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21 septembre 2020 1 21 /09 /septembre /2020 17:02

Voici l'un des films (les autres sont, sans aucune espèce de doute, les comédies musicales de Busby Berkeley à la Warner, Baby Face et le malheureux film Convention city sacrifié sur l'autel du retour à la morale) qui a probablement rendu le retour du code Hays totalement inévitable...

Des escrocs à peine sortis de prison (Robert Armstrong, James Gleason) lancent une affaire pour se remettre en selle: sous le couvert d'une reprise d'un magazine consacré au sport et à la santé, ils souhaitent se faire un maximum d'argent en exploitant sans vergogne les corps suggestifs des athlètes et les bas-instincts des lecteurs et lectrices potentiels... Ils vont aussi essayer de lancer une auberge de la santé pour y organiser des parties fines aux dépens de leurs athlètes. Ceux-ci, en bons petits soldats, s'offusquent et vont leur rendre la monnaie de leur pièce.

Cette charmante comédie un peu foutraque, avec dans les rôles principaux Buster Crabbe et Ida Lupino en athlètes très propres sur eux, est un hallucinant film, qui tire dans tous les coins, exploitant avec aussi peu de scrupules les corps des athlètes que les personnages, tout en déroulant une morale qui paraît acceptable... mais est aussi douteuse: c'étaient les années 30, et elle fait tomber le film, parfois, dans le giron du fascisme (Ah! ces corps parfaits, qui défilent au pas) qui fascinait tant Hollywood à l'époque. 

Et sinon, il convient de se poser la question: l'actrice Toby Wing était-elle la Ward Bond de l'époque pre-code? la preuve en image:

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pre-code
20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 16:12

Sally Trent (Claudette Colbert) a une fille, mais le père est parti sans laisser d'adresse... Priée de laisser son appartement, elle n'a pas d'autre solution que de placer sa petite dans un orphelinat pour qu'elle soit adoptée. Chanteuse, elle va grimper les échelons des jobs pour night club, puis être repérée par le dirigeant d'une radio locale (Ricard Cortez): elle va devenir célèbre sous une nouvelle identité, celle de Tante Jenny, présentatrice un peu délurée d'un programme sponsorisé pour enfants. Elle va utiliser cette fonction pour tenter de retrouver sa fille...

C'est un rôle remarquable qui permet à Claudette Colbert de nous livrer le grand jeu! Elle y est formidable, accompagnant sans grand effort les changements permanents d'ambiance et de genre, entre la comédie salée typique des films pré-code, et mélodrame bien assumé. Pas une scène ne semble de trop, et le personnage et son drame sont suffisamment prenants pour qu'on y adhère. A sa façon, c'est devenu un classique de la période.

Pour ceux que ça intéresse, c'est aussi l'un des nombreux, très nombreux films où on peut apercevoir Toby Wing, modèle et starlette souvent utilisée dans les comédies de l'époque pour sa plastique. Elle n'y prononce pas un mot... Je m'en voudrais toutefois de ne pas mentionner les scènes où Claudette Colbert chante (si c'est bien elle, elle pourrait avoir été doublée): son vibrato est insupportable... Mais au moins elle chante juste, contrairement à quelqu'une.

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code
20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 16:04

C'est l'un des grands films de Freleng, basé sur une situation forte et clairement identifiée pour le spectateur, dans laquelle il prend le parti et le point de vue d'un personnage fort mais qui sera victime des événements: c'est la formule qui a été à la base de tant de ses films, notamment avec Sylvester (et l'autre, là, l'oiseau) le chat. Et justement, ce dernier est dans la maison au moment où il entend ses maîtres partir pour des vacances en Californie. Ben oui, mais ils ont oublié de sortir le chat... Et le chat c'est lui.

Bien sûr, pas de lait, et personne pour le nourrir... Il trouve bien la réserve de nourriture, avec un grand nombre de boîtes (thon et saumon). Mais pas l'ouvre-boîte: celui-ci est en possession d'une souris qui va beaucoup s'amuser...

C'est enlevé, très drôle et la situation minimaliste est exploitée à bon escient jusqu'au bout. Comme de juste, dans un film qui ferait presque penser à ceux de Chuck Jones avec le coyote tant la situation est proche, le chat va souffrir, et l'absurde et la violence vont subir une escalade notable.

 

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Published by François Massarelli - dans Friz Freleng Animation Looney Tunes
20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 15:58

Un chat affamé s'approche d'un canari vaguement endormi... Et ce pour la première fois. On oublie que c'est Clampett qui a inventé cette situation et ce personnage de petit oiseau en apparence famélique, mais qui dispose de ressources insoupçonnées tellement il est inventif, odieux, méchant et sans pitié. car vous n'allez pas me dire que  Tweety est le héros des films qu'il a ensuite gratifié de sa présence? 

En revanche, si par hasard (dans Kitty kornered) Clampett a effectivement inventé le design d'un chat proche de Sylvester, qui parlait avec un sérieux cheveu sur la langue par la voix de Mel Blanc, ici, c'est un gros matou doté d'un bide conséquent. C'st donc la deuxième fois (Après A tale of two kitties) que Clampett anime Tweety, et c'est aussi la dernière... Je me demande ce qu'il a bien pu penser de la suite des aventures de son canari.

 

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Published by François Massarelli - dans Looney Tunes Bob Clampett Animation
20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 11:11

Le film de Philippe de Broca a pour point commun avec le roman de Jules Verne qu'il adapte une morale, simple mais efficace: le malheur fait le sel de la vie... Pour le reste, de Broca a considérablement dépoussiéré l'intrigue la transformant en l'histoire d'un riche Français des années 60, Arthur Lempereur (Jean-Paul Belmondo), playboy devenu suicidaire par ennui: il a tout, et n'a rien à attendre de la vie.

Tout à coup il n'a plus rien pourtant: il apprend sa ruine, et entend bien réussir son suicide. Mais un ami, le philosophe Mister Goh (Valerii Inkijinoff), lui propose de le faire tuer. Arthur accepte, mais très vite il va se raviser: il rencontre l'amour en la personne de la jolie Alexandrine Pinardel (Ursula Andress), et la menace permanente de la mort lui a redonné envie de vivre. Seulement pour revenir en arrière il lui faut retrouver M. Goh...

C'est bien sûr après le succès de L'homme de Rio que de Broca a mis ce film en chantier, co-production internationale qui sera distribuée par United Artists! Le ton est à la comédie à cent à l'heure, à la poursuite d'un Belmondo qui s'amuse autant que le spectateur, sans jamais totalement prendre au sérieux ce film gentiment farfelu. D'ailleurs, on attendait Jules Verne, ce fut Hergé qui arriva: Jean Rochefort, magistral de bout en bout, porte la livrée (noire et jaune) d'un domestique et suit son maître du début à la fin; il s'appelle Léon mais on a une irrésistible envie de l'appeler Nestor... deux inquiétants personnages qui s'avèreront finalement amicaux, Cornac et Rocantin (Paul Préboist et Mario David) sont un démarquage des Dupondt. Un gag dans un aéroport est directement tiré de Tintin au Tibet. D'ailleurs le Tibet? On y va! Arthur Lempereur porte une tenue inspirée de celle du héros de Hergé, mais le pull est rouge vif au lieu de bleu...

C'est plus que plaisant, loufoque de bout en bout; parfois on baillera peut-être un peu tellement Belmondo qu'on ne connaissait pas encore comme le cabot de ses années Audiard (et un couscous poulet, un!) en fait des tonnes. Mais que voulez-vous? Il y a ici un je-ne-sais-quoi de l'enfance, un rien psychédélique avant l'heure à souhait, qui peut enchanter... Et on voyage loin de notre lugubre Aube, de nos Ardennes ou de la morne Vendée, et pour pas un rond: Hong Kong, l'Inde, l'Himalaya... 

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Philippe de Broca
20 septembre 2020 7 20 /09 /septembre /2020 10:45

L'Enfer de Dante, oeuvre majeure à n'en pas douter, a subi le flirt du cinéma dès 1911, à travers l'un des tous premiers longs métrages, à une époque où l'industrie n'avait pas encore réussi à compartimenter les films en fonction de leur durée. La version Italienne, donc, pionnière en bien des points, établissait dès cette époque qu'il convenait de suivre les illustrations magistrales de Gustave Doré, entre autres choses. Mais contrairement à cette version Fox de 1924, c'était une adaptation du texte de Dante, et non une extrapolation moderne...

Le vieux et richissime Mortimer Judd (Ralph Lewis) subit des assauts répétés: les pauvres gens qui vivent dans ses logements se plaignent de leur insalubrité, et pour toute réponse il les envoie se faire voir ailleurs; son fils lui reproche son avarice, et le père lui renvoie la balle et le traite de fils prodigue; son épouse est malade et coûte de l'argent, il l'envoie promener elle aussi... Un voisin, ruiné à cause lui, lui envoie symboliquement un exemplaire de L'Enfer de Dante, illustré par Gustave Doré, pour lui faire la leçon. Alors qu'il le lit, absorbé, un démon apparaît et le conte prend vie...

Tout le film est situé sur une nuit, et c'est l'un des aspects les plus frappants: l'histoire moderne et les évocations poétiques de Dante aux enfers partagent une même dominante sombre dans laquelle les techniciens et décorateurs de la Fox ont créé un monde étonnant, qui dans les copies douteuses qui circulent aujourd'hui vire au chaos impressionniste involontaire... L'intention était bonne, bien sûr, mais le côté édifiant de cette histoire dans laquelle on retrouve plus d'une trace de A Christmas Carol de Dickens valait-elle le déplacement? 

A n'en pas douter, la présence d'une histoire moderne s'explique sans doute par le fait qu'elle permet de mettre en perspective l'oeuvre de Dante. les scandales de 1921-1923 sont passés par là, le cinéma est sous une constante observation des ligues de décence, et la permissivité des films "artistiques" des années 10 n'est plus de rigueur. Pas sûr que si la Fox avait produit en cette même année 1924 son Cleopatra, A daughter of the Gods ou encore Queen of Sheba, ils auraient pu être montrés! Donc un voyage aux enfers avec des gens tous nus partout, c'était mal parti... Quoi qu'il en soit, le film est presque devenu une cause célèbre de la cinéphilie obscure de l'internet: une oeuvre, au moins partiellement, conservée (contrairement aux trois films cités plus haut), mais disponible dans des copies dégoûtantes, et dont on aimerait voir une meilleure version puisque la Fox avait mis le paquet dans des recréations des planches de Doré, qui doivent valoir le coup d'oeil si on en croit les images de plateau... en sachant que nous serons immanquablement déçus car franchement, en tant qu'oeuvre cinématographique ce n'est pas terrible!

 

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Published by François Massarelli - dans 1924 Muet Mettons-nous tous tout nus
19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 17:21

Le deuxième long métrage Anglophone de Lanthimos, après The lobster, continue à explorer les thèmes chers au réalisateur (Voir Kynodontas), en particulier une plongée au coeur de la famille sous son versant le plus mécanique... La famille du film est un foyer aisé: le père Steven (Colin Farrell) est un chirurgien cardiologue réputé, la mère (Nicoele Kidman) est ophtalmologue, les deux enfants Kim (Rafey Cassidy) et Bob (Sunny Suljic) sont fort bien élevés et promis à un grand avenir... Mais depuis quelques temps, Steven voit, à l'hôpital où il exerce voire ailleurs, un mystérieux adolescent, Martin (Barry Keoghan), qui envahit de plus sa vie ainsi que celle de sa famille... 

On apprendre bientôt qu'il s'agit du fils d'un patient malheureux de Steven, qui est mort sur la table d'opération un jour que le chirurgien avait trop bu. S'il le laisse s'installer dans sa vie sans oser s'en ouvrir auprès de son épouse, c'est d'abord par culpabilité. Mais Martin abat bien vite ses cartes: il va provoquer la mort de toute la famille si Steven ne choisit pas de sacrifier un des membres, afin de "payer" pour la mort du père de Martin. La mort surviendra en quatre étapes: paralysie, refus de s'alimenter, saignement des yeux et enfin mort... 

Aucune explication sensée ne viendra évidemment étayer le lien entre Martin et la maladie qui va prendre d'abord Bob, puis Kim. Mais Lanthimos, comme dans ses films précédents, a déjà installé une atmosphère qui échappe au réalisme par la froideur émotionnelle qui se dégage du film: Steven, dont les gestes sont mécaniques, n'a jamais que des platitudes à dire, personne ne rit ni ne semble s'amuser. Et les personnages tendent à dire ce qu'ils pensent, Kim accueille donc Martin chez elle en lui disant pour commencer qu'ele vient d'avoir ses premières règles... Quelque chose ne tourne pas rond dans ce monde, clairement...

Lanthimos assume totalement aussi bien cette froideur, qui empêche justement le film de sombrer soit dans le drame soit dans le pathétique, que l'absurde et le fantastique de la situation. Il livre à coup de plans-séquences souvent statiques (qu'est-ce que ça fait du bien, une caméra qui ne se croit pas obliger d'être en mouvement permanent!) et à grande distance de ses personnages une nouvelle radiographie de la famille humaine, terrain de cruauté et de terrifiantes expériences; il le fait en ne négligeant pas la mythologie, qui le pousse ici à s'inspirer du mythe d'Iphigénie... celle-ci finira par accepter le sacrifice pour le bien de la Grèce: voilà qui ne présage rien de bon pour la famille Murphy... Quant aux acteurs, ils s'en tirent tous avec brio, notamment Raffey Cassidy qui est brillante de bout en bout et assume la froideur qui lui est demandée avec une aisance phénoménale...

 

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Published by François Massarelli - dans Yorgos Lanthimos
19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 11:53

Dans une toute petite ville où vivent un grand nombre de jeunes adultes qui étudient ensemble, on n'a de conversations que pour se plaindre du playboy local: immensément riche, Romer Sheffield (Cary Grant) s'affiche en effet au bras de plantureuses créatures qui changent régulièrement... Les mères déconseillent à leurs filles de l'approcher, les garçons le jalousent mais voudraient tant l'approcher... C'est ce qui va arriver quand il décide de tenter de séduire Ruth (Nancy Carroll), une jeune fille de très bonne famille. Celle-ci est attirée par lui, mais elle va déclencher un scandale quand elle passera la nuit (littéralement, car il ne coucheront pas ensemble) avec Romer...

Un deuxième homme est interprété par Randolph Scott: Billy, le brave géographe, ami d'enfance de Ruth et un brin boy-scout sur les bords. Dans un premier temps, Ruth s'apprête à se marier avec lui, mais elle constate bien vite que comme la bonne ville de son enfance, son futur mari semble obsédé par sa faute supposée. Le film, mis en scène avec un solide métier par un vieux routier de la comédie, alterne avec adresse les scènes plaisantes et les soupçons de scandale.

Seiter donne le principal point de vue à Nancy Carroll, qui a la tâche redoutable de faire passer la pilule d'un comportement que les ligues de décence ont du avoir bien du mal à avaler: quand le scandale éclate, plus besoin de se retenir, nous dit-elle en substance. Le film vaut aussi pour son portrait d'une Amérique profonde en proie aux tentations du jazz age qui est enfin parvenu à eux, avec ses étudiants à la recherche de plaisir facile, et par la retenue de Cary Grant qui était encore à ses débuts. 

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Comédie Cary Grant
19 septembre 2020 6 19 /09 /septembre /2020 11:45

Des fois, les apparences sont trompeuses... Aussi quand on tombe sur un film muet Anglais, d'un réalisateur inconnu au bataillon, situé dans une Espagne de pacotille (même s'il y a été manifestement partiellement tourné), qui conte des histoires de valeureux "dons", et de familles unies par les codes de la bonne société Espagnole de toujours, on se dit qu'il y aura forcément un moment où on quittera les codes, stéréotypes et autres clichés du mélodrame de basse extraction, pour justifier son existence.

Il est d'ailleurs fort possible que cette histoire bien simplette ait été montée en un film afin de profiter du Pathécolor mourant, cette technique qui consistait à colorier image par image, au pochoir, des films afin de les rendre chatoyants pour l'oeil. Passée cette particularité décorative qui n'a pas résisté aux ravages du temps, le film fait donc allègrement mentir la première phrase de cet article: il est aussi inintéressant qu'il en a l'air.

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Published by François Massarelli - dans 1929 Muet **
16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 13:11

Un procès va se terminer: on indique aux douze hommes qui composent le jury que dans ce cas, compte tenu des faits, leur choix sera déterminant, et tout verdict de culpabilité entraînera automatiquement la condamnation à mort de l’accusé. Alors que les douze hommes se rendent dans la salle où ils vont s’isoler pour prendre leur décision (qui doit impérativement être unanime), nous voyons un gros plan de l’accusé qui se dissout lentement dans le plan suivant: une vue de la salle vide où les douze jurés vont débattre…

L’affaire est simple, en réalité: une affaire de meurtre impulsif, d’un voyou qui a tué son père brutalement, sur un coup de tête, après des années de brimades et de menaces en l’air. Et sous la direction de l’un d’entre eux (Martin Balsam), membre de l’administration d’un établissement scolaire, els douze hommes vont recueillir leur premier vote… Tous vont voter coupable, sauf un (Henry Fonda)… Pour des raisons très différentes, les onze autres lui en tiennent rigueur : l’administratif, bien que fort courtois, trouve cette contradiction peu efficace; un autre (Jack Warden), obsédé par le base-ball, soucieux de manquer le match du soir, trouve ce contretemps insupportable. Mais d’autres vont révéler très vite une attitude plus profondément dangereuse: un banquier (E. G. Marshall), froid et organisé, affiche une efficacité sans aucune considération pour le fait qu’une vie humaine est en jeu ; un chef d’entreprise paternaliste (Lee J. Cobb), dont les relations avec son fils sont un problème, montre un acharnement à envoyer l’accusé à la chaise électrique qui dépasse le raisonnable, et enfin un homme plus âgé que les autres (Ed Begley) s’emporte contre les lavettes autour de lui, en exprimant sans ambiguité une xénophobie galopante et un racisme de classe à l’égard des gens des classes ouvrières, dont l’accusé fait partie.

Un microcosme bien pratique ? Le film n’échappe certes pas à un procédé de panel, qui fait que parmi les douze hommes présents dans cette confrontation en faux temps réel, on a un échantillon assez représentatif de la société de 1956. Mais on ne s’en plaindra pas parce que Lumet a su trouver le ton juste à tous points de vue pour son film: que ce soit l’enchaînement des événements, l’aspect huis-clos, le jeu des acteurs, et le déroulement logique, tout va dans le même sens : monter en spectacle à la fois la façon dont la vérité peut être exploitée par les uns et les autres dans des soucis purement idéologiques, tout en touchant à un sujet sensible, frontalement. Car dans ce film, on ne se retrouve pas devant une situation binaire, qui consisterait à trouver l’accusé coupable (on l’exécute) ou pas coupable (on l’acquitte), car ce type de situation ne fait pas avancer les choses concernant la peine de mort. Prouver qu’on ne peut pas exécuter une personne parce qu’il/elle est innocent(e) prouve aussi du même coup qu’on aurait raison de l’exécuter dans le cas contraire, ce n’est donc pas comme ça qu’on doit faire un film contre la peine capitale! Lumet l’a parfaitement compris…

Non ce n’est pas « qu’un film ». D’ailleurs, aucun film n’est « qu’un film ». Lumet, pour son premier long métrage, ose déjà utiliser comme d’autres avant lui et d’autres après, mais rarement avec autant d’intensité et d’efficacité, utiliser le médium du cinéma pour militer pour une cause, en utilisant la jouissive capacité du cinéma à placer le spectateur au cœur des actions, des émotions, et ici des idéologies. Donc en choisissant de montrer que le cas d’un accusé n’est pas qu’une affaire de coupable/pas coupable, et qu’on risque bien plus de commettre une injustice en se prononçant pour la peine de mort que pour le cas contraire, Lumet prouve que la peine de mort n’est pas qu’un choix binaire, et nous le démontre à travers l’extraordinaire bataille des idées de ces hommes qui sont tous des citoyens, mais aucun d’entre eux n’est un politique… C’est magistral.

Et c’est un film brillant, d’ailleurs nominé à juste titre (ce qui n’est pas si courant que ça) pour l’oscar du meilleur film cette année-là. Lumet y utilise toutes les ressources cinématographiques possibles (apprises à la télévision, où il a longtemps travaillé) pour échapper à l’écueil du théâtre filmé, et alterne montage rapide et prises longues : venant du petit écran, il connaît la technique des caméras multiples. Mais il ne va jamais trop loin dans le plan séquence, car il doit nous montrer, justement, le morcellement de la vérité. Il sera attendu que quelques spectateurs ennemis de la convention soient un peu agacés par la posture de chevalier blanc de la star Henry Fonda, mais la façon dont tous les hommes qui discutent, débattent voire s’affrontent, deviennent à un moment des vecteurs d’une vérité qui se dérobera toujours un peu sous leurs pas, et sous les nôtres, les poussant eux et nous poussant nous, à une élémentaire prudence face à une pratique qui consiste, je le rappelle, à ôter la vie à quelqu’un.

Le pouvoir du cinéma, à la fois à son plus distrayant, au plus fort de sa capacité à exploiter le drame humain, tout en laissant la caméra évoluer auprès d’hommes qui vont rappeler et remodeler les contours de la vérité, par leurs seules paroles, sans jamais que l’on quitte la situation de cette soirée et cet effrayant huis-clos : c’est vraiment impressionnant, épuisant, et classique. C’est non seulement un très grand film, c’est aussi l’acte de naissance d’un immense cinéaste au seuil d'une carrière de 50 années...

 

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Published by François Massarelli - dans Sidney Lumet