Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
22 décembre 2025 1 22 /12 /décembre /2025 13:57

Les "Jersey Boys" du titre, ce sont les quatre membres de Frankie Valli and the four Seasons, un groupe Américain vocal (De doo-wop) formé durant les années 50 et qui a percé aux Etats-Unis à partir de 1962. Leur musique était légère, mais d'une importance capitale pour la jeunesse des années Eisenhower. Les membres, tous Italo-Américains, étaient pour trois d'entre eux issus du même quartier du New Jersey, et avaient fricoté avec la pègre locale. Le film montre clairement une connection avec un parrain local, Gyp DeCarlo, interprété par Christopher Walken. Pourtant, le groupe une fois le succès lancé a semble-t-il eu une carrière à peu près saine, en dépit de mauvais choix d'un côté, et d'une tendance de l'un d'eux, le guitariste Tommy DeVito (Vincent Piazza), à la flambe: la séparation des Four seasons originaux est due à un gros souci d'argent qui a bien failli tourner au drame, mais qui sera résolu entre gangsters...

On suit l'histoire en se concentrant sur Frankie Valli (John Lloyd Young), celui dont la voix de fausset fait tant pleurer DeCarlo, et elle est racontée essentiellement par les apartés, yeux dans la caméra, des personnages. Piazza-DeVito fournit l'essentiel de la narration, avec une étonnante accentuation à la DeNiro, et par moments, c'est le bassiste Nick Massi (Michael Lomenda) qui prend le relais. Le procédé est à rapprocher de la narration coup de poing des films de Scorsese, Goodfellas et Wolf of Wall Street en tête... Si l'accumulation de scènes de la vie quotidienne des musiciens, le ton et les tonnes de grossièretés échangées par les acteurs, ainsi qu'une apparition du jeune Joe Pesci parmi les protagonistes vont plus loin dans cette référence, il est clair que c'est surtout un aspect stylistique: il n'y a pas derrière la carrière des Four Seasons, de quoi faire un opéra comme l'aurait fait Scorsese!

D'ailleurs, si on ne connaissait pas mieux Eastwood, on en viendrait même parfois à se demander ce qui pourrait bien motiver un metteur en scène dans la confection d'un film sur un sujet aussi léger... et puis on se souvient que depuis tant d'années, Eastwood s'est lancé dans une thématique solide, liée à la question de l'héritage conscient: que laisse-t-on derrière soi à la fin de sa vie? Mais il a aussi, notamment avec des films comme Bird (1987), tendance à fouiller le passé, voire son passé. Ici, c'est d'une certaine manière son propre parcours qu'il explore, celui d'un homme qui évolue dans la sphère artistique, mais n'est ni Shakespeare, ni Mozart. Ce qu'il fait, il le fait du mieux qu'il peut, et il a une voix originale, unique même, voire par moment un ou deux traits de génie... Il a des déconvenues, des erreurs d'aiguillage... Mais à la fin de l'histoire, il aura qu'on le veuille ou non la reconnaissance, et pas seul, puisque les Four Seasons seront honorés ensemble par leur introduction solennelle au Rock'n roll hall of fame..

Et c'est à ce moment, situé à la toute fin du film, qu'il se passe quelque chose sur l'écran, qui vient après tout justifier le film, et qui scelle une fois pour toutes le plaisir qu'on peut y prendre: les Four Seasons, devenus des quinquagénaires, sont honorés, et rechantent ensemble pour la première fois depuis 25 ans. Soudain, après qu'ils aient tous exprimé directement à la caméra, avec parfois un certain cynisme léger, parfois une petite pointe de nostalgie, et dans l'ensemble beaucoup de fatalisme tranquille, leurs conclusions personnelles, ils se retournent vers le public, et sont de nouveau jeunes. Quand on fait ce qu'on aime, ce pour quoi on est taillé, si on se laisse aller, on est toujours jeune, semble nous dire Eastwood. Lui dont le crépuscule semble ne pas devoir finir, lui qui depuis tant d'années se montre un poète noir de la vieillesse (Unforgiven), le barde des gens qui vont mourir (Honky Tonk man), le peintre des regrets de l'âge mur (The Bridges of Madison County) termine son nouveau film sur une chorégraphie illustrant avec talent quelques chansons-clés des Four Seasons, entremêlant passé et présent, personnages jeunes et vieux. On voit même Christopher Walken danser!

Aussi poussif, longuet soit-il, souffrant des défauts récurrents des films de celui qui ne fait qu'une prise, aussi insatisfaisante soit-elle, le film est donc attachant, au-delà de l'histoire de Frankie Valli, un artiste certes doué, mais dont l'art a tout pour se retrouver dans un musée à Las Vegas. Le ton est résolument à l'humour, à la décontraction, et comme Eastwood a confié les rôles des chanteurs à de vrais chanteurs, à la musique. Et ça, c'est un domaine que notre metteur en scène connait et respecte... Même si, et tant mieux pour lui, Frankie Valli n'est pas Charlie "Bird" Parker.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Clint Eastwood
22 décembre 2025 1 22 /12 /décembre /2025 07:58

Dans une suite à la lisière du navet, Jean Devaivre anticipe de quelques années sur la malédiction des suites de la Panthère Rose par Blake Edwards: au moins ces aventures de l'inspecteur Clouseau avaient-elles l'alibi d'avoir été tournées après la mort de leur acteur principal! Oui, car à aucun moment, dans ce film qui porte le nom de son personnage fétiche, Martine Carol n'apparaîtra.

En lieu et place, nous avons donc "le fils de ", interprété par Jean-Claude Pascal. Juan, un jeune noble espagnol, ignore qu'il est le fils de Caroline et du général de Sallanches... Pourquoi il a été confié à une famille espagnole qui le laisse dans l'ignorance, c'est une excellente question. Mais le brave Juan, persuadé qu'il doit se battre pour la rébellion espagnole (contre l'occupation française par l'empire Napoléonien, est trimballé de salon en salon, de chambre de comtesse en boudoir de marquise, assumant ingénument l'héritage sensuel de sa maman!

Quoique... à chaque fois qu'il a une ouverture, il est interrompu à la fois par le scénario... et par les dialogues: c'est un film parlé. Très parlé. Le texte prend toute la place... Sous le Technicolor rutilant, pas gra,d chose à se mettre sous la dent.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Jean Devaivre
21 décembre 2025 7 21 /12 /décembre /2025 14:19

1825, dans un logis de Touraine, on découvre dans un bois le corps du maître, le pamphlétaire Paul-Louis Courier. Ecrivain habile à manier le vitriol contre les sociétés autoritaires, et peu apprécié en pleine restauration, l'homme assassiné n'a pas non plus laissé derrière lui, dans sa famille (une femme jeune, trop jeune dit-on), parmi ses domestiques, de commentaires positifs. La police du Roi enquête, et on assiste à l'interrogatoire de nombreux témoins, qui dressent les portaits différents et contradictoires, tous du même homme...

C'est un film très ambitieux, et profondément novateur, réalisé par un jeune cinéaste qui n'a pas encore fait sonnom, en dépit du succès que son deuxième film insolent (La Dame d'onze heures) avait obtenu. Comme dans ce film, d'ailleurs, Devaivre ici joue avec la narration, avec la chronologie, le point de vue, le contrepoint sonore, le montage, et La ferme des septs péchés ne ressemble à rien de ce qu'on avait vu auparavant. Bien sûr, on pourra toujours parler de Citizen Kane, dont les audaces narratives ont sans doute pu avoir un effet sur la façon dont Devaivre concevait ses oeuvres... Mais la rigueur du découpage très étudié de Herman Mankiewicz pour le film de Welles est ici substituée par un incroyable bouillonnement d'idées. 

La mise en scène de Devaivre s'autorise tout, du montage tonique et riche en ruptures de ton, jusqu'à des scènes qui sortent de la narration pour créer des effets dynamiques (comme il le faisait énormément dans La Dame d'onze heures)... Il s'amuse avec le point de vue du spectateur en complétant les scènes déjà vues au fur et à mesure, sous des angles et approches différentes... C'est le film vivant d'un jeune cinéaste passionné, qui nous communique admirablement son indignation face à une affaire finalement assez crapuleuse, dont la vérité profonde nous sera révélée avant que d'être probablement balayée d'un revers de main, car ce qu'il en ressort, c'est qu'il n'est pas bon être un pamphlétaire militant, en pleine restauration de la monarchie... 

Le film se joue en permanence des spectateurs, en alternant entre comédie et drame, film noir et agitation politique... Une histoire de crime à élucider se transforme en une quête de la vérité, puis en une étude de moeurs qui a le bon goût de ne jamais se vautrer dans la facilité, servi par des acteurs qui jubilent de participer à une telle oeuvre... Jacques Dumesnil incarne l'homme qui est mort, et son image change en permanence, en fonction forcément de la vision des narrateurs-témoins. Pierre Renoir y est l'enquêteur, partagé entre efficacité policière et préjugés royalistes négatifs sur un républicain à la plume légère... Pierre Palau (en juge d'instruction), Héléna Manson (en domestique très remontée contre l'avarice de son maître qu'elle présente comme un avare effrayant), ou Jacques Dufilho en jeune garçon de ferme, "innocent" comme on disait à l'époque, complètent la distribution de cet étonnant film qu'on devrait quand même essayer de connaître un peu plus, au vue de sa singularité.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Jean Devaivre
17 décembre 2025 3 17 /12 /décembre /2025 21:02

Devenue l'épouse de Gaston de Challances (jacques Dacqmine), général dans l'armée révolutionnaire, Caroline (Martine Carol) l'a suivi jusqu'en Italie: il est trop jaloux pour la laisser derrière lui en France. Les tentations, pourtant, ne manquent pas, notamment le danseur Livio (Jean-Claude Pascal)... Mais les fastes du couple ne sont pas faits pour durer: en effet les Italiens ne semblent pas destinés à laisser l'armée révolutionnaire Française s'installer chez eux. Le général et son épouse vont devoir fuir...

C'est à Jean Devaivre, réalisateur de La dame d'onze heures, que revient la charge de tourner un film basé sur l'adaptation par Jean Anouilh du roman de Cecil St-Laurent (deuxième des deux suites du roman Caroline Chérie)... Après un début qui tend vers le décoratif, profitant d'un Technicolor rutilant, et qui traine en longueur, l'irruption du conflit, symbolisé par des coups de canon pendant une fête donnée au palais du général, fait basculer le film vers ce qu'on attend: une promenade frivole et légère dans les coulisses de la Révolution Française... Comme le premier film, mais sans l'avantage d'être une première fois en revanche. Ce deuxième film glisse encore plus volontiers vers la comédie picaresque, réhaussée de fort belles couleurs... 

C'est poussif, hélas, et si le premier film reposait sur une narration omnisciente qui offrait toujours un contrepoint aux images, celui-ci est plus direct, plus marqué comme une comédie. Et on ne tarde pas à se rappeler que dans un film autour de Caroline Chérie, tout tourne autour de la tentation et des occasions de se laisser aller... Martine carol est escellente en soi, mais le personnage perd en substance d'avoir perdu (et plusieurs fois, hum) une grande dose de sa naïveté initiale, qui donnait quand même beaucoup de sel au premier opus réalisé par Richard Pottier.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Jean Devaivre
16 décembre 2025 2 16 /12 /décembre /2025 22:01

Lois Weber est l'une des pionnières et pionniers qui ont construit Hollywood, et tout a sans doute été trop vite: ses films, productions indépendantes, ont défrayé la chronique dans les années 10 à cause de (Où grâce à, c'est selon) leurs sujets polémiques (le contrôle des naissances dans l'étrange Where are my children), ou leur traitement osé (La présence d'une représentation symbolique de la Vérité sous le déguisement d'une femme nue, image récurrente qui a beaucoup fait pour le succès du film, dans Hypocrites). Les années 20 l'ont vue s'embarquer dans la production de semi-comédies ou de chroniques de la vie contemporaine, qui observaient avec subtilité la société Américaine, et on peut citer les films Too wise wives, ou The blot, qui font d'elle une cinéaste proche des frères DeMille...

Donc pas n'importe qui, mais en prime une cinéaste dotée d'une vraie originalité et d'une thématique propre: à la fois observatrice et partie d'une société réformatrice inspirée des préceptes fondateurs du protestantisme, à la fois juge et partie de la société Américaine.

C'est près de la fin précipitée de sa carrière qu'elle a réalisé ce film, pour Universal, qui lui a permis de continuer son oeuvre à sa guise... On y conte la rencontre inattendue entre un pasteur progressiste et pas encore marié (Raymond Bloomer), avec la plus scandaleuse de ses paroissiennes... potentielles (Billie Dove), car elle ne vient pas beaucoup à l'église. Ils vont tomber amoureux l'un de l'autre, mais elle va sacrifier cet amour, afin de le préserver... avant que la situation ne s'inverse pour elle lors d'une tempête qui la voit faire littéralement naufrage. 

D'un côté, Weber s'amuse à nous montrer une jeunesse qui tend à s'évader des préceptes religieux et chercher à jouir à tout prix de la liberté que leur confère un statut social élevé. Les principaux coupables sont le père Hagen (Un riche oisif interprété par Phillips Smalley, l'ex-mari de Weber) et sa fille Luena dite Egypt (Billie Dove). Le premier boit plus que de raison dans des bouges, et la deuxième va de fête en fête, de beuverie en beuverie, à la recherche de sensations fortes et faciles... 

Et pourtant...

La cible de Weber était probablement plus les vieilles commères de la paroisse que la belle flapper, qui est jouée à l'écart des clichés par Billie Dove. Cette dernière est la vedette en titre, et le principal atout du film, mais Weber enfonce souvent le clou d'une société plus préoccupée des apparences  que de ses valeurs. Dans ces conditions, la sceptique à la recherche du plaisir en lieu et place d'un sens à sa vie devient une proie facile pour ces gens qui passent du temps sur leur terrasse à épier les voisins. Et quand le pasteur commence à recevoir (en tout bien tout honneur pourtant) la pécheresse chez lui, on s'émeut et on lui envoie l'évêque! Bref, avec son intrusion dans une petite communauté qui entre avec réticences dans le XXe siècle, avec 27 années de retard, Lois Weber a encore une fois réalisé un film passionnant. Son avant-dernier film muet, et le dernier qu'on ait conservé, hélas... Enfin disponible chez Kino dans une version manifestement intégrale.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1927 Lois Weber **
16 décembre 2025 2 16 /12 /décembre /2025 22:00

The Marriage Clause est l’un des derniers films de Lois Weber, le premier qu’elle ait réalisé après le hiatus de 1923: elle revenait à la Universal, mais son statut n’était décidément plus du tout le même qu’avant, en particulier durant les années 10…

Barry Townsend (Francis X. Bushman) repère une aspirante actrice, Sylvia (Billie Dove) dont il tombe amoureux : il fait d’elle une star, et en dépit de l’ombre que cela projette sur leur relation, il accepte qu’elle donne une réponse favorable à une offre très lucrative d’un autre impresario, Max Ravenal (Warner Oland). Mais le contrat avec ce dernier contient une clause qui interdit à la jeune femme de se marier… elle va devoir se séparer de son fiancé, et en dépit du succès phénoménal qui est le sien, va peu à peu perdre toute envie de vivre…

Le film n’existe plus que sous la forme d’un fragment réduit à 20 minutes, contre environ 80 au départ, et ça se sent : chaque étape importante de l’intrigue est réduite à la portion la plus congrue qui soit… Et pourtant on obtient, de ce fantôme de film, une image qui est sans doute en accord avec ce qu’il était : une œuvre de transition, à la fois versée dans des clichés du mélo (le grand méchant impresario contre l’amour pur, par exemple) et tournée vers des thèmes sensibles et différents, qui ont fait la réputation de la réalisatrice : notamment le fait non seulement de représenter une femme qui devient la principale source de revenus d’un couple, mais aussi la souffrance « sociale » d’un homme qui en finit par ne plus vouloir sortir de chez lui. Cette tendance, probablement prudente, à vouloir couvrir tous les aspects d’un sujet polémique en ménageant une porte de sortie objective, avait fait les grandes heures de la carrière de Weber. Par-dessus le marché, la photo semble ouvragée, et l’interprétation est splendide… Pour autant qu'on puisse en juger, du moins.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Lois Weber Muet 1926 **
16 décembre 2025 2 16 /12 /décembre /2025 21:59

Une petite fille, Jewel (Jane Mercer) vient vivre chez son grand-père (Claude Gillingwater) pour une courte période, après avoir été ignorée (le père et l'aïeul sont fâchés) pendant des années. Dans la maisonnée, tout le monde se déteste: le grand-père vit en effet avec sa bru, une femme remariée dont la fille ne trouve absolument pas sa place, jusqu'à la gouvernante qui hait tellement les deux femmes qu'elle souhaite les voir décamper... Quand la petite Jewel arrive, pourtant, elle va révolutionner son monde en les aimant en dépit de tout...

C'est un remake de Jewel, une autre adaptation par Weber du même roman, sortie en 1915. Weber avait aussi écrit le script d'un court métrage de deux bobines, The discontent, qui racontait l'arrivée inopinée dans une famille d'un vieil homme qui finissait par séduire son monde en dépit de son côté bourru. Le film, bien sûr, prend le contrepied avec ce personnage de petite fille angélique, qui vient au monde avec une certaine naïveté, même si elle n'a pas sa langue dans sa poche.

Weber en 1923 est plus que rompue à l'exercice de style qui consiste à familiariser les spectateurs avec les personnages qui cohabitent dans un environnement bien défini, et elle est très à son aise, même si on sera un peu plus impatient face à des intertitres qui alourdissent inutilement le début en mettant un point d'honneur à nous détailler absolument tout des éléments de l'intrigue, ce qui fait qu'on lit, plus qu'on ne regarde, la première bobine... Elle a recours, aussi, à un symbolisme qui renvoie un peu à son célèbre Hypocrites de 1915, à travers un court insert, qui représente la musique jouée par un personnage, sous la forme d'une danseuse drapée d'un voile diaphane... Une fantaisie qui a du trouver un écho dans une scène ultérieure, mais l'insert en a été coupé.

C'est l'un des derniers films de la réalisatrice, qui voyait le travail se faire de plus en plus rare. S'il n'apporte sans doute pas énormément, c'est un style très personnel, une façon de montrer les personnages, et des préoccupations émotionnelles (liées à la Christian Science, comme souvent) qui sont particulièrement singulières dans le cinéma Américain.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Lois Weber 1923 Muet Comédie **
16 décembre 2025 2 16 /12 /décembre /2025 21:58

C'est en 1921, soit la même année que ses deux superbes films Too wise wives et The blot, que Lois Weber a réalisé pour sa propre compagnie ce film, qui est sans aucun doute son chant du cygne: après What do men want?, pour Lois Weber, plus rien ne sera comme avant, et pour cause: ce film qui étudiait avec un ton acide, les moeurs des couples mariés en usant d'un certain réalisme, franchissait un certain nombre de limites qui n'étaient auparavant pas infranchissables, mais en fin 1921, après les affaires de moeurs qui avaient entaché Hollywood, c'en était fini. Paramount a donc refusé de distribuer le film, Weber s'est retrouvée plus ou moins black-listée. On a encore plus envie de voir le film par lequel le scandale est arrivé.

Deux femmes ont des parcours différents: l'une, Hallie, se marie avec son petit ami, et ils ont tout pour être heureux: il est aisé, il est beau, il a des idées et de la ressource. Elle est belle, évidemment. L'autre est plus mal lotie, son petit ami n'est pas sûr de ses sentiments, et il n'a pas autant de ressource. Elle va donc commettre une bêtise, le genre qui a des conséquences, avec lui, et... il va partir pour fuir la médiocrité de sa vie. Du coup, l'infortunée Bertha se jette dans le lac... Mais la réflexion que se fait Hallie (Claire Windsor) devant l'indifférence de plus en plus appuyée de son mari, c'est que l'une comme l'autre ont raté leur vie... 

C'est dur, et Lois Weber n'a pas son pareil pour peindre avec talent la petitesse tranquille de l'existence, en deux ou trois touches, dans un cadre si simplement proche de la vie. Et pourtant tout tient à une façon d'explorer le détail, le geste de l'un ou l'autre des protagonistes, et de lier les anecdotes entre elles par un thème. Ici, c'est vraiment le questionnement sur la motivation des hommes dans leur commerce avec les femmes: les posséder un soir, ou tout une vie? Les laisser refléter une jeunesse hypothétique, ou les laisser vous accompagner jusqu'au bout? Certains commentateurs de l'époque ont parlé à propos de ce film d'un prêchi-prêcha insupportable, mais bon: c'étaient des hommes, aussi! Et je ne peux pas plus parler du film, dont seules trois bobines sur six ont survécu (les deux premières et la dernière ont disparu!), si ce n'est en disant qu'une fois de plus on est confronté à une justesse de ton (Claire Windsor est magnifique de bout en bout), à une morale visuelle, et à un sens cinématographique uniques en leur genre.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans 1921 Lois Weber Muet **
16 décembre 2025 2 16 /12 /décembre /2025 21:58

C'est en 1921 que Lois Weber a réalisé son dernier film indépendant, que certains considèrent comme son meilleur... Pour ma part, je pense qu'en effet c'est le meilleur de ceux que j'ai vus. Pour bien se faire une idée, disons simplement que le film est de l'importance d'oeuvres, disons, comme Greed, Sunrise, Seventh Heaven, The Kid, Wings ou The last command. Ca calme! Mais soyons sérieux, laissons la distribution inutile de hochets aux nombreux pince-fesses estivaux et annuels, et concentrons-nous sur ce film essentiel, splendide, qui comme si souvent chez Weber, pose les problèmes sans faire semblant de les résoudre, et utilise pour cela le point de vue des meilleurs parmi les êtres humains: les femmes. Et plus particulièrement trois d'entre elles...

Pourtant, c'est paradoxal: elle fait semblant de commencer son film, qui explore les liens sociaux entre les membres d'une même communauté unis par des liens aussi ténus que l'éducation et le voisinage, avec une vision des hommes! Un intertitre, joliment décoré comme le sont beaucoup de cartons des copies en existence, nous dit que les hommes, finalement, ne sont que des garçons, qui ont grandi. Il précède la première séquence, assez cruelle, qui nous montre des étudiants qui ont tendance à chahuter leur professeur, surtout trois sales gosses de riches, qui contrairement à leur professeur mal payé, ont tout ce qu'ils veulent. Nous allons surtout nous intéresser à Phil West (Louis Calhern), un dandy, fils à papa, oisif notoire et coureur de jupons... Mais il y a un lien pourtant entre lui et son professeur, l'auguste M. Griggs (Philip Hubbard): celui-ci est le père de la très jolie Amelia (Claire Windsor), qui travaille à la bibliothèque, un lieu désormais fréquenté chaque jour par Phil, ce qui le change du reste beaucoup... En fréquentant la jeune femme, Phil remarque le dénuement de la famille Griggs, mais aussi le sacrifice d'Amelia qui doit travailler pour compléter la paie de son père. Il va aussi être amené à rencontrer son rival pour les affections de la jeune femme, le pasteur local. Il ne paie pas de mine, mais Phil est très étonné de trouver sa compagnie agréable: c'est que tous les deux ont un bon coup de crayon! Ils seront rivaux, tout en devenant amis. Et le pasteur va apprendre à Phil qu'on est plus heureux en donnant qu'en recevant... Une phrase qui sera cruciale dans la transformation du jeune homme en un adulte bien différent... Pour commencer, il viendra en aide à la famille Griggs.

Mais j'avais parlé de trois femmes. On pourrait en réalité en compter quatre, voire cinq si on compte les chats. Parmi les jeunes oisifs que fréquente Phil lors de soirées arrosées et bien fournies en nourritures chères, la belle Juanita Claredon est une fausse piste: elle est "l'autre femme", celle qui attendrait de devenir Mrs West, mais qui ne le sera pas. Les trois protagonistes importantes sont, outre Amelia, sa mère: Mrs Griggs (Margaret McWade), une femme austère et angoissée devant les difficultés financières, mais à la fierté inébranlable... Ou presque. Elle ne voit pas d'un mauvais oeil le riche West fréquenter sa fille, mais angoisse que leur statut social ne soit trop voyant. Sa seule frivolité est un beau chat, une femelle toujours flanquée de ses deux petits, qu'elle nourrit en fouillant... dans la poubelle du voisin. Et enfin, la troisième est Mrs Olsen, la voisine: son mari est devenu riche en confectionnant des souliers pour dames. Du coup, ils viennent d'acheter une voiture. Mais Mrs Olsen a un ressentiment très fort à l'égard de ses voisins, qu'elle accuse de la prendre de haut parce qu'elle n'est qu'une immigrante. Du coup, elle voit rouge quand un poulet a disparu: elle l'avait mis à la fenêtre dans le seul but d'être désagréable à sa voisine dont elle a deviné les ennuis d'argent. Donc, pour elle, ça ne fait aucun doute: le poulet a été volé par Mrs Griggs.

Le problème, c'est que c'est exactement ce qui est arrivé: sa fille étant malade, l'épouse du professeur d'université a été obligée de céder à cette tentation parce qu'elle craint qu'Amelia n'aggrave son cas. Nous l'avons donc vue voler le poulet, et nous ne sommes pas les seuls, car Amelia l'a vue elle aussi...

Le décor est planté, et comme dans d'autres films de Lois Weber, il s'agit des maisons plus ou moins bourgeoises de la banlieue d'une ville Américaine jamais nommée. Elle fait jouer avec bonheur les acteurs dans des rôles qui se jouent des stéréotypes: Louis Calhern aurait joué le même rôle comme un salaud dans tant de films, qu'on se prend à s'attacher à ce grand nigaud de fils de riche qui apprend à faire le bien sans le crier sur les toits. Et si la rude Mme Olsen a un tel ressentiment à l'égard des Griggs, d'une part elle semble avoir un vécu à cet égard, qui pourrait expliquer cela. Weber évite le piège pourtant si facile de la xénophobie ordinaire, et nous montre d'ailleurs son mari qui lui est ému parce qu'il a vu Mrs Griggs nourrir son chat à partir des poubelles. La mise en scène passe par un sens du détail, car chaque objet, geste, regard, décor, cadrage, comptent. A cet égard Weber est très proche de Stroheim qui ne gâchait aucun endroit de ses plans! Mais elle utilise aussi un symbolisme pédestre, pour inventer une expression! Les personnages mesurent parfois leur fatigue, leur statut social par le biais de leurs chaussures. Un détail qui comptait déjà dans Too wise wives, mais qui renvoie aussi à Shoes, un long métrage de 1916. Et n'oublions pas que M. Olsen fait dans la chaussure! Cet attribut domestique devient donc la mesure de l'état des finances: Amelia porte des souliers éculés, alors que le dernier né des Olsen joue avec des chaussures du stock de papa... C'est aussi un moyen de mesurer le rayonnement: le pasteur constate que ses souliers sont ternes, comparés à ceux de Phil West. Il cherche du cirage, mais n'en trouve pas... Il va appliquer de la graisse d'oie, avant de se rendre chez Amelia... Où une scène Chaplinienne se déroule, durant laquelle le pasteur essaie de garder son sérieux alors qu'un chaton veut absolument lui lécher les bottines!

Et puis Weber utilise avec bonheur le montage et le point de vue, en particulier quand il s'agit de montrer de quelle façon les voisins sont constamment en train de s'épier, qu'il s'en rendent compte ou non; c'est ainsi que nous verrons Amelia à sa fenêtre, puis sa mère s'approchant du poulet, et le prenant, et enfin la réaction horrifiée d'Amelia, qui s'éloigne de la fenêtre avant de quitter la pièce d'où elle a vu cette scène humiliante. Cette scène aura un écho: Amelia désirera s'excuser auprès de Mme Olsen, et la scène est traitée en champ (Amelia, qui craque et pleure) et contrechamp (Madame Olsen, d'abord hautaine et dure, puis adoucie et même transformée par l'aveu... auquel elle va ne pas prêter attention). Le film progresse avec toutes ces petites touches humaines, qui en 90 minutes le rendent si complet...

Phil West gagnera, et le pasteur, ainsi que le jeune Olsen, qui lui aussi en pinçait pour Amelia, seront relégués au second plan. La façon dont les gens se sont rapprochés est traitée humainement, avec chaleur. On voit même West se lancer dans une croisade auprès de son père pour le persuader d'influer sur l'administration de l'université, car il estime que les enseignants doivent être payés à leur juste valeur. C'est cette cause qui retient l'attention dans la dernière bobine, renvoyant aux films à message des années 10; ça me semble être plus une précaution oratoire qu'autre chose, Weber ayant surtout pris soin de se plonger, et nous avec, dans le quotidien de quelques Américains amenés à cohabiter, et qui trouvent de façon inattendue, des affinités et des terrais d'entente... Amelia a trouvé l'amour, le professeur la reconnaissance de ses élèves, et Mme Olsen et Mme Griggs sont devenues complices. Mais les deux hommes qui sont laissés sur le carreau peuvent en témoigner: il y a encore du chemin à parcourir, sans doute.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Lois Weber 1921 **
16 décembre 2025 2 16 /12 /décembre /2025 21:56

On hésite à employer le terme de comédie, car pour Lois Weber, qui a choisi comme principales protagonistes de son film les épouses, le chemin ici est balisé de tessons de bouteille... Et pourtant on est dans un cinéma de la subtilité; cousin de celui pratiqué par Cecil B DeMille depuis 1918, quoiqu'en plus subtil... Et ce film semble par bien des aspects anticiper sur des oeuvres aussi essentielles que les films de Lubitsch (Notamment The marriage circle, ou encore Lady Windermere's fan) et bien sûr l'admirable A woman of Paris de Chaplin...

Mr et Mrs David Graham sont mariés depuis peu, et Mrs, interprétée par Claire Windsor, a à coeur de tout faire pour conserver l'amour de son mari (Louis Calhern). En même temps il fait conserver à celui-ci un semblant de vie et d'effort, ce qui la pousse à constamment reconsidérer son rôle d'épouse. Ce qui n'est pas le cas de Mrs John Daly; celle-ci (Mona Lisa), mariée surtout pour pouvoir profiter de la rassurante protection de la fortune de son mari (Philipps Smalley), a pris l'habitude de ne lui dire que ce qu'il a envie d'entendre, et de garder la vérité pour elle. Les deux femmes évoluent dans le même cercle, mais Mrs Graham apprend que son mari et Madame Daly se connaissaient avant qu'elle-même n'entre dans la vie de David. et quand la belle ténébreuse les invite pour un week-end, elle pense que l'intrigante s'est décidée à tenter de reconquérir son ancien amant... Et elle a raison. mais rien ne va arriver comme prévu...

Deux couples, mariés de fraîche date, qui n'ont d'ailleurs pas encore d'enfant. Les dames votent depuis peu (c'est en 1918 qu'elles ont eu accès à cet avantage autrefois réservé aux hommes, mais à voir la façon dont les deux femmes "gèrent" leurs maris, on sent bien qu'elle savent depuis longtemps tirer les ficelles. Le chemin, pour les deux femmes (en particulier pour Claire Windsor) est parfois très douloureux, et la réalisatrice s'est ingéniée à tout le temps contraster les points de vue féminins et masculins, et les opposer sur le même théâtre des opérations... Et elle a choisi de montrer un week-end dans une immense maison, tellement immense, que la pièce change à chaque scène! Ainsi confrontées à un dédale de possibilités pour leur couple respectif, les deux femmes vont passer un week-end de conflit intérieur qui aurait pu être bien plus brutal... L'essentiel de la bataille va se faire autour d'une lettre parfumée. Faut-il l'ouvrir, ou pas?

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1921 Lois Weber **