Continuant la tradition d'opposer Tom et Jerry à un animal, soit mièvre, soit loufoque, voire les deux, ce film introduit donc un personnage de jeune phoque, doté d'une histoire et du'ne motivation claire et précise: il est "employé par un cirque", et il s'est évadé. Jerry lui vient en aide, et Tom s'en ficherait volontiers, s'il n'y avait une prime pour ramener la bestiole au cirque... Il va essayer de nombreux stratagèmes.
C'est enlevé, et on apprécie l'énergie et la loufoquerie du personnage, qui ne reviendra pas dans d'autres films, ce qui est toujours appréciable. Il développe un partenariat très efficace avec Jerry, et il communique de façon obscure, ce qui fait qu'il a droit à son propre sous-titrage! L'intrigue est fort bien troussée, aussi, avec un destin inattendu pour Tom.
Après la redite de Smitten Kitten, non seulement ce nouveau cartoon est entièrement original, mais il renouvelle de façon spectaculaire l'univers de Tom & Jerry... En donnant à Tom non pas un, mais trois antagonistes particulièrement gratinés, ce qui va provoquer entre les deux héros l'union sacrée... Sans un gramme de solennité.
Mammy Two-Shoes accepte de garder trois adorable chatons, et confie l'essentiel de la tâche à Tom, qui s'aperçoit très vite qu'ils'agit en réalité de trois abominables petits monstres...
La façon dont Hanna et Barbera jouent sur la dynamique engendrée par les trois (affreux) garnements, leur discipline dans la tendance à faire le mal, et le timing du cartoon en général sont splendides. Et la bande-son, en prime, reste totalement rigoureuse, réduisant la parole à l'unique humain: aucun des trois chatons ne parle, pas plus que Tom ni Jerry. Mais l'alliance de ces derniers, à la vision du film, est d'une implacable logique...
1942: à Prague, on surnomme le "Protecteur du Reich", Heydrich (Heinz Von Twardowski) le "bourreau" en raison de ses penchants pour l'exécution de masse. Le film commence par une preuve de sa folie en le montrant vociférer devant un parterre de nazis qui sont tous apeurés de faire un geste de travers... Mais quelques heures après le sale type est tué par un résistant. Grâce à l'intervention d'une jeune femme, Mascha Novotny (Anna Lee) qui a vu l'homme (Brian Donlevy) qui se cachait, il échappe à la Gestapo. Mais la machinerie du régime se met en place, celle de la résistance aussi...
C'est tout de suite après Man Hunt réalisé pour la Fox en 1941 (soit avant Pearl Harbor et l'engagement Américain) que Lang a réalisé ce film. Contrairement à Man hunt, donc, mais aussi à Ministry of fear (Paramount), il est indépendant des studios... Et sans surprise il a une histoire compliquée: plusieurs versions subsistent, certaines quasi incohérentes, et l'accomplissement ne s'est pas fait sans douleur, puisque Lang ne s'est pas du tout entendu avec Brecht qui signait le script... Ce dernier a quand même pu mettre de lui-même, de sa verve et de son univers dans le film, comme en témoigne une certaine gouaille des personnages du petit peuple Tchèque... Mais si le film est notable pour son manichéisme parfois embarrassant, il reste un film solidement Langien dans sa structure... du moins sur les deux premiers actes, le troisième souffrant d'un souci d'intrigue!
Lang retrouve un style qu'il affectionnait à la fin du muet, privilégiant ici le tournage en studio, ce qui d'ailleurs se voit pour les scènes de rue. Il lie les scènes les unes aux autres comme il savait si bien le faire, et est très à l'aise face à une distribution impressionnante, dans laquelle les acteurs et actrices se sont investis à 100%: on retrouve quelques grands noms du théâtre et des résistants authentiques (Twardowski, grandiose en nazi fou furieux, et Granach qui interprète un Gestapiste sournois, ont tous deux fui le régime) et des acteurs aux opinions établies (Walter Brennan, l'un des plus grands acteurs caméléons, est une fois de plus génial... en dépit de ses opinions personnelles). Lang montre à la fois les deux machineries se mettre en route comme au temps de Mabuse, et le destin se mêler de la partie.
Si l'histoire, qui est traitée comme un grand roman d'aventures en dépit de l'urgence historique (les événements n'ont pas six mois!) reste prenante, je regrette que le dernier acte soit consacré à l'évocation méthodique du système nazi dans le cas d'un homme qui a été piégé par la résistance. Nous assistons aux manoeuvres de ces derniers pour faire de lui le bouc émissaire de l'enquête pour assassinat, et par moment on prend le risque de faire de lui une victime... Ce qui plombe le dernier acte à mon sens. Et ça peut aussi expliquer les coupes subies par le film un peu partout, surtout dans les pays où il est sorti une fois la libération effectuée.
Néanmoins, c'est une preuve de plus de la conviction de Lang, de la puissance de son cinéma, à la fois revendicatif et populaire, et de sa capacité à recréer un Prague qu'il n'a pas vraiment vu à la seule force de son imagination. Même imparfait, ce deuxième film anti-nazi est un témoin essentiel de l'importance de son oeuvre.
Evacuons de suite les rumeurs: quand Steven Spielberg a réalisé son troisième long métrage, Close encounters of the third kind, il y a intégré ce qui est probablement un fantasme personnel, à travers l'idée d'une rencontre entre l'homme et d'autres êtres. Une sorte de cerise sur le gâteau des trente glorieuses, cette période dorée et insouciante (malgré les horreurs qui se déroulaient quotidiennement), l'idée que nous ne soyions pas seuls, qui franchement semblait pouvoir nous élever... Disclosure day est bien différent. D'une certaine manière, The war of the worlds, le troisième long métrage dans lequel Spielberg (en 2005) s'est intéressé à ces "rencontres", a plus ou moins soldé cette expérience de l'homme face à d'autres mondes en servant de métaphore sombre et pessimiste (jusqu'à un certain point) de l'état de l'humanité après le 11 septembre. Avec ce nouveau film, la logique est semblable: "le film d'aliens", d'ailleurs des aliens souvent discutés mais pas si présents dans le film, est à nouveau un prétexte pour parler d'autre chose... Et bien sûr il s'agit du monde dans lequel nous vivons.
Alors qu'une troisième guerre mondiale est imminente, deux personnes vont voir leur destin bouleversé. L'un parce qu'il l'a voulu: Daniel Keller (Josh O'Connor), un petit génie de l'informatique, a dérobé des secrets sensibles d'une agence plus ou moins gouvernementale, la Wardex: des films et autres fichiers qui prouvent les relations compliquées entretenues par des gouvernements Américains avec une intelligence extérieure, et la façon dont les militaires Américains ont procédé en secret à des expériences atroces sur les êtres vivants. Avec des troupes armées jusqu'aux dents, il fuit Noah Scanlon (Colin Firth), le directeur de l'agence. Avec Jane (Eve Hewson), sa petite amie, qui découvre son implication au fur et mesure, il tente de rejoindre Hugo Wakefield (Colman Domingo), un autre transfuge de la Wardex qui organise sa fuite à distance.
Parallèlement, à Kansas City (Missouri), une présentatrice de la météo d'une chaîne de télévision locale, Margaret Faichild (Emily Blunt), développe soudain des facultés linguistiques inattendues (elle parle et comprend le Coréen et le Russe, deux langues qu'elle n'a jamais pratiquées) suite à une rencontre avec un oiseau, un cardinal qui s'est introduit dans son appartement... Arrivée en retard à son travail, elle interrompt soudainement son bulletin météorologique pour parler dans une langue que personne ne comprend...
Sauf Daniel Keller, auquel Hugo Wakefield a transmis la vidéo. Désormais, les rebelles autour de Wakefield tentent non seulement d'organiser la fuite de daniel, mais aussi de permettre à Margaret de les rejoindre...
La forme est classique, et le film adopte sans sourciller une narration linéaire. Ce qui ne l'empêche pas de commencer de façon surprenante par des images d'une violence rare et surprenante: la caméra nous transmet en effet le point de vue d'un lutteur qui se prend des coups de pieds au visage sur un ring... Sans aucune mise en contexte préalable, c'est inattendu, mais non dénué d'ironie... Le fait est qe cette vision d'un ring sur lequel deux montagnes de muscles probablement mous du cerveau s'affrontent est en réalité le théâtre des opérations de la Wardex, qui vont tenter de mettre la main sur Daniel Keller réfugié dans le public. Oui, le film commence de façon très dynamique, et Spielberg va utiliser le temps mis à sa disposition pour installer les choses à savoir sur les personnages au fur et à mesure de l'action plutôt que de passer du temps sur une quelconque exposition. Un choix payant, qui donne aux vingt premières minutes une efficacité sans pareille. Et ce parti-pris est également adopté sur les séquences qui nous présentent Emily Blunt, avec cependant beaucoup plus d'humour: une bonne idée, du reste... Le personnage n'est pas a priori une personne des plus remarquables, une jeune journaliste de télévision, licenciée en communication, qui fait ce qu'il faut pour monter les échelons, car clairement elle n'entend pas rester au même poste toute sa vie: donc elle met des robes, des talons hauts, l'uniforme de son métier... Un uniforme qu'elle abandonnera assez facilement quand elle aussi aura rejoint la fuite vers l'inconnu des anciens de la Wardex.
Ces notations vestimentaires n'ont rien de gratuit: bien plus qu'un commentaire sur le formatage de la météo, c'est un symptôme d'une certaine façon d'objectiviser les femmes, médiatiquement, qui est assez proche de ce que certains gouvernements font, notamment celui des Etats-Unis: en choisissant une femme comme personnage principal, Spielberg sait parfaitement ce qu'il fait. Et il le fait à l'encontre des salopards de la pire espèce qui ont humilié Bryce Dallas Howard dans Jurassic World, idiote en talons hauts qui servait de potiche à des hommes musclés et rompus à l'action. Non, ici, l'action est fournie par des gens qui n'ont pas de muscles à revendre, et par une femme en baskets qui soudain développe des facultés cognitives hors normes.
Un film de Spielberg, même Schindler's list, Amistad ou Munich, c'est aussi, certains diront même surtout, un enchaînement dynamique et rigoureux de séquences mémorables. Parfois au détriment de l'unité du tout (je pense à son dernier Indiana Jones, The Kingdom of the crystal skull), mais ce n'est pas le cas ici. Les séquences parfois spectaculaires, de poursuite ou de fuite, et une nouvelle scène de train à couper le souffle, nous fédèrent autour de ces personnages qui fuient eux-mêmes sans forcément trop savoir (Eve Hewson, Emily Blunt) où ils/elles vont. Spielberg étant un des plus grands metteurs en scène pour ce genre de scène, on ne s'en plaindra évidemment pas... Et depuis que The Fabelmans nous a éclairés sur le rôle qu'a joué la vision de l'accident de train dans le premier film vu par le jeune Steven, The greatest show on earth (Cecil B. DeMille), on s'attend effectivement à ce que le cinéaste s'adonne à son péché mignon... Donc si message il y a, ce n'est pas au détriment des plaisirs du cinéma...
Le "message", donc... Car oui, un rappel: Spielberg, comme tant de cinéastes, ades choses à dire. Et il a un métier autant qu'un savoir-faire qui lui permettent de le dire d'une façon constamment intéressante, un luxe dont il ne s'est jamais privé. Sans véritable étonnement de ma part, on parcourt internet pour constater que les gens sont passés à côté du sens de ce qui leur est montré, ainsi bien sûr que de sa fin. En notre époque de consommation bêtement matérielle, les gens n'aiment pas les fins ouvertes: ils sont service ici, car ces 2h25 mènent à une conclusion brutale, inachevée et ouverte sur l'infini... Une manière de situer le film dans l'actualité, en quelque sorte. Car ce film qui prend prétexte de montrer l'humanité réaliser les exactions d'un gouvernement sur des êtres vivants, ne parle pas des extra-terrestres. Ils sont vus, oui, mais pas beaucoup.
Trop, d'ailleurs, si vous voulez mon avis, la fin semblant presque se vautrer dans l'utilisation de leur présence pour réaliser un vieux fantasme de quelques imbéciles qui se seront peut-être plaints dans une vidéo Youtube que Close encounters soit nul parce qu'on n'y voyait jamais les aliens... Il faudrait ne jamais écouter les imbéciles: ces scènes sont les pires de ce nouveau film!
Mais le propos, ici, est simple: nous avons perdu notre faculté à cimmuniquer parce que nous ne savons plus écouter (le dernier mot du film? Si vous lisez encore, sachez-le: c'est "Listen"); et les mensonges des gouvernements, d'un en particulier, se sont installés d'autant mieux que les gens sont coincés dans leur logique, leur absence de communication, leurs routines (Emily Blunt arrivant à son travail a des obligations professionnelles qui passent par le maquillage et les talons hauts, je le disais tout à l'heure), l'enfouissement de leurs expériences passées aussi: je pense d'ailleurs que ce dernier point est l'un des plus faibles du film, qui établit de façon assez floue un lien qui ne sera jamais totalement palpable entre Daniel et Margaret, et qui provient de leur enfance... Un prétexte à utiliser des images oniriques (Cerf, renard, raton-laveur) qui certes font très joli dans une bande-annonce, mais qui restent difficiles à décrypter!
Le film n'en est pas moins intéressant sur sa foi xprimée, réitérée, non seulement en l'humanité (Colin Firth, en professionnel des coups fourrés à la sauce barbouze, sera le premier à déposer les armes le moment venu), mais aussi en les médias, un corps constitué qui est attaqué, diabolisé, mis à mal par les apprentis dictateurs du monde entier, le plus connu et le plus emblématique de tous ayant aussi une fâcheuse tendance à vouloir étouffer les secrets et dissimuler les fichiers. Je suppose que ce n'est pas totalement un hasard, Spielberg éyant à plus d'une reprise pris ses distances avec Mar-a-lago. Ici, les médias, dans une scène impressionnante (et un poil trop démonstrative) jouent un rôle positif... Et je parle des médias, des vrais, des télévisions en particulier et de eur faculté à propager, pour peu qu'on leur en donne la possibilité, la vérité. Spielberg nous présente aussi, de façon intéressante, à travers un personnage qui a tout pour n'être que secondaire, une autre option: celle de la foi Le terme est galvaudé, mais peut servir de multples façons... Jane, la petite amie de Keller, ne sait rien au départ, et va devoir se faire une raison, se mettre ou non au diapason des activités de l'himme qu'elle aime, ou le lâcher et passer à autre chose. Elle est catholique, ancienne novice, et a gardé des contacts avec une congrégation religieuse, autant de points qui à un moment lui feront choisir la bonne marche à suivre. Ce choix basé sur la foi, on peut le rapprocher des choix faits aux pires moments pas tant de héros de Spielberg, à commencer ien sûr par Roy et Jilian dans Close encounters of the third kind, les deux héros malgré eux, précipités dans une quête qu'ils ne comprennent pas vraiment, mais dont ils savent qu'ils ont raison.
Bon, on l'aura compris, ce nouveau film n'est pas, sans doute, le meilleur de son auteur. Il n'a plus rien à prouver, sinon aux imbéciles qui ont la mémoire courte, donc à ce niveau on est tranquilles... Mais il prouve au moins qu'il n'a pas pour autant rangé son culot, et s'il débouche sur un film au moins assez réussi, qui propose quelques séquences mémorables, et nous attache à des personnages tout en réaffirmant sa foi en l'humanité, on ne peut que s'en satisfaire.
Rachel (Virginie Efira), prof de Français dans un lycée professionnel, a hâte de se rendre à son cours de guitare: elle y a rencontré Ali (Roschdy Zem), designer automobile... Ils font les premiers pas, puis les suivants, et la jeune femme commence à découvrir son univers: il vit seul, et a la garde, parfois, de sa fille Leila (Callie Ferreira-Goncalves), qui n'a que quatre ans et demie. Rachel aime Ali, mais elle est aussi très attirée par le fait d'établir une relation avec la fille de ce dernier... Et pourquoi pas d'avoir elle aussi un enfant, mais le temps presse.
C'est à peine une comédie, dans laquelle on suit les mésaventures d'une jeune femme qui non seulement est professeure dans un lycée pro, ce qui n'est pas courant au cinéma (on verra quelques scènes, pas toujours naturelles, d'un conseil de classe), mais plus encore, son personnage est une belle-mère. L'autre femme, quoi... Celle qui n'était pas prévue, celle qui a généralement le rôle de la méchante dans l'inconscient collectif.
Si les premières vingt minutes installent une gentille histoire d'amour pleine de tendresse entre les deux protagonistes, très vite le film va se dérouler sur trois arcs: la soudaine quête de maternité, qui passe par des rendez-vous chez le gynécologue, qui informe la jeune femme de la difficulté que son âge lui impose quant à la possibilité de concevoir; la vie de famille (un père veuf, et une soeur) et la découverte que contrairement à elle, la jeune soeur peut concevoir (y compris et surtout quand ce n'est pas prévu; et pour finir, la présence d'bord fantômatique puis de plus en plus affirmée de la mère de Leila, Alice (Chiara Mastroianni): celle-ci ne sera jamais une ennemie pour autant. Et la cohabitation avec Leila passera parfois par de grandes frustrations...
Le film est un beau portrait de femme(s), au final, bien mené par ses acteurs, qui offre à Virginie Efira une occasion de plus de montrer l'étendue de son art dans de nouvelles facettes. Le cinéma de Rebecca Zlotowski est décidément bien singulier... Dans ce qui aurait pu être une très banale histoire d'amour, voir une triangle amoureux sans grand intérêt, se dessine l'interrogation, à la quarantaine, d'une femme qui voit soudain finir ses chances de maternité. L'épilogue du film, qui permet de rebondir de façon possitive, part du fait qu'elle est d'abord et avant tout une enseignante...
Harvey Howard (Bing Crosby) a 51 ans, et il est veuf depuis quelques temps. Il prend la décision de reprendre ses études là où il les avait laissées: il n'a pas pu aller à l'université. Il se retrouve donc "freshman" avec des "camarades de classe" qui sont trois fois moins agés que lui...
C'était un film développé pour Gary Cooper, mais ce dernier n'était plus du tout en état de tourner...Il allait d'ailleurs décéder au début de 1961. Bing Crosby a donc remplacé l'acteur, après quelques menus ajustements: notamment, le film est devenu un peu plus musical. C'est d'ailleurs la première fois que Henry Mancini est crédité sur un film de Blake Edwards (il avait collaboré de façon confidentielle à Operation Petticoat, et bien sûr était engagé sur les séries TV Peter Gunn et Mr Lucky, toutes deux pilotées par Edwards). Le sentiment, devant ce film totalement rafraichissant, est que le metteur en scène finit de mettre en place son style et ses aspirations, et le fait dans le cadre rassurant de la comédie plus ou moins musicale, en racontant des histoires d'étudiants...
Et c'est bien ce qui est plaisant: on aurait pu se contenter d'un décalage en bonne et due forme entre Harvey le quinquagénaire et les jeunes qui l'entouent, alors que ce que raconte le film c'est plus, justement, la vie universitaire appréhendée par un vieil étudiant qui mine de rien réalise un de ses rêves, et le voit en Technicolor! La loufoquerie, l'humour physique assumé sous une mise en scène au cordeau, et l'association entre un homme plus âgé et des gamins plus ou moins irresponsables, mais dotés d'un coeur d'or, voilà le caractère du film. Edwards savait qu'il n'allait pas réaliser Citizen Kane avec une intrigue pareille, il a donc décidé de secouer le cocotier plus d'une fois... Et ça marche: on est bien en compagnie de Harvey et de ses copains, dans un film qui ne fait pas semblant de cacher à la fois son souci d'expérimenter sur la forme (Edwards, comme Hitchcock à la même époque, connait la télévision) et son envie de se situer dans la continuité de la comédie Américaine, muette de préférence...
Jerry assiste, atterré, au comportement de Tom qui flirte outrageusement, en se comportant de façon ridicule, avec une jeune chatte gloussante... Un diablotin-Jerry apparait pour nous donner le fonds de sa pensée, et rappelle à la souris les fois où le comportement de Tom amoureux a eu des conséquences négatives sur lui...
C'est le prétexte pour nous donner à voir des séquences compilées à partir de Salt water Tabby (1947), The mouse comes to dinner (1945), Texas Tom (1950) et Solid serenade (1946)... C'est un truc assez classique, les "séries" établies de dessin animé, notamment Bugs Bunny, le font parfois. On peut toujours comprendre que ça permettait à l'époque à des gens qui n'avaient pas vu les films, qui n'étaient pas encore entré dans le circuit de distribution et de recyclage de la télévision, de profiter d'excellents gags, mais... C'est quand même la preuve singulière d'un manque d'inspiration, non?
En 1961, à St-Germain-des-prés, deux jeunes gens décident de partir pour Saint-Tropez sur un coup de tête. Jean-Paul (Jacques Higelin) a des idées derrière la tête, et s'il a demandé à Anne-Marie (Marie Laforêt) de le suivre, ce n'est pas innocent... Une fois arrivés, ils vont aller de plages en bar, de cafés en terrasses et de villas (tenues par des gens très chics, très fortunés et très ennuyeux) en yachts...
C'est un film estampillé nouvelle vâââgue, et comme pour mieux le revendiquer, outre l'aspect décousu de la narration, il accumule les scènes qu'on imagine totalement improvisées, et supposées être drôles. Le pompon, en la matière, est un fragment d'interview bidon de Claude Chabrol. Il me semble (mais rien n'est sûr) que c'est un gag.
Pour le reste, c'est un film qui survit vaguement aujourd'hui grâce à sa musique confiée à Henri Crolla, décédé avant la sortie, et André Hodeir. L'implication de Crolla, dont on n'entend pas la guitare si reconnaissable (à l'exception de ses obbligatos sur St Tropez blues chanté par Marie Laforêt), est difficile à évaluer au-delà de la composition de quelques-uns des titres, et André Hodeir, arrangeur et compositeur exigeant, a probablement trouvé la tâche plutôt alimentaire qu'autre chose... Marie Laforêt interprète ici ou là quelques vocalises, et la connection avec le jazz (de St-Germain-des-prés) passe aussi par la présence clin d'oeil du tromboniste Bernard Zacharias, aperçu dans un café Tropézien. Mais comme c'est la nouvelle vâââgue, les protagonistes sortent des platitudes entrecoupées de "Tu te rappelles quand on a été voir Le cuirassé Potemkine à la Cinémathèque en sortant du concert de Miles Davis à l'Olympia?". On entendra dans ce film une forte pensée: "Miles Davis, il n'a pas inventé la trompette bouchée, quoi..."...
Jerry et Nibbles, les deux "Mouseketeers", s'attaquent aux victuailles d'un banquet, surveillé par Tom, garde du cardinal: celui-ci est sous pression, car s'il s'avère qu'il est impossible de veiller au grain, il sera exécuté...
C'est le premier film d'une série: il est vrai que l'équipe en a retiré un Oscar, ce qui explique sans doute la motivation d'y retourner à quatre reprises. Sans grande surprise, et de très loin, celui-ci est le meilleur... Et d'ailleurs, une fois admis le décor d'un hypothétique Paris d'antan, et les costumes et les épées, ça reste un dessin animé assez classique, avec les deux souris qui font main basse sur la nourriture (ce qui implique un grand nombre de gags physiques) et une défense musclée de Tom, mais qui ne suffira pas à empêcher l'inéluctable...
Et sinon, c'est le seul film du duo qui se termine sur une mise à mort par la guillotine! L'exécution de Tom inspire à Nibbles, le souriceau, cette réflexion générique, qui reviendra: "C'est la guerre". Deux réflexions s'imposent: l'une des grandes forces des films de Tom et Jerry, c'est le silence des deux protagonistes, alors ce personnage qui parle tout le temps, et dans un français approximatif, me porte sérieusement sur les nerfs. Et d'autre part, la guillotine à l'époque des mousquetaires? Hum...
L'armée Américaine a un problème: 100 soldats, stationnés en plein océan Arctique, dépriment sévèrement. Des psychologues, dont le lieutenant Loren (Janet Leigh) suggèrent donc des vacances... Ou plus précisément d'annoncer aux troufions désoeuvrés que l'un d'entre eux pourra bénéficier, pour l'ensemble, d'une période de trois semaines de vacances aux frais de l'instituion. Il leur suffit donc de choisir les vacances, et de tirer leur candidat au sort.
Le séjour choisi par la troupe est de trois semaines à Paris en compagnie d'une starlette Argentine, Sandra Roca (Linda Cristal), et l'heureux élu est le Caporal Paul Hodges (Tony Curtis), le plus acharné coureur de jupons de toute l'armée Américaine... Le Lieutenant Loren est donc dépéché pour surveiller le séjour, et s'assurer que les bonnes moeurs n'auront pas à souffrir de l'expérience.
C'est l'un des premiers films de Blake Edwards, réalisé pour Universal alors que le metteur en scène cherchait encore son univers. Ce qui aurait pu n'être qu'une comédie assez quelconque (et passablement vulgaire), bénéficie en particulier de deux facteurs: d'une part, l'abattage de Tony Curtis, qui connait Edwards, et retravaillera encore avec lui à deux reprises: il s'amuse beaucoup dans un film qui fait appel à sa fantaisie et à son charme de Cary Grant en plus tordu... Et d'autre part, le metteur en scène affirme justement son style, en montrant une faculté à contourner sans aucun scrupule les limites des bonnes moeurs en accumulant les pirouettes.
C'est qu'ici, il sera quand même question d'un obsédé sexuel (même si Tony Curtis le joue surtout comme un irrésistible séducteur, la différence me semble assez difficile à expliquer!), d'une conversation dans laquelle les psychologues évoquent la possibilté éventuelle que les militaires puissent assumer leur libido en restant seuls (ce qu'une traduction maline évoque dans les sous-titres par l'expression "se prendre en mains", amusant), de grossesse extra-maritale (comme le dit un personnage, "mais comment peut-elle attendre un enfant, elle n'est pas mariée?"), et le fait avec un style direct, sans fioritures excessives, et un timing impeccable. Son atout principal, il l'a déjà trouvé: il se place en héritier de la comédie classique, surtout de ceux qu'il révèrera jusqu'à la fin de ses jours, et auxquels il n'attendra pas longtemps avant de rendre hommage: "Mr Laurel and Mr Hardy".