Alice, une jeune lycéenne d'un lycée catholique hyper traditionnaliste, découvre à la fois sa sexualité et la notion de pêché qui s'y rattache... Et elle a les plus grandes difficultés à comprendre le monde qui l'entoure: quand on commence à répandre une rumeur selon laquelle elle aurait commis un acte particulièrement coquin avec un garçon durant le week-end, elle est partagée entre deux interrogations: d'une part, comment réussir à faire triompher la vérité; d'autre part, comment contrer des accusations qu'elle ne comprend littéralement pas...
La réalisatrice Karen Maine et l'actrice principale Natalia Dyer avaient déjà officié ensemble sur un film de court métrage du mpele titre: en 2017, le premier Yes, God, Yes concentrait en 11 minutes les découvertes intrigantes de son héroïne, et faisait mouche. Le conte initiatique tient assez bien la route en un long métrage qui ne fait jamais le malin, et repose sur l'adhésion des spectateurs à l'itinéraire d'une naïve. Natalia Dyer est excellente dans ce rôle...
Comme pour le premier film, la réalisatrice a décidé de placer l'intrigue environ vingt ans avant la date de sa conception: d'une part, j'imagine, par identification avec les jeunes gens du film; mais aussi pour permettre des limites dans le monde qui nous est présenté: comment comprendre l'extrême naïveté d'Alice à l'ère des smartphones et de l'internet à haut débit? Avec sa mise en valeur des gadgets vontage (vieux ordinateurs avec modems bruyants, téléphones cellulaires antédiluviens), le film concentre finalement son intrigue sur ce qui est important: les rapports entre une adolescente qui a tout à apprendre, et un monde extrêmement corrompu... Le décalage entre la naïveté de l'héroïne et l'absurdité des règles de l'école (dans laquelle les soutanes, chasubles et vêtements de religieuses, cachent bien des turpitudes) est le principal ressort de la gentille satire.
Le premier son entendu dans ce film étant celui de la connection "antique" à une ligne téléphonique, il me semble assez clair qu'on peut dire qu'il se passe "il y a un certain temps"... Les jeunes n'y paradent pas avec un portable, les ordinateurs sont raisonnablement vintage, et le personnage principal ne sait pas tout. Une jeune lycéenne (Natalia Dyer) d'un très très catholique établissement Américain privé est chez elle, à expérimenter le chat sur son ordinateur. Elle se retrouve à échanger avec un homme qui lui envoie des photos, elle se prend au jeu, et il lui suggère certaines pratiques solitaires.
Elle ne sait pas, n'a jamais expérimenté et tombe des nues en apprenant lors d'un cours de catéchisme que ces attouchements personnels sont à éviter dans la mesure où ils ne peuvent permettre la procréation... Tout le film est axé sur cette découverte à la fois de sa sensualité et du fait qu'elle soit liée à la notion de pêché. Il était inévitable que l'adolescente souhaite aborder le sujet avec son prêtre... Celui-ci n'est pas trop disponible puisqu'il se bat avec un ordinateur récalcitrant! C'est à ce moment que la jeune femme va apercevoir sur l'écran une photo qui apparait l'espace d'un instant, qui la rassure sur la relativité de l'abstinence!
C'est drôle, court, et ça se termine d'une fort gentille façon... Mais ce court métrage, probablement de fin d'études, a servi de brouillon à un premier long métrage du même titre tourné deux ans plus tard, qui étend le champ d'investigation de la jeune femme, de la même manière: sans forcer, tout en suggestion... Natalia Dyer en est également la protagoniste. En attendant, sous cette forme réduite à l'essentiel, ce petit film malin explore à sa façon la découverte non seulement de sa sexualité, mais aussi de l'hypocrisie des adultes, du libre-arbitre en matière de sexualité... Et du plaisir de regarder certaines scènes de Titanic.
Une journaliste (Keira Knightley) qui a vécu un événement traumatique se retrouve invitée pour une croisière pas banale: une milliardaire mourante, Anne Bulmer lui propose d'écrire sur sa fondation de charité, et elle apprend bien vite que d'une part la croisière est une façon de financer la dite fondation (les invités richissimes contribuent de façon importante), et que d'autre part Anne a cessé de prendre ses médicaments. Mais durant le voyage, la jeune femme aperçoit une mystérieuse inconnue, et très vite elle verra aussi une forme humaine précipitée à l'eau. Personne ne la croit.
Pas plus, bien sûr, que personne ne croyait Iris (Margaret Lockwood) dans The Lady vanishes, d'Alfred Hitchcock, quand celle-ci affirmait avoir vu, et parlé avec la gentille gouvernante Miss Froy, dans le train en partance pour un dangereux pays fasciste. Le film d'Hitchcock était un tour de force, au ton constamment décalé, mais qui ne négligeait ni le suspense, ni la profondeur, ni l'invention. Toutes choses qui sont ici absentes, sauf quand des éléments de suspense créent vraiment la tension... Mais ils sont généralement précisment tirés du flm d'Hitchcock. Ce n'est sans doute même pas un plagiat conscient, juste un film à jeter (qu'on trouve donc sur Netflix).
En 1924, le succès de ce film concrétise finalement les ambitions de trois parties: Fritz Lang, qui venait déjà de réaliser deux films au succès insolent, arrivait enfin à prendre, ne serait-ce que momentanément, la place de plus important réalisateur du cinéma Allemand; son épouse Thea Von Harbou, associée à Lang dans leurs deux succès Der müde Tod (1921) et le diptyque Dr Mabuse, der Spieler (1922), parvenait enfin à mélanger sa verve feuilletoniste et les contes et légendes Germaniques, ce qui ne pouvait que satisfaire cette nationaliste aux amitiés déjà louches; enfin, la UFA mettait la main sur un metteur en scène, une équipe, et un film monumental, qui allaient lui apporter à n'en pas douter une assise mondiale, après les années de vaches maigres vécues par le cinéma Allemand, pointés du doigt après la guerre. De fait, on peut dire sans aucun problème que le film est sans doute le point culminant du cinéma allemand des années 20, en même temps que le plus impressionnant des signes extérieurs de richesse: Lang a demandé beaucoup à la UFA, et le studio lui a tout donné; le résultat est là, mais le film a quand même longtemps traîné une réputation sulfureuse, totalement injustifiée..
Dans un moyen-age légendaire, Siegfried (Paul Richter), fils du roi Siegmund, acquiert par la ruse et par sa propre assurance un statut de héros invincible: il a forgé la plus belle des épées, a déjoué le piège du nain Alberich (Georg John) et s'est emparé de l'impressionnant trésor des Nibelungen. Il a aussi triomphé d'un dragon, et s'est baigné dans son sang, devenant de fait invulnérable, sauf pour une petite partie de son dos, là où une feuille de frêne s'était posée durant son bain magique. Devenu très puissant, il ambitionne de devenir le mari de la belle Kriemhild (Margarete Schon), princesse Burgonde et soeur du roi Gunther (Theodor Loos). Celui-ci, conseillé par son vassal Hagen Tronje (Hans Adalbert Schlettow), pose une condition: afin de se rendre digne de la main de Kriemhild, Siegfried devra aider Gunther à conquérir la main de la reine Brunhild (Hanna Ralph), une redoutable amazone Islandaise. Usant de stratagèmes et de magie, Siegfried aide Gunther à parvenir à ses fins, mais la belle Brunhild apprend vite de la bouche de Kriemhild la vérité. Elle lance alors à son mari et son clan un défi: elle souhaite qu'on tue Siegfried. la suite des événements sera inévitablement faite de tricheries, combats, serments, coups-bas, loyauté mal placée, mort et trahison...
La récupération par les nazis de ce film aura lieu de multiples façons, avant, pendant et après la montée au pouvoir d'Hitler: Celui-ci, ainsi que Goebbels, verront le film, en garderont un souvenir fort, et le réutiliseront d'abord sous la forme d'une ressortie au début du régime, accompagnée par une bande-son narrative qui va dans le sens de leur propagande. Les organisateurs des meetings des années 30, notamment le fameux rassemblement de Nuremberg, étudieront également la plastique très ordonnée de la première partie du film, s'inspirant des cérémoniaux des Burgondes, et en particulier de la belle ordonnance du chateau de Worms telle qu'elle est aperçue pour la première fois dans le film, via un narrateur qui conte à Siegfried exactement ce qu'il veut entendre... Mais le film n'est pas un film nazi, pas plus, si on veut, que le Faust de Murnau n'est un opéra: Wagner et Lang se sont abreuvés aux mêmes surces, celles de légendes Germaniques du XIIIe siècle, tout comme Gounod et Murnau ont conté la même histoire dans deux oeuvres différentes. Et du reste, si durant le règne des nazis Goebbels ne manquera pas une occasion de dire le bien qu'il pense du film, et si cette fameuse offre embarrassante de diriger le cinéma du régime a bien été faite à Lang en raison de sa participation à ce film, il suffit de le regarder pour voir que le caractère germanique tant vanté par les nazis était plutôt mis à mal par le film, une nouvelle variation sur l'idée de destin fatal tel que Lang le concevait; de plus, Siegfried, le fameux héros de la première partie de la saga, arrivait à sa puissance par la magie, par la ruse, mais aussi par la tromperie, l'intimidation, et une certaine dose de vantardise: Fairbanks ne s'y est pas trompé, lui qui a un peu 'emprunté' l'apparition du héros à la cour de Worms pour son Voleur de Bagdad: Siegfried sait se vendre, et utilise tous les moyens possibles et imaginables pour arriver à ses fins, à comencer par la magie qui est toujours synonyme chez lui de tricherie, dissimulation, et mensonge. Ajoutons à cela que si Siegfried est tant attiré par Worms, c'est parce qu'il a entendu les légendes sur la nomblesse des Burgondes: la première vision de la cour de Worms et ainsi tirée d'une narration interne, du récit qui en est fait à Siegfrid, de même que celui-ci devient connu à Worms, en particulier par la jeune Kriemhild, à partir du récit enjolivé qu'en fait le chevalier et barde Volker. Kriemhild confirmera dans un premier temps sa naïveté, en confiant un rêve prémonitoire (Réalisé en sable animé par Lotte Reiniger) qu'il est facile de lire, dans lequel deux oiseaux menaçants chassent une colombe. Les deux oiseaux renvoient bien sur à Hagen Tronje, vassal de Gunther mais véritable pouvoir derrière le régime, un homme qui ne reculera devant rien pour assoir sa domination. Et de fait, les comportements jusqu'au boutistes, reposant sur des codes d'honneur truqués, des trahisons, des égoïsmes radicaux, ne pourront au terme d'une sanglante deuxième partie, mener qu'au chaos, et à la mort de tous les protagonistes, ou presque: c'est le destin, encore et toujours... Mais ce qui frappe aussi, c'est que ce film fait suite avec un passé mythique, à une oeuvre qui se situait dans le présent imaginaire mais ô combien réel, de l'Allemagne en crise. Plus encore, Die Nibelungen sera suivi d'un film (Metropolis) qui explorera de nouveau un mythe, celui du futur, et un futur miné par une certaine vision de la fatalité. Alors une bonne fois pour toutes, qu'on arrête d'assimiler ce film à l'idéologie Nazie. Lang s'est totalement approprié le film, et il a imprimé sa marque si personnelle, on l'a vu, à ces histoires antédiluviennes...
Le film est donc une longue oeuvre avoisinant les cinq heures, divisée en deux parties sorties séparément, comme Dr Mabuse der spieler en 1922. Et une fois de plus, les deux parties possèdent leur structure interne en même temps que de nombreux échos de l'une vers l'autre. Chacune est divisée en sept chants, plutôt que des "actes" (le terme consacré pour les films Allemands de l'époque)... Les moyens énormes dont Lang a disposé lui ont permis la confection d'un somptueux ensemble d'images toutes plus belles les unes que les autres; il a su faire une synthèse entre l'héritage de l'expérience de l'expressionnisme cinématographique, et d'une esthétique plus traditionnelle héritée du romantisme. Les aspects techniques du film ont inspiré jusqu'au cinéma américain (Thief of Bagdad), et sont encore admirables aujourd'hui; le jeu des acteurs est habité, sincère et sans ambiguité, vaguement inspiré de la tradition japonaise du théâtre Kabuki.Le film a donc eu du succès, mais pas autant qu'on aurait pu l'espérer. les deux parties étant sorties séparément, Siegfrieds Tod (la mort de Siegfried) s'en est beaucoup mieux tiré que la suite Kriemhilds Rache (la vengeance de Kriemhild); du coup, à l'étranger, de nombreux distributeurs ont choisi de ne sortir que la première partie. Remonté, coupé, réarrangé, le film a vécu les mêmes types de transformation que Metropolis ou d'autres films spectaculaires de l'époque. C'est donc un miracle qu'il nous soit parvenu en des copies complètes, comme en témoigne la nouvelle restauration des magiciens de l'institut Murnau, et le BluRay Masters of Cinema, qui est une merveille de plus...
Qui est Fritz Lang en 1922? On a tellement en tête l'image vaguement caricaturale d'un réalisateur tout-puissant, véritable autocrate respecté voire craint, qu'il convient de rappeler qu'il a lui aussi du débuter un jour ou l'autre. Or les films de ses débuts, ces quinze dernières années, ont été redécouverts (Sauf les deux premiers de 1919, Halblut et Der Herr der Liebling, deux films d'aventures sur lesquels on ne sait pas grand chose), et on constate que le metteur en scène au monocle a lui aussi fait ses classes comme tant d'autres. Il a donc réalisé un serial délirant, dont seuls deux épisodes se sont concrétisés en 1919, Die Spinnen. Il a ensuite sorti trois drames ou mélodrames entre 1919 et 1920 (Harakiri, Das wandernde Bild, puis Vier um die Frau), d'un intérêt très relatif, avant de sérieusement attirer l'attention sur lui en 1921 par un sixième film, l'ambitieux Der müde Tod. Ce dernier se situe plus ou moins dans la lignée des films dits "expressionnistes", alors à la mode. Un adjectif qui est souvent utilisé pour qualifier tout le cinéma Allemand muet, ce qui est une grosse bêtise; Dr Mabuse, der Spieler ne fait d'ailleurs pas exception à cette règle, alors que le film n'est en aucun cas expressionniste...
En tout cas, ce film ambitieux, réalisé par Lang d'après un scénario de sa désormais collaboratrice et épouse (Pour quelques années du moins, car à l'heure du grand choix des années 30, ils prendront tous deux des décisions radicalement différentes) Thea Von Harbou, mais c'est surtout une adaptation du roman Dr Mabuse, écrit par Norbert Jacques et paru en feuilleton dans la presse en 1921. Lang profite de cette extravagante saga d'aventures pour créer, selon ses propres termes une "image de l'époque": la première partie du film s'appelle en effet ainsi: "Ein Bild der Zeit"... Une époque, comme chacun sait, faite en Allemagne d'inflation, de troubles, d'incertitudes politiques, qui auront des répercussions bien plus tard...
Le film commence sur la vision d'un homme concentré à son bureau, devant une foule de perruques, et regardant diverses photos de ses déguisements. C'est le Dr Mabuse, interprété par Rudolf Klein-Rogge. il est secondé par un homme troublé, le valet Spoerri, dont on apprend de suite qu'il est cocaïnomane. Mabuse le menace de le virer, l'autre répond qu'en ce cas il se suiciderait. Le décor est planté, les personnages aussi: hors du commun, entiers, mais aussi pétris de défauts qui auront, probablement, leur peau au final... Ensuite, Lang nous montre la façon d'opérer de Mabuse, sans plus attendre, tout le premier acte étant consacré à une escroquerie gigantesque, menée de main de maître par Mabuse et son réseau d'hommes de main: pendant que leur patron se rend sous le déguisement d'un banquier à la bourse, les bandits subtilisent un traité commercial dont tout l'économie d'un pays dépend. Muni de précieuses informations (Etant responsable du vol, Mabuse sait quand la nouvelle de la perte du document, mais aussi sa redécouverte seront rendues publiques), il réalise un coup fumant en bourse. Au terme de cette impressionnante séquence, Mabuse aura changé trois fois de visage, aucun homme ne meurt, mais on sent que les dés sont pipés. Si un homme est capable de monter un tel coup, que font les autorités?
...Pour répondre à cette question, il faudra du temps. La première fois qu'on verra la loi, ce sera au bout de 48 minutes, lors d'une intervention du procureur Von Wenk (Bernhard Goetzke). Il est en habit, car on verra très vite que c'est un oiseau de nuit qui ne déteste pas s'encanailler. Idéal pour contrer Mabuse, lui aussi aime à se déguiser, mais on le verra bien vite, il aura le plus souvent un temps de retard. Sur Mabuse, bien sûr, mais aussi et surtout sur le public. car Lang a décidé de nous donner, sans jamais laisser s'installer le doute, tous les détails des crimes perpétrés par Mabuse. Il ne nous invite pas nommément à le suivre, mais on n'en est pas loin, et Rudolf Klein-Rogge l'a joué comme si le docteur était le héros. cette ambiguïté est d'ailleurs soutenue par les propres commentaires de Lang à propos de son film, lui qui disait qu'aux Etats-Unis, une telle oeuvre était impossible, car "les Américains n'aiment pas les surhommes"... Une affirmation intéressante, à l'heure où triomphent les films de super-héros, mais qui nous révèle au moins qu'à travers le personnage du maléfique Dr Mabuse, le "portrait de l'époque" que souhaitaient faire Lang et Harbou est sans doute l'image d'un temps durant lequel tout devient possible. On a souvent dit à quel point le film était prophétique, et de fait, sans jamais nommer de façon politique le "surhomme" à l'oeuvre, Mabuse est en effet au-dessus du lot: psychanalyste, passionné par l'occulte, joueur et très calculateur, il maîtrise l'hypnose, qui lui sert à plier les réfractaires à sa volonté (Seul Wenk réussira à y échapper un temps), et réussit à tout planifier, se rendant tel un héros de Feuillade maître de tous les éléments du jeu. sa chute, contenue dans la deuxième partie (Menschen der Zeit) sera due à une femme: lui qui affirmait qu'il n'y a pas d'amour, mais que du désir, a fini par s'enticher de la comtesse Dusy Told (Gertrude Welcker), la seule femme qui lui ait résisté...
En attendant, le 'portrait d'une époque' auquel se réfère le titre, est fait d'une vision fascinante, assez réaliste bien que tournée pour l'essentiel en studio, d'une Allemagne qui essaie de résister à la révolution, dans laquelle la crise a laissé beaucoup de gens sur le carreau, ceux-ci étant fédérés ou manipulés par Mabuse selon les épisodes. Une Allemagne construite sur du fragile, dans laquelle les différences entre les riches et les pauvres sont telles que certains parmi les appuis de Mabuse pourraient sans trop forcer le trait être comparés à des révolutionnaires, sans parler de leur fanatisme: la danseuse Cara Corazza (Aud Egede-Nissen) est acquise à celui qu'elle aime pard-dessus-tout, jusqu'à obéir à un ordre de suicide, qui ne lui est donné que par un tiers... Georg (Hans Adalbert Von Schlettow) est lui aussi un jusqu'au-boutiste. Exécuteur des basses-oeuvres, c'est d'ailleurs lui qui signifiera à Cara Carozza que le temps du suicide est venu. Mais si Mabuse est un homme froid, qui a du mal à gérer la situation une fois que sa fascination pour une femme e trouble, il est aussi presque une sorte de Robin des Bois: ses victimes, objectivement dans le film, sont les puissants à travers le coup boursier, ou encore le jeune et richissime Edgar Hull (Paul Richter). A la fin du film, les bandits sont retranchés chez lui et assiégés par la police, des images de révolution qui font écho aux troubles menés par les Communistes en 1919-1920, et qui ajoutent encore à l'ambiguïté du film... Mais on n'a jamais dans le film le véritable point de vue des petits, à part peut-être dans une scène qui montre combien il est aisé pour Mabuse de se faire passer pour l'un d'eux, et de provoquer un mouvement de foule propice à l'assassinat. Voilà qui tempère sérieusement l'image d'un redresseur de torts...
Du reste, il convient de rappeler que Lang a chargé le portrait du Dr Mabuse, un homme qui fascinait Norbert Jacques, qui l'avait créé comme un Fantomas moderne, désireux notamment d'utiliser les objets contemporains les plus riches en rêverie, avions et dirigeables; Lang et Harbou ont fait redescendre le malfrat sur terre, lui donnant une assise plus facilement réaliste... Et on peut enfoncer le clou en rappelant que l'opposant principal à Mabuse, Wenk, est lui aussi un homme intelligent, prompt à se déguiser, et désireux de se mesurer à son ennemi sur les mêmes terrains, de jeu comme dans la lutte psychologique. Et d'ailleurs, ne tombent-ils pas tous deux amoureux de la même femme? Celle-ci finira par se refuser aux deux... En tout cas le procureur Wenk, personnage ambigu lui aussi, est fascinant. On sent bien qu'il est un cran au-dessous de sa Nemesis, mais on lui saura gré d'essayer de faire son boulot de fonctionnaire avec une certaine inventivité...
Mais ne voyons pas non plus trop de prédiction ou de sixième sens dans Dr Mabuse: comme tous les films de Lang en cette période, il ne faut peut-être pas oublier la façon dont l'auteur structurait en deux parties ses films; si il a permis à Klein-Rogge de composer un personnage de surhomme dans la première partie du film, il va aussi en montrer les limites, notamment son manque total d'humanité, et en faire lui aussi, au final, une sorte de Fantomas, un personnage de pure fiction, de rêve donc. Et le film, durant toutes ses quatre heures et trente minutes, de faire écho à cette impression: Lang était, probablement, le principal suiveur de Louis Feuillade, et c'est visible dès la première bobine de ce film. Et puis on est chez Lang, donc les signes sont partout, magnifiquement mis en scène, avec une maestria que Lang n'avait jamais démontrée auparavant. Il assume avec tranquillité une architecture impressionnante, surtout quand on pense à la durée du film; les acteurs sont dirigés de main de maître, le rythme ne faillit jamais, et le metteur en scène se paie même la fiole de l'expressionnisme dans une scène révélatrice entre Mabuse et le comte Told (Alfred Abel), l'une de ses prochaines victimes. Chaque acte commence avec un nouveau décor, et il nous mène en bateau dans une abondance de lieux différents sans jamais perdre le spectateur... Lang est devenu le grand metteur en scène qu'il est désormais dans l'inconscient collectif avec ce film, justement. Et les années 20 allaient finir de le consacrer, au-delà du succès parfois peu probant de certains de ses films (Metropolis en tête, chacun sait que le film a coûté plus qu'il n'a rapporté à la UFA), comme le chef de file de l'écran Allemand.
Un concert a lieu à l'Hollywood Bowl, prestigieuse salle en plein air à Los Angeles. Le chef d'orchestre arrive, c'est Tom (et il n'est d'ailleurs pas tout à fait seul, dans la mesure où tous les musiciens lui ressemblent érangement), et il se lance... Bientôt rejoint par Jerry, qui lui aussi consuit l'orchestre: une lutte endiablée s'engage.
C'est encore un film qui doit beaucoup à Fantasia, à n'en pas douter, et qui nous rappelle la concurrence entre la Warner et la MGM à travers Cat's concerto (pour Tom et Jerry) et Rhapsody rabbit (avec Bugs Bunny, et réalisé par Friz Freleng), qui étaient sortis la même année, et possédaient suffisamment de similitudes pour que que les deux studios puissent accuser l'autre de plagiat! Mais pas de risque ici, tout ce qui fait le sel de ce film est entièrement lié l'univers de Tom et Jerry, strictement...
C'est une construction formidable qui part d'une interprétation par Scott Bradley de pièces de Johann Strauss (Das Fledermaus), et de Liszt (Les Préludes); l'idée de l'arrivée d'un deuxième chef d'orchestre, pour conduire conjointement, voire prendre la place du premier, est en soi parfaitement absurde, mais ça passe tout seul, d'autant que force reste fermement au gag...
C'est le quatre juillet, et les deux souris Nibbles et Jerry se réveillent. Nibbles est très excité, il va pouvoir expérimenter avec des pétards et autres feux de bengales, mais Jerry tente de le tempérer... Quand Tom s'en mêle, c'est l'escalade.
Quand Nibbles est de la partie, Jerry devient immanquablement l'adulte, par opposition à ces dessins animés dans lesquels il est clairement le trouble-fête... Mais ii, tout tourne autour de l'obsession du souriceau pour les pétards, et bien sûr le fait que quoi qu'il arrive, quoi que Jerry fasse pour contrer ses plans et son enthousiasme, il y aura forcément des pétards, petits et gros, qui exploseront, et ils le feront systématiquement au visage des deux héros...
...Surtout Tom. Nibbles joue surtout ici le rôle de déclencheur, celui par lequel les problèmes arriveront, et si Jerry aura droit à quelques explosions rigolotes, c'est surtout Tom qui va payer. ...Cher.
On annonce qu'un lion féroce s'est évadé du zoo, Tom prend panique et se prépare à toute éventualité, pendant que Jerry, seul dans la cave, aperçoit tout à coup une paire d'yeux menaçante...
Sauf que la menace s'arrête là, le lion étant plus encombrant, maladroit (et gourmand) que véritablement dangereux. C'est d'ailleurs assez exceptionnel, tant les animaux extérieurs qui viennent perturber l'équilibre étrange de Tom et Jerry sont le plus souvent des chiens à front bas, ou des chats fourbes. Ici l'antagoniste est clairement Tom qui se fixe pour mission de comprendre ce qui se passe autour de lui: il sent bien qu'il y a un intrus mais le lion jouant à cache-cache avec lui, il ne le verra pas...
Un film foncièrement sympathique, donc, mais quand même un peu gnan-gnan, comme si souvent quand Jerry aide un animal à s'émanciper....
Tom et Jerry vivent au texas, d'où le titre! Il me semble d'ailleurs (un er marqué d'un T et d'un J en témoigne) qu'ils sont tous deux co-propriétaires d'un ranch! Mais ce ne doit pas être une collaboration de tout repos puisqu'au début de ce film leur occupation principale semble être de se poursuivre et d'appliquer l'un sur l'autre les pires exactions de violence... C'est alors qu'une charmante représentante de la gente féminine (d'un genre plutôt félin) arrive pour troubler encore plus la paix..
On avait déjà vu Tom en nigaud amoureux se livrer aux actions les plus ridicules pour se faire remarquer. Ici il passe du temps à chanter (en play-back avec un disque) une chanson très couleur locale, qui sera sabotée par Jerry qui s'amuse à trafiquer la vitesse du phohographe... Le reste du film, sans surprise, est consacré à la vengeance musclée de Tom. La jeune chatte, de son côté, finit par devenir quantité négligeable...
A noter: la façon dont les auteurs renvoient constamment aux clichés du Texas passe par Tom bien sûr, en cow-boy folklorique et sûr de lui, mais aussi par Jerry, qui au début du film se heurte à un éperon, puis à un cactus... Et bien sûr les bovins sont très représentés, le plus présent étant un taureau...
Avec son accent sur le merveilleux et le gothique, les possibilités de création d'un monde graphiquement innovateur et la participation d'une armée de décorateurs, dont certains ont travaillé sur Caligari, il est évident que ce film était considéré au départ par la Decla Bioscop d'Erich Pommer, déjà productrice du film novateur de Robert Wiene deux ans auparavant, comme la continuation de l'exploration de l'expressionnisme au cinéma. Mais c'est aussi et surtout, heureusement, le premier grand film de Fritz Lang, et sa première collaboration d'importance avec Thea Von harbou (Déjà sa collaboratrice sur Das Wandernde Bild, le scénario de Das Indische Grabmal pour Joe May et Kämpfende Herzen également connu sous le nom de Vier um die Frau).
Les trois lumières comme on l'appelait en France, ou Destiny selon son titre anglophone, est un film charnière de Lang, sa première réussite, et un film ambitieux qui dépasse contrairement aux oeuvres qui l'ont précédé le stade de l'anecdote mélodramatique ou du trop plein d'un serial... Et avec lui, on entre dans le territoire de Fritz Lang en s'installant dans la thématique de la mort (Der Müde Tod, c'est "la mort lasse", ce personnage de faucheur de vie fatigué de répandre la tristesse) et de la fatalité (Le titre Anglais, de son coté, est tout aussi explicite...). Le film ressemble un peu à Intolerance en multipliant les histoires, et beaucoup aux Pages arrachées du livre de Satan de Dreyer, dont il reprend la dynamique inhabituelle: à "la mort lasse" de Lang et Von harbou, le film de Dreyer oppose un Satan qui ne veut plus continuer à faire le travail de tentation imposé par Dieu...
L'argument principal tourne autour de la venue dans un village Allemand d'un couple insouciant (Lil Dagover et Walter Janssen), en même temps qu'un mystérieux étranger (Bernhard Goetzke). Celui-ci s'est porté acquéreur d'un terrain situé juste à coté du cimetière, et y fait ériger un mur impénétrable... Les amoureux ne se rendent pas compte de la menace, et un jour le jeune homme disparaît. Lorsqu'elle le recherche, la jeune femme découvre qu'il a été emporté par l'homme étrange; elle comprend qu'il est la mort et le gardien de l'au-delà, et elle absorbe du poison afin de tenter de négocier son retour parmi les vivants. Sans accéder directement à la proposition de la jeune femme, la Mort accepte au moins de lui donner une chance, en lui permettant d'intervenir sur trois morts situées à trois époques et trois endroits différents. Si elle sauve l'un des trois hommes, elle pourra gagner la vie sauve de son amant...
Trois époques, bien sûr, vont permettre à trois décorateurs et trois chef-opérateurs différents de composer un style qui accompagnera également un genre narratif spécifique. La première histoire, située en Orient, renvoie un peu aux "Araignées" (Die Spinnen), le fameux serial incomplet réalisé par Lang en 1919; on sait à quel point le metteur en scène a toujours été attentif aux codes narratifs de ce genre de film d'aventures. La deuxième est située dans la Venise de la Renaissance, et enfin le dernier conte se déroule dans une Chine de carton-pâte... Chaque histoire fait intervenir Lil Dagover et Walter Janssen, qui incarnent l'image même de l'amour, et Goetzke y est généralement l'exécuteur des basses oeuvres... Mais le film revient à la fin à l'histoire initiale, et la développe de façon intéressante, ne se contentant pas d'apporter une conclusion hâtive...
Quoi qu'il en soit, avant les oeuvres monumentales de Lang, ce film reste du domaine du divertissement formel, mais dans lequel le metteur en scène se garde bien de révolutionner quoi que ce soit; au contraire, il met les grand talent de ses décorateurs, la science de l'image de ses opérateurs et son sens particulier du timing au service d'une histoire fédératrice, qui montre de façon fort Germanique la présence de la mort et l'empreinte du destin, mais le fait à travers des motifs inoubliables... Le plus fort étant sans doute cette merveilleuse image de Goetzke seul devant son immense mur, qu'on croirait pouvoir toucher... On n'est pas prêt d'oublier non plus la grande salle de la mort, avec toutes les vies représentées par des cierges en train de se consumer.