Dans un grand magasin (Stacy's, et non Macy's), Sylvester a remarqué que dans une vitrine, on a agrémenté les ollections d'un canari dans une cage. A-t-on besoin de développer la suite?
Attention, ce film est un chef d'oeuvre... Dès le départ, c'est un timing monumentalement adéquat, avec les passages obligés (I tink I taw a putty tat... I did! I did taw a putty tat!) et des inventions de tous les instants: la façon dont Freleng joue sur la musique avec l'inénarrable démarche de ruse de Sylvestre, la façon dont le chat au passage exprime d'un sentiment admiratif sa satisfaction devant les silhouettes des mannequins du magasin, et la façon ensuite dont la situation dégénère, avec une construction totalement délirante d'un mannequin géant pour attraper l'oiseau... Plus que jamais, Sylvester est le héros malheureux de cette quête de l'impossible.
Ces courts métrages avec ces deux héros, avant leur embouregoisement, étaient à leur meilleur vers cette période, qui marquait plus ou moins leurs débuts. Quant au titre... C'est un abominable jeu de mots, foi de linguiste!
Quand un cinéaste s'acharne au-delà du raisonnable, tout peut arriver, y compris n'importe quoi. Mais quand il sait qu'il a raison, et que contre vents et marées, contre la production, les coupes budgétaires, le doute et même contre le bon sens, il a décidé que le film doit se faire, parfois, ça donne de l'or: Chaplin, Stroheim, Christensen et bien sûr Orson Welles sont tous passés par là. On devrait, aujourd'hui, connaître ce film comme on connaît les classiques de ces grands noms... Mais l'histoire a été injuste envers Sandberg, comme d'ailleurs avec le cinéma Danois dans son ensemble, dont on retient essentiellement un nom de réalisateur aujourd'hui, je vous laisse deviner lequel. Non que ce ne soit mérité, et non que j'estime que Sandberg puisse rivaliser sur la distance avec tous ces grands artistes.
Mais ce film, qu'il a voulu faire voire refaire puisque c'est un remake, et sur lequel il a littéralement hissé le drapeau noir, terminant le film en solo après avoir essuyé le refus de la Nordisk qui jusqu'alors le produisait, eh bien ce film, donc, est un chef d'oeuvre, un mélodrame admirable qui justifie la dithyrambe...
Le matériau de base, c'est donc le film de 1917 avec Valdemar Psilander, énorme succès dans un pays qui affectionne la noirceur dans le mélo, et doté d'une trame à toute épreuve, pour 1917 du moins: un clown, qui travaille dans un petit cirque minable, est fou amoureux; un homme de la ville vient lui apporter une promesse d'immense succès s'il accepte de se rendre à la capitale pour y devenir une star; il le fait, mais va graduellement perdre son épouse qui s'est laissée séduire par le tentateur mentionné plus haut; elle va en mourir, et le clown qui sombre dans l'alcoolisme va finalement prendre le prétexte d'une représentation pour tuer son rival en public, durant la représentation... De cette intrigue, on retiendra l'inéluctabilité du destin, l'ironie, et le choix apparemment obligatoire entre bonheur et succès, l'un ne pouvant aller avec l'autre.
Tous ces thèmes sont présents dans ce nouveau film, mais Sandberg va beaucoup plus loin en accentuant d'autres aspects, déjà présents mais uniquement en filigrane. Son nouveau film, qui dure le double du précédent, va prendre son temps aussi et creuser les personnages. Beaucoup d'entre eux n'étaient que des silhouettes à l'identité plaquée (le clown naïf, le séducteur à moustache, la femme futile et frustrée, les braves vieux artistes, etc), dans ce nouveau film le metteur en scène les dote d'une identité, d'une histoire, d'une essence...
Deux choix étaient cruciaux: le premier est celui des acteurs, et sans surprise quand on connaît le cinéma Danois des années 20, Sandberg fait appel à des acteurs de plusieurs pays: à un solide casting Danois, il ajoute le Suédois Gösta Ekman pour interpréter Joe Higgins le clown; deux acteurs Français, l'un de tout premier plan, viennent compléter la liste: si on se souvient assez peu d'Edmonde Guy, modèle et actrice spécialisée dans les petits rôles "plastiques", en revanche, comment oublier Maurice de Féraudy, l'inoubliable interprète de Crainquebille et des Deux timides? Ici, il est le beau-père complice, un rôle de vieux de la balle, profondément humain. Sinon, Karina Bell, actrice fétiche de Sandberg depuis David Copperfield (1922), joue Daisy, le belle écuyère, et Robert Schmidt lui aussi Danois, sera le séducteur Marcel Philippe, qui était un comte sans envergure dans le film initial. Ici, le rôle a été transformé de fond en comble et son arc qui va durer sur tout le film permet au personnage d'acquérir une dimension bien plus intéressante... Tout en restant, bien évidemment, le méchant incontesté du film, cela va sans dire. Le deuxième choix pour Sandberg est lié à son envie de dépoussiérer, voire d'aérer cette histoire, et sans aucun doute à la présence deux acteurs Français: de nombreux extérieurs sont tournés en France, notamment dans les rues de Paris, où Sandberg a lâché ses acteurs, au milieu de la foule; tournant à distance.
Le personnage sur lequel tout le film repose, celui du clown "Joe Higgins", est joué avec conviction par Gosta Ekman, qu'on connaît ici surtout pour sa contribution à Faust de Murnau, mais dont il ne faut pas oublier qu'il a lui-même été une immense star, participant au deuxième age d'or du cinéma suédois, tout en étendant son champ d'action dans toute la Scandinavie et les pays Germaniques. Son visage si particulier, lunaire même, passe beaucoup mieux pour faire passer l'innocence de ce personnage trahi, que pour interpréter Faust, si vous voulez mon avis! Mais dans ses mains, Joe Higgins gagne en complexité, et Sandberg en a fait un nouveau personnage: désormais, Joe Higgins assume clairement le statut de star au point d'en développer un complexe de supériorité marqué par une vanité excessive. Quand il interdit à son épouse d'accepter les cadeaux de Marcel, elle lui répond gentiment que lui accepte tous les cadeaux qui lui sont faits... Ce à quoi il rétorque que c'est pour son talent. La scène de la révélation de la tromperie reprend l'idée du premier film, en situant cette révélation dans un miroir, mais la scène est étendue, et contient plusieurs éléments de référence explicite à la vanité, à l'égarement même du personnage de Joe qui a perdu Daisy en se perdant lui-même. Au final de vengeance du premier film, on substitue ici une scène durant laquelle Joe VEUT tuer Marcel Philippe, mais la peur donnera à ce dernier une crise cardiaque: une ironie dans laquelle passent des allusions à l'impuissance, mais aussi au fait que finalement Joe comme Marcel sont tous deux victimes du péché d'orgueil du clown... Et si Sandberg ne cherche jamais à frimer, il multiplie les petites touches de mise en scène pour faire de chaque séquence un merveilleux moment de cinéma. Par exemple, quand Marcel, Daisy et Joe marchent ensemble après que ce dernier a eu la révélation de leur duplicité, ils s'enfoncent dans une rue noire, inquiétante... Quand Daisy se jette à l'eau, le reflet du nom de son mari en lettres de lumière apparaît sur la surface de la rivière... Ajoutez à ça un sens aigu de la composition, une utilisation hors pair de la figuration et de la profondeur de champ...
Ce sera malgré tout son dernier grand film, et c'est dommage. Il faut croire qu'en 1926, il n'y a pas de place pour une telle production, aussi soignée soit-elle. On a au moins la chance d'en disposer dans une très belle version, intégrale et telle que l'a voulu son metteur en scène. Celui-ci reprend donc la thématique de son premier film, avec cette image de ville corruptrice face à une ruralité simple et humaine. Un sujet encore de saison, puisque l'année suivante Murnau allait réaliser Sunrise... Mais Klovnen enrichit le mélodrame d'une façon inventive, systématique, et ce avec un bonheur constamment renouvelé...Si ceci était l'unique film de Sandberg, il aurait définitivement sa place dans l'histoire, et pas seulement en bas d'une page.
En attendant, en bas de cette page, justement, voici le film:
Saint-Ouen, 1920: dans une fête foraine, Suzanne (Anaïs Demoustier) est employée à son corps défendant par Titus (Gustave Kervern) dans une attraction qui la voit dispenser des "coups de foudre": elle invite les quidams à monter sur l'estrade et l'embrasser et là elle leur donne une bonne décharge grâce à un truquage... Elle a pris l'habitude de se rendre dans la roulotte de la voyante, Claudia (Caroline Gay), pour lui voler un peu de laudanum pour soulager les brûlures de ses paumes. Alors qu'elle est justement dans la roulotte, un jeune homme ivre mort, Antoine (Pio Marmaï), vient demander à la voyante un service pour lequel il est prêt à payer très cher... Suzanne devient donc, pour l'occasion, "Claudia".
Antoine est peintre: on apprend qu'il doit sa vocation et son importance (son marchand faisait de l'argent, c'est sûr) à sa compagne Irène, mais celle-ci est décédée. Depuis, rongé par la culpabilité, incapable de peindre, Antoine s'est mis à boire... Encouragée par le marchand d'art (Gilles Lellouche), et motivée par des sommes conséquentes, Suzanne va donc rester Claudia pendant un certain temps, et "réincarner" Irène, dont elle a découvert le journal intime. Au fur et à mesure, la situation évolue entre Antoine et Suzanne-Claudia-Irène...
Irnène ne nous restera pas inconnue: par le biais de la lecture de plus en plus avide de son journal par Suzanne, la jeune femme disparue fait l'objet de flash-backs, interprétée par Vimala Pons. Ces passages s'incorporent joliment dans la continuité, de telle sorte qu'on finit un peu par croire que plus la situation avance et plus Suzanne EST Irène... Mais ça reste une fausse piste, dans un film qui ne se contentera pas d'être une variation sentimentale sur la manipulation et la tromperie.
D'ailleurs, rappelons à toutes fins utiles que les films de Salvadori regorgent justement de menteurs, mythomanes, manipulateurs et autres escrocs: Gustave Kervern qui cache sa toxicomanie dans Dans la cour, Marie trintignant qui ment "Comme elle respire", Adèle Haenel dans En liberté! qui ne va pas admettre devant Pio Marmaï qu'elle est poliècière, puisqu'il a purgé une peine de prison suite à une authentique erreur judiciaire... La tromperie est le principal moteur des films de l'auteur, qui a compris de son maître Lubitsch que c'est toujours bien plus intéressant et fructueux pour la comédie, les gens simples et droits n'ayant pas d'histoire...
Nous assistons donc à des mensonges de haute volée, dans lesquels jusqu'à quatre personnes se mentent mutuellement en même temps. Antoine trompe Irène, qui en aime un autre. Armand, le marchand d'art, est amoureux d'Irène mais soucieux de la santé d'Antoine, Suzanne et Armand montent un bateau à Antoine, et Suzanne cache même à Armand qu'elle a trouvé le journal d'Irène, et que donc elle en sait bien plus sur Irène, que lui-même... Alors qu'il l'aimait.
Et d'ailleurs, à la culpabilité d'Antoine, qui imagine être la cause du décès de sa compagne, vient au fur et à mesure du film se dessiner celle d'Armand, qui souffre d'avoir trahi la confiance de son ami en tombant amoueux de la femm avec laquelle il partageait sa vie; il pense aussi avoir sa part de culpabilité dans sa mort...
Voilà donc un film peu banal, mais qui a le bon goût de se réfugier dans des terrains peu fréquentés par la comédie à la Française, comme souvent chez Salvadori: une reconstitution du passé, établie sans aucune insistance, à travers quelques détails bien sentis; L'utilisation toujours poétique de la foire, avec une attraction qui nous renvoie à l'inquiétant Nightmare Alley (je pense ici plus à Guillermo del Toro que Robert Siodmak) et son attraction "électrique" avec Rooney Mara; des scènes de pure comédie (un déjeuner virtuose, aux dialogues succulents); des scènes de romance à la poésie visuelle gouleyante (l'étang); une évolution logique des sentiments, vue plus à travers les regards des uns et des autres qu'à travers le dialogue comme chez le premier Rohmer venu; et enfin, le fait d'oser le passage par, presque, la tragédie, avec un petit soupçon de Romeo et Juliette par endroits.
Le titre danois nous rappelle quelque chose, puisqu'il y a déjà eu deux films danois (un de Robert Dinesen, puis un autre d'August Blom) portant ce titre: la première version et sa suite.. Dans les deux films, le personnage principal était interprété par Gunnar Tolnaes, l'acteur Norvégien rempile ici, pour son dernier rôle au Danemark. On le retrouvera brièvement en Allemagne, notamment pour un rôle secondaire dans Geschlecht in Fesseln (1928), de Wilhelm Dieterle. Avec ce film, la Nordisk revient à un gros succès, car dans les difficiles années de guerre, quand le Danemark était privé de distribution vers les autres pays Européens, le film de Dinesen et sa suite avaient été de gros succès... Pas très étonnant, car ils étaient totalement tournés vers le mélodrame exotique...
C'est aussi le cas pour ce film, avec lequel A.W. Sandberg pensait dire adieu au cinéma des studios: il s'y exécute sans arrière-pensée ni scrupules, car ce ne sera pas inutile de le dire, ce film est une pure distraction, de l'aventure à la très petite semaine, et pour tout dire il repose à fond sur des fantasmes culturels assez rigolos. Mais ce sont justement ceux du public...
L'intrigue reprend celle du film initial: à Monte Carlo, la belle Elli (Karina Bell) s'ennuie en compagnie de son père (Anton de Verdier) qui passe son temps entre le jeu et une danseuse qui n'en veut qu'à son compte en banque) et son cousin (qui oscille entre des déclarations d'amour enflammées et la roulette) Harry (Carsten Woodschow); elle a un petit accident, se blesse le pied, et elle est recueillie par un mystérieux mais richissime étranger, le Maharajah de radhour (Gunnar Tolnaes). Il la séduit, elle accepte de le revoir, il lui propose de l'accompagner chez lui et de devenir sa femme, et...
Elle accepte.
A Monte-Carlo, branle-bas de combat: aidés d'un marin (Erik Winther) qui a vu Elli en compagnie de l'étranger, le cousin Harry et le père décident de récupérer la jeune femme, alors que celle-ci découvre les joies du mariage et la réalité du harem...
C'est là que le film semble se couper en deux: d'un côté, la farce, presque, de la naïveté de la jeune femme, qui semble au passage ne pas s'émouvoir du fait qu'il y a un harem... Tant qu'on ne la force pas à y passer ses journées, vautrée à demi-nue comme les autres épouses et favorites. Elle ne s'émeut pas non plus des lois chatouilleuses, de la présence d'eunuques, ou des cimeterres énormes portés par les gardes, on les devine bien affutés... Et enfin, la présence d'esclaves ne la fait pas sourciller...
De l'autre, les lois rigoureuses du mélodrame. C'est n'mporte quoi mais c'est ce qu'on veut, des habits exotiques dans un palais dont le potentat sort parfois seul (avec une armée de serviteurs mais sans ses 147 épouses) pour chasser... Le tigre probablement? Ca aussi, c'est un cliché... Alors oui, Elli avale des couleuvres, et la première épouse (Karen Caspersen) la voit arriver comme un déchirement; oui, les femmes du harem passent leur vie nues à barboter dans la piscine, et oui, bien sûr, quand on tente de tuer Karina Bell, c'est avec un...
...Cobra. C'est tellement idiot qu'il est impossible que quiconque ait participé à ce film l'ait pris un tant soit peu au sérieux... Et c'est aussi tellement idiot qu'il en est follement distrayant!
Sous ce titre faussement Italien se cache un film Danois, une fois de plus très éloigné de ce qu'on attend du pays de Dreyer... Sandberg était sans doute le principal réalisateur de films populaires mais ambitieux, ou ambitieux mais populaires selon les cas. Si le célèbre Klovnen, réalisé l'année suivante, apparaît avec sa fin tragique et sa durée hors normes comme appartenant à la deuxième catégorie, on retrouve avec ce film fortement romantique redécouvert aujourd'hui à la faveur de la diffusion d'une copie Américaine (aux superbs teintes), un mélodrame classique, et surtout couronné par une fin heureuse... Dans la copie disponible en tout cas. Je pense que la version Danoise a disparu et elle devait avoisiner les 2 heures et 15 minutes. En l'état, sans doute raccourci pour assurer une distribution aux Etats-Unis, notoirement frileux à l'égard du cinéma européen et ce dès les années 20, c'est une solide intrigue de 1 heure et 46 minutes...
Un prologue établit le fin fond de l'histoire: à Rome en 1830, Olaf Malm, un sculpteur Danois (Olaf Fonss) vit le parfait amour avec son modèle, Sigrid (Henny Geermann), une jeune femme de la bonne société de Copenhague dont le père est le commanditaire d'une sculpture. Mais l'artiste ne sait pas que l'oeuvre est destinée à être utilisée comme appât par les parents pour marier leur fille. Quand il le découvre, le jeune artiste détruit la statue et disparaît à la faveur d'une catastrophe naturelle: une inondation furieuse qui aurait emporté son corps... Pendant ce temps Sigrid a annoncé à ses parents qu'elle est enceinte d'Olaf.
Vingt ans après, le fils (Einar Hanson) de la fiancée malheureuse, exilé par son beau-père, a lui aussi de sérieux ennuis amoureux dans la même ville de Rome, en raison de la bêtise et de la frilosité d'un père qui cherche avant tout le confort financier et cherche à l'acquérir par le mariage de sa fille (Karina Bell)... Et justement, elle va se marier avec le prince Pisani (Version américaine), ou le Conseiller d'Etat Gram (version danoise), interprété par Egill Rostrup: un bien triste personnage, en vérité...
Après Nerfs Brisés (le mystère de Park Hill), le metteur en scène a touché au succès, et a sans doute à coeur de montrer sa versatilité. Ici, les studios de la Nordisk, tout en dépêchant la troupe jusqu'en Italie (ce qui était déjà le cas pour la pétillante comédie Kan Kvinder fejle? en 1924) pour quelques scènes-clés, ont mis les moyens: reconstitution de Copenhague en 1850, plans de truquages pour une inondation et un raz de marée inattendu, et une intrigue à tiroirs qui permet de multiplier les grands tableaux avec beaucoup de figurants, dont un carnaval 1850 qui anticipe généreusement sur Les Enfants du Paradis... Certaines scènes, probablement, justifiaient le titre Danois qui a disparu de l'intrigue pour la version américaine: celle-ci s'intitule Mists of the past (Brumes du passé) et escamote toute mention de la voie Fra Piazza del Popolo, une artère de Rome qui est supposée accueillir la diaspora des artistes Danois en mal de soleil et d'huile d'olive...
C'est un film en tous points ambitieux (aussi bien par les moyens engagés, que par la durée affichée), et l'intention est de viser une distribution internationale: la cinématographie danoise est à la peine depuis la fin de la guerre, et les tentatives de retrouver un peu de la superbe des années 10 sont nombreuses. A ce titre, Sandberg n'est jamais en reste, lui qui a beaucoup fourni, dans tous les genres, et en visant le plus souvent le public populaire. Ce film, l'avant-dernier pour les studios Danois, est une preuve de plus de sa volonté de réussir dans le mélodrame...
Donc c'est un mélo aux multiples attractions, dans des décors soignés, à l'interprétation fort adroite... Si on est prêt, bien sûr, à accepter le quinquagénaire Olaf Fonss, vieux routier des studios Danois, en jeune artiste. Les secrets du passé s'accumulent, les coups de théâtre pleuvent, la mise en scène est constamment claire et lisible. Sandberg n'était pas un révolutionnaire et pronait une efficacité à toute épreuve... Si le film est dans la ligne de ses mélodrames toujours bourgeois, il s'élève, mais pas forcément dans la scène (certes spectaculaire, même si les effets spéciaux restent un peu en deçà de ce que les Allemands ou les Américains auraient pu faire) de l'inondation nocturne: non, la séquence la plus marquante pour moi reste la confrontation à tiroirs entre Egill Rostrup et Einar Hanson, sous l'oeil de Karina Bell, qui interprète donc l'amoureuse de l'un et l'épouse de l'autre... Meilleur est le méchant, plus réussi sera le film, disait Hitchcock. Dans ce cas, ce long métrage est un grand film, car Egill Rostrup est un méchant formidable, et le prouve en particulier dans cette scène, au cours d'un duel improvisé, qui est fait d'énergie, de rage... et de coups sur la tête!
En bref, même si Sandberg fera bientôt mieux, avec son film le plus ambitieux, c'est quand même une belle preuve de son talent, qui paie d'autant plus paradoxalement qu'à aucun moment, il ne semble vraiment apporter une idée nouvelle: juste un savoir-faire d'une belle et tranquille précision.
Danemark, 1924: il fait froid! Carlo Morton, un peintre (Knud Almar) semble filer le parfait amour avec son modèle Helga (Karina Bell), une jeune femme bien comme il faut à laquelle il demande de figurer une paysanne Italienne, ce qui réchauffe... Mais le père (Viggo Wiehe) de la belle vient de revoir une vieille connaissance: Helder (Peter Marberg), l'ami d'enfance de sa fille, un ingénieur ferroviaire, le fils d'un ancien camarade de régiment... Il linvite à passer quelques jours chez eux, ce qui n'est oas du goût d'Helga: jugeant qu'on fat une offense à Carlo, elle fait un caprice et part rejoindre son artiste en Italie où il est supposé profiter de la beauté des lieux. C'est embêtant, puisqu'essentiellement il profite de la beauté de son modèle, la belle Teresa Lucani (Xenia Schroeder). Quand celle-ci voit arriver Helga, elle a le coeur brisé... De son côté, Helder a une idée derrière la tête et propose au père d'Helga d'aller à son tour en Italie pour tirer la jeune femme des griffes de l'abominable séducteur...
C'est une comédie, une vraie, avec un soupçon de l'excentricité bienvenue du film de 1923, le fameux Mystère de Park Hill également connu sous le nom de Nerfs brisés... Comme il le fera dans son mélodrame Fra Piazza del popolo l'année suivante, Sandberg est parti tourner son film en Italie et on le sent motivé par les beaux décors locaux... Ainsi que par les clichés locaux: venu retrouver Helga pour continuer à marquer des points auprès du père, Helder ne tarde pas à repérer le frère de Teresa qui cherche un moyen de venger sa soeur, et à eux deux ils vont monter un canular autour d'une mythique société secrète ("la main noire") qui protège les femmes Italiennes des ravages de séducteurs venus d'ailleurs! Ce qui va occasionner bien des gags et des péripéties...
Sandberg multiplie les allusions aux différences de température entre le Danemark et l'Italie aussi, au point d'imaginer un gag visuel particulièrement farfelu: quand elle est prise de remords d'être partie sans prévenir son père, Helga imagine ce dernier l'attendant enfoui sous une solide couche de neige. Sandberg s'amusera aussi à rythmer sa dernière demi-heure de scènes montrant invariablement le père faisant les cent pas chez lui, avec chaque fois un accoutrement différent, et s'emportant toujours... Ces scènes, invariablement, le montre recevant un télégramme d'Helder, loufoque, dans lquel celui-ci rapporte l'avancement de son "enquête" en termes de chasse.
Non content de parfaitement profiter de la photogénie de son décor, Sandberg demande et obtient de ses acteurs plus généralement rompus au drame de vraies performances de comédie, et c'est une révélation: Karina Bell en particulier est bien plus percutante que dans les drames qu'elle a interprétés pour lui (Notamment le plus emblématique, Klovnen, la version de 1926). Pour comparer, elle retrouvera ce ton en interprétant un personnage secondaire en 1928 dans Un mariage sous la terreur... C'était probablement une starlette un brin limitée, mais le metteur en scène fonctionnait en équipe, et sa présence allait de soi. Bon, admettons qu'Helga, bien que dotée d'un certain tempérament, reste quand même, dans le cadre presque obligatoire de la comédie sentimentale, une ravissante idiote! Puisqu'on parle de "l'équipe", ce long métrage est l'un des derniers dans lesquels Sandberg fait intervenir l'acteur Peter Malberg (qui va tourner la même année pour Gregers un rôle assez proche de celui d'Helder): Sandberg l'a utiisé comme second couteau, souvent préposé aux idiots, aux simplets, au poète effeminé (L'île d'amour), aux oncles excentriques (David Copperfield), voire aux assassins! Cette fois, il a le beau rôle et son personnage séduit enfin Karina Bell... leur alchimie, de fait, est évidente.
Sans temps morts, très distrayant, ce film miraculé de Sandberg est à nouveau une belle surprise, dans laquelle le metteur en scène recycle quelques idées glanées chez Harold Lloyd (Dr Jack, 1922), notamment toute la (fausse) terreur déclenchée par Helder afin de pousser Carlo le peintre à retourner auprès de Teresa...
...qu'on finisse par trouver, à force, que les titres des films du Coyote sont souvent le meilleur gag, et pour cause, il change à chaque fois. Leur seul point commun est de tourner autour de la vitesse... Zoom!
...Que dans ce film, plusieurs gags tournent autour du boomerang. Je sais, c'est un objet qui revient toujours, mais quand même!
...Qu'on ne se renouvelle de toute façons jamais, puisque l'idée est précisément de raconter tout le temps la même chose: l'échec, cuisant, systématique, jamais grandiose, toujours programmé, et inévitable.
...Que du coup tout changement devient, par définition, une transgression.
...Que toute transgression (je ne sais pas, moi... Le coyote gagne, par exemple) serait la mort du film, et de ses succédanés.
...Que parfois, le trait évolue, et les décors sont stylisés... Mais... C'est un changement?
Ralph et sam commencent leur journée en pointant en bons canarades, puis s'affrontent. L'un, le loup, tente d'attraper les moutons, l'autre, le chien, l'en empêche.
J'ai tellement dit et redit tout ce qu'il y a à dire sur ces quelques cartoons mettant deux animaux l'un face à l'autre, que peut-on trouver à ajouter? Peut-être ceci: en réalisateur d'un film Warner, Jones tente-t-il une allusion, dans son final, au départ de Claude Rains et Bogart à la fin de Casablanca? Et sinon, est-il cohérent d'insister tant dans le prologue, sur le fait que Sam (le chien) devrait couper sa frange, en le montrant se cogner partout, alors qu'il met une patée à Ralph à chaque tentative de ce dernier...
Un garçon se fait punir pour avoir sans cesse tournenté un chien. Sa mère lui fait remarquer qu'il verrait les choses différemment si il était un chien et qu'on lui fasse subir le même sort. Il s'endort et se retrouve dans la peau d'un chien, tourmenté par une petite fille...
C'est moyen, et c'est surtout un ensemble qui manque parfois de cohérence, entre le style rentre-dedans économe mais généralement plaisant de Freleng, et une véritable, et insupportable, leçon éducative, qui se voit comme le nez au milieu du visage. Et entre ce garçon, avec cette insupportable voix, et la petite fille avec des tendances sadiques... Freleng n'aimait sans doute pas trop les enfants!
The Mighty Angelo, la plus forte puce du monde, décide de prendre quelques jours de vacances de ses employeurs, dans le monde du spectacle: il annonce se rendre vers le soeil. Il élit domicile sur un chien de race indéterminée mais foncièrement sympathique... Mais la bestiole étant l'objet de la méchanceté bestiale du'n gros bull-dog, la puce va venir en aide à son "logeur"...
C'est un film excellent, d'une période où on ne l'attendrait pas: les films de Chuck Jones, à la fin des années 50, se perdent dans la stylisation avant de perdre leur rythme dans la décennie suivante, et ce n'est absolument pas le cas dans celui-ci... Les contrastes esthétiques (entre les deux chiens, notamment), le timing, et surtout le choix de se priver de la parole quand elle n'est pas écrite, en font un des meilleurs cartoons de la période.
...Et The Mighty Angelo, qui ne reviendra pas dans d'autres cartoons, reste une mémorable création pour un seul dessin animé...