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19 mai 2026 2 19 /05 /mai /2026 17:19

Ce film, une charmante comédie qui met en scène les deux acteurs de tant de comédies sentimentales, Gunnar Tolnaes et Karina Bell, sous la direction de Sandberg, est l'un des six films du réalisateur sortis entre février et décembre 1924...

L'intrigue, adaptée par sam Ask d'une pièce à succès, concerne l'arrivée d'une jeune fille de Vienne, Leni (Else Nielsen), à la suite de la débâcle des Autrichiens et des Allemands, au Danemark. Oubliée par son groupe d'enfants, elle est prise en charge par Jorgen (Gunnar Tolnaes), un brave homme qui est rentré récemment au pays pour visiter des amis, les Lassen, avec lesquels il souhaite se mettre en affaires. Il va également y retrouver la belle Edith (Karina Bell), qui l'aime depuis toujours mais est aussi tentée de céder aux charmes de "l'âge du jazz" en compagnie d'un séducteur à la petite semaine, le chorégraphe Charles Dupont (Nils Asther). La "petite Viennoise" va aider son petit monde, en usant de sa candeur et de sa clairvoyance d'une étonnante maturité...

D'autres acteurs viennent compléter la distribution: Lassen et son épouse sont interprétés par, respectivement, Gerhard Jessen et Karen Caspersen, et leur fils par Martin Herzberg, qu'on reconnait: il avait déjà joué dans deux filmsadaptés de Dickens, Pip (Les grandes espérances) et David Copperfield dans le film du même nom... Et à ma grande surprise, Peter Malberg est ici absent, mais d'une certane façon, sa place est prise par Nils Asther. L'acteur, bien que né à Copenhague, est Suédois, ce qui continue une politique d'ouverture du cinéma Danois à l'extérieur, pouvant permettre aux films d'être achetés à l'étranger. On retrouvera cette pratique avec Klovnen. S'il remplace efficacement Peter Malberg, Asther apporte une grande subtilité à son personnage, tout en en faisant un authentique caractère de comédie... Ce que Malberg n'aurait pas su si bien faire je pense! ...Malberg, qui d'ailleurs ne tournerait guère plus avec le metteur en scène.

C'est de toute façon, sur fonds de mélodrame, une comédie sentimentale très fleur bleue, dans laquelle tout ou presque est déjà crit: on n'a pas de doute, on sait qui finira avec qui. Sandberg était prévisible à force d'engager Tolnaes et Bell, et de faire d'eux des partenaires en amour dans ses films! une belle surprise, par contre, est le couple formé par Jessen et Caspersen en parents complètement loufoques... Sinon, détail étonnant et pas si insignifiant que ça: le jeune Martin Herzberg, qui a un pansement qui gonfle sa chaussette, a du se casser une jambe peu avant le tournage. Il utilise une canne en permanence et se déplace avec difficulté, ce qui n'est jamais souligné par les intertitres. Ca lui donne une vérité qui me rappelle comment Stroheim, d'un petit détail (le sparadrap au dessus de l'oeil de Lon Poff dans Greed) pouvait donner toute une vie potentielle à un personnage... Ici, la motivation était sans doute que Sandberg, qui avait constamment recours à sa "petite famille" de personnages, n'avait pas le coeur à remplacer le jeune Martin. C'est dire si à défaut d'être un des très grands génies du septième art, il avait sans doute une conception assez humaine de son métier.

 

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg Muet 1924
19 mai 2026 2 19 /05 /mai /2026 16:57

A la fin des années 50, le Japon est le théâtre d'une révolution: des lois anti-prostitution voient en effet le jour, qui tendent évidemment à pénaliser les femmes, premières concernées... Des institutions commencent à les accueillir pour tenter de les réinsérer. Kuniko Sugimoto (Chisako Hara) est l'une de ces femmes, recueillies par un établissement sous tutelle, qui tente de profiter d'une seconde chance dans la vie. Elle commence par se voir offrir une opportunité de travailler dans une épicerie tenue par une petite famille, mais dès que l'épicière apprend son passé, la situation devient intenable. Après avoir risqué de replonger, elle se voit offrir une nouvelle chance: elle est placée dans une pépinière, auprès d'une famille compréhensive, et rencontre même un homme qui est prêt à la comprendre... Mais le passé reste tenace.

Après l'évocation romanesque et aussi raide que décorative de La princesse errante, Kinuyo Tanaka retourne au Japon "actuel", au sujet duquel elle va ajouter sa propre pierre à l'édifice d'une cinématographie Nippone tourmentée par la prostitution: les films de Kenji Mizoguchi (Oyuki la vierge, Femmes de la nuit et Rue de la honte, entre autres), Mikio Naruse (Au gré du courant), et tant d'autres, l'éctrice passée à la réalisation va pouvoir donner une vision différente et novatrice: car en son temps elle aura vu la fin d'un système... Un système dont on nous dit sans ambage que les véritables responsables, à savoir des hommes bien sûr, auront peu à souffrir de cette pénalisation. Celles qui furent les victimes de la prostitution, les femmes, sont évidemment pointées du doigt de multiples façons. 

Sans jamais avoir recours à une posture de faux documentaire, mais en maintenant pour autant l'urgence de l'évocation d'un pays en mutation, Tanaka donne à voir un film riche et informé, qui s'abstient évidemment de blamer la femme. Les mécanismes sont tous là, un à un: la façon dont les hommes qui apprennent que Kuniko a été une prostituée se comportent, par exemple, est claire: l'un d'entre eux lui dit même qu'il la respecte plus depuis qu'il sait d'où elle vient, mais c'est une phrase à double sens... Elle joue parfois elle-même le jeu de la séduction, mais en l'occurrence c'est presque poussée par les événements: avant de quitter une situation avantageuse mais où son passé va lui être reprochée, elle entraine avec elle le mari de sa patronne, qui n'attendait que ça!

Les épisodes du film sont conformes à la vision du cinéma de Tanaka comme une succession de scènes, souvent courtes, liées entre elles par une continuité et beaucoup d'ellipses. Elle n'a parfois besoin que de quelques secondes pour faire du sens, contrairement à Mizoguchi qui reposait si souvent sur les plans-séquences. Elle marie fort bien l'écran large du TohoScope, avec a vision citadine de son intrigue... 

Contrairement au roman qu'elle adapte, elle a décidé que son film irait vers plus d'espoir, mais qu'on ne s'y trompe pas: le destin de ces femmes qu'on renverra immanquablement à leur condition passée, au risque de les pousser à retourner à la rue, n'est pas réglée pour autant une fois le film fini...

 

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Published by François Massarelli - dans Kinuyo Tanaka
18 mai 2026 1 18 /05 /mai /2026 16:26

Ryuko (Machiko Kyo), fille d’une famille noble (elle a le titre de princesse, et ses parents sont importants à la cour) rêve d’un mariage princier… Elle sera exaucée, même si la réalité sera apparemment moins idyllique que dans les rêves d’une jeune fille… Elle va en effet être choisie par l’armée Japonaise d’occupation en Chine pour épouser le frère de l’empereur de Chine, Futetsu (Eiji Funakoshi)… Dans un premier temps l’histoire est belle. Mais très vite il apparaît que les deux époux sont pris dans l’engrenage de l’occupation et la politique coloniale, musclée, du Japon. Puis l’histoire avance, et elle n’est pas tendre pour les dignitaires fantoches…

Ce film a une longue gestation: les dirigeants de la firme Daiei souhaitaient adapter les mémoires de la Princesse Hiro Saga, qui fut mariée par l’empire Japonais au frère de l’empereur PuYi, «dernier empereur» du Japon et potentat fantoche de l’état de Mandchoukouo. Avec Machiko Kyo dans le rôle principal, le Scope et la couleur (la première fois pour Kinuyo Tanaka) ça ressemble un peu à un menu pour un film infaillible…

Et pourtant… Si Kinuyo Tanaka, qui avait déjà dirigé trois films et s'était vraiment affirmée en tant que portraitiste de femmes remarquables (Maternité éternelle), s’est très certainement intéressée à ce destin peu ordinaire d’une héroïne ballottée dans les événements, naviguant à vue à un poste (on peut difficilement considérer ce mariage arrangé comme autre chose!) qu’elle ne maîtrise pas ou peu, et devant louvoyer entre raison d’état(s), ressenti personnel, et l’hostilité très forte des Chinois de Mandchourie à l’égard des Japonais, c’est d’un ennui mortel. C’est beau, digne, lent, très lent même.

C'est aussi doté de couleurs absolument superbes. La réalisatrice continue à affirmer sa tranquille mais sûre maîtrise de l’espace filmique, avec recours à d’adroites utilisations de la profondeur de champ, mais pour le reste le film ne semble pas décoller, et n’acquiert jamais le souffle nécessaire à ce genre d’entreprise épique… surtout dans sa première partie.

Le dernier acte, consacré à l’exil et la marche forcée de Hiro Saga, gagne heureusement en dignité. Mais l’un des pires défauts est cette utilisation du Chinois, souvent, par des acteurs qui ne le parlent ni le comprennent, et… ça se voit.

 

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Published by François Massarelli - dans Kinuyo Tanaka
17 mai 2026 7 17 /05 /mai /2026 12:05

A Römersholm, la demeure d'une petite famille de la noblesse, Birthe (Edith Schou), la fille du châtelain, coule des jours heureux, entre son amie la fofolle Astrid (Karina Bell), et son petit ami Anders (Aage Fonss). Mais son père (Philip Bech), toujours en voyage, lui annonce s'être marié avec une cantatrice, et il revient au pays: entre Birthe et sa belle-mère, Elisa (Ebba Thomsen), les relations vont très vite être tendues. Quand cette dernière tente de séduire Anders, et que celui-ci la repousse, elle l'accuse d'avoir voulue la violer. Il est chassé... Mais suite à une discussion envenimée entre les deux femmes, on retrouve le corps de la cantatrice. Le procureur Falk (Gunnar Tolnaes) mène l'enquête, généralement assisté contre son gré par l'amie de Birthe: Astrid, qui lit tout le temps des romans policiers, a décidé qu'elle saurait trouver la clé du mystère...

A.W. Sandberg touchait à tous les genres du cinéma populaire, sauf pour ce qui est des années 20, à la farce. Il restait, globalement, dans les limites du raisonnable, et préférait une ligne plus franchement loufoque pour ses comédies, comme en atteste l'excellent Nerfs brisés de 1923. Il y a d'ailleurs des similitudes entre les deux films, avec l'idée d'une enquête qui semble être constamment en parallèle de la vraie vie: ici, Astrid se plante évidemment dans toutes ses tentatives de résoudre l'affaire, à laquelle elle n'a d'ailleurs pas compris grand chose... Mais elle est tolérée (pour des raisons extra-professionnelles) par le procureur, qu'elle a d'ailleurs rencontré dans le prologue! dans une scène qui aurait pu faire partie d'une screwball comedy, toutes proportions gardées, Astrid rencontre Falk alors qu'elle est juchée dans un arbre à lire un roman; quand elle fait tomber son livre, il va aller le repêcher... en tombant à l'eau.

C'est d'ailleurs cette propension à éviter les lourdeurs du whodunit (Peter Malberg fait partie de la distribution, donc on sait très vite qui, a priori, a tué!) en faisant tous les genres de film en une seule oeuvre qui fait qu'on retient ce film: du mélodrame bourgeois (la rivalité entre belle-mère et belle-fille), au mélodrame tout court (les amoureux empêchés de s'aimer), de l'enquête policière au marivaudage de la comédie, le film ratisse large... Et de fait il est plaisant.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet A.W. Sandberg 1924
17 mai 2026 7 17 /05 /mai /2026 09:42

Au début de l'ère Victorienne, la rencontre entre un jeune homme de bonne famille et une jeune femme de la classe ouvrière, dont le père est un repris de justice, est compliquée par les convenances...

C'est le quatrième et dernier film de Sandberg consacré à une adaptation de Dickens, des films qui lui tenaient à coeur et pour lesquels la Nordisk mettait à sa disposition des moyens considérables... Chacun de ces films étaien un événement en soi, propore à raviver l'insoluble espoir de retrouver un jour au Danemark la grandeur passée, celle d'avant la guerre...

Il y a de nombreuses touches qui nous rappellent qu'on est clairement chez Dickens: une vaste galerie de personnages, d'où émrgen fatalement des farfelus hauts en couleurs (le père Dorrit, qui est en prison depuis 20 ans pour dettes, est un cousin de Micawber, et le jeune John Chivery, qui passe son temps à ruminer ses échecs présents en les sublimant, grâce à son imagination qui lui fait imaginer de délirantes pierres tombales), et un brin d'absurde: cette prison où tout Londres semble se relayer, et où outre la privation de liberté, les pensionnaires ne sont pas forcément trop mal lotis... Et en plus, il y a un vieux secret de famille. Sanberg a convoqué son équipe: Karina Bell, Karen Caspersen, et Gunnar Tolnaes sont bien présents, mais pas Peter Malberg. Une fois n'est pas coutume...

Mais ce n'est pas Les grandes espérances, qui est une réussite sur bien des points: non, d'une part le roman choisi est l'une de ces oeuvres à la thématique floue, dans lesquelles le romancier réglait des comptes personnels (son père a été lui aussi incarcéré dans les mêmes conditions que l'héroïne), et faisait plus ou moins semblant d'inscrire des revendications sociales pas toujours en cohérence avec le reste de son oeuvre mélodramatique, mais en plus il souffre d'être inscrit dans une intrigue qui passe par beaucoup trop de texte, ce qui pour un film muet est rédhibitoire. Et du coup les principaux personnages subissent trop l'action au lieu d'en être les véritables protagonistes. Un comble alors que Sandberg, qui souffrait lui aussi (le cinéma Danois avait un complexe sérieux à ce niveau!) d'une boulimie d'intertitres au début des années 20, commençait depuis Les grandes espérances à se calmer!

Il est probable d'ailleurs que ce film a longtemps été gardé en réserve, afin d'être livré au bon moment, ce qui expliquerait le délai assez important avant sa sortie, deux années après le dernier film consacré à Dickens: Notre ami commun était sorti en 1921, et David Copperfield et Les grandes espérances, quant à eux, en 1922.

Alors évidemment, les décors sont très soignés, les costumes très impressionnants de véracité, et une bonne part de l'interprétation (Sandberg a son équipe et des acteurs dévoués qui sont à l'écoute de sa direction qu'on disait patiente) est totalement dans la lignée de ce qu'on attendrait, mais on peine à se passionner pour ce long et assez statique drame dans lequel Karina Bell n'a peut-être pas les épaules assez solides pour soutenir l'intérêt du spectateur... Le roman est touffu, oui, mais il est aussi confus, et le film lui emboîte le pas.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet A.W. Sandberg 1924
16 mai 2026 6 16 /05 /mai /2026 18:49

C'est un excellent film, qui détaille les différentes façons de traiter le conflit Sylvester / Tweety Bird: ce dernier est sans-abri, et vient s'installer chez Granny, où il y a déjà un chat (Sylvester) et un chien, qui ne s'entendent pas vraiment: le chien est soigné à la patte, et Sylvester ne rate pas une seule occasion de rappeler la douleur. De son côté, Granny s'obstine à donner au chien une abominable décoction qui a l'air très répugnante...

Quand Tweety arrive, il est vu par le chat qui ne peut s'empêcherde lâcher un "I think I saw a Tweety bird", ce qui est drôle en soi, mais aussi ça nous rappelle à quel point la dynamique entre les deux s'est imposée d'elle-même. Ici, Freleng fait appel à une mécanique de précision, et des enchaînement et autres combinaisons savantes. Un domaine qu'il maîtrise et sans surprise, qui mène généralement à toutes sortes de violence...

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Published by François Massarelli - dans Friz Freleng Animation Looney Tunes
16 mai 2026 6 16 /05 /mai /2026 18:41

Lors d'un voyage, le coq de combat Kid Banty est ejecté de la remorque qui le transporte et atterit sur la ferme où se trouvent Foghorn Leghorn et son ennemi juré Barnyard Dawg... Foghorn prend le coq sous son aile, quand il constate que ce dernier est placide, mais se transforme en une machine à punch dès qu'il entend une cloche...

De quoi inévitablement mener à un gag récurrent, l'équipe de McKimson ne s'est absolument pas gênée, évidemment. C'est un excellent film, quoi qu'on en dise. L'animation en est très soignée, et le passage par un personnage extérieur pour donner du corps au conflit (souvent irritant à cause de son aspect verbal) est une excellente idée...

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes
16 mai 2026 6 16 /05 /mai /2026 18:34

Les tribulations de Ralph, le loup (qui ressemble furieusement à un coyote, mais avec une truffe rouge), et de Sam, le cheind de berger (dont l'éternelle frange nous empêche de voir ses yeux), les deux animaux qui prennent leur fonction le matin en pointant, puis en s'affrontant sur le champ où des moutons, totalement indifférents à ce qui se trame autour d'eux (un conflit dont ils sont pourtant l'objet unique), mangent tranquillement.

Comme d'habitude, un conflit qui ne passe pas par la parole, mais par l'action, une transposition du mythe de Sisyphe, ou tout simplement un détournement des aventures de Wile E. Coyote? De toute façon, tout est dans le "Comme d'habitude"...

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Published by François Massarelli - dans Chuck Jones Looney Tunes Animation
13 mai 2026 3 13 /05 /mai /2026 16:25

Fumiko Shimojo (Yumeji Tsukioka), mariée à une brute épaisse, a deux enfants avec lui. Il est odieux: dictatorial, prenant n'importe quel prétexte ausi bien pour boire que pour lui reprocher tout ce qu'il peut, et il la trompe. Elle se réfugie dans la poésie, et elle fait partie d'un groupe de poêtes amateurs, qu'ele a rejoint pour y retrouver deux amis d'enfance, les Huri: Kuniko, institutrice (Yoko Sugi) et son mari Takashi (Masayuki Mori), pour lequel Fumiko a des sentiments... Une fois son divorce prononcé, elle sent sa vie basculer... Et c'est à ce moment qu'elle constate qu'elle a un problème à la poitrine. Atteinte d'un cancer, et malgré la perte de ses deux seins, elle apprend qu'elle va mourir, au moment même où, suite à l'initiative de Takashi Hori (qui est décédé entre temps), elle va être publiée. Son recueil de poèmes est un succès...

C'est une oeuvre formidable: d'une part, on n'a jamais autant pu s'intéresser au corps de la femme Japonaise avant ce film, qui accumule les transgressions et les audaces - pour 1955, s'entend. On suit en effet les tribulations d'une femme dont la première cause de souffrance est la façon dont son mari la traite (mais sa propre mère ne lui épargne jamais les remarques qui tendent à rappeler la règle du jeu en vigueur, entre les hommes et les femmes, au Japon: "rentre chez toi sinon ton mari va encore se plaindre"), qui découvre dans sa chair, alors qu'elle n'a qu'une trentaine d'années, une maladie qui risque bien de l'emporter... Elle le sait rapidement, mais le cancer va devenir le révélateur de sa féminité oppressée. Elle va presque en faire une arme, dans une situation où, n'ayant plus rien à perdre, elle se jette dans la poésie, mais aussi elle assume sa sexualité et son propre désir... A un journaliste qui vient la voir parce qu'elle a obtenu un succès non négligeable avec son recueil publié, elle répond en lui exprimant sans fards son besoin de se rapprocher de lui... Elle fait le mur de l'hôpital à chaque fois qu'elle le peut et va jusqu'à se rendre chez Kuniko pour y prendre un bain, parce que dit-elle, dans sa baignoire, son mari décédé a souvent lui-même pris des bains. Elle lui avoue sans détour son amour pour Takashi...

Dans la première partie, Fumiko est généralement habillée sans rcherche particulière, et on sent qu'elle est de toutes façons la domestique de son mari. Au fur et à mesure de l'évolution du film, et de son cancer, elle va d'un côté retrouver des tenues traditionnelles, des kimonos notamment, mais aussi elle va ouvrir ses vêtements à son corps. L'opération, qui vient d'ailleurs sans aucune préparation (le film accumule volontairement les ellipses), nous fera voir dans un plan qusi documentaire, les deux seins qui sont préparés avant d'être enlevés... C'est me semble-t-il une première dans l'histoire du cinéma Japonais... Tout comme les sentiments sans masque de la jeune femme, au moment où son mari quitte définitivement sa vie, avec leur fils, d'ailleurs, ou lrsque le journaliste vient la visiter et éveille son désir.

Kinuyo Tanaka a réalisé son troisième film comme un manifeste de sa volonté de s'intéresser à une femme, à une vie de femme, une affaire de femme, et bien sûr si l'intrigue est largement inspirée de la vie de la vraie Fumiko, telle qu'elle a été relatée par son amant, le journaliste qui dans le film vient la visiter, la réalisatrice a mis un point d'honneur à demander à la scénariste Sumie Tanaka (aucune relation), d'écrire le traitement de l'intrigue... Leur film ne se contente pas d'être un film de femmes, tire larmes (c'était un genre en soi), il est au sommet d'un art de la vie quotidienne, dont le maître était Mikio Naruse, mais ici le maître se fait largement dépasser par l'élève, dont le troisième long métrage brasse une thématique d'une richesse incroyable: la condition féminine y est vue à travers le poids des traditions, la domination masculine, l'oppression conjugale, et la censure du désir... 

Le style souple de la réalisatrice, une fois de plus, se joue des lieux (les maisons, aussi bien la maison quasi paysanne du couple marié, que la demeure citadine (du côté de Hokkaïdo) de la mère avec ses panneaux de papier, les routes sous la pluie, les abords du lac de Toya, où se joue un final d'une immense délicatesse... Elle confirme l'impression de ses deux premiers films: qu'il s'agisse de scènes en studio ou d'extérieurs, elle maîtrise l'espace et la profondeur de champ (les scènes chez la mère, où trois pièces apparaissent dans un seul plan)... Et sa direction d'acteurs, qui se cale sur le point de vue, fait merveille, en enfilant les scènes inoubliables: l'une d'entre elles est la visite, cruelle, de Fumiko chez son amie, où la caméra se joue de la fuxtaposition de deux points de vue. C'est aussi l'une des scènes lors de laquelle on s'approche le plus de ce qu'on ne verra définitivement pas: la poitrine désormais plate, avec ses cicatrices. 

Kinuko, en revanche, la voit, et elle ne s'en remettra pas...

Le public de ce film aura aussi du mal à oublier cette formidable promenade aux côtés d'une femme qui se prépare à mourir en essayant de vivre, son visage devenant presque toujours plus lumineux au fur et à mesure que sa vie la quitte.

 

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Published by François Massarelli - dans Kinuyo Tanaka
12 mai 2026 2 12 /05 /mai /2026 18:33

Le chien , Barnyard Dawg, place un oeuf d'autruche à côté de Foghorn Leghorn endormi. Au rével, celui-ci est persuadé d'avoir pondu un oeuf...

Autant j'admets qu'il y a toujours eu un certain relâchement chez McKimson, et dans l'univers du principal personnage qu'il a créé, le coq Foghorn Leghorn, autant il est quand même nécessaire de reconnaître qu'il est le seul des trois metteurs en scène principaux (les deux autres étant Chuck Jones et Friz Freleng) de la période des années 50 à avoir maintenu contre toutes les mutations du studio et les expériences étranges avec l'animation appauvrie, un certain style rond et plus séduisant...

Donc ça reste les querelles rébarbatives entre animaux de la ferme, le "héros" étant l'un des plus insupportables personnages, mais au moins on a des restes de ce qui fut l'âge d'or du studio...

La photo ci-dessus illustre le gag récurrent le plus notable de ce film, lorsque le poussin autruche fourre sa tête dans le sol, mais c'est finalement assez contagieux...

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Published by François Massarelli - dans Looney Tunes Animation