Le film s'intéresse à une curiosité historique qui était plus ou moins revenue au devant de la scène en cette année 1937: le fait qu'en mourant (suite à une injection volontaire de strychnine, ce que le film ne dit pas), un quidam solitaire et laconique avait confié en 1903 être John Wilkes Booth. Depuis 1937, le cas a été élucidé, une simple tentative d'usurpation d'identité par un homme à demi-fou qui avait été fasciné par l'assassinat par l'acteur Booth du président Abraham Lincoln, et la cavale qui s'ensuivit...
Ce que fait le film, concrètement, c'est soulever l'hypothèse, en en faisant un mystère cinématographique, avec forte implication des personnages: un prêtre présent au moment de la mort de George, qui soudain s'arrête et s'interroge: et si... ? Le commentateur Carey Wilson nous apporte la pincée de magie supplémentaire en disant son texte d'une voix de stentor, et Tourneur ajoute de son côté les grands moyens: une reconstitution non pas du meurtre de Lincoln, mais bien des coulisses: la fuite de Booth, sa mort supposée dans une grange (D'où le titre)... Le film, du début à la fin, soulève avec maestria toutes les hypothèses possibles, et pour notre plus grand bonheur nous embobine avec un rien. C'est formidable!
En dix minutes, nous apprenons tout ce qu'il y a à savoir sur le plus gros diamant du monde: sa découverte par une famille désespérée en Afrique du Sud, les négociations pour l'acheter, et le clou du spectacle: la façon dont il a fallu le diviser pour mieux l'embellir...
Derrière la leçon de choses, on sent à la fois une curiosité pour les mystères de l'humanité, et surtout, une merveilleuse capacité à faire de l'or cinématographique avec un rien; en effet, Tourneur qui n'a que dix minutes pour conter une histoire qui ne lui appartient guère, va à deux reprises mobiliser des images qui sortent de l'ordinaire: une famille qui vient de trouver la fortune et qui s'organise dans l'angoisse de la nuit pour contrer tout coup du sort: leur angoisse est réelle et palpable...
Et plus tard, il délaie la résolution de l'opération de division du diamant, pour mieux nous faire ressentir par le suspense le côté irrémédiable d'une telle action... Chaque geste de l'homme, un expert, qui doit tailler la pierre, est étudié, et résonne d'une signification dramatique parfaitement mise en scène.
C'est à l'origine un film purement promotionnel: la MGM venait de finir la production, sous la direction de George Cukor, d'un Romeo and Juliet spectaculaire, et très réussi. Le département des courts métrages a donc concocté ce court film dans le but de rappeler en dix minutes, images à l'appui, qui est Shakespeare, en limitant au minimum les images (et les sons!) du film de Cukor...
Tant qu'à faire, Tourneur a eu accès à une série de prises de vues de Stratford-Upon-Avon, et s'est ingénié à reconstituer l'Angleterre d'Elizabeth en Californie, avec une certaine réussite. Les vignettes, aussi bien commentées par Carey Wilson que dotées de leur propre dialogue, se succèdent, et c'est une belle réussite: didactique, promotionnelle, certes. Mais surtout alléchante... Avec évidemment un accent particulier porté non pas sur Hamlet comme d'habitude, mais sur l'aventure des amants maudits. Force devait rester à la promotion...
Que s'est-il passé sur la Mary-Celeste? Voilà comment on peut résumer ce très séduisant court métrage de la MGM, réalisé en 1938 pour être un de ces compléments de programme proposés au public en compagnie des plus glorieux longs métrages... Les sujets variaient grandement, ainsi que les prétextes...
Ici, le film est basé sur l'histoire parfaitement authentique d'un mystère naval bien connu: en 1872, on a retrouvé ce petit navire abandonné de toute présence humaine, sans qu'aucun indice ne puisse expliquer la situation. Les théories furent nombreuses pour l'expliquer, mais le film, malin, se contente de les aligner sans leur offrir de résolution, car ce mystère éminemment cinématographique est bien plus séduisant en lui-même que toute tentative d'explication. Du coup, le format du court métrage offre au réalisateur une paradoxale et totale liberté...
Tourneur, rompu à l'exercice de la miniature, doit composer avec un commentaire omniprésent dit par John Nesbitt, à la voix claironnante. Curieusement, la présence de cette voix obsédante finit par être un atout, d'une part parce que l'image feint d'être une illustration constante, et que la précision de l'image, du montage, de la composition et du jeu des acteurs est diabolique. Ensuite parce qu'il se détache de ce collage entre un commentaire dramatique et exagéré à souhait, et un film interprété par des acteurs, et disposant des habituels moyens de tricherie de la fiction cinématographique, une vérité paradoxale.
Ce n'est pas pour rien que Val Lewton allait confier quelques années plus tard Cat People à Tourneur, parce que de tous les cinéastes de l'époque, il était celui qui était le plus à même de nous faire croire en l'histoire du film...
Pendant que la ville dort... et pendant que les responsables d'un empire de presse se font une concurrence effrénée pour un poste prestigieux, un serial killer, un monstre, s'en prend à des jeunes femmes qu'il vient attaquer jusque chez elles. Un monstre qui laisse un mot, au début du film, et que nous voyons d'ailleurs à l'oeuvre: le film ne nous demande pas de «trouver le coupable», l'intérêt est ailleurs.
Il est en particulier dans la propension des journalistes et hommes de média qui nous sont présentés, à passer à autre chose, et à ne plus voir dans cette affaire sordide et qui menace de s'étendre, qu'un formidable réservoir de scoops potentiels. Le patron est mort, le fils du patron (Vincent Price) reprend les rênes et n'y connait rien, il va donc souffler le chaud et le froid et imposer une concurrence sévère entre les journalistes. Les uns et les autres (George Sanders, Thomas Mitchell, en particulier) vont se saisir de l'affaire comme d'une excellente opportunité, et toute compassion, toute humanité vont partir de leur vocabulaire...
Sauf Ed Mobley (Dana Andrews): d'un côté, c'est lui le héros ou du moins le principal protagoniste du film. Il n'a pas un poste à responsabilités comme ses copains, et il aime à se tenir à distance du pouvoir, surtout quand il n'y a pas vraiment d'atomes crochus! Il a sans doute une morale... Ou alors, le fait qu'il soit très en vue (il est le présentateur de l'émission de télévision de la compagnie, et donc il incarne la presse pour une grande partie du public. Ce qui lui permet de se tenir en effet à distance...
Ca ne l'empêche pas non plus de tout risquer pour un scoop, et il va y avoir un clash important: à peine fiancé, il va utiliser sa petite amie pour en faire un appât, car il a tout fait pour provoquer le tueur en direct à la télévision, depuis son fauteuil de présentateur... Les motivations ne sont pas les mêmes, elle n'en manquent pas moins de moralité.
Le film a une double identité: d'une part, il se pare des attraits du film noir tel que Lang le raffine depuis les années 20. Un film dans lequel tout le monde descend, de la salle de rédaction au bar du rez-de-chaussée où les langues se délient, les alliances se forgent et les trahisons se dessinent. Es appartements où ont lieu les crimes, jusque dans la rue: on voit très souvent des escaliers dans ce film... et au final, de la rue vers le métro, dans les tunnels desquels la poursuite entre Mobley et le tueur va trouver une résolution: ce dernier (John Barrymore Jr) est un paumé, un ado attardé dont la mère adoptive (Mae Marsh) n'a rien vu venir, mais lui le sait: «ask mother», dit-il dans son message laissé sur les lieux du crime. Il est juste un paumé qu'une éducation malheureuse a précipité dans le crime. Et d'ailleurs, il disparaît très vite du film...
...Car bien sûr, Lang qui n'a que rarement été aussi méchant, a trouvé avec ce film une bonne occasion de donner un point de vue extrêmement critique sur l'humanité qui l'entoure. Au moins dans M, les gens semblaient-ils se préoccuper de trouver le criminel; maintenant, la police doit collaborer avec des journalistes qui ont tous des pions à avancer et une part du gâteau à défendre. Le corporatisme journalistique tel qu'il nous est présenté ici est le portrait cruel d'un univers vu par un homme qui ne s'y retrouve plus, un portrait au vitriol d'une humanité en quête de repères... Après ce film noir grinçant, Lang ira encore plus loin dans le désespoir face au crime et la perte des idéaux humains, avec Beyond a reasonable doubt... En attendant, quel plaisir que ce grand film méconnu, au casting de rêve...
Quand on lui demandait quel était son film préféré, le réalisateur de I walked with a zombie, de Cat People, The leopard man, Experiment perilous et Night of the demon répondait qu'il s'agissait de Stars in my crown... Rien de très notable a priori dans cette production MGM à petit budget, qui évoque les coulisses du western... Pas de cow-boy à l'horizon, mais une petite communauté rurale du mid-west où la civilisation va enfin pouvoir s'établir. On est pourtant pris par la tranquillité et la beauté de cette évocation qui aurait pu venir d'un John Ford, ou du Walsh de The Strawberry Blonde, la verve canaille en moins...
John, un narrateur presque anonyme, nous présente son village dans son histoire, à partir de l'arrivée d'un personnage important: le pasteur J. D. Gray (Joel McRea). Celui-ci s'est imposé à la population par un coup d'éclat, en se rendant au saloon et en imposant à l'auditoire masculin rigolard de subir son premier sermon sous la menace de deux colts! John est le fils adoptif du prêtre, et nous raconte les anecdotes vécues à Walesburg, les petites joies, les peines, les épidémies, la difficulté du jeune médecin à remplacer son père respecté par toute la population, les manigances d'un riche propriétaire pour s'approprier la ferme d'un vieux noir, la rivalité entre le prêtre et le médecin, les épidémies, etc...
La force de la chronique, dans ce genre de cas c'est qu'avouons-le elle tient toute seule, regardez la série des Don Camillo! Mais Tourneur fait bien plus, et bien mieux qu'illustrer une histoire. Pour commencer il donne vie grâce à des acteurs doués (On retrouve Alan Hale, Lewis Stone, Arthur Hunnicutt) à des personnages, le pasteur en premier lieu. Celui-ci est certes acquis totalement à la cause divine, mais est surtout, comme c'est souvent le cas dans ces petites bourgades au protestantisme bon teint, un meneur d'hommes avant d'être un meneur d'âmes. Les vignettes et le pittoresque des personnages sont empreints d'une grande humanité, avec ses moments forts et ses petits moments de pas grand chose, les passages où John et l'Oncle Famous, l'ancien esclave, devisent de tout et de rien en pêchant le poisson-chat! On n'est parfois pas si loin de The night of the hunter, après tout, et l'ombre de Ford qui plane sur le film passe par le tissu de chansons et d'hymnes qui sont omniprésents sur la bande-son.
Et dans un des fils rouges du film, l'histoire de l'oncle Famous, se glisse une allusion, rare à l'époque, au KKK et à ses méthodes. On pourrait bien sûr montrer une certaine impatience devant le fait que cette histoire se finisse bien, ce qui n'a hélas pas été le cas de beaucoup de lynchages dans l'histoire des Etats-Unis, mais le courage du studio habitué à être une machine à rêves, est à souligner. Et Tourneur, qui a placé sa caméra dans autant de maisons, de portes entre-baillées que possible, finit par nous livrer une chronique de l'enfance universelle, qui nous semble bien proche de la vérité... Un vert paradis de l'enfance, situé assez souvent dans une nuit noire, un univers pas si tendre, et dans lequel tout pourrait arriver... s'il n'y avait ce bon pasteur Gray pour mener tout le monde.
Yorgos Lanthimos ne fait rien comme tout le monde, décidément. Après avoir proposé des radiographies méchantes de familles dysfonctionnelles (on ne souvient en particulier de Dogtooth et de son atmosphère hallucinante de huis-clos glaçant) il continue dans cette voie en s'intéressant à une sorte de triangle amoureux historique, et à la lutte de pouvoir qui s'y déroule... Il s'appuie sur les personnages de la Reine Anne et de sa confidente, la belle Sarah Marlborough, épouse d'un ministre d'une part, mais aussi et surtout, nous dit le film, première ministre officieuse... vers le mieu du règne de la monarque, une jeune servante, Abigail Hill, a commencé en effet à supplanter la belle aristocrate dans les faveurs de la Reine.
Anne (Olivia Colman) est essentiellement une Reine détachée des affaires, trop préoccupée de ses lubies et de ses soucis grandissants de santé. Sarah (Rachel Weisz) tient donc fermement les rênes du pouvoir, sans que quiconque (pas même Lord Godolphin, premier ministre en titre) ne songe s'en émouvoir ou s'en offusquer. C'est qu'elle a une guerre à accomplir! Pendant ce temps, l'opposition Tory menée par lord Harley (Nicolas Hoult) essaie de trouver un angle pour affaiblir le pouvoir. C'est à peu près à ce moment qu'arrive Abigail Hill (Emma Stone), noble tombée en disgrâce, venue trouver un travail de servante auprès de la Reine. Mal accueillie, vite soucieuse de se venger de l'attitude hautaine de Sarah, Abigail a trois atouts: une sexualité peu regardante, une réactivité impressionnante et surtout, elle connait un secret d'état qui peut l'amener loin, très loin: elle sait tout de l'amitié réelle de la reine et de Sarah...
Traité comme une comédie grinçante, le film nous entraîne avec brio dans les arcanes du pouvoir, en se concentrant le plus souvent sur les chicaneries et les escarmouches, en mélangeant au fur et à mesure de chapitres, les points de vue: certains chapitres en effet penchent du côté de Sarah, d'autres d'Abigail... La personnalité presque monstrueusement excentrique de la Reine (Olivia Colman joue le rôle constamment au bord de la caricature), constamment hors-jeu, joue beaucoup à installer un malaise pathétique au lieu de forcer vers la caricature. Mais c'est la confrontation entre les deux autres femmes qui est le plus passionnant du film...
Lanthimos utilise à merveille les décors luxueux de Hatfield House et des angles distordus par des lentilles extravagantes. L'idée souligne justement l'idée d'un point de vue extérieur, tout en nous invitant à prendre le film comme ce qu'il est: une distorsion de la réalité historique, dans laquelle les anecdotes ont été retravaillées. Et il choisit une position de caméra souvent basse justement, afin d'accentuer l'impression du spectateur d'assister à une série d'événements auxquels il n'aurait pas du être convié. Bref le film choisit une voie constamment éloignée de l'académisme en vogue dans ce genre de reconstitution historique. Et les acteurs et actrices s'amusent d'un dialogue d'une méchanceté sans égale...
Dani (Florence Pugh), qui vient de perdre toute sa famille dans le suicide de sa soeur qui a "emmené" ses parents avec elle, est en train de traverser une période très difficile. Elle a très besoin de son petit ami Christian (Jack Reynor), mais nous constatons très vite que celui-ci quand il est seul avec ses amis étudiants (ils se dirigent vers une thèse d'anthropologie) révèle un manque d'affection assez cruel pour la jeune femme, dont il ne sait pas vraiment comment il va pouvoir se détacher! Quand elle apprend qu'il a planifié derrière son dos un voyage en Suède avec les copain, Dani le persuade (contre l'avis des copains, bien sûr) de l'emmener avec lui...
Les voilà donc partis, Dani, Christian, Mark et Josh, avec leur ami Suédois Pelle, vers une communauté traditionnelle aux règles très étranges, qui s'apprêtent justement à célébrer un festival du solstice d'été très particulier, car il n'a lieu que tous les 90 ans. Ca va être une expérience humaine passionnante en tout cas pour les anthropologues, et un premier pas vers la reconstruction de sa vie pour Dani: ils vont participer à des rites religieux, des danses, des repas communautaires,
et des sacrifices humains.
Hereditary était un succès, mais Aster n'a pas attendu la confirmation du public pour se lancer dans un deuxième long métrage qu'il préparait depuis 5 ans! Les deux films possèdent quatre aspects essentiels en commun: le fait est que les deux films sont habilement déguisés en contes horrifiques, qu'il y ait une thématique liée aussi bien à la famille qu'à la religion (ou quelque chose d'approchant), et enfin un humour grinçant à l'extrême... La plongée dans un folklore Suédois probablement largement créé pour les besoins du film, mais totalement cohérent jusque dans ses pires travers, est le fil conducteur de cette expérience qui est d'abord et avant tout l'histoire d'une rupture, qui passe par les mésaventures de Dani et Christian dans ce film: le couple qui ne tient que parce que l'un d'entre eux est trop embarrassé pour dire les choses, va se détruire dans l'horreur pure...
Et la façon dont le réalisateur choisit de leur faire vivre une expérience traumatisante dans une communauté marquée par sa propension à vivre l'affect comme une expérience de groupe, nous fait mesurer à quel point Dani et Christian ne sont pas fait l'un pour l'autre! Du reste, les Américains qui peuplent le film ont beau être pour une large part les victimes d'une secte délirante, on n'a que peu de sympathie pour la plupart d'entre eux... Sauf Dani mais justement, elle est celle qui va vivre pleinement la catharsis offerte par ses hôtes Suédois, et comprendre l'égoïsme total et blessant de ses compagnons, à commencer d'ailleurs par son petit ami...
La mise en scène d'Aster bénéficie, comme celle de Hereditary, du choix de tourner dans un décor fort et qui sert d'univers essentiel au film. A la maison cossue et new age du film précédent, Aster substitue cette fois les cabanes en bois et les lieux de vie communs, au milieu d'une clairière, qui auront servi de studio. Du cinéma en liberté, donc, chorégraphié à l'extrême par un réalisateur qui sait ce qu'il veut voir, entendre et ressentir. On retrouve ce talent pour les plans longs et lents, l'utilisation parfois sarcastique de l'arrière-plan, les plans-séquences perturbants, les soudaines embardées vers la surprise ou le malaise, et bien sûr ces figures de style qui étaient là dès ses courts métrages, et qu'on a retrouvées dans Hereditary: le balayage horizontal de l'action dans lequel la caméra opère un retournement (un truc que Soderbergh utilisait d'une manière frappante dans The limey), et surtout cette merveilleuse idée de lier deux plans en cadrant un personnage qui semble ne pas bouger, mais qui est filmé dans deux décors différents et à deux périodes clairement différentes dans les plans successifs... Bref: Midsommar est un film épuisant, d'une beauté incroyable, dont le malaise permanent est aussi insidieux que narquois, et il confirme de façon indéniable le talent de son réalisateur.
Donc, Marion Davies ne voulait pas jouer dans des tragédies, surtout pas, et William Randolph Hearst ne voulait pas qu'elle interprète des comédies... Je ne sais pas de quoi ils pouvaient vraiment parler à San Simeon, quand le couple en venait à aborder les productions Cosmopolitan! Mais ils ont fini par trouver un terrain d'entente, puisque en 1922, When Knighthood was in flower était bien un film historique traité avec sérieux, dans lequel l'actrice injectait une solide dose de dérision! Le cas de ce film tourné l'année suivante par le vétéran Sidney Olcott, est encore plus flagrant: il montre que les compromis entre la star et son producteur-éditeur finissent par pencher définitivement en faveur de Marion... Tant mieux.
Au début du XIXe siècle, on nous présente la faune dorée de New York, un certain nombre de personnages d'ailleurs authentiques qui font la pluie et le beau temps à New York: l'ingénieur Robert Fulton, l'écrivain Washington Irving, ou le financier multi-tâches John Jacob Astor; c'est dans le cercle de ces éminences que l'on annonce le décès d'un ancien immigrant Irlandais, O'Day, dont le testament promet à son beau-fils le jeune et ambitieux Larry Delavan (Harrison Ford) une fortune. Sauf que ce n'est pas le cas: le défunt lègue en effet sa fortune à un neveu éloigné, Patrick. A charge pour Delavan de devenir le tuteur du jeune homme, s'il vient: car il vit en Irlande, auprès de son père et de sa jeune soeur: celle-ci, Patricia, est aussi flamboyante que ses origines le lui permettent! Mais Patrick est malade, et la famille O'Day, par-dessus le marché, est expulsée de son logement.
Moins d'un mois plus tard, "Patrick" arrive en compagnie de son père qui a mal vécu le voyage jusqu'à New York, et est très malade. Sauf que ce n'est évidemment pas Patrick, mais Patricia...
C'est une très belle surprise: un film très soigné, dans lequel l'équipe trouve dans l'évocation d'un New York disparu et mythique (et sérieusement en contact avec le progrès et le raffinement, via toute l'intelligentsia réunie dans les beaux quartiers) une source de plaisir constant, une légèreté et un plaisir de narration, auquel Marion Davies n'est absolument pas étrangère. Il est évident qu'elle a mené toute cette production à la baguette et c'est une réussite. Par ailleurs, non seulement elle joue la comédie du déguisement à fond, sans faute, mais en prime, elle paie de sa personne. Et sous son influence, le film qui aurait pu être un mélo ou un drame pesant, se mue en comédie.
Le film se joue aussi d'un défaut qui aurait pu déstabiliser le spectateur: il y a une ellipse, au moment de l'arrivée de "Pat" à New York, la production nous prive de réelle explication quant à la substitution de Patricia en Patrick. Cette explication viendra dans le final, et c'est assez adroit. Le fait d'avoir vu le jeune homme mal en point en Irlande, du reste, suffit à nous éclairer, et le choix de traiter le voyage, dans tout son pathos, en flash-back, sert le film puisqu'il permet d'utiliser l'effet de surprise. Quant à Marion Davies en jeune garçon, on ne s'étonnera guère du fait que celle qui allait quelques années plus tard (en 1928) si bien croquer les actrices de premier plan du muet dans le génial The Patsy, puisse s'en tirer avec les honneurs.
La réalisation d'Olcott est constamment fonctionnelle; bien sûr, il ne faut pas s'attendre à des passages complexes, des expériences novatrices, mais le metteur en scène a su parfaitement placer son point de vue et demander à ses acteurs (parmi lesquels on reconnaîtra le "jeune" Louis Wolheim dans un superbe rôle de brute) le meilleur. Il a bien su maîtriser les foules dans l'évocation d'un New York nocturne et qui s'encanaille, et a insufflé une solide dose d'Irlande dans le film. L'interprétation est retenue et inspirée... Et les décors adroits combinés avec une mise en scène délicieusement à l'ancienne jouent aussi beaucoup pour la réussite du film: pas de surprises, c'est devenu un énorme succès. Largement mérité.
Après la guerre de Sécession, un ancien soldat (Clint Eastwood) reconverti en mercenaire est passé au Mexique: alors qu'il se rend dans le Sud pour une mission, il porte secours à une femme (Shirley McLaine) que trois bandits s'apprêtent à violer. A sa grande surprise, une fois qu'elle a remis de l'ordre dans ses habits, il s'avère que Sara est une nonne... Alors que leurs chemins s'opposent, l'un et l'autre vont cohabiter durant quelques jours, finissant par mélanger leurs deux "missions": Sara doit en effet aider un groupe de partisans Mexicains de Juarez à se débarrasser d'une garnison de Français, et les Mexicains ont demandé à Hogan de fournir son expertise en matière d'explosifs pour exactement la même raison... moyennant finances, cela va sans dire...
L'équipée tranquille, sur fond de musique aisément reconnaissable (Ennio Morricone, qui s'est bien amusé), de ce mercenaire et de cette nonne, s'est pris une volée de bois vert de la critique à l'époque: le problème, écrivait-on dans Variety, c'est qu'il est impossible de croire un seul instant à Shirley McLaine en nonne... sauf que je ne suis pas d'accord du tout. Certes, son maquillage trahit le fait que les dernières habitudes de Hollywood avant la grande fiesta des années 70 ont la peau dure, mais elle accomplit un excellent travail pour nous faire croire (et pas que nous, d'ailleurs) qu'elle est ce petit bout de religieuse qui traverse le Mexique de part en part pour aider les petites gens à se débarrasser des français! Et elle tient la dragée haute à Eastwood, qui reprend avec humour son personnage laconique de redresseur de torts aux pris fluctuants, qu'il avait développé chez Leone. Le film, à sa façon, est un peu un "à la manière de"...
On se perd facilement dans ces deux heures de distraction singulièrement récréatives, dans ces décors superbes, filmés de main de maître par Gabriel Figueroa, et dans les dialogues pleins d'une humoristique tension sentimentale (et un rien sensuelle aussi) qui renvoient un peu à une sorte d'African Queen... avec des cactus.