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25 octobre 2020 7 25 /10 /octobre /2020 22:40

Au Canada, deux jumeaux reçoivent une quête en héritage de leur mère (Lubna Azabal) récemment décédée: ils doivent retrouver leur frère, né dans un pays qui aurait pu être le Liban 40 années auparavant, et enlevé à sa mère à cause d'un contexte religieux douloureux. Ils n'en ont jamais entendu parler... Ils doivent aussi retrouver leur père, dont ils ne savent rien (si ce n'est que leur mère leur a toujours dit qu'il était mort durant la guerre), et remettre aux deux hommes, chacun, une lettre... Jeanne (Mélissa Désormeaux-Poulin) se met en route, mais Simon (Maxim Gaudette) reste en retrait, toute cette aventure lui rappelle trop bruyamment que sa mère n'a pas été là pour lui aussi fortement qu'il l'aurait voulu... Et sur place, Jeanne va découvrir que les plaies du passé ne sont toujours pas refermées.

Le film alterne les flash-backs, qui ont l'étrange mais séduisante manie d'en dire plus au public qu'aux protagonistes, et le périple initiatique des deux jumeaux, qui vont apprendre à connaître et comprendre le douloureux parcours de leur mère: Chrétienne dans un pays divisé, mais confrontée lors de la quête de son fils à la façon dont les siens tentent de faire régner la terreur, elle a fini par aller de l'autre côté et accomplir des missions de terrorisme pour les musulmans. Arrêtée, elle a été torturée et violée durant quinze atroces années dans une prison... Et le film, bien sûr, se refuse à choisir son camp entre les combattants d'un conflit meurtrier, saisi dans toute l'horreur de sa vérité atroce, avec un réalisme d'urgence, par un metteur en scène doué, mais jamais frimeur.

A ce titre, les tours de force abondent, sans jamais trop faire dans la pyrotechnie, à une exception sans doute: la scène de la prise de conscience se déroule dans un bus arrêté en pleine région musulmane par les Chrétiens. Nawal Marwan qui voyage incognito est soudain plongée dans l'horreur: exécutions sommaires, puis fusillade et enfin mise à feu du bus avec les derniers survivants dedans... une scène atroce, qui s'achève par la mort d'une enfant, fusillée à bout portant.

Loubna Azabal, qui doit incarner la même personne sur une distance de quarante années à peu près (mais cette donnée chronologique reste volontairement floue), porte le film sur ses épaules, et interprète avec une impressionnante conviction le rôle de Nawal Marwan. A travers toutes les horreurs qu'elle vit, commencées par un amour mal venu (Nawal était amoureuse, et enceinte, d'un musulman, qui sera exécuté sous ses yeux par ses propres frères), le personnage porte en elle toute la douleur du monde, et finira par comprendre (et nous avec, au terme d'un périple hallucinant) que l'horreur ne cesse jamais, et qu'on risque fort de l'emporter avec soi où qu'on aille, y compris quand on immigre au Québec... Les deux jumeaux, qui sont fort différents, représentent tous deux les deux options possibles face au problème qui leur est présenté: une indifférence bien pratique, mais frustrante pour Simon, qui finira par suivre sa soeur dans la quête impossible qui leur est présentée... Et une soif de s'accomplir pour la mathématicienne Jeanne qui sait que l'inachèvement de sa quête devrait forcément la frustrer intellectuellement, mais qui va très vite se heurter à un mur, venant en touriste remuer le passé dans un pays aux blessures encore vives.

Enfin, et ce n'est pas rien, le film de Villeneuve truffé de références aux maths (un protagoniste dit à un moment que les mathématiques pures, c'est de devoir résoudre des problèmes insolubles, qui vont déboucher sur des problèmes insolubles...) choisit de démontrer que parfois, 1 + 1 = 1.

 

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Published by François Massarelli - dans Canada Denis Villeneuve
25 octobre 2020 7 25 /10 /octobre /2020 17:10

Un couple Grec qui a choisi de passer ses vacances dans une île paradisiaque avec leurs deux filles réalise qu'ils s'ennuient à mourir. Au point de souhaiter que quelque chose arrive...

Exaucés: c'est la fin du monde. Seulement le départ immédiat est difficile quand c'est la fin du monde, qu'il n'y a aucune connexion, qu'a priori il n'y a pas non plus de bateau pour rallier la côte... Et d'ailleurs, pour faire quoi?

C'est sans doute un portrait de l'ennui, en même temps qu'une étude maline sur l'embarras: comment gérer la fin du monde quand elle arrive vraiment autour de vous? Avec un présupposé pareil, et la promesse d'un décalage entre le farniente de vacances méditerranéennes et les affres d'une apocalypse, on aurait pu obtenir un court métrage formidable, mais celui-ci hésite constamment entre l'absurde salutaire et la narration à distance, avant de se noyer dans une non-fin pas vraiment accomplie...

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Published by François Massarelli - dans Comédie
23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 10:38

Les aventures tout sauf mémorables de deux troufions (Wallace Beery, Raymond Hatton), engagés malgré eux dans le conflit mondial, et cherchant par tous les moyens à échapper à toute forme d'héroïsme...

Perdu depuis longtemps, le film est aujourd'hui de nouveau visible à la faveur de la découverte à Prague de trois fragments, dont deux sont assez longs. Il en subsiste désormais 23 minutes... Il est sûr que le film à l'époque de sa sortie était bien plus intéressant que ne nous laissent imaginer les fragments disponibles, sur lesquels on ne va paradoxalement pas s'appesantir, car ce film est désormais condamné à n'être qu'un prétexte, un de plus, pour parler de Louise Brooks.

Pour commencer, rappelons les faits: à la faveur de trois films Européens (Die Büchse der Pandora mieux connu ici sous le titre de Loulou, Das tagebuch einer Verlorenen ou Journal d'une fille perdue, et enfin Prix de beauté, les deux premiers de G.W. Pabst, le dernier d'Augusto Gennina), on a de l'actrice une image assez erronée, celle d'une star ultime du cinéma muet. ..Ce qu'elle est effectivement pour ces trois productions! Pourtant quand Pabst l'engage, c'est une starlette lessivée, qui n'a absolument pas percé malgré un important nombre de participations à des films de premier plan... Elle a vu son rôle amoindri dans son dernier film Américain, the The Canary murder case qui aurait pu lui apporter une plus grande notoriété, et sa voix (il était partiellement parlant) doublée par quelqu'un d'autre... En retournant aux Etats-Unis en 1930, ça a été pire: condamnée à interpréter des tout petits rôles dans des films peu glorieux, puis à ne jouer que dans des films produits à l'écart des grands studios, Louise Brooks a fini par prendre sa retraite en 1938. Si tout le monde s'accorde à reconnaître aujourd'hui l'importance en particulier de sa période muette, il est triste de constater que tant de films de tout premier ordre (The American Venus, de Frank Tuttle, ou The city gone wild, de James Cruze) n'aient pas survécu, tout comme il est embarrassant de voir que jusqu'à 1928, elle a surtout été considérée comme une aimable silhouette à laquelle on confiait des rôles, disons, "esthétiques"... 

C'est le cas ici, où elle interprétait une paire de jumelles, Griselle et Grisette, dont seule une a survécu au cruel destin de la pellicule nitrate, et encore: devenue le seul argument sérieux pour regarder ces 23 minutes, Louise Brooks n'y apparaît (plus ou moins vêtue d'un affriolant tutu noir) que durant deux minutes...

Image 1: Grisette, image 2: Griselle

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1927 Comédie Première guerre mondiale Louise Brooks **
23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 08:37

Ce tout petit film, du haut de ses 18 minutes, fait partie de ce qu'on pourrait appeler les "pré-Laurel & Hardy"... Des films basés sur une formule éprouvée, dans lesquels l'intrigue servait de prétexte à un déferlement d'interactions comiques entre les comédiens, car Hal Roach était à la recherche d'une équipe qui pourrait apporter à son studio beaucoup; comme chacun sait, il allait la trouver, mais pas ici!

Donc Glenn Tryon et Vivie Oakland sont mariés, et les affaires ne sont pas florissantes. Recevant la visite d'une acariâtre et richissime tante, ils vont devoir prétendre que le divorce de madame n'a pas eu lieu, car en plus Tantine est très vieux-jeu... On demande donc à Oliver Hardy, le premier époux, de rejouer son rôle; sauf que le deuxième mari, lui, a les plus grandes difficultés à accepter la situation!

On cherche Laurel à l'écran, on ne le trouvera pas: il aurait pu interpréter un rôle secondaire, mais sa contribution se limite à une participation au scénario, et aux gags, et ce ne sont pas ce qu'on pourrait appeler des titres de gloire! L'inspiration, peut-être due au rythme imprimé par le superviseur F. Richard Jones, est largement tributaire du style Sennett, ses situations scabreuses, ses gags physiques et ses coups de pied aux fesses. Cela dit, Hardy fait consciencieusement son travail, et Martha Sleeper illumine de sa présence les 5 premières minutes...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Laurel & Hardy
22 octobre 2020 4 22 /10 /octobre /2020 18:41

1967, à Detroit, Michigan: la ville est en ébullition et une série d'incidents durant lesquels la police et la communauté noire se font face met le feu aux poudres. Deux jeunes Afro-Américains, un chanteur qui a été empêché de se produire sur scène à cause de l'émeute, et un de ses copains, se réfugient dans un motel, où ils décident de prendre du bon temps en attendant la fin du couvre-feu. Mais la situation dégénère, et la police investit les lieux après avoir entendu des coups de feu: il s'agissait d'une arme inoffensive, mais l'un des agents présents n'en démord pas, il prend un groupe de personnes en otage et va appliquer méthodiquement une forme de torture mentale afin qu'ils lui donnent des renseignements sur une arme qu'aucun d'entre eux n'a vue... Jusqu'à ce qu'un des policiers présents dérape. 

l'anecdote est authentique, et il convient d'ajouter deux détails (dont au moins un est avéré): le policier responsable de l'arrestation qui dégénère fait l'objet d'une enquête, suite à une arrestation qui s'est finie en fusillade; d'autre part, et c'est justement ce qui est clairement authentique, les noirs qui font l'objet de la prise d'otages sont accompagnés de deux jeunes femmes blanches, qui vont subir de la part des policiers toutes es vexations possibles: insultes, allusions à leur sexualité supposée débridée et dégénérée, et bien sûr elles vont être accusées de se livrer à la prostitution. Mais leur présence va en tout cas mettre le feu aux poudres et chauffer à blanc les nerfs des policiers qui vont se déchaîner contre les jeunes hommes qu'ils ont appréhendé un peu au hasard...

Est-ce en réaction aux attaques qu'elles a reçues après Zero dark thirty? en tout cas, Kathryn Bigelow prend ici fait et cause totalement contre les bavures, la torture morale, l'impression d'impunité de la police, qui là encore tient du fait historique. Le film du coup, dont l'exposition est exemplaire et mélange avec adresse les prises de vues fictives et les images d'archives, afin d'ancrer une bonne fois pour toutes le film dans la réalité; et la cinéaste, sans doute échaudée, a pris ses précautions: à la fin, un carton nous explique que les faits ont été recréés aussi fidèlement que possible, des débuts des émeutes jusqu'au procès (qui sans surprise a débouché sur un non-lieu), mais qu'un certain nombre de faits spéculatifs ont été aussi ajoutés pour pouvoir donner de la cohérence au récit...

Et le résultat est exceptionnel: on le sait depuis longtemps, Bigelow s'est fait une spécialité de construire ses films en direction d'un suspense formidable, mais cette fois-ci, elle commence tout de suite, dès la première minute, et maintient la pression (y compris au procès) jusqu'au bout... C'est un film épuisant, du coup, d'autant qu'il a pour effet de provoquer une forte indignation. Et cette indignation, on s'en doute, tombe à point nommé, puisque l'atmosphère de guerre inter-ethnique dont parle le film est restée valide jusqu'à aujourd'hui, et a tendance même à essaimer dans d'autres pays. Certes, on n'avait pas besoin qu'on nous le rappelle, mais une fois de plus, Kathryn Bigelow utilise le cinéma pour secouer le spectateur dans le bon sens...

 

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Published by François Massarelli - dans Kathryn Bigelow
22 octobre 2020 4 22 /10 /octobre /2020 12:57

En Norvège au début du siècle, la petite Anne est une espiègle enfant, qui passe son temps à faire les quatre cents coups avec son frère Haldor. C'est généralement elle qui inspire les r=tours pendables dont invariablement elle le laisse endosser la responsabilité et donc, la punition. Jusqu'au jour ou sa mère ou du moins celle d'Haldor lui fait comprendre qu'elle va devoir prendre ses distances car elle n'est que tolérée dans le foyer qui l'a recueillie, et qui maintenant le regrette! Elle apprend de la bouche de Jon, le garçon de ferme qui est toujours gentil avec elle, qu'elle est effectivement la fille d'une gitane qu'on a retrouvée morte après son accouchement, et que c'est uniquement par charité Chrétienne qu'on l'a adoptée...

Des années après, devenue une jeune femme, Anne (Aasta Nielsen, rien à voir avec l'actrice Danoise au nom presque similaire) a gardé sa complicité avec Haldor et celui-ci va bientôt devenir le maître de sa ferme. Il assure à sa presque soeur qu'une fois qu'il sera le patron elle aura sa place à ses côtés, mais elle n'en croit rien... De son côté, Jon aimerait bien lui demander sa main...

C'est l'un des premiers films tournés en Norvège, le premier avec une équipe Norvégienne. On ne s'étonnera pas d'y trouver un décor rural et une intrigue mélodramatique car ces éléments vont devenir monnaie courante durant toute la décennie et ne jamais vraiment pouvoir concurrencer les autres films venus d'Europe. Breistein n'est pas un grand novateur, et son intrigue parfois convenue se déroule conformément aux usages en vigueur dans le mélo, mais sa direction d'acteurs en particulier est impeccable... Quel dommage que les acteurs employés n'aient jamais vraiment l'âge de leurs rôles! Sinon, la rude campagne dans les régions de Fjords, les solides cabanes en bois, une utilisation intelligente des décors existants... Le film fait tout pour mériter sa place d'acte fondateur de toute une cinématographie. 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 **
21 octobre 2020 3 21 /10 /octobre /2020 12:08

C'est en 1940 que le département «Kulturfilm» de la UFA sort ce court métrage de 12 minutes, monté sous la direction de Werner Buhre. Pour la compagnie, il s'agit de produire des programmes fourre-tout, exploitable sur l'ensemble du territoire Allemand, et donc ne portant pas à la moindre pensée politique...

Ce sont des chutes de Tabu, concernant essentiellement deux scènes entièrement faites de plans inédits: la première, qui est présente dans le film sous une forme bien différente, est le fameux cliché aperçu dans tous les films situés dans les Mers du Sud (voir à ce sujet Tabu, mais aussi Bird of Paradise de King Vidor qui lui doit beaucoup, et bien sûr différentes versions de Mutiny on the Bounty qui ne se privent pas de revisiter le cliché): un bateau arrive alors toute la tribu se précipite sur des bateaux de fortune pour aller jeter un œil aux nouveaux arrivants. La séquence présente une série d'images ethnographiques, prises aussi bien par Floyd Crosby que par Robert Flaherty, et mises bout à bout, finissent par faire ce que Tabu ne fait jamais: rabaisser les Polynésiens au statut de grands enfants...

La deuxième séquence est une pêche, là encore filmée d'un point de vue ethnographique, avec une dimension clairement documentaire. D'une certaine façon, on reconnaît, bien plus que dans le long métrage achevé, la patte de Flaherty, ce qui confirme que l'ombrageux Irlandais n'était pas là pour faire que de la figuration au début du tournage. Mais Robert Plumpe, le frère de Murnau, a aussi tenu à souligner que son frère préparait au moment de sa mort un nouveau film, qui s'orienterait vers une exploration documentaire des îles où il a tourné Tabu, et que certaines des séquences écartées du montage de son drame, étaient justement prévues pour figurer dans ce nouveau projet, que Plumpe disait devoir s'appeler Islands of happiness. Voilà qui donne à se montage tardif des chutes (rapatriées vers l'Allemagne et rendues à la famille du cinéaste) un statut particulier...

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Published by François Massarelli - dans Friedrich Wilhelm Murnau Muet
21 octobre 2020 3 21 /10 /octobre /2020 11:45

L'adultère, depuis toujours, est l'une des sources les plus importantes de la fiction, et bien évidemment le cinéma, à commencer par la comédie, n'est pas en reste... Take this waltz (dont le titre nous parle du moment où on va se laisser aller à accepter une danse) est donc une variation sur ce thème, qui est remarquable parce qu'elle nous donne à voir une aventure inéluctable, depuis sa tentation jusqu'à son accomplissement, en évitant justement le piège boulevardier. C'est une comédie, mais l'heure n'est pas à la franche rigolade...

A Toronto, Margot (Michelle Williams) et Lou (Seth Rogen) sont mariés, et amoureux certes, mais Margot a du dépit: son mari prépare un livre de cuisine consacré aux mille et une façons d'accommoder le poulet, et a finalement peu de temps à lui consacrer. Lors d'un séjour qu'elle effectue seule (elle écrit et a pour mission de reprendre la rédaction de guides touristiques) elle rencontre Daniel (Luke Kirby) sans savoir que ce dernier habite seul en face de chez elle. Ni Daniel ni Margot ne cachent à l'autre son attirance, mais la jeune femme résiste, car elle ne voit pas comment éviter de faire du mal à son mari...

Oui, c'est une comédie, une évocation douce-amère de la dangerosité des sentiments, rythmées par des rencontres souvent drôles entre les deux non-amants, et des dialogues brillants mais jamais m'as-tu-vu. Et Sarah Polley épouse dès le départ le point de vue unique de Margot, coincée entre l'attrait de la nouveauté, l'attirance évidente de Daniel d'une part, et la profonde tendresse qui la lie à Lou. Et ce dernier n'est jamais diabolisé, que ce soit par la jeune femme ou par Daniel. 

Par contre, Sarah Silverman joue ici un rôle-clé; elle interprète la soeur de Margot, une alcoolique repentie qui va, lors d'une scène qui la voit replonger, asséner à sa soeur une leçon cuisante: l'une est alcoolique, l'autre a voulu partir de chez elle, mais les deux sont finalement faites du même moule: une façon comme une autre de minimiser la nouvelle histoire d'amour dans laquelle Margot va s'engluer... La comédie est donc définitivement triste.

Mais Sarah Polley a aussi su mettre le public du côté de la jeune femme par un moyen simple: la toute première séquence, qui voit Margot faire la cuisine, avec une forte impression de solitude; une silhouette d'homme confirme qu'elle n'est pas seule, mais le regard de Margot en dit long: cette femme n'est pas heureuse en couple... La séquence suivante nous la montre s'évadant... Oui mais la première séquence est-elle une représentation de Margot et Lou, ou Margot et Daniel? La réponse est dans le film...

Pour finir, il y a une scène du plus haut érotisme dans le film, et durant cette courte séquence, les deux protagonistes (Margot et Daniel) ne quitteront ni le café où ils prennent un verre, ni leurs vêtements; ils ne se toucheront même pas: Margot demande au jeune homme ce qu'il lui ferait s'il en avait l'occasion... La réponse fait son petit effet!

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 09:28

Frank Serpico est un jeune policier plein d'idéaux, de convictions et d'avenir lorsqu'il est titularisé et placé dans un commissariat... Il va vite déchanter, placé devant une insupportable situation de corruption généralisée. Il se révolte, refuse les pots-de-vin qui lui sont généreusement attribués, puis constate que l'ensemble du système de la police de New York semble obéir aux mêmes règles laxistes... Il décide d'en référer en haut lieu, mais il se rend vite compte que l'affaire ne semble jamais vraiment devoir s'ébruiter...

C'est intéressant, de voir que Lumet semble avoir construit son film non sur une évolution, mais bien plus sur un pourrissement, une réalisation de plus en plus évidente pour le jeune policier interprété par Al Pacino, du fait que plus il en sait, pire c'est. Par contre, le personnage lui évolue, depuis la jeune recrue sage jusqu'au hippie caractérisé qui demande à un de ses supérieurs de le laisser porter une énorme moustache et s'habiller à sa guise, parce qu'il pourra ainsi infiltrer les milieux les plus interlopes... Et ça marche: il devient l'un des premiers flics de New York à porter cheveux longs et gilets afghans hirsutes. 

L'histoire est vraie, et Serpico dont on nous détaille la vie héroïque (sa carrière s'est finie sur une action d'éclat) est un rôle dont Pacino s'est saisi avec la gourmandise qui le caractérise: je pense qu'il en a parfois fait un peu trop, mais que voulez-vous? C'est Al Pacino, donc on ne pouvait pas s'attendre à autre chose. Mais par moments, en interprétant souvent de manière silencieuse et réfléchie un type qui a gardé un vieux fond de naïveté et qui découvre la corruption généralisée autour de lui, il est touchant, et... subtil. Le film de Lumet, qui a depuis 12 angry men accumulé les sujets à controverse, est un portrait féroce d'une police devenue un vrai repaire de mafieux, et n'a pas du plaire dans tous les milieux. A son actif, le film possède un naturel impressionnant, assez typique d'un style 70s dont Lumet est l'un des éléments fondateurs: prises de vue en pleine rue, montage nerveux, réalisme et crasse à tous les étages... Mais le film souffre de sa monomanie: on finit par croire que la police n'a pas grand chose d'autre à faire que de ramasser les dividendes de sa corruption à force de ne voir dans le film Serpico se battre que contre ses collègues. Il en sort une impression de lourdeur et de manichéisme parfois irritants, somme toute.

Cela étant, avec Serpico, Lumet redéfinit complètement le film policier, pas seulement la vision de l'officier de police: et ce réalisme sordide dans lequel sont plongés ses personnages aura des répercussions sur un cinéma en pleine mutation, comme souvent ses films en ont le pouvoir.

 

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Published by François Massarelli - dans Sidney Lumet
19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 11:06

Le titre est typique des noms de codes que peuvent donner l'armée Américaine à des opérations ciblées: en réalité, ça veut tout simplement dire minuit et demie en langage militaire Américain. Le film raconte la traque, qui a duré une dizaine d'années, d'Oussama Ben Laden, suite aux attentats du 11 septembre 2001. Une traque menée essentiellement par une jeune femme, recrue récente de la CIA, qui a estimé un jour qu'en s'obsédant à arrêter, appréhender et cuisiner des sous-fifres, on temporisait: il fallait, pensait-elle, s'attaquer à la tête du mouvement Al-Qaeda.

Je ne vais pas attendre plus longtemps: oui, il y a des polémiques, des soupçons idéologiques qui pèsent sur le film, en raison d'un certain nombre d'interprétations de la critique; en voici deux, les plus courantes: en montrant comme elle le fait une jeune recrue amenée à découvrir la réalité de la torture, puis conduite à s'y familiariser et enfin à la pratiquer sans honte ni remords, obtenant même des résultats au passage, Kathryn Bigelow s'est vue accusée d'en faire l'apologie. Pourtant c'est un fait avéré de l'histoire, un maillon essentiel même de la chaîne d'événements qui nous est montrée: oui, la torture, autorisée par l'administration Bush, a été utilisée pour obtenir des renseignements, et a porté ses fruits. C'est un fait. Ensuite, en appelant son film du nom de code donné à l'opération même, elle prenait le risque qu'on lui reproche de se faire la voix de l'armée Américaine... Ca n'a pas loupé. Il s'est même trouvé quelques bilieux pour soupçonner que la touche féministe du film (qui nous montre quand même un petit bout de bonne femme interprétée par Jessica Chastain mettre une pile à la CIA, l'administration frileuse d'un président et du coup à Ben Laden soi-même) ne soit que le verre d'eau servant à faire passer la pilule d'un film qui ne pouvait être que d'extrême droite... Bref.

Non, Zero Dark Thirty est film précieux parce qu'il ne minimise rien, qu'il ne prétend pas, n'interprète pas: il nous donne à voir dix année de travail de fourmis, un travail qui a vraiment eu lieu, pour des gens qui ont tout abandonné, leur confort, leur vie pépère, pour finalement régler un problème qu'on pourrait qualifier de vengeance, celle d'une société toute entière; Maya (Chastain, qui n'est identifiée durant le film que sous ce prénom) n'est pas un chevalier blanc, une héroïne de bons sentiments, mais une technicienne, une spécialiste à la Hawks, quelqu'un qui a un travail à faire et qui le fait: "sometimes, a woman's gotta do what a woman's gotta do"... Et ce qui donne son prix au film et l'éloigne de tout commentaire idéologique bien-pensant, est justement qu'une fois la mission accomplie, Maya va disparaître de nos écrans, de nos radars, et du film. Celui-ci nous mène d'un point A à un point Z, en passant par les 24 autres lettres...

Et c'est passionnant, mais paradoxalement, ça repose sur des faux départs durant une bonne heure, une façon comme une autre de nous dire que, si leurs méthodes musclées ont parfois obtenu des résultats qui ont permis des étapes décisives, les errements de l'administration Bush ont quand même sérieusement empêché le but poursuivi in fine par les services de renseignement: trouver le leader de l'organisation terroriste la plus influente de l'époque, et comme le souhaitait Bush devant les caméras à l'époque, "smoke him out", le faire sortir de son trou par la force. Alors que son on critique en effet l'administration Obama pour ses pudeurs face aux grands moyens, ils sont aussi montrés comme des gens soucieux de ne pas se tromper avant de lancer un assaut qui pourrait mener à un chaos plus grand encore. 

Et Bigelow construit son film en fonction de ce résultat inéluctable, poursuivi par tous: retrouver le responsable de l'horreur, et l'éliminer. Du coup, comme elle sait si bien le faire (montage, dosage inné des plans, montée en tension), elle nous assène deux séquences au suspense à couper le souffle; pour l'une, Maya sera témoin extérieur, et elle sera courte, mais intense. L'autre, l'opération proprement dite, occupe les cinquante dernières minutes, racontées par le menu à un public qu'on a préparé, une pure leçon de pédagogie cinématographique, qui fait ce que Spielberg fait toujours, ce que faisait Hitchcock aussi: nous montrer ce que nous ne savions pas que nous pourrions voir un jour et nous le faire partager à 100%.

...Alors ça pique? Oui, et c'est normal: personne n'a jamais dit qu'une vengeance était supposée être confortable. 

 

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Published by François Massarelli - dans Kathryn Bigelow