Déçus de ne pouvoir travailler dans un studio Américain (la Paramount pour être précis où ils étaient supposés mettre en chantier une adaptation d'An American Tragedy de Dreiser, qui revient à Sternberg), Eisenstein, le chef-opérateur Tissé et l'assistant et co-réalisateur Alexandrov mettent en 1931 le cap au Sud et décident de tourner un film qui sera une ode au Mexique, un pays qui a accompli sa révolution avant l'Union Soviétique... Le film prévu doit contenir quatre parties, un prologue et un épilogue: une sorte de parcours poétique dans un Mexique immémorial, à l'écart des plus grandes villes du Nord.
Monté des années après la mort de son réalisateur principal, le film est resté inachevé pour cause de budget réduit, et de manque d'enthousiasme des éventuels mécènes. C'est resté une légende pendant de nombreuses années, avant qu'Alexandrov ne reçoive le feu vert pour monter le film en l'état, "selon les voeux" d'Eisenstein...
Le prologue installe le film dans une référence constante au passé Aztèque, entre les traditions et la pauvreté des populations. Eisenstein y inscrit ses "acteurs" (des paysans locaux choisis quasi systématiquement dans les populations indigènes) dans les paysages et les monuments du passé, en favorisant les contrastes saisissants entre bâtiments lointains et humains rendus gigantesques par illusion d'optique: un truc qu'il utilisera dans Ivan dans un plan célèbre. Il inscrit aussi dans ce prologue la tradition très solidement ancrée au Mexique de l'omniprésence folklorique de la mort...
Les trois parties présentées comme achevées sont consacrées dans un premier temps à un mariage, qui part du désir même, dans des images étonnamment sensuelles: celles-ci peuvent faire écho à la rumeur selon laquelle le réalisateur aurait vraiment découvert sa sexualité lors de cet intermède Mexicain! Cette première partie est lyrique et profondément documentaire dans l'esprit. La deuxième partie rappelle le cinéma Russe, avec une charge violente et lyrique contre la religion omniprésente; la troisième enfin dramatise une anecdote qui justifie la révolte, avec un couple de paysans qui son confrontés au viol de la jeune femme. L'acte de rébellion des paysans qui s'ensuit sera durement réprimé dans des images dures... Une quatrième partie envisagée, voyait Eisenstein s'intéresser à la révolution à travers le personnage héroïque d'un soldadera, une femme de révolutionnaire. Une partie dont aucune séquence n'a été tournée... L'épilogue célèbre l'esprit festif du Mexique d'après la Révolution, dans un recours à la fête autour de la mort, mais avec des costumes modernes...
Le film est mythique, et controversé: s'agit-il bien de ce que Eisenstein voulait faire? Peu importe, finalement nous savons qu'il était en pleine recherche (après son essai musical Romance Sentimentale qui en 1930 contrastait fortement avec les quatre films de long métrage qui le précédaient), qu'il était attiré par la collaboration avec Alexandrov, ce qui fait de ce dernier, bien qu'il ait été contesté, un maître d'oeuvre légitime pour finir la trace d'une aventure à laquelle il a lui-même participé. Et puis, il y a plus de beauté, de poésie, de lyrisme et d'invention dans ces 85 minutes, qu'il n'y en a dans tout son cinéma muet: le Mexique, dont il n'avait pas à faire la promotion, contrairement à ce qu'il avait du faire en Russie, avait clairement inspiré le metteur en scène...
Max Cady (Robert Mitchum) sort de prison, et décide de devenir le pire cauchemar de l'homme dont le témoignage a été l'élément décisif pour le mettre huit années à l'ombre: l'avocat Sam Bowden (Gregory Peck). Dès la première scène, il se rend au tribunal où ce dernier est en plein procès et rentre de nouveau dans sa vie par la grande porte: il l'aborde et lui fait comprendre qu'il va lui faire payer son séjour en prison. Plus grave, il commence aussi à proférer des menaces à peine déguisées sur l'épouse (Polly Bergen) et la fille de Bowden. Venu chercher l'aide de son ami le policier Mark Dutton (Martin Balsam), Bowden aura vite la certitude qu'il ne peut pas faire grand chose face à un bandit qui non seulement connait la loi sur le bout des ongles, mais a aussi le plus souvent une avance sur les événements...
Cape Fear arrive à une période doublement propice: le film noir est en pleine mutation en ce début des années 60, et il y participe grandement, parallèlement à d'autres films comme Experiment in terror (Blake Edwards), ou l'étrange Touch of evil de Orson Welles. Cape fear apporte en effet une sorte de redéfinition des canons du genre, dans lequel soudainement le héros est cette personne qui, bien qu'avocat, est démuni devant un sale type qui le harcèle, mais peut se permettre de porter plainte contre lui pour harcèlement, et l'emporter avec un bon avocat! Peck va donc jouer un héros qui doit sérieusement considérer le meurtre comme une possibilité de s'en sortir... Le film, dans un déroulement logique et impressionnant, rend la progression du personnage de l'avocat inévitable, et il s'enfonce de plus en plus vers la noirceur...
Evidemment, Max Cady est le centre de toutes les attentions, et le véritable personnage central du film. Mitchum le joue presque comme une réappropriation du pasteur de Night of the hunter, mais avec une dimension plus baroque encore, sans parler d'une obsession sexuelle particulièrement caractérisée. Le film est d'ailleurs assez clair sur ce sujet, ce que veut Cady, on finira par l'apprendre, c'est assumer sa vengeance sur Bowden par le biais de sa fille, une situation qu'une censure tatillonne rend possible d'évoquer, et que Thompson a traité avec justesse... en déplaçant le problème: afin de comprendre la menace sur la petite (qui a environ 13 ans), il nous montre une scène durant laquelle la brutalité du personnage est évidente, et il s'en prend à Nancy, l'épouse de Sam. Le spectateur sait désormais à quoi s'en tenir sur le risque couru par la petite...
Max Cady, d'ailleurs, est souvent ramené à son animalité, comme le pasteur du film de Laughton: Thompson utilise les mêmes moyens, de le placer en pleine nature, en ajoutant sa semi-nudité et ses déplacements dans l'eau. Mitchum, qui a du se baigner dans de bayous probablement infestés de sangsues, a payé de sa personne! Mais effectivement, c'est d'un animal qu'il s'agit, et il faudra aller jusqu'au bout pour s'en débarrasser, semble-t-il. L'enjeu pour Sam Bowden est de ne perdre ni son sang-froid, ni son humanité...
Je disais tout à l'heure que le film est arrivé à une période doublement propice, et j'ai parlé de ce renouveau du film noir qui était dans l'air. Mais l'autre raison qui le fait arriver à temps c'est qu'après 1960 et avant The Birds, Hitchcock était pour la première fois depuis son arrivée aux Etats-Unis absent des salles obscures. Du coup, Cape Fear joue à fond, et avec une impressionnante maîtrise, la carte du suspense qui vous fera agripper votre fauteuil! Et il le fait avec une belle cerise sur le gâteau: la musique de Bernard Herrmann dans une de ses meilleures partitions composées à l'écart de sa collaboration avec Hitchcock...
On n'en finirait pas d'énoncer les qualités de ce film qui revitalise à lui tout seul tout un pan du genre, tout en jouant en virtuose avec les nerfs du spectateur. Il est asse curieux qu'il ait été refait en 1991, et par Martin Scorsese en plus, avec Robert de Niro en Max Cady: un remake qui n'apporte pas grand chose, mais reste un film de qualité. Un film de qualité parfaitement inutile, cela va sans dire...
Dans ce film qui fait suite à l'énorme succès largement mérité de Magnificent obsession, Sirk replace de nouveaux personnages interprétés par Jane Wyman et Rock Hudson dans les maisons d'une petite bourgade où en ces années dorées d'après-guerre qu'on a appelées les trente glorieuses, la principale préoccupation demeure "que vont penser les voisins?". Ca a même un nom en Anglais, on appelle ça "Keeping up with the Joneses"... Et c'est difficilement compatible avec le fait de vivre et d'assumer une passion amoureuse jusqu'au bout! Il est difficile dans ce cas de goûter à "tout ce que le ciel permet", si on regarde constamment derrière son épaule.
La preuve: Cary Scott (Jane Wyman) est une jeune veuve qui sort à peine de son deuil. Elle a deux grands enfants qui sont tous les deux à l'université, et qui sont tout à fait favorables à l'idée que leur mère puisse avoir une nouvelle vie amoureuse; ses amies la pressent de se mettre en quête, et certaines de ses relations, notamment un goujat qui s'appelle Howard, sont prêts à se sacrifier... Mais elle n'a personne.
Et un jour elle sympathise avec le grand gaillard qui s'occupe de ses arbres: Ron Kirby (Rock Hudson) est jeune, beau, musclé, un brin ténébreux, un rien mystérieux... Le coup de foudre est réciproque. Mais quand il lui propose le mariage, Cary voit tout de suite la façon dont la situation va se jouer: les uns vont ricaner devant l'âge du blanc-bec, voire imaginer qu'il a demandé à Cary sa main dans le but de lui prendre son argent... Les autres vont s'imaginer qu'elle n'avait pas attendu le décès de son mari avant de fricoter avec lui. Et tous vont condamner cet acte de barbarie qui consiste pour une femme de la bonne société, de fréquenter un homme qu'elle a employé, et qui n'est pas de son monde. Et Cary recule, d'autant que ses amis, ses enfants même, lui reprochent ce qu'ils considèrent comme une indignité...
Une scène est frappante: Cary a réussi à persuader Ron de l'accompagner dans une soirée entre amis. Sur les lieux, on les attend de pied ferme, et les commentaires odieux vont bon train: vous croyez qu'ils oseront venir? Tout de même, un jardinier... C'est que Sirk a pris le parti, plus encore que dans son précédent film, de situer l'action dans les maisons, dans les cuisines, les salons; nous ferons toute la différence entre les habitations bohèmes des amis de Ron, et les maisons cossues du cercle dans lequel Cary évolue. Et les couleurs mobilisées par la photographie, traitées avec le son d'un peintre, sont frappantes, par le contraste qu'elles établissent entre les teintes jaunes, orange et rouillées de l'automne, ou le blanc hivernal d'un côté, et les couleurs primaires éclatantes créées par les hommes pour les gens les plus aisés: robes, voitures, meubles, tout se pare dans ces intérieurs de couleurs qui éclaboussent... Les couleurs de l'univers de Ron (généralement muni de sa chemise de bûcheron, et de bonnes grosses godasses d'un garçon qui travaille) sont plus complexes, plus riches, plus mystérieuses aussi.
Et dans l'univers de Ron, on a une authentique ouverture sur la beauté du monde, littéralement: plutôt que d'accueillir des gens qui vont ramener tout à eux et se bousculer dans des soirées verbeuses, Ron a lui créé une gigantesque baie vitrée qui offre une vraie ouverture sur l'extérieur, la nature, et tout ce qu'on voudra bien y voir (philosophie, religion, amenez votre interprétation, le film s'en accommodera...): une façon de sortir de cette vanité stupide des apparences et des convenances, dont Cary a tant de mal à se défaire... Tout ce que ses amis ont pourtant à lui suggérer, c'est d'acheter... une télévision!
Le film est fascinant parce qu'il n'a, une fois de plus, pas peur de l'explosion des sentiments. Sirk joue ici une partition dont il est devenu un maître, à la suite de Stahl, de Borzage aussi, celle d'un mélodrame considéré comme un art de l'émotion cinématographique: il emporte tout sur son passage, comme le fait son disciple Almodovar... Et ce film, ramassé à une épure de 88 minutes, est un nouveau chef d'oeuvre.
Sans doute, mais pourquoi ne pas le tenter quand même? Ce que Wyler doit faire, d'ailleurs, n'est pas tant d'adapter le roman d'Emily Brontë, que d'en proposer une version qui sied plus à son romantisme personnel. Et du coup, l'abréviation et la simplification à l'oeuvre dans cette adaptation produite par Samuel Goldwyn passent beaucoup mieux... Notons que si le film a été tourné en Californie, ça ne se voit absolument jamais, même si de toute évidence, il ne s'agit pas du Yorkshire non plus!
Un voyageur égaré, M. Lockwood, débarque en pleine tempête de neige dans la maison lugubre de Wuthering Heights, sur la lande désolée... Il trouve refuge sur place, sous la responsabilité du rude M. Heathcliff. Pendant la nuit, Lockwood entend un cri à l'extérieur, d'une femme qui prétend être "Cathy". Alerté, Heathcliff devient fou... Une domestique, Elle, explique à Lockwood le fin mot de l'histoire: Cathy, c'est Catherine Earnshaw, la fille de l'ancien propriétaire de Wuthering Heights; un jour, il a ramené à la maison un enfant trouvé, Heathcliff. Ce dernier a été élevé entre l'égalité (la complicité avec Catherine) et ordre de classe (toute la maisonnée, à la mort de leur maître, a remis Heathcliff à sa place à l'instigation du frère de Catherine qui était jaloux de lui. Et Catherine, amoureuse de Heathcliff mais désireuse de s'élever socialement, a été longtemps partagée sur la marche ç suivre... Heathcliff, pour finir, a été forcé de partir et déterminé à revenir en maître de la lande...
C'est en 1939 que le film est sorti, et on imagine bien que dans l'optique du vieux producteur indépendant, et de son metteur en scène, les personnages de la jeune soeur Brontë pouvaient bien faire concurrence à ceux de Margaret Mitchell. Si le roman a subi dans cette adaptation une simplification, et si le film divise un peu trop l'univers qu'il montre entre rugosité (Wuthering Heights) et richesse (la demeure des Linton), le metteur en scène retourne à son péché mignon, qui est de donner aux acteurs des scènes qui leur permettront de donner libre cours à leurs passions. Merle Oberon (Cathy) est sans doute à son meilleur dans ce film, où Wyler utilise beaucoup l'intensité de son regard, et Laurence Olivier (Heathcliff) a rarement été aussi juste dans un rôle, qui lui permet ici de jouer la carte des passions débridées. Si l'intrigue s'éloigne du roman, les scènes qui permettent à Wyker et ses acteurs d'y revenir sont nombreuses...
Donc, si je n'irai pas comme le font les actuels vendeurs de pellicule, jusqu'à qualifier ce film de chef d'oeuvre romantique, au moins ce raccourci nous permet-il de nous approcher, même à distance respectable, d'un immense classique probablement totalement inadaptable.
Pour une fois, regardons au-delà de cette étonnante capacité qu'ont les chaînes du câble et d'internet (Netfucks, HBO, etc) de tuer le cinéma à petit feu et de pousser les gens à ne plus rien faire d'autre de leurs journées que de regarder quinze épisodes d'une série: il fut un temps (qui semble disparaître à grande vitesse, et qui aura sans doute disparu avant le DVD et le Blu-Ray, ce qui est ironiquement une forme de justice) où ces lieux étaient pour les créateurs de la Télévision d'authentiques espaces de liberté: David Fuller, David Milch et d'autres y ont créé des séries mémorables, en toute liberté... Jusqu'à ce que le réalisme les rattrape; je ne sais pas exactement quelle a été la raison d'arrêter la série Deadwood en 2006 après trois saisons, mais je suis sûr qu'on a du invoquer le "réalisme économique" à ce moment-là. Et pourtant, la série avait du succès, du prestige et il est souvent dit qu'elle est à elle toute seule l'un des grands actes de l'histoire de la télévision, celui qui mène aujourd'hui à Game of thrones (bien sûr), Rome (qui a pris le relais sur à peu près le même créneau, et n'a existé que durant deux saisons) et certainement American Gods...
Deadwood, situé dans la riante petite bourgade située entre le territoire du Wyoming et le Dakota du Sud, à ses débuts (vers 1876 précisément), prenait comme toile de fonds l'histoire du lieu et sa légende, scrutant les esprits, les rivalités et les associations pragmatiques d'un ensemble de personnages, tous unis au delà de la frontière dans la volonté de créer à Deadwood un endroit qui aurait sa place dans les Etats-Unis à venir. Des hommes de loi, des bandits, des propriétaires venus de l'est, des aventuriers de l'ouest, des immigrants de bien plus loin, des prostituées et des politiciens, et des gens plus inclassables que tous les autres, parmi lesquels Martha Jane Cannary dit Calamity Jane (dont le surnom n'est jamais prononcé une seule fois dans la série) avait toute sa place... Bref: Deadwood en 36 épisodes insidieusement addictifs, proposait une nouvelle lecture de l'Ouest et de son histoire, la grande, celle d'un choc de cultures (l'arrivée inéluctable du progrès face à la résistance d'une certaine barbarie armée) et la petite, celle d'une constante survie rendue étrangement possible par la cohabitation entre tous ces ennemis potentiels: à ce titre, comment s'étonner que la série tourne autour du personnage par ailleurs historique de Al Swearengen, un immigra Anglais qui avait roulé sa bosse et dont le saloon, le Gem, était le centre de la ville, son quartier général et décisionnaire, son coeur et bien souvent le point névralgique d'une certaine résistance aux profiteurs venus de partout. Un centre qui était aussi un haut lieu de la prostitution, et d'une certaine façon du trafic de drogue!
David Milch, principal superviseur de la série, autorité morale unique de la production, et principal auteur, avait pris une décision radicale: celle de conter cette histoire dans la boue avec un langage qui serait doublement Shakespearien: un, il est souvent en vers à peine déguisés. Deux, il est facilement traduit en monologues intérieurs oralisés, permettant dans le flot de personnages, dans la foule compacte et permanente de ces rues sales, d'isoler plus sûrement un personnage, et de suivre l'action. Et si le décalage inévitable avec le western traditionnel se voit, il disparaît bien vite, tant on s'y fait...
13 années plus tard, à l'imitation de Serenity qui concluait la série Firefly de Joss Whedon, Milch a tout fait pour réunir son casting (ceux qui sont absents, la plupart du temps, sont morts!) et conclure son grand oeuvre en inscrivant le temps d'un long métrage Deadwood dans la modernité: là, en fait, où la production désirait se rendre. Pour trois occasions, qui auraient pu être traduites en trois épisodes, les personnages vont se retrouver:
Un: On célèbre l'entrée de la ville et du territoire du Dakota du Sud dans l'Union, en présence du sénateur George Hearst (Gerald McRaney). Celui-ci ne vit plus qu'entre la Californie où il s'est installé pour faire joujou avec la presse, une occupation qu'il léguera à son fiston William Randolph, et Washington où il va faire acte de présence à l'occasion. Si on accepte sa venue symbolique, il n'est pas forcément accueilli par des amis en raison de la façon dont il a fait fortune sur le dos de beaucoup, voire sur la peau de certains. Alma Ellsworth (Molly Parker), ancienne propriétaire locale, sait qu'elle a été escroquée de sa mine d'or par Hearst, et que celui-ci a ordonné la mort de son mari... Et justement, Mme Ellsworth est de retour elle aussi...
Une deuxième occasion est liée à la première: Charlie Utter (Dayton Callie), un ancien compagnon de Wild Bill Hicock, décédé en 1876 (dans la série, c'était le cinquième épisode) qui a installé un commerce, l'un des pionniers de la communication avec un service postal, est retrouvé mort assassiné. On ne va pas tarder à trouver le coupable, et si vous avez lu le paragraphe précédent c'est facile! Mais au-delà de son enterrement qui réunit tous les notables, la mort de Charlie éclaire une fois de plus les enjeux, car selon la loi la propriété d'un mort doit être mise aux enchères. C'est une occasion pour la ville de s'unir contre Hearst, derrière les propositions d'enchères émises par le shérif Seth Bullock (Timothy Olyphant), son ami le commerçant et politicien Sol Star (John Hawkes) et d'autres. Ce sera Alma Ellsworth qui emportera le terrain, sauvant symboliquement la ville et son lien avec Utter.
Troisièmement: d'autres personnages, souvent authentiques, suivent le cours de leur vie. La prostituée Trixie (Paula Malcolmson), qui a joué un rôle important dans la résistance à Hearst dans la série, est en ménage paradoxal avec Sol Star, ancien maire. Ils ont même un enfant au début du film, et décident avant la fin du film de se marier. Mais il faut faire vite, car Al Swearengen (Ian McShane), autorité locale et "père de substitution" pour Trixie en même temps que son proxénète, est probablement mourant... et pendant ce temps, Hearst complote, Bullock se bat, et la vie continue à Deadwood.
C'est d'abord et avant tout une galerie formidable de personnages, qui ont acquis de la part du spectateur attentif ce changement interne de morale qui est absolument indispensable à la compréhension de la série. "L'intérêt supérieur" de Deadwood est ce qui tient tous ces personnages ensemble, donc. On est prêt à le croire, mais ce qu'on veut surtout, c'est retrouver ici tous ceux dont la verve, les manigances, la vivacité nous ont tant plu: le chinois Wu (Keone Young), haut dignitaire de sa communauté acquis à Swearengen (qu'il appelle Swedgin), et qui ne peut toujours pas au bout de vingt années de présence à Deadwood parler Anglais; Johnny, le barman et homme à tout faire du Gem, qui a un QI de betterave; E.B. Farnum (Williama Sanderson), l'historique hôtelier et maire honoraire, plus manoeuvrier que méchant, et qui est méprisé par tous (à commencer par lui-même), Jewel (Geri Jewell), la femme de ménage de Swearengen qui a un handicap physique lourd ainsi qu'une langue bien pendue, ou le Docteur Cochran (Brad Dourif), qui doit soigner tout un chacun et aussi se substituer à la conscience de beaucoup, ou encore Calamity Jane (ça y est, elle a enfin son surnom dans le film), qui est une adorable alcoolique (Robin Weigert), dotée d'un langage atrocement grossier et d'une poltronnerie qui la dérange en tant qu'ancienne compagne de route de Wild Bill Hickcok: la liste pourrait encore être très longue... mais ils sont là, tous là, pour notre plus grand plaisir, éclairant l'histoire ou offrant des variations fascinantes sur la vérité, mais tous plus Américains les uns que les autres.
Un homme arrive dans l'ouest: Jim McKay, capitaine au long cours, a rencontré une jeune femme, et il l'a demandée en mariage. Fille d'un gros éleveur de l'ouest, elle n'a pas pensé un seul instant que ce serait à elle de déménager, et donc il accourt... Au départ, McKay a du mal à s'adapter: les moeurs locales sont un peu étranges pour lui. De plus on lui demande environ tous les quarts d'heure de prouver qu'il est un homme, et il a horreur de le faire sur commande. Enfin, la famille Terrill dans laquelle il est supposé entrer, est sous la coupe du père de sa fiancée, le Major Henry Terrill: celui-ci cultive depuis très longtemps une rivalité sanglante avec Hannassey, un autre éleveur, moins fortuné, mais tout aussi cabochard que lui.
McKay, c'est Gregory Peck, en héros très paradoxal de western: il est l'outsider, le pied-tendre, le Dude, comme on dit là-bas, et c'est tout sauf tendre... Très rapidement, il va s'attirer des ennuis et des ennemis: le père Terrill, qui ne comprend pas qu'on puisse envisager les choses autrement que lui ne le fait, pour commencer; la famille Hannassey, qui le considère comme un crétin venu de l'Est, ensuite; le principal collaborateur de Terrill, l'homme à tout faire Steve Leech (Charlton Heston), qui est jaloux de celui qui s'apprête à épouser celle qu'il aime; enfin, Patricia Terrill elle-même, qui ne comprend pas que mcKay ne pense pas exactement comme son père, voire qu'il pense par lui-même tout court. La demoiselle a des problèmes à régler avec son paternel, et du coup le couple ne durera pas longtemps...
La seule personne qui réussira à apprécier McKay a sa juste valeur (si on excepte le sympathique Ramon, un palefrenier avec lequel le capitaine va sympathiser dans une scène mémorable) est Julie Maragon (Jean Simmons), la propriétaire, symboliquement, du seul point d'eau de la région, véritable trait d'union entre les deux ennemis de toujours: son territoire est la clé de la paix fragile, où elle laisse les uns et les autres abreuver leur bétail.
Comme on le voit, le film possède une galerie de personnages hauts en couleurs, auxquels il faut ajouter quelques précisions, concernant les Hannassey: d'un côté, le père, divisé entre sa haine de classe envers celui qui le déteste autant et qui lui a réussi, et une envie de retrouver une justice, qui s'exprime paradoxalement entre deux flambées de violence par un désir de fair-play (c'est lui qui règlera un duel entre son fils et McKay, en menaçant de tuer son propre fils s'il enfreint les règles): un personnage riche, déroutant, et qui a valu un Oscar à Burl Ives. De l'autre, son fils justement, Buck (Chuck Connors), caricature de méchant vicieux, alcoolique et violeur. Mais les deux psychopathes assumés sont-ils si différents de Terrill (Charles Bickford) et de sa fille (Caroll Baker) obsédée de l'honneur et de la puissance de son papa?
Dans un film qu'il traite à moitié en western Shakespearien, à moitié avec un oeil gentiment rigolard (ah, la scène durant laquelle pour son plaisir, McKay va en douce dompter le cheval au caractère difficile qu'on souhaitait lui faire monter par bizutage!!), Wyler affiche sans trop de complexe une tendance à exagérer avec gourmandise, sans pour autant rejouer la partition de Duel au Soleil... C'est un film qui se dévore sans retenue, et qui inaugure une époque de super-westerns, dont beaucoup (The magnificent seven, How the west was won) seront beaucoup plus insipides, et nettement moins distrayants... En 165 minutes, il prend son temps, à l'image de son héros qui refuse de se comporter en cliché de l'ouest et qui fait les choses quand et comment elles doivent être faites...
J'ai failli commencer cette chronique par une citation de Lang à propos de l'écran large, citation bien connue du reste, mais la chose étant extraite d'un film de Godard, je vais la traiter par le mépris. Non, c'est sûr que Lang était méfiant vis-à-vis du Cinemascope, et qu'il préférait le format plus traditionnel, y compris sous la forme du compromis du 1:66:1 qu'il allait adopter pour ses derniers films... Pourtant Moonfleet, oeuvre qui est tournée en Cinemascope, est un bien bel objet, un film d'aventures comme on n'en fait plus, avec toute la panoplie du conteur: couleurs, émotions, retournement de situation, et bien sûr un héros naïf...
A la fin du XVIIIe siècle, John Mohune (John Whiteley), un petit garçon, arrive dans l'inquiétante bourgade côtière de Moonfleet. Il vient retrouver Jeremy Fox (Stewart Granger), un ami de sa mère qui vient de décéder, afin qu'il prenne en charge son éducation. Mais ce que le gamin ne veut pas savoir, c'est que Fox, chef d'une troupe de contrebandiers locaux sans foi ni loi, n'est finalement qu'une fripouille, acoquiné avec la noblesse locale (et surtout le redoutable Lord Ashwood, interprété par George Sanders) pour se faire de l'argent des façons les plus malhonnêtes qui soient. Mais la présence du jeune Mohune ravive des appétits, notamment quand elle permet de retrouver la trace d'un trésor mythique et à jamais perdu... Et John Mohune, plus naïf que jamais, de s'attacher aux pas de celui auquel il pourrait bien amener la fortune, mais dont il faut bien dire qu'il donnerait cher pour se débarrasser de lui...
Une histoire de trésors cachés, de souterrains et de puits, de cache-cache dans les cimetières et de pirates assoiffés de sang, c'est toujours d'autant plus intéressant que le point de vue présenté les rend aussi mystérieux et inquiétants les uns que les autres. Le choix de suivre le petit garçon n'est donc pas un choix hasardeux car ce qui donne son sel à cette aventure, c'est bien sûr qu'elle soit vécue par un être aussi naïf. Mais Lang ne nous cache pourtant jamais les turpitudes de ceux qui entourent le jeune Mohune, et prend un malin plaisir à nous montrer, en particulier, l'atmosphère de relâchement des moeurs dans laquelle Fox (et Ashwood, ainsi que lady Ashwood occasionnellement) se vautrent. Mais le passage de John Mohune va pourtant être bénéfique, permettant à Moonfleet de faire le vide dans la piraterie, et ce malgré Fox lui-même!
Lang nous raconte deux histoires, d'un coup: d'un côté le récit initiatique vécu ou imaginé par John, avec ses visions de pirates nettement plus inquiétants qu'ils ne sont en réalité (un plan célèbre, voir ci-dessus, où Lang montre qu'il a compris quand même qu'on pouvait utiliser ce fameux Cinemascope avec intelligence!), et les statues sinistres ressemblent à des passages entre le monde des vivants et celui des morts... De l'autre, le réalisme goguenard des bandits et autres traîtres, qui mentent, se battent et finiront bien par s'entre-tuer... Un monde ont Fox est le maître, flamboyant et dangereux... Et la surprise c'est que ces deux histoires et ces deux univers sont plus que compatibles. ...On ne va bien évidemment pas se livrer à un test AN, mais il est évident que "le vieil ami de sa mère", Fox, pourrait bien ne pas avoir été choisi par hasard par Olivia Mohune avant de mourir pour prendre soin de son fils... celui d'Olivia, je veux dire.
Et cette histoire devient une méditation un brin ironique sur le passage du temps et le progrès du monde, qui fait qu'à la fin c'est grâce à Jeremy Fox, qui s'apprêtait pourtant à abandonner et doubler Mohune, qu'on doit le triomphe du bon droit à Moonfleet. Quant à John Mohune, s'il est lui aussi un acteur de ce changement, il n'a rien, mais alors rien compris du tout!! Tout ça pour dire qu'avec son Technicolor de toute beauté, son Cinemascope soigné, son temps de projection limité (il ne fait que 87 minutes) et ses retournements de situation en cascade dans des demeures qui grincent et des souterrains humides, Moonfleet est un film d'une insondable richesse.
Ceci est le premier film tourné par Lubitsch depuis The merry widow qu'il avait livré à la MGM en 1934, au moment du renforcement du code de production. Le metteur en scène avait supervisé pour la Paramount la production de Desire (1936), de Frank Borzage, qui portait partiellement sa marque, et dont on peut légitimement penser qu'il avait espéré le tourner... Mais Angel sera son film de retour, et il a la fâcheuse réputation d'être un film à part, voire un film raté, pour le grand réalisateur, au contraire de ses trois films suivants. C'est dommage car c'est tout sauf mérité...
Dans Angel, une femme rencontre un homme: Maria (Marlene Dietrich), une mystérieuse jeune femme venue d'on ne sait trop où, débarque à Paris et se réfugie chez une grande-duchesse, dans le but de s'encanailler. Au même moment arrive Tony Halton (Melvyn Douglas), un playboy à la recherche de bon temps. Il se trouvent, s'aiment, se séparent. Aucun des deux ne sait rien de l'autre, si ce n'est que Tony a décidé de baptiser celle dont il ignore le nom Angel...
Revenue à Londres, Maria retrouve son mari Sir Frederick (Herbert Marshall) qui décidément n'a pas de temps à lui consacrer: il est diplomate, et parcourt le monde dans le but d'empêcher la guerre. Mais un jour il rencontre un ancien compagnon d'armes: Tony Halton. Il l'invite chez lui...
C'est une épure, un film court et incisif qui va donc droit au but. Le metteur en scène de comédie calme le jeu et exige de tout un chacun un jeu aussi austère que dramatique, y compris pour l'humour: une sorte de froideur, ou une impression de froideur, qui a peut-être gêné, tant il est vrai que les films précédents de Lubitsch (à plus forte raison ceux avec Maurice Chevalier) gardaient toujours un soupçon de folie ou de décalage ouvertement comique. Ici, même les discussions entre les domestiques (qui rejouent la partition de leur employeurs, dans un échange mémorable où Edward Everett Horton fait une fois de plus la preuve éclatante de son génie) sont sous-jouées. Ce qui n'empêche pas l'humour, comme dans cette scène souvent citée en exemple du cinéma de Lubitsch, où les gens de cuisine nous font vivre par procuration le repas compliqué qui a lieu dans l'autre pièce (c'est l'occasion pour Sir Frederick de remettre en contact son épouse et son ami, sans savoir qu'ils ont été amants) en commentant ce qu'ils ont laissé dans leurs assiettes.
N'empêche, ce mélodrame comique, cette comédie en forme de requiem à un amour perdu d'avance, est un grand film, qui trouve dans sa forme unique en son genre une beauté certaine. Lubitsch savait parfaitement ce qu'il faisait en plus, en confrontant Marlene Dietrich (privée, heureusement, de sa chanson contractuelle: ouf!), encore déboussolée d'avoir perdu le soutien de Josef Von Sternberg, d'un côté, et Herbert Marshall, dont l'accent et la voix flegmatique cachent à peine la souffrance qui est la sienne: l'acteur avait perdu sa jambe durant la guerre, et souffrira toute sa vie de complications. Bien qu'unijambiste, il mettait un point d'honneur à jouer aussi souvent que possible debout. Et cette souffrance ajoute à son personnage poignant... Oui, c'est une comédie, mais aucune loi au monde n'impose à la comédie de ne parler que de choses gaies, non?
Il y a eu une tempête majeure chez les Drayton, une famille tranquille qui vit à quelques encablures de Portland, Maine: leur maison est au bord d'un lac, et justement, le niveau a sérieusement monté... Et les arbres des environs se sont déchaînés: l'un d'entre eux s'est trouvé déraciné, et a éventré la maison; un autre est tombé sur une cabane au bord de l'eau... David Drayton (Thomas Jane) et son voisin avec lequel il est régulièrement en conflit, se rendent en ville pour faire des provisions. Pendant que David, son fils et M. Norton sont dans une supérette, une brume inquiétante se rapproche, et un homme en sort, ensanglanté: son ami a été emporté par une bestiole inconnue. Tout le public présent dans le magasin se barricade, mais l'horreur ne fait que commencer...
Si le film a une excellente réputation, il convient de préciser, d'une part que si Darabont a filmé en couleurs, c'était parce qu'il savait qu'il n'y aurait aucun problème pour sortir une version en noir et blanc à partir de l'original. Mais la compagnie Weinstein qui ne souhaitait pas le sortir sous cette forme a donc refusé, ce qui est absurde: le rendu de la brume, les contours des bestioles entr'aperçues, tout dans ce film est fait justement pour le noir et blanc! Le DVD possède d'ailleurs les deux versions, et le choix est vite fait; visuellement la version couleurs a autant de saveur qu'un téléfilm de 1985. Celle en noir et blanc est stylisée, inquiétante et parfaitement dosée... D'autre part, Darabont qui en était à sa quatrième adaptation de Stephen King, a tout fait pour que son film, bien qu'il nous montre des créatures monstrueuses, soit essentiellement consacré aux réactions humaines face à un cataclysme incompréhensible... Donc les bestioles ne prennent pas toute la place: ce qui compte c'est qu'on sache qu'elles sont là, et que les points de vue divergents des personnages importants du film puissent l'intégrer...
Un cataclysme qui ne sera d'ailleurs, selon la règle établie par Hitchcock avec The Birds, jamais expliqué autrement que par des vagues rumeurs: "les militaires préparent un projet ultra-secret", d'un côté, et "ils ont réussi à ouvrir une brèche vers une autre dimension", de l'autre. Ca nous suffit, et c'est même presque trop... Car ce qui compte, c'est de quelle façon des êtres humains, tous unis dans le même malheur, peuvent se comporter comme des fous, voire comme des animaux. Comment ils vont soit perdre leur humanité, soit devenir fous, soit ils vont pousser leur comportement d'humains (politiquement, moralement et religieusement) vers les pires extrémités. C'est à Marcia Gay Harden, qui joue une femme trop religieuse qui ressort la compilation des meilleurs succès de l'ancien testament: châtiment divin, sacrifice et arbitraire... C'est bien sûr elle qui mène la danse. Dans le contexte de la deuxième guerre en Irak et de l'attaque injustifiée sur l'Aghanistan, c'est une pique assez vacharde, bien entendu.
Mais Darabont, qui reprend à son compte l'ironie désespérée de King, va plus loin en fermant le conte à la fin, et c'est un dénouement à peine supportable, tellement la noirceur l'emporte. Mais si l'histoire se termine, l'incertitude demeure, dans une dernière séquence qui glace le sang...
Bref, si c'est une réussite, on ne peut pas dire que ce soit réjouissant, loin de là.
Voici un film à cheval entre le muet (pour ses premières 45 minutes) et le parlant (pour les dernières 24!): il est aussi situé entre le mélodrame et la comédie, avec un fort penchant pour ce dernier genre d'autant qu'il s'agit d'un "véhicule", comme on dit, pour la comédienne Laura La Plante dont la carrière était sous surveillance à la Universal, car si elle pouvait jouer la comédie muette, le parlant lui posait problème. ...Ce que confirme le film, hélas...
Evelyn Todd est une chorus girl, naïve et simple, montée à la grande ville de son propre chef. Et elle se fait licencier parce qu'elle n'est pas très douée... Effondrée, elle accepte le conseil d'une amie, qui lui propose de passer du bon temps dans la mesure où elle a un joli minois. Mais les hommes qu'elle côtoie dans une soirée aimeraient un peu plus, et elle s'enfuit... Pour trouver sa porte close et ses affaires dans la rue: elle vient d'être mise à la porte de son logement!
C'est le moment que choisit Paul (Neil Hamilton) pour entrer dans sa vie. Le richissime prince charmant la sauve, l'emmène, l'épouse, et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, si le propre oncle du jeune marié n'était un témoin du passé de la jeune femme. Elle n'a rien à se reprocher, mais comment pourrait-elle le prouver?
La Universal, contrairement à la MGM, peut largement se permettre de dégonfler les bonnes moeurs comme une baudruche, et s'amuser de voir une jeune femme de la classe ouvrière se payer la tête d'une vieille baderne qui la traite comme de la crotte, mais comme je le disais plus haut, le film passe soudainement, en plein milieu de sa partie dramatique, du muet vers le parlant, et justement, quand il s'agit de parler, Laura La Plante se débrouille gentiment. Reste un film soigné, dont les ruptures de ton sont parfaitement bien amenées, et dont les acteurs, dans l'ensemble, assument parfaitement leur rôle... Une comédie faite avec soin, même si on se demande, a posteriori... Fallait-il vraiment que ça parle?