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3 juin 2026 3 03 /06 /juin /2026 22:11

Antoine (François Cluzet) et Fred (Guillaume depardieu) sont deux personnes "entre deux jobs", qui cohabitent dans un appartement Parisien, qui est supposé être l'habitat d'un tiers... La débrouille est de mise: pour les repas, le quotidien, c'est le vol, la chance le hasard et l'improvisation qui fournissent l'inspiration. 

A propos d'inspiration, Antoine est dramaturge, mais peine à commencer, poursuivre, et finir quoi que ce soit. Il a commencé ce blocage lors de sa rupture avec Valérie. De son côté, Fred est, disons, un expert en mécanique auto, et il cuit les pâtes  à merveille... quand il y en a, bien sûr.

Le film est largement fait d'épisodes plus ou moins joints, qui épouse la tendance à la dérive des deux personnages principaux (comme dit antoine: "au début je commençais, mais là, ça fait dix ans que je commence". C'est peut-être cet aspect qui en a fait le succès, car le film a vraiment, bien plus que le film précédent de Salvadori (Cible émouvante), révélé son auteur. Pourtant il y a une structure linéaire (en gros, les deux personnages sont menés précisément par leur volonté d'agir, dans le cadre de leur inaction), mais elle s'efface devant l'accent sur la débrouille des deux personnages.

La comédie s'intalle pourtant sans problème, pour une large part grâce aux acteurs, les vedettes mais aussi les seconds rôles. Comme un clin d'oeil à son premier film de court métrage, Salvadori a confié à Blandine Pélissier un rôle qui nous rappelle la maniaquerie de son personnage dans Ménage; une femme qui travaille dans l'immobilier et qui cherche à vendre l'appartement squatté par les deux héros. Devant la saleté de leur installation, au lieu de les engueuler, elle vient eur faire le ménage... C'est qu'ils sont attachants!

On aimera aussi les vignettes inattendues, comme ce garçon de café (Zinedine Soualem) auquel Fred demande de juger des photos qu'il a prises, et qui se révèle un connaissur expert... Ou encore un cambriolage à contrecoeur, dans les locaux d'un magazine, qui avait tout pour tourner au fiasco en raison de l'hésitation des protagonistes.

Deux inadaptés, dans la débrouille, entre mythomanie et dépression: le fil du rasoir selon Pierre Salvadori, soit un disciple de Lubitsch qui sait mener des personnages qu'on aime dans des films qu'on aime... Pourtant, le film est moins attachant que les autres, le recentrage sur l'amitié d'abord et la débrouille, au détriment d'une intrigue, font du film une sorte de film Français assez traditionnel, avec son mélange de système D et d'humour triste. A noter, une apparition inattendue: Valérie, la femme qui a précipité Antoine dans la dépression (selon lui) reste absente du film, mais le hasard va mener une de ses amies sur les traces d'Antoine. C'est Marie Trintignant...

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Published by François Massarelli - dans Pierre Salvadori
3 juin 2026 3 03 /06 /juin /2026 14:37

Nell, une jeune femme, découvre que son fiancé porte sur lui la lettre d'une autre femme... Elle se fâche et décide, avec un groupe de copines, de fonder le Men haters club, dont la vocation est assez claire: montrer qu'on peut se passer de l'amour et des hommes... Elles se lancent dans un projet, celui de partir en camping ensembles... Mais vont vite découvrir qu'elles ont besoin des hommes.

Passons sur la morale de cette histoire, c'est un exercice assez bon enfant par ailleurs, qui rappelle qu'à la Vitagraph dans les années de jeunesse du cinéma, les meilleurs acteurs et actrices, notamment Edith Storey et Florence Turner, passaient à volonté de la comédie à la tragédie en un clin d'oeil, et ne se retrouvaient jamais cantonnées dans un genre spécifique... Turner incarne ici le personnage principal, l'inspiratrice du fiasco, et Storey participe à la fête...

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Published by François Massarelli - dans Florence Turner Edith Storey Muet Vitagraph
3 juin 2026 3 03 /06 /juin /2026 14:12

Un jeune homme (Antonio Moreno) se retrouve dépositaire d'une momie égyptienne (Edith Storey)... Qui revient à la vie! Ce qui ne va pas se passer sans heurts avec sa fiancée, bien entendu.

On le dira tout de suite: c'est un rêve! ...Ou plutôt cétait un rêve, puisque le film est perdu, et sa présence dans ces chroniques consacrées à des films vus s'explique par la présence d'une reconstruction du long métrage, en dix petites minutes, couronnées par les seules 2 minutes et 30 secondes de film restant!

Edith Storey y joue la séduction excentrique, cédant pour rire à la mode égyptienne... La même qui allait mener deux années plus tard au triomphe du Cleopatra de la Fox, avec Theda Bara, qui est encore plus perdu que ce film-ci!

 

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Published by François Massarelli - dans Edith Storey Muet 1915 Vitagraph **
2 juin 2026 2 02 /06 /juin /2026 22:32

Victor Meynard (Jean Rochefort) est un tueur, un vrai, de la vieille école. On le contacte anonymement, on paye (cher, très cher) et il fait le boulot, proprement, simplement, et sans faille depuis quarante ans. Un pro, quoi... Jusqu'au jour où lors de l'exécution d'un contrat, il rencontre Antoine (Guillaume Depardieu): le jeune homme a été témoin de l'exécution, et se tient prêt à se défendre, un couteau de cuisine à la main... Pris de tendresse, Victor lui explique comment tenir l'arme et de fil en aiguille va lui proposer de devenir son assistant et apprenti...

Lors de leur première mission commune, pourtant, tout va aller mal: la cible est Renée (Marie Trintignant), une jeune femme qui a escroqué un malfaisant rancunier. Mais tout se passe mal, et Victor se rend compte qu'il ne parvient pas à la tuer. Du coup, le tueur et sa potentielle victime, qui font tous les deux l'objet d'un contrat, flanqués de l'assistant, se retrouvent en situation de cavale. Renée ne sait pas qu'elle était la cible de Victor, et elle commence à développer une vraie affection pour ce personnage un peu froid et d'une maniaquerie à toute épreuve...

Cohabitation, caractères opposés, situation de danger, et suspense: les qualités fédératrices pour le public ne manquent pas dans cette comédie de précision, où Pierre Salvadori établit son style rigoureux. Il y remue ses thèmes de prédilection, les situations qui inversent la morale (un tueur et une voleuse, et on les aime!), qui confrontent les gens à leur pire contraire (un maniaque et une iconoclaste), et réussit un mélange étonnant d'absurde, de comédie sentimentale et d'humour noir. Cette façon que le metteur en scène a de se reposer sur l'étonnante subtilité de Rochefort (capable d'un huitième de sourire de faire passer la plus infinie des tendresses) et de l'opposer à l'autre subtilité, celle de Marie Trintignant qui sait passer sans aucune difficulté d'une grande dose de cynisme à l'expression d'un mal-être touchant. Un grand cinéaste, des grands acteurs, aujourd'hui tous les deux partis... Depardieu, et c'est à porter au crédit de Salvadori, est lui aussi excellent.

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Comédie Pierre Salvadori
2 juin 2026 2 02 /06 /juin /2026 22:32

C'est le grand ménage chez Blanche (Sandrine Dumas), la bien nommée: elle astique, brique, frotte et nettoie, avec un tel soin qu'il ne nous faut pas longtemps pour comprendre qu'elle en est même malade. Sauf que Colette (Blandine Pelissier), son amie, a décidé de débarquer chez elle pour exposer son mal-être: pendant que l'une raconte ses malheurs (angoisses nocturnes, dégoût physique et penchants suicidaires) l'autre laisse libre cours à son obsession ménagère: essuyer les traces de boue laissées par les chaussures de la copine, observer avec attention la cendre au bout de sa cigarette qui menace de tomber, etc... Et quand le choix est entre intervenir pour empêcher Colette de se jeter dans le vide et nettoyer du café renversé, qui eut cru que ce puisse être un dilemme?

Salvadori fait ses gammes et s'amuse: dès le départ, il inscrit le titre de son court métrage sur une moquette, et l'aspirateur manuel a tôt fait de le faire disparaître. et les deux premières minutes sont un exposé de la maniaquerie de Blanche, à travers l'efficacité géométrique dont elle fait preuve en nettoyant chez elle. Le metteur en scène profite de tourner dans un appartement pour filmer au plus près, et nous prend au piège: tout en désapprouvant son manque total d'empathie (tout ce qu'elle souhaite c'est que sa copine cesse de tout salir chez elle), nous adoptons néanmoins son point de vue, et la comédie naît de l'anticipation, puisque nous pensons comme elle... 

Ses plans bien rangés, le jeu d'actrices en oppositions (froide et distanciée, obsédée par le détail pour Blanche, expansif, les yeux dans le vide et en roue libre pour Colette) est la cerise sur le gâteau. Des maniaques, il y en aura d'autres chez Salvadori. Des confrontations burlesques entre deux univers irréconciliables mais qui trouvent leur complémentarité dans la comédie, aussi...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pierre Salvadori
1 juin 2026 1 01 /06 /juin /2026 22:17

Tex Avery, avant de quitter la Warner pour rejoindre la MGM, a eu le temps d'expérimenter avec le personnage de Bugs Bunny, qui chez lui préfigurerait presque son "Screwball Squirrel", l'écureuil cinglé... Même mépris pour la logique, même tendance à se situer plus en commentare de quelque intrigue que ce soit, et même suprème mépris affiché pour le bon goût... Avec toutefois un accent New Yorkais assumé.

Les historiens voudraient bien que ceci soit le dernier Bugs réalisé par Avery... Voir plus bas. Dans ce film qui est une suite de gags liés à la poursuite, Bugs a comme adversaire le chien idiot Willoughby, et c'est un plaisir de voir l'invention déployée par Avery et ses animateurs, notamment dans un concours de grimaces mémorable. Certains gags resserviront dès le Bugs suivant, celui dont on n'a à peine le droit de parler... Car il fait partie des films censurés pour raisons ethniques...

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Published by François Massarelli - dans Looney Tunes Animation Bugs Bunny Tex Avery
31 mai 2026 7 31 /05 /mai /2026 21:26

En 1936, Fritz Lang offrait à ses personnages, interprétés par Spencer Tracy et Sylvia Sidney, une véritable porte de sortie en forme d’authentique happy end à la fin de Fury... une démarche qu'il désapprouvait, et supposée avoir été imposée par le studio. Mais après les rapports notoirement houleux avec le front office de la MGM qui ont sérieusement entaché la confection de son premier film Américain, le metteur en scène travaillait donc pour le suivant avec Walter Wanger, qui lui était totalement indépendant. Le résultat est un film parmi les plus personnels de son auteur, dans lequel il va non seulement imposer une fin des plus tragiques, mais il va aussi y révéler son éducation catholique, plus sans doute que dans n’importe quel autre film…

L’intrigue est une fois de plus marquée par les thèmes de la justice et de la morale. Eddie Taylor (Henry Fonda) sort de prison, aidé par un avocat progressiste, qui est lui-même conseillé par son assistante Joan (Sylvia Sidney). Et pour cause: celle-ci est, justement, la fiancée d’Eddie… C’est ce lien qui est peut-être le truc le plus artificiel du film, et la façon dont les deux tourtereaux égrènent leurs souvenirs communs fait à peine passer la pilule… Eddie est en prison pour une troisième condamnation, il lui est signifié qu’il n’aura pas d’autre chance, la prochaine fois qu’il va en prison, ce sera pour une peine de perpétuité. Mais le jeune homme, qui va se marier au plus vite, entend bien se réinsérer…

Il est le seul à y croire, pourtant: quand ils sont en pleine lune de miel, les gérants de leur hôtel reconnaissent Eddie (son portrait figure dans un article d’un magazine crapuleux, à la rubrique «méfiez-vous de ces truands qui vont être libérés»!) et les expulsent. Le couple s’entête, trouve un nid d’amour, une maison rien qu’à eux, et Eddie trouve un travail. Pendant que Joan s’occupe de l’aménagement de la maison, Eddie transporte des marchandises en camion… Mais il est licencié au premier prétexte. Eddie hésite à en parler à Joan, mais il tombe dans un piège: des truands qui lui ont volé un chapeau à ses initiales commettent un casse spectaculaire, et le seul indice est le chapeau. Voulant se réfugier auprès de Joan, le jeune homme ne se défend pas quand on vient l’arrêter, et… est condamné à mort puisque le casse auquel il n’a pas participé tourne mal… Il refuse désormais de communiquer avec son épouse, qui elle est enceinte.

Comme on peut le voir, ici l’influence des romans de gare tient surtout dans l’accumulation de péripéties, le fait que Joan étant enceinte étant la cerise sur le gâteau… Le choix de Fonda, encore pas très connu, en jeune repris de justice, est une formidable idée, et il apporte avec une incroyable adresse une richesse impressionnante à son personnage : après Tracy, personnage optimiste et positif qui dispensait des leçons de morale à ses deux jeunes frères, Eddie m’apparaît comme un personnage plus pragmatique, moins idéaliste: son choix de marcher dans le droit chemin au début du film est marqué par la peur de la prison plus que par la morale. De façon intéressante, d’ailleurs, le film prend souvent le parti de montrer la morale ambiante et les braves gens, comme autant d’obstacles au bonheur: les gérants de l’hôtel, la sœur de Joan qui passe son temps à dire à sa sœur de laisser tomber son fiancé, le patron d’Eddie qui le licencie avec une certaine gourmandise, jusqu’à un brave homme impatient de faire sa bonne action de citoyen et de dénoncer Joan en fuite… Car quand Joan rejoint son mari dans sa fuite en avant, elle embrasse aussi intégralement sa cause de fuite, aggravée de vols et braquages.

Quoique… Certains vols et braquages ne sont en fait qu’attribués au jeune couple, qui devient un prétexte pour se servir dans la caisse, notamment lors d’un passage du film situé dans une station-service. L’équipée sauvage de Fonda et Sidney devient ainsi un exutoire et un prétexte à l’anarchie des gens bien, nous dit Lang en substance…

Un personnage-clé du film est le Père Dolan (William Gargan), aumônier catholique de la prison dont part Eddie au début, et dans laquelle il sera incarcéré en attendant son exécution. Dolan est la bonne conscience des prisonniers, celui qui joue au base-ball avec eux dans la cour, et qui encourage le héros à se réformer. Surtout, il va être une chance perdue et sa perte lors d’une évasion spectaculaire. Rappelons le contexte: Eddie a été arrêté suite à un casse auquel il n’a pas participé, et la presse attend l’issue de son procès. On voit d’ailleurs une salle d’imprimerie dans laquelle les petites mains attendent le feu vert, ils ont donc trois modèles parmi lesquels choisir pour la première page: «Eddie Taylor est innocent», «Eddie Taylor est coupable mais obtient la prison à vie», et «Eddie Taylor est coupable et va à la chaise»… C’est finalement la troisième solution qui sera prise à l’annonce du verdict. La condamnation à mort d’Eddie, dans ces circonstances, nous est présentée comme une sorte de loterie… Le jour de son exécution, Joan vient apporter une arme à Eddie, mais elle est interceptée en douceur par le père Dolan. De son côté, Eddie va bénéficier de l’aide d’un copain, et va réussir son évasion… alors que l’annonce de sa libération (son innocence ayant été prouvée in extremis) vient d’être publiée! C’est donc le Père Dolan qui choisit de parlementer avec Eddie qui a pris un médecin de la prison en otage, et il essaie de lui faire comprendre qu’il est libre, mais Eddie choisit de ne pas le croire, et tire… Cette scène est baignée d’une intensité qui renvoie aux pans fantastiques de l’œuvre de Lang, les Liliom et Der müde Tod en tête: Dolan apparaît dans une brume surnaturelle, et indique à Eddie qu’il est libre, une dimension religieuse que les spectateurs captent… mais pas le personnage, motivé par sa rage.

Dans la séquence suivante, il apprend par les conversations des clients d’un bar, qu’il avait effectivement été gracié, et qu’il vient de tuer son ami. Mais les paroles de celui-ci se feront de nouveau entendre dans la conclusion du film, quand les amoureux en fuite sont abattus par la police (qui ressemble dangereusement à une milice, d’ailleurs): Eddie est donc invité, au terme d’une vie de crimes et de cavale, à rejoindre le paradis, une fin qui sonne a priori ridicule, mais qui est totalement intégrée, d’autant qu’elle vient comme un écho à la scène de l’évasion…

Le film est passionnant, et sans concessions, ce qui implique d’ailleurs quelques scories. Le nombre de coïncidences troublantes et de coups de théâtre tous plus extravagants les uns que les autres sont parfaitement à leur place dans l’œuvre de Lang, qui ne s’est jamais caché à ce titre de ses influences populaires… La mise en scène est située entre une efficacité narrative directe et limpide, et un style largement hérité des grands moments de la carrière Allemande de Lang: l'accent toutefois est ici plus sur la diffusion de la lumière elle-même, dans de nombreuses scènes (notamment la fameuse évasion dans la brume) que sur l'utilisation concertée du clair-obscur. Cette palette technique s'exprime avec moins de confort toutefois que les conditions royales dont le maître d’œuvre de Metropolis et des Nibelungen bénéficiait généralement dans les années 20. Mais avec son air de petit film de série B, ce beau et triste film est tout sauf un film à jeter… Une oeuvre dans laquelle le cinéaste du destin nous montre celui de deux jeunes gens s'accomplir, dans le sacrifice cher au catholicisme, et trouver la rédemption dans la mort... Il n’aura pas le succès escompté, bien sûr, mais ce n’est pas nécessairement ce qui motivait l’auteur et son producteur. Et il est intéressant de voir, en deux films essentiels, comment le très paternaliste cinéaste un peu conservateur Lang est passé fermement à l'avant-garde des franc-tireurs progressistes des studios Américains, ce qu'il restera jusqu'au bout de sa carrière!

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Noir
30 mai 2026 6 30 /05 /mai /2026 07:27

Une coproduction Germano-Danoise, un casting Européen, et au final, un film qui semble être complètement passé inaperçu en cette fin d'année 1928, alors que tous les regards étaient sans doute tournés vers les microphones Hollywoodiens, ces étranges objets auparavant inutiles et dont on attendait beaucoup... On ne refait pas l'histoire mais quel dommage. 

On ne refait pas l'histoire, mais on peut tout au moins l'illustrer ou s'en servir à bon escient pour un conte. Celui-ci est tragique, cruel même, mais l'auteur a eu l'excellente idée d'y imposer le rythme d'une comédie, en se reposant beaucoup, au début du moins, sur l'abattage mutin de la dynamique actrice Karina Bell: en pleine révolution, la citoyenne Léontine est donc la bonne, femme de chambre et confidente d'une noble, jusque là épargnée par les affres de la Terreur, et qui s'apprête à convoler en justes noces avec un émigré. Sandberg donne dans ses premières bobines un rôle assez important à cette domestique, qui restera un personnage de premier plan jusqu'à l'avant-dernier quart du film; c'est elle qui va chercher à manger qui négocie avec les commerçants, qui reste le rempart de sa maîtresse contre le destin.

Celle-ci, nommée Alaine de l'Estelle (Diomira Jacobini), semble ne pas trop se soucier de cette Révolution dont elle ne comprend sans doute pas la portée, toute à sa promesse de bonheur, fût-il fugace... Et il le sera, car en même temps que son fiancé, l'officier émigré Prosper (Paul Henckels), Alaine voit arriver une troupe Révolutionnaire, conduite par deux officiers: Montaloup (Fritz Kortner) et son ami et second Marc Aron (Gösta Ekman)... Découvrant Prosper sur les lieux, ils sont assez prompts à prononcer l'arrêt de mort de Prosper devant Alaine; cette dernière a fauté en hébergeant dans sa chambre d'auberge l'officier, mais elle fait comprendre que leur mariage est plus ou moins arrangé ce qui l'épargne. Montaloup, sur la suggestion du mystérieux Marc Aron, accorde aux deux jeunes mariés le droit de passer une dernière nuit, mais Prosper, obsédé par sa seule survie, refuse d'entendre raison. Il négocie avec Marc Aron, qui accepte d'échanger sa place avec lui: quand l'officier émigré fuit, seul, Alaine comprend que le Lieutenant Révolutionnaire vient d'échanger sa vie contre une nuit d'amour...

L'histoire est hautement romantique, et a déjà été filmée dans les années 15, sous la direction de August Blom, qui n'est quand même pas n'importe qui! C'est donc à du matériau éprouvé que s'attaque Sandberg, qui ne change pas grand chose de l'intrigue (en gardant en particulier une durée de 80 minutes sur les 100 du film, pour l'épisode à l'auberge), mais se réfugie dans le souffle de l'aventure, en reconstituant de façon brillante et économique le Paris de la Révolution, et en poussant son sens du détail.

Il se repose aussi beaucoup sur les acteurs: vous ne pouvez avoir échappé aux deux grands noms du cinéma Allemand (même si Ekman est Suédois, il a tourné dans Faust après tout) qui ont participé à la distribution du film, et Sandberg a confié un rôle fantastique à Kortner, qui n'est jamais un personnage diabolique: au contraire, c'est un idéaliste révolutionnaire qui souffre de devoir faire exécuter son meilleur ami... Le metteur en scène confie par contre à Gösta Ekman une impressionnante figure romantique. Un amant inattendu, qui préserve une grande part de mystère jusqu'au bout... Dans ce film qui comme je le disais est rythmé comme une comédie, Sandberg utilise aussi le suspense lié au temps en rythmant ses bobines de vues d'une pendule: nous savons que l'exécution des amants est planifiée pour 6 heures... L'essentiel de l'action se passe la nuit, et les scènes nocturnes bénéficient du savoir faire du réalisateur et de son chef-opérateur Chresten Jorgensen, qui a déjà travaillé avec lui. Les scènes nous montrant Léontine, cherchant à se faire "des amis", c'est-à-dire à corrompre quelque soldat, et errant au milieu des bivouacs improvisés dans l'auberge, sont absolument splendides. 

Donc, une fois de plus c'est dommage, mais que voulez-vous? Les films de qualité, qui sont sortis cette année-là pour se planter en beauté, son tellement nombreux, qu'on ne peut plus s'en étonner. Reste que c'est le dernier film muet disponible d'un artisan précieux, et totalement oublié depuis, qui n'allait jamais, dans les dix années qui lui restaient à vivre, retrouver le succès: c'est fâcheux!

 

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Published by François Massarelli - dans Muet A.W. Sandberg 1928
27 mai 2026 3 27 /05 /mai /2026 23:22

Japon, fin du XVIe siècle... D'un côté, le seigneur Ukon Takayama (Yatsuya Nakadai), un noble qui a épousé la cause de la chrétienté, et qui a en retour été de plus en plus écarté de sa caste... De l'autre, Gin (Ineko Arima), fille d'un dignitaire, qui aime Ukon depuis toujours, et affiche sa pureté comme une provocation: si elle ne partage pas sa foi, elle la respecte. Elle sait aussi qu'il est marié... Pourtant il l'aime. Mais il ne peut pour lui être question de céder à la tentation. Entre un mariage arrangé (et Ukon, dans une suprème humiliation, prend lui-même sa part dans l'arrangement, en recommandant Gin pour qu'elle épouse un seigneur d'une mesquinerie sans fin), la mort de l'épouse d'Ukon, et le divorce de Gin, leurs amours contrariées se déroulent sur fond d'une guerre de religion de plus en plus claire...

C'est une déception. Comme La princesse errante quelques années plus tôt, ce film est à la fois ambitieux, extrêmement décoratif et souvent très ennuyeux. Pourtant c'était un projet plus qu'intéressant: Mademoiselle Ogin est une production d'un collectif d'actrices qui ont accueilli Kinuyo Tanaka parmi elles afin qu'une femme réalise ce film important (c'était l'adaptation d'un roman à succès), la réalisatrice s'enthousiasmait de rejoindre pour un nouveau film (il n'était pas prévu que ce puisse être son dernier) la caste des réalisateurs prestigieux ayant réalisé des Jidai-Geki, ou films en costumes... Il est vrai qu'elle avait elle-même tourné en tant qu'actrice L'intendant Sansho avec Mizoguchi!

Le point de vue qu'il nous est donné de voir, ici, est celui d'une femme, qui dans une scène, a des paroles très forte. A la rigueur presque aveugle d'Ukon, elle oppose tout simplement son désir, affirmé avec puissance et une forte émotion, lui affirmant refuser la croyance religieuse et souhaiter trouver le bonheur sur terre. C'est, à en croire Tanaka, elle qui aurait raison, puisqu'il se rangera à son avis... Mais bien tard. 

Le film souffre du même problème que La Princesse Errante: une sorte d'académisme s'empare de l'ensemble, et même la beauté des couleurs, et la majesté du Scope, n'y peuvent quoi que ce soit! En dépit de l'indéniable beauté, la lenteur hypnotique se transforme parfois, souvent même, en pesanteur... Tatsuya Nakadai est excellent, ainsi qu'Ineka Irama, dont le personnage est particulièrement intéressant... Mais le film peine à décoller. 

 

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Published by François Massarelli - dans Kinuyo Tanaka
27 mai 2026 3 27 /05 /mai /2026 22:34

Porky et son chat Sylvester voyagent et ils décident (enfin, Porky décide, Sylvester n'est que le chat) de rester dans un petit hôtel pour la nuit. Porky ne remarque rien, alors que Sylvester qui est particulièrement trouillard, remarque très vite que leur lieu de villégiature n'est pas de tout repos... Des phénomnes étranges, causés par des êtres maléfiques et généralement invisibles, se produisent. Sylvester essaie de protéger son maître mais celui-ci s'acharne à ne pas voir...

C'est le deuxième film d'une trilogie, qui met aux prises la paire Porky-Sylvester avec des souris diaboliques... A chaque fois, le chat (qui jamais ne parle dans ces films) est le plusclairvoyant des deux... C'est aussi un trouillard incorrigible! Le premier était Scaredy cat, en 1948, dont le design était encore assez rond, à l'image des films des années 40 de Chuck jones. Celui-ci montre la puissance évocatrice et émotionnelle de sa direction de l'animation... 

Et c'est précisément Sylvester, victime muette mais ô combien expressive de la situation, qui est le principal protagoniste. Contrairement à Freleng, qui en a souvent fait un râleur bavard, Jones l'utilise d'abord pour son corps et pour les possibilités expressives du corps d'un chat... A ce titre c'est probablement le plus beau chat dirigé par Chuck Jones! Notons que le troisième film du genre sera Jumpin' Jupiter, sorti l'année suivante...

 

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Published by François Massarelli - dans Chuck Jones Animation Looney Tunes