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Le premier film de long métrage d'Anderson, une extension d'un court métrage (Cigarettes and coffee, 1992), ressemble à première vue à un film noir modèle... Un homme d'âge mûr, Sydney (Philip Baker Hall), secoure un jeune type paumé qui est assis sur un trottoir: John (John C. Reilly) n'a plus rien, il revient de Vegas où il a tout perdu, et il lui faut $ 6000 pour enterrer sa mère. Sydney le prend sous son aile, et ils deviennent inséparables. Quelques années plus tard, à Reno, ils rencontrent Clementine (Gwyneth Paltrow), une hôtesse d'un établissement de jeu: Sydney qui a repéré que la jeune femme plaisait à John, décide de les rapprocher: une bonne idée, mais qui aura des suites malheureuses... Pourtant en dépit du fait qu'ils vont tous les deux faire une grosse bêtise, Sydney les soutient. C'est alors qu'entre en piste un maître chanteur, Jimmy (Samuel L. Jackson): il sait quelque chose sur le passé de Sydney...
C'est limité à quatre personnages, si on excepte de rares apparitions de personnages; le plus développé est sans doute l'insupportable joueur qui agresse verbalement Sydney dans un casino: c'est Philip Seymour Hoffmann, qui va développer une relation importante avec le metteur en scène, apparaissant dans quatre autre films.
Hard eight, pourtant, est plus qu'un simple exercice de style en film noir: Anderson y fait ses gammes, stylistiques d'abord (ce mélange de plan immobile à froid et de plan-séquence virtuose qu'il perfectionnera encore plus dans Boogie nights et Magnolia avant de calmer le jeu), et thématiques ensuite. Dans ce film, on retrouve des figures qui reviendront de film en film, à commencer par celle du mentor qui est au coeur de l'oeuvre (Boogie nights, Magnolia, There will be blood, The master, Phantom thread); Sydney est un brave homme qui donne tout à son protégé, contre toute logique: pourquoi? quel est son secret? On en saura, ou du moins en soupçonnera beaucoup plus avant la fin du film... Sinon, les amours contrariées, gauches et mal fichues comme cette étrange relation entre John et Clementine sont aussi au programme de bien des films, dont bien sûr Punch-drunk love et Inherent vice...
Mais ce n'est pas un film vers lequel on pourra diriger la même tendresse que ses oeuvres plus accomplies, justement. A travers cet univers du jeu, qui semble être le seul lien un tant soit peu objectif qui unisse ces personnages, on devine surtout une humanité qui est coincée dans une sorte d'Hotel California du jeu, un sentiment de claustrophobie qui rend parfois le film malaisé. Les plus grandes qualités sont peut-être à la fois dans les non-dits et autres ouvertures (une tache de sang à la fin du film qui pourrait avoir des conséquences) et dans les moments rares où, pour reprendre une terminologie du jeu, les cartes sont sur la table: Samuel L. Jackson est bien évidemment l'homme de la situation, celui par lequel on va enfin en apprendre un peu plus!
John C. Reilly, qui jouera un policier conservateur et amoureux dans Magnolia, y aura une chance d'être sérieusement bien moins obtus et enfantin que son personnage n'apparaît ici...
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