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9 septembre 2019 1 09 /09 /septembre /2019 17:52

Une fois de plus, chat + peinture blanche (cette fois, un peintre qui refaisait la signalisation a eu un accident) = faux putois. Ce qui entraîne dans ce film situé dans les Alpes Suisses, comme d'habitude, l'intervention de Pepe le Pew, plus séducteur de bazar aveugle devant ses propres échecs que jamais... 

Rien de neuf ou presque, si ce n'est que comme pour le film précédent, Jones ne finit pas et préfère laisser ses protagonistes se débrouiller. Deux aspects par contre méritent mention: le film est clairement taillé pour l'écran large (1:77:1), même s'il a été produit en format traditionnel (1:33:1)... Chuck Jones et son décorateur Maurice Noble ont donc conçu de nombreux plans de façon horizontale, adaptable jusqu'au cinémascope! Autre détail amusant: le crédit des contributeurs est dans ce faux français si délectable même s'il est usé jusqu'à la corde, qui fait la joie des fans de Pepe, ces grands malades. Les décors sont donc de Maurice Nobell, et la réalisation de Charl Jones...

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Published by François Massarelli - dans Animation Chuck Jones Looney Tunes
9 septembre 2019 1 09 /09 /septembre /2019 17:31

Vainqueur du Lion d'Argent à Venise, cet étrange film a beaucoup pour séduire... Mais n'y parvient pas vraiment. On pourrait parler de science-fiction, sans doute (des scientifiques gardent dans une cabane une créature, probablement venue d'un météorite que nous avons croisé au tout début du film), mais c'est surtout particulièrement bizarre, tout en étant parfaitement dans la lignée d'une certaine forme exigeante de cinéma social actuel.

ce qui veut dire, vous l'aurez compris à demi-mot, qu'il arrive que ce soit tendu, tendu jusqu'à l'ennui. Un ennui dans lequel le jeu volontairement limité des acteurs n'est pas pour rien... Ce préambule nécessaire passé, venons-en à l'intrigue.

D'un côté, Véronica, une jeune femme sans attache (et apparemment sans travail), vit un étrange conte amoureux: elle est la maîtresse d'un alien (un truc un brin visqueux avec beaucoup de tentacules), mais celui-ci se lasse d'elle et la blesse. Elle sonde Fabian, l'infirmier qui s'occupe d'elle, qui est gay, et dont elle se dit qu'il pourrait bien la remplacer avantageusement auprès de la chose. Mais Fabian vit une histoire d'amour compliquée avec son beau-frère, et si sa soeur l'apprend, ça va faire des étincelles...

...Donc ça en fait.

J'ai donc essayé de résumer, et je dois dire que les trois dimensions (la vie au Mexique, loin de Tijuana ou Mexico, dans les montagnes; la créature et ses gardes énigmatiques; l'appel sensuel de l'étreinte, dans une sorte de délire onirique) maintiennent un peu l'intérêt, tout en possédant leur lot de problèmes. Ne serait-ce que la représentation du sexe, assez graphique! La toute première scène nous montre Veronica qui se donne du plaisir avec une tentacule, ce qui n'est pas une chose très courante à voir... Passons.

Et le destin énigmatique d'un certain nombre de personnages, nous fait aussi regretter le ton jamais vraiment défini du film, son côté inachevé, et surtout le sentiment d'être passé à côté de beaucoup: la science-fiction, jamais aboutie. le conte sensuel, plus repoussant qu'autre chose (dans ce genre, The Lure est nettement plus attrayant), et l'ironie inévitable, gâchée par le non-jeu à la Pialat de non-acteurs souvent dépassés par les événements.

Quant à "la Région Sauvage", où que ce soit, peut-être Gustave Courbet en avait-il un plan...

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction
8 septembre 2019 7 08 /09 /septembre /2019 12:42

Avant la guerre civile, dans la propriété des Shelby au Sud des Etats-Unis, on traite les esclaves avec une certaine indulgence. Eliza (Margarita Fischer) est une jeune esclave quasiment blanche, que ses maîtres considèrent presque comme leur fille: ils l'autorisent à se marier en grandes pompes avec George Harris (Arthur Edmund Carewe), un autre esclave quasiment blanc qui a été «prété» à M. Shelby par un de ses voisins... Mais celui-ci n'est pas vraiment fait de la même eau que Shelby et s'emporte quand il voit de quelle manière les Shelby traitent leurs esclaves.

Après la naissance de Harry, son fils, George Harris (qui n'est pas autorisé à vivre avec son épouse) s'évade, et vient chercher Eliza; pendant ce temps, Shelby acculé par ses dettes, doit se résoudre à vendre certains de ses esclaves: on exige de lui le vieux Tom (James B. Lowe), un esclave adoré dans la plantation, et le petit Harry. Quand elle entend ça, Eliza s'enfuit, alors que Tom se résigne à son destin. Les deux esclaves vont occasionnellement se retrouver...

Superproduction très impressionnante, le film de Pollard n'est pas fidèle à 100% au roman de Harriet Beecher Stowe, même si cette fois, contrairement aux adaptations des années 10 (qui étaient sérieusement condensées à 5 bobines), le film est long, à un peu moins de deux heures. Un des aspects les plus évidents est le fait d'avoir gommé la tendance du roman à se situer rigoureusement dans une ligne protestante. L'Oncle Tom ici est bien considéré comme un «prêcheur» par Simon Legree, mais à aucun moment le vieil esclave et sa «petite amie» Eva St-Clare ne sont vus avec une bible à la main, leur outil par défaut dans le roman.

L'autre aspect rendu nécessaire (et parfaitement valide d'ailleurs) par la condensation est le fait que Eliza et Tom, au lieu de vivre deux histoires séparées, restent ici les protagonistes jusqu'à la fin du film. Initialement, Eliza vit d'abord sa fuite, avec son mari et son fils, et dans certaines versions elle disparaît une fois son évasion réussie; puis on s'intéresse au cas de Tom, vendu d'abord à la famille des St-Clare (de braves gens, encore, à en croire le film on va finir par s'imaginer que l'esclavage, c'était juste une sorte d'adoption à grande échelle par de braves gens bons comme le pain... blanc), puis à la mort de son nouveau maître, à l'abominable Simon Legree... Celui-ci, dans le roman, fait également l'acquisition d'Emmaline, une esclave à la peau blanche, ont il désire faire un nouvel objet sexuel en remplacement de Cassy, sa gouvernante un peu trop âgée. Même si Margarita Fischer est décidément trop âgée pour le rôle (elle a quarante ans, et n'en paraît pas un de moins), il a été décidé que Eliza, qui a à peu près vingt ans dans l'histoire, pouvait être substituée avantageusement à Emmaline, d'autant qu'elle va découvrir que Cassy est sa mère...

Je ne sais pas ce qui a poussé la Universal et Pollard, sans doute à la recherche de «grands sujets», à se précipiter sur l'auguste roman de Stowe, qui commençait sans doute à prendre la poussière dans un coin en 1927. Il n'est plus vraiment d'actualité, et son message de tolérance tempéré par un racisme ouvert et sans compromis: il est par exemple évident à la lecture du seul résumé du livre, que les noirs y sont inférieurs aux blancs, et qu'à l'exception du vieux Tom, tous ceux dont la peau est plus noire sont plus ou moins des animaux évolués, par opposition à ceux qui sont «presque blancs», qu'on autorise d'ailleurs à vivre auprès de leurs maîtres. Si le roman prêchait ouvertement l'affranchissement des esclaves, il se situait fermement sur une ligne qui réclamait ensuite le départ des esclaves libérés, pourquoi pas vers le Liberia. Une scène du début du film va d'ailleurs dans le sens de présenter les noirs comme inférieurs: lors du mariage, les blancs dansent de leur côté, et les noirs les imitent... Ils sont épouvantablement caricaturaux.

Pourtant Pollard et la Universal ont fait un effort pour donner aux acteurs noirs un travail dans le film. Seule Topsy, le personnage le plus méchamment caricatural du film, est confié à une actrice en blackface, mais Tom, par exemple est confié pour sa part à James B. Lowe. Une fois admis qu'on se débrouille assez vite pour que les «héros» du film soient aussi blancs que possible, Pollard gomme tout aspect politique et religieux pour se concentrer sur les possibilités mélodramatiques offertes par l'histoire, et... il y a de quoi faire: enfants séparés de leurs familles, maîtres cruels avec le fouet chatouilleux, et puis du suspense à tous les coins de rues. Sans parler d'une séquence sur les glaces, selon la tradition, qui renvoie le Griffith de Way down east (qui avait lui-même piqué l'idée de la fuite dans les glaces dans Uncle Tom's cabin, le monde est petit) à ses chères études... Margarita Fischer, je le disais plus haut, n'a plus vingt ans, ça ne l'empêche absolument pas d'être excellente, tout comme Lowe, Carewe... et George Siegmann en Legree, comment voulez-vous que ça ne produise pas des étincelles? Maintenant, le film a été un échec, ce n'est en rien surprenant, le public de 1927 ne pouvait pas avoir très envie d'aller voir une production du roman, fut-elle fort soignée et saupoudrée de scènes formidables, ça et là...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1927 ** Harry Pollard
8 septembre 2019 7 08 /09 /septembre /2019 08:46

Jezebel, personnage biblique, est l'épouse du roi Ahab qui tenta de persuader son époux d'abandonner l'adoration de Yavhé, pour favoriser d'autres divinités, et d'une manière générale s'est appliquée à n'en faire qu'à sa tête en se livrant à des transgressions de la morale et des provocations contre la bonne société... Le nom revient souvent justement quand il s'agit de condamner le comportement d'une femme de la haute société: "Why, she's a common Jezebel!"

Trois adjectifs me viennent à l'esprit en considérant ce film particulièrement connu et célébré, à juste titre, de William Wyler. Il raconte les dangereuses manigances d'une belle du Sud, une dizaine d'années avant le conflit qui va déchirer les Etats-Unis: Julie Marsden (Bette Davis) aime Preston "Pres" Dillard (Henry Fonda), qui le lui rend bien, mais la jeune femme tend à jouer au yo-yo avec le jeune homme, qui lui en revanche est responsable et mesuré. De plus, en tant que banquier il est partie intégrante de la municipalité Néo-Orléanaise et a donc des obligations et des devoirs, d'autant que les autorités craignent une résurgence grave de la fièvre jaune qui avait déjà décimé la population vingt années auparavant... Alors devant tant de caprices, de manoeuvres pour toujours être au centre des conversations, et d'entorses au bon goût, Pres rompt ses fiançailles une bonne fois pour toutes... Quand il reviendra, c'est marié, et Julie prendra évidemment la présence d'Amy Dillard (Margaret Lindsay), une Nordiste de surcroît, comme un camouflet personnel. Mais la fièvre jaune est là...

Insidieux. La façon dont Wyler construit son film, centre le tout autour du personnage particulièrement négatif de Julie est magistrale, et tout y est accumulation d'impressions pour le spectateur. Le plus beau étant que cette abominable être humain, qui répand le doute, l'irritation, voire la misère autour d'elle (on se bat en duel pour elle, et pas qu'un peu) finit par être bien plus qu'une simple marionnette pour pièce de théâtre, nouvelle ou film. Certes, le personnage de Julie est un savant équilibrage de clichés, mais la collaboration entre Wyler et Bette Davis donne lieu à un personnage formidable, une sorte de Super-Scarlett en plus riche, qui réussit là ou à mon sens Vivien Leigh échoue: Julie, c'est la monstrueuse créature de Frankenstein de la bonne société Sudiste, de ces familles qui disposent d'êtres humains (comme ces esclaves que dans ce film on voit évoluer autour de leurs maîtres comme si tout était normal). Comme le dit une fille à sa mère qui vient de lui envoyer un regard courroucé parce que la petite avait oublié de faire une révérence, il serait peut-être temps d'évoluer... Et c'est insidieux, car sous couvert d'un impeccable romantisme, Wyler assène des coups et cabosse sérieusement l'image d'Epinal de tous ces braves gens.

Flamboyant. Evidemment, ce n'est pas pour rien que Bette Davis a considéré ce film comme l'un des plus importants de sa carrière! Elle y domine une interprétation pourtant gorgée d'acteurs solides (Donald Crisp, George Brent, entre autres, sans parler de Fonda) et la mise en scène par son impressionnant sens de la composition, et de par une coûteuse tendance à cadrer au plus large, nous montre Julie en reine de la maisonnée (et quelle maisonnée!) et de la plantation. Et le film court durant toutes ses 104 minutes vers un final qui se résout dans les flammes: Gone with the wind (oui, bien sûr, il y a tant de comparaisons à faire entre les deux, on ne va pas s'en priver) aurait sans doute bénéficié d'un placement de la guerre à la fin du film... Jezebel se termine sur une épidémie meurtrière qui permettra un acte de rédemption. Rien que ça!

Malsain. Oui, bien évidemment, pour tous ses clichés (Belle du Sud, élevée dans l'opulence, orpheline et héritière dont tous les proches finissent par être à sa botte, et j'en passe), Julie est d'abord et avant tout une femme amoureuse, qui a fini par considérer le monde comme tournant autour d'elle et de son affection maladive pour un homme auquel elle pense 24 heures sur 24, mais qu'elle se dispose à faire souffrir: consciemment. C'est un beau personnage qui souffre d'une maladie qu'on reverra plusieurs fois chez William Wyler, une obsession... amoureuse celle-ci. A ce régime, comment s'étonner que Jezebel se termine dans les flammes, avec ces plans qui voient Bette Davis se diriger vers son destin, cadrée de manières à ce que les flammes des feux allumés dans les rues de New Orleans dévastée par une épidémie, se confondent avec elle?

Bette Davis se jette entièrement dans cette intrigue qui non contente de tourner autour d'un personnage dotée d'une vraie profondeur psychologique (ce qu'elle attendait depuis bien longtemps au studio) mais en plus est dotée de robes à tomber par terre... Wyler a réussi à allier une rigueur classique, une sorte de raisonnable apparent et linéaire, avec le délire des mélodrames les plus improbables, et c'est sans doute l'un des cas les plus réussis d'une collaboration effective entre une actrice et un metteur en scène, un film qui trouvera des échos et des connections dans The heiress et The collector. Un chef d'oeuvre.

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Published by François Massarelli - dans William Wyler
7 septembre 2019 6 07 /09 /septembre /2019 18:29

Leonard est un vieux routier du cinéma, déjà, quand il doit affronter le parlant. Apparemment, ça ne lui a pas posé tant de problèmes que ça, si ce n'est qu'il lui a fallu refaire son dernier muet (Marianne, avec Marion Davies) en opérette... Durant le muet, on l'a beaucoup connu en réalisateur prioritaire de Mae Murray, dont il était l'époux. A la MGM, il a beaucoup travaillé avec Norma Shearer, et certains parmi les films qu'il a réalisé avec elle sont probablement parmi les plus convaincants de son oeuvre...

Jerry (Norma Shearer) et Ted (Chester Morris), deux jeunes gens de la meilleure société, qui se fréquentent depuis quelques temps, sont tellement impossibles à séparer qu'ils décident de ne faire qu'un, et se marient, un peu précipitamment. Le groupe d'amis continue à se voir, et trois années plus tard, c'est chez Ted et Jerry qu'ils viennent annoncer un futur mariage... Sauf que parmi les amis, une inconnue semble gêner Ted: c'est ce soir-là, pour leur troisième anniversaire de mariage, que Jerry apprend de Ted (qui doit partir pour une semaine travailler loin de chez eux) qu'il l'a trompée. Mais comme il le dit lui-même: "ce n'est pas grave, ça ne veut rien dire...".

La jeune femme le prend au mot et décide de le tromper avec un de ses amis... Quand il l'apprend, Ted ne peut se résoudre à l'accepter, et le divorce est vite inéluctable... Une fois définitivement séparée de son mari, Jerry décide de se comporter comme un homme et de collectionner les conquêtes masculines...

The Divorcee est probablement une mission délicate confiée à Shearer et Leonard: toucher au plus près d'un sujet sensible, tout en faisant semblant de prêcher l'apaisement des sens et le conservatisme familial! Tout en restant quand même une comédie, le film est une charge provocante, dans laquelle l'actrice occupe toute la place: le génie de l'interprète, ici, annonce sa mémorable performance (sur un sujet assez proche, au départ) dans The women de George Cukor!

La leçon du film tourne autour de l'attitude des hommes et des femmes face à l'adultère, d'une part, mais en filigrane le film égratigne aussi une vision particulièrement conservatrice du sentiment de supériorité affiché par certains hommes. Et surtout, au grand effroi de Louis B. Mayer j'imagine même si le vieux brigand devait au moins se réjouir de l'effet médiatique inévitable, il permet à Norma Shearer de passer assez allègrement d'un homme à l'autre, toutes griffes et toutes lèvres dehors... Leonard reste assez fermement dans la comédie, plutôt bien servi par une troupe de comédiens, dont certains nous sont déjà connus (Shearer et Conrad Nagel, bien sûr) et d'autres viennent de faire leur apparition (Robert Montgomery à l'aube d'une belle carrière et Chester Morris qu'on reverra deux trois fois à la MGM). Le vétéran s'octroie une ouverture intéressante, via un plan séquence d'une maison de vacances où la bande de jeunes gens prend du bon temps, puis impose un rythme assez rapide pour le dialogue, qui permet en particulier à Norma Shearer de rester très naturelle dans le film.

Il se permet aussi une embardée vers le drame, en développant deux personnages: Paul (Conrad Nagel), amoureux éconduit de Jerry au début, va sa saouler et entraîner un accident de voiture dans lequel sa petite amie Dorothy (Helen Johnson) sera défigurée... Il l'épousera, mais leur destin particulier, et le sacrifice de Paul, inspirera à Jerry de revoir sa fuite en avant vers la fin du film...

Certes, le bon goût familial triomphe à la fin, mais le film reste assez osé pour cette usine à barbe à papa que savait trop souvent être la MGM! Et c'est une bonne surprise, qui vaut bien mieux que la réputation (souvent justifiée) de réalisateur impersonnel de Robert Z. Leonard...

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Comédie
7 septembre 2019 6 07 /09 /septembre /2019 13:50

On n'a sans doute pas besoin de rappeler l'importance historique de la musique pour l'univers de Disney, de la présence très tôt d'une bande -son très travaillée (dès la fin de 1928) pour les courts métrages, à l'existence de Fantasia, des Three Caballeros et autres musicals important pour le studio. Mais comme l'empire Disney s'est toujours chargé (pour le meilleur et pour le pire) d'éduquer, il y a aussi eu une série de films de courts métrages, dans les années 50, qui ont tenté d'adopter une approche vulgarisatrice de la musique, dans laquelle on n'a non seulement pas dit que des bêtises, mais en plus on l'a fait avec une animation au top-niveau...

Place donc à une hilarante et très pédagogique leçon sur l'histoire de la musique à travers les âges, présentant chaque famille d'instruments, les vents (séparés en cuivres, toot!, et en anches, whistle!), les cordes (plunk!) et bien sûr la percussion (boom!), depuis un quartet d'hominidés, jusqu'aux années 50 et au be-bop... C'est souvent irrésistible, toujours magnifique à voir, et c'est aussi l'un des premiers courts métrages Disney en Cinemascope, et le premier en stéréo...

Logique!

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Disney
4 septembre 2019 3 04 /09 /septembre /2019 18:27

Compte tenu du pedigree de Jasset, de ses Nick Carter, Zigomar et Protéa, sans parler de ses spectaculaires Bandits en automobile, le titre nous fait nous méprendre dans un premier temps: le pays des ténèbres, évoqué dans le titre, n'est en rien un mystérieux et fantastique royaume gothique, mais plus simplement et plus directement le monde de la mine, tel que l'a peint Zola: un monde partagé entre la survie au quotidien des hommes avec son lot d'espoirs et de déconvenues, et la descente dangereuse au fond de la mine de charbon... Et à en croire la copie visionnée, il s'agirait d'une adaptation de Germinal, mais j'en doute fort, d'autant qu'une quinzaine de mois plus tard, le film imposant de Capellani allait lui adapter Germinal, mais sous la forme d'un long métrage imposant...

Mais ce qui a probablement attiré Jasset, malgré tout, est présent dans le film et justifie cette référence à Emile Zola: car sous couvert de réaliser un drame de la mine, qui est aussi et avant tout un mélodrame assez compassé, il a mis en chantier une importante production, dont les extérieurs ont été tournés à Charleroi, donc en pays minier, et dont les intérieurs de studio ont nécessité la collecte d'une quantité impressionnante de charbon. Et le réalisateur a truffé son film (par ailleurs l'histoire d'une douce orpheline venue vivre en pays minier, et qui se retrouve coincée entre l'amour de son cousin, et celui d'une autre mineur, les deux manifestant leur jalousie dans une rivalité de plus en plus agressive) de visions quasi documentaires, qui ont d'ailleurs poussé la compagnie Eclair à en rajouter sur les arguments publicitaires!

Avec ses acteurs fréquents, Charles Krauss et Cécile Guyon, son chef-opérateur Lucien Andriot, Jasset n'a peut-être pas rendu justice à Germinal (mais savait-il au moins qu'il l'adaptait? Car je le répète, on en est loin), mais il est un drame de la mine, qui se résout dans un héroïsme fraternel certes un brin mélodramatique, mais qui montre de quelle façon les mineurs, chemise enlevée, couverts de poussière noire des pieds à la tête, donneraient leur vie pour trouver leurs copains en difficulté, avant qu'il ne soit trop tard. Un sujet qui reviendra, encore et encore, au cinéma, sous la responsabilité non seulement de Capellani, mais aussi de Pabst, ou encore Ford...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1911 Victorin-Hyppolite Jasset Eclair
4 septembre 2019 3 04 /09 /septembre /2019 16:51

Lors du tournage d'un film Warner que le réalisateur Von Hamburger doit finir le plus vite possible, Daffy Duck à son plus espiègle vient tourmenter le pauvre metteur en scène... et finit par monter un fatras d'images disjointes qu'il substitue au chef d'oeuvre anticipé du grand artiste...

Avec Avery, on est bien loin du canard neurasthénique qui sera développé ensuite parfois pour le meilleur (Jones et sa trilogie fabuleuse entre toutes) ou pour le pire (les oeuvres indignes, fades et rarement drôles de Bob McKimson) par les metteurs en scène qui resteront à la Warner. Mais s'il faut complimenter Avery d'avoir repéré le potentiel destructeur du héros Daffy Duck, je pense qu'il conviendra de rendre à Bob Clampett-César ce qui lui appartient: car la loufoquerie militante de Daffy Duck, c'est lui qui l'a inventée, quand il a animé en totale autonomie une séquence de Porky's Duck Hunt, dont ici Avery fait plus que de répéter, il le souligne, persiste, et signe.

Sinon, bien sûr, c'est un splendide effort de Tex Avery, qui plus est riche en ces scènes qui font appel à un sens du détail (idiot) hors du commun, un sens de la formule gourmand (I'll take a turrrrrrrrrrrrrrrkey with all the trrrrrrrrrrrrrrimmings), et une animation pétante de santé...

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Looney Tunes Tex Avery
4 septembre 2019 3 04 /09 /septembre /2019 16:15

1931, un certain nombre de personnages quittent Pékin en train pour se rendre à Shanghai: le docteur Harvey (Clive Brook), médecin militaire en route pour soigner un haut dignitaire, un major français (Emile Chautard) en déshérence, qui dissimule un secret qu'il aura du mal à avouer, d'autant qu'il est l'un des rares à ne pas parler anglais; un industriel Américain, Sam Salt (Eugene Palette); Baum (Gustav Von Seyffertitz), un Allemand qui trafique de l'opium; Mrs Haggerty, une Anglaise (Louise Closser Hale), la propriétaire bien comme il faut d'une pension de famille; un pasteur, le révérend Charmichael (Lawrence Grant); un mystérieux Eurasien, Chang (Warner Oland)... Et deux femmes qui vont tout de suite se faire remarquer: Shanghai Lily (Marlene Dietrich), et Hui Fei (Anna May Wong). Deux prostituées de luxe, qui vont immanquablement provoquer la colère des uns, l'ironie des autres, et... la confusion de Harvey, qui a connu Shanghai Lily sous le nom de Madeline, et qui l'aime encore.

Mais c'est la guerre civile, et tout ce petit monde va être mis à rude épreuve lorsque Chang va s'avérer être un chef rebelle important, et qu'il va réquisitionner le train et prendre tous les passagers en otage afin d'obtenir la libération d'un lieutenant...

Le film prend sur plusieurs traditions, toutes ou presque liées au mélodrame: c'est un hus clos, situé dans ou autour du train, et dans lequel Sternberg reconstruit à sa façon (et avec l'aide de nombreux inserts et de transparences filmées en Chine par le grand caméraman James Wong Howe) la Chine dangereuse des films d'aventure. Il alterne le chaud et le froid dans une intrigue qui concerne essentiellement Shanghai Lily, Hui Fei, Chang et Harvey, le reste du casting jouant les choeurs Grecs, notamment en situant les évolutions de l'opinion publique. Le metteur en scène qui à l'instar de Stroheim, sait quelle valeur les signes religieux peuvent avoir dans ce type d'intrigue, va donner un rôle clé au révérend Charmichael, l'homme qui est le plus décidé à vouer les deux "courtisanes" à l'opprobre, va comprendre plus vite que d'autres qu'elles auront sauvé leurs compagnons...

Peut-être ce très rigoureux pasteur, a-t-il lu Boule de Suif? Comme je le disais, les événements rigoureusement faux et baroques de ce film étrange et envoûtant ressortent tous OU PRESQUE du mélodrame, mais la nouvelle de Maupassant, qui allait aussi inspirer à des degrés divers des cinéastes aussi différents que Mizoguchi et Ford avant la fin de la décennie, fait une apparition inévitable, à travers les aventures des deux femmes... Chacune d'entre elle se partage d'ailleurs le lot de l'héroïne de Maupassant... le film, visuellement, donne aux deux actrices une présence phénoménale, et certes, c'est Marlene Dietrich qui est la plus mise en avant, mais Anna May Wong, dotée d'une grande quantité de dialogue, et qui garde longtemps ses mystères, évite l'écueil d'un "rôle exotique" de plus, ou de trop...

Quant à la science de la lumière et de la mise en scène de Sternberg, elle est à son plus haut niveau dans ce film, à l'égal de The scarlet Empress et des trois chefs d'oeuvre muets des années Paramount. Le réalisateur s'est plus à utiliser toutes les opportunités offertes par un train, pour jouer et rejouer avec le cadre, séparant ou rapprochant les voyageurs, emprisonnant les uns dans la morale et les autres dans le mépris ethnique ou de classe... La preuve en images...

 

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Published by François Massarelli - dans Josef Von Sternberg Pre-code
2 septembre 2019 1 02 /09 /septembre /2019 16:55

Le premier plan après le générique nous montre une arme. Une main s'en saisit, et nous savons que nous venons d'être les témoins d'un suicide. L'homme est étendu sur son bureau, et son épouse arrive sur les lieux, constate la mort de son mari, avise une lettre dans sa main gauche. Elle va ensuite téléphoner... au parrain de la mafia locale, se présentant comme "la Veuve Duncan". C'est l'ouverture-choc d'un film en forme de constante baffe dans la figure, où Fritz Lang fait semblant de revenir à a forme la plus pure et la plus simple du film noir, mais il ne fait QUE semblant...

Dave Bannion (Glenn Ford), comme tous les autres policiers en charge de l'affaire, a tôt fait de considérer le suicide de Duncan comme étant une banale et navrante histoire: Duncan n'a laissé aucune trace derrière lui après que son épouse ait découvert la lettre dans laquelle l'ex-policier rongé par le remords accusait nommément le véreux Lagana d'être le chef d'un système corrompu d'une insoupçonnable ampleur. La veuve a vite compris l'intérêt qu'elle pouvait retirer personnellement d'un tel document, et va donc prétendre que son mari avait une santé chancelante et a préféré prendre les devants...

Sauf que Bannion a été contacté par une femme, Lucy Chapman: une escort-girl qui connaissait Duncan et qui ne croît pas à la thèse de la maladie. Plus intéressant, elle affirme que Duncan s'apprêtait à divorcer, et changer de vie. Mais Bannion ne la croît pas... jusqu'à ce qu'on retrouve le cadavre mutilé de la jeune femme. Ce ne sera pas la dernière mort violente dans ce film, hélas...

Justement, puisqu'on en parle, il semble que Lang ait tout fait pour souligner qu'un policier qui s'attaque à un système mafieux fait forcément u bruit sur son passage, et justement provoque la mort derrière lui. D'où un aspect célèbre de The Big Heat, qui a sand doute beaucoup fait pour la réputation d'un film sans compromis. Bannion, au début du film, se réfugie littéralement chez lui, entre sa petite fille de cinq ans, et son épouse Kate, qui sont toutes deux des rayons de soleil. Mais une scène fait froid dans le dos, qui nous montre le policier qui sait qu'il commence à avancer dans une affaire qui promet d'avoir des ramifications rentrer chez lui, s'atteler à raconter l'histoire du soir à sa fille, pendant que son épouse va faire une petite course de dernière minute avec la voiture, une image parfaitement réussie du bonheur et de la paix conjugale, d'un homme qui arrive encore à se déconnecter de son travail. Sauf que la voiture explose, et que Bannion comprend qu'il va falloir user de grands moyens pour venir à bout de Lagana et de son système.

Le film EST brutal et brut, certes, mais il est aussi très travaillé pour être une épure, à la fois du genre, et du travail de Fritz Lang. Le metteur en scène a été toute sa vie fasciné par la littérature populaire, et a forcément trouvé dans le roman noir le plus brutal le frisson qu'il trouvait dans les feuilletons de la presse hebdomadaire quand il était à Berlin. C'est cette atmosphère noire comme de l'encre, cette violence sans issue, qu'il va montrer dans ce film. Mais il est aidé par son métier, par son sens de la mise en scène: cette façon de tisser à partir des objets signifiants une toile qui établit une continuité entre les scènes: ici ce sont les armes à feu et les cafetières qui remplissent cette fonction... Ces hommes et ces femmes qui finissent par quitter la protection illusoire de la loi pour rendre la justice, et qui sont aidés (rappelez-vous Man Hunt) par des êtres pas forcément innocents, mais dévoués jusqu'à la mort: Gloria Grahame, pathétique fille au baromètre moral un brin tangent, va sérieusement payer de sa personne. Chemin faisant, Lang nous montre le parcours dangereux d'un homme qui manque d'oublier ses principes, mais aussi une inattendue, touchante histoire d'amour, un amour absolu et enfantin, qui se résout dans la mort.

Bon, pas besoin d'aller plus loin: The big heat est l'un des chefs d'oeuvre de Fritz Lang. Un film cru, brut, sans compromis et qui ne prend même pas son temps, mais je le répète, il vous colle une baffe. Une belle.

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Noir