter dans la gueule du vampire... Un détail de l'intrigue repris par Murnau avec quelques variantes. Non, dans ce Dracula, on commence, dans le vif du sujet, avec le jeune homme en héros potentiel... qui n'arrivera pas vivant à la troisième bobine! Et Van Helsing (Bülwer chez Murnau), toujours plus ou moins un vieux sentencieux, devient l'élégant et félin Peter Cushing, génial comme rarement... 

La star incontestable du film, c'est pourtant l'incroyable Christopher Lee, mais Fisher et ses collaborateurs en ont usé avec précaution! Il apparait peu, mais chaque intervention est un moment d'anthologie, et avec l'ambiguité diabolique naturelle de l'acteur, on obtient ici un vampire qui agit souventde manière extrèmement sensuelle. Le film joue cette carte à fond...

...Dans les limites, évidemment, de la censure!

 

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Published by François Massarelli - dans Terence Fisher
10 septembre 2026 4 10 /09 /septembre /2026 21:01

Au milieu du XVIIe siècle, le jésuite Gabriel (Jeremy Irons) se rend en pleine jungle du Paraguay pour évangéliser la tribu des Guarani... Pour continuer leur évangélisation, plutôt, puisque son prédécesseur a eu un souci: ils l'ont crucifié avant de le mettre à l'eau, pour que la rivière es en débarrasse... Pourtant Gabriel réussit à les approcher, et les séduit avec son hautbois. Le travail avance, mais des raids de mercenaires, menés par le capitaine Mendoza (Robert De Niro), tuent des villageois, et en capturent d'autres pour les placer en esclavage... Mais Mendoza se querelle avec son frère, pour l'amour d'une femme, et le tue. Placé en prison, il reçoit la visite de Gabriel qui lui propose de le suivre pour échapper à sa culpabilité... Accompagné d'autres écclésiastiques, ils se rendent dans la jungle où Gabriel a construit une mission avec l'aide des Guaranis... Mais les autorités estiment qu'on ne peut traiter les populations Indiennes au même titre que les blancs.

C'est un gros morceau, assez typique des années 80: un grand sujet (l'impossibilité d'émancipation des indiens Guarani au Paraguay), un tournage impressionnant, épique en lui-même pour un film qui l'est tout autant. La production, autour de Joffé, est composée de David Putnam (Producteur), Robert Bolt (Scénariste), Chris Menges (Chef-opérateur) et Ennio Morricone (Compositeur)... Les acteurs ne sont pas n'importe qui non plus, et les décors choisis en pleine jeungle (un peu partout en Amérique Latine) achèvent de composer ce qu'en d'autres temps, les années 60, on aurait probablement pu considérer comme un filmouth! Mais il y a une certaine modestie, toute Britannique, d'ailleurs: le film dure deux heures et cinq minutes, pas plus, et sa contemplation est limitée...

Et pourtant, c'est une déception! Au-delà des images superbes, de la musique splendide, du métier de tous ces gens, la retenue permanente est dommageable à l'implication du spectateur... on aimerait quand même aimer un tant soit peu les personnages mais une fois passéee l'introduction, à part l'impeccable prestation de De Niro on peine à entrer dedans... 

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Published by François Massarelli
7 septembre 2026 1 07 /09 /septembre /2026 17:40

C'était une période très difficile pour Lang, sans doute. Le manque de succès de ses films noirs, le manque de soutien aussi, pesaient, et il s'est donc retrouvé à la Republic. Mais contrairement à Wayne ou Ford, qui à la même époque travaillaient volontairement pour la firme fauchée de Herbert Yates parce qu'ils savaient qu'on leur y laisserait les coudées franches, Lang y était plus ou moins obligé parce qu'il était brûlé un peu partout... C'est donc avec ce film, un noir particulièrement sordide, qu'il s'est retrouvé à travailler avant de rentrer à la Fox par la très petite porte afin d'y réaliser un film indigne de lui.

S'il a très mauvaise réputation, ce film en revanche est tout sauf indigne: on y suit les aventures d'un écrivain qui a tué une femme qu'il désirait par peur d'être attrapé après avoir tenté de la violer, et qui finit par se rendre compte que tout accuse son frère; il va donc le charger...

Dès le début, Lang ne nous laisse aucun répit et commence à accumuler les signes. Stephen Byrne (Louis Hayward), l'écrivain raté et frustré, vit dans une petite maison au bord d'une rivière, et durant la scène d'ouverture, le flot charrie des troncs d'arbres et... un cadavre de vache, qui passe son temps à aller et venir entre le fond du jardin et l'estuaire! Quand sa femme de chambre lui demande l'autorisation d'utiliser sa salle de bains, Stephen la voit partir avec un oeil gourmand et insistant. Puis quand il se poste en bas de l'escalier qui mène à l'étage, et qu'il entend la jeune femme terminer ses ablutions, il se regarde dans le miroir, et c'est comme si le metteur en scène utilisait cet artifice pour nous montrer la naissance du monstre à l'intérieur de Stephen... Ce qui suit est bien une tentative de viol, suivie par une volonté de faire taire la victime qui mène presque naturellement à son meurtre...

Le miroir reviendra, du reste, souvent, car Stephen est non seulement un monstre, c'est aussi un homme vaniteux, au cynisme et à l'aplomb phénoménaux. Mais le film bifurque pourtant assez vite, car Lang ne cherche pas à faire de ce film l'histoire de Stephen seul. Ce dernier est marié à la belle Marjorie (Jane Wyatt), qui s'inquiète de la transformation de son mari suite à la "disparition" de leur domestique. Et bien sûr, le personnage le plus positif reste John, le frère de Stephen (Lee Bowman), un modeste employé de banque atteint d'une déformation, et qui a commis une faute et une seule: il a aidé son frère à se débarrasser du corps encombrant de la jeune Emily après la tentative de viol et le meurtre...

Une fois qu'il a aidé Stephen, John semble endosser à lui seul la responsabilité du crime. Là où Stephen louvoie, donne le change, s'improvise en maître criminel, ne commettant apparemment pas une erreur, John lui s'irrite, s'inquiète et s'enferme chez lui. Et surtout il va devenir pour la sagesse populaire le parfait suspect, comme s'il devenait le principal protagoniste d'une fiction montée de toutes pièces par Stephen! Celui-ci, d'ailleurs, va bénéficier du crime puisque la publicité générée par la disparition, puis l'annonce de la mort d'Emily (dont le corps a été retrouvé, bien sûr, allant et venant sur la rivière): d'écrivain raté, il va devenir un auteur en vue de best-sellers...

Marjorie et John vont se rapprocher, et Stephen de son côté s'éloigner toujours un peu plus de son épouse. Puis il va se lancer dans l'écriture d'un roman inspiré de son expérience, finissant en transposant dans la fausse fiction une réalité bien embarrassante de passer de l'autre côté du miroir. 

Avec sa rivière traîtresse, ses scènes nocturnes et son crime plus crapuleux que jamais, situé au tournant du vingtième siècle, ce film sulfureux est une magistrale plongée dans les tréfonds de l'âme humaine, entre morale (John) et corruption (Stephen), et c'est à sa façon, un authentique chef d'oeuvre du film noir et à mon sens l'une des meilleures manifestations du génie indéniable de Fritz Lang. Un fiml absolument indispensable..

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Fritz Lang
7 septembre 2026 1 07 /09 /septembre /2026 15:09

Dans un monde mythologique, qui ne fera pas beaucoup de sens, la femme mortelle Dahlia attire l'oeil de Chronos, personification mythologique du temps... 

A l'origine de ce film, une collaboration inattendue: Disney (célèbre VRP, fabricant de parcs d'attraction, et accessoirement PDG d'un studio de premier plan), et Salvador Dali, peintre, disons, surréaliste (mais on a parfois envie d'ajouter à l'adjectif le petit R encerclé, symbole universel de Registered Trademark: c'est que Dali a décidé contre l'avis des surréalistes qu'il faisait partie de la bande...), se sont donc exprimés l'un et l'autre sur leur envie de faire un film ensemble. Ni l'un ni l'autre n'éant cinéaste, ça a pris du temps. De leur vivant, seul un fragment de quelques secondes, qui animait des figures typiques de celles qu'on trouve chez Dali, a été effectué... Qui l'a réalisé? Mystère...

Une fois installé à la tête du département animation, Roy, neveu de Walt, a poussé de nombreux projes plus ou moins en standby. Les deux principaux étaient Fantasia 2000 et ce court métrage... Un film de pur prestige, pas désagréable à regarder, mais dont le pedigree est une fois de plus noyé sous un écran de fumée: les 17 secondes initiales y sont, mais ni Dali, ni bien sûr Disney lui-même n'ont fait grand-chose ici. Le peintre a soufflé l'intrigue, salade mythologique qui débouche sur du base-ball

Oui, je vous laisse une pause pour que vous puissiez vous interloquer

Et sinon, c'est un studio Parisien, sous la houlette d'un réalisateur français, qui a achevé la chose, avec des saccades qui donnent l'impression d'un rêve éveillé... Bon, c'est très, très, très, très anecdotique, et ça n'a pas passionné grand-monde... Tiens, comme Fantasia 2000, justement. Cela dit, c'est esthétiquement remarquable. 

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Disney
5 septembre 2026 6 05 /09 /septembre /2026 14:23

Dans une zone rurale du danemark, dans les années 20, vivent deux familles à une petite distance. Dans le foryer des Borgen, le patriarche (Henrik Malberg) a trois fils: le plus vieux, Mikkel (Emil Hass Christensen) est marié et a deux filles. Son épouse Inger (Brigitte Federspiel) attend un enfant, dont le vieux Borgen aimerait que ce soit un fils... Le plus jeune, Anders (Cay Kristiansen) aimerait se marier avec la jeune voisine, Anne (Gerda Nielsen). Enfin, Johannes (Preben Lerdorff Rye), le deuxième frère, a perdu la raison, oscillant entre crises mystiques et rêve éveillé: il est persuadé d'être la réincarnation du Christ, et sermonne en permanence... De leurs côtés, les voisins les Petersen sont d'une obédience religieuse encore plus rigoriste, et le père Petersen (Ejner Federspiel), un tailleur bien installé, refuse à Anders la main de sa fille, car il estime que la famille Borgen ne sont pas assez pieux. Lors d'une entrevue entre Borgen et Anders d'un côté, et Petersen, de l'autre, inger perd les eaux, et tout va de travers...

Dreyer a souvent été amené à parler de la foi, qui est le sujet principal de deux de ses films les plus importants dans sa carrière: Jour de colère (1943) et bien sûr La passion de Jeanne d'Arc (1929). On peut sans aucun prolème ajouter, au moins, ses respectivement deuxième et troisième films, Les pages arrachées du livre de Satan (1920) et La quarième alliance de Dame Marguerite (1921), Le thème est aussi présent un peu partout, mais jamais il n'a été aussi central que dans Ordet. Le film est, et ça se voit (unité de temps oblige), adapté d'une pièce de théâtre, et il est clairement très profondément danois, à travers ces deux familles danoises, et leur foi marquée par chaque jour qui passe, chaque décision à prendre... Même Johannes, dont on aurait pu penser que le délire mystique puisse être une caricature, est devenu ainsi parce que son père l'a poussé à lire pour développer son intelligence... Il voulait en faire un pasteur.

On verra, d'ailleurs, un pasteur, ainsi qu'un médecin lors des scènes de l'avant-dernier acte, lors de la fatale maternité d'Inger. Ils sont des satellites de la maison, etsemblent amis même si ils sont concurrents: quand dans un premier temps la situation d'Inger (elle fait une fausse couche) s'améliore, ils revendiquent l'un et l'autre la responsabilité du miracle. Pourtant ils sont amis... Et cette civilité ne quitte presque jamais la communauté: quand ils vont négocier auprès de Petersen pour organiser le mariage des deux jeunes, le refus du tailleur de marier sa fille s'effectue sans trop de déballage d'agressivité... C'est que le fond du film est ailleurs... Surtout enytre Johannes, et sa petite nièce, la deuxième des filles de Mikkel: son oncle lui annonce que sa mère va mourir, et que lui seul peut la sauver, soit en l'accompagnant au Royaume des Cieux, soit en la ressucitant. Mais, lui dit-elle, il ne peut pas le faire car personne ne croit en sa capacité. Elle va donc, en toute innocence, lui demander officiellement, de sauver sa mère, dans une scène hallucinante.

Le style de Dreyer, qui s'est considérablement allégé depuis les années 20, se base ici sur le théâtre. Je parlais de la source tout à l'heure et du fait que le metteur en scène a respecté l'unité de temps... mais les prises de vue ont énormément reposé sur la présence de la caméra au milieu des acteurs, qui jouent la scène sans interruption ou presque. Dire que c'est austère est bien en dessous de la vérité, mais c'est l'une des forces du film que de rester avec rigueur dans la situation que Dreyer a choisi, pour donner de la vérité aux personnages, donnant ainsi à la dernière scène une force peu commune...

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Published by François Massarelli - dans Carl Theodor Dreyer