Venu en ville pour participer à un concours de volaille, Daffy Duck est en pétard: il vient d'apprendre qu'alors que les poulets de concours peuvent gagner un prix de $5000, les canards sont plafonnés à $5. Pour éviter que le voyage ne tourne au fiasco, une seule solution: se faire passer pour un poulet.
C'est le moment qu'a choisi le petit Henery Hawk, faucon en devenir, pour venir se servir et ramener un beau poulet pour que son papa soit fier de lui...
C'est l'un des derniers films dans lesquels le personnage d'Henery sera animé par un autre réalisateur que Bob McKimson. Ce n'est pas souvent que je le dis, mais cette version du personnage est justement bien plus fade que la lecture de McKimson! Ca reste un court métrage réussi, grâce à la loufoquerie de l'ensemble. Daffy Duck ici, est en pleine transition entre son personnage d'animal cinglé (tel qu'il a été créé par Clampett et Avery), et son incarnation en minable qui tente désespérément de survivre... Avec les moyens du bord.
C'est un remake d'Injun trouble, un film de la série Looney Tunes de 1938, réalisé par Clampett et dont la majeure partie de l'animation, incidemment, était créditée à un certain Charles M. Jones...
Porky participe à une caravane vers l'ouest, qui s'apprête à passer à travers le territoire du dangereux Injun Joe (Le super-chef)! Mais sloppy Moe, un trappeur local à demi fou...
Non, je ne peux pas dire ça.
Donc Sloppy Moe, untrappeur local complètement cinglé, dit à qui veut l'entendre qu'il connait un secret, mais il ne le révèlera pas.
C'est de la folie furieuse, hors concours. Le film initial était déjà frappé, mais ce remake va tellement plus loin. Quelques cellos ont été réutilisés, mais le film est essentiellement composé de séquences flambant neuves, qui bénéficient en prime de l'ajout de la couleur. Et la bande-son, retravaillée, ajoute la présence de Mel Blanc (ainsi qu'un gag récurrent supplémentaire, à chaque fois qu'un personnage parle de Injun Joe, the super-chief, on ajoute un "Whoo woo"...
Quant à Injun Joe (The super-chief, whoo whoo), le personnage a été amélioré au-delà de toute espérance. Bref: un chef d'oeuvre, fiévreux, idiot, malade mais vital.
Daffy Duck rencontre Elmer, qui est en corstume ( et d'humeur) pour la chasse au canard. Afin de se sortir de ce mauvais pas, il prend une décision radicale: proposer ses services comme esclave.
Le reste est inévitable, bien sûr: beaucoup de gags liés à la servitude, notamment un rasage hilarant, un repas qui tourne au fiasco, parce que l'esclave-canard goûte littéralement chaque bouchée et forcément ça ne va pas nourrir le maître. C'est enlevé, et c'est énergique d'autant que Freleng utilise le Daffy d'avant, celui qui méritait son patronyme. Et le dernier mot appartient à Abraham Lincoln...
Mais bon, ça fait un peu froid dans le dos quand après avoir utilisé le mot "slave", Daffy Duck se réfugie immédiatement dans l'humour verbal ethnique... le rappel est clair: la cicatrice de l'esclavage n'a jamais disparu.
L'avant-dernier film de Jones mettant en scène les aventures désastreuses du coyote le plus malchanceux de l'histoire du cinéma, est également une exception dans les années 60: il ne se contente absolument pas d'enquiller de façon plus ou moins convaincante les gags qui sont de toute façon tous des variations plus ou moins changeantes des mêmes routines: il le fait, mais à la perfection...
Si l'animation reste hélas fonctionnelle, pas plus (une malédiction des années 60, décidément), il faut voir ce film pour la maitrise incroyable du rythme, d'une part... Et pour une inventivité devenue rare: parmi les nombreux gags (tous ramifiés avec plus ou moins de toppers, soit des gags dans les gags sur les gags), il y en a un qui utilise la fameuse chute vertigineuse, avec de surprenantes variations incluant des cactus...
Susan (Corinne Griffith) est une aspirante actrice, qui met du coeur à l'ouvrage: son appartement est le lieu où elle répète, prépare des auditions, et mobilise généralement son entourage: son petit ami, mais aussi ses voisins... Un jour, une audition tourne court, et le retour chez elle est difficile... Pour donner le change, elle raconte à son petit ami qu'elle a été fantastique...
Le reste du film, semble-t-il, racontait la reconversion de la jeune femme vers le jazz... Le titre est typique de l'époque. Il ne reste, apparemment, que trois scènes de ce film, réduit à une seule bobine. C'est dommage, d'une part parce que Corinne Griffith, aujourd'hui, est précisément oubliée en raison de l'absence dans les archives de la plupart de ses films, d'autre part parce que ça m'a tout l'air d'être une jolie comédie, et ensuite et surtout parce que la perte de tant de films est insupportable...
La comédie, disais-je, est plaisante: en effet, ici, la farce n'est pas trop loin dans le sujet, mais dans l'exécution, on est sur un terrain bien plus subtil. Corinne Griffith ne sur-joue pas l'incompétence, on est finalement aussi surpris qu'elle de son rejet... Et le retour chez elle passe par une jolie séquence, qui offre une belle transition: d'abord on la voit sur scène après son limogeage, dans un théâtre vide que les éclairagistes plongent tout à coup dans le noir, puis on la retrouve chez elle, une silhouette dans la pénombre...
Pour finir, le film est pour l'instant officiellement perdu, il n'en est rien puisqu'il nous reste une bobine. Mais c'est tout comme: ces 13 minutes sont bien alléchantes...
Corinne Griffith est une actrice qui a eu sa petite heure de gloire dans les années 20, en particulier grâce à son mari, Walter Morosco : il produisait ses films un peu à la façon de William Randolph Hearst produisant Marion Davies. Miss Griffith n'avait peut-être pas le talent de cette dernière, mais entre des mains expertes, elle pouvait se révéler une actrice intéressante. En particulier dans ce film...
Toni Lebrun, orpheline Autrichienne recueillie par son oncle et sa tante pâtissiers, ne se voit pas faire des bretzels toute sa vie, et ambitionne de chanter à l'opéra. Elle a même un diplôme authentique, qui lui a ouvert les portes d'un théâtre Viennois... Auquel elle se rend, sans savoir que c'est un établissement un peu plus leste que ses désirs lui font miroiter. Tenu par la solide entremetteuse Mme Bauer (Maude George), on y vient pour voir, plutôt que pour écouter, et Toni ne tarde pas à s'en apercevoir. Tombée dans le piège de M. D'avril (Lowell Sherman), un vil séducteur à la recherche de chair fraîche, elle fuit en compagnie de l'habilleuse Rosa (Louise Dresser), sans savoir que celle-ci est une authentique baronne, qui va l'amener avec elle à Monte-Carlo... Et tant qu'à faire, elle l'adopte!
On retrouve dans cette comédie, le canevas d'un conte de fées légèrement détourné, et passé au travers du filtre de la comédie légère, plutôt du genre de celles dans lesquelles évoluait Colleen Moore, que Marion Davies : un certain glamour, plutôt que du slapstick, affleure volontiers dans le film. Il faut dire que les acteurs n'y sont pas pour rien, surtout Lowell Sherman, qui y reprend à peu près son rôle de Way Down East avec une justesse confondante. Mais Lewis Milestone, qui a sans doute conscience de tourner une bluette, laisse poindre assez souvent une certaine ironie, et dirige constamment Corinne Griffith en appuyant sur le côté naïf du personnage. De fait, le film en bénéficie souvent. Et surtout, le metteur en scène se place en maître du cadre et du champ, en utilisant toutes les ressources de décors mobiles et particulièrement bien rendus. il utilise aussi à merveille le montage, pour livrer une comédie qui trouve en permanence le rythme parfait.
On est bien sûr bien loin des autres films contemporains du metteur en scène et je pense qu'il fait considérer ce Garden of eden comme une halte bienvenue dans la carrière du prodige qu'était Milestone au temps de sa splendeur, entre Two Arabian Knights et The Racket, dont ce film ne possède ni les audaces, ni la verdeur... Au moins il ne manque ni de verve, ni d'énergie, ni de charme. Et il est une de ces gâteries dont le cinéma muet Américain avait le secret, faisant parfois penser à Lubitsch et son talent pour la suggestion légère... Il est vrai que le script du film est du à son complice Hanns Kräly.
Pour finir, la restauration récente du film, finalisée en 2026, met en lumière la présence d'un fantôme de séquence: dans la première bobine de cette charmante comédie venait, un temps, s'insérer une série de rêveries en Technicolor, selon l'habitude de l'époque d'utiliser les nuances particulières du procédé pour relever un peu certaines images d'un film. Parfois à la fin (The merry Widow, Annie Laurie), parfois au début (Seven Chances), parfois au début ET à la fin (Stagestruck), parfois au milieu (The phantom of the opera), parfois un peu partout (Ben Hur) et parfois sur tout le film (The black Pirate)! Hélas, le film qui nous occupe n'en bénéficie plus, car de cette séquence, seuls 8 images ont survécu, et à 24 i/s, ça nous fait donc un tiers de seconde. Une reconstitution, qui utilise symboliquement les huit photogrammes survivants, et pour le reste qui tente de recréer une hypothèse de ces scènes, en utilisant des photos de plateau de ces moments du film, colorisées à la manière du Technicolor, est disponible désormais, pour rappeler au moins la présence de cette petite cerise sur le gâteau.
Et donc, un jour, le coyote découvrit qu'il avait faim, etc etc.
C'est un film situé en plein coeur des années 50, alors que déjà les décors de Maurice Noble partaient dans tous les sens, mais l'animation restait de bonne tenue...
Et sans rien trop révéler, le film est notable pour UN gag particulièrement novateur. Mais oui... J'ai l'air de me plaindre, mais rappelons que dans cette série de films de courts métrages à caractère philosophique, c'est justement parce que c'est toujours la même chose que c'est sublime.
Porky Pig réalise que sa maison est attaquée par des termites... Ou plutôt par UNE termite, Pierre, la plus grosse termite du monde! La chose est absolument impossible à arrêter, et il faut donc faire appel à un spécialiste... Ou en tout cas à un escroc qui prétend l'être!
Comme souvent dans les films d'Arthur Davis, la situation est centrée sur une lutte absurde, loufoque et... inégale! Porky va finir par trouver une solution, ça oui, mais elle sera bien inattendue.
Les films de Davis sont aussi notables pour le côté parfois foutraque du dessin, peut-être ce qui a fait qu'après une vingtaine de courts métrages, il se soit arrêté de tourner des Looney Tunes, soit rentré dans le rang, et soit engagé en tant qu'animateur auprès de Friz Freleng. Mais franchement, c'est dommage...
Pour la troisième fois, Jones anime le chien Charlie, qui est désespérément à la recherche d'un maître... Pour lui mener une vie dure en le harcelant: Comme dans les précédents, il est donc abandonné, de façon traître, et jette son dévolu sur Porky Pig qui n'a rien demandé, le pauvre...
Et comme les autres, c'est difficile: le personnage est vraiment irritant... Mais celui-ci me semble être un peu une synthèse de ce que le réalisateur a voulu faire, sans doute. Mais contrairement aux aventures du coyote, on ne peut pas se répéter tout le temps...
Dans une famille aisée, la jeune fille de la maison, Joyce (Marion Davies) est particulièrement excentrique et survoltée... Et surtout elle papillonne: d'un côté, elle s'affiche avec le collègue de son frère, et de l'autre elle est fiancée avec la patron des deux jeunes hommes... Jeune, lui, ne l'est pas. Ca irrite l'avocat de la famille, Steve (Sidney Blackmer). D'autant qu'il l'aime, mais voilà: il n'a jamais réussi à l'avouer!
Et puis la bonne, Annie (Marie Prevost) a fricoté avec le fils de la famille, et elle a un secret inavouable dans le tiroir. Quand elle l'apprend, Joyce contacte une sage-femme, et... la bonne société la soupçonne d'être enceinte...
Celle par qui le scandale arrive! On comprend, finalement, que le film soit resté invisible durant près de cent ans: certes, il y a des films bien pires en matière de scandales et autres turpitudes durant cette période dite pré-code, mais Marion Davies, quand même, avait d'une part un statut de comédienne, conquis de haute lutte, et ses films entendaient respirer la fantaisie plus que les provocations! Et on imagine aisément le père-la-pudeur Hearst s'étouffer en lisant l'argument du film! Pas de quoi fouetter un chat, ce qui je le rappelle est interdit.
C'est un film précurseur, à sa façon, des mécanismes et de l'ambiance de la "screwball comedy", et on imagine facilement une transposition avec Katharine Hepburn dans le rôle principal, une sorte de cousine de son personnage de Bringing up baby... En plus sage, car Leonard reste bien plus raisonnable que Hawks s'entend. Un autre atout du film, c'est bien sûr ses seconds rôles, Polly Moran en bonne scandinave, taiseuse et droite comme un i, ou encore James Gleason...