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30 décembre 2020 3 30 /12 /décembre /2020 08:21

Pas difficile, pas besoin de gratter bien loin, pour soulever l'ironie derrière le drame. Le drame est un drame de la bêtise, même si au départ on croit à une tragédie: un homme, sonné mais digne, se rend au poste de police pour confesser un assassinat, puis il raconte... C'est Bourvil.

Digression: on oublie souvent que le grand comédien est d'abord et avant tout un acteur, avec une prédilection pour jouer les crapules, ce qu'il savait fort bien faire! ...Mais reprenons:

Il raconte comment lui, Pierre Tardivet, professeur de calcul dans un collège du centre Parisien, fonctionnaire exemplaire mais pas zélé, a constaté le vide de sa vie et a souhaité se marier. Mais qui voudrait de sa bobine? Le bonhomme étant maniaque, il a mis une annonce dans un journal et a sélectionné les candidates.

C'est avec les parents d'une jeune femme, Marie-Josée Vozange (Michèle Morgan) qu'il va faire affaire: elle est intelligente, douce, rêveuse et elle aime la musique; elle est aussi affligée d'un défaut qui se voit comme, justement, le nez au milieu de la figure: elle se trouve laide à cause de son nez, qui est, il est vrai, proéminent. Mais elle est aussi fière, et ses parents veulent qu'elle ignore que Pierre Tardivet les a connus par annonce. Il faut donc provoquer la rencontre, elle aura donc lieu dans un magasin de musique où elle travaille (elle aime la musique, et s'y connaît): il serait un client qui lui demande la Xe symphonie de Beethoven; elle adore Beethoven. Il dit que lui aussi.

A partir de là tout s'enchaîne: il fait officiellement sa connaissance, la courtise, et comme les prétendants ne se bousculent pas elle finit par accepter; il faut dire que sa soeur a marié le seul homme qu'elle ait jamais aimé, donc à quoi bon? Ils vont en voyage de noces à Venise, et ils vivent dans un petit pavillon de banlieue, avec la maman de Pierre et ils vont avoir deux enfants: Pierre est content. Si on lui demande si sa femme est contente, il répondra: "ben oui, elle a tout ce qu'il faut: un mari, deux enfants, une cuisinière et une machine à laver..."

Premier signe que tout ne tourne pas rond, il a raccourci son annonce, enlevant la demande "physique moyen", parce que sinon c'était trop cher; deuxième signe, une fois reçues les demandes, il a au vu des photos éliminé toutes les jeunes femmes qui étaient belles: trop d'ennuis en perspective. Puis le mensonge assumé avec les parents, la façon dont il a modifié son caractère pour la séduire... Lui qui n'aime pas la musique, qui n'y connaît rien, a prétendu partager la passion de la jeune femme... Enfin, le voyage de noces à Venise va être de la part du jeune marié un festival de mesquinerie, qui rivalise en médiocrité avec le comportement franchouillard d'un couple de coiffeurs installés dans la ville Italienne, et interprétés par Julien Carette et Georgette Anys...

Une fois marié, le mesquin va devenir de plus en plus râleur, de plus en plus étouffant, de plus en plus étouffé aussi par sa propre mère qui est, ce n'est pas rien, une abominable mégère... Bref: Marie-Josée est tombée dans un piège abominable.

Je disais que Pierre était mesquin: il faut l'être, car quand il s'achète un véhicule, sa première voiture, il décide de faire une folie: une Deux-chevaux... Qu'il présente comme si c'était le rêve de sa vie. C'est avec ce véhicule qu'il aura un accident, causé par une grosse cylindrée, celle d'un chirurgien (Gérard Oury) qui passait par là, et assumant toute la faute, celui-ci va prendre en charge l'accidenté désagréable, et le requinquer. Il va aussi voir Mme Tardivet, et constater qu'elle a du relief: ça tombe bien, il est chirurgien esthétique...

On commence enfin à comprendre pourquoi Cayatte a pris Michèle Morgan, qui a du pendant la moitié du film porter un nez postiche, d'ailleurs c'est de l'excellent travail, car on y croirait... C'est là que le film s'enfonce encore plus dans la noirceur, car Pierre veut garder son épouse telle qu'elle est, à son image à lui en quelque sorte, et Marie-Josée comprend enfin qu'elle n'est pas soumise à une fatalité. C'est le bon docteur Bosc qui va faire office de bonne fée, grâce à cet accident. La vie des deux époux va changer radicalement, et la saloperie de l'un va éclater au grand jour...

Le film se présente comme un film noir au vitriol, avant de privilégier une étude de moeurs ironique et tout aussi noire, d'ailleurs, mais le film entier semble tenir à un état de fait: il y a des moches et des belles. Moche, pouah, belle, formidable, et donc d'une certaine façon Bourvil incarne un type qui ne tourne pas rond, car il veut lui que sa femme soit moche... Ainsi il peut ne pas la désirer, la garder auprès de lui, assujettie. Donc si le film marche bien en terme de symbolique, il possède quand même un défaut certain, assumant une sorte de conservatisme machiste, qu'il prétend dénoncer...

C'est un défaut, dans un film qui globalement reste enthousiasmant par ses audaces; autant d'outrages aux bonnes moeurs, qui sont souvent des révélateurs des psychologies des uns et des autres: l'abominable belle-mère (Sylvie); la médiocrité des coiffeurs Parisiens qui se plaignent d'être installés à Venise; et puis le professeur, mesquin, rabougri, petit, qui se réfugie dans l'alcoolisme (et pas du luxe, hein, il boit l'eau-de-vie des cerises) à la première occasion, et qui traite sa femme en étrangère, au point de vouloir la violer dans une scène effrayante...

Ben oui, effrayante: Bourvil qui viole Michèle Morgan!!

Un autre défaut qui m'apparaît ici, c'est bien sûr qu'il y a deux camps, en fait dans le film: Bourvil et les médiocres, d'un côté, et les autres, notamment Gérard le beau frère que Marie-Josée a laissé filer. Quand elle devient belle, il revient... Encore une fois, la mochophobie. 

C'est pourquoi j'affirme ici haut et fort: certes, elle a un nez qui rend les écrans 3D nécessaires... Mais Marie-Josée d'avant son opération n'est PAS laide. Elle se trouve laide, c'est tout. Michèle Morgan au naturel non plus ne l'est pas.

C'est juste que Pierre, comme le lui dit d'ailleurs Bosc (qui n'est pas rose lui non plus, d'ailleurs il se tape ses clientes une fois qu'il les a remises en ordre), Pierre est un pauvre con. Un vrai. Un beau. Un gros.

 

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Published by François Massarelli - dans André Cayatte
29 décembre 2020 2 29 /12 /décembre /2020 18:33

Pour une fois, le titre français de ce film a du sens: d'abord, il particulièrement explicite, et ensuite, c'est un film Allemand, certes, mais dont la bande-son est parfaitement partagée entre langues française et allemande. Et pour cause: situé sur la frontière, Kameradschaft nous raconte comment une mine exploitée à la fois en Allemagne et en France, mais chacun chez soi, est l'objet d'un acte de fraternité sans précédent par les deux camps si souvent ennemis...

Dans un premier temps, nous assistons à des anecdotes situées entre les deux pays: le refus des douaniers français de laisser passer des travailleurs journaliers allemands; les enfants des deux pays qui jouent sur la frontière et se chamaillent; les allemands qui viennent passer du bon temps de l'autre côté mais qui prennent une maladresse pour une provocation... Et quand le désastre, un incendie qui tout à coup rencontre une poche de gaz, a lieu, bien des allemands se réjouissent: il n'y a pas de contact entre leur côté de la mine et l'autre.

C'est un mineur Allemand, qui est de l'équipe de secours, qui va alerter ses camarades (d'où le titre) sur la nécessité d'intervenir. "Un mineur, c'est un mineur", dit-il... Au début ils sont une poignée, et bientôt, deux camions plein à craquer embarquent des sauveteurs prêts à tout pour limiter les dégâts...

C'est inspiré vaguement d'un authentique incident, mais qui n'était pas sur la frontière: à Courrières en 1906, des secours avaient du venir de Westphalie, mais trop tard car les autorités françaises avaient un peu trop tergiversé devant le lourd symbole de faire appel à l'ennemi héréditaire. C'est ce nationalisme même (je rappelle que le nationalisme, c'est cette fallacieuse impression chez l'imbécile moyen que son pays minable est meilleur que les autres pays minables sis alentour) qui est la cible d'un film dont le titre allemand, lui aussi, est on ne peut plus expressif: car ce que cherche à démontrer Pabst, c'est la fraternité, et pas n'importe laquelle: ouvrière.

Ce sont des idées généreuses, et en particulier celle d'une fraternité qui abolit les frontières et les vieilles rancunes. Un épisode est d'ailleurs notable, pour ce qu'il nous rappelle du destin des deux pays: voyant arriver devant lui un sauveteur masqué, un ancien poilu se voit retourner dans les tranchées et ne se laisse pas secourir. La proximité avec Westfront 1918 sorti l'année d'avant est d'autant plus forte qu'on croirait presque que Pabst a pris des chutes du film pour cette séquence forte. Sinon, le film est sorti des deux côtés de la frontière, sans sous-titres, ce qui est impensable aujourd'hui. Mais pour le cinéaste, le fait que le public d'un pays ou de l'autre allait ne pas forcément comprendre la moitié de ce qui se disait, faisait sens. Et d'ailleurs, le film reste un film, et un film c'est de l'image, pas du texte. Le regarder ainsi (je ne peux absolument pas me vanter de connaître l'Allemand, hélas) est une expérience fascinante. 

C'est pour moi le dernier chef d'oeuvre de Pabst qui va s'éparpiller avant de se trahir. C'est sans doute, aussi, celui qui est le plus abouti dans l'énonciation idéologique d'une nécessité. Une nécessité, comme chacun sait, qui sera vouée à l'échec... Pabst devait s'en douter, lui qui nous montre à la fin les autorités des deux pays réunis une dernière fois... pour reconstruire la frontière située au plus profond de la mine.

 

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Published by François Massarelli - dans Georg Wilhelm Pabst
29 décembre 2020 2 29 /12 /décembre /2020 08:17

Clarisse (Vivianne Romance), c'est son vrai nom, celui sous lequel elle aimerait bien qu'on l'appelle. Mais tout le monde, en particulier les hommes, l'appelle Vénus, en rapport avec la publicité pour laquelle elle a accepté de poser. Comme elle le dit elle-même, en prêtant sa jolie bobine à la marque de cigarettes Vénus, c'est comme si tout le monde l'achetait et l'embrassait... Une métaphore, la première d'un film riche en symboles et en détournements. 

Vénus, donc, dès la première scène de ce film, constate en consultant son médecin que la cécité est en route, et risque bien d'être irréversible. Ce qui est embêtant: elle a deux métiers; l'un, chanteuse dans un beuglant où elle envoute son auditoire, l'autre plus tranquille, elle retouche des clichés, un travail de précision qui requiert une vue sans faille... Le destin la pousse donc vers l'admiration, le désir, de là à dire la concupiscence, des hommes, il n'y a qu'un pas. Et si ça reste une métaphore, c'est quand même de moins en moins...

Donc la cécité devrait empêcher la jeune femme, à terme, d'exercer son activité "noble" par opposition à celle qui l'assimile à une prostituée. Mais il y a pire: elle ne veut pas être une charge pour Madère (Georges Flamant), son amant. Celui-ci, ombrageux et poète à ses heures, retape une épave, le Tapageur, pour en faire un bateau. Clarisse décide qu'il est préférable de le quitter plutôt que de lui dire la vérité, et qu'elle devienne donc un boulet pour son homme...

Elle le quitte, il ne comprend pas et se réfugie dans les bras de Gisèle (Lucienne Le Marchand), qui n'attendait que son heure: ils vont se marier, et avoir un enfant, une fille qui s'appelle Jeannette. Et si Clarisse ne va pas se marier, elle, en revanche, elle aura bien un enfant, ce que Madère (le père, évidemment), ignorera un temps. D'ailleurs la petite mourra... Puis Clarisse deviendra irrémédiablement aveugle... Et c'est là que les copains, tous les copains (ceux du Bouchon rouge, l'estaminet un peu louche où elle a chanté, Ulysse le second du Tapageur, Mireille la soeur de Clarisse, qui est paralytique, etc...) vont avec la complicité de Madère qui a divorcé, lui inventer une réalité parallèle autour d'elle, avec l'arrivée d'un bel inconnu qu'elle ne verra jamais...

Il y a des choses qui fâchent dans ce film, j'ai gardé le pire pour la fin... Mais il y a aussi de quoi déposer les armes: certes, c'est un film déraisonnable, à l'image de la carrière délirante de son metteur en scène, qui l'a signé fièrement ("Ecrit, composé et mis en scène par") et habite chaque image, chaque ombre, chaque surimpression, chaque passage au négatif, chaque plan symbolique de phare dans la brume... Vénus Aveugle, c'est comme le retour de Gance au cinéma muet, mais un Gance qui a retenu la leçon du réalisme poétique, et sa tendance à l'atmosphère. Non que ce soit "réaliste", loin de là! D'ailleurs on ne sait pas où ça se situe toute cette histoire! Mais en s'appropriant l'ambiance portuaire, l'omniprésence de la mer, les bars à marins, et les épaves rouillées, Gance rejoint le cinéma des Sternberg, des Borzage, qu'il a forcément vus. Et il le fait pour un pur mélodrame avec une héroïne qui glisse vers la cécité comme on se sacrifie... Et pourtant, cette "tragédie des temps modernes" (ce n'est pas moi qui le dit c'est lui) est un film optimiste, qui vise vers l'avenir! La preuve dans ces quarante-cinq dernières minutes consacrées à la renaissance de Clarisse, portée par l'amour de tous ses copains...

Gance a déjà parlé de la cécité dans La roue, puisque Sisif devenait aveugle au fur et à mesure du film; le cinéaste a aussi traité de la surdité de son héros dans Un grand amour de Beethoven avec Harry Baur, dont la venue de son affliction était prétexte à de grandioses expérimentations... C'est un peu la même chose ici, la menace puis l'arrivée de "la nuit" comme Clarisse l'appelle, sont des appels pour Gance à dépasser son simple savoir-faire. Et c'est enthousiasmant de retrouver ce cinéma sans limites, même si le prétexte du mélo est assez piteux, Gance le transcende sans problèmes... Son but est de montrer que contrairement à ces deux exemples qui mouraient métaphoriquement par leur handicap avant une mort réelle, "Vénus", elle, va réussir à atteindre le bonheur à travers le changement de trajectoire imposée par la cécité.

L'interprétation est bouillonnante, et il y a de tout: Flamand s'en sort plutôt bien, avec ses faux airs de Carl Brisson cabossé; d'autres moins, à commencer par Sylvie Gance aussi infecte que d'habitude (elle joue sous le pseudonyme de Mary-Lou, mais on l'a reconnue!). Par contre, avec un film taillé pour sa gloire, Viviane Romance est splendide dans le rôle, et Gance n'a de cesse que de la magnifier dans des gros plans impressionnants. Il la fait chanter aussi, ce qui me pousse à penser que le film doit sans doute beaucoup au modèle de Marlene Dietrich. Il y a du Lola-Lola dans Clarisse-Vénus, mais une Lola qui souhaiterait rester à l'écart du sexe! Toujours la vieille contradiction de Gance, qui souhaite à la fois déshabiller ses actrices et l'a fait plus souvent qu'à son tour, et en faire sinon des nonnes, en tout cas des saintes: le complexe de Marie-Madeleine... Il y a une imagerie religieuse dans le film, comme il y en a dans toute l'oeuvre de Gance, du reste: c'est l'éducation, que voulez-vous. Mais comme ses inspirations Américaines, il s'en sert pour des motifs plus ou moins profanes.

...Et puis la religion le sert bien, lui qui est appelé à la prudence en ces années d'occupation. Le film a été fait et sorti (dans un premier temps, puisqu'il sortira finalement sur Paris en 1943) en zone non occupée (je me refuse à dire "libre"); Gance, comme beaucoup de cinéastes, s'est réfugié du côté de Nice, et il sait qu'il est en sursis, puisque Gance est sur "la liste Juive", soit soupçonné d'être d'origine juive. Ce qu'il n'était pas, mais les dénonciateurs de l'époque le désignaient comme tel... C'est donc avec un dessein un rien opportuniste que le metteur en scène a choisi de dédier son film au maréchal Pétain, une exergue qu'il regrettera sans doute jusqu'à la fin de ses jours: les mots en sont d'une confondante naïveté: "C'est à la France de demain que je voudrais dédier ce film, mais puisqu'elle est incarnée en vous, M. le maréchal, permettez que très humblement je vous le dédie". De même, le film est sorti sous l'égide d'une société qui n'a pas laissé plus de traces, France Nouvelle: un nom sans ambiguité. Il est regrettable que le cinéaste ait souhaité donner des gages d'amabilité à la société de Pétain, mais il fallait, j'imagine, bien survivre. Et si le cinéaste a été maréchaliste, il n'a ni collaboré, ni été pétainiste, contrairement à Le Vigan... De toute façon, rien de politique ne vient salir ce film, à l'exception de cette dédicace embarrassante.

Même avec cette embarrassante entrée en matière, le film reste un grand moment de l'oeuvre du cinéaste, qui ne retrouvera plus jamais ce niveau d'inspiration. Certes, ça part dans tous les sens, et certaines scènes échappent de peu au ridicule, mais c'est le style même de Gance de tout risquer, de laisser l'émotion prendre le dessus dans une poésie tellement personnelle qu'le risque en permanence de vous exclure. mais lorsque au moment d'une scène d'orage, la jeune femme aveugle filmée en très gros plan reçoit sans le savoir la visite de son amant qui réalise son état, le film emporte tout sur son passage, avec ses qualités comme ses défauts.

Maintenant j'espère être le seul à avoir fait l'acquisition d'une copie désynchronisée sur la dernière demi-heure... 

 

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Published by François Massarelli - dans Abel Gance
28 décembre 2020 1 28 /12 /décembre /2020 16:42

De tout, de rien... De rien surtout: ces petits ries qui font une vie: un passage chez l'épicier, la perspective d'une sortie à deux, un ticket de loterie qu'on achète comme ça sans trop y penser, et les perspectives d'avenir: un nouvel appartement? Une moto? Un enfant? ...Ca coute cher tout ça. Bref, la toute petite vie d'Antoine (Roger Pigaut) et Antoinette (Claire Maffei) se déroule dans sa petite poésie ouvrière, avec globalement comme seule menace véritablement sérieuse, d'une part les avances empressées et insistantes de l'épicier (Noël Roquevert), et son inévitable complément, la jalousie d'Antoine. 

Mais non, ce qui va risquer de précipiter un drame, c'est ce fameux billet de loterie. D'une part il est perdu. Ce qui ne serait pas grave, mais d'autre part, il est gagnant...

Ca commence par un petit exposé de la petite vie rangée des petites gens qui composent la distribution: Antoine est ouvrir imprimeur, et Antoinette travaille au Prisunic. Il y a beaucoup de respect pour l'ouvrier, justement, dans la façon dont Becker les filme au travail, dans une semi-vérité troublante. Et le cinéaste se fait vraiment le chantre de la classe ouvrière au lendemain de la seconde guerre mondiale, tout en y distribuant des piques à d'autres... Roquevert, notamment, qui incarne un épicier qui pratique ouvertement la promotion canapé, et impose à Antoinette une pression qui ira loin, puisqu'on peut parler d'une tentative de viol: c'est un salaud de la pire espèce, celle des médiocres... Un sale type qui est typé, du reste, avec ses bandes molletières et son béret, le bonhomme a la panoplie du bon collabo...

Mais ce n'est pas le drame qui fait le prix de ce film, une fois n'est pas coutume. C'est dans le rien du tout de leur vie de tous les jours, leur gentil côté populo, qu'on aime ces personnages qui ne nous ressemblent peut-être pas, mais sont sans doute fortement semblables à nos grands-parents. Le cinéaste, directeur d'acteurs surdoué, nous donne à voir une vie de l'après-guerre, celle de gens simples, a qui pour l'instant la vie sourit. Ca fait du bien.

 

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Published by François Massarelli - dans Jacques Becker
28 décembre 2020 1 28 /12 /décembre /2020 10:30

Yves Robert aime passer du coq à l'âne, même si, entendons-nous bien, pour l'heure il le fait dans le cadre de la comédie. En adaptant un roman de Jules Romains paru en 1913, il continue à alterner des projets très différents, car il fait succéder l'humour direct et bon enfant, un rien canaille, de Bébert et l'omnibus (qui peignait de rose l'atmosphère d'évocation nostalgique de La guerre des boutons), d'une expérience formelle permanente, dans laquelle montage et continuité sont bousculés en permanence...

Sept copains, unis comme les sept doigts de la main, prennent trois semaines de vacances ensemble, et cherchent les bonnes idées qui leur permettront de bousculer l'ordre établi. Vont en prendre pour leur grade, l'armée, l'église et les politiciens. Mais comment? Lors d'une soirée (forcément) arrosée, Bénin, l'un des intellectuels de la bande (entendez par là qu'il parle bien, mais fort, et plus que les autres), suggère de s'en prendre à deux villes, deux sous-préfecture du Puy-de-Dôme, qui l'ont agressé par leur présence au beau milieu d'une carte. Les uns et les autres sont mis à l'épreuve de trouver de quoi agiter ces Landerneau Auvergnats, et finalement on trouve:

un réveil imposé et matinal de la caserne à Ambert, sous la responsabilité d'un faux ministre; à Ambert toujours, un sermon haut en couleurs sur la nécessité de forniquer par un prêtre qui n'est autre que Bénin; enfin, ridiculiser la municipalité d'Issoire et son député, en inaugurant une statue de Vercingétorix qui ressemble beaucoup à Jacques Balutin à poil...

D'une part, les copains: ce sont des acteurs et non des moindres, car Yves Robert a battu le rappel, justement, de ses copains, et il a choisi comme il saura toujours le faire des gens qui sont certes dissemblables, mais ô combien compatibles dans la truculence inévitable d'un tel projet. Philippe Noiret, prié de se laisser aller, Pierre Mondy plus tordu encore, Claude Rich, qui sous ses airs d'étudiant (de Normale Sup), cache un tempérament subversif, Michel Lonsdale, Christian Marin, Jacques Balutin barbu et enfin le jeune Guy Bedos, qui est un peu à la traîne des autres. Chacun a réussi, et généralement brillamment. Mais ils ne peuvent décemment pas se passer les uns des autres dans une amitié sans sous-entendus dont les femmes sont absentes...

D'autre part, la chanson: eh bien oui, "Les copains" c'est aussi une chanson de George Brassens, bien connue du reste, dont ce film est la première apparition. C'est même une commande de Robert à Brassens, qui s'est exécuté et a donc commis une chanson qu'il ne souhaitait pas écrire... J'imagine, compte tenu du sujet de la chose, qu'il s'y est fait.

Enfin, le film: après un début en forme de chaos structurel ordonné, Yves Robert met un peu d'ordre, tout en privilégiant des transitions soudaines. Il ne participe pas à la Nouvelle Vague, il s'en inspire un peu... Mais pas trop, et son film, finalement, aura un goût de trop peu en dépit de la sympathie profonde qu'on ne peut qu'avoir pour ces sept gosses qui n'ont jamais grandi. Peut-être le sujet, adapter un livre de 1913, sagement anarchiste pour étudiants ayant grandi trop vite, était-il trop éloigné de 1964? Peut-être Yves Robert avait-il besoin de mettre un peu plus de sentiments (et moins virils) dans tout ça?

Quoi qu'il en soit, dans ce film qui n'a jamais réussi à être totalement un classique, il y a une certitude: Yves Robert est bien fait pour réaliser un grand film sur des copains, des vrais. Mais ce n'est pas celui-ci...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Yves Robert
27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 19:14

Ce film fait partie de la charrette impressionnante de films réalisés par Gance entre La folie du Dr Tube (qui va scandaliser ses producteurs au point qu'ils ne le sortiront pas) et J'accuse (qui va sceller son triomphe)... La plupart de ces films appartiennent aux genres soit du mélodrame soit des films d'aventures, mais le droit à la vie appartient à la première catégorie, et est à rapprocher de Mater Dolorosa et La Xe symphonie par son style.

Nous faisons la connaissance de quatre personnages:  Veryal (Paul Vermoyal), banquier et boursicoteur fanatique, ne vit que pour s'enrichir; son collaborateur Jacques Alberty (Léon Mathot) lui est un honnête homme, et il aime Andrée Maël en secret; Cette dernière (Andrée Brabant) ignore l'amour de Jacques et accepte à la mort de sa grand-mère, sa seule famille, d'épouser Veryal qui la convoite. Enfin, Marc Toln (George Paulais) est le secrétaire de Veryal, encore plus véreux que lui...

C'est le drame d'un égoïsme, celui de Veryal, combiné à sa propre cupidité et à celle de Toln. Gance ne fait donc pas dans la dentelle, et affiche sans vergogne les deux affreux comme d'abominables corrompus. Les deux tourtereaux, de leur côté, ont du mal à faire le poids! Sinon, au-delà du délire mélodramatique, le metteur en scène affine son style proche de celui de DeMille, dans des scènes nocturnes aux compositions recherchées, un style qu'il achèvera de maîtriser avec Mater Dolorosa... 

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Published by François Massarelli - dans Muet Abel Gance 1917
27 décembre 2020 7 27 /12 /décembre /2020 09:33

Il y a une formule pour tout y compris pour les comédies sentimentales... On devrait d'ailleurs dire "surtout" tant le genre est codé! Mais l'essentiel de ces films, finalement, a une série de passages obligés qui remontent à la naissance de la merveilleuse "Screwball comedy" dont ces films parfois produits à la chaîne sont les paradoxaux descendants... Ce qui nous amène à professer une coupable indulgence, occasionnellement, car que voulez-vous, quand on rigole, on rigole.

Ainsi dans The proposal, un Ryan Reynolds d'avant Deadpool travaille pour une patronne infernale (Sandra Bullock), d'ailleurs quand elle arrive dans le bureau de la maison d'édition dont elle est rédactrice adjointe, tout le monde prévient tout le monde par e-mail, afin que chacun modifie son attitude... Andrew Paxton est donc son secrétaire, pardon "assistant", et il la hait parce que depuis trois ans qu'il travaille à ses côtés il vit un enfer... Elle ne vit que par elle, et n'a pas besoin de revendiquer quoi que ce soit, c'est elle le boss. D'ailleurs on a intérêt à filer droit, elle a le licenciement facile.

Mais c'est un jour particulier: la patronne-dragon est Canadienne apprend qu'elle a commis une erreur en se rendant à un colloque international sans vérifier son visa: ça ne pardonne pas, elle est expulsable sur le champ. Prise d'une soudaine impulsion, lors de l'entrevue qui lui apporte cette mauvaise nouvelle, elle annonce son mariage prochain... avec Andrew, qui comprend bien qu'il ne peut pas refuser de marcher avec le stratagème. Ce qui va quand même éveiller les soupçons de l'agent de l'intégration qui suit le dossier, Andrew et Margaret vont donc devoir montrer l'image d'un vrai couple, alors que bien sûr ils se détestent.

Du moins (mais ça vous l'avez déjà compris) le croient-ils...

C'est sûr, on a déjà vu ce genre de situation, mais le film semble faire un (léger) pas en avant en inversant le dispositif traditionnel, et en faisant de l'homme le subalterne du couple, ce qui d'ailleurs reste assez inédit dans ce genre de situation dans l'Amérique d'aujourd'hui...

Mais passons: le film garde une part importante du point de vue aux femmes, et Sandra Bullock est toujours très à l'aise pour ce genre de rôle, à la fois physique dans les gags et reposant sur un personnage assez désagréable dont l'humanité va se révéler petit à petit, au contact des femmes farfelues (Mary Steenburgen et Betty White) de sa future belle-famille hypothétique... C'est convenu, oui, mais je le disais plus haut, c'est drôle, donc c'est noël, on va gentiment se laisser aller à ce bonbon qui possède tout ce qu'on cherche dans un film: un décor de rêve (l'Alaska), une scène où un chien risque sa vie, un strip-tease masculin embarrassant et maladroit au son de Relax de Frankie goes to Hollywood, une cérémonie native avec du rap dedans, une scène de nudité mutuelle et accidentelle, et un sale type joué par le grand Denis O'Hare.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
26 décembre 2020 6 26 /12 /décembre /2020 08:37

Un homme aux abois entre dans une petite auberge en montagne, où les braves gens sont occupés à anticiper leur dîner... et il flanque la frousse à tout le monde: il est vrai que Roland Brissot (Pierre Fresnay), qui a perdu sa main gauche, est nerveux et même sinistre! Il raconte son histoire, comment il est passé du statut de peintre raté à celui de superstar des arts, grâce à un artifice, une main enchantée qu'un chef pas vraiment étoilé (Noël Roquevert) lui a vendu. En guise d'enchantement, ce serait plutôt de la sorcellerie: elle lui a donné le talent, l'amour et la gloire, certes, mais aussi les ennuis, à commencer par ce petit homme insistant qui vient lui demande son âme, car ce que Brissot ne sait pas, c'est qu'en acceptant la main, il a scellé un pacte avec... vous savez qui (Pierre Palau).

L'histoire de cette adaptation d'un conte de Gérard de Nerval est compliquée à souhait, et assez typique de cette drôle de période du cinéma français (entre autres...) qu'était l'occupation: pour commencer, c'est un film Continental, donc produit en France et par des techniciens et acteurs français, mais sous la responsabilité d'un Allemand, Alfred Greven: comme Le corbeau, L'assassin habite au 21, Le val d'enfer, Cécile est morte ou Les inconnus dans la maison, donc... Le projet est passé de mains en mains, et scénaristes (Jean Aurenche, puis Jean-Paul Le Chanois) comme réalisateurs (Jean Dréville, puis Tourneur, et enfin Jean Devaivre pour la fin du tournage) se sont succédés...

Tourneur, qui avait réalisé un court métrage fantastique notable en 1913 (Figures de cire), s'est retrouvé devant une occasion rare en France, de démontrer dans un cadre fantasmagorique sa science des éclairages et de la suggestion, qui prouve que son fiston Jacques avait de qui tenir... Il ne laisse jamais les événements prendre toute la place et se repose sur les ombres (celle de Palau, par exemple, dont il délaye les apparitions) ou es réactions des protagonistes. On voit vaguement la peinture de Brissot après "son opération", mais on ne connaîtra le fantastique de l'oeuvre et son génie que par les réactions des autres personnages. Un moment crucial, un meurtre horrible par lequel Fresnay comprend toute l'ampleur de sa malédiction, se déroule intégralement à l'écart de la caméra...

Tourneur installe avec l'arrivée de Fresnay dans le relais de montagne une atmosphère lourde d'angoisse, sans trop laisser la médiocrité ambiante de ces braves gens la dynamiter par l'humour franchouillard de circonstance; ensuite, il a souvent recours avec bonheur à des moments de pur cinéma muet, notamment quand Fresnay est désormais en possession de sa nouvelle main gauche et qu'il en découvre les pouvoirs. Une scène qui aurait pu virer à la bérézina (les anciens propriétaires de la main, tous masqués, s'adressent à Brissot pour lui demander de terminer la malédiction) a été tournée par Devaivre mais préparée par Tourneur, et elle est d'une incroyable beauté plastique. Il semble que Devaivre se soit d'ailleurs beaucoup impliqué dans le film, au point de prendre des décisions importantes (c'est lui qui a visualisé la "main du diable", et à l'instar de Fritz Lang, c'est de sa main qu'il s'agit). 

C'est non seulement l'un des rares exemples en France du style "graphique" de Maurice Tourneur tel qu'il l'avait développé à l'époque du muet aux Etats-Unis, c'est aussi l'un des rares grands films fantastiques français, et sans doute le film le plus connu de Maurice Tourneur... 

 

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Published by François Massarelli - dans Maurice Tourneur
26 décembre 2020 6 26 /12 /décembre /2020 08:24

Ce n'est pas à proprement parler un film, plus un chapitre d'un long métrage collectif: Le retour à la vie (1949) était une étrange et inégale production, assez ambitieuse, qui proposait une vision assez noire du "retour à la vie" d'un certain nombre de personnages, après les grandes mutations et migrations - souvent forcées, comme chacun sait, de la seconde guerre mondiale; si Le retour de Jean, de Clouzot, troisième et plus longue des intrigues présentées, en reste le principal attrait, l'ouverture en est plus qu'intéressante,...

Le scénario est du à Charles Spaak, et la réalisation à Cayatte. Emma est revenue de Dachau, dans un état particulièrement inquiétant, et sa famille se mobilise. Pour la voir et la soutenir, croit-on... Mais il s'avère bien vite que c'est surtout pour soulager leur conscience, et essayer de se sortir d'une situation problématique: ils ont endossé une fortune sous son nom en procédant à des faux en écriture, et ils souhaitent régulariser la chose en lui demandant des signatures authentiques...

Ce court métrage tranche sur l'esprit de la fin de la guerre par le choix d'y écorner l'imagerie propagée après la Libération. Non seulement tout les français, à en croire les infos glanées au gré des conversations de la belle famille, n'ont pas été résistants, mais en prime certains se sont engrossés sur le dos des autres, ceux qui n'ont pas tiré le gros lot... C'est à Bernard Blier que revient l'honneur douteux de raconter à tante Emma les turpitudes de sa famille pendant qu'elle mourait à petit feu dans un camp de concentration. Il est formidable, comme d'habitude... La comédie, si comédie il y a, s'étrangle dans l'atmosphère de veulerie et de bassesse de ces personnages...

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Published by François Massarelli - dans Comédie André Cayatte
23 décembre 2020 3 23 /12 /décembre /2020 08:35

La première fois, à ma connaissance du moins, qu'un désordre mental de cet ordre a été exploité au cinéma, c'était pour Harvey, de Henry Koster, dans lequel James Stewart vivait toute sa vie avec son ami imaginaire, le gros lapin géant Harvey... Un film délicat, une comédie certes mais une histoire dans laquelle l'enjeu de l'intrigue était plus le respect dû au personnage, que son hypothétique (et illusoire) "retour à la raison", et j'assume ces guillemets...

Nous voici donc confrontés à Lars Lindstrom:

Lars (Ryan Gosling) est Canadien, il vit seul mais dans une dépendance de la maison familiale où se sont installés son frère Gus et sa jeune épouse enceinte Karin, et il travaille, dans un bureau ou une administration quelconque où il est parfaitement intégré.

Lars est "différent", comme on dit, depuis sa naissance dans des circonstances tragiques: la maman, elle, n'a pas survécu. C'est un tabou pour lui.

Lars inquiète sa belle-soeur (Emily Mortimer), donc dans le couple, c'est elle qui prend l'initiative, aussi souvent que possible, de solliciter l'attention de son beau-frère et d'aller l'inviter à prendre le petit déjeuner; surtout elle tente d'aborder des sujets (l'amour familial, par exemple, la future naissance ou le fait de vivre seul et la nécessité de trouver quelqu'un) qui semblent ne pas le toucher, car ils l'angoissent...

Mais Lars écoute, prend note et finalement agit: de même que lorsqu'un de ses amis attire son attention sur des poupées sexuelles ultra-réalistes, Lars a fait la sourde oreille, mais il a bien du en prendre note, car...

Lars a, enfin, une fiancée: elle s'appelle Bianca, il l'a "rencontrée sur internet", et il veut la présenter à Gus et Karin: ceux-ci sont aux anges, mais pour trois minutes seulement, car Bianca est une poupée sexuelle ultra-réaliste. 

C'est là que le film va subir son vrai test, en réalité: va-t-il devenir une comédie salace, ou va-t-il rester sur le droit fil de la délicatesse fragile choisie jusqu'à présent? 

Ryan Gosling, lui, a fait son choix, dès le début, puisqu'il sait que son personnage est le centre et le sujet du film, il a opté pour un jeu tout en nuances, fait d'une gestuelle calibrée, de tics assez discrets, et d'un certain nombre de transformations: une moustache assez fournie, pour commencer, et probablement quelques kilos en trop aussi... Et tout passe dans son rapport à l'autre, à la communauté comme aux individus. Les femmes, particulièrement, vont jouer un rôle essentiel, être celles qui vont faire passer la pilule auprès de leurs maris, frères ou enfants. Karin d'abord, qui aide Gus (Paul Schneider) à gérer ce que lui n'a jamais su faire: être le grand frère de Lars, et ne pas faire l'autruche face aux situations nées de son trouble.

C'est également Dagmar (Patrici Clarkson), le médecin de la famille, qui va jouer un rôle en participant à un stratagème qui consiste à "examiner Bianca", afin de permettre une évaluation psychologique de Lars. 

Mais surtout le film nous montre, sans jamais les souligner de façon verbale, les choix de Lars lui-même, notamment la façon dont il manipule lui-même la situation dans laquelle il se présente tout seul face à la communauté, au bras d'une poupée sexuelle, dont il affirme que c'est sa fiancée, mais c'est aussi l'étrange comportement qui va lui permettre de s'ouvrir aux autres, puisque ça a l'air si important pour eux (le film est solidement ancré dans le fonctionnement d'une petite communauté Scandinave du Grand Nord Canadien), et aussi d'avancer dans sa vie. Il va aussi pouvoir comprendre, tester cet amour familial qui lui est prodigué, et réussir à trouver une stratégie psychologique pour avancer dans sa vie sentimentale... Ou pas.

Sans jamais sortir de la ligne imposée au départ, le film nous montre donc comment le jeune homme assume son rôle dans la communauté mais également comment il s'intéresse à une jeune femme (Kelli Garner), ce qui va d'ailleurs déclencher un trouble étonnant chez lui, une sorte d'auto-jalousie... Car il va de soi que Lars assume, du début à la fin, devant ses voisins médusés, l'identité de Bianca dans toutes les "conversations" qu'il a avec elle, ou que d'autres tentent d'avoir... 

Pour toutes ces raisons, ce petit film tout en douceur, qui évite constamment les pièges du misérabilisme, qui sent bon le Grand Nord Canadien, et qui tout en étant une comédie évite aussi les pièges de la grosse rigolade, est une réussite, et son acteur touchant et attachant à l'extrême: Gosling aime les personnages aux situations psychologiques complexes, il est servi: d'autres se seraient vautrés...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Ryan Gosling