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31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 10:02

D'abord une époque: Becker raconte dans ce film la jeunesse de l'après-guerre à travers ces enjeux sentimentaux, ou professionnels, des choses qui vont changer ou déterminer la vie future. Et si le monde a recommencé à tourner après une période bizarre, il en reste des séquelles... La façon dont un personnage (Pierre Trabaud), par exemple, conduit une jeep amphibie probablement achetée dans un surplus de l'armée Américaine, ou le fait qu'il passe son temps à piquer de la viande dans la boucherie familiale pour pouvoir se payer des extras (à commencer par de l'essence pour son machin qui flotte et qui roule), trahit vraiment cette drôle d'époque de débrouille, mais celle-ci est comme captée au naturel: c'est une grande réussite. Et puis il y a la jeunesse massée dans les caves, dans une danse permanente: ces gens ont des choses à exorciser, à commencer par leurs parents...

Une chronique du tout et du petit rien: tiens, exactement comme Antoine et Antoinette... Sauf que ce n'est pas exactement le bonheur qui est en cause ici, c'est la vie. Le film commence donc, dans une exposition exemplaire, à travers la vie des uns et des autres, par montrer le quotidien en famille ou pas de tous ses protagonistes. Une façon de les situer, bien sûr, mais aussi de leur fixer des enjeux, et aussi de nous les faire aimer: 

Lucien (Daniel Gélin) est l'étudiant en ethnographie qui a réussi, malgré son père (un con de bourgeois), et qui souhaite monter une expédition au Congo pour aller tourner un film scientifique sur les pygmées; sa petite-amie Christine (Nicole Courcel) est partagée entre son amour pour lui, et une ambition mal venue: elle veut être actrice, mais n'a pas ou presque pas de talent. Dans son cours, ils le savent bien, mais elle sait qu'elle peut jouer une carte immorale pour percer dans le métier, et considère, effectivement, de coucher avec un metteur en scène; Maurice Ronet est Roger, un étudiant à l'IDHEC qui est diplômé en son; ce qui ferait de lui un collaborateur essentiel pour son copain Lucien. En attendant il vit sur sa trompette, puisqu'il joue du jazz dans une cave... Et il est en couple avec Thérèse (Brigitte Auber), qui est actrice au même cours que Christine. Et elle, du talent, elle en a: ce qu'ont repéré un metteur en scène et surtout un auteur dramatique: François, le frère de Christine, qui aimerait bien que Thérèse soit sa petite amie.

Voilà, les personnages et les enjeux sont posés, et le film se déroule avec comme éventualité le fait que Lucien réussisse à monter son expédition, mais aussi que Thérèse et Christine soient engagées sur une pièce: ce sera chose faite assez rapidement, et les enjeux sentimentaux vont faire que le film frôlera le drame... Un peu. Parce que Becker, qui a demandé du naturel à ses acteurs, et l'a magnifiquement obtenu, n'a pas non plus souhaité aller vers le baroque. Ce qu'il voulait c'était capter une époque, c'est superbement réussi, et la cerise sur le gâteau c'est qu'on y assiste à l'éclosion d'une vraie histoire d'amour, celle des Parisiens avec le jazz... On passera sur l'étrange affection de l'époque pour le jazz "à l'ancienne", avec des apparitions de Claude Luter; mais on verra aussi le grand Rex Stewart, à la trompette, et surtout un pianiste qui fait un peu plus que de la figuration: c'est Bernard Peiffer.

 

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Published by François Massarelli - dans Jacques Becker
31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 09:01

La fée des grèves montre le sens de l'histoire de Feuillade, avec un conte que n'aurait pas renié Méliès. En plein seizième siècle, un noble pêche par hasard une sirène, et la ramène chez lui. Ils se marient, mais elle ne peut accepter de vivre loin de son royaume sous-marin. Il prend la décision de la suivre...

Tourné pour moitié dans des décors "naturels" (Et un château en bord de mer), et en studio où le "royaume" sous-marin a été reconstitué (Occasionnant un ballet sub-aquatique de naïades aussi empesées que les "fées" du film Le Printemps de la même année), il a été aussi colorié au pochoir. Là s'arrêtent les comparaisons avec Méliès, le film étant loin de la magie des contes de la Star-film...

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Published by François Massarelli - dans Louis Feuillade Muet
31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 08:57

La féérie selon Feuillade... Dans ce film des premiers temps de son oeuvre, on assiste un peu embarrassés à un ballet, disons, artistique... Un genre de film qui fait florès et qui s'inspire du goût des gens bien comme il faut, des spectacles de patronage.

Une vingtaine de femmes, en toges, se livrent à une bacchanale sur le thème de l'arrivée du printemps, parfois accompagnées d'enfants nus. C'est ridicule, c'est vain, et c'était une tendance, ce que n'oubliera pas Chaplin qui fera une parodie ultime de ce genre de films, mais en mille fois mieux, dans Sunnyside...

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Published by François Massarelli - dans Muet Louis Feuillade
31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 08:51

On oublie souvent qu'à partir de son arrivée chez Gaumont, Louis Feuillade, d'abord assistant d'Alice Guy, a vite du apprendre à tout faire. on lui doit donc, avant même que ses goûts ne le poussent vers l'exploration gourmande du genre policier, un nombre de films impressionnants dans tous les genres: féeries, drames, et bien sur des comédies. Certaines, regroupées dans des séries (Bébé, Bout-de-Zan) sont embarrassantes à regarder aujourd'hui, mais certaines témoignent au moins du fait qu'il savait attacher une certaine rigueur dans son métier. C'est de cette époque que date ce petit film...

Pour autant, il n'y a pas grand chose à dire sur Une dame vraiment bien, un film entièrement basé sur une idée simple, mais efficace: une dame élégante (Renée Carl) traverse la ville tranquillement, sans se soucier des catastrophes qu'elle déclenche sur son passage. En effet, tous les hommes sont subjugués par elle, et ont la tête toute retournée, aussi bien les commerçants, les passants, les ouvriers et bien sur les gendarmes... J'ai deux hypothèses quant au gag qui illustre cet article, et j'imagine que les émules de Freud s'attacheront à l'une d'elles. Mais je pense que l'autre est plus raisonnable: Feuillade souhaitait faire une allusion aux temps héroïques et déjà lointains des frères Lumière...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet Louis Feuillade
31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 08:46

Le récit du colonel est ce qu'on n'appelait pas encore, à l'époque, un plan-séquence, basé sur une idée, elle aussi, fort simple: un vieux militaire en retraite a pris l'habitude d'égayer les repas auxquels il est invité en se livrant à des récits vibrants de ses exploits passés. Et pour le mettre en scène, Feuillade nous montre le vieux s'emportant, provoquant par ses éclats de voix de tels sursauts chez les domestiques que ceux-ci en lâchent immédiatement la vaisselle, puis s'emballant de plus en plus, le colonel joint le geste à la parole et commence à tout casser... La fin n'est pas une fin, mais un armistice, et on peut voir les convives revenir sagement s'installer, comme si de rien n'était. Le film est drôle, de par la façon qu'a eu Feuillade d'orchestrer le crescendo...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet Louis Feuillade
30 décembre 2020 3 30 /12 /décembre /2020 17:49

Une troupe de cinéma (l'actrice Asta Nielsen, d'autres acteurs, et un caméraman) décident de partir pour les montagnes du nord de l'Italie, afin de capter sur le vif, les lieux qui son le théâtre des douteux exploits d'un redoutable gang de bandits, le gang Zapata. Une fois arrivés, ils se déguisent en bandits et se filment à terroriser la population. Seulement, d'une part la population n'envisage pas de se laisser faire, et d'autre part la vraie bande de Zapata, qui passait par là, leur ont volé leurs vêtements civils...

C'est après avoir tendu un miroir de mélodrame au cinéma qu'Asta Nielsen a décidé de le faire aussi avec la comédie. Sans doute fallait-il fournir, car ce film tourné en pleine montagne ressemble à s'y méprendre à un film vite fait pour peu de frais... Ce n'est pas complètement de la comédie, plutôt de la farce un peu grossière, mais elle permet au moins à Nielsen, avec j'imagine la complicité d'Urban Gad, d'affirmer sa prépondérance sur son équipe, mais aussi d'explorer un peu un thème qui reviendra chez elle: l'androgynie. Sous le costume de Zapata, elle a commis une action d'éclat en laissant partir une jeune femme, après lui avoir décoché un baiser en guise de clin d'oeil... Celle-ci est désormais amoureuse de "son" bandit; quand Asta Nielsen s'introduit chez elle pour y voler de la nourriture, elle se jette sur l'objet de ses désirs... Les désirs d'Asta/Hamlet, dans le film d'Heinz Schall et Svend Gade, seront nettement plus troubles.

 

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Published by François Massarelli - dans 1914 Muet Asta Nielsen Comédie Urban Gad **
30 décembre 2020 3 30 /12 /décembre /2020 17:25

Les Hilliard sont une famille petite-bourgeoise qui vit une petite vie bien pépère dans une banlieue d'Indianapolis... Le matin, le père, la mère, la fille, le fils se lèvent, prennent leur petit déjeuner, et se chamaillent un peu. Ralph (Richard Eyer), le fils, décide qu'on ne l'appellera plus Ralphy, parce qu'il est un homme... Donc il refuse d'embrasser son père avant de partir pour l'école, et prétexte qu'il n'a pas le temps de ranger son vélo qui orne insolemment la pelouse. La fille (Mary Murphy) aussi, qui a 19 ans, affirme qu'elle a grandi et laisse entendre qu'elle considère le mariage, avec son petit ami Chuck. Au moment où le père (Fredric March) s'apprête à sortir pour se rendre à son travail et déposer sa fille, Madame Hilliard (Martha Scott) lui fait promettre de ne pas aborder la question des amours avec sa fille, car elle sait que le jeune avocat Chuck l'agace. Puis la mère reste seule et s'adonne à ses tâches ménagères.

Elle ne prête aucune attention à ce que raconte la radio, sur une évasion spectaculaire non loin de là. Elle aurait du, car pendant que la police cherche des pistes pour retrouver les trois évadés, ils décident de se réfugier en banlieue, avisent une maison: elle plaît au chef des trois bandits, Glenn Griffin, car il sait qu'en cas de coup dur il aura besoin d'otages, et il n'y a rien de mieux qu'une famille avec enfants, en cas de prise d'otages. Et il sait qu'il y a des enfants, puisqu'il y a un vélo abandonné sur la pelouse...

Wyler ne perd pas de temps à faire se rencontrer les deux univers antagonistes qui vont cohabiter durant quelques heures. Les Hilliard, si conventionnels dans leur douceur de vivre un brin terne, et les trois bandits évadés, pas des rigolos: les frères Griffin, donc, Glenn (Humphrey Bogart) et Hal (Dewey Martin) et Simon Kobish (Robert Middleton): le premier, un dur de dur, qui n'avait pu aller en prison qu'une fois qu'il avait descendu un policier; le deuxième, son petit frère, encore un peu tendre; et le troisième, un type à moitié fou, dangereux et sans limites... Même Glenn souhaite éviter qu'il ait une arme! Si le réalisateur nous laisse suivre les efforts du détective Bard (Arthur Kennedy), en charge du dossier, qui doit lutter contre tous les services possibles afin d'être efficace, l'essentiel de la prise d'otages sera vue depuis la maison même des Hilliard. L'enjeu est simple: les bandits n'hésiteront pas à tirer, la famille doit donc tout faire pour qu'on ignore la situation, et le suspense est à son comble.

C'est un très grand film, parfaitement maîtrisé à tous points de vue. Le metteur en scène nous accoutume aux lieux du drame sans qu'on s'en rende compte dans les dix premières minutes, avant de nous montrer l'arrivée des évadés. Afin de laisser monter le suspense, il nous fait voir le choix de la maison des yeux même de Griffin, avant qu'on ne l'ait vu. Par contre, on savait que le vélo était présent: un signe du destin. Le metteur en scène tisse de façon magistrale des liens entre les hommes, les faits, les lieux, et joue aux montagnes russes avec les nerfs de ses personnages, tout en explorant avec une rare acuité le thème si cher à son coeur de la difficile (re) conquête de la liberté. Ce ne sera pas facile: accroché au mur de la chambre de Ralph, et bien en vue, il y a un cadre avec des papillons, comme dans The collector... Enfin, l'interprétation est fantastique, à commencer par la rencontre au sommet de deux monstres sacrés, Fredric March, formidable dans le rôle d'un homme d'âge mûr, et Humphrey Bogart avant la chute, magistral en homme qui n'a plus rien à perdre... Enfin, si, même s'il ne l'avouera pas: son petit frère...

 

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Published by François Massarelli - dans Noir William Wyler
30 décembre 2020 3 30 /12 /décembre /2020 08:21

Pas difficile, pas besoin de gratter bien loin, pour soulever l'ironie derrière le drame. Le drame est un drame de la bêtise, même si au départ on croit à une tragédie: un homme, sonné mais digne, se rend au poste de police pour confesser un assassinat, puis il raconte... C'est Bourvil.

Digression: on oublie souvent que le grand comédien est d'abord et avant tout un acteur, avec une prédilection pour jouer les crapules, ce qu'il savait fort bien faire! ...Mais reprenons:

Il raconte comment lui, Pierre Tardivet, professeur de calcul dans un collège du centre Parisien, fonctionnaire exemplaire mais pas zélé, a constaté le vide de sa vie et a souhaité se marier. Mais qui voudrait de sa bobine? Le bonhomme étant maniaque, il a mis une annonce dans un journal et a sélectionné les candidates.

C'est avec les parents d'une jeune femme, Marie-Josée Vozange (Michèle Morgan) qu'il va faire affaire: elle est intelligente, douce, rêveuse et elle aime la musique; elle est aussi affligée d'un défaut qui se voit comme, justement, le nez au milieu de la figure: elle se trouve laide à cause de son nez, qui est, il est vrai, proéminent. Mais elle est aussi fière, et ses parents veulent qu'elle ignore que Pierre Tardivet les a connus par annonce. Il faut donc provoquer la rencontre, elle aura donc lieu dans un magasin de musique où elle travaille (elle aime la musique, et s'y connaît): il serait un client qui lui demande la Xe symphonie de Beethoven; elle adore Beethoven. Il dit que lui aussi.

A partir de là tout s'enchaîne: il fait officiellement sa connaissance, la courtise, et comme les prétendants ne se bousculent pas elle finit par accepter; il faut dire que sa soeur a marié le seul homme qu'elle ait jamais aimé, donc à quoi bon? Ils vont en voyage de noces à Venise, et ils vivent dans un petit pavillon de banlieue, avec la maman de Pierre et ils vont avoir deux enfants: Pierre est content. Si on lui demande si sa femme est contente, il répondra: "ben oui, elle a tout ce qu'il faut: un mari, deux enfants, une cuisinière et une machine à laver..."

Premier signe que tout ne tourne pas rond, il a raccourci son annonce, enlevant la demande "physique moyen", parce que sinon c'était trop cher; deuxième signe, une fois reçues les demandes, il a au vu des photos éliminé toutes les jeunes femmes qui étaient belles: trop d'ennuis en perspective. Puis le mensonge assumé avec les parents, la façon dont il a modifié son caractère pour la séduire... Lui qui n'aime pas la musique, qui n'y connaît rien, a prétendu partager la passion de la jeune femme... Enfin, le voyage de noces à Venise va être de la part du jeune marié un festival de mesquinerie, qui rivalise en médiocrité avec le comportement franchouillard d'un couple de coiffeurs installés dans la ville Italienne, et interprétés par Julien Carette et Georgette Anys...

Une fois marié, le mesquin va devenir de plus en plus râleur, de plus en plus étouffant, de plus en plus étouffé aussi par sa propre mère qui est, ce n'est pas rien, une abominable mégère... Bref: Marie-Josée est tombée dans un piège abominable.

Je disais que Pierre était mesquin: il faut l'être, car quand il s'achète un véhicule, sa première voiture, il décide de faire une folie: une Deux-chevaux... Qu'il présente comme si c'était le rêve de sa vie. C'est avec ce véhicule qu'il aura un accident, causé par une grosse cylindrée, celle d'un chirurgien (Gérard Oury) qui passait par là, et assumant toute la faute, celui-ci va prendre en charge l'accidenté désagréable, et le requinquer. Il va aussi voir Mme Tardivet, et constater qu'elle a du relief: ça tombe bien, il est chirurgien esthétique...

On commence enfin à comprendre pourquoi Cayatte a pris Michèle Morgan, qui a du pendant la moitié du film porter un nez postiche, d'ailleurs c'est de l'excellent travail, car on y croirait... C'est là que le film s'enfonce encore plus dans la noirceur, car Pierre veut garder son épouse telle qu'elle est, à son image à lui en quelque sorte, et Marie-Josée comprend enfin qu'elle n'est pas soumise à une fatalité. C'est le bon docteur Bosc qui va faire office de bonne fée, grâce à cet accident. La vie des deux époux va changer radicalement, et la saloperie de l'un va éclater au grand jour...

Le film se présente comme un film noir au vitriol, avant de privilégier une étude de moeurs ironique et tout aussi noire, d'ailleurs, mais le film entier semble tenir à un état de fait: il y a des moches et des belles. Moche, pouah, belle, formidable, et donc d'une certaine façon Bourvil incarne un type qui ne tourne pas rond, car il veut lui que sa femme soit moche... Ainsi il peut ne pas la désirer, la garder auprès de lui, assujettie. Donc si le film marche bien en terme de symbolique, il possède quand même un défaut certain, assumant une sorte de conservatisme machiste, qu'il prétend dénoncer...

C'est un défaut, dans un film qui globalement reste enthousiasmant par ses audaces; autant d'outrages aux bonnes moeurs, qui sont souvent des révélateurs des psychologies des uns et des autres: l'abominable belle-mère (Sylvie); la médiocrité des coiffeurs Parisiens qui se plaignent d'être installés à Venise; et puis le professeur, mesquin, rabougri, petit, qui se réfugie dans l'alcoolisme (et pas du luxe, hein, il boit l'eau-de-vie des cerises) à la première occasion, et qui traite sa femme en étrangère, au point de vouloir la violer dans une scène effrayante...

Ben oui, effrayante: Bourvil qui viole Michèle Morgan!!

Un autre défaut qui m'apparaît ici, c'est bien sûr qu'il y a deux camps, en fait dans le film: Bourvil et les médiocres, d'un côté, et les autres, notamment Gérard le beau frère que Marie-Josée a laissé filer. Quand elle devient belle, il revient... Encore une fois, la mochophobie. 

C'est pourquoi j'affirme ici haut et fort: certes, elle a un nez qui rend les écrans 3D nécessaires... Mais Marie-Josée d'avant son opération n'est PAS laide. Elle se trouve laide, c'est tout. Michèle Morgan au naturel non plus ne l'est pas.

C'est juste que Pierre, comme le lui dit d'ailleurs Bosc (qui n'est pas rose lui non plus, d'ailleurs il se tape ses clientes une fois qu'il les a remises en ordre), Pierre est un pauvre con. Un vrai. Un beau. Un gros.

 

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Published by François Massarelli - dans André Cayatte
29 décembre 2020 2 29 /12 /décembre /2020 18:33

Pour une fois, le titre français de ce film a du sens: d'abord, il particulièrement explicite, et ensuite, c'est un film Allemand, certes, mais dont la bande-son est parfaitement partagée entre langues française et allemande. Et pour cause: situé sur la frontière, Kameradschaft nous raconte comment une mine exploitée à la fois en Allemagne et en France, mais chacun chez soi, est l'objet d'un acte de fraternité sans précédent par les deux camps si souvent ennemis...

Dans un premier temps, nous assistons à des anecdotes situées entre les deux pays: le refus des douaniers français de laisser passer des travailleurs journaliers allemands; les enfants des deux pays qui jouent sur la frontière et se chamaillent; les allemands qui viennent passer du bon temps de l'autre côté mais qui prennent une maladresse pour une provocation... Et quand le désastre, un incendie qui tout à coup rencontre une poche de gaz, a lieu, bien des allemands se réjouissent: il n'y a pas de contact entre leur côté de la mine et l'autre.

C'est un mineur Allemand, qui est de l'équipe de secours, qui va alerter ses camarades (d'où le titre) sur la nécessité d'intervenir. "Un mineur, c'est un mineur", dit-il... Au début ils sont une poignée, et bientôt, deux camions plein à craquer embarquent des sauveteurs prêts à tout pour limiter les dégâts...

C'est inspiré vaguement d'un authentique incident, mais qui n'était pas sur la frontière: à Courrières en 1906, des secours avaient du venir de Westphalie, mais trop tard car les autorités françaises avaient un peu trop tergiversé devant le lourd symbole de faire appel à l'ennemi héréditaire. C'est ce nationalisme même (je rappelle que le nationalisme, c'est cette fallacieuse impression chez l'imbécile moyen que son pays minable est meilleur que les autres pays minables sis alentour) qui est la cible d'un film dont le titre allemand, lui aussi, est on ne peut plus expressif: car ce que cherche à démontrer Pabst, c'est la fraternité, et pas n'importe laquelle: ouvrière.

Ce sont des idées généreuses, et en particulier celle d'une fraternité qui abolit les frontières et les vieilles rancunes. Un épisode est d'ailleurs notable, pour ce qu'il nous rappelle du destin des deux pays: voyant arriver devant lui un sauveteur masqué, un ancien poilu se voit retourner dans les tranchées et ne se laisse pas secourir. La proximité avec Westfront 1918 sorti l'année d'avant est d'autant plus forte qu'on croirait presque que Pabst a pris des chutes du film pour cette séquence forte. Sinon, le film est sorti des deux côtés de la frontière, sans sous-titres, ce qui est impensable aujourd'hui. Mais pour le cinéaste, le fait que le public d'un pays ou de l'autre allait ne pas forcément comprendre la moitié de ce qui se disait, faisait sens. Et d'ailleurs, le film reste un film, et un film c'est de l'image, pas du texte. Le regarder ainsi (je ne peux absolument pas me vanter de connaître l'Allemand, hélas) est une expérience fascinante. 

C'est pour moi le dernier chef d'oeuvre de Pabst qui va s'éparpiller avant de se trahir. C'est sans doute, aussi, celui qui est le plus abouti dans l'énonciation idéologique d'une nécessité. Une nécessité, comme chacun sait, qui sera vouée à l'échec... Pabst devait s'en douter, lui qui nous montre à la fin les autorités des deux pays réunis une dernière fois... pour reconstruire la frontière située au plus profond de la mine.

 

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Published by François Massarelli - dans Georg Wilhelm Pabst
29 décembre 2020 2 29 /12 /décembre /2020 08:17

Clarisse (Vivianne Romance), c'est son vrai nom, celui sous lequel elle aimerait bien qu'on l'appelle. Mais tout le monde, en particulier les hommes, l'appelle Vénus, en rapport avec la publicité pour laquelle elle a accepté de poser. Comme elle le dit elle-même, en prêtant sa jolie bobine à la marque de cigarettes Vénus, c'est comme si tout le monde l'achetait et l'embrassait... Une métaphore, la première d'un film riche en symboles et en détournements. 

Vénus, donc, dès la première scène de ce film, constate en consultant son médecin que la cécité est en route, et risque bien d'être irréversible. Ce qui est embêtant: elle a deux métiers; l'un, chanteuse dans un beuglant où elle envoute son auditoire, l'autre plus tranquille, elle retouche des clichés, un travail de précision qui requiert une vue sans faille... Le destin la pousse donc vers l'admiration, le désir, de là à dire la concupiscence, des hommes, il n'y a qu'un pas. Et si ça reste une métaphore, c'est quand même de moins en moins...

Donc la cécité devrait empêcher la jeune femme, à terme, d'exercer son activité "noble" par opposition à celle qui l'assimile à une prostituée. Mais il y a pire: elle ne veut pas être une charge pour Madère (Georges Flamant), son amant. Celui-ci, ombrageux et poète à ses heures, retape une épave, le Tapageur, pour en faire un bateau. Clarisse décide qu'il est préférable de le quitter plutôt que de lui dire la vérité, et qu'elle devienne donc un boulet pour son homme...

Elle le quitte, il ne comprend pas et se réfugie dans les bras de Gisèle (Lucienne Le Marchand), qui n'attendait que son heure: ils vont se marier, et avoir un enfant, une fille qui s'appelle Jeannette. Et si Clarisse ne va pas se marier, elle, en revanche, elle aura bien un enfant, ce que Madère (le père, évidemment), ignorera un temps. D'ailleurs la petite mourra... Puis Clarisse deviendra irrémédiablement aveugle... Et c'est là que les copains, tous les copains (ceux du Bouchon rouge, l'estaminet un peu louche où elle a chanté, Ulysse le second du Tapageur, Mireille la soeur de Clarisse, qui est paralytique, etc...) vont avec la complicité de Madère qui a divorcé, lui inventer une réalité parallèle autour d'elle, avec l'arrivée d'un bel inconnu qu'elle ne verra jamais...

Il y a des choses qui fâchent dans ce film, j'ai gardé le pire pour la fin... Mais il y a aussi de quoi déposer les armes: certes, c'est un film déraisonnable, à l'image de la carrière délirante de son metteur en scène, qui l'a signé fièrement ("Ecrit, composé et mis en scène par") et habite chaque image, chaque ombre, chaque surimpression, chaque passage au négatif, chaque plan symbolique de phare dans la brume... Vénus Aveugle, c'est comme le retour de Gance au cinéma muet, mais un Gance qui a retenu la leçon du réalisme poétique, et sa tendance à l'atmosphère. Non que ce soit "réaliste", loin de là! D'ailleurs on ne sait pas où ça se situe toute cette histoire! Mais en s'appropriant l'ambiance portuaire, l'omniprésence de la mer, les bars à marins, et les épaves rouillées, Gance rejoint le cinéma des Sternberg, des Borzage, qu'il a forcément vus. Et il le fait pour un pur mélodrame avec une héroïne qui glisse vers la cécité comme on se sacrifie... Et pourtant, cette "tragédie des temps modernes" (ce n'est pas moi qui le dit c'est lui) est un film optimiste, qui vise vers l'avenir! La preuve dans ces quarante-cinq dernières minutes consacrées à la renaissance de Clarisse, portée par l'amour de tous ses copains...

Gance a déjà parlé de la cécité dans La roue, puisque Sisif devenait aveugle au fur et à mesure du film; le cinéaste a aussi traité de la surdité de son héros dans Un grand amour de Beethoven avec Harry Baur, dont la venue de son affliction était prétexte à de grandioses expérimentations... C'est un peu la même chose ici, la menace puis l'arrivée de "la nuit" comme Clarisse l'appelle, sont des appels pour Gance à dépasser son simple savoir-faire. Et c'est enthousiasmant de retrouver ce cinéma sans limites, même si le prétexte du mélo est assez piteux, Gance le transcende sans problèmes... Son but est de montrer que contrairement à ces deux exemples qui mouraient métaphoriquement par leur handicap avant une mort réelle, "Vénus", elle, va réussir à atteindre le bonheur à travers le changement de trajectoire imposée par la cécité.

L'interprétation est bouillonnante, et il y a de tout: Flamand s'en sort plutôt bien, avec ses faux airs de Carl Brisson cabossé; d'autres moins, à commencer par Sylvie Gance aussi infecte que d'habitude (elle joue sous le pseudonyme de Mary-Lou, mais on l'a reconnue!). Par contre, avec un film taillé pour sa gloire, Viviane Romance est splendide dans le rôle, et Gance n'a de cesse que de la magnifier dans des gros plans impressionnants. Il la fait chanter aussi, ce qui me pousse à penser que le film doit sans doute beaucoup au modèle de Marlene Dietrich. Il y a du Lola-Lola dans Clarisse-Vénus, mais une Lola qui souhaiterait rester à l'écart du sexe! Toujours la vieille contradiction de Gance, qui souhaite à la fois déshabiller ses actrices et l'a fait plus souvent qu'à son tour, et en faire sinon des nonnes, en tout cas des saintes: le complexe de Marie-Madeleine... Il y a une imagerie religieuse dans le film, comme il y en a dans toute l'oeuvre de Gance, du reste: c'est l'éducation, que voulez-vous. Mais comme ses inspirations Américaines, il s'en sert pour des motifs plus ou moins profanes.

...Et puis la religion le sert bien, lui qui est appelé à la prudence en ces années d'occupation. Le film a été fait et sorti (dans un premier temps, puisqu'il sortira finalement sur Paris en 1943) en zone non occupée (je me refuse à dire "libre"); Gance, comme beaucoup de cinéastes, s'est réfugié du côté de Nice, et il sait qu'il est en sursis, puisque Gance est sur "la liste Juive", soit soupçonné d'être d'origine juive. Ce qu'il n'était pas, mais les dénonciateurs de l'époque le désignaient comme tel... C'est donc avec un dessein un rien opportuniste que le metteur en scène a choisi de dédier son film au maréchal Pétain, une exergue qu'il regrettera sans doute jusqu'à la fin de ses jours: les mots en sont d'une confondante naïveté: "C'est à la France de demain que je voudrais dédier ce film, mais puisqu'elle est incarnée en vous, M. le maréchal, permettez que très humblement je vous le dédie". De même, le film est sorti sous l'égide d'une société qui n'a pas laissé plus de traces, France Nouvelle: un nom sans ambiguité. Il est regrettable que le cinéaste ait souhaité donner des gages d'amabilité à la société de Pétain, mais il fallait, j'imagine, bien survivre. Et si le cinéaste a été maréchaliste, il n'a ni collaboré, ni été pétainiste, contrairement à Le Vigan... De toute façon, rien de politique ne vient salir ce film, à l'exception de cette dédicace embarrassante.

Même avec cette embarrassante entrée en matière, le film reste un grand moment de l'oeuvre du cinéaste, qui ne retrouvera plus jamais ce niveau d'inspiration. Certes, ça part dans tous les sens, et certaines scènes échappent de peu au ridicule, mais c'est le style même de Gance de tout risquer, de laisser l'émotion prendre le dessus dans une poésie tellement personnelle qu'le risque en permanence de vous exclure. mais lorsque au moment d'une scène d'orage, la jeune femme aveugle filmée en très gros plan reçoit sans le savoir la visite de son amant qui réalise son état, le film emporte tout sur son passage, avec ses qualités comme ses défauts.

Maintenant j'espère être le seul à avoir fait l'acquisition d'une copie désynchronisée sur la dernière demi-heure... 

 

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Published by François Massarelli - dans Abel Gance