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8 novembre 2020 7 08 /11 /novembre /2020 10:09

Un musical tardif, qui a coulé la Universal ou presque, avec une star géniale en totale liberté qui se plie à une intrigue cousue main (même si elle vient d'un musical de Broadway) l'autorisant à toutes les extravagances, tout en étant empreint d'une authentique amertume... Ca sonne comme un OFNI, d'ailleurs ça l'est... C'est un film non seulement à voir, mais aussi à réévaluer. Comme je le disais, la chose n'a pas spécialement été un succès...

Charity Hope Valentine, avec son nom triplement significatif, a deux principales occupations: d'une part elle travaille en tant qu'hôtesse dans un bar à danser, où elle offre une peu de compagnonnage moyennant finances, à des clients désoeuvrés; d'autre part elle rêve du prince charmant: au moment où commence le film elle est en couple avec Charlie, un Italien ombrageux qui est aussi marié... Mais ça ne dure pas longtemps, car il lui pique son argent et la flanque à l'eau à Central Park. Elle se met donc en quête d'un prince charmant...

c'est une quête sentimentale qui va être opérée par une indécrottable sentimentale dans un monde en totale mutation: le bar où travaille Charity est montré en contraste aux bars et dancings de la jet-set, où Charity va suivre une rencontre de passage, l'acteur Vittorio Vitale (Ricardo Montalban): un prétexte gourmand pour Fosse de se moquer de la danse à la mode, dans un éblouissant ballet. Ayant rencontré un "type bien", Oscar (John McMartin), qui est surtout d'une fadeur, d'une pruderie et d'une niaiserie absolues, elle le suit dans une soirée religieuse, menée par Sammy Davis Junior avec des congrégants qui sont tous des hippies, et sinon elle doit faire face à son propre ratage, et ce jusqu'au bout du film...

Fosse a donc adapté un musical et en a complètement éclaté la dimension scénique, en libérant tout: dissociant parfois l'intrigue des numéros chantés, interrompant les chansons pour du dialogue ou le contraire, opérant d'incroyables digressions, toujours avec Shirley MacLaine en ligne de mire. Celle qui avait fait du base-ball à l'université et hésité devant une carrière dans le ballet, met son énergie au service du film, et l'excentricité profonde du projet lui sied parfaitement. La superbe musique de Cy Coleman (à mi-chemin entre le jazz et un commentaire ironique sur l'état de la pop en ces années post-psychédéliques) et la profonde ironie des paroles de Dorothy Fields font de Sweet Charity un film à nul autre pareil.

Je suis un peu plus mitigé sur certaines des idées novatrices voire iconoclastes de Fosse (dont c'était le premier film, et qui maîtrise de nombreux aspects au-delà de la chorégraphie): cette manie qu'il a de substituer des arrêts sur images, traités et appauvris, à des séquences en mouvement, est intéressante en soi mais finit par irriter. Et le dernier chapitre, celui dans lequel Charity glisse vers la réalisation de l'échec, est sans doute un peu long: le film est en cela un filmouth, film géant et pur produit des années 60, qu'on se rappelle les durées de My fair lady ou The sound of music... De même, le choix de Fosse pour une fin amère se justifie, mais elle reste quand même assez déroutante. Si l'amertume en est justifiée, la version "rose" alternative est en soi plus intéressante... Au regard du film, ces remarques ne sont pas grand chose: je le répète, il n'y a pas deux films comme celui-ci, qui mérite le coup d'oeil.

Ah, j'oubliais: on m'en voudrait probablement de ne pas mentionner que le musical de Broadway dont ce film est une adaptation était une variation sur Les Nuits de Cabiria de Fellini. Comme je ne supporte pas ce monsieur, ni son cinéma, je vais juste dire que personnellement je m'en fous. Voilà.

 

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Published by François Massarelli - dans Musical Shirley MacLaine Bob Fosse Danse Filmouth
8 novembre 2020 7 08 /11 /novembre /2020 09:52

Sur un paquebot en route vers la Tunisie, quatre hommes en rencontrent un cinquième, Guerlantec (André Luguet). Une fois débarqués, lors de leurs visites aux autochtones, ils provoquent un incident avec un paysan: considérant qu'ils ont manqué de respect à sa fille unique (ce qui est d'ailleurs parfaitement exact), le vieux les maudit tous les cinq, prédisant leurs morts dans un ordre bien précis... Au bout de quelques jours les hommes vont disparaître les uns à la suite des autres... Guerlantec est inquiet.

Le prétexte est ici un roman policier d'André Reuzé, sans doute pas un livre de la première fraîcheur, un de ces romans dont les coups de théâtre et leur enchaînement sont les seules qualités. Le film, disponible aujourd'hui uniquement sous la forme d'une série de bobines 9,5mm (Pathé-Baby), est considérablement réduit au tiers de sa durée, le montage est tronçonné et haché donc il est bien difficile de se faire une idée d'une intrigue réduite à sa plus simple expression, et plus encore des éléments décoratifs inévitables puisque le film a effectivement été tourné en Afrique du Nord, à grands renforts d'images glorieuses de paysages qui ont tous disparu, car dans ces condensés pour le visionnage à la maison (en famille), priorité allait à l'intrigue... Donc les éventuelles audaces (le film commence dans une fumerie d'opium, un épisode réduit à sa plus simple expression) étaient impitoyablement rabotées pour ces versions.

Néanmoins le jeu ampoulé des protagonistes, la naïveté des héros et de l'intrigue ne nous laissent que peu de doutes: si le remake de Julien Duvivier est (un peu) supérieur, ici il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920
6 novembre 2020 5 06 /11 /novembre /2020 17:48

Le Portugais de San Diego Mike Mascarenhas (Edward G. Robinson) est l'énergique patron de la Santa Maria, un bateau de pêche qui se spécialise dans la chasse au thon. Il a perdu une main lors d'un naufrage durant lequel il a sauvé la vie de son second Pipes Boley (Richard Arlen). Quand il revient au port après la mort d'un de ses marins, il rencontre la fille (Zita Johann) de ce dernier et tombe amoureux: parce qu'elle sait que le marin est une bonne opportunité d'échapper à la prostitution, Quita accepte, mais elle va vite tomber amoureuse de Pipes...

Après l'Italien (Little Caesar), le Chinois (The Hatchet man), Robinson était mis à toutes les sauces ethniques par la Warner. Une façon comme une autre de capitaliser sur son talent... ou de lui laisser les coudées franches pour en faire des tonnes et des tonnes, c'est selon les goûts! Hawks connaît son boulot et donne à voir un honnête mélodrame qui bénéficie quand même du ton et du montage propres à la Warner en ces années bénies...

...Et surtout, à travers ce matamore bavard de Mike Mascarhenas, il se prend à accumuler les images autour de ces hommes supposés être saisis dans l'exercice de leur métier, un ingrédient qui passionne toujours le réalisateur. A travers ces gens qu'on nous montre risquant leur vie pour gagner leur pain, dans des circonstances que le film se plaît à montrer toujours plus dangereuses (...il y a des requins!) le cinéaste nous chuchote comme il savait le faire que le travail et le professionnalisme sont l'essence même de l'homme. Et ce film est aussi l'une des rares occasions de retrouver l'étrange visage de Zita Johann, l'héroïne de The Mummy...

 

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Published by François Massarelli - dans Howard Hawks Pre-code
1 novembre 2020 7 01 /11 /novembre /2020 15:49

Kiki (Norma Talmadge) est une jeune parisienne qui end des journaux à deux pas d'un music-hall; elle y entend les répétitions des revues et rêve tout haut de s'y faire une place... Pas pour devenir une vedette, non: parce que ça la rendrait toute proche de M. Renal, le producteur (Ronald Colman). A la faveur d'une défection, elle va user de tous les stratagèmes y compris les plus malhonnêtes pour se faire engager, puis y parvenir... La revue va en souffrir, mais pas autant que Renal car une fois dans la place, Kiki n'est pas du genre qu'on déloge...

C'est une superbe comédie, qui bénéficie de tout le soin apporté habituellement aux films de Norma Talmadge. Et pourtant on ne l'attendait pas vraiment sur ce terrain, mais Clarence Brown est vraiment l'homme de la situation, sa mise en scène enlevée réussissant à nous mettre à 100 % aux côtés d'une indécrottable peste, une jeune femme dont la passion n'a d'égale que la débrouillardise. On en vient bien sûr assez rapidement à deviner qu'elle parviendra à ses fins coûte que coûte, mais les moyens qu'elle utilise sont quand même assez impressionnants: un chantage au suicide (qui ne débouchera sur aucune tendance excessive au pathos, c'est remarquable) et surtout une fausse crise de catalepsie qui fait que la star va jouer toute la dernière bobine, contrainte et forcée, en poupée totalement immobile...

Le scénario est solide, signé de Hanns Kräly arrivé de Berlin dans les valises d'Ernst Lubitsch; les décors sont impressionnants par le soin qui leur a été prodigué; outre les deux stars, on a des performances de premier choix de Marc McDermott, Gertrude (la rivale en amour de Kiki) et même George K. Arthur qu'on a jamais connu aussi bon, et qui interprète le domestique Adolphe, devenu l'ennemi juré de Kiki une fois celle-ci installée dans la maison de son patron... Et le film est en prime constamment enthousiasmant, grâce à sa structure qui culmine dans la plus jubilatoire des comédies physiques.

 

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Published by François Massarelli - dans Norma Talmadge Clarence Brown Muet 1926 Comédie *
30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 17:51

Pygmalion et Frankenstein... Intéressant pedigree pour une comédie romantique, d'autant plus lorsqu'elle est écrite par une scénariste débutante, actrice plus ou moins spécialisée dans les rôles de jeune femme aux prises avec les aléas de romances un peu écervelées dans les films du genre... Jonathan Dayton et Valerie Faris ne sont évidemment pas des inconnus, on leur doit le désormais classique Little miss Sunshine, sorti en 2006. Mais Ruby Sparks n'est que leur deuxième film, et ils ont invariablement justifié cette attente d'une seule façon: ils attendaient un bon script...

Calvin Weir-Fields (Paul Dano) est un génie. On le lui dit en tout cas souvent, trop souvent à son goût, depuis qu'il a écrit un best-seller, dix ans auparavant, qui est toujours un succès de librairie. Et le problème, c'est qu'en dépit de nombreuses nouvelles publiées, il n'a pas pu écrire un deuxième roman. Il est suivi par un psy (Eliott Gould) depuis que sa petite amie Lila (Deborah-Ann Woll) l'a quitté, il évite de se faire des amis, et il ne sort plus que pour promener Scotty, son chien, dont il sent qu'il reflète un peu trop son propre ratage. Et le Dr Rosenthal lui demande de reprendre le dessus, et pour ce faire d'écrire, à seule fin thérapeutique. Calvin se lance dans l'écriture à corps perdu après avoir rêvé d'une femme qu'il n'a jamais rencontré, Ruby Sparks. Elle l'inspire, et... un matin, elle existe, installée dans son appartement. Calvin se rend compte qu'il vient d'inventer la petite amie idéale, celle qui correspondra à tous ses désirs, car il lui suffira d'écrire sa vie pour qu'elle s'exécute. Le problème, c'est que Ruby (Zoe Kazan) est une invention d'écrivain certes, mais elle vit, pense, respire et aime Calvin. Bref, elle existe...

Bien sûr, c'est drôle, piquant, enlevé. La petite fille d'Elia Kazan a su trouver le ton juste pour mobiliser suffisamment de poésie, d'invention, et d'idées nouvelles dans son script, mais si elle passe par les passages obligés du genre, elle n'oublie pas d'aborder les vraies questions: quand on aime, qu'est-ce qu'on aime exactement? Peut-on appartenir à quelqu'un? Le libre arbitre existe-t-il en amour? Ces amoureux, coincés dans une expérience unique, vont passer par des épreuves qui seront douloureuses, comme elles ont été douloureuses, on le devine, pour les deux acteurs, qui sont incidemment un couple dans la vie. Faris et Dayton (Egalement un couple d'ailleurs) se servent avec brio de cet état de fait pour les pousser très loin et on imagine combien la scène de la révélation par Calvin de la vérité à Ruby a du être éprouvante pour eux. Une scène magnifique, mais aussi déchirante et surprenante tant elle est physique...

C'est que le film oscille constamment entre comédie romantique et fantastique (la scène de l'arrivée, bien qu'annoncée par une foule de détails, est jouée de manière hilarante par Dano) et un drame plus profond, plus sombre (notamment quand l'écrivain Calvin commence à manipuler sa créature par machine à écrire interposée). Le script est beaucoup plus que malin, d'autant qu'il recèle bon nombre de pièges dont Zoe Kazan et l'équipe du film se sont joués: après tout, il s'agit pour une femme d'écrire un film dans lequel un homme crée de toutes pièces une femme... Un cauchemar potentiel de caractérisation, mais un défi relevé. Au final, un film plus sombre que ne l'était le très beau Little miss Sunshine, moins fédérateur peut-être, mais qui vaut le détour. Et on espère que Zoe Kazan, également dramaturge, a d'autres histoires à conter...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Zoe Kazan
29 octobre 2020 4 29 /10 /octobre /2020 12:00

1983, à Los Angeles: une jeune femme qui vend des voitures dans un magasin s'approche d'un client, un quadragénaire excentrique qui a enlevé ses chaussures avant d'entrer dans une voiture. Ils parlent, et le mystérieux client annonce qu'il a jeté son dévolu sur ce modèle précisément parce qu'elle en dit du bien. Puis quand il part, avec un groupe de personnes qui pourraient aussi bien être ses amis que ses infirmiers, elle découvre un message qu'il a laissé dans la voiture, en guise d'appel au secours: Melinda Ledbetter (Elizabeth Banks) vient de rencontrer Brian Wilson...

Brian Wilson, génie des Beach Boys, vu à travers deux époques cruciales de sa vie, par deux acteurs: Paul Dano (Brillant) interprète le Brian du moment ou tout bascule, entre sa volonté de prendre en mains sa musique (La période est marquée par l'album Pet sounds sorti en 1966) et le constat qu'il ira nulle part parce que sa musique EST sa folie, et que personne ne le soutient (D'où l'abandon de l'album Smile en 1967); Ces éléments sont disposés comme autant de flash-backs dans l'intrigue principale située au début des années 80, et Brian y est cette fois incarné par John Cusack. A cette époque, Brian est "revenu d'entre les morts", ou du moins de la folie, mais tombé sous la coupe de Gene Landy (Paul Giamatti), un psychologue-manager qui a fait main basse sur lui, sa vie et sa musique, pour le presser comme un citron. Dans ces circonstances, Brian Wilson va malgré tout rencontrer Melinda dont il va vite tomber amoureux, mais de son côté elle va devoir lutter contre Landy et son emprise phénoménale sur le musicien.

Les choix de Bill Pohlad sont déterminants, d'abord par la volonté d'engager deux acteurs pour incarner un même personnage. Ca force une ellipse sur les pires années de la vie de Brian, entre 1970 et 1979, lorsqu'il était confiné dans son lit à absorber indifféremment drogues et nourritures. L'impossibilité de faire coïncider Cusack (crédité "Brian du futur" au générique) et Dano joue paradoxalement en faveur du film en soulignant la complexité d'un personnage qui semble avoir longtemps été condamné à ne pas pouvoir se réinventer: par le public qui n'aime pas ses expérimentations, par le groupe autour de lui qui essaie de garder son succès, par les labels qui lui demandent du tout cuit et par son père qui a passé sa vie entière à le dénigrer et rabaisser ses capacités musicales. Landy l'a bien compris, et Paul Giamatti l'interprète comme un personnage qui va justement faire la même chose que tous ces gens, mais sciemment, le but in fine étant de capitaliser sur le génie de Brian Wilson, mais sous contrôle permanent... Le rôle du père Murry Wilson, par ailleurs responsable de la surdité de son fils par une baffe monumentale assénée un jour de colère, est ici sous-jacent à toute l'intrigue et tout le déroulement du film, qui assume pleinement de prolonger cette influence néfaste et toxique avec le bon docteur Landy...

Ensuite, le metteur en scène ne tourne pas son film en gardant une certaine distance face aux faits historiques que sont les séances de studio par exemple. Il les montre caméra à l'épaule, au milieu des instruments et des musiciens assemblés dans un studio trop exigu; ces musiciens (Hal Blaine, Carol Kaye...) sont mythiques, et les acteurs leur ressemblent, c'est frappant. Mais Pohlad va plus loin en faisant effectivement jouer pour de vrai, sur d''authentiques instruments, amplificateurs et autres percussions, les partitions originales, bandes à l'appui. Un vrai voyage archéologique... Car le génie musical de Brian Wilson, qui entendait littéralement la musique (et qui doit toujours l'entendre d'ailleurs) dans son for intérieur 24 heures sur 24, est indissociable de sa musique...

Il en ressort une interprétation très juste de l'histoire, de sa folie, des légendes, pour autant que mes lectures m'aient permis d'en juger, sur le génie, ses contraintes, et sa fluctuation... Mais dans l'ensemble c'est de l'histoire, et je résiste à la tentation d'écrire ce mot avec un grand H! Et le film est en prime une recréation à pleurer de bonheur de la confection de chefs d'oeuvre, dont l'enregistrement des magnifiques chansons du grandiose Pet sounds, dont la chanson fragile God only knows. et rien que pour ça, le film vaut le déplacement. Une fois de plus, par ailleurs, Paul Dano est fantastique. Ca devient une habitude... Possédé par son rôle, et malgré quinze centimètres qui manque (Brian est TRES grand), il devient Brian Wilson sous nos yeux. Et croyez moi, ce n'est pas rien... John Cusack s'en sort bien aussi, mais de façon sans doute moins totalement convaincante. Il est vrai que sa partie n'est pas facile: il joue un homme brisé qui doit renaître, mais sans faire de vagues... Sans jeu de mot.

 

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Published by François Massarelli - dans Musique
28 octobre 2020 3 28 /10 /octobre /2020 16:58

Robert Zemeckis, sur un module d'auto-célébration présent sur le DVD du film, nous prévient: ce Beowulf n'a rien à voir avec le pensum que les étudiants ont lu à l'école, c'est une histoire où l'on mange, boit, ripaille, se bat et fornique. ...Ce qui est un assez bon résumé. En voici pourtant un autre:

Le bon peuple du Roi Rothgart (Anthony Hopkins) fait donc ripaille alors que surgit Grendel, un démon local (Crispin Glover): celui-ci massacre pas mal de gens, et ça laisse le roi pensif: et pour cause, l'infâme démon est en réalité son propre fils, le seul d'ailleurs, qu'il a eu avec une sorcière aquatique (Angelina Jolie). Réalisant qu'il lui sera difficile de batailler contre sa propre famille, le Roi décide avant de retourner à sa ripaille, de faire appel à un héros. 

Justement, le drakkar de Beowulf (Ray Winstone) passe par là: c'est un héros, puisqu'il est musclé, pas du tout peureux, qu'il crie haut et fort avec une grosse voix rocailleuse, qu'il adore se battre à main nues (et pas que les mains) et qu'il a de grosses, très grosses coucougnettes... Il va donc s'atteler à la tâche, mais va vite tomber dans le piège de l'insatiable sorcière...

Le film est une expérience, la deuxième de trois réalisées par Zemeckis en performance capture, donc l'animation est basée sur le jeu des acteurs est souvent sur leur physique. Mais voilà: comme avec George Lucas qui s'était enfin débarrassé des acteurs, et faisait faire absolument n'importe quoi à ses personnages, notamment Yoda, comme les sales gosses responsables de l'infect Shrek, Zemeckis s'oublie et non content de faire un film grossier, sexiste, et au mauvais goût permanent, en prime il est laid comme tout. Les hommes sont des brutes avinées, les femmes juste bonnes à se faire culbuter sur un coin de table, préférablement recouvertes d'hydromel, ou éventuellement pour perpétuer la race... Ca et là, on retrouve à la fois le talent de Zemeckis pour questionner l'histoire (ou ici la légende) en en grossissant les coulisses, mais on retrouve aussi son don pour l'excès , qui était en sommeil depuis Death becomes her...

Bref: ce film est pour vous, à moins que vous n'ayez des problèmes avec l'animation 3D approximative, les scènes de bagarre et d'action à l'excès, les héros qui vont chercher le coeur des dragons à mains nues en gros plan, une certaine vision profondément machiste, les sorcières nues qui sortent de l'eau avec des talons hauts, la crudité et la vulgarité érigées en comportement héroïque anti-establishment avec force rots et pets, une obsession de plus en plus marquée du cinéma pour singer les pires travers des jeux vidéo... Oui, bon, ce film raté n'est pas pour vous.

 

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Published by François Massarelli - dans Robert Zemeckis Animation Grosses coucougnettes Navets
27 octobre 2020 2 27 /10 /octobre /2020 15:57

1922: Quand elle arrive à New York, Millie Dillmount (Julie Andrews) remarque bien vite que la mode n'est plus aux jupes longues, aux cheveux longs et aux boucles blondes... Elle commence donc par se mettre à la page, et comme c'est une femme des années 20, elle va à la fois s'installer dans une pension pour jeunes femmes célibataires, et chercher un travail. Non pour être indépendante, mais bien pour trouver un mari: elle est sténo-dactylo, et compte bien trouver un patron à épouser... Mais ce qu'elle ne sait pas, c'est que la pension très comme il faut dans laquelle elle vit sert de vivier pour une association de malfaiteurs: Mrs Meers (Beatrice Lillie), la mystérieuse tenancière, facilite les enlèvements de jeunes femmes isolées pour un cartel de traite des blanches dirigé par deux blanchisseurs de Chinatown...

C'est une comédie musicale, dont la partition est due à Elmer Bernstein, et si l'heure est à la loufoquerie généralisée, cela n'empêche en rien les chansons et la musique en général d'être particulièrement excellentes, à la fois dans un esprit proche de ce qu'on attend de la musique des années 20, et dans des variations qui s'en éloignent... Julie Andrews est comme un poisson dans l'eau, dans cette aventure délirante qui semble parfois sortie d'une capsule temporelle; George Roy Hill (qui y reviendra pour The great Waldo Pepper) s'est en effet amusé avec les codes, les péripéties, la philosophie et la culture des années 20 jusque dans les moindres détails: la mode bien sûr, recréée avec soin et luxe de précision; le langage utilisé par les jeunes acteurs, qui mélange l'insouciance de la jeunesse avec une certaine innocence (par exemple, Julie Andrews raccourcit les mots); l'esprit particulier de la première puissance mondiale qui vient de retirer ce statut d'une guerre sanglante; un optimisme fondamental qui mène des myriades de jeunes gens pleins d'espoir vers la très grande ville; l'extravagance d'une classe dirigeante tellement riche qu'elle ne sait plus quoi faire (à ce titre, carol Channing qui joue une parvenue d'un certain âge, occupe à mon sens un peu trop d'espace); un goût pour les activités extrêmes et dangereuses (le personnage de Jimmy, joué par James Fox, le petit ami de Millie, ne se contente pas de porter en permanence des lunettes rondes, il escalade aussi les immeubles)... Jusqu'au préjugé infâme selon lequel les Sino-Américains sont tous d'ignobles malfrats qui cherchent à enlever des jeunes femmes pour les prostituer à l'autre bout du monde!

C'est d'ailleurs Beatrice Lillie, authentique rescapée des années 20 (elle y a tourné un film, la comédie Exit smiling de Sam Taylor. Certes, un seul, mais quand même, elle avait tout compris) qui entame la fête avec une scène hilarante qui n'aurait pas été déplacée dans un film de Blake Edwards: elle s'introduit dans la chambre 2021 de l'hôtel Priscilla, y endort sans crier gare la jeune femme qui s'y trouve, puis se dirige vers un ascenseur avec sa proie... Durant toute la séquence, on ne verra d'elle que ses bottines à guêtres violets et le bas de sa jupe trop longue. A la fin, l'ascenseur est coincé et elle doit avoir recours à ce qui va devenir un gag récurrent: le seul moyen de le décoincer est de danser... C'est donc alors qu'elle fait des claquettes que l'ascenseur descend, nous permettant enfin de voir son visage.

Deux constats: elle est hilarante en permanence, joignant le statut d'authentique méchante du film (la preuve elle essaie même de faire le coup de la pomme empoisonnée), et pour le spectateur qui vient de commencer le film, le ton est donné. La comédie musicale sera souvent parfaitement intégrée de cette façon, avec des digressions permanentes, et des adresses directes au public par Julie Andrews qui d'ailleurs nous communique ses pensées via des intertitres... Pour un enthousiaste du cinéma de la période, ça sonne comme un miracle cinématographique... Mais le film a un défaut malgré tout: sacrifiant à la mode des années 60 du filmouth (avec prologue, interlude et "exit music"), il est trop long, et le dosage est fatal à la dernière demi-heure. Ca n'empêche pas Thoroughly modern Millie d'être un film précurseur, situé à l'avant-garde de la mode à venir du retour dans la mode et l'art populaire des styles des années 20, et si on le compare avec un autre exercice de style assez proche, le Dick Tracy de Warren Beatty, la comédie musicale l'emporte haut la main.

 

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Published by François Massarelli - dans Julie Andrews Comédie Musical George Roy Hill
26 octobre 2020 1 26 /10 /octobre /2020 08:28

Jim Warren (H.B. Warner) est condamné à mort, et l'exécution est imminente... Un reporter vient l'interviewer, et lui pose la question qu'on lui pose depuis son arrestation: est-il vraiment coupable: l'homme ne répond pas, mais se souvient... Il remonte alors 20 ans en arrière: il était un malfrat, évadé de prison, en couple avec une jeune femme enceinte (Vera Reynolds), mais leur mariage était invalide pour des raisons administratives. Devant fuir, il l'avait laissée, et n'était retourné, traqué, que 6 ans après: la petite était née, et Norma s'était mariée avec Phil Powers (Rockliffe Fellows): manifestement un brave homme... Mais pouvait-on en être sûr?

L'essentiel du film se déroule encore quinze ans après, quand la petite Norma (A nouveau Vera Reynolds) est devenue une femme que Powers s'apprête à marier avec un jeune home bien sous tous rapports; le drame se noue dans la confrontation entre Warren, revenu après quinze ans d'absence, Powers et celle qui se croit sa fille. Un maître chanteur (Raymond Hatton) va précipiter le drame entre les trois personnages...

C'est un beau film, dans lequel Julian transcende la matière théâtrale en ayant recours à une forte stylisation, et il est aidé de façon impressionnante par la photographie de Peverell Marley, qui était à l'époque le principal chef-opérateur des productions de DeMille... A ce titre, on remarquera que les acteurs eux aussi sont de premier plan, à commencer par Warner qui était à l'époque sous contrat avec DeMille lui-même pour interpréter Jésus dans King of Kings... Donc contrairement à la plupart des productions DeMille qui n'avaient pas été tournées par le maître lui-même, ce Silence était une production importante. 

...D'où sans doute le job confié à Julian qui était quelle qu'ait été réellement sa contribution à The phantom of the opera, un nom de tout premier plan en raison du succès du film avec Chaney. Et comme avec the yankee clipper réalisé l'année suivante pour les films DeMille, on voit qu'il était bien un metteur en scène inspiré, pour autant qu'il ait le bon sujet. Cette intrigue bâtie sur des flash-backs, toute en tension avec la menace d'une exécution, ces intrigues aux rebondissements mélodramatiques, est passionnante. ...Et miraculée: une copie nitrate d'exportation (amputée de quelques passages et sous intrigues disponibles uniquement dans la version "domestique") a été retrouvée intacte à la cinémathèque française et présentée à San Francisco...

 

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Published by François Massarelli - dans Rupert Julian Cecil B. DeMille Muet 1926
26 octobre 2020 1 26 /10 /octobre /2020 08:18

Tex Avery ou Bob Clampett étaient abonnés aux courts métrages qui étaient des faux documentaires thématiques: voyages, exploration d'une idée ou d'un concept, etc... Généralement c'étaient des prétextes à gags, la série avait été initiée à la Warner par Avery (Land of the midnight fun, The isle of Pingo Pongo, Detouring America...), continuée par Clampett, et Avery lui-même avait avec succès importé le concept à la MGM...

C'est pourquoi il est assez étonnant de voir Jones s'y prêter, lui qui a souvent fait passer les personnages avant le gag, au point d'assujettir totalement les prétextes à rire aux caractères présents dans ses films. Le film est une sorte de mise à jour du comportement des Américains face aux restrictions et aux menaces qui pèsent sur ce qu'on a appelé le "home front", l'intérieur des Etats-Unis durant la seconde guerre mondiale...

Comme d'habitude cela repose donc sur une forte dose de gags visuels, de trompe-l'oeil, d'associations d'idées... Mais cette fois l'absurde en est inconfortable, souvent froid, et c'est accentué par le fait que Jones n'y utilise aucun décor et y schématise tous ses personnages. Le ton aussi est très adulte, comme si le metteur en scène y recyclait des gags utilisés pour la série animée Snafu qui était destinée au service des armées, et à laquelle les animateurs WB avaient participé...

 

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Published by François Massarelli - dans Looney Tunes Chuck Jones Animation