Durant la nuit, Jerry a les plus grandes difficultés à dormir, dans la mesure où Tom a invité ses copains, et ils font un boucan du diable. une seule solution: faire savoir à Mammy Two-shoes que lors de son absence, le chat fait une fiesta de tous les diables...
C'est surtout un prétexte à peine déguisé pour accumuler les gags liés à la musique: les quatre chats font feu de tout bois pour faire d bruit, et pas seulement avec des instruments de musique... C'est réjouissant et ça passe tout seul, avec quelques souvenirs de The Zoot cat et de Solid Serenade, deux films qui déjà flirtaient beaucoup avec le jazz!
On appréciera le rôle dévolu à Mammy Two-shoes, moins une domestique qu'une véritable protagoniste, qui plus est propriétaire de la maison... et de son chat.
Une cane qui couve va prendre son bain matinal... Tom en profite pour prendre l'oeuf, et souhaite le passer à la poêle. Au lieu du jaune et du blanc, c'est un caneton qui en sort. Une poursuite s'engage... Le caneton se réfugie chez Jerry avec lequel il sympathise.
Le personnage reviendra et il y aura de nombreuses variations. Mais ici, c'est bien la première des apparitions du bestiau, qui hélas, parle et parle beaucoup, même si c'est avecune diction fort problématique! Pour autant, le film est sans aucun temps mort, et la propension de Jerry à s'acoquiner avec toutes les petites bêtes pouvant devenir les victimes du chat est bien établie.
...Et l'intervention de toute la famille canard, à la fin, est très drôle! Toutes es variations du film et du personnage (ou de ses petits cousins) finiront par affadir considérablement non seulement le personnage du petit canard, mais aussi Tom et Jerry eux-mêmes...
Le point de départ est simple: un championnat de tennis oppose deux chats: un chat de gouttière, au melon et au cigare indictifs de sa malhonnêteté, et tom, accompagné de son assistant Jerry. Le match commence par un conflit marqué entre les deux chats, l'opposant de Tom étant constamment inventif, dominant Tom. Celui-ci s'en prend de plus en plus à son assistant, et Jerry commence à s'impatienter...
Le film est une éblouissante construction, d'étapes en étapes toutes plus violentes les unes que les autres, vers un grand n'importe quoi, dont seul émergera Jerry, la souris qui sere finalement le vainqueur du match! L'invention mise en oeuvre dans ce film, qui jamais ne parle, est exemplaire...
Et on se souvient de ce que disaient Hanna et Barbera de leur rivalité interne au studio avec Tex Avery, qui évidemment avait quand même une réputation moins gentille que la leur: pourtant ce film dans lequel les protagonistes rendent coup sur coup, montre bien les résultats impeccables de la saine concurrence et de la franche émulation entre les deux équipes. sans aller aussi loin dans la déconstruction propre au style d'Avery, on voit ici que Hanna et Barbera ont entièrement construit leur film sur l'envie d'obtenir des éclats de rire depuis en plus incontrôlés.
Dr Mabuse der Spieler a beau être trois fois plus long que ce film, il n'en reste pas moins d'un abord plus facile, tant Thea Von Harbou et son mari avaient du mal à être clairs, à cette époque reculée. Pourtant, ce petit film est intéressant à plus d'un titre.
Son intrigue tient du mélodrame compliqué: Harry Yquem (Ludwig Hartau), un homme jaloux, souhaite acheter à son épouse un bijou, pour lequel il a la mauvaise idée de contacter un receleur (Rudolf Klein-Rogge). Lors de l'entrevue, il rencontre un homme qu'il pense être l'ancien amant de son épouse Florence (Carola Toelle): Werner Kraft (Anton Edthofer). Celui-ci est en fait à la recherche de son frère jumeau William... Mais celui-ci a mal tourné. Les deux hommes sont dans les ennuis jusqu'au cou...
Mais le plus important est que cette intrigue cache une intrigue de dissimulation, de cachotteries de toute beauté, qui nous rappellent que Lang vient juste de trouver sa muse: il avait déjà tourné Das wandernde Bild sur un script de Thea Von Harbou, et il y en aurait d'autres...
Du coup, le film devient immanquablement contemporain du fameux "suicide" de Frau Lang, qui se serait tuée après avoir vu son mari dans les bras de sa scénariste toute nouvelle: une autre affaire brumeuse, de cachotteries et de traumatismes... Sinon, Lang donne ici enfin à Rudolf Klein-Rogge, son futur interprète de Mabuse, un rôle à sa mesure, celui d'un sous-fifre des bas-fonds, inquiétant et louche à souhait. Là aussi la suite sera des plus intéressantes.
Mais ce film, s'il est déjà un pur film de Lang, fait de chassé-croisés entre passé et présent, de gens qui regardent et soupçonnent, le tout tourné en studio, est encore un peu léger. On pourra au moins penser que derrière son inachèvement, il y a une répétition générale des feux d'artifices à venir: à ce titre, le début du film est sans appel... On y voit pour commencer un bar circulaire, autour duquel des clients louches consomment dans la fumée. Puis une rue (de studio, ça se voit tout de suite, d'autant que c'est un extérieur qui ressert encore et encore, la Decla-Bioscop n'ayant pas alloué un budget très conséquent) qui nous révèle son petit monde, parmi lesquels ses clochards aveugles, et un crieur de journaux qui s'avère être une petite main du banditisme; un homme qui est venu de nulle part s'égare dans une rue louche, et doit descendre dans une cave encore plus sordide afin d'y rencontrer un receleur... L'atmosphère de cette "taverne Upton" où Klein-Rogge règne en maître est fascinante. Dans l'univers de Lang, Mabuse et Spione sont en gestation.
Tom est sur la plage, se repose, et Jerry arrive pour pêcher... Tom tombe à l'eau, et s'amuse avec des poissons, quand il est soudain confronté à un animal qu'il n'avait pas prévu de rencontrer: une souris-sirène (Mermouse), qui bien sûr a les mêmes traits que Jerry. Une poursuite sous-marine s'engage...
Beaucoup de qualités dans ce film énergique. D'une part le changement de décor fait beaucoup de bien aux personnages et les animateurs se font vraiment plaisir... D'autre part, le sel (marin) vient essentiellement des personnages et de leur caractérisation.
Tom en particulier est à la fête, mais Jerry n'est pas en reste: au début, quand la souris arrive sur la plage, il a un air réjoui en approchant son museau de son appat, qui n'est autre qu'un bout de fromage. C'est un tout petit gag, mais il est tellement typique du personnage qu'il tombe à pic. Et de son côté, Tom est venu à la plage, certes, mais on se demande pourquoi, puisque dans la première séquence il étale une couche considérable de crème solaire, qu'il se réfugie sous le sable puis sous une serviette, avant de s'assurer que son ârasol le recouvre bien! Une fois dans l'eau il est en état d'émerveillement total, au point de s'amuser à reproduire les mouvements des créatures qu'il croise, dans une espièglerie magique...
Le conflit avec la version "sirène" de Jerry est évidemment enlevée, mais comme dans les aventures situées en milieu domestique et sur la terre ferme, un troisième personnage vient brouiller les pistes: cette fois, au lieu d'un gros chien, c'est un espadon vindicatif.
Au final, les deux personnages reviennent bien sûr à la réalité, et la fin est sobre, échappant à toute volonté de rebondir vers le conflit entre les deux personnages. On peut le regretter, bien sûr...
Tom s'apprête à exercer son hobby traditionnel, la chasse à la souris, quand il entend un programme radiophonique qui recommande de soigner son équilibre en étant généreux avec les animaux domestiques. Décidé à changer de comportement, il s'approche du domicile de la souris. Jerry est absent, mais il a laissé son journal intime: Tom se précipite et lit...
C'est un truc qui a parfois été utilisé par les équipes de Leon Schlesinger, pour fournir à moindre coût des dessins animés au rabais de Bugs Bunny, par exemple; une intrigue prétexte renvoie ainsi à des extraits ou réemplois de moments clés, tirés des meilleurs courts métrages. Ici, on reverra quelques passages de Tee for two, Yankee doodle mouse ou Mouse trouble. Si on peut déplorer ce reciclage (qui nous rappelle que l'actualité d'un court métrage, avant la syndication par la télévision, ne durait pas longtemps), ça se laisse, paradoxalement, regarder: c'est du concentré de gag, après tout, et c'est parfois puissant.
Un père bouledogue assiste avec tendresse au sommeil de son chiot... quand le bruit et la fureur de la bataille incessante entre Tom et Jerry viennent perturber ce tableau idyllique... Le chien met Tom en demeure de s'abstenir de causer le moindre souci à son fiston... ce dont Jerry voit immédiatement tout le profit qu'il peut en tirer!
Voici un film qui fonctionne d'une façin désormais bien connue: la dynamique Tom/Jerry (en gros, poursuites, bagarres violentes et autres plaies et bosses) est en effet souvent interrompue par l'irruption d'un autre personage, et d'un autre conflit. Le plus souvent, les conflits sont dirigés contre Tom, tant qu'à faire, et ici, c'est un chien qui a ce rôle. Le niveau de violence savamment dosée est impressionnant, avec parfois des aspects mécaniques qui pour autant ne gènent pas la progression de l'intrigue. En tout cas plus le film avance et moins le conflit ne ressemble aux duels habituels: c'est beaucoup plus Tom & Spike que Tom & Jerry!
Mais plus encore, Spike parle, ce qui n'est pas forcément donné à tous les animaux dans les dessins animés de Tom et Jerry. Ca lui donne presque une autorité assimilable à celle des humains...
Die Spinnen était un film décérébré, qui singeait Feuillade en surface mais qui n'allait nulle part si ce n'est pour commencer un long flirt avec les tunnels et autres souterrains pour le cinéaste. Harakiri, film pour rien, sombrait dans le ridicule le plus hilarant en grimant Lil Dagover et Georg John en Japonais... Mais ce film change tout. Lang y travaille pour la première fois avec deux personnes qui compteront énormément dans la décennie qui s'annonce, et quitte les villes Allemandes pour aller tourner en Montagne. Dans les Alpes Bavaroises, le cinéaste va trouver un monde à sa démesure, et va se laisser aller au mélodrame le plus concentré: excessif et compliqué, certes, mais aussi glorieusement improbable, fait de coïncidences toutes plus hallucinantes les unes que les autres, et tout entier dirigé vers un final qui transcende le ridicule pour toucher à la poésie la plus exquise.
Et pourtant ce n'était pas gagné au vu du script, et de sa star: Irmgard (Mia May) fuit une situation compliquée, qui semble faire d'elle la veuve d'un homme, Georg Vanderheit, en même temps que la légitime épouse du frère de celui-ci, John (Hans Marr)! Il y a une histoire d'héritage, forcément, et un jeune homme, Wil Brand (Rudolf Klein-Rogge), le neveu de Georg, a pour mission de tirer ça au clair. Mais lorsqu'il rencontre Irmgard, il tombe instantanément amoureux d'elle. C'est dans un train en partance pour les Alpes, mais ce qu'il ne sait pas, c'est que John va chercher Irmgard lui aussi, dans le but de la supprimer, car elle en sait trop sur lui, et le seul moyen pour le frère félon de récupérer l'héritage est de supprimer la jeune femme. Et la montagne, avec ses dangers, est pour lui le meilleur moyen...
Vous avez dit compliqué? Et encore, ce qui précède n'est qu'une tentative de résumer, en simplifiant, une intrigue qui se paie en prime le luxe d'ajouter des ramifications en flash-back! Mais ce script de Thea Von Harbou, le premier pour Lang, est surtout un prétexte à coups de théâtre, à surprises improbables ("Quoi, Georg? Vous êtes donc encore vivant?") qui donnent des coups d'accélérateur, et qui vont faire passer cette pauvre Irmgard par toutes les couleurs du spectre!
Mais la montagne Bavaroise, avec cette montée de l'héroïne vers son destin, et sa statue énigmatique qui donne son titre au film (L'image vagabonde: il est question d'un serment qui est effectué par Georg qui promet de revenir vers le monde si la statue de la Madone qui est située à quelques pas de son chalet se met à marcher...) permettent à Lang et au chef-opérateur Guido Seeber de donner le meilleur d'eux-mêmes, à des années-lumière de toute tentation expressionniste. Lang tire aussi bénéfice d'une avalanche de cailloux, qui lui permet, au moins pour un instant, d'ensevelir ses deux héros qui vont, enfin, pouvoir chacun livrer leur vérité.
Bref: passionnant, stimulant, et prometteur, ce pourrait bien être la naissance du Lang que nous aimons et admirons, en compagnie de ses complices Klein-Rogge (Bien en retrait toutefois) et Von Harbou.
Avec son quatrième film (Situé entre Hara Kiri, son adaptation de Mme Butterfly tournée en 1919 et Das wandernde Bild de 1920) Fritz Lang abat ses cartes: il aime furieusement le serial, en particulier les films de Feuillade dont Fantômas et Les Vampires l'ont sérieusement tourneboulé, et il entend bien y puiser les épices secrètes d'un cinéma cher à son coeur... C'est surtout ça qu'il faut aujourd'hui aller chercher dans ce film en deux épisodes. ...Qui a bien failli en compter plus, car Lang avait déjà la matière pour aller jusqu'à quatre! Mais le destin et le studio Decla (Deutsch Eclair) en ont décidé autrement...
D'ailleurs le contexte de la sortie de ce film est assez rocambolesque: Lang devat avoir à coeur de réaliser "son" serial, et semblait vouloir alterner les épisodes avec ses films plus classiques; la sortie (octobre 1919) du premier épisode Der Goldene See est antérieure à celle de Harakiri (décembre de la même année) qui elle-même se situait avant la sortie du deuxième épisode Das Brillantenschiff en février 1920.
L'intrigue fort rocambolesque de ce film d'aventures de taille respectable (Les deux épisodes forment presque un film de trois heures) part d'une rivalité d'abord sportive entre l'aventurier Kay Hoog (Carl de Vogt), sorte de pré-Indiana Jones qui ne serait, lui, pas professeur à l'université, mais plutôt richissime play-boy surtout intéressé par le sport, et dans l'autre camp Lio Cha (Ressel Oria), la mystérieuse intrigante qui mène une bande de brigands internationaux, les Araignées, qui lui obéissent au doigt et à l'oeil... Leurs aventures les emmènent des Etats-Unis au Pérou, puis en Inde en passant par Chinatown.
Le premier épisode établit cette compétition qui se termine dans une lutte presque commune entre les deux ennemis, contre un groupe d'incas qui tentent de sacrifier Lio Cha au dieu Soleil... Mais Kay Hoog, noble jusqu'au bout des ongles, ne peut laisser faire cela... Il reviendra des Andes avec une jolie prêtresse (Lil Dagover) mais ce ne sera pas du goût de l'aventurière. Dès ce diptyque, Lang s'intéresse à la structure de ses films, dont il aime à articuler les deux parties autour de la mort: on se souvient de la façon dont Die Nibelungen est entièrement articulé autour de la mort de Siegfried, justifiant ainsi la revanche de Kriemhilde (les titres des deux parties étant précisément en ces termes)... Ici, c'est le même principe.
Sinon les Araignées, comme une certain groupe de vampires, aiment à s'habiller en collant noir... Et Lio Cha est clairement inspirée directement d'Irma Vep. Mais ce qui frappe, dans ces deux films de jeunesse, c'est de voir que Lang a contrairement à Feuillade, tout préparé: les films Gaumont du metteur en scène Français étaient le plus souvent improvisés d'un épisode à l'autre, et les personnages y développaient en fonction des besoins des dons extraordinaires... Mais dans Les Araignées, cette impression de joyeux bazar est en réalité programmée.
Et Lang de se révéler un peu plus en montrant, déjà, son obsession pour les souterrains, égouts, grottes, et autres passages secrets... On ne se refait pas, on le sait, et tous ces trous resteront une ressource constante de son oeuvre jusqu'à la fin. Mais au-delà de cet intérêt archéologique, on peut quand même trouver à redire en matière de clarté, de continuité, voire de portée tout simplement. Die Spinnen était une oeuvre de jeunesse pour un esthète du mélodrame, qui réalisait un rêve en mettant ses pas dans ceux d'un maître du feuilleton populaire, mais il lui devait décidément beaucoup trop... Lang n'allait pas tarder à prouver qu'il avait mieux à dire et mieux à faire qu'un travail sous influence...
Peu de temps après la sortie du premier épisode de Die Spinnen, son premier film conservé, Lang signe ce curieux film, adaptation statique et ampoulée de l’opéra Madame Butterfly. Sur un scénario de Max Jungk, il raconte comment une jeune Japonaise (Lil Dagover), jusqu'alors protégée par son père, un notable local, tombe sous la coupe d'un prêtre Bouddhiste (Georg John) qui va essayer de l'assujettir faute de pouvoir la posséder. Mais elle trouve une échappatoire en la personne d'un occidental, Olaf Anderson (Niels Prin) avec lequel elle file le parfait amour. Mais quand il part, pour rejoindre sa légitime épouse, elle reste seule, et... enceinte.
Décoratif, esthétique, mais mortellement ennuyeux, le principal intérêt est qu’on ait retrouvé ce film, réputé perdu pendant des décennies… Lang y sacrifie à une mode exotique et orientaliste qui était également un peu présente dans Les araignées, et tourne ses scènes dans des jardins japonais plus pittoresques encore que les vrais. Mais comment le prendre au sérieux? Georg John, en prêtre Vouddhiste, a du mal à nous faire oublier que le crâne rasé qu'il arbore est un bout de plastique mal ajusté... La vision du bouddhisme est hallucinante de stupidité, et le Japon y est certes décoratif, mais à peu près aussi Japonais que Bourg-en Bresse.
Bref, réjouissons-nous: on a retrouvé un film, et on a pu le voir et constater qu'il n'a pas grand intérêt, si ce n'est en le comparant avec les épisodes "exotiques" et décoratifs de Die Spinnen et Der müde Tod. La situation de Harakiri est par contre paradoxale: le film est sorti en décembre 1919, soit deux mois après la première partie des Spinnen (Les araignées), dont la deuxième partie ne sortirait qu'en février 1920...