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24 novembre 2019 7 24 /11 /novembre /2019 11:58

Oubliez les fadaises de la critique ("L'Exorciste de sa génération", ça veut dire quoi, exactement?) et concentrons nous sur les multiples facettes de ce film enthousiasmant, première oeuvre de longue haleine d'un metteur en scène qui s'est distingué par des courts métrages qui questionnent la place d'un individu au sein de la famille, tout en utilisant à merveille les codes narratifs d'un cinéma du contemporain. Pas de costumes anciens chez Ari Aster, on est devant le monde d'aujourd'hui...

Une femme vient de mourir, une vieille dame qui laisse assez peu de monde derrière elle. Essentiellement, ils sont quatre: la fille d'Ellen Leigh, Annie Graham (Toni Collette) et son mari Steven (Gabriel Byrne), ainsi que leurs deux enfants Peter (Alex Wolff) et Charlie, sa petite soeur (Milly Shapiro). Lors des funérailles, Annie ne fait pas mystère des relations compliquées qu'elle entretenait avec Ellen... 

Puis la vie reprend son cours: Steven retrouve son travail (qui nous restera inconnu, on peut juste espérer que lui sache ce qu'il fait, mais il est de toute façon très effacé dans cette famille), Peter et Charlie retournent au lycée; lui est un élève médiocre travaillé par son insécurité, ses hormones, et l'envie de fumer des trucs bizarres l'emporte sur les résultats académiques. Charlie, elle, est "différente", réservée jusqu'au mutisme, isolée, murée même dans une créativité étrange: elle confectionne des poupées de bric et de broc, allant jusqu'à récupérer la tête d'un pigeon mort pour la greffer à un personnage! Et elle dessine, bien plus qu'elle ne parle.

Quant à Annie, c'est probablement celle qui apporte le plus d'argent dans le couple; elle est artiste, et s'exprime par des maisons de poupées qu'elle expose, dans lesquelles elle crée, ou recrée plutôt, le quotidien de familles qui ressemblent beaucoup à la sienne. Par exemple, dans sa création en cours, elle a intégré le séjour en hôpital de sa mère, mais aussi ses rancoeurs vis-à-vis d'elle... 

Comment s'étonner que dans cette famille dysfonctionnelle qui vit dans une grande demeure à tiroirs, au fin fond de l'Utah, des fantômes (Ellen, bien sûr), puis des phénomènes étranges fassent leur apparition? Comment s'étonner que tout parte en cacahuète, et qu'un des deux enfants disparaisse dans des circonstances plus que tragiques?

Le premier niveau de lecture, bien sûr le moins intéressant, est celui d'une sorte de grand roman d'épouvante avec tous les ingrédients nécessaires, traité dans une mise en scène d'une précision infernale, avec les inévitables trucs du genre, depuis le rythme lancinant, jusqu'à la bande-son envahie de bruits bizarres, qui augmente le malaise. Le tout, vu selon le point de vue de trois personnages surtout: Annie, et ses deux enfants. Steven reste l'outsider éternel... Cette histoire d'épouvante va partir loin, très loin, abandonnant ses fausses pistes qui jalonnent la première partie en prenant du reste le risque d'abandonner ses spectateurs. On va vers du rituel simili-satanique, et le film affiche vers la fin un humour particulièrement noir et assez franchement salvateur... Un brin déstabilisant, certes.

Mais la deuxième lecture est bien plus intéressante, si vous voulez mon avis. C'est bien sûr la famille qui est ici la cible, d'ailleurs le titre ne nous échappe pas, dans sa volonté de souligner que quand Annie raconte à quel point sa mère était envahissante, étouffante, folle dans sa volonté de tout manipuler autour d'elle à commencer par les êtres, elle parle, aussi, d'elle-même... Cette hérédité va d'ailleurs plus loin, car le film esquisse deux relations entre Annie et Charlie d'un côté, et entre Annie et Peter, de l'autre, qui sont particulièrement complexes. Si Charlie a hérité de sa mère un don artistique obsessionnel, qui remodèle et refait le monde, son mutisme pourrait être provoqué par sa méfiance à l'égard d'une mère qui a eu des passages de folie dans le passé, ou quelque chose dans ce genre... De même Peter a-t-il parfois du mal à aimer et comprendre cette mère qui ne l'a pas désiré, et semble pour sa part avoir hérité cette incertitude constante qui l'anime, de son père...

Le drame des deux enfants se verra renforcé par une scène parmi les plus traumatisantes qu'il m'ait été donné de voir, une scène située au beau milieu du film, si forte et si folle qu'il m'est impossible de la décrire sans trop en dire. Disons qu'elle est épouvantablement graphique, et montée à la perfection, en laissant le spectateur se débrouiller avec des informations incomplètes au pire moment possible. Comme si on voyait, dans Psycho, la mère de Norman Bates entrer dans la salle de bains où Marion se douche, mais sans assister au meurtre... Pour situer.

Et puis, d'autres lectures sont possibles, remarquez: par exemple, une porte est ouverte par Aster dès le premier plan, qui nous montre l'atelier d'Annie. Parmi les "maisons de poupée", la caméra choisit une réplique de la chambre de Peter, et nous y amène: nous sommes désormais dans la maison des Graham, c'est le jour de l'enterrement d'Ellen et Steven entre dans la chambre de son fils pour lui demander de se lever et de s'habiller; certes, on ne reviendra pas sur cette idée, de se situer sur deux niveaux, sur cette mise en abyme des "maisons dans la maison", et sur cet énoncé explicite de la position potentielle de démiurge d'Annie. Mais c'est une autre lecture, ici, qui devient possible... Comme d'autres, j'en suis sûr, car Aster a fait le pari, comme d'autres avant lui, de laisser la porte ouverte à la fin du film. 

Donc certes le film peut faire peur, mais il va surtout vous déstabiliser, vous mettre mal à l'aise et vous laisser gérer son venin pendant des jours. Les acteurs sont formidables (Toni Collette et Milly Shapiro, en particulier), et la caricature de l'Amérique de 2018, sur son versant "aisé", est d'une grande acuité. Et en cerise sur le gâteau, il présente un rôle en or pour la grande Ann Dowd, sur laquelle je ne me suis pas exprimé. Et pour cause, je ne voulais pas trop en dire...

 

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Published by François Massarelli - dans Ari Aster
22 novembre 2019 5 22 /11 /novembre /2019 17:48

"C'est une histoire entièrement vraie car je l'ai imaginée d'un bout à l'autre" disait Vian dans l'avant-propos de L'écume des jours. Au-delà de la provocation et de l'oxymore, cette phrase me semble aussi résumer l'oeuvre de Michel Gondry, artiste de cinéma dédié tout entier à tout et son contraire: des histoires enfantines et flippantes, du cinéma souvent tangible et surréaliste, des films joués par des acteurs qui finissent par sembler être des personnages de dessin animé... et surtout des comédies sur la mort, la séparation, et l'oubli.

On ne va donc pas parler de Vian plus que ça, poète génial et romancier surdoué, qui a certes habité son roman de la première à la dernière ligne, mais ici on parle de Michel Gondry et de son film, un projet à part, dantesque et usant, qui a probablement autant fait vieillir Gondry que son personnage Nicolas (Omar Sy) dans le film qui d'un plan à l'autre se retrouve garni de cheveux blancs... Un film dans lequel Gondry, une bonne fois pour toutes, se retrouve à changer le monde qu'il filme, en un univers autre, délirant, bricolé et merveilleux... Jusqu'à un certain point, car

Colin (Roman Duris) rencontre sa moitié Chloé (Audrey Tautou), ils s'aiment et se complètent, se marient et vivent heureux. Mais pas longtemps, car Colin fait soudain face à la maladie de Chloé, et pour ne pas la perdre va tout faire: lui qui vivait sur sa fortune, la dilapide pour soigner sa femme, puis cherche un travail, puis son monde se détruit au fur et à mesure de la maladie... autour d'eux, avec les personnages d'Alise (Aïssa Maïga) et de Chick (Gad Elmaleh), disciples de Jean-Sol Partre, on voit comme un écho destructeur de ce chaos vécu par les deux principaux protagonistes, à travers l'histoire burlesque et lamentable de ce Partromaniaque qui s'abîme dans l'addiction à l'oeuvre du philosophe, et le monde lui-même, inéluctablement, va perdre ses couleurs...

C'est une somme, un film que Gondry avouait avoir envie de faire depuis toujours, et quand on voit le résultat on le comprend. Non seulement le réalisateur réinvente le monde pour le plier à sa fantaisie et à celle de Vian (avec une intervention permanente de Duke Ellington), mais il nous présente chaque invention, chaque bricolage, comme allant de soi, obtenant au passage un naturel confondant de chaque acteur qu'il a engagé. le quotidien qui nous est présenté est une invention de cinéma du début à la fin, mais le film ne nous en sort jamais, et la façon dont Gondry a toujours manipulé l'humour et le pathos ensemble, sous couvert d'une invention picturale constante, font la réussite du film. Un regret, un seul, pour moi: Audrey Tautou, lâchée sans dialogues dans un film qui se construit au jour le jour, ne m'a pas convaincue, mais elle est la seule.

Et au final, la métaphore du nénuphar pour le cancer achève hélas de nous attirer dans ses filets. Même si le film nous présente un monde refait, réinventé, remodelé, avec des souris (Sacha Bourdo) intelligentes, des voitures transparentes et des chef-cuistots (Alain Chabat) dans le frigo, c'est inéluctable: on a vécu cette histoire.

 

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Published by François Massarelli - dans Michel Gondry
20 novembre 2019 3 20 /11 /novembre /2019 17:19

C'est la troisième fois que Wegener tourne un film avec Le Golem! le roman, paru en 1915, a enthousiasmé l'acteur-réalisateur qui en a tourné une version, en compagnie de Henrik Galeen. Il en reste un fragment très court, mais qui montre bien une différence de style importante avec celui-ci. L'autre film, également perdu, est une comédie intitulée Le Golem et la danseuse, réalisée par Wegener encore, assisté de Rochus Gliese... Ce film définitif est un retour au mythe original qui agit en qualité de prequel...

Dans un passé lointain, dans un ghetto Juif... Le Rabbin Loew (Albert Steinrück), qui connaît les astres et toutes les sciences occultes et magiques, sait qu'un grand désastre imminent va mettre sa communauté en danger. Il décide d'achever une oeuvre entamée il y a longtemps: la construction et l'éveil d'un Golem, dont il sait qu'il protégera le peuple Juif. Et justement, un édit de l'Empire punit les Juifs... Cherchant la réconciliation, Loew invite la cour de l'empereur à visiter la communauté: ça se passe très mal, à plus forte raison quand un tremblement de terre menace tout le monde. C'est à ce moment que Loew "active" le Golem, qui sauve l'empereur...

A partir de ce moment, les Juifs retrouvent leur liberté, mais le Golem qui a goûté à la vie ne souhaite pas se laisser rendormir. Et il n'en fait qu'à sa tête... Tout en suivant son coeur: ce qui déclenchera de manière radicale sa colère est la découverte d'un homme (qui n'est pas du ghetto) dans le lit de Mirjam, la fille du Rabbin.

Le "mécanisme" du Golem est célèbre: c'est un pentacle (Et non une croix de David, comme on le lit parfois) qui est attaché à sa poitrine: il faut l'y placer pour l'éveiller, et l'enlever pour l'arrêter... Wegener prête son imposante stature à la chose, qui en dépit d'une coiffe supposée être de glaise, et de sa raideur, reste impressionnant. La filiation de Frankenstein avec ce film me paraît pertinente, d'autant que Whale a toujours professé une admiration sans borne pour le cinéma Allemand muet: j'imagine qu'il avait vu ce film... Karl Freund est le principal opérateur, et Rochus Gliese est responsable des costumes. Mais pour moi la star absolue du film reste Hans Pölzig: c'est lui qui a construit les décors, qui font à mon sens le lien inattendu entre le monde de carton-pâte de Caligari, et le cauchemar en décors naturels, organiques et poussiéreux, de Nosferatu... Un escalier, chez Loew, est à lui seul un décor enthousiasmant, à la fois minuscule, tortueux et parfaitement fonctionnel. Les rues du ghetto, construites au studio, ont l'air réelles, avec leur torchis qui semble animé de vie... C'est un décor immense, construit comme un village entier, et dont la caméra a tout loisir de montrer l'étendue. Mais aux angles aigus de Caligari et à ces mondes inhabitables contenus dans le film de Wiene, Pölzig oppose quant à lui des maisons certes tordues, mais parfaitement vivables, dans lesquelles les deux metteurs en scènes peuvent aisément placer leurs acteurs.

Les morceaux de bravoure excellent, et dans une copie enfin restaurée de la version Allemande, passée à sa vitesse appropriée de défilement, c'est formidable de pouvoir re-découvrir la création du Golem, qui contient un maximum d'effets produits directement sur le plateau et qui est aussi fantastique que les expériences de Rotwang dans Metropolis; ou encore la "séance de cinéma" à laquelle se livre le Rabbin, qui sera ensuite imitée dans la prestation de Rudolf Klein-Rogge sur une scène de théâtre dans Dr Mabuse der Spieler. Les scènes de folie du Golem, sa fin inattendue, sont des morceaux de bravoure, tout comme la mort spectaculaire de l'amant de Mirjam. Mais une scène particulièrement montre l'étendue du savoir-faire de Boese et Wegener: lorsque le "monstre" est créé, il n'est qu'une forme de glaise qu'il va falloir activer en plaçant sur son coeur le pentacle. Loew et son assistant posent donc sur ses pieds la créature, c'est encore une statue de glaise, et Loew se place donc au plus près de la caméra; pendant ce temps, des techniciens peuvent sans être vus enlever la statue et Loew s'en retourne au fond du champ, où il place sur le torse de Wegener l'étoile. La manipulation n'a duré que quelques secondes, mais nous n'avons comme on dit 'rien vu'! Ainsi les deux réalisateurs ont-ils pu, pour donner au personnage plus de véracité, raconter la scène en un plan, et ainsi créer l'illusion qu'il était vraiment fait de glaise...

Le film n'est pas, bien sur, un film d'horreur, et Wegener limite le jeu "expressionniste" au maximum. Il impose une certaine lenteur, mais le film ne se départit jamais d'une douce ironie... La morale reste la même que dans Frankenstein: l'homme ne peut jouer à Dieu... Mais cette histoire ajoute un final inattendu, lorsque la créature va révéler sa douceur devant les enfants, après avoir semé la terreur chez les adultes. Doux comme un agneau, il va se laisser cueillir comme une fleur... Beaucoup de métaphores, pour une fin qui reste en demi-teintes, d'un film qui est un jalon essentiel du cinéma Européen... et mondial. Un film qui présente aussi un regard assez tendre vers le folklore Juif, tout en maintenant de façon ambigue dans sa fin l'idée d'une séparation entre les deux mondes...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1920 ** ...Jusqu'à l'aube
18 novembre 2019 1 18 /11 /novembre /2019 16:54

Si Wiene est pour toujours associé à la production de Caligari, son film le plus célèbre et sans conteste le plus important, il ne faut pas oublier qu'il a eu une plus que respectable carrière (de 1915 à 1938), et qu'il fut prolifique (plusieurs dizaines de films). Le problème des pionniers quand ils sont prolifiques, c'est a) qu'on trouve, comme on dit, à boire et à manger dans leur filmographie, et b) qu'un grand nombre de leurs films sont perdus... On pourrait ajouter que c) Wiene était un metteur en scène de studio, soit un exécutant avant d'être un artiste... Mais un exécutant qui travaillait dans une cinématographie qui s'accommodait fort bien des velléités artistiques de ses exécutants! 

Après Caligari, d'autres expériences ont porté la marque de l'expressionnisme dans l'oeuvre de Wiene: Genuine pour commencer, film entièrement bâti comme une sorte de prolongement et qui se plantait dans les grandes largeurs, et Raskolnikoff qui passait Dostoïevski à la moulinette des décors peints et des perspectives faussées... C'est une bonne nouvelle qu'avec ce film de 1924, une production ambitieuse des studios Autrichiens qui adaptent un roman d'épouvante à succès (de Maurice Renard), Wiene va placer le jeu expressionniste dans des décors qui donneraient presque l'impression d'être réalistes. J'ai dit "presque"...

Paul Orlac (Conrad Veidt) a un accident grave, qui le prive de ses mains: il est pianiste et comme dit son épouse, sans ses mains il mourra... Mais un médecin décide de tenter le tout pour le tout, avec une greffe révolutionnaire... On greffe donc des mains en parfait état au pauvre Orlac, qui va donc attendre patiemment d'en retrouver l'usage lors de sa convalescence. Sauf qu'il apprend que ses mains sont celles de Vasseur, un meurtrier qui a été exécuté, et qui étranglait ses victimes avant de les poignarder... Et en dépit de sa rééducation, Orlac qui est de plus en plus sujet à des cauchemars, n'arrive pas à utiliser ses mains... Un visage aperçu de temps à autre au hasard des rencontres, le hante: celui d'un homme qui le regarde avec une ironie sournoise (Fritz Kortner): s'agirait-il de Vasseur? Très vite la réponse arrive: on retrouve le corps du père d'Orlac, assassiné. Les empreintes sont celles du meurtrier guillotiné...

L'intrigue est jouée au premier degré, dans une narration qui s'effectue à hauteur de point de vue. On a d'ailleurs deux "héros" à suivre, Orlac et son épouse (Alexandra Sorina), à laquelle Wiene va imposer un jeu torturé assez proche de celui de Veidt. Ce sera la principale marque expressionniste du film, un jeu volontairement extériorisé à l'extrême, dans lequel Wiene oppose des éclairages clair-obscurs du plus bel effet, à des décors sobres, et un jeu impassible pour certains personnages, au jeu délirant des principaux protagonistes. Sorina se distingue en particulier lors d'une confrontation avec le chirurgien au début du film: celui-ci ne bouge pas d'un iota alors que sa partenaire de jeu se lance dans une gestuelle folle furieuse...

Mais le rythme choisi, le côté "cauchemar éveillé" du film jouent définitivement en sa faveur, et cette adaptation du roman de Renard est bien plus convaincante que celle de Karl Freund (Mad love)... Ce film de transition sonne assez bien le glas de l'expérience expressionniste, avant que tout le cinéma Allemand, et Wiene avec lui, ne passe à autre chose. Mais en ce qui concerne Wiene, dont plus aucun film ne se distinguera, c'est bien la fin.

 

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Published by François Massarelli - dans 1924 Muet Robert Wiene **
16 novembre 2019 6 16 /11 /novembre /2019 13:57

Un homme se remet difficilement d'un accident de voiture qui aurait dû lui coûter la vie. Il est vite ramené chez lui, dans une propriété plus que cossue, où il va pouvoir se remettre sur pieds en compagnie de sa jeune épouse, de son meilleur ami, qui est aussi son médecin, sous l'oeil bienveillant de leur domestique d'origine Chinoise.

Sauf que... Georges Campo est amnésique. Mais alors totalement. Et si des bribes de souvenir disjoints lui reviennent qui tendent à corroborer ce que lui disent son ami et son épouse, il n'a aucun souvenir d'eux. Par contre, il rêve souvent de batailles en Algérie, plutôt que de la Chine où il est supposé avoir passé des années... Et un nom lui revient de manière obsessionnelle: qui est ce Pierre Lagrange dont le nom ne veut jamais quitter sa pensée?

Et il a plus grave, pour lui semble-t-il: si Georges s'accommode bien vite de sa situation dans la mesure où il est logé nourri et vaguement attiré par cette épouse qu'il ne reconnaît pas, il est particulièrement frustré par le fait que celle-ci se refuse à lui avec obstination...

Nous aurons assez vite, en guise de réponse à toutes les questions posées par l'exposition, des révélations sur le pot-aux-roses: oui, bien sûr, c'est une machination...

Duvivier sortait d'une période de grande maladie quand il a mis en chantier ce film, qui sera son dernier... Et ça se voit: c'est assez volontiers incohérent, et le propos en dessous de la ceinture, s'il est en phase avec la libération des moeurs, est d'un mauvais goût permanent. D'ailleurs, le Georges, c'est Alain Delon, et le rôle d'un pauvre type, raciste, querelleur, lubrique et ayant fait l'Algérie ne peut que lui convenir: c'est réussi, il est tellement désagréable qu'il lui ressemble...

Ce petit film noir mal foutu est bien dans la tradition déprimante des films du metteur en scène, mais avouons-le, en dépit d'une profondément cynique fin à tiroirs, dans laquelle tout le monde va souffrir, on ne se relèvera pas souvent la nuit pour le regarder.

 

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Published by François Massarelli - dans Julien Duvivier Noir
16 novembre 2019 6 16 /11 /novembre /2019 13:47

Dans un grand magasin à la pointe, le principal acteur reste M. Anderson (Warren William), qui est en l'absence du propriétaire passant du temps sur son yacht, le seul maître à bord. Il est rude, ambitieux et profondément attaché à une logique entrepreneuriale qu'on n'appelait pas encore le libéralisme sauvage. Mais si il fait du mal à tous ses employés, ça va être pire quand les affaires de coeur vont s'en mêler, surtout avec son adjoint Martin (Wallace Ford) et son épouse (secrète), interprétée par Loretta Young...

Un capitaliste sans scrupule, qui tient ses employés d'une main de fer, quel beau rôle pour Warren William qui ne retient aucun coup! Ca donne une curieuse identité au film, qui ressemble à une dénonciation visant plus d'humilité et d'humanité dans l'entreprise, sauf qu'aucune amélioration ne vient clôre le film... C'est avant tout l'occasion d'opposer William avec les deux tourtereaux qui se sont mariés en secret, interprétés par Loretta Young et Wallace Ford, qui est excellent dans un rôle difficile.

Pour finir, si le film fait la part belle à une splendide galerie de portraits, il parvient assez peu à déguiser qu'il s'agit pour partie d'une adaptation pirate de...

Au bonheur des dames.

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code
11 novembre 2019 1 11 /11 /novembre /2019 17:38

Un New York de bande dessinée est la proie d'une guerre des gangs sans merci, dans laquelle les parrains se succèdent en s'éliminant les uns les autres... Le nouveau "big shot" s'appelle Big Boy Caprice (Al Pacino) et son idée pour rester le plus longtemps possible au sommet, est de tout contrôler, ce qui implique de supprimer Dick Tracy (Warren Beatty), le champion des policiers.

Celui-ci, pendant ce temps, fait face à quatre problèmes: il se retrouve avec un jeune garçon des rues dans les pattes suite à une enquête, un petit voyou que la loi l'oblige à placer à l'orphelinat, mais on s'attache! Il a une secrétaire, Tess (Glenne Headly), à laquelle il est très attaché aussi, mais il sait qu'elle lui reproche son mode de vie... Ce que la mairie lui reproche, d'ailleurs, également, mais il faut dire que le maire est un obligé de Big Boy. Enfin, un problème de taille: depuis que la chanteuse Breathless Mahoney (Madonna) , qui travaille normalement pour Big Boy, est entrée dans sa vie lors d'une enquête, rien ne va plus...

Un nouveau personnage intervient dans la ville, qui promet des résultats rapides à Big Boy: un mystérieux gangster masqué, sans visage, qui s'appelle "The Blank". Mais quel jeu joue-t-il?

Un peu à la façon de Tim Burton s'appropriant Batman, le film de Beatty est une variation sur la bande dessinée de Chester Gould. Le principe, dès le départ, est de ne jamais cacher totalement la source des comics, doù un style visuel radical: d'une part les décors sont volontairement stylisés pour apparaître dessinés (et c'est une réussite), d'autre part les personnages sont maquillés de façon grotesque pour cadrer avec le style initial des comic strips. C'est étrange, mais on finit par s'y faire... D'autant qu'avec son utilisation quasi systématique de couleurs primaires et particulièrement saturées, le film ne fait de toute façon absolument pas réaliste... L'interprétation est volontiers grotesque aussi, et on n'est pas prêt d'oublier Al Pacino et Dustin Hoffmann, qui se sont prêtés avec bonne grâce à la caricature. Bref, on s'amuse dans ce New-York-pour-rire...

Bon, on va quand même le dire: Madonna est une chanteuse, forcément, plus qu'acceptable, mais son jeu, comment dire... On ne le dira pas? OK.

 

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Published by François Massarelli - dans Warren Beatty
10 novembre 2019 7 10 /11 /novembre /2019 15:13

Le film commence sans ambiguité par un carton qui nous indique qu'il a été approuvé par le "motion picture code administration", qui depuis quelques mois régissait le monde des studios. C'est donc un film "post-code" plutôt qu'autre chose, mais c'est aussi et surtout une sympathique comédie bien dans la manière des productions WB/First National de l'époque, marquée par l'interprétation d'un certain nombre des acteurs qui ont fait les beaux jours de la période pré-code...

Spot Cash Cutler (Pat O'Brien) est un petit escroc, disons, légal: dans un magasin de la populaire deuxième avenue de New York, il attire le chaland en baratinant, et en promettant monts et merveilles à des gogos qui sont ensuite invités à enchérir sur des objets qui ne valent pas grand chose... Sachant que son baratin est sans appel, il en vit tranquillement, jusqu'à ce que le même jour deux femmes entrent dans sa vie. D'un côté, Barbara (Ann Dvorak) est une authentique pauvre, qui meurt littéralement de faim... mais qui essaie aussi de lui vendre une soit-disant "montre de famille", absolument similaire aux dix qu'il a en magasin! Mais Millicent Clark (Claire Dodd) est une autre paire de manche; cette dame de la plus haute société lui achète un bijou pour cinquante dollars, dont il apprend plus tard par voie de presse qu'elle l'a fait authentifier, et qu'elle en a retiré plusieurs milliers. S'il emploie et héberge la première, il va aussi s'associer avec la seconde, au risque de perdre ce qui lui reste d'honnêteté.

C'est une comédie qui va aussi vite que son dialogue: Pat O'Brien pouvait sans problème rivaliser sur la rapidité de sa diction avec James Cagney! Et c'est cette atmosphère de verve langagière qui emporte l'adhésion dans ce petit film... Le spectateur est invité à prendre parti pour une véritable fripouille, aux méthodes douteuses, dont le capital de sympathie est énorme. Il est vrai que les escrocs de la cinquième avenue autour de Millicent, sont autrement plus redoutables... O'Brien est excellent, Ann Dvorak et Claire Dodd (parfaite pour jouer les garces bourgeoises, décidément) ne sont pas en reste. A noter qu'elles allaient toutes deux, assez progressivement, disparaître des rôles importants du cinéma Américain. Dommage...

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Published by François Massarelli - dans Comédie
10 novembre 2019 7 10 /11 /novembre /2019 12:01

Alan Crosland, après avoir été un metteur en scène important à la Warner (il avait un rôle similaire à celui de Curtiz dans les années 30 et 40, pour situer: l'efficace réalisateur de projets ambitieux, en premier lieu desquels bien sûr trône son magnifique Don Juan), a sérieusement perdu du crédit et de l'influence. Ce film tarif le voit s'attaquer à un problème social pas beaucoup exploité dans le cinéma de l'époque, celui des Indiens. Mais le film peine à convaincre...

Joe Thunderhorse (Richard Barthelmess) est assimilé, jusqu'à l'extrême; il fait partie d'une troupe de spectacle équestre, et signe autographe sur autographe... Si des blancs, dont une riche snob (Claire Dodd) le renvoient facilement à sa condition d'Amérindien, il ignore tout de son identité sioux. Jusqu'à ce qu'il rentre à la réserve à l'occasion de l'agonie de son père: il y retrouve son peuple, exploité et en situation de quasi expropriation par des anglo-saxons sans scrupules, et il va prendre les choses en main quand sa petite soeur de quinze ans est violée par un croque-mort le jour de la mort de leur père...

La dernière phrase donne l'une des raisons du ratage du film: l'excès de zèle, qui donne parfois l'impression que ce film a surtout pour la WB une valeur de pulp... Difficile après de croire en la véritable portée sociale du film, quand on voit justement à quel point celui-ci schématise. On se prendrait à rêver d'une version par Lloyd Bacon (qui aurait su harmoniser le rythme du film), William Dieterle (Qui aurait su tempérer les incohérences ou carrément glisser du côté baroque), Curtiz bien sûr (son film Black Fury l'année suivante est une grande date du cinéma Rooseveltien) ou carrément William Wellman. Et surtout, si on est toujours content de voir Ann Dvorak (son rôle de jeune Amérindienne est hélas très convenu), faut-il méchamment encore dire à quel point ce pauvre Barthelmess est mou?

Donc si le film n'est pas indigne, il n'est pas, loin s'en faut, beaucoup plus qu'un prétexte à se donner bonne conscience tout en se permettant quelques licences...

 

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Published by François Massarelli - dans Alan Crosland Pre-code
10 novembre 2019 7 10 /11 /novembre /2019 09:18

A Paris, le très respecté Charles Bonnet (Hugh Griffith) vend un tableau exceptionnel, pour une fort coquette somme... Quand elle apprend cette nouvelle, sa fille Nicole (Audrey Hepburn) manque de s'étrangler, puisque c'est un faux, un authentique faux entièrement peint, comme toute la collection Bonnet, par Charles. Un faussaire génial, patient et sournois, qui arrondit sa retraite avec des ventes très rares, mais spectaculaires... Il pousse même le bouchon jusqu'à prêter une statuette supposée être de Benvenuto Cellini, mais qui en réalité est une création de feu son père, à un musée Parisien... Sa fille le prévient, un jour quelqu'un s'apercevra de la supercherie! En attendant, c'est un cambrioleur qui va se mêler de venir voir la collection de plus près, le fringant Simon Dermott (Peter O'Toole). Quand Nicole le surprend, elle le blesse, et... le ramène chez lui. Mais Simon est-il un cambrioleur, ou une menace pour le bien-être de la petite famille? 

Le film est fermement ancré dans une tradition des années 50 et 60, le film de casse mâtiné de comédie, et de fait, c'est plutôt une récréation pour le grand Wyler qui sort de l'ambiance lourde de The collector... Tourné à Paris, avec d'ailleurs de nombreux acteurs du cru, linguistiquement compatibles (Jacques Marin, Charles Boyer, Fernand Gravey et Dalio), c'est aussi la dernière collaboration entre Wyler et Audrey Hepburn: comme d'habitude celle-ci est splendide, et le moins qu'on puisse dire, c'est que son "couple" avec ¨Peter O'Toole fonctionne à merveille. De manière plus inattendue, le film nous présente aussi une vision rare de Eli Wallach en magnat Américain de pacotille, et en romantique invétéré de surcroît, ce qui tranche sur ses personnages habituels, mais il n'a pas l'air de bouder son plaisir...

Le "casse" conté dans le film est plus que farfelu, et se base sur une situation inquiétante pour les Bonnet: leur statue va être expertisée par principe car c'est obligatoire en cas de contrat d'assurance et les responsables du musée sont obligés d'assurer leur emprunt. Une formalité donc mais qui va tourner à la catastrophe, et Nicole va se résoudre à demander de l'aide à "son" cambrioleur, qui va monter une ingénieuse combine, dont l'exécution prend bien toute la deuxième heure du film. Donc, oui, vous avez bien lu, Audrey Hepburn et Peter O'Toole se livrent au cambriolage d'un musée.

Le film est adorable, léger dans son ton, toujours superbe esthétiquement, puisque en raison de l'abondance d'oeuvres d'art, Wyler a poussé la palette de couleurs juste ce qu'il faut afin de profiter au maximum de ce monde artistique un peu décalé. Romantique mais jamais nunuche, Audrey Hepburn prend elle aussi un plaisir évident à donner la réplique à Peter O'Toole, et on peut décidément faire bien pire dans une journée que de visionner cette adorable sucrerie d'un autre âge, qui se situe quelques part entre Charade, en beaucoup moins précis dans son sens parodique, et les comédies "Parisiennes" de Minnelli ou Blake Edwards... Bref, avec Audrey Hepburn et ses toilettes, on est en pleine bulle des sixties. ...Et plus encore, puisque ces farfelus qui arnaquent le monde sans jamais se faire prendre, et vivent dans un monde parallèle fait d'art et de beauté, sont tout à fait à leur place dans la grande galerie des marginaux sublimes de William Wyler.

 

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Published by François Massarelli - dans William Wyler Comédie Audrey Hepburn