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La première fois, à ma connaissance du moins, qu'un désordre mental de cet ordre a été exploité au cinéma, c'était pour Harvey, de Henry Koster, dans lequel James Stewart vivait toute sa vie avec son ami imaginaire, le gros lapin géant Harvey... Un film délicat, une comédie certes mais une histoire dans laquelle l'enjeu de l'intrigue était plus le respect dû au personnage, que son hypothétique (et illusoire) "retour à la raison", et j'assume ces guillemets...
Nous voici donc confrontés à Lars Lindstrom:
Lars (Ryan Gosling) est Canadien, il vit seul mais dans une dépendance de la maison familiale où se sont installés son frère Gus et sa jeune épouse enceinte Karin, et il travaille, dans un bureau ou une administration quelconque où il est parfaitement intégré.
Lars est "différent", comme on dit, depuis sa naissance dans des circonstances tragiques: la maman, elle, n'a pas survécu. C'est un tabou pour lui.
Lars inquiète sa belle-soeur (Emily Mortimer), donc dans le couple, c'est elle qui prend l'initiative, aussi souvent que possible, de solliciter l'attention de son beau-frère et d'aller l'inviter à prendre le petit déjeuner; surtout elle tente d'aborder des sujets (l'amour familial, par exemple, la future naissance ou le fait de vivre seul et la nécessité de trouver quelqu'un) qui semblent ne pas le toucher, car ils l'angoissent...
Mais Lars écoute, prend note et finalement agit: de même que lorsqu'un de ses amis attire son attention sur des poupées sexuelles ultra-réalistes, Lars a fait la sourde oreille, mais il a bien du en prendre note, car...
Lars a, enfin, une fiancée: elle s'appelle Bianca, il l'a "rencontrée sur internet", et il veut la présenter à Gus et Karin: ceux-ci sont aux anges, mais pour trois minutes seulement, car Bianca est une poupée sexuelle ultra-réaliste.
C'est là que le film va subir son vrai test, en réalité: va-t-il devenir une comédie salace, ou va-t-il rester sur le droit fil de la délicatesse fragile choisie jusqu'à présent?
Ryan Gosling, lui, a fait son choix, dès le début, puisqu'il sait que son personnage est le centre et le sujet du film, il a opté pour un jeu tout en nuances, fait d'une gestuelle calibrée, de tics assez discrets, et d'un certain nombre de transformations: une moustache assez fournie, pour commencer, et probablement quelques kilos en trop aussi... Et tout passe dans son rapport à l'autre, à la communauté comme aux individus. Les femmes, particulièrement, vont jouer un rôle essentiel, être celles qui vont faire passer la pilule auprès de leurs maris, frères ou enfants. Karin d'abord, qui aide Gus (Paul Schneider) à gérer ce que lui n'a jamais su faire: être le grand frère de Lars, et ne pas faire l'autruche face aux situations nées de son trouble.
C'est également Dagmar (Patrici Clarkson), le médecin de la famille, qui va jouer un rôle en participant à un stratagème qui consiste à "examiner Bianca", afin de permettre une évaluation psychologique de Lars.
Mais surtout le film nous montre, sans jamais les souligner de façon verbale, les choix de Lars lui-même, notamment la façon dont il manipule lui-même la situation dans laquelle il se présente tout seul face à la communauté, au bras d'une poupée sexuelle, dont il affirme que c'est sa fiancée, mais c'est aussi l'étrange comportement qui va lui permettre de s'ouvrir aux autres, puisque ça a l'air si important pour eux (le film est solidement ancré dans le fonctionnement d'une petite communauté Scandinave du Grand Nord Canadien), et aussi d'avancer dans sa vie. Il va aussi pouvoir comprendre, tester cet amour familial qui lui est prodigué, et réussir à trouver une stratégie psychologique pour avancer dans sa vie sentimentale... Ou pas.
Sans jamais sortir de la ligne imposée au départ, le film nous montre donc comment le jeune homme assume son rôle dans la communauté mais également comment il s'intéresse à une jeune femme (Kelli Garner), ce qui va d'ailleurs déclencher un trouble étonnant chez lui, une sorte d'auto-jalousie... Car il va de soi que Lars assume, du début à la fin, devant ses voisins médusés, l'identité de Bianca dans toutes les "conversations" qu'il a avec elle, ou que d'autres tentent d'avoir...
Pour toutes ces raisons, ce petit film tout en douceur, qui évite constamment les pièges du misérabilisme, qui sent bon le Grand Nord Canadien, et qui tout en étant une comédie évite aussi les pièges de la grosse rigolade, est une réussite, et son acteur touchant et attachant à l'extrême: Gosling aime les personnages aux situations psychologiques complexes, il est servi: d'autres se seraient vautrés...
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