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28 juin 2026 7 28 /06 /juin /2026 21:55

Matt Sherman (Cary Grant), rend une dernière visite au sous-marin dont il a été le premier commandant, et qu'on s'apprête à "mettre en retraite"... Il se souvient de sa plus mémorable mission, quand il a fallu repécher le vaisseau qui a été coulé par un avion Japonais le 10 décembre 1941, lors d'un raid aux Philippines où le Sous-Marin était stationné. 

Il avait vu arriver un jeune officier, Nick Holden (Tony Curtis), dont la débrouillardise extrème allait s'avérer féconde, mais rarement honnête... Et srtout il y allait avoir la rencontre avec 5 infirmières militaires qu'il fallait évacuer, et qui s'avéreraient une source d'ennuis pour l'ombrageux commandant, et de beaucoup de malices pour les marins qui considéraiet l'occasion comme une aubaine...

Intéressant de constater que ce film, tenu pour presque un classique par toute une génération en Europe (et particulièrement en Europe), est en fait totalement méprisé outre Atlantique. Un malentendu qui n'est pas si éloigné de celui qui entoure le personnage de Jerry Lewis, tenu pour un auteur singulier par les Cahiers du Cinéma, alors qu'il était fort mal vu par la critique Américaine. Il est vrai que le créneau exploré par Blake Edwards (comme dans le film The perfect furlough), celui de la comédie légère gentiment loufoque, était sans doute passé de mode; si on est en droit de s'interroger sur ce désamour des Américains, il convient peut-être de dire qu'en France, son statut de classique a probablement été du à ses passages à la télévision, où Cary Grant et Tony Curtis étaient très appréciés... Et aussi parce que le film était sans doute peu cher, donc pratique à diffuser pour un dimanche soir!

Quoi qu'il en soit, si le film n'est pas tout à fait (pas plus que The perfect furlough ou High time) le prototype de la comédie loufoque à la façon de Blake Edwards, au moins peut-on constater que le cinéaste y fait ses gammes en équilibrant les gags et la comédie élégante! Les frasques de Tony Curtis, opposées à la dignité un peu guindée de Cary Grant, et la légèreté de cette guerre pour rire (bien moins satirique que le futur film What did you do in the war, Daddy?) en font un fort aimable divertissement, qu'il est impossible de prendre au sérieux... Le cinéaste y confirme son style lisible, "ligne claire", et y réussit à mener un tournage avec des stars ombrageuses (surtout Cary Grant!), un sous-marin rose, des sous-vêtements, et une phrase culottée qui a tout d'une goujaterie, certes, mais qui est fort drôle: une femme de 18 ans est protégée par la loi, une femme de 65 ans est protégée par la nature"...

Il conviendra d'approcher ce reflet des trente glorieuses, comédie light s'il en est, avec les précautions autant que le respect d'usage...

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Published by François Massarelli - dans Blake Edwards Cary Grant
26 juin 2026 5 26 /06 /juin /2026 14:57

1854: l'armée Britannique n'a pas combattu en Europe depuis 1915 et Waterloo... Deux types d'hommes composent 99% des troupes: d'un côté des simples soldats, des ommes recrutés à la sauvette dans le bas peuple, et qui sont considérés comme de la chair à canon; de l'autre, des officiers qui ont acheté leur position, et qui se vautrent dans leurs privilèges de classe... Un officier, Lewis Nolan (David Hemmings) se distingue sur deux points: d'une part il a conquis son rang en combattant et en gagnant le mérite. D'autre part il n'hésite pas à dire ce qu'il pense, et en particulier, il conteste l'absurdité des ordres (surtout ceux de l'incompétente baderne Lord Cardigan, interprété par Trevor Howard), ainsi que le statu quo des différences sociales entre officiers et hommes de troupe. Mais la hiérarchie ne l'entendra pas de cette oreille, et quand Victoria envoie des troupes en Crimée, aidées de l'ancien ennemi Français, pour combattre la Russie, tout va être fait pour mener à un désastre...

C'est étonnant: peut-on faire plus anglais que ce film? J'en doute... Aucun héroisme ici, juste une sorte de bureaucratie fatiguée qui court au massacre ans jamais réfléchir à deux fois sur l'absurdité de toutes les méthodes militaires employées... Contrairement à la tradition de peindre cette "charge de la brigade légère" en un acte sacrificiel d'héroïsme magnifique, Tony Richardson et son équipe choisissent de montrer ici la bêtise des officiers (non qu'il soient plus bêtes que la moyenne des officiers, bien sûr), le gâchis d'une armée engoncée dans sa propre absurdité, et tout se passe comme si le montage (assumé par rien moins que Kevin Brownlow) avait pour mission de ne montrer que l'échec...

Bref: une glorieuse boucherie, un massacre en règle, une charge impitoyable contre l'esprit torturé d'une vieille hiérarchie sociale qui se refuse à mourir... Rien d'étonnant qu'on ait demandé à Trevor Howard de prendre le rôle de l'insupportable Lord Cardigan, qui ressemble à une version comique de son Captain Bligh... 

Et puis comment, quand on voit ces officiers si Britanniques, ne pas penser au chapitre guerrier (The art of war) dans Monty Python: the meaning of life? Tout porte à croire que les six trublions pensaient un peu à ce film aussi, dont le mauvais esprit ravageur anticipe sur plus d'un point l'équipée de ce groupe Américano-Britannique et leur ton décalé... D'ailleurs, le film est truffé de vignettes d'énimation qui s'inspirent volontiers des cartoons de presse de l'époque, qui chantent les louanges du "lion" Britannique! Bref: un chef d'oeuvre d'ironie mordante...

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Published by François Massarelli - dans Tony Richardson
25 juin 2026 4 25 /06 /juin /2026 06:35

Marian Martin (Joan Crawford) est ambitieuse, un euphémisme pour dire qu'elle souhaite s'en sortir: c'es la crise, elle est ouvrière et ses perspectives sont minables... Un fiancé qui ne la comblera certes pas (Wallace Ford) est des conditions de vie qui resteront misérables. Sur la recommandation d'un homme riche rencontré par hasard, et saoul par-dessus le marché, elle se rend à New York, où elle rencontre Mark Whitney (Clark Gable), un homme riche. Elle devient sa maîtresse...

Le film explore avec une certaine finesse les mécanismes un rien romancés des histoires de "gold digger", mais si il est toujours clair que Marian n'a que peu de limites à ses ambitions, elle sait éviter de tomber dans la prostitution. L'ambiguité s'arrête aux portes de la MGM, dont on sait que le patron de l'époque veillait aux bonnes moeurs. Aux équipes menées par Irving Thalberg de trouver le moyen de contourner cette censure interne et vague... 

Avec Clarence Brown, le maître mot était toujours la classe: c'est un styliste, un cinéaste dont l'élégance devait souvent être le seul moyen, pour lui, d'éviter de s'ennuyer... Il le prouve occasionnellement dans ce film, à travers deux scènes en particulier: il n'avait pas son pareil pour donner du relief à des scènes qui autrement n'auraient pas été notables. On se souvient du duel en ombres chinoises dans Flesh and the devil! Il a donc imaginé une belle scène dans une gare qui montre la frustration de Joan Crawford, qui voit passer un train dont les compartiments lui montrent les diverses facettes de ce qu'elle ne vit pas: des gens qui vivent des histoires, des amoureux, des époux et des amants, dont le quotidien apparait comme sublimé par leur passage à ses côtés. Ailleurs, une très belle scène précède un sacrifice: Joan Crawford est chez son amant, dont tous les amis se sont invités chez lui pour le presser de se présenter à une élection pour devenir gouverneur: cachée dans une pièce non éclairée elle assiste à la conversation d'à côté à travers une porte-fenètre et comprend qu'elle va devoir se mettre de côté pour lui permettre de gagner...

Sans jamais se départir de son élégance, le cinéaste n'a décidément pas son pareil pour parler d'adultère, de relations hors mariage, et accessoirement de relations compliquées. Il trouve en ses deux interprètes une équipe totalement appropriée, cela va sans dire...

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Published by François Massarelli - dans Clarence Brown Pre-code
24 juin 2026 3 24 /06 /juin /2026 10:45

Tout commence par l'envie forte, pour Tom, de manger un canari: en l'occurrence, un oiseau en cage qui se nomme Cuckoo. Jerry intervient, et les deux animaux font alliance... Pour commencer, ils s'installent dans un refuge pour oiseaux... Mais Tom qui a trouvé un corset l'utilise pour en faire une combinaison volante...

Comme si souvent, le film est complètement linéaire et d'une grande lisibilité. C'est drôle, simple et efficace. L'oiseau porte un peu la marque des petits animaux souvent utilisés pour être des alliés de Jerry: il est un peu trop gnan-gnan... Mais ça se laisse gentiment voir, et le gros des gags jouent avec une belle énergie sur les transformations physiques de Tom, soumis à très rude épreuve.

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Published by François Massarelli - dans Animation Tom & Jerry (Muet)
24 juin 2026 3 24 /06 /juin /2026 10:38

A la base, une mission toute simple: Tom décide de profiter du beau temps, pour s'installer sur le hamac et faire une sieste. Mais il y a déjà quelqu'un: Jerry, qui n'est pas disposé à laisser la place...

C'est un film brillant, entièrement consacré, avec une évolution riche et constellée de gags hilarants, à cette sieste qui n'aura pas lieu. Comme à l'habitude, la narration est d'une grande clarté et d'une grande fluidité, la violence aussi stylisée que profonde, et la tendance est à l'escalade: parmi les protagonistes invités, on commence avec une innocente grenouille, on finit sur un imposant bull-dog...

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Published by François Massarelli - dans Animation Tom & Jerry
22 juin 2026 1 22 /06 /juin /2026 16:20

En 1938, Alan Thorndike (Walter Pidgeon), un chasseur Anglais s'apprête à réaliser le frisson de sa vie: il est en pleine montagne, à Berchtesgaden, face à la propriété d'hitler, et son fusil (qui n'est pas chargé) est pointé sur le führer. Le frisson d'avoir réussi à venir jusque là et à s'être rendu capable de tuer le dictateur, n'est pourtant pas suffisant: il met donc une balle dans son fusil, et là, il est surpris par un SS. Appréhendé, amené dans la forteresse, il est interrogé par l'élégant Quive-Smith (George Sanders), un noble Allemand qui parle un Anglais parfait (trop parfait même) et qui ne pouvant le faire exécuter puisque on est encore en drôle de paix, simule un accident dans lequel Thorndike est supposé perdre la vie, mais il s'en sort... Il va retourner vers l'Angleterre, et ne va pas tarder à avoir tous les nazis à ses trousses, et un gouvernement bien incapable de l'aider puisque la paix entre les deux pays n'a pas encore été brisée...

Lang a beaucoup souffert de son passage aux Etats-Unis, où il a dû réapprendre le compromis: celui qui faisait en artiste tout-puissant des films où chaque image, chaque association, chaque intertitre devait passer par son assentiment, a désormais des comptes à rendre. Si Fury (qui n'est pas conforme à son idée initiale) est malgré tout un film formidable, combien de déceptions, de westerns quelconques ou de films noirs un peu répétitifs...?

Man hunt aussi pourtant est un film de compromis, notamment avec le directeur de production de la Fox, Darryl F. Zanuck. Mais c'est aussi et surtout une oeuvre dans laquelle le metteur en scène va apprendre justement à faire avec, et doser ses compromis de manière à rendre le film très personnel. D'une part il lui permet de toucher à un sujet qui le passionne: forcément. Et il va aussi y retrouver les ambiances particulières de ses derniers films Allemands, Le testament et M en tête: des scènes de suspense à la fois oniriques et réalistes, tournées dans des rues inquiétantes et poisseuses. Il y retrouve aussi tout une galerie de motifs, de personnages, de situations, qui le mettent à l'aise: un parcours dangereux pour un héros à la fois valeureux et transparent, qui est l'homme à abattre pour les uns et une évidente gène pour les autres (Car Thorndike est un risque pour les démocraties qui hésitent à s'engager dans la guerre); parmi les nazis qui suivent le héros, un mystérieux tueur maigre; la fuite de Thorndike passe par des souterrains, des grottes et des galeries de plus en plus sordides; Lang, qui n'oublie pas de laisser un ensemble de signes au spectateur (le plus important étant une petite broche en forme de flèche) se sent très à l'aise dans tout ça...

Et puis il touche enfin à un sujet qui lui permet de retrouver ses réflexions provocatrices sur l'homme. En Walter Pidgeon, il trouve un acteur formidable qu'il va utiliser contre lui-même, en en faisant un Anglais imbu de sa respectabilité, qui prétend (et croit même) ne pas être venu en Allemagne pour tuer Hitler, mais pour le geste sportif de se mettre en position de le tuer. De même a-t-il parmi les amis qui l'aident une jeune femme, jouée par Joan Bennett, qui est folle amoureuse de lui, prête à se donner lors de la première nuit, mais il refuse de le voir. Thorndike, désireux d'éviter la guerre, est finalement aussi timoré que son frère diplomate est soucieux de ne pas faire de vagues avec l'Allemagne. Le parcours de cet homme dans le film va le pousser, enfin, à prendre conscience de la nécessité de s'engager...

Mais aussi, et ce dès le début, Lang explore une nouvelle fois, et ce brillamment, les sentiers de la culpabilité... Car bien qu'il se mente à lui-même concernant ses motifs d'approcher hitler, les premières minutes nous permettent de le voir batailler avec sa conscience, avant de placer une balle dans son fusil. Et une fois admise l'intention, Thorndike devient autant un tueur que s'il avait appuyé sur la gâchette et tué sa cible. Le film reviendra de façon spectaculaire sur cette notion de culpabilité, lors d'un échange final magistral entre Thorndike et Quive-Smith: au premier qui clame l'innocence de son amie qui a été assassinée par les nazis, le second affirme de façon péremptoire que son patron à moustache était innocent lui aussi... La clé du film est dans cet étonnant échange, qui nous rappelle l'obsession tortueuse de Lang pour la responsabilité d'une mort.

C'est dire si le film se place à l'avant-garde de son oeuvre... Et Lang, qui n'est pas le seul maître à bord, mais qui est sacrément bien servi, peut compter sur des acteurs de génie: Joan Bennett et Walter Pidgeon, je le disais, sont excellents, mais le choix de confier des rôles de nazis à John Carradine ("l'homme maigre") et surtout George Sanders (le major à monocle), est particulièrement judicieux... Le film est une réussite, un de ces dédales Langiens, à la fois majeur (on y fustige la guerre et on appelle l'homme à prendre ses responsabilités face à la barbarie) et délicieusement mineur (suspense, poursuite, ambiance de film noir, ça trépide, les coups de théâtre abondent...): c'est l'un des meilleurs films Américains de Fritz Lang. Sur un sujet ô combien grave, il a réussi une étonnante course poursuite doublée d'un intrigant jeu de pistes...

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang
19 juin 2026 5 19 /06 /juin /2026 08:41

La Western Union, basée à Omaha, Nebraska, vient de recevoir le feu vert de la Maison Blanche (alors que le président Lincoln, engagé dans la guerre civile, devrait avoir d'autres chats à fouetter) pour partir et construire jusqu'à Salt Lake City une ligne de télégraphe... Edward Creighton (Dean Jagger) est l'homme qui va conduire l'entreprise. Il engage alors plusieurs personnes, dont le mystérieux Shaw (Randolph Scott), qu'il connaît parce que ce dernier lui a sauvé la vie, et le pied-tendre Blake (Robert Young), un dandy, qui a plus d'un tour dans son sac. Les deux hommes deviennent alors à la fois amis et rivaux pour les yeux de la belle Sue (Virginia Gilmore), la soeur de Creighton.

C'est un western très traditionnel, avec un parcours de civilisation, ses hors-la-loi repentis et ses outlaws durs-à-cuire, ses Indiens, ses dilemmes... Lang semble à la fois avoir soigné sa copie (peut-être que Zanuck avait fait peser une menace sur son projet suivant, Man Hunt, qui devait d'autant plus l'enthousiasmer) et s'être mis en pilotage automatique du début à la fin. De beaux décors, de bons sentiments, tout au plus peut-on constater qu'entre le télégraphe et sa mission civilisatrice, et Shaw, un homme moral, juste mais endurci et condamné, Lang s'est sans doute plus intéressé au sort tragique du second, un homme qui a une vengeance et un sacrifice à accomplir... Le reste est traité de façon polie, légère, efficace, mais sans excès...

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Western
18 juin 2026 4 18 /06 /juin /2026 17:31

Lang, un western ?

De prime abord, bien sûr, ça ne colle pas: le metteur en scène est un relativement nouveau venu aux Etats-unis, pour commencer, et la tâche qui lui incombe est largement imposée; le film de Henry King (Jesse James, 1939) a beaucoup eu de succès, et la Fox entend bien capitaliser sur cette bonne fortune en produisant une suite qui leur permettra en prime d’utiliser les talents de henry Fonda, très remarqué dans son rôle de Lincoln l’année précédente pour John Ford (Young Mr Lincoln, 1939)… On l’a compris, le film échappe aux préoccupations de Lang qui depuis 1930 n’a pas réalisé beaucoup d’autres films que des thrillers, ou d’un genre approchant. Et cette histoire lui est imposée, avec j’imagine un cahier des charges dans lequel le metteur en scène ne pouvait pas vraiment se projeter.

Et puis on a presque envie de continuer à faire la fine bouche en remarquant que Lang a, après tout, toujours délaissé le prestige pour s’intéresser aux genres les plus populaires, dans la lignée de son maître Louis Feuillade! Et en 1939, Stagecoach, Jesse James et Dodge City ont sérieusement redoré le blason du western, et l’ont enfin sorti de l’ornière dans laquelle le genre végétait, entre séries Z et cow-boys chantants…

Oui, mais voilà: d’une part Lang na pas attendu 1939 pour tâter du western. Il a inclus dans son film Die Spinnen (1919) un hommage appuyé au genre, qu’il fréquentait comme tout le monde dans les salles de cinéma populaires… Et il s’y est probablement, au moins partiellement retrouvé, devant la geste de Frank James, le frère moins flamboyant de Jesse, qui a quitté le droit chemin dans lequel il s’était clandestinement installé pour mener une vengeance, personnelle, absurde, morale … et inachevée. Henry Fonda interprète ici un type bien, mû par une certaine idée (apocryphe, on n’y reviendra pas, je vous renvoie à mes commentaires sur le film de Henry King) de la justice, et qui manquera de se perdre dans les conséquences un thème pour l’auteur de Fury en somme, dans lequel Lang fait, finalement, bien, voire très bien son travail: c’est très distrayant, et pour une première expérience en couleurs, surprenant d’efficacité.

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Western
18 juin 2026 4 18 /06 /juin /2026 07:27

Après deux films à message, Lang persiste et signe, une dernière fois, dans une relative indépendance. You and me, moins apprécié que Fury et relativement peu montré, est un étrange film dans sa filmographie, mais après tout, pas plus que, au hasard, Hangmen also die ou Cloak and dagger... Une expérience, en quelque sorte, dans laquelle il poursuit son exploration de la notion de culpabilité et de l'implacabilité du destin, dans un cadre fortement inattendu pour lui: la comédie!

Joe (George Raft) et Helen (Sylvia Sidney) travaillent tous les deux dans le grand magasin de M. Morris. Ce dernier s'est fait une spécialité d'ouvrir les portes de son établissement à tous les repris de justice, ex-taulards et brebis égarées qu'il a pu trouver, et la plupart d'entre eux lui sont reconnaissants. Mais tous ne savent pas forcément qu'absolument tous les employés ont un casier judiciaire, et de fait Joe, s'il n'a pas caché la vérité à Helen (il fut un redoutable braqueur de banques), ignore que cette dernière a un casier, et qu'elle doit encore voir son officier de probation toutes les semaines... Quand ils se marient, elle n'ose toujours pas lui dire. Pendant ce temps, un malfrat rode autour du magasin, et essaie de monter tous les anciens prisonniers contre leur patron. Joe résiste, mais jusqu'à quand?

C'est un sujet formidable, mais aussi propice à monter un drame édifiant, qu'une comédie légère. De façon étonnante, c'est cette dernière option que Lang a prise, en faisant tout ce qui est en son pouvoir pour que le drame "conjugal" prenne le plus de place possible. Si George Raft est surtout sobre dans ce rôle inattendu (il n'a jamais eu la réputation d'être un acteur surdoué), il est au moins parfaitement convenable, et même touchant face à la grande Sylvia Sidney. Pour une fois, celle-ci qui tournait pour la troisième fois consécutive, et la dernière hélas, pour Lang, est dès le départ de l'autre côté de la barrière de la loi, et on n'est pas près d'oublier la scène fabuleuse qui la montre expliquer à un tableau noir, craie en pogne, à huit truands endurcis l'exact pourcentage de misère auquel ils auront droit une fois le partage effectué à l'avantage du commanditaire d'un casse! Et l'actrice, qui avait de la répartie, est intégralement crédible aussi bien en épouse inquiète du lendemain, qu'en criminelle endurcie qui se rappelle le bon vieux temps, sans jamais se placer du mauvais côté du Code Hays... Du grand art, quoi.

Mais une fois gratté le vernis de la comédie, le film offre une fois de plus une réflexion sur le bien-fondé du crime, non pas d'un point de vue moral, mais bien d'un côté pratique. C'est inattendu, mais cela n'empêche pas Lang d'avoir doté ses personnages d'un code éthique réel. A ce titre, c'est le principal moteur de l'action et la source des retournements de situation... Comédie oblige, ceux-ci sont généralement un brin trop roses, et certainement bien trop optimistes pour Lang...

Mais celui-ci a su signer ce film d'une autre façon, en confiant de façon étrange à Kurt Weill la bande originale. Celui-ci, probablement sous l'influence du metteur en scène, a donc non seulement signé la musique, mais il a aussi fourni deux chansons "en situation", à la manière de Brecht! Une scène éminemment théâtrale reprend le style du dramaturge Allemand en mettant en scène, lors d'une réunion nostalgique d'anciens truands, les impressions que le destin judiciaires leur inspirent...

Voilà qui fait effectivement un curieux mélange, mais en dépit de ces bizarreries, le film conserve un caractère très proche des thèmes de Lang, de son humanité profonde, et de son obsession de la culpabilité personnelle, qui nous aide à comprendre, non seulement que Joe en veuille à Helen de dissimuler son passé, mais aussi et surtout que celle-ci souhaite s'en affranchir en le cachant. Et comment ne pas se souvenir de M en voyant ces rendez-vous secrets de la pègre? Si ce n'est pas le meilleur film de Lang, il a au moins le mérite, convenons-en, de provoquer la réflexion!

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Noir Comédie
16 juin 2026 2 16 /06 /juin /2026 21:55

Ca commence par un fait divers: un café brûle, sous les yeux impassibles, presque hypnotisés, des habitants du quartier. Un homme sort, les habits brûlés, c'est Alain, le propriétaire de l'établissement (Serge Riaboukine): il se rend à la police, et s'accuse d'avoir tué un homme.

Tout a commencé, dit-il, quand une jeune femme est arrivée dans le quartier. Marie (Marina Golvine) sort de prison, et cherche son frère Antoine (Mathieu Demy). Il est dealer, et les affaires ne sont pas flroissantes: il accepte un coup proposé par un petit truand, Xavier (Patrick Lizana), neveu du parrain local, Damien (Robert Castel)... Mais l'affaire tourne mal, très très mal...

Cest une surprise: le quatrième film de Pierre Salvadori, après ses trois comédies, est une rupture de ton à lui tout seul! Un film noir à l'ancienne, situé dans un microcosme Parisien, gangréné par le milieu. Le point de vue d'Alain, un homme laconique, atterré de ce qu'il voit tous les jours, mais qui encaisse plutôt que d'intervenir, permet à la mise en scène d'adopter une économie rare. En dépit de dialogues qui se veulent parois très naturalistes (jamais une bonne nouvelle dans le cinéma français), on apprécie justement la retenue, presque Melvillienne d'un film qui se pose en témoin d'une certaine réalité, plus que d'adopter une posture de jugement moral... Bien sûr, ce film qui nous montre la vie peu reluisante d'un quartier colonisé par la drogue et ses travailleurs, se situe malgré tout dans la thématique à travers des personnages (Antoine, qui tente de doubler ses complices, puis Xavier qui prétend être un autre pour approcher Marie) qui dissimulent, mentent, manipulent... Cette fois, pour le pire! Et Antoine et Marie, les deux frêres et soeurs, ne seront pas souvent à l'écran ensemble, mais leur relation est plus qu'équivoque...

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Published by François Massarelli - dans Pierre Salvadori