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9 novembre 2019 6 09 /11 /novembre /2019 16:42

Un film muet Américain d'une durée proche de deux heures, situé pour une large part à Monte-Carlo et qui fustige la corruption morale à l'heure du conflit mondial en représentant un prince Russe exilé qui se sert des femmes pour son plaisir... Ca rappelle forcément quelque chose, sauf que ce n'est en aucun cas Foolish wives! D'ailleurs, contrairement au film de Stroheim, cette production extravagante de William Randolph Hearst a été tournée dans le Sud de la France, d'où l'utilisation de plans splendides des rochers de Monaco et de l'arrière-pays Niçois...

En Russie, avant la première guerre mondiale, le prince Michael Lubimoff (Lionel Barrymore) croit en une supériorité de l'homme sur le femme, et organise des fêtes crapuleuses où il invite ses amis à plonger dans l'égoïsme et la luxure, suivi en particulier par son amie Alicia de Lille (Alma Rubens) qui l'aime en secret. Mais Lubimoff se bat en duel et doit fuir son pays. Avec Alicia, il se réfugie à Mont-Carlo, mais il fait une crise de jalousie à Alicia quand il la surprend au bras d'un très jeune homme (William Collier): ce qu'il ne sait pas c'est que ce n'est pas l'amant, mais le fils secret de son amie...

Lubimoff, avec ses amis Spadoni (Gareth Hughes) et Italio Castro (Pedro de Cordoba), se réfugie dans une villa où ils décident de vivre, désormais, à l'ébri des femmes... mais la guerre et la nécessité de s'engager vont bientôt rattraper ses deux compagnons... Ainsi que Gaston, le fils d'Alicia.

Plus baroque que ce film adapté de Vicente Blasco Ibanez, semble impossible, à moins bien sûr de se précipiter (mais pourquoi???) vers le fameux Salome de Alla Nazimova! Crosland, qui devrait quand même savoir que le code de production dans sa première version a été édicté par Will Hays, mais semble flirter avec la transgression dans sa peinture de la corruption du monde de Lubimoff, attablé face à des dizaines de femmes aux habits suggestifs qui semblent ne danser que pour lui... Mais justement, cet excès, qu'on retrouvera en mode plus ironique dans Don Juan et When a man loves, est justement ce qui fait le sel de ce film, avec le plaisir de retrouver un Lionel Barrymore 'jeune' (il avait quarante-quatre ans, mais en paraît facilement dix de plus, déjà), et l'intrigante mais excellente Alma Rubens. Ils électrisent le film, dont le luxe de détails est insolent, et je le disais plus haut, le cadre splendide. Alors qu'importe que ce ne soit pas très raisonnable?

Comme si souvent la corruption y est de toute façon érigée en contre-exemple, et la guerre va devenir l'exutoire de cet égoïsme militant, offrant aux uns et aux autres la possibilité salutaire d'un sacrifice personnel. Une dialectique qui tranche un peu sur les habitudes des films de 1919-1921 qui eux utilisaient la guerre certes pour glorifier l'héroïsme individuel, mais aussi pour diaboliser les Allemands! Le conflit ici est interne, et puis... la Révolution d'Octobre est passé par là, fournissant au cinéma Américain un nouveau type d'ennemi prêt à l'emploi. Crosland se saisit de cette possibilité lors d'un déplacement de Lubimoff en Russie, où il est confronté aux Bolcheviks, et doit même lutter en corps à corps contre le massif Ivan Linow. Trois ans  plus tard, ce sera au tour de Don Juan -John Barrymore contre Montagu Love!

Le film hélas est incomplet, préservé dans une copie privée de deux bobines, et dont une partie des intertitres a disparu aussi. Il fait l'objet d'une restauration à l'heure actuelle, et la localisation des parties manquantes est en cours... Croisons les doigts pour qu'on puisse retrouver ces pièces manquantes d'un puzzle des plus extravagants...

 

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Published by François Massarelli - dans Alan Crosland Muet 1923
8 novembre 2019 5 08 /11 /novembre /2019 17:17

Sur-vendu depuis des décennies, sans manifestement aucun droit de s'opposer, comme le plus grand film de tous les temps, ce deuxième effort d'Eisenstein ne demande qu'à être vu comme ce qu'il est: un film, à voir objectivement, ce qui paraît impossible. D'une part à cause du pedigree particulier d'un film confié à un artiste dans des fins de propagande, par un état soucieux de se dé-diaboliser auprès du monde entier, tout en assurant le socle idéologique de la Révolution pour les masses. A ce titre, les intentions d'Eisenstein se confondaient avec la mission d'état puisqu'il s'était lancé avec La Grève dans une fresque en plusieurs parties qui célébrait les prémices de la révolution... Entre intentions artistiques et propagande musclée, ça ne facilite pas la mission critique objective. D'autre part, le film est apparu très vite comme un étendard pour une critique Européenne dominée par une gauche pas trop soucieuse de se démarquer du Stalinisme. 

Pourtant le film tend vers UNE scène, bien plus que La Grève qui accumulait les morceaux de bravoure de montage, de cadrage, de caractérisation... Dans ce nouveau film, l'ironie disparaît, au profit d'un flot narratif qui est entièrement au service du message de propagande: l'intrigue est liée à l'histoire des marins du Cuirassé Potemkine, en 1905, qui ont pris part à leur façon à un fort courant évolutionnaire qui agitait alors l'Empire Russe, en se mutinant, et en gagnant la sympathie de la population. 

Le film commence par un exposé des conditions de vie des marins lors d'une escale près d'Odessa, priés par une hiérarchie méprisante de consommer une viande avariée et grouillante de vers, puis harcelée jusqu'à une condamnation à mort collective. Un homme, le marin bolchevik Vakoulinchouk, mène alors la révolte mais se fait tuer lors de la mutinerie. La population d'Odessa va se presser pour lui rendre hommage, mais lors de la fraternisation, l'armée intervient et déclenche un massacre...

Je le disais plus haut, l'humour parfois féroce et génial de La Grève est ici délibérément écarté par Eistenstein au profit d'une narration linéaire totalement galvanisée; le traitement ignoble des marins, la mutinerie, puis l'hommage du peuple sont autant d'occasions pour le cinéaste d'écarter toute tentative de mettre en avant un individu, si ce n'est pour présenter le héros, ou ceux qui vont mourir. Le traitement ironique des supérieurs hiérarchiques, les officiers surtout, se passe de la moindre subtilité: le message est clair, le comportement des officiers Tsaristes de la marine était totalement inhumain, et le cinéaste adopte un manichéisme tranquille particulièrement assumé dans son montage...

Le point fort du film, bien sûr, est la séquence des escaliers d'Odessa, rendue épique par un montage impressionnant. La foule se presse, et depuis dix bonnes minutes le fil ne nous montre que la fraternité et la joie des habitants et des marins qui se rencontrent autour de la dépouille de Vakoulinchouk. Eisenstein réussit (un exploit!) à éviter dans cette partie d'être léni(ne)fiant en adoptant un montage hyper serré, puis... il lâche l'armée. A couper le souffle, la séquence devient indescriptible, avec un tour de force pour le cinéaste: il réussit à mêler les plans d'une foule compacte et soudée, prise pour cible par les soldats, et les plans de quelques victimes reconnaissables; un enfant, sa mère, une jeune mère qui lâche un landau, et une vieille dame à bésicles. Des images qui ont fait le tour du monde, à juste titre. Elles se passent d'ailleurs de commentaires...

Ce qui n'est pas le cas de l'épilogue longuet dans lequel le cinéaste essaie de jouer avec le suspense d'une hypothétique fin tragique pour le bateau, cerné par la flotte: il construit plan après plan la menace, avant de lâcher un pétard mouillé: les marins des autres bâtiments fraternisent à leur tour... Pour un peu, Eisenstein placerait la révolution d'Octobre en 1905! Mais ce n'est pas la leçon d'histoire qui me dérange, simplement le fait qu'après le climax foudroyant de la scène des escaliers, il s'embourbe dans la figure imposée de propagande. Et son choix de privilégier la masse au détriment de l'individu dessert à mon sens le film qui devient un catalogue de scènes sans relief, avant que le montage ne s'emballe enfin pour la scène des escaliers d'Odessa, certes proprement géniale à elle toute seule...

Mais six minutes de génie peuvent-elles rendre un film aussi indiscutable?

Au final, je continue à refuser à ce film son statut poussiéreux, qui du reste ne lui rend pas justice... Mais si Le cuirassé Potemkine (Pas plus à mon avis que Citizen Kane) n'est définitivement pas pour moi ce soit-disant "meilleur film du monde" dont on nous rabâche les oreilles, ce n'est pas parce qu'il serait mauvais, c'est tout simplement parce qu'il n'y a pas lieu d'élire un film de cette façon... Ce dessert bien sûr les autres productions, in fine ça dessert le film lui-même, et ça dessert l'art cinématographique dans son ensemble. Ce film de propagande est aujourd'hui un objet imparfait, un film de transition d'un cinéaste qui avait goûté à la liberté, et est maintenant, même s'il ne le sait pas encore, pris au piège de la propagande d'un état qui va bientôt devoir cesser de se pencher sur le passé glorieux de la révolution pour essayer de chanter les louanges de la réussite Soviétique.

Et Eisenstein, qui va devoir à son tour faire des publicités pour les tracteurs, sera en première ligne...

 

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Published by François Massarelli - dans 1925 Muet Eisenstein Demain, nous serons des milliers *
8 novembre 2019 5 08 /11 /novembre /2019 17:07

Entre les tracteurs des plaines agricoles soviétiques, et les cactus Mexicains, on oublie souvent que pour Eisenstein, son chef-opérateur Tisse et son assistant Alexandrov, il y a eu une escale Parisienne en quête vaine de films  faire... Sauf pour ces quelques vingt minutes, qui partagent avec Les mystères du château du dé (de Man Ray) et L'âge d'or (de Bunuel) l'honneur d'avoir été produit par le Vicomte de Noailles, authentique mécène et protecteur des arts et de l'avant-garde, certes, mais aussi aristocrate certifié, et donc vaguement un ennemi des masses populaires dont Eisenstein avait tant voulu être le chantre...

Ce qui en dit sans doute long sur le fait que le cinéaste, en cette aube des années 30, est prêt à passer à autre chose, tout en conservant son style. Quoique...

Ce film ne l'a pas motivé ni mobilisé, et beaucoup de commentateurs l'attribuent au seul Alexandrov. Pourtant Eisenstein s'y est un peu impliqué, dans le montage pour commencer, et ensuite parce qu'il cherchait à percer les secrets du cinéma sonore balbutiant. Pour le reste, cette méditation poétique de la campagne d'Ile-de-France pendant un hiver 29 qui s'apprête à devenir un printemps 30, bercée du chant d'une redoutable artiste lyrique et pianiste Russe, est d'un ennui que je ne qualifierai pas de mortel, pour la seule raison que j'y ai survécu.

...Au péril de ma vie.

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Published by François Massarelli - dans Eisenstein
6 novembre 2019 3 06 /11 /novembre /2019 17:34

Le premier film d'Eisenstein, du moins son premier long, était presque un film amateur, marqué par l'enthousiasme et une énergie formidable, communicative et même naïve... C'est ce film qui a mené le réalisateur à sa carrière, marquée par des films ambitieux, importants, et sans doute aussi très frustrants. Cette frustration, selon moi, est partie intégrante de ce premier effort, mais elle n'est pas excessivement gênante, car je crois que ce qui caractérise La Grève aujourd'hui c'est non seulement son inventivité, mais aussi et surtout cette incroyable liberté qui se manifeste à travers cette histoire pourtant marquée par la propagande...

Une usine est la propriété d'un groupe de financiers, qui décident d'accélérer les cadences et de surveiller au plus près leurs ouvriers, en leur mettant dans les jambes un groupe de mouchards tous plus véreux les uns que les autres. Les ouvriers se mettent en grève avec l'appui de la population, les patrons vont frapper fort et la répression sera terrible...

Eisenstein, jeune cinéphile, s'était enthousiasmé pour Stroheim (dont il admirait l'oeuvre entière), Griffith (y compris The birth of a nation, même s'il en désapprouvait évidemment le conservatisme) et Lang... Sans surprise, ces trois modèles se retrouvent à des degrés divers dans La Grève: de Stroheim, Eisenstein va reprendre un sens du détail et une certaine tendance au naturalisme; de Griffith il reprend l'énergie et la clarté de la mise en scène quand il s'agit de montrer la lutte entre deux clans, ce qui va le servir dans un film qui sera on ne peut plus manichéen. Enfin, de Lang, il va s'approprier la lente montée vers la violence, notamment celle présente dans les scènes de révolte de Dr Mabuse, qui ont représenté pour lui un modèle de cinéma d'attraction. Il va pour sa part mener son film vers une explosion de violence et d'injustice, racontée en détail avec la répression de la grève.

Pourtant ce qui me frappe, et ce qui fait sans doute le prix de ce film, c'est que s'il décide très tôt de ne jamais s'intéresser à UN prolétaire en particulier, en privilégiant constamment la masse sur l'individu (Lénine est appelé à la rescousse pour amener l'idée via un texte en préface), Eisenstein qui ménage constamment sa foule de gréviste et de prolétaire, en les traitant avec respect, déchaîne une vraie verve de caricaturiste pour présenter les autres: financiers et patrons à gros cigares, mouchards et briseurs de grève qui sont tous des "types" reconnaissables (ils sont affublés de noms 'animaux le plus souvent) et le film est souvent, dans ses scènes d'exposition, une comédie. Par la suite, cette verve s'affinera pour se débarrasser de toute trace de rigolade, même si la caricature demeurera (dans le portrait des officiers du Potemkine par exemple)... Mais ici elle fait mouche, et tranche efficacement avec la violence qui s'ensuivra.

Le message passe, en fait, assez bien: c'est qu'en 1924 quand il tourne ce film, Eisenstein est encore à raconter les époques durant lesquelles la révolution était nécessaire, il n'est pas encore confronté à l'écueil de La Ligne Générale qui l'obligera à être, à la demande de Staline, le chantre des tracteurs... Il y a des longueurs et des balourdises dans La Grève bien sûr, mais elle ne pèsent pas si lourd face au montage brillant, au cinéma d'avant-garde profondément excentrique qui se manifeste ici, notamment de la première bobine qui est époustouflante dans son cadre et dans sa narration goguenarde... Et puis le rire se fige vite: ces briseurs de grève et autres mouchards sont peut-être drôles, mais ils annoncent des morts, des injustices et une spectaculaire charge de cosaques dans les habitations des ouvriers, dans laquelle les morts innocentes en annoncent d'autres, plus célèbres: ce sera sur un escalier...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Eisenstein 1925 Demain, nous serons des milliers *
6 novembre 2019 3 06 /11 /novembre /2019 17:10

On prend les mêmes et on recommence? Pas tout à fait, en fait... C'est à n'en pas douter le succès énorme du premier volet qui a poussé Yves Robert, Francis Veber et Pierre Richard à repartir à la rencontre de l'hurluberlu violoniste aux chaussures dépareillées, mais un certain nombre d'indices dans la continuité me font penser que ça n'a sans doute pas été de tout repos... Il y a du avoir des complications, des faux départs et des réajustements, et ils se voient en particulier dans la première partie. Et on sent que s'ils font parfois allusion au premier film à travers un motif (la robe de Mireille Darc, cette fois blanche), une scène répétée (un concert qui vire au burlesque ou une arrivée à l'aéroport qui offre une variation sur celle du premier film), Robert et Veber se sont clairement efforcés de ne pas trop se répéter.

Le film part de la situation du premier film, avec un capitaine arriviste (Michel Duchaussoy, brillant dans son attitude glacée qui cache des torrents d'insécurité) qui est arrivé à la conclusion que le colonel Toulouse avait bidonné l'affaire du Grand Blond pour perdre son adjoint Milan. Ce qui du reste est parfaitement exact... Sous la responsabilité d'un ministre dépassé par les événements (Jean Bouise), il demande à Toulouse (Jean Rochefort) de faire revenir le super-espion. Toulouse prend donc la décision qui s'impose: faire tuer son Candide, qui pendant ce temps passe des vacances à roucouler avec Christine (Mireille Darc) à Rio...

Le film est drôle, vraiment drôle, mais il est assez clair que Robert se vautre par moments dans la facilité... On préférait François Perrin quand il ne savait pas qu'il était au milieu d'un panier de crabes d'espionnage! Et cette suite présente des incohérences: qui, par exemple, a envoyé la lettre à Maurice (Jean Carmet) dans laquelle François Perrin avoue tout savoir, alors qu'ensuite il semble n'avoir aucune connaissance des agissements des espions autour de lui, en particulier lors de sa rencontre avec Toulouse? Le rôle des amis (Maurice et Paulette, interprétée par Colette Castel) qui donnait lieu à un excellent comique de boulevard, mène ici aussi à des voies de garage. D'ailleurs, le film a beau être étonnamment court (79 minutes), il possède un long résumé de la première partie, qui reste la matrice du film. Et pour ajouter à cette impression de légèreté, il n'y a ici pas un seul mort, ce qui tranche avec le premier volet!

Bref: on est en service commandé pour tous ces artistes, qui s'acquittent plutôt bien d'une mission qu'ils n'ont peut-être pas choisie, mais comme nous le savons, il n'y aura pas de troisième film. Ce n'est sans doute pas un hasard...

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Published by François Massarelli - dans Yves Robert Comédie
6 novembre 2019 3 06 /11 /novembre /2019 17:01

Jeune marié, Clouzot s'enthousiasme pour un projet inattendu: il va partir en compagnie de Vera sa jeune épouse, pour la Brésil d'où elle vient. Retour aux racines pour elle, et occasion pour lui de faire un film... Qui ne se fera pas, premier des projets maudits du réalisateur...

L'idée, il est vrai, était saugrenue, surtout pour lui: faire une sorte de journal cinématographique de voyage dans lequel il jouerait (ou pas) son propre rôle, accompagné de Vera qui manifestement mourait d'envie de participer, et de quelques techniciens ravis de partir en voyage... Il en reste donc dix minutes, tournées et montées, mais sans générique, car le film n'a pas eu de carrière commerciale...

En effet, non seulement le projet était propre à n'enthousiasmer Clouzot que sur quelques jours avant de se réveiller avec la gueule de bois, mais en plus, la première alerte cardiaque de Vera a eu lieu précisément pendant ce tournage de quelques jours... Et Clouzot, dans un geste d'une immense impudeur, a intégré cet aléa dans son court métrage. Le film se termine sur le retour de Vera, après une première opération, toute en sourires, prête à partir vers le Brésil avec son mari. Le voyage se fera, mais il n'en sortira rien...

Le film est du pur Clouzot dans sa mise en scène, mais pas dans son interprétation. Le réalisateur souligne avec adresse le côté documentaire en s'efforçant de cadrer les techniciens et l'ombre de la perche, mais ça ne l'empêche pas de retrouver sa verve de Quai des Orfèvres quand il s'agit de montrer les techniciens désoeuvrés qui attendent le rétablissement de Madame Clouzot. Pour le reste, c'est aussi un document étonnant, qui anticipe sur la plus grande tragédie de Clouzot: Vera.

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Published by François Massarelli - dans Henri-Georges Clouzot
4 novembre 2019 1 04 /11 /novembre /2019 17:27

La guerre interne des services secrets Français bat son plein, et le commandant Toulouse (Jean Rochefort) voit bien que son subalterne le Colonel Milan (Bernard Blier) en veut à son poste... Il décide de le couler en le lançant sur une fausse piste, celle d'un espion qui n'existe pas... Son adjoint Perrache (Paul Le Person) lance donc les agents de Milan sur la piste de François Perrin, un violoniste virtuose, qui n'a aucune conscience de ce qui se trame autour de lui...

Ce film n'est pas qu'une capsule temporelle venue de 1972, ni qu'un énorme succès international de la comédie à la Française: c'est aussi un excellent film d'Yves Robert, qui témoigne de son goût sûr pour le genre comique, tendance visuelle ainsi que de son savoir-faire certain pour mêler la comédie au genre du film d'espionnage. Le film doit beaucoup, énormément même à deux hommes, Francis Veber et Pierre Richard...

Veber, qui était scénariste, travaillait déjà pour Georges Lautner, et ici il raffine le prototype de ses personnages décalés, systématiquement appelés François Perrin. Un personnage passe-partout qui lui permet de lancer un jeu de massacre pour espions, sous la supervision morale de Paul le Person qui joue un sous-fifre qui refuse d'exécuter les ordres de son supérieur jusqu'au bout afin de préserver l'innocence de Perrin. Et surtout il permet une lecture distanciée du film, avec une excellente vue d'ensemble de la situation...

On ne présente plus Pierre Richard et pour cause: c'est ce film qui lui a valu la célébrité notamment en Europe et en Amérique Latine. Comme nombre de grands comédiens, il me semble que Richard est toujours son propre metteur en scène, pour au moins la moitié de sa performance. Dans ce film c'est flagrant. Mais il est superbement entouré: si on ne peut que regretter qu'il lui soit exclu d'entrer en interaction avec Blier et Rochefort, c'est un bonheur constant de le voir échanger avec Mireille Darc, Jean Carmet, et bien sûr avec Yves Robert soi-même dans une scène de concert courte mais proprement superbe... 

Et Richard apporte à Robert, éternel anarchiste sage, la caution d'une jeunesse pas dupe des combines des ses aînés. Si le film est d'abord et avant tout une comédie brillante, il montre quand même une superbe mise en abyme de l'absurde avec ce conte d'un type lambda qui est tellement insignifiant qu'il ne peut être qu'un maître espion aux yeux de ceux que l'on a décidé de mener en bateau...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Yves Robert
3 novembre 2019 7 03 /11 /novembre /2019 11:04

Montré en 1923, le film La roue est l'aboutissement d'un travail de plusieurs années, entamé par Abel Gance dans le but initial de créer une tragédie de la modernité, incarnée par cet objet cinématographique entre tous, le train. Le héros du film, Sisif, est un mécanicien-conducteur de locomotive qui un jour n'a fait que son devoir: il a supervisé avec une certaine efficacité les opérations de sauvetage après un déraillement qui s'est situé juste à coté de chez lui. Il a aussi, personnellement veillé durant les opérations sur une petite fille, Norma, dont il s'est aperçu à la fin du déraillement que personne ne venait la réclamer: il a donc pris la décision de la recueillir, afin qu'elle tienne compagnie à son fils unique, Elie. La mère de Norma a effectivement été tuée dans l'accident, et la maman d'Elie est décédée en donnant naissance à son fils.

Les années passent, et on découvre un Sisif ombrageux, querelleur, porté sur le vin, le jeu et la bagarre. Surtout, il mène la vie dure à "ses" enfants, leur interdisant le plus souvent de passer du temps ensemble. Norma est restée très proche de son père, et est encore une jeune femme, insouciante et joueuse, mais elle provoque la convoitise des hommes, ce qui a le don de mettre Sisif dans des colères noires. De son coté, Elie manifeste aussi souvent que possible son dégoût de la vie moderne telle qu'elle s'incarne dans les rails et les installations ferroviaires aux alentours, et il est devenu luthier, obsédé par l'idée de reproduire un vernis à la façon de Stradivarius, afin de créer des violons parfaits. Il aime sa soeur d'un amour profond, tendre, mais dont il n'a pas encore cerné la vraie valeur... Mais il n'est pas le seul: Hersan, un bourgeois qui supervise la travail de Sisif, et le fait aussi inventer des appareils qu'il reprend à son compte, envisage de demander Norma en mariage, et Sisif lui-même a du mal à réprimer son amour fou pour celle à laquelle il n'a pas osé avouer qu'elle sa fille adoptive... Dans un premier temps, le seul facteur de stabilité de la vie de Sisif, c'est son métier: il est un excellent conducteur, et travaille avec coeur. Mais jusqu'à quand?

J'accuse, en 1919 tranchait sur la production habituelle de Gance, qui venait de réaliser deux mélodrames bourgeois, Mater dolorosa et La dixième symphonie. Le film, qui proposait une vision hallucinée d'un poète sur la guerre mondiale, avait établi Gance comme un metteur en scène à suivre, ambitieux pour ne pas dire fou, un visionnaire qui avait à coeur d'utiliser toutes les ressources du cinéma: c'est exactement ce qu'il a fait avec La roue, spectacle monumental dont les versions les plus longues ont atteint plus de sept heures de projection; les versions que j'ai vues initialement, raccourcies à respectivement 133 minutes (Une copie établie par Gance lui-même qui limitait le film à 12 bobines afin de le rendre exploitable) et 261 minutes (La restauration sortie en DVD par Flicker Alley, qui tente de réincorporer tout le matériau existant des versions disponibles à l'exportation dans une version aussi proche que possible de l'originale) gardent l'impression d'un film épique qui d'une certaine manière réussit à faire ce que cherchait Stroheim avec Greed: traiter un matériau cinématographique en lui donnant une dimension romanesque, tout en utilisant des ressources proches du naturalisme.

Sur ce dernier point, le symbolisme du film peut paraître en contradiction: il n'échappera à personne que la présence de "Sisif" renvoie à la mythologie Grecque, et que la deuxième partie sise sur les pentes du Mont-Blanc, qui voit Sisif-Sisyphe monter et descendre en conduisant un funiculaire, insistent sur cette analogie; de plus, Elie et son métier renvoient à cette obsession pour Gance de faire de ses héros des poètes (J'accuse, La Fin du monde), des compositeurs de génie (La dixième Symphonie, Un grand amour de Beethoven), voire des dramaturges (Molière, son premier scénario pour Léonce Perret, un rôle qu'il a d'ailleurs interprété lui-même): Bref, des artistes. Cette obsession de représenter l'artiste comme étant au-dessus du monde peut évidemment faire sourire, et on est du même coup à des années-lumières de toute prétention naturaliste... sauf que la façon dont Gance dirigeait ses acteurs (Séverin-Mars en Sisif et Ivy Close en Norma sont particulièrement remarquables) leur permettait de vivre leur rôle au maximum: il était le seul à savoir ce qu'il allait ce passer, et il les guidait en permanence; par ailleurs, les scènes situées dans la vie quotidienne des cheminots respirent la vraie vie, et il se dégage une certaine tendresse de ces caractérisations... 

Avec La Roue, Gance souhaitait d'une part représenter le monde des machines et le monde des hommes l'un avec l'autre, tout en s'attaquant à l'absurdité de l'existence. Mais il montrait aussi l'obsession humaine qui le condamne à vivre entre désir et travail, ce dernier étant la seule solution pour échapper à l'animalité. Si Sisif n'avait pas eu son travail, que se serait-il passé?

Il faut bien dire que les circonstances ont tout fait pour éloigner le metteur en scène de son but initial: durant la préparation du film, son épouse, Ida Danis qui avait survécu à la fameuse épidémie de grippe Espagnole de 1918, a soudain développé des complications, et la tuberculose a été diagnostiquée très vite. Il fallait donc faire en sorte que le tournage soit compatible avec les séjours de plus en plus fréquents en sanatoriums, et le plan de tournage a suivi la maladie: Nice et les studios de la Victorine, puis Chamonix et le Mont-blanc. De fait la deuxième partie, est entièrement située dans la montagne. Le film commence par des images de rails qui se rejoignent et se séparent, une métaphore courante que reprendra à son compte Hitchcock dans Strangers on a train; dans un premier temps, le film suit le plan de départ, en particulier dans la première partie La rose du rail (Un surnom dont aussi bien Sisif que Hersan ont affublé Norma): le train est partout, et la roue est cet objet qui symbolise la vie difficile du cheminot Sisif. Celui-ci est vu d'abord très assuré à la barre de sa locomotive ("Norma", bien sur!), et Gance s'amuse avec le montage, de façon excitante. Mais très vite, les séquences consacrées à ces périples en locomotive seront hantées par la mort, en particulier sous la forme de tentatives de suicide. Sisif terminera sa carrière de conducteur de locomotive en "suicidant" la Norma... Une trace de la mort programmée d'Ida Danis?

Mais à cette mort annoncée de la femme de sa vie, le sort allait aussi ajouter le destin de Séverin-Mars: l'acteur était malade, au point de pouvoir incarner la mort de Sisif durant la deuxième partie sans forcer le maquillage. Du coup, le film est beaucoup plus un film sur la mort qu'un film sur la roue... La mort incarnée dès les premières images par l'accident ferroviaire spectaculaire, suivie de la confrontation fatale dans la montagne entre Elie (Gabriel de Gravone) et Hersan (Pierre Magnier); celle-ci est suivie d'une course contre la montre dans laquelle Gance joue avec le montage de façon sublime, mais Elie mourra quand même... on n'est qu'aux trois-quarts du film, et tout est consommé, le reste sera d'ailleurs consacrée à la lente et inexorable agonie de Sisif, et à la façon dont il parviendra à faire la paix avec sa fille, bien qu'il l'ait très vite accusée d'être responsable de la mort de son fils. De la dimension sociale (Les cheminots et leur crasse opposés aux orgies de Hersan et compagnie), la deuxième partie ne retient pas grand chose, se concentrant sur l'élévation de Sisif, qui vit désormais le plus loin possible de celle qu'il a tant aimé, dans la montagne. Tourné sur les lieux même, le film est d'une beauté incroyable...

Chaque grand film de Gance est un acte de foi, tant pour le metteur en scène que pour ses techniciens, ses acteurs, et leur public. Avec La Roue, le réalisateur a créé un film génial au sens premier du terme, dans lequel l'invention est permanente, et qui bénéficie du don de soi de tous ceux qui y ont participé. Que le film ait finalement dévié de son chemin initial en devenant une oeuvre sur l'acceptation du destin, aussi lamentable soit-il, sur l'inéluctabilité de la mort et dans lequel la roue symbolise à la fois le temps qui passe, l'obligation de travailler, et le passage sur terre, peu importe: Gance fonctionnait ainsi, il suffit de voir ce qu'il souhaitait faire avec son Napoléon, et ce qu'il en subsiste dans le film. N'empêche, pour moi, avec ses innovations techniques, ses trouvailles de mise en scène et son atmosphère d'une cohérence permanente en dépit des circonstances, ce magnifique poème bouleversant du début à la fin, reste pour moi son plus grand film.

A noter: la Cinémathèque Française, prenant le taureau par les cornes, a mené une restauration de la version la plus longue possible du film, en quatre parties, et qui totalise sept heures. Une restauration exemplaire, qui a commencé par un long inventaire des éléments disponibles, avant de mener à une reconstruction détaillée et un remontage sensé, de A jusqu'à Z. Un travail de titans, qui a abouti à une version manifestement irréprochable... Un travail qui est à l'heure actuelle prolongé par une restauration similaire du long métrage suivant de Gance. Dans cette version sans doute au plus près des voeux de Gance, on peut voir de quelle manière le metteur en scène a étiré son film en quatre chapitres tous aussi cohérents que possible, et comment il a, de fil en aiguille, réduit son rectangle amoureux en laissant une dernière partie à seulement deux personnages, les deux plus importants, dans un décor qui devrait être celui d'une féérie mais devient la fin d'un long cauchemar. Il a exorcisé à sa façon le drame personnel, et a souligné aussi du même coup le drame vécu par Séverin-Mars, qui vivait ses derniers instants... C'est fort, c'est imposant, et c'est décidément un très grand film.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Abel Gance 1922 **
2 novembre 2019 6 02 /11 /novembre /2019 16:31

Le 9 novembre 1979, un débat organisé à la BBC opposait deux représentants médiatiques de la Chrétienté et deux comédiens issus de l'éminente troupe trans-Atlantique Monty Python. L'objet du débat entre les deux troupes différentes de comiques était justement ce film, et sa sortie qui avait déclenché une tempête de protestations délirantes de la part d'un grand nombre de groupes religieux. En Grande-Bretagne notamment, le film a été accepté par l'organisme de censure central, ce qui voulait dire que la censure deviendrait en réalité locale: ça n'a pas loupé, les instances locales ont commencé à se déchaîner, généralement sous l'influence directe de groupes de personnes qui n'avaient pas vu le film...

Durant le débat, Michael Palin et John Cleese faisaient face à Malcolm Muggeridge, journaliste, essayiste et Catholique fervent, et à l'évèque de Southwark Mervyn Stockwood. Le débat en lui-même est une merveille d'humour, souvent involontaire, mais ce qu'il en ressort est assez affligeant: d'une part, il semble qu'il soit toujours difficile, même quarante années plus tard, de consacrer un film à la religion. D'autre part, les deux "opposants" au film étaient tellement nuls qu'on peut vraiment se demander ce qui motive encore tous ces groupes... Tout ça pour que deux misérables vieilles badernes en mal de publicité se lovent sur un fauteuil en accusant les comiques qu'ils ne regardent pas même en face d'avoir trahi le Christ ("Vous aurez vos trente pièces d'argent", pour les citer)... Mais en dépit de la perte de temps, cette heure de débat largement disponible sur le net, est l'occasion d'entendre Cleese et Palin qui a eux seuls sont sans doute les seuls membres de Python à pouvoir réellement représenter le groupe, résumer la vision globale des six comédiens sur leur film, une oeuvre qu'ils continuent aujourd'hui (sauf Graham Chapman, du coup) à défendre comme leur oeuvre la plus importante...La vérité donc est que loin de tailler un costard au Christ, le but des six membres de Monty Python était de s'intéresser au processus de mythification présent dans la Judée de l'époque des Evangiles, et de la prendre comme une sorte de terrain idéal pour représenter la naissance de toutes les religions, et plus important, des impostures qui en découlent. Et comme le soulignent les deux comédiens, durant tout le film, Jésus continue à vivre son destin, sans qu'il se passe quoi que ce soit pour l'empêcher de parler: le sermon sur la montagne est pris en exemple dans le débat, et c'est justement le moment qu'ont choisi les Pythons pour souligner qu'ils s'éloignaient de la vie du Christ littéralement, pour s'intéresser aux coulisses.

Rappelons donc l'intrigue de ce film unique en son genre: né le même jour, à la même heure et une étable à côté de Jésus, Brian (Graham Chapman) a eu l'étrange destin d'être considéré par erreur comme un messie, et d'aller jusqu'au bout alors que tout ce qu'il voulait, c'était globalement de vivre, en particulier pas trop loin de la belle Judith, mais aussi de régler son conflit intérieur: né de père inconnu, il lui est a en effet été dit qu'il était très probablement le fils d'un légionnaire Romain...

C'est une intrigue, beaucoup plus solide que celle de Monty Python's Holy Grail; et pour une fois, toutes les digressions possibles et imaginables sont totalement inscrites dans la continuité du film... Outre le fait qu'il soit luxueusement mis en scène par Terry Jones à son meilleur, le point fort de Life of Brian est précisément que l'humour, méchant voire corrosif, ne touche jamais la religion: il tourne autour, mais tout simplement parce que la cible est constamment les hommes qui l'exploitent... Le degré de réflexion du film est d'ailleurs impressionnant, avec un parallèle constant entre les épisodes et la manière dont les hommes se sont joyeusement fourvoyés ensemble, puis entre-tués, pour des histoires de liturgie, de saintes reliques et de lieux sacrés: en témoignent en particulier les scènes qui voient les curieux suivre Brian comme le Messie par malentendu... Ca commence par des gens qui décident d'enlever une sandale parce qu'il en a perdu une, et ça se termine par le lynchage d'un infidèle! Ce n'est pas la croyance à proprement parler qui est la cible, mais le dogme et l'insupportable tendance à l'obscurantisme.

Les Pythons réussissent même à se mettre d'accord sur un apport idéologique dans cet étonnant film puisque la leçon à retirer de tout ceci (et qu'auraient du suivre tous les critiques auto-proclamés de ce film, mais aussi les poseurs de bombes dans les cinémas qui  projetaient The last temptation of Christ sept années plus tard) c'est qu'avant de se jeter sur n'importe quoi pour en faire un dogme il conviendrait que l'homme réfléchisse. Et par ailleurs, comme le dit Brian à la foule, "vous êtes tous différents": la réponse dans le film est comique, je la cite donc... La foule, d'une seule voix: "oui, nous sommes tous différents!"... Puis un quidam seul au deuxième rang: "pas moi"...

Si j'ai cité cet incroyable débat au début de cet article, c'est sans doute parce qu'il montrait la noblesse de la comédie face aux arguments rassis, et aux manigances dogmatiques des deux invités qui n'étaient pas des Monty Python. L'âge désormais vénérable du film aidant, on a fini par vivre avec Life of Brian en bonne intelligence, et c'est tant mieux: d'abord parce que c'est un excellent film, et ensuite parce qu'il cristallise pour toujours le talent du seul groupe de rock dont aucun des six membres ne jouait ni ne chantait (sauf Eric Idle, bien sûr)... Et c'est parce qu'ils ont tous fini par tomber d'accord, que les six comédiens ont réussi à ce point à faire un film ensemble. C'est la force de cette production, qui est sans conteste la plus grande réussite cinématographique du groupe. Je pense aussi que c'est la seule, tant le premier film (Holy Grail) était, admettons-le, une vaste fumisterie, aussi soignée soit-elle, et le troisième, The meaning of life, ma foi, est surtout un épisode allongé du Flying circus. Pas le meilleur, du reste...

Mais je digresse à mon tour. Je vous invite à ne pas tenir compte de tout ce qui précède, et à prendre ce qui suit comme l'essentiel de ce qu'il faut savoir sur le film:

Life of Brian est une tentative de satiriser le passage de l'anecdote à la religion, et de faire de la comédie brillante dans les coulisses du sacré. C'est fait avec un texte brillant de bout en bout, des acteurs fabuleux, qui ne se limitent pas aux Monty Python, puisqu'on y reconnaît les amis Carol Cleveland, Neil Innes, George Harrison, Charles McKeown, Sue Jones-Davis, Spike Milligan et Terence Bayler (qui a presque autant de rôles que John Cleese)... On y raille aussi les leçons excessives de latin (Romani, Ite Domum) et Star Wars, dans une séquence idiote due à l'esprit malade de Terry Gilliam, on s'y moque avec classe des différences culturelles et de l'antisémitisme, on se moque de l'extrême gauche et de la révolutionnite aigue se muant essentiellement en diarrhée verbale (c'était, il est vrai, une époque où la gauche avait encore des cellules grises)...

Deux scènes pour finir: dans une séquence située au cirque, un supplicié fait courir le gladiateur qui doit le tuer, et ce dernier meurt d'une crise cardiaque: le condamné (Neil Innes) remercie la foule en faisant des bras d'honneur; dans la deuxième, les révolutionnaires ont un énième débat, et Reg (John Cleese) commet une erreur, celle de demander ce que les Romains ont apporté... Tous les participants ont alors un exemple à donner, rendant le message du leader impossible: les routes, le système d'évacuation d'eau, le vin... Un des présents avance même "la paix romaine", à l'approbation de tous!! 

Bref, c'est un classique. Quand à Muggeridge et Stockwood, tout le monde les a oubliés...

Addition (29 janvier 2020):

Depuis l'écriture de ce texte, deux de ses protagonistes nous ont, tristement, quitté: Neil Innes, compagnon de route, Python numéro 7bis, et musicien légendaire (il fit partie du merveileusement frappé collectif The Bonzo Dog Doo-Dah Band). Et bien sûr le grand Terry Jones: two down, four to go...

 

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30 octobre 2019 3 30 /10 /octobre /2019 09:14

Et donc, Coppola et l'auteur du roman The Godfather, Mario Puzo, se sont lancés des années après, dans la confection d'un troisième film... Qu'ils envisageaient d'appeler The death of Michael Corleone. Comme on s'en doute, le titre final est une imposition du studio, qui savait que le film se vendrait sans aucun problème en se rattachant à la saga initiale. D'ailleurs, il y a fort à parier que le film soit plus sanglant dans ses coulisses et l'histoire de son tournage, que dans l'intrigue même, et ce n'est pas rien!

C'est que Coppola, en 1990, est l'homme de plus d'échecs que de succès. One from the heart et Cotton Club l'ont rincé, et les quelques films qui ont marché ne l'ont pas suffisamment remis sur pied. Et surtout, la Paramount est très attachée aux deux films de 1972 et 1974, ne l'oublions pas... Sans parler du fait que ce retour à la saga était probablement d'abord motivée par des raisons, disons, financières... 

Tout ceci étant dit, le film est loin d'être une catastrophe, et possède ses grands moments. Et surtout, la critique la plus souvent émise à son propos est à mon sens injustifiée, sans parler du fait qu'elle est scandaleuse: j'y reviendrai plus loin...

Imitant la structure des deux premiers films, ce troisième volet part d'une célébration (un mariage en 1972, une communion en 1974, maintenant c'est une distinction religieuse qui échoit à Michael Corleone), avant de s'intéresser au business des Corleone, tout en nous montrant les rapports, affiliations et autres affections des uns et des autres... Et la motivation pour Michael Corleone est triple: faire avancer les affaires de la famille Corleone, la faire évoluer vers la légitimité, et se retirer afin de profiter de la vie et de sa famille...

Et c'est l'un des points forts du film: on a rarement vu Al Pacino aussi enjoué que dans les premières scènes, ou que dans l'espièglerie qu'il manifeste à l'égard de son ex-femme dans des scènes Siciliennes, qui sont presque de la comédie romantique, mais mâtinée d'une solide dose de nostalgie. Comme les précédents films, Coppola a tout fait pour marquer ce troisième volet de l'empreinte Sicilienne, au point d'y adopter une fois de plus une mise en scène "à l'Italienne"... 

On trouve dans le film les mêmes qualités que dans les précédents, en somme, ce mélange permanent entre crime, gangsters, coups d'éclat, et vie quotidienne, sous une forme présentable (on se rend rarement dans la chambre à coucher dans ces trois films, vous avez remarqué?): un soap opera, ou un opéra de la violence? Justement, Coppol souligne cet aspect de ses trois films, en ayant recours dramatiquement à une représentation de La Cavalleria Rusticana, qui va d'ailleurs souligner de nombreux aspects du film, et servir de soutient à l'habituel feu d'artifice de violence et de mort qui clôt l'intrigue des trois films...

Et c'est là que ça ne marche plus: si j'accepte volontiers de considérer la montée en puissance de Connie (Talia Shire) et Vincent Mancini (Andy Garcia) qui illustre le fait que, quelles que soient les envies de légitimité de Michael Corleone, il sera forcé de laisser la famille rester ce qu'elle est, si j'accueille même avec enthousiasme la présence de Mary Corleone dans le film, je pense que cette fois, à trop charger la barque (financièrement, stratégiquement, politiquement et religieusement), Coppola a raté son arrière-plan historique. Basé cette fois sur le flou qui entoure la mort de Jean Paul Ier, pape d'un mois, le rappel des affaires tourne à l'accident industriel, et ça se voit trop pour qu'on ne puisse s'en préoccuper... 

Venons-en à Mary: parce que Winona Ryder n'avait pas pu prendre le rôle, la fille de Corleone a été confiée à Sofia Coppola, qui a été obligée d'abandonner ses études, pour faire plaisir à son père. A la sortie du film, on s'est déchaîné sur elle, d'une façon proprement odieuse, que Coppola n'a toujours pas digéré... Et Sofia non plus, sans doute. C'est à se demander ce qu'on lui reprochait, dans la mesure où elle joue un rôle proche d'elle, et qu'elle le fait avec fragilité et émotion, sans jamais forcer, avec un mélange de timidité et d'effronterie. Elle est plus que touchante, je la trouve totalement authentique. Elle donne à Al Pacino la force de pousser son rôle de père, mais aussi la douleur de la perte au-delà du raisonnable, sans que ce soit jamais excessif (on connait la tendance de Pacino à en faire trop pourtant). Bref, elle sauve un aspect du film qui est essentiel, à savoir le lien le plus fort de Michael Corleone à son humanité...

Et du même coup elle sous-tend le film dans ce qu'il a de plus important: une méditation mi-ironique, mi-tragique, sur la fin d'un homme à l'heure où il avait cru enfin commencer à vivre. Rien que ça, ça justifie quand même un film qui donne par ailleurs le sentiment gênant d'être de trop.

 

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