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1 janvier 2026 4 01 /01 /janvier /2026 12:06

Si beaucoup de films de Laurel et Hardy renvoient au monde de l'enfance, il n'est pas rare que derrière le cocasse de voir ces grands enfants-adultes se comporter de façon si ouvertement puérile, se cache une violence sournoise, sous-jacente, et volontiers perverse. Ce n'est pas le cas de ce film.

Non qu'il ne soit pas violent, au contraire: c'est juste qu'il n'y a rien de souterrain: la violence s'y étale, glorieuse, jouissive, immorale et méthodique, dans le raffinement du style mené de main de maître par celui qui est désormais le véritable maître d'oeuvre de ces courts métrages: Stan Laurel. Sa technique consiste en un ralentissement de l'action, jusqu'à ce que sa clarté devienne absolue, et surtout en un refroidissement de la réaction des personnages. Ce qui occasionne des coups de sang qui se traduisent par un calme effrayant des personnages, y compris lorsqu'ils assaillent énergiquement, mais méthodiquement et à coups de hache, un piano (Le deuxième de l'oeuvre à subir ainsi les derniers outrages... mais pas le dernier, et on pourrait étendre cette réflexion à bien des instruments de musique), une Ford T, un sapin, voire une maison.

Donc, voici un immense chef d’œuvre, dans lequel deux vendeurs de sapins de Noël (Laurel et Hardy, bien sûr) essaient de placer leur marchandise, et tombent en la personne de James Finlayson, sur un client particulièrement récalcitrant : lorsque ils essaient une fois de trop de placer leur boniment, il réagit en coupant trois branches de sapin. Stan se venge en s’en prenant à la boiserie de la maison, Finlayson renchérit en s’attaquant à la voiture,… La suite est une sublime escalade de destruction froide à laquelle va également participer un policier joué par Tiny Sandford, et donc moins résigné que ne le serait Edgar Kennedy.

Le film est situé (et a été tourné) en plein mois de décembre, comme en attestent les manteaux portés par Laurel et Hardy, seule concession probablement à leurs fans internationaux qui ont sans doute besoin d'une petite touche hivernale dans un film tourné en Californie, où les hivers ne sont pas particulièrement rudes... On assiste avec bonheur au retour de l'acteur génial James Finlayson, qui revient la moustache haute mais l'oeil maussade au studio qui ne lui a pas permis d'avoir sa propre série de films. On peut le regretter, mais Finlayson sera parfois encore un grand, très grand partenaire de Laurel et Hardy dans les années qui viennent, et la confrontation contenue dans ce film est un des sommets de tous les courts métrages de la série. Et je ne vois pas comment qui que ce soit parmi les protagonistes a pu s'ennuyer dans ce festival de destruction paroxystique... et très efficace.

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Hal Roach Muet
1 janvier 2026 4 01 /01 /janvier /2026 12:01

Comme ça faisait longtemps, ce film opère un retour à l’intrigue conjugale hâtive: Mr Hardy se fâche avec Mrs Hardy (Vivien Oakland), puisque il ne veut pas dire à son meilleur ami (Laurel, bien sûr), venu bavarder cinq minutes un jour, et finalement installé à domicile depuis plusieurs années, de déguerpir. Surgit un vieil oncle (William Courtright), qui va déshériter Hardy si ce dernier n’est pas en mesure de présenter son épouse, qu'il n'a bien entendu jamais rencontrée. Une seule solution: Stan doit sauver la mise de son copain, en posant pour son épouse…

On retrouve presque la fameuse, mythique Agnes de Duck Soup, ce qui confirme que Laurel a un penchant pour le travesti. Il en profite pour installer un gag récurrent, dans ses déboires avec les sous-vêtements féminins qui ont une fâcheuse tendance à tomber, se détacher, etc..., entraînant une série de tentatives de Hardy pour l’aider, tentatives qui une fois surprises par un tiers, sont systématiquement équivoques… Ce qui renvoie bien sûr à Liberty de McCarey.

On voit aussi comment les gags de confrontation sont gérés avec de plus en plus de lenteur: je soupçonne que Laurel est à l'origine de la façon dont un homme (Jimmy Aubrey) qui s'est vu couvrir de soupe par Hardy, va attendre plus de cinq minutes avant de répliquer. On évite ainsi la frénésie de Batte of the century...

Pourtant ce petit film, malgré ses qualités, peine à rivaliser avec les grands courts métrages de Laurel et Hardy. Il sent un peu la routine, ou en tout cas la redite...

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Muet
31 décembre 2025 3 31 /12 /décembre /2025 22:44

Poursuivant son exploration permanente des héros anciens (Bird) et modernes (Invictus), prolongée il y a deux ans avec American Sniper, Eastwood a hérité du projet d'adaptation du livre autobiographique de Chesley Sullenberger, un pilote qui a défrayé la chronique en janvier 2009, en "posant" son A320 avec 155 personnes à bord dans l'Hudson river, ce qui n'avait jamais été fait auparavant, et ce sans une seule victime. L'acte était héroïque, mais le film s'intéresse plus au contexte du battage qui a suivi: en effet, la compagnie d'assurance a lourdement reproché à "Sully" d'avoir perdu l'avion, en risquant inutilement la vie de ses passagers; le film adopte ainsi une narration en flash-back assez typique des films d'Eastwood: Bird était structuré de la même façon.

Pour commencer, on est dans le cockpit, et en deux minutes, on nous montre ce qui serait probablement arrivé si le capitaine Sullenberger avait obéi aux suggestions de la tour de contrôle... C'est un rêve du capitaine, effectué le lendemain du drame, et on sent bien qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Avec son copilote Jeff (Aaron Eckhart), Sully (Tom Hanks) répète à ceux qui l'interrogent qu'il n'a fait que son devoir suivi que son instinct, mais il sent bien que les reproches vont pleuvoir. Célébré dans toute l'Amérique comme un héros, il doit subir l'infamie du blâme, et sent même venir la retraite sans pension... Le film explore tous les aspects de cette remise en question, personnelle et publique, d'un homme qui avait cru rester comme on dit "droit dans ses bottes".

Tout est une question de point de vue; d'une part, on a bien sur le sentiment de Sully, sa façon de voir les choses car nous le quittons assez rarement. On pourra ainsi faire la fine bouche devant le traitement des experts de l'assurance, qui conduisent l'investigation et qui sont vraiment les croquemitaines dans le film, mais on peut aussi remarquer qu'ils ne sont après tout, montrés que selon le point de vue de Sully lui même. Et que le traitement qu'ils lui font subir justifie pleinement cette interprétation des personnages! Par ailleurs, le film explore occasionnellement d'autres ressentis, notamment celui d'un membre des équipes de l'aéroport La Guardia, qui a perdu le contact avec Sully lors de l'incident, et est persuadé qu'il est lui-même responsable de la mort de 155 personnes, alors qu'il s'est borné à donner une suggestion à Sully, non suivie d'effets. Ca s'appelle la responsabilité, c'est un des corollaires du professionnalisme, et là on est quasiment en territoire Hawksien: le film devient en effet la lutte des pros contre ceux qui ne savent pas, ne font pas.

C'est prenant, bien sûr, la structure choisie, et l'acteur choisi, fonctionnent ensemble à merveille. Comme d'habitude, le film ruisselle de cet humanisme inébranlable, quasiment naïf, qui fait la marque des oeuvres de Clint Eastwood, et comme d'habitude, on en sort un peu conforté, par un film qui certes assène des idées, parfois si simples qu'elles sont aisément critiquables, mais sans jamais se départir d'une certaine forme de respect, aussi bien pour les personnages (TOUS, y compris les "juges" de Sully), que pour les spectateurs. Et Tom Hanks et Aaron Eckhart, bien sur, sont fidèles à eux-mêmes, c'est-à-dire impeccables.

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
30 décembre 2025 2 30 /12 /décembre /2025 21:39

Ce film sorti en février 1929 est, dans l'ensemble, un “petit” McCarey, malgré la présence succincte mais toujours significative de la grande Josephine Crowell, et un premier piano qui va souffrir à cause de Laurel et Hardy: il doit supporter un cheval... L’intrigue concerne une confusion entre le tableau Blue Boy de Gainsborough, et le cheval du même nom dont s’occupent Laurel et Hardy: les deux hommes, qui sont garçons d'étable, viennent d'apprendre qu'on a volé le tableau de Gainsborough, mais pour eux le nom "Blue boy", n'évoque pas autre chose que le cheval dont ils ont la charge. Afin de toucher la récompense, ils ramènent donc l'animal chez celui qu'ils croient être son propriétaire (Dell Henderson). Il s'ensuit une série de confusions, car bien sûr tant qu'il n'a pas vu la méprise le propriétaire ne peut se rendre compte de l'énormité de la situation. Et donc, il leur demande... Please, put it on the piano.

Comme pour d'autres films, on a retrouvé une copie dotée de sa bande-son originale, qui montre bien comment la sonorisation des dernières comédies muettes (Sur disque Vitaphone) suivait un standard assez bien établi: chansons populaires mêlées les unes aux autres dans l'accompagnement orchestral, et bruitage ad hoc, suivant avec rigueur l'intrigue et les gags, en essayant de ne jamais prendre toute la place.

On a un assez bon exemple de ce genre de procédé, avec ici un son que je considère comme un accessoire comique à part entière, mais qui est utilisé en prolongement d'un gag récurrent: Laurel et Hardy, peu habitués aux manières de la bourgeoisie, essaient de comprendre les ordres étonnants (De leur point de vue) donnés par le supposé propriétaire du cheval. La seule solution pour accepter la situation est de se dire qu'il est fou, d'où un geste de la main qui sera systématiquement accompagné d'un bruit de coucou. Et bien sûr c'est essentiellement Laurel qui va le faire, en toute logique.

Une fois de plus, Wrong again repose sur la dynamique du mélange, celui entre deux mondes, deux univers, qui ne peuvent ni se comprendre, ni se côtoyer sans heurts. Celui de la bourgeoisie Californienne et de Laurel et Hardy. A ce titre, le film n'apporte rien de nouveau, à part bien sur un cheval sur un piano, et quelques scènes avec un arrière-fond coquin, lorsque Hardy fait tomber une statue d'un nu féminin, et va prendre des précautions inattendues pour reconstituer l'objet qui s'est cassé en tombant.

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Muet Leo McCarey
30 décembre 2025 2 30 /12 /décembre /2025 21:25

La liberté, valeur essentielle des Etats-Unis d’Amérique : voilà quelle idée maîtresse inaugure ce film: on nous rappelle le plus sérieusement du monde les grandes dates de la conquête de la liberté par les Américains, de la courageuse installation des armées de Washington à Valley Forge, à l’arrivée de Pershing en Europe, en passant par Lincoln, et en finissant par … Laurel et Hardy, bagnards évadés, poursuivis par la police, et se réfugiant dans la voiture de complices, qui leurs donnent des vêtements à enfiler sur la banquette arrière avant de les déposer en ville: là, les deux héros constatent qu’ils se sont trompés de pantalons : ils faut donc les échanger, et afin de pouvoir le faire, les enlever en pleine ville…

La complicité fusionnelle des deux comédiens monte ici d’un cran. On est en droit de remarquer l’arrière-plan équivoque (le fait symbolique, d’abord, de voir ces deux hommes se précipiter fébrilement pour se déshabiller dans toutes les cachettes possibles, ou encore la pensée qui doit venir à l’esprit de tous les témoins de l’action) mais une fois de plus, on peut aussi bien se contenter de ce que Stan Laurel et Oliver Hardy ont souhaité une fois de plus incarner: deux gosses, inadaptés à leur environnement, et qui ne parviendront qu’au prix d’efforts surhumains à leurs fins, avant de passer à une autre situation embarrassante.

La deuxième bobine les voit régler leur problème, en empruntant un ascenseur qui mène en haut d’un immeuble en construction, ce qui leur permet de défier la pesanteur à la façon d’Harold Lloyd pour le reste du film. A noter, alors que les films de Laurel et Hardy jouent souvent sur une légère distorsion de la réalité, un final surréaliste, ce qui n’est arrivé réellement que dans Two tars: dans les deux cas, les deux comédiens apportent à la notion de distorsion une illustration au premier degré que je vous laisse découvrir. Le film, le deuxième de McCarey pour le duo, est sorti en janvier 1929 agrémenté d'une bande-son originale, sir disques Vitaphone comme c'était d'usage pour les muets tardifs de l'équipe. C'est un des très grands films de Laurel et hardy, assurément...

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Leo McCarey Muet
29 décembre 2025 1 29 /12 /décembre /2025 23:08

Pour commencer, le film de Renoir est une impressionnante galerie de personnages... Pépel, le voleur fataliste (Jean Gabin), le Baron (Louis Jouvet) qui a tout perdu et a décidé, tant qu'à faire, de tester la solidarité avec les gens les moins fortunés, l'Acteur (Robert Le Vigan), qui fait tout ce qu'il peut pour ne pas céder au désespoir, Vassilissa (Suzy Prim), la femme de Kostylev, le propriétaire (Vladimir Sokoloff) de l'abri de nuit... Et puis Natacha (Junie Astor), la soeur de Vassilissa, qui est amoureuse de Pépel mais se refuse à céder à cet amour parce qu'il est un voleur et qu'elle a des principes...

Pépel a un arrangement avec Kostylev et sa femme: il se sert d'eux comme receleurs... En échange, il va et il vient dans leur abri. Accessoirement, il couche avec Vassilissa... Il fait une rencontre: en voulant opérer un cambriolage chez un Baron qui est dans les ennuis, il a la surprise de voir ce dernier, non seulement sympathiser, mais plus encore: lui offrir de prendre ce qu'il veut. Après tout, il a tout perdu... Le Baron ne tardera pas à s'installer dans l'abri avec Pepel et les autres...

Le film, adapté de Gorky, joue à fond la carte symbolique... L'abri devient un espace métaphorique, sorte de version raccourcie de la société, dans laquelle Kostylev et Vassilissa représentent la corruption de ceux qui, sans être des nantis, jouent la carte de la possession. Tous les autres n'ont rien... Kostylev, pour que la police ferme les yeux sur ses petits trafics, met sa belle soeur Natacha dans les mains du commissaire (Gabriello)... Le film rejoint un peu Le Crime de M. Lange quand Pepel s'en prend, avec l'approbation de tous et toutes, à Kostylev...

Ce film, our lequel Renoir a toujours prétendu avoir demandé l'aval de Gorky, est passé par bien des circonvolutions: Gabin disait que les premières versions du scénario avaient transposé l'ensemble de l'intrigue en France, mais au final, on y paie en Roubles... Amusant de constater que ce qui est à bien des égards un manifeste de l'esprit Communiste, presque une déclaration d'allégeance pour Renoir et Gabin, soit justement un film produit par la société Alabtros, fondée à Paris dans les années 20 par les Russes... Blancs. C'est un film, comme on dit, intéressant, de Jean Renoir: la rencontre de Gabin et Jouvet, le premier film de Renoir avec celui qui sera son acteur fétiche sur quatre films en tout, et un certain esprit foutraque sur le plateau, tout y est, finalement, assez peu typique...

 

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Published by François Massarelli - dans Jean Renoir Jean Gabin Albatros Criterion
29 décembre 2025 1 29 /12 /décembre /2025 14:45

Ce qu'on retient essentiellement de la sortie de ce très beau film dans nos contrées, c'est l'habituel malentendu, la légendaire confusion entre Eastwood et Harry Callahan, en fait, qui rend a priori suspect de droitisme chaque film entrepris par le producteur-cinéaste-et-parfois-acteur Clint. Et comme le sujet évoque ici la guerre en Irak, celle d'après le 11 septembre, le film est d'avance jugé... Alors je ne vais pas attendre la fin de cette chronique pour le rappeler: American Sniper est un film Américain d'abord, qui ne juge ni ne glorifie le héros Américain qui nous est présenté, d'ailleurs dans un récit adapté de son autobiographie. Le film n'est pas plus une auto-glorification de l'Amérique en guerre que ne l'était Born in the USA de Bruce Springtseen, qui a si mal été interprété dans ce pays d'ailleurs, où on ne va généralement pas voir plus loin que la présence d'un acronyme ou d'un adjectif suspect dans un titre de chanson ou de film...

Chris Kyle, l'homme dont le film conte l'histoire, est un Texan, un homme rompu à l'usage quotidien des armes, élevé par son père dans la certitude que l'arme n'est pas autre chose qu'un moyen de protection; cet homme a pris état de la menace terroriste avant le 11 septembre 2001, et a pris la décision de s'engager, au-delà de ses trente ans, afin de donner un sens à sa vie. Qu'on se reconnaisse ou non dans ses choix politiques, qui sont totalement assumés mais contés avec tact par Eastwood, le personnage n'a rien d'un fanatique, et ce n'est bien sûr pas, non plus, un intellectuel. Le 11 septembre va être pour Kyle un traumatisme qui va le cristalliser dans le sentiment d'avoir fait le bon choix, et il va devenir un sniper infaillible... Chris Kyle, d'abord sans le moindre doute, devient "The legend", un sniper aux 160 morts confirmées (Ce n'est pas lui qui compte), dont le baptême du feu est la mort d'un enfant, auquel sa mère a confié une grenade à tirer sur les soldats Américains. Après mille jours de combat dans la région de Fallujah, Kyle prend la décision sage, mais ô combien tardive, de rentrer au pays...

Bradley Cooper interprète le sniper légendaire, qui en rappelle un autre, d'ailleurs interprété à l'écran par un autre Cooper: le fameux Sergent York de Howard Hawks, dans lequel Gary Cooper nous montrait un redneck touché par la grâce, qui devenait en dépit de son objection de conscience le sniper le plus talentueux de l'armée Américaine au cours de la première guerre mondiale. Mais si York faisait effectivement un examen de conscience en bonne et due forme avant de partir au combat, pas un instant Kyle ne semble donner d'autre sens à son engagement que sa certitude inébranlable... au début du moins; c'est l'un des gros reproches faits au film, et il est absurde: le film conte la naissance d'un malaise, la lente montée du doute, et surtout questionne (C'est le sens de l'engagement de Bradley Cooper lui-même, qui a été essentiel dans la conception du film) la tendance répétée des pouvoirs Américains à oublier d'accompagner les vétérans de retour des conflits. En montrant sans fioritures, ni exagération, le quotidien d'un sniper en Irak, le film donne à voir une situation humaine faite de choix, tous cornéliens, qui rappellent la vie d'un autre héros d'Eastwood, le tueur au passé légendaire ("killer of women and children") du film Unforgiven. Mais devant ce film qui ne nous épargne rien, pas même les exactions parfois limites des soldats, laissés à eux-mêmes, et forcés de se défendre les uns les autres, on se demande comment tant de spectateurs Américains ont pu se tromper à ce point, et voir dans le film une incitation à partir. La guerre est ici représentée d'une façon hyper-réaliste, âpre, violente, et sans aucun confort... La menace est partout, mais elle est aussi intérieure: la folie guette chacun des soldats engagés, autant que la mort, et les "victimes" du sniper, hommes, femmes, enfants, ne sont jamais ici représentés au-delà de leur humanité. On a reproché à ce film qui raconte du point de vue de soldats Américains la guerre en Irak, de représenter le danger incarné par les Irakiens eux-mêmes: la critique se mord parfois la queue...

Une fois de plus, Eastwood nous conte avec force et humanité un parcours pas exemplaire, mais réel; comme J.Edgar Hoover, ou le tueur William Munny, Kyle est une émanation de l'Amérique, un homme qui incarne les passions, les erreurs et les certitudes d'un pays dont les valeurs sont de celles qui devraient mener le monde, qui sait parfaitement commencer une guerre (Qu'elle soit justifiée ou non, ce n'est pas ici le propos puisque cette question n'était pas posée en aucune façon par Kyle lui-même...), mais qui les plus grandes difficultés à la finir, et à gérer le retour des soldats au pays. Il nous montre comment le doute naît, parfois trop tard, et comment il devient difficile de vivre avec un tel passé. Chris Kyle, du moins celui qu'on nous montre ici, est un homme qui n'a pas su nommer son doute, qui ne l'a pas vu venir, et qui a finalement réussi à s'en sortir... Jusqu'à un certain point.

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Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
28 décembre 2025 7 28 /12 /décembre /2025 23:03

Ca commence de façon très classique: Mammy Two-Shoes a lavé la maison où vivent... du moins se battent en permanence Tom et Jerry, et elle fait comprendre au chat qu'il est hors de question qu'il sabote cet état des lieux sous peine de se voir viré. Tom le comprend, certes... mais Jerry aussi, qui décide qu'il est de son devoir de mettre le bon ordre de la maison en danger...

Et ça va vite, très vite. En une minute, les festivités comme,cent, et c'est une incroyable succession de salissures, attentats à la bonne tenue, et tout y passe: nourriture, ordures, encre... Ca va très vite et c'est l'essence même de Tom et Jerry. Et à la fin, une divine surprise: le gag final prouve s'il en était besoin que les auteurs de ces meveilleux films étaient des fans éclairés du cinéma muet burlesque, puisque cette fin est inspirée directement de Pass the gravy, de Fred Guiol, avec Max Davidson.

Incidemment, ce film est l'un de ceux qui ont décidé la Warner, dans un premier temps, à éviter de sortir une intégrale des dessins animés de Hanna et Barbera pour la série qu'ils ont créée: la présence de Mammy-Two-Shies et un gag ethnique les avaient convaincu qu'il était préférable de mettre ce film sous le tapis.

 

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Published by François Massarelli - dans Tom & Jerry Animation
28 décembre 2025 7 28 /12 /décembre /2025 22:24

Henri Ferré, dit "Le nantais" (Jean Gabin), arrive des Etats-Unis, avec un incontestable pedigree, pour reprendre à Paris la direction des opérations de terrain, autour du traffic de cocaïne... Liski (Marcel dalio) lui confie les clés en lui rappelant qu'il n'existe qu'un moyen de prendre sa retraite dans ce milieu: la mort...

Decoin utilise au maximum l'apparence du documentaire dans son film, comme pour camoufler les oripaux du film noir... D'un côté, il snous fait visiter le monde de la nuit, d'une façon qui était certainement inédite dans le ciném français de cette première moitié des années 50; mais sans trop pousser au sensationnalisme... Il en ressort un portrait sans trop de compromis d'un univers bien moins flamboyant que tout ce qu'on avait pu voir avant; dans Razzia sur la chnouf, les drogués, ce sont M. et Mme Tout-le-monde...  On passe de troquet-couverture en rade sordide, des rues noires et mal éclairées aux petites routes de campagne, et des bars aux locaux de la brigade de police...

Mais derrière le documentaire, il y a aussi une tentation, celle d'un film noir à la Française, un domaine où se sont déjà illustrés Becker (Touchez pas au Grisbi) et Clouzot (Quai des orfèvres). Un genre à part qui n'attend que ses deux ou trois premiers classiques pour décoller. Et nous qui avons vu Gabin se glisser pour de bon dans ces oripeaux (flic ou voyou, laconique voire taiseux, dominant sans trop d'effort, de sa diction précise et de ses coups de gueule, toute une faune de malfrats), on n'imagine pas à quel point le film de Becker et celui-ci étaient novateurs, excitants, différents.

Decoin, à son plus efficace, effectue l'une des plus belles prestations de sa carrière, et Lino Ventura (qui joue Le catalan, un porte-flingue efficace) crève l'écran rien qu'en lançant des regards de travers... 

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Published by François Massarelli - dans Lino Ventura Jean Gabin Henri Decoin Noir
26 décembre 2025 5 26 /12 /décembre /2025 22:59

Un récit, illustré de nombreuses scènes d'actualité, qui montre le cheminement des événements de la "grande guerre", de 1914 à 1918. Plus une évocation générale qu'une leçon d'histoire, on y retrouve les passages obligés, de la mort de Jaurès aux Taxis de la Marne, et il y a un principe fondateur du film qui le rend plus intéressant qu'il n'aurait pu être autrement: les images priment. On le dit parfois, "nous n'avons pas d'images de cette bataille", ainsi on raconte la guerre mais on ne montrera pas ce qu'on ne doit pas montrer... 

Au début, on a un peu peur, car les alliés sont bien vaillants et les "boches" sont bien "boches"... Mais on comprend très vite que le film, à travers le commentaire écrit par Jacques Laurent, garde une certaine ironie, celle qui consiste justement à se moquer du manichéisme de l'époque. Et demander au scénariste de Caroline Chérie, justement, de mener ce commentaire, c'était une très bonne idée, car à aucun moment le propos n'est policé ou compassé...

Et l'évocation des échecs, des moments de doute, du ras-le-bol des poilus, de l'impression de stagnation, n'est jamais retenue dans le film, où on réussit par la bande à parler des mutineries de 1917, même si c'est subliminal. Car c'était interdit d'en parler à l'époque. La censure n'avait-elle pas interdit Les sentiers de la gloire?

Mais au moins, ça fait du bien, car on a tant vu de films (les films français des années 20 en particulier) qui se glissaient dans une démarche cocardière, qu'on apprécie un film qui sans pour autant prendre fait et cause pour l'axe Austro-Germanique (Guillaume II, sans prendfre de gants, nous est ptrésenté comme LE principal responsable de la guerre), en tout cas évite le piège du didactisme patriotique systématique. C'est qu'en 1964, au moment où le film sortira, on marque certes les 50 ans de la première guerre mondiale. On fête aussi le début de la libération de la France, pendant la deuxième guerre mondiale. On sait qu'il a fallu tout recommencer...

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Published by François Massarelli - dans Documentaire Première guerre mondiale