Une vieille dame trépasse... Et la famille se met en branle. La famille? Armand, le petit-fils (Denis Podalydès) est un pharmacien entre une épouse (Isabelle Candelier) qui se prépare à la séparation, et un nouvel amour (Valérie Lemercier) qui trouve le temps un peu trop long, et la responsabilité lui incombe, car son père (Pierre Arditi), fils de la défunte, est hors-jeu pour cause d'Alzheimer. La belle-mère (Catherine Hiegel) quant à elle, habituée sans doute à ce que tout passe par elle (la pharmacie lui appartient), a décidé de tout, et envisage de s'occuper des formalités à la place d'Armand qu'elle trouve immature...
C'est donc une comédie, bien dans la manière des Podalydès: une histoire, contée par le menu avec de fortes prédispositions à la comédie, et qui passe par beaucoup d'aspects du burlesque français: dialogues ciselés pour des acteurs qui les magnifient (Surtout Valérie Lemercier), une tendance aussi à l'humour visuel très soigné, accompagné d'une dose de loufoquerie rafraîchissante, sur un sujet noir: les deux entreprises de pompes funèbres concurrentes, l'une high-tech et new age, menée par Michel Vuillermoz, l'autre foutraque et système D, menée par Bruno Podalydès et Samir Guesmi: leurs échanges à eux seuls valent le détour...
Pourtant on ne peut s'empêcher de trouver que le "message" sous-jacent, sur l'échec de l'amour, l'incapacité à choisir d'Armand, et tout un volet "onirique" dans lequel l'indécis est soudain visité par l'esprit de sa grand-mère (Vimala Pons) qui garde un lien avec lui parce qu'il est illusionniste et qu'elle a eu une grand histoire d'amour avec un prestidigitateur professionnel. On s'y perd, et quelles qu'en soient les qualités, ça pèse un poids conséquent sur la dernière partie du film...
Sous ce titre un peu brutal, se cache une petite comédie touchante; la rencontre entre une jeune femme à fleur de peau (Vimala Pons) qui cherche à régler un traumatisme vieux de quinze ans, et un homme solitaire (Bruno Podalydès) que sa femme vient de quitter. Baya Kasmi, la scénariste de le nom des gens, aime ses comédiens et la comédie qui renvoie aux merveilleux films Américains des années 30, qui présentaient des couples mal assortis, réunis par miracle dans des circonstances inattendues.
Ici, tout commence par l'achat d'un sécateur. Et c'est sans aucun scrupule que je révèle qu'il servira même à couper des nouilles... Mais derrière l'absurde de la situation, qui ne l'est qu'en apparence, on assiste en effet d'abord à un grand embarras, celui d'un homme soudainement flanqué d'une jeune femme fantasque, et qui est manifestement très perturbée... Puis un rapprochement s'opère, c'est magique.
Sorti à l'automne 1968, Funny girl vient au bout d'une part d'un cycle de comédies musicales "différentes" qui ont marqué les années 60 et les derniers feux d'un genre glorieux mais coûteux... Et des productions plus avant-gardistes comme Sweet Charity, sorti l'année suivante, en marqueront la fin; d'autre part la carrière de Wyler arrive quasiment à son terme, et si le vieux metteur en scène se défend encore il est quand même considéré ici comme l'un des maillons de la chaîne: il est le réalisateur certes, mais les séquences musicales gardent la supervision de Herbert Ross, et le film est adapté d'une pièce qui a eu un énorme succès à Broadway. Et pourtant... Mais on y reviendra.
Non, Funny girl appartient d'abord et avant tout à Barbra Streisand dont c'est le premier rôle à l'écran, et qui obtiendra (c'est décidément ne malédiction des films de Wyler: Bette Davis, Greer Garson, Olivia de Havilland, et Audrey Hepburn peuvent en témoigner) un Oscar bien mérité pour une performance époustouflante... Elle y est fanny Brice, actrice et chanteuse comique qui a fait une carrière exceptionnelle en particulier grâce à ses prestations "différentes" dans les revues de Florenz Ziegfeld. On la suit depuis les quartiers Juifs de New York, puis vers une carrière irrésistible, largement pilotée par elle-même, qui tranche avec les beautés classiques présentées soir après soir dans les revues de Ziegfeld. On suit également son histoire d'amour compliquée avec Nick Arnstein (Omar Sharif), un joueur professionnel qui supportera de plus en plus mal d'être M. Brice après avoir épousé Fanny...
Omar Sharif: c'est l'un des problèmes du film... On peut demander beaucoup à cet acteur, et le fait d'en faire un sympathique joueur invétéré ne me paraît évidemment pas être vraiment l'occasion de lui demander d'interpréter un rôle difficile pour lui. Mais voilà: il chante... Et face à Streisand, ça a dû être dur: et ça se voit. Tous ses efforts, son charme, sont peine perdue: il est pâlot... Et ça va même plus loin, je me demande dans quelle mesure ça n'a pas été un geste délibéré de Wyler d'utiliser cette pâleur afin d'avancer sa propre vision du film... Car Funny girl n'est pas qu'un film sur le vilain petit canard qui devient une star non pas malgré, mais presque grâce à sa laideur. ce qui serait bien sûr un conte de fées... Mais non: c'est l'histoire d'un affranchissement, ce qui ne surprendra aucun des habitués des films du maître: Laura La Plante dans The love trap s'affranchissait d'un scandale, Audrey Hepburn dans Roman Holiday fuyait les obligations du trône. Et Ben-Hur est entièrement dédié à la cause de la liberté, sous de multiples formes... Le film nous montre comment Fanny Brice s'affranchit de tout et mène sa barque, allant jusqu'à jeter les convenances par dessus bord au seuil d'une nuit d'amour bien méritée... Elle affirme au plus haut sa prépondérance sur la gent masculine, et ira au bout en s'affranchissant également de son amour dans une ultime chanson...
Quant à Wyler, il n'est pas en reste... Aidé par le succès et la réputation de la pièce (et aidé sans doute par le fait qu'il devient automatiquement un second couteau quand les scènes musicales prennent le dessus), il filme en liberté, se régale de prises de vues d'un quartier juif plus vrai que nature, même s'il a de façon évidente été filmé en studio; il filme la star chantant dans un train qui sur un chalutier depuis un hélicoptère, et ose des transitions qui rappellent que le cinéma évolue et que le montage est devenu un art de la rupture: le point le plus volontairement grotesque du film (Fanny massacrant sur scène Le lac des cygnes, c'est hilarant et surprenant de dignité à la fois) est suivi sans transition aucune par une scène de conflit entre les amants, qui a tout de la scène de rupture...
Alors oui, il a peut être des défauts, ce film, mais il vaut la peine d'être vu ne serait ce que pour le numéro impressionnant de sa star... Elle est poignante, certes. Et puis quand elle chante, elle chante: ça oui. D'ailleurs Streisand reviendra au rôle pour Funny Lady en 1975, mais sans Wyler qui a fini par décider de s'affranchir de son métier aussi.
Marcene Elliott (Pauline Starke) vit seule avec sa "tante" Julie, qui la maltraite... Elle est délaissée, détestée de tout le voisinage, mais lors de sa rencontre avec un jeune homme, elle tombe amoureuse... Daniel (Les Cody) et Marcene coulent quelques jours heureux, puis Daniel, compositeur, retourne en ville pour coucher sur papier la symphonie que lui a inspiré l'amour de la jeune femme... Ce sera un échec, mais à tous points de vue: d'une part le public lui réservera un accueil glacial, mais en plus la jeune femme, enceinte, accouchera seule d'une petite fille, alors que son soupirant tarde à se manifester... Quand il reviendra, il apprendra que la jeune femme est morte... Mais est-ce bien la vérité?
C'est un film miraculé de Maurice Tourneur, situé dans sa carrière quelque part entre The blue bird et The last of the Mohicans (co-signé avec Clarence Brown, qui en a probablement assumé une grande part). C'est l'art de Tourneur à son apogée: une histoire assez classique, bien qu'avec quelques intéressantes complications (l'ambiguité du personnage de Daniel, joué par Lew Cody en séducteur moustachu, mais dont l'amour semble assez sincère), mais où tout est transcendé par un jeu d'une puissante subtilité, et la maîtrise impressionnante du cadre, partagée par le metteur en scène et ses techniciens (le seul nom qui soit sûr est celui du décorateur Ben Carré): les éclairages, la composition, et cette merveilleuse stylisation qui permet à Tourneur de redéfinir l'espace à des fins de caractérisation et de psychologie.
Les personnages, je le disais déjà avec l'intrigant Daniel, ne sont pas unidimensionnel, et le film se plait même à passer d'un personnage principal à l'autre, 41 ans avec Psycho! Je ne sais pas si le film est complet (il en subsiste 5 bobines) mais la copie présentée ces dernières années, retrouvée il y a peu, semble cohérente, et nous permet de découvrir un beau petit film d'un grand auteur, mélangeant son style formel déjà observé dans The blue bird, à la lisière du fantastique, et le mélodrame plus conventionnel...
C'est un peu une adaptation du conte d'Andersen, mais le moins qu'on puisse dire, c'est que Kaurismaki l'a considérablement changé... Il l'a situé dans Helsinki durant les années 80, et en a fait le dernier chapitre d'une trilogie dite 'prolétarienne'...
Iris (Kati Outinen) est une jeune ouvrière qui vit avec ses parents: elle leur ramène l'essentiel de son salaire et rêve d'un grand soir: le moment où elle trouvera le prince charmant. Entre deux journées à travailler dans son entreprise à remplir des boîtes d'allumettes, elle essaie de provoquer le hasard en se rendant à des soirées dansantes... Mais elle passe inaperçue jusqu'au jour où elle achète avec l'argent durement gagné une robe pour se mettre en valeur. Ca marche: elle rencontre une bel inconnu, passe la nuit avec lui, croit que sa vie va changer, mais se rendra compte quand elle lui annoncera qu'elle est enceinte que son compagnon d'un soir n'a pas la même conception de leur relation...
C'est une version au vitriol, tournée dans un style volontiers détaché, austère et froid. Les acteurs et actrices n'expriment pas d'émotions, et l'intrigue est exposée comme Kaurismaki aime le faire, d'abord et avant tout par l'image, dans une narration épurée, chronologique et directe... La façon dont le poids de la frustration va mener Iris à sérieusement dépasser les bornes nous est contée par le menu, et ce n'est pas toujours confortable... Mais le film vous prend et ne vous lâche plus.
Contrairement à Ariel, le deuxième volume de la trilogie, Kaurismaki ne s'autorise ici aucun humour loufoque. Le ton serait plutôt au noir, voire à l'arsenic...
On ne comprendra le titre énigmatique de ce film qu'à la fin, je ne vais donc pas révéler la raison pour laquelle Kaurismaki a nommé ainsi le deuxième long métrage de ce qu'il a appelé sa "trilogie prolétarienne"...
Tasi est mineur, et perd son travail. Il hérite de son père (qui vient de se suicider après la fermeture de la mine) une voiture: il part avec toutes ses économies et son véhicule vers Helsinki, déterminé à y vivre... Il va y survivre: de petit boulot (illégal) en combines, il finira en prison, s'accrochant malgré tout à l'espoir grâce à sa rencontre avec Irmeli, une autre débrouillarde qui cumule les petits boulots...
Elle n'est pas spécialement rose, la vie dans la Finlande des années 80... Kaurismaki trouve une certaine patte d'objectivité dans un style qui est essentiellement fait de premier degré absolu, sans esbroufe ni décrochage temporel. Il impose un jeu dénué de sentiments à ses acteurs, et traite la situation aussi souvent que possible de façon visuelle, en bon étudiant fanatique du cinéma muet. Il s'en dégage une épure, parfois austère et agressivement directe, mais poignante et d'une constante honnêteté...
Et puis ça et là, un gramme ou deux de burlesque affleure, presque par mégarde.
Sorti entre l'étrange Knight of cups (vous pouvez substituer à "étrange" l'adjectif de votre choix) et l'irritant Song to song (même remarque), ce "Voyage du temps" est un documentaire qui émane directement de The tree of life, son grand oeuvre à l'origine d'un virage expérimental. A vrai duire, ce film de 90 minutes ressemble au long métrage en question, mais sans les personnages ni le semblant d'intrigue... Et a du être commencé en même temps, du reste de nombreuses correspondances, voire des bribes de séquences, apparentent les deux films.
Les images, dues essentiellement à Paul Atkins mais saupoudrées d'un grand nombre d'effets qu'on peut attribuer à Douglas Trumbull, tournent autour de la naissance et de la mort de l'univers... Afin de nous aider (mais c'est sans doute raté...) à suivre/comprendre/faire sens, un commentaire absurdement idiot est lu par Cate Blanchett, dans la plus pure tradition de l'écriture de Malick: des questions, prétendument poétiques, sans réponse possible (mère, qui es-tu? Pourquoi suis-je? et dans quel état? etc)...
Alors oui, c'est beau, sauf lorsque des images vidéo de notre monde si laid viennent perturber l'esthétique vaporeuse de ces tableaux majestueux de vie, de mort, d'orages, de tempêtes, de paysages sublimes, de dinosaures sur les plages, de proto-humains tout nus, de poissons qui se mangent entre eux... C'est beau, très beau...
Mais le propos philosophique (appuyé par le concours d'un groupe de Catholiques laïques, des philantropes semble-t-il, les "Knights of Colombus... des philantropes certes, mais du genre à soutenir Nixon, Reagan et le père Bush) est beaucoup plus nébuleux, principalement appuyé par la voix off... Tout ce périple organisé comme une micro-histoire contemplative du monde, du big bang à nos jours, serait sans doute une glorification du divin? Pourquoi pas? Les images sont magnifiques. Mais ça confirme une tendance de plus en plus endurcie de Malick à une certaine forme de prosélytisme...
Le premier film de Pierre Chenal est un documentaire...sur le cinéma. En trois chapitres, Chenal assisté de l'enthousiaste Jean Mitry qui deviendra un critique et historien nous montre comment à Paris et sa région, on fait du cinéma: d'abord, comment on passe de la machine (des appareils de prise de vue, de la pellicule, des objectifs) on passe à la création d'images: on suit des caméramen dans leurs activités en extérieurs. Puis Chenal nous entraîne dans l'atelier des animateurs, dont Ladislas Starewicz... Enfin il nous montre le tournage de quelques scènes de Capitaine Fracasse (D'Alberto Cavalcanti) ou de Quartier Latin (D'Augusto Gennina)...
Le film est plein de bonnes choses, à commencer par un ton très libre, et une solide dose d'humour... C'est un beau petit moyen métrage qui communique assez facilement le goût du septième art. Cela dit, s'il fallait se plaindre, le moins intéressant des chapitres reste le dernier, plus statique, plus convenu aussi.
Daniel "Danny" Balint (Ryan Gosling) est un skinhead Américain, le genre de voyou incontrôlable qui fait la bagarre dans les rues, ou qui va tout à coup sélectionner une "victime", par exemple un jeune juif dans la même rame de métro que lui, qu'il a repéré grâce à sa kippa et ses livres religieux. Il le dérange, le suit puis lui assène un coup de poing; il s'arrête là... pour l'instant. Lors d'une réunion d'un groupuscule auto-proclamé "fasciste", dont le leader (Billy Zane) souhaite moderniser l'idéologie en supprimant les attaques raciales, Danny défend l'importance de l'antisémitisme, en particulier en insistant sur le fait qu'il faut passer à la vitesse supérieure en tuant...
Danny est un antisémite fervent, on pourrait même dire obsédé: il n'a que le mot "juif" à la bouche et son discours est relativement particulier: à un autre skinhead (Garret Dillahunt) qui propage les niaiseries du révisionnisme, en prétendant que s'il y a eu des morts dans les camps les chiffres ont été exagérés, Danny répond que si Hitler et Goebbels sont des héros, c'est précisément parce qu'ils ont commis ces millions de morts... Et Danny se sert en permanence d'une connaissance impressionnante de la liturgie juive, et de ses connaissances en hébreu... Parce que Danny est juif, et élevé dans une connaissance intime de la religion, qu'il a appris très tôt à discuter jusqu'à l'agressivité...
C'est basé sur une histoire vraie, celle d'un skinhead ultra-violent qu'un article révélant ses origines avait poussé au suicide. Dans le script de Bean, comme on dit dans ses cas-là, "les identités ont été changées pour protéger les innocents"... Si la prestation de Gosling est absolument formidable et reste d'ailleurs le principal motif de voir ce film, on a parfois 'impression que Bean a tout misé sur son acteur (qui était à cette époque surtout une "belle gueule", identifié comme Justin Timberlake par ses participations adolescentes à des émissions Disney) et son chaos intérieur, au risque de négliger tout le reste: le groupe fasciste autour de Danny me semble diablement inoffensif par exemple, comme si le simple fait de supprimer l'antisémitisme des réunions de l'extrême droite la rendait acceptable. Et c'est le parcours d'un jeune homme seul, dont la colère à fleur de peau est une quête paradoxale et permanente d'identité, qui nous est montrée...
Une quête d'identité d'un jeune juif que son parcours de doute a mené à un extrême paradoxal: très pointu dans sa connaissance de la liturgie et de la philosophie Juive, Danny en a développé une haine exclusive et maladive de sa religion, puis probablement de lui-même...
Si les autres personnages sont le point faible du film, il film gagne par contre en intensité lors des tentatives de rapprochement familial et religieux de Danny, même si les motivations en sont constamment ambigues. Cette ambiguité fait sans doute le sel du film, plus que l'histoire d'amour compliquée avec Summer Phoenix (une jeune femme qui traîne dans le sillage du groupuscule au gré de ses humeurs, et qui est fascinée par la violence de Danny), et qui vire au bizarre lorsque son nazi de petit ami lui apprend l'hébreu. Et Bean, s'il le fait en surface, nous rappelle qu'il y a bien une permanence de l'existence profonde du fascisme, des nostalgiques du nazisme aux Etats-Unis, même si ce n'était pas profondément son intention!
N'empêche, Gosling fait ici un travail remarquable, de bout en bout, et il élève même certaines scènes: en particulier une rencontre entre les jeunes délinquants (ils ont été provoquer les gérants d'un restaurant Kasher, et ont écopé d'une peine "différente" par un juge original) et des survivants de l'holocauste: lors d'un récit particulièrement dur, les jeunes coqs se taisent, et la caméra se dirige vers une larme qui commence à se former sur le visage de Danny... Pour la suite, voyez la scène, elle est d'une grande force et d'une grande ambiguité aussi. Elle éclaire la dernière demi-heure d'un jour inattendu: Danny cherche-t-il à échapper à ses crises intérieures en allant vers la mort, cherche-t-il à se sacrifier, ou... veut-il, dans une ironie morbide et gênante, "tuer un juif" en se supprimant?
Ce sont des éléments extrêmes, mais au-delà de la naïveté navrante et probable du jeune homme qui est à la source de cette histoire, l'un des avantages du film en plus de cette prestation puissante et formidable d'un acteur qui tranche radicalement avec son image, est de poser en termes originaux cette présence constante des discours extrémistes et de la violence considérée comme une échappatoire aux Etats-Unis.
Le général Titus Andronicus (Anthony Hopkins) revient d'une campagne victorieuse contre les Goths avec des prisonniers, mais il a payé un lourd tribut: vingt-et-un de ses fils sont morts au combat. Il se venge en exécutant devant la Reine des Goths, Tamora (Jessica Lange), son fils premier-né.
L'empire est en plein tumulte: le dernier César vient en effet de mourir, et il lui faut un successeur: ses deux fils se disputent le trône, mais le sénat leur préfère Titus. Se jugeant trop vieux, celui-ci désigne Saturninus (Alan Cumming), qui s'empresse de se conduire en pourceau: il décrète que Lavinia (Laura Fraser) la fille de Titus, sera l'impératrice, mais quand l'autre héritier Bassianus (James Frain) l'enlève, Saturninus décide de libérer les Goths et de faire de Tamora sa femme. Si on ajoute les magouilles du Maure Aaron (Harry Lennix), amant de Tamora, la famille Andronicus est entrée dans une spirale irrépressible de vengeance et de violence...
Ce premier film de Julie Taymor est une adaptation d'une des pièces aujourd'hui les plus obscures de Shakespeare, rarement tentées sur scène, et pour cause: cette peinture d'un Rome en proie à une décadence carabinée avec un grand D... Orgies, sacrifices humains, viols, meurtres ritualisés et surtout, festins cannibales s'y succèdent, donc c'est surtut le genre de pièce qui peut être jouée à Avignon, mais au-delà, sa réputation peu ragoûtante (et le fait qu'un certain nombre de commentateurs, y compris du vivant du Barde) ont taxée cette pièce des premiers temps de sa carrière de profondément idiote, n'arrange pas les choses...
C'est parce qu'elle avait produit et mis en scène une version réactualisée (et remplie d'anachronismes) que la réalisatrice s'était adonnée à une version filmée. Celle-ci a été mal accueillie, et on comprend pourquoi... Il plane au-dessus de tout ce fatras un parfum d'inutile qui est souvent assez embarrassant. Il y a de bonnes idées, dans les choix de continuité par exemple, mais si l'essentiel du texte est bien là, les anachronismes finissent par tourner à la farce... Cela étant, on appréciera que le rôle de Titus Andronicus permette à Hopkins de rappeler à notre bon souvenir le rôle d'Hannibal Lectericus, en préparant de façon gourmande des pâtés avec ce qui reste des deux insupportables fils de Tamora, qui ont violé sa fille... Le but étant comme de juste de les donner à manger à leur mère. Ca valait bien le coup d'habiller l'acteur Gallois d'un costume de cuisinier qui lui va comme un gant.
Bref: Taymor fera mieux, beaucoup mieux même, avec les univers autrement plus graphiques de Frieda Kahlo (Frieda) et des Beatles (Across the Universe), mais ce Titus raté a au moins l'avantage d'être haut en couleurs (surtout du rouge), original (ça oui) et bien souvent franchement mal poli...