Vers 1890, un couple d'amoureux profite d'un beau temps pour faire un pique-nique au bord de l'eau... Mais des fourmis, attirées par la nourriture, viennent se servir. L'une d'entre elles supervise d'ailleurs la confection de sandwiches, mais le monsieur, tout à son bonheur, les prend distraitement les uns après les autres...
C'est une petite merveille, qui est un peu un film cousin de l'admirable The dover boys de Chuck Jones, par la façon dont Freleng choisit de représenter une période révolue avec tendresse... Mais là où Jones s'attachait à une intrigue pour mieux la dynamiter esthétiquement, Freleng, lui, arrête le temps qui passe, pour se concentrer sur une colonie de fourmis qui vont donner une vie parallèle au pique-nique.
C'est très musical, bien entendu, car on ne se refait pas. Freleng, d'ailleurs, s'amuse à représenter tout New York se laissant aller aux joies du cakewalk, une danse qui fut à la mode, et qui nous laisse bien perplexe aujourd'hui... Pas les fourmis, car elles aussi l'ont adoptée.
Le titre est une variation de l'expression The gay nineties (les joyeuses années 90), avec "ant" substitué au chiffre...
Joe Glow, une luciole, s'introduit dans la tente d'un campeur en pleine nuit. Il ne néglige aucun détail, fait un inventaire complet de ce qu'il trouve, et bien sûr notamment la nourriture... Avant de partir après avoir hurlé "Bonne nuit!" dans l'oreille du dormeur.
C'est l'un des rares films en noir et blanc de Chuck Jones, qui quand il a commencé sa carrière de réalisateur chez Leon Schlesinger, a été principalement affilié aux films de prestige, la série des Merrie Melodies, plutôt qu'aux Looney Tunes. C'est vrai que ce film, en comparaison des Looney Tunes de Clampett de la même époque, semble bénéficier d'un plus grand budget... Ou alrs c'est le style de Jones qui donne cette impression!
Ce dernier s'est d'ailleurs immicé dans son film en donnant son visage au campeur... Pour le reste, le film avare en paroles, repose essentiellement sur le rythme lent et méthodique, et le sens de l'observation, chers à Chuck Jones.
Un fort de l'armée Américaine, dans l'ouest: le commandant part en mission avec la troupe, seul Bugs Bunny gardera le camp. C'est le moment qu'ont choisi Yosemite Sam, le renégat, et sa bande d'indiens, pour attaquer...
Le film est honnête, marqué par la pauvreté de l'animation, un défaut partagé par tant de films d'animation sortis du studio Warner à cette période. On se console dans la mesure où Sam et Bugs, clairement, l'équipe est rodée et connait son boulot! Les gags récurrents, le traitement indigne infligé à Sam, et le contexte westernien qui sied à ce dernier, ça ne peut que fonctionner...
A noter, l'image du renégat, qui a toujours senteur de soufre dans le western: certes, il y a eu des bandits qui "sont passés de l'autre côté" et se sont alliés aux indiens, par appat du gain, par exemple, ou pour échapper à la justice. Mais pas tant que ça... Et le terme en lui-même, ne sent pas très bon... Loin de là.
Le stéréotypage ethnique, dans els dessins animés Warner, a toujours été là. Ici, c'est des Natifs Américains qu'il s'agit, et on le constate très vite. Comme souvent, nous allons l'ignorer. Non qu'il y ait prescription, loin de là, mais tout simplement, l'intention ici n'est pas de blesser, non: juste de rigoler avec une solide dose d'absurdité...
Un chasseur d'une famille amérindienne inconnue nous prévent par signe, reprenant en version modifiée la célèbre réplique d'Elmer Fudd: Be very quiet, I'm hunting rabbit... La rencontre avec Bugs Bunny est donc programmée, inéluctable... Et sera source d'un gros paquet de gags.
C'est drôle, loufoque à souhait, et ça fait un peu penser à Big-Heel-Watha, de Tex Avery... Mais ça se termine surtout sur un gag mémorable: quand l'indien dit à Bugs qu'il est le dernier des Mohicans, le lapin lui indique l'arrivée des cigognes qui lui apportent des enfants... Avant de constater que d'autres cigognes, cent fois plus nombreuses, lui apportent, à lui-même, des lapereaux. La preuve? Ils lui demandent, à l'unison, "What's up, pop?".
Bob McKimson ne reste pas dans l'Histoire, pour moi, comm étant un génie de l'animation. Mais je lui reconnais une qualité: contrairement à ses collègues (Chuck Jones et Friz Freleng particulièrement), il n'a jamais totalement abandonné l'animation à l'ancienne, rondouillarde, et s'est adapté à l'appauvrissement des techniques en contournant la médiocrité au moment où tout le monde adoptait une manière plus économique de faire des cartoons. C'est un fait...
Cela étant il a lui aussi succombé pour sa série des Foghorn Leghorn (le coq bavard, Sudiste et sentencieux) à la tentation de réaliser une compilation d'extraits, pour ajouter vite fait un court métrage à sa filmographie: c'est celui-ci...
Le prétexte, c'est que les deux prcinipaux protagonistes, Foghorn et le chien Barnyard dawg, sont désormais des grands-pères, et pendant qu'ils échangent des réminiscences, provoquant le visionnage d'extraits, leurs petits-enfants se chamaillent de la même façon que leurs aïeux. Ainsi, seront cités Henhouse Henery (1949), All fowled up (1955) et The high and the flighty (1956).
Manchester, en 1960. Un criminel très dangereux vient de s'évader: l'inspecteur Martineau (Stanley Baker) fait une affaire personnelle de mettre la main sur Don Starling (John Crawford), d'autant qu'il sait que le bonhomme n'est pas du genre à rester assis à ne rien faire. L'inspecteur a raison: le criminel a la bougeotte, et il n'attend pas longtemps avant de commettre un coup, pour se procurer de l'argent, avec trois complices. Mais durant l'affaire, une jeune femme meurt des coups qu'il lui donne. Avec le gardien de prison qui a finalement succombé aux blessures contractées pendant son évasion, ça fait deux meurtres sur les bras du malfrat...
Pour un film noir, c'est un film noir! La Hammer, ne l'oublions pas, a une longue tradition dans le genre, mais ici le studio s'est dépassé. Par bien des côtés, le film ressemble, à travers sa vision nocturne de Manchester et de ses crimes, à une version sombre et violente du film de John Ford Gideon's day! Tout le film tourne autour du lien profond entre Stanley Baker et John Crawford, et d'ailleurs le policier dit à un moment qu'il sent quand le bandit est dans les parages, depuis qu'ils ont combattu ensembles durant la seconde guerre mondiale... Si l'ancrage du film reste bien sûr du côté de la loi, on ignorera assez peu de choses de l'emploi du temps des mauvais garçons, entre leurs affaires crminelles et leur passe-temps (billard et paris sauvages, dans lesquels les criminels se mêlent à la population!), et on verra aussi beaucoup la façon dont Don Starling tente d'échapper à la police, en s'invitant chez ses anciennes conquêtes (Notamment Billie Whitelaw)...
Le film est violent, cru souvent, et d'une grande acuité humaine. Mais il fourmille aussi de caractère à travers des multitudes de détails: le langage des bandits comme celui des policiers, les préoccupations des uns (parier comme une addiction, ou encore cette serveuse de pub qui n'a pas sa langue dans sa poche, et qui a décidé qu'un jour elle aurait l'inspecteur Martineau pour elle toute seule!), et les soucis des autres (le tenancier de pub qui aimerait bien mener sa barque sans avoir à faire avec la police, ou l'inspecteur Martineau qui fuit son ménage car son épouse n'est pas décidée à avoir des enfants)...
La galerie de personnage est riche, complète, pittoresque, le tournage a eu lieu en pleines rues de Manchester, et il n'a pas l'air d'y faire bien chaud! L'usage du noir et blanc, couplé avec un scope magnifiquement utilisé, en particulier lors de scènes situées à la fin sur les toits, l'équipe a vraiment sorti les grands moyens. C'est, assurément, un modèle de film noir.
C'est un bon exemple de ce qui a bien dû être un conflit intérieur pour Tex Avery et ses collègues réalisateurs du département animation de la Warner: la série des Merrie Melodies entendait clairement faire concurrence à Disney et ses Silly Symphonies et la mièvrerie était de rigueur... Si on se contente de cette lecture, alors on verra que ce film s'acquitte bravement de cette mission:
On y croise un Cupidon qui se lèvre le jour de la St-Valentin, c'est, dit-il, son grand jour. Mais un diablotin se lève lui aussi, et pour lui la journée sera occupée à contrecarrer les plans du précédent...
Mais si Avery raconte effectivement en animation cette histoire de lutte du bien contre le mal, incarné par des poulbots un peu trop sucrés pour être honnêtes, il ne peut pas s'empêcher de s'amuser dans la marge... et le film devient un terrain de jeu pour lui et ses animateurs.
Sous ce titre qui nous révèle un abominable jeu de mots (pour les réfractaires à la langue de Shakespeare, "to axe", c'est donner un coup de hâche, et le titre joue sur sa proximité avec "don't ask me"), se cache un film éminemment rural, ce qui était quand même un peu l'obsession de McKimson, comme en témoigne sa série autour de Foghorn Leghorn, dont on retrouve ici un "partenaire", le chien Barnyard dawg...
Elmer est fermier, et il nourrit ses bêtes: le canard daffy Duck essaie de manger plus que de raison... Il est en concurrence avec le chien de la ferme, qui décide de frapper un grand coup: quand un invité s'annonce il propose au couple (oui, Elmer est marié) de préparer un canard rôti...
C'est très moyen, même si beaucoup de dessins animés de la warner à l'époque sont bien plus laids dans leur design et leur animation! On retrouve un peu, ici, le Daffy incontrôlable et partfaitement immoral de ses débuts.
Deux chiens, dont un très jeune, s'approchent d'une maison modèle, où sont démontrées les vertus des technologies modernes, dans chaque domaine de la vie quotidienne...
Ce court métrage doit sans doute beaucoup à un film de la série des Donald Duck: Modern inventions, sorti l'année précédente. On en retrouve d'ailleurs un cag récurrent, celui d'un robot nettoyeur qui vient contrecarrer les plans du plus jeune des deux chiens: à chaque fois qu'il trouve un os, le nettoyeur vient l'en priver...
Pour le reste, c'est du cartoon de slapstick, du pur comique visuel, avec deux personnages (assez franchement mièvres) qui nous invitent à suivre leur naïveté. Chuck Jones, encore un peu vert, fait ses classes de réalisateur.
En 1928, Marion davies a fini de consolider sa position sur deux fronts: d'une part elle a établi de façon évidente sa maîtrise de la comédie, et chaque film qui la présente en vedette, distribué par la tatillonne MGM, est contrôlé en large partie par elle-même. L'expression générique utilisée au studio, A Robert Z. Leonard production, est une amabilité de principe, une façon de faire semblant de placer le metteur en scène au centre. Il n'en est rien: le boss sur le plateau, c'est elle... Et d'autre part elle a fini par réussir à faire comprendre à son compagnon William Randolph Hearst de la laisser faire des films comme elle l'entend. Donc c'en est fini des grosses priductions dramatiques, son terain de jeux, c'est la comédie... Pétillante, loufoque, optimiste et parfois même étourdissante.
Cette liste d'adjectifs, c'est une description de The Cardboard Lover, justement. Un film dans lequel Davies interprète une jeune étudiante Américaine en congé à Monte-Carlo avec ses congénères, mais ceux-ci disparaissent du film au bout de cinq minutes, car Sally a trouvé de quoi s'occuper à l'écart du groupe: elle chasse les autographes, et quand elle a vu le tennisman André Briault (Nils Asther), elle a décidé qu'elle aurait sa signature, coûte que coûte... Mais ce ne sera pas facile, d'une part parce que la bonne amie du fringant sportif, Simone (Jetta Goudal), n'a pas d'affection particulière pour les étudiantes qui tournent autour du jeune homme, et d'autre part parce que trois faits vont la distraire de sa mission: elle ne fait pas partie du même monde que lui et il ne se laissera pas approcher; ensuite elle est le témoin d'un échange entre Simone et une autre célébrité, le baryton De Segurola (dans son propre rôle!) indiquant assez clairement que Simone n'est pas fidèle à son André; enfin, le principal problème, c'est que Sally tombe irrémédiablement amoureuse, et qu'elle n'est pas du genre à ne pas s'acharner... Mais quand André comprend que Simone le trompe, il propose à Sally de jouer sa nouvelle fiancée, afin de rendre Simone jalouse, et donc amoureuse.
Difficile de résumer une intrigue qui va à cent à l'heure, qui se repose entièrement sur les épaules de l'actrice, et qui est taillée entièrement pour so humour, son style, et son univers. Et ça) marche de bout en bout, car non seulement elle est magistrale, mais elle n'est pas la seule: Jetta Goudal, une actrice plastique révélée chez DeMille, se prête sans problème au jeu, en incarnant une caricature de starlette; Je signalai tout à l'heure la présence étonnante d'un baryton dans son propre rôle, et il n'hésite pas à se présenter comme le pire des goujats dans sa première scène: apprenant qu'il est une célébrité, Sally s'approche avec son carnet d'autographes, et il écrit une phrase que nous ne lirons pas. Mais Sally, elle, la lit et le prend très mal... Tenen Holtz incarne le valet d'André, et il joue beaucoup de son visage expressif pour commenter en giuse de choeur grec, la petite guerre entre Sally et Simone. Et il a choisi son camp, il ne peut de toute façon pas supporter Simone, et c'est tirrésistible... Enfin, Nils Asther n'est pas connu pour la comédie, loin de là, mais il est excellent. Une scène, dans laquelle il doit se faire enlever un cataplasme par son valet, est hilarante par sa lenteur sadique, et l'acteur se lance à fond dans les pires grimaces, les deux d'ailleurs semblent jouer au ralenti...
Marion davies a tout fait pour faire ce qu'elle veut ici, et elle se déguise (en groom, avec un jeu d'expressions faciales très drôles), mais aussi elle imite: on se souvient de The Patsy (King Vidor, 1928) dans lequel elle imitait visuellement Lillia Gish, Gloria Swanson et Pola Negri, ici elle s'amuse à incarner Jetta Goudal dans une scène au cours de laquelle elle tente de ''guérir" André de son affection pour sa fiancée douteuse... Et c'est non seulement drôle, c'est bluffant. Et le tout dans le silence de rigueur. Oui, car The Cardboard Lover est le dernier film muet de Marion Davies, qui n'était pas forcément très à l'aise avec la nécessité de plus en plus évidente de passer au cinéma sonore et parlant. Elle était bègue, pour commencer, et son univers, comme celui de Chaplin, c'était le cinéma muet. On sait maintenant qu'elle a parfaitement négocié le virage, donc tant mieux, mais cette dernière salve en tant que bouquet final de son style muet, mis en scène par un réalisateur avec lequel elle avait déjà travaillé (ils ont collaboré sur deux films au début de la carrière de l'actrice) est une merveille à voir de toute urgence...
A noter: un blu-ray existe, sorti cet été chez Undercrank aux Etats-Unis, et... Bonne chance pour le trouver.