Des vacances en Catalogne, en Montagne avec des amis dans les environs d'un grand lac de barrage, où l'on peut se baigner à loisir... Barbara (Elena Martin) et Pol (Max Grosse), un jeune couple, devrait être à la fête. D'ailleurs tout se passe bien, si ce n'est des non-dits, des choses qui les tracassent: Barbara a manifestement vécu quelque chose et Pol ne sait pas vraiment comment faire pour l'aider à avancer. On le saura à l'issue d'un repas avec les copains, dont la conversation commencera par se focaliser sur le complexe de Pol (Pendant que Barbara nage il reste sur la berge, parce qu'il a peur) avant de bifurquer sur le comportement à adopter face aux sifflements et autres manifestations balourdes du désir masculin. Barbara lâche une bombe: j'ai été violée...
Le film ne quitte jamais l'intimité de ses deux héros, qu'ils soient seuls ou accompagnés de leurs amis, au bain, en promenade ou au lit, et le mystère s'installe au départ avec délicatesse. C'est d'abord une prouesse d'acteurs, qui sont le plus souvent filmés au plus près des visages, dans un cadre qui d'ailleurs, est en 1:33:1, comme pour souligner à la fois l'intime et l'austérité des visages. Après, la mise en scène et le montage accompagnent ce parcours de quelques jours, quelques heurs même durant lesquelles les deux amoureux avancent considérablement, tout en notant qu'à la fin tout reste à faire...
N'empêche, avec ce beau sujet, la réalisatrice signe une merveille de délicatesse, qui est immédiatement attachante, par la façon dont elle nous montre un couple qui est l'alliance de deux fragilités qui apprennent à surmonter ensemble leurs peurs. Et le titre en apparence étrange est tout simplement motivé par une scène admirable durant laquelle Pol aide Barbara, par le jeu, retrouver un accès au plaisir en mangeant de la pastèque. En la mangeant, hein, pas en se vautrant dedans!! Une scène comique, délicate et qui débouche sur une épiphanie.
Nicolas Roeg a fait, avec Walkabout, un film essentiel dans lequel il plaçait ensemble deux enfants (un garçon très jeune et sa soeur un peu plus âgée, interprétée par Jenny Agutter) qui se retrouvaient suite à un pétage de plomb monumental de leur père, qui menaçait de les tuer, puis s'est fait sauter le caisson, seuls dans le désert Australien; et ces deux naufragés perdus étaient secourus par un Aborigène, qui cohabitait avec eux, échangeait, et... se mourait littéralement d'amour. Une cohabitation forcée qui débouchait sur un choc passionnant de civilisation, et sur une sensualité inévitable. Avec ce film, qu'il ne faut pas confondre avec le film de 2000 de Robert Zemeckis (Cast away) le metteur en scène Britannique reprend un peu une idée similaire, mais adaptée à un monde bien différent de celui qu'il dépeint dans son film Australien de 1972...
Gerald Kingsland (Oliver Reed) est un écrivain qui cherche l'inspiration d'une façon étonnante: il place une annonce: Ecrivain recherche 'épouse' pour passer une année sur une île déserte. Lucy Irvine (Amanda Donohoe) va répondre favorablement, désireuse d'échapper à la vie d'employée dans une corporation, et à la vie moderne de la City Londonienne... S'ils ont une aventure avant de partir pour l'Australie, Lucy est sérieusement embarrassée de devoir se marier: en effet, les autorités Australiennes l'exigent avant qu'ils ne viennent s'installer dans l'île... La cohabitation ne sera pas facile.
C'est décevant, en fait... On s'attend à Robinson, et bien sûr à des soucis, mais tout se passe comme si c'était miné dès le départ! Les premiers jours voient le "couple" se déchirer, et se trouver sur deux agendas différents: très vite, Lucy tente de s'adapter en se séparant de ses vêtements (ce qui tourne à l'argument publicitaire pour le film, bien évidemment!), en retrouvant des gestes de chasse, de pèche... Mais Gerald se mure dans une attitude contemplative, sans parler d'une obsession: il voudrait qu'elle accepte de re-coucher avec lui... le dialogue tourne très vite au double monologue, et les images superbes de la mer, de la flore et de l'île n'y font rien, l'ennui s'installe, quelquefois troublé par le caractère intempestif donné par Reed à son personnage.
On comprend le choix de ces personnages de vouloir vivre à l'écart d'un monde où la communication est impossible (le film exagère l'omniprésence d'écrans, et anticipe de 20 ans sur le boom des téléphones portables, en montrant des gens qui sont toujours au téléphone à faire autre chose en même temps qu'ils parlent... mais pourquoi recréer une autre incommunicabilité? Le film se perd justement dans son parti-pris esthétique... et dans une célébration de la nudité... La nudité féminine quasiment seulement. Cette fois (tout arrive) Oliver Reed garde son short presque dans tout le film.
1880: le docteur Granville (Hugh Dancy), un jeune et fougueux médecin moderniste, se bat pour imposer à ses collègues installés un nouveau mode de fonctionnement, basé sur les dernières recherches hygiéniques en date... Et se fait virer de tous ses emplois, jusqu'au jour où il est employé par le Dr Dalrymple (Jonathan Pryce), un spécialiste de l'hystérie qui traite ses patientes en leur offrant de confortables massages de la vulve.
C'est donc en frottant à foison le frifri de fieffées bourgeoises que le Dr Granville va faire l'essentiel de sa réputation, perdant un peu ses illusions, et affligé bien vite de douleurs persistantes au bras droit. Pendant ce temps, Charlotte Dalrymple (Maggie Gyllenhall), la fille de son employeur, s'évertue à maintenir à flot un asile de tolérance, au service de pauvres, dans le mépris total des gens de sa classe, à commencer par son père... Mais Granville a-t-il vocation à s'enterrer dans une pratique certes lucrative mais sans perspectives, ou à aider la fougue qui déplace les montagnes de celle que même son père appelle, comme pour s'en débarrasser... une hystérique?
Le film est surtout connu pour être, dans un cheminement qui est logique mais qu'on nous présente en plus comme historique (le générique ajoute d'ailleurs un "really" à cette affirmation), l'histoire de l'invention du vibromasseur. C'est aussi et surtout une étude sous forme de comédie inoffensive et pince-sans-rire d'une époque durant laquelle l'homme et la femme étaient tellement séparés qu'il était semble-t-il convenable de convier des dames de la haute société à payer un médecin assermenté sur une base hebdomadaire pour avoir recours à un solide dose de masturbation! ...médicale, cela va sans dire. Tanya Wexler s'amuse beaucoup de l'hypocrisie de cette société qui se présente comme civilisée, mais qui s'émeut du fait qu'une jeune femme 'du meilleur mode' puisse oser passer son temps et son énergie à soigner ou venir en aide, socialement, à des défavorisés...
Elle le fait mais elle le fait comme on le fait toujours dans les comédies Britanniques, qui restent quand même l'un des viviers les plus coincés, les plus engoncés dans ses traditions et ses mécaniques de toute la planète cinéma, hélas. Donc c'est drôle, gentiment impertinent mais sous contrôle, et au moment opportun, un personnage que tout destinait à suivre une voie va en suivre une autre, sans que les 92 minutes nous laissent vraiment une opportunité de croire à sa conversion. Dommage, mais il nous reste au moins quelques belles performances, dont celle de Maggie Gyllenhall bien sûr, de Jonathan Pryce, de Felicity Jones en cruche de luxe... Et de Rupert Everett en débauché providentiel, sans lequel... Mais non, voyez le film, il est, au moins, rigolo.
Dans la famille horreur, je demande la Paramount... et il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent! Disons que la compagnie, qu'on peut considérer comme à la pointe dans la plupart des domaines à cette époque, n'a pas vraiment brillé pour ses films fantastiques, et que la raison d'être de celui-ci est essentiellement pour se raccrocher au wagon des succès des premiers films fantastiques de la Universal, tout comme la MGM, la Warner et la RKO vont s'engouffrer dans la brèche. Dans ces conditions, que Mamoulian ait produit un bon film était déjà inespéré... Comme c'est un chef d'oeuvre, on pourra sans doute crier au miracle!
Le récit de Stevenson est déjà, à lui tout seul, une provocation d'une ironie cinglante: il a parfaitement réussi, à l'ère Victorienne, à capter l'esprit du mâle de l'époque: divisé fermement en deux, prêt à faire fortune et à se marier avec de décentes jeunes femmes de la meilleure société, mais à côté aussi prêt à se livrer à la débauche sans remords ni regrets puisque personne n'osera soulever le sujet à table... Et Henry Jekyll (Fredric March), qui ne brille pas par sa sainteté puisqu'il est vaniteux et que c'est un péché, n'est pas en reste: il souhaite convoler en justes noces avec une femme qu'il aime sincèrement, ou du moins dont l'aveu d'amour, de sa part, est sincère (Il se pourrait que ce fut du désir mal placé...); pourtant, à la première occasion, celui qui est persuadé que l'homme est effectivement divisé en deux, se laisse aller à un écart puisqu'après tout, il EST divisé en deux et n'y peut rien tant qu'il n'aura pas traité la chose scientifiquement. Et le gag, c'est qu'alors que son mariage avec la belle Muriel Carew (Rose Hobart) semble s'éloigner de jour en jour faute de consentement immédiat du père, l'expérience de séparation du bien et du mal à laquelle se livre le Dr Jekyll va tourner bien sûr à l'avantage du mal, pour ne pas dire du mâle...
Essentiellement, dans cette version de l'intrigue, le mal est de nature sexuelle: Hyde est une version du docteur Jekyll qui laisse libre cours aux pulsions sexuelles ressenties par le docteur... ce qui nous donne à nous, spectateurs, un rôle intéressant dans le film: quand le belle prostituée Ivy Pearson (Miriam Hopkins) vient chercher de l'aide auprès de Jekyll et raconte les turpitudes subies par la jeune femme, nous sommes aux premières loges pour constater qu'en réalité, ce qu'entend le bon docteur, c'est d'une part qu'elle déteste une partie de lui-même, et d'autre part, qu'elle l'aime, est prête à tout pour lui, et le lui dit d'ailleurs à genoux, en embrassant goulûment ses mains, et en caressant ses cuisses... Que se passe-t-il vraiment dans cette scène jouée d'ailleurs de manière intime (et qui contraste de façon évidente avec la distance gardée par Muriel et Henry)? Beaucoup de choses, sans doute...
Bref: on n'a pas besoin de nous faire un dessin, la suite est inévitable. De même, les conversations entre Muriel et Jekyll, au départ, finissent toujours par tourner autour d'un désir partagé, lancinant, et ressenti par les deux tourtereaux, mais qu'en raison de leur éducation et de leur statut social, ils ne peuvent ni nommer, ni concrétiser. C'est toute une société bâtie sur la compartimentation, l'hypocrisie et le non-dit qui en prend pour son grade, aussi bien dans le film que dans le conte.
Et Mamoulian s'en est donné à coeur joie; on pourra toujours objecter que si les premières transformations (effectuées surtout grâce à la lumière, au jeu de March et au montage) sont époustouflantes, le metteur en scène finit par se résoudre à des moyens plus mécaniques, en fondus-enchaînés, qui ne sont pas vraiment très adroits. Mais sinon, la mise en scène est constamment inventive, reposant sur des points de vue subjectifs (les cinq premières minutes), des miroirs (on pourrait s'amuser à les compter) et surtout, des fondus enchaînés qui traînent volontairement en longueur, et qui permettent de sonder les pensées, voire les obsessions du bon docteur: ainsi sa première rencontre avec Ivy (qui s'est quasiment offerte à lui) restera-t-elle bien longtemps dans les pensées du docteur, et nous n'en perdrons pas une miette... Je reste d'ailleurs persuadé que le choix des actrices (Rose Hobart, terne, et Miriam Hopkins, vivace pour ne pas dire vivante) a été effectué pour favoriser la fille des rues sur la froide héritière... March est excellent, de bout en bout et tout le casting de cette visite ironique d'un Londres légendaire est à l'avenant.
Bref, le fantastique n'était peut-être pas la tasse de thé de la maison, mais le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est une réussite: d'emblée, l'un des meilleurs films du cycle fantastique des années 30 et de la période pré-code, l'un des plus chargés en sens aussi.
Bien que la plupart du temps, c'est à Rosita de Lubitsch qu'on pense quand il s'agit d'aborder un tournant dans la carrière de Mary Pickford, le fait est que la star n'a jamais cessé d'expérimenter avec son métier d'actrice, conservant parfois, mais pas toujours, son joker: des rôles de petite fille ou de jeune adolescente, riche ou pauvre selon le script, dans des contes de fées: des rôles qui lui ont assuré une sorte d'ancrage auprès du public. Mais que ce soit dans ses films avec Cecil B. DeMille en 1917, ou dans Pride of the Clan de Maurice Tourneur, dans Rosita déjà mentionné, ou dans Sparrows, Mary Pickford s'est remise en jeu et a pris des risques. Et il y a My best girl, qui lui ne ressemble définitivement à aucun autre, et est un film formidable...
Déjà My best girl vient dans une continuité heureuse: après Little Annie Rooney (1925) et Sparrows (1926), tous les deux réalisés par William Beaudine sous l'oeil attentif de Jack et Mary Pickford, deux longs métrages qui ont placé la barre très haut. Ensuite, l'idée pour Pickford était clairement de mettre l'accent sur la comédie, en engageant le metteur en scène Sam Taylor remarqué pour sa participation aux films d'Harold Lloyd, et passé en freelance depuis, avec un excellent long métrage MGM au ton unique, Exit Smiling, dans lequel la vedette masculine aux côtés de la comédienne Beatrice Lillie, était justement Jack, le petit frère de Mary Pickford... Par ailleurs, les acteurs convoqués ici sont souvent de solides comédiens, et on reconnaîtra d'ailleurs Lucien Littlefield et Mack Swain, entre autres... Parmi les crédits du film, on notera la présence de Clarence Hannecke, un ancien de chez Hal Roach qui travaillait comme assistant du réalisateur Stan Laurel, et ici, il est "assistant à la comédie"... L'introduction du personnage de Mary Pickford dans ce film, vue par ses jambes, et dont on devine qu'elle a du mal à avancer car elle sème des casseroles sur son chemin (un plan ensuite nous confirme qu'elle en porte une vingtaine) est totalement dans l'esprit des gags introductifs des films de Lloyd, tout en permettant à Mary Pickford de donner libre cours à son talent corporel: elle joue un rôle avec les jambes et est aisément reconnaissable sans qu'on voie son visage. D'une manière générale, le film la situe d'ailleurs cinq à six années plus âgée que ses rôles habituels, avec certes des préoccupations sentimentales, mais celles-ci sont adultes: fonder une famille, vivre heureuse auprès d'un époux.
Maggie Johnson (Mary Pickford) est une modeste employée d'un magasin, qui accueille un nouvel employé, Joe Grant (Charles Buddy Rogers). Mais on apprend très vite que son vrai nom est Merrill, et qu'il vient en réalité pour travailler incognito et faire ses preuves dans l'un des magasins qui ont fait la fortune de son père (Hobart Bosworth). Le jeune homme, en effet, s'apprête à voler de ses propres ailes, quand il aura épousé la richissime Millicent (Avonne Taylor), qui plaît tant à sa maman... Et bien sûr, si "Joe Merrill" est inaccessible pour elle, Maggie tombe très vite amoureuse de "Joe Grant". Et... c'est réciproque.
Le film est intégralement situé en ville, et laisse la part belle à une comédie de situation généralement placée dans le monde du travail (le magasin où Joe et Maggie recréent une sorte d'univers à part), le cocon familial (celui des Johnson, une famille pittoresque qui contraste avec le monde policé et formellement ennuyeux, donc totalement privé de comédie, des Merrill); le suspense lié à la situation sentimentale est intéressant, et permet bien sûr une observation de tous les instants, des différences sociales entre les deux familles, qui culminent dans des scènes de rapprochement: Joe a réussi à attirer Maggie chez lui, sans qu'elle sache qui il est exactement, et le rapprochement est vécu de façon totalement différente par les personnages. Par contraste, Taylor joue la carte de la comédie pour la rencontre entre Joe et la famille de Maggie: au tribunal, sous les yeux éberlués du juge Mack Swain, Joe découvre les farfelus avec lesquels sa petite amie vit...
Mais la ville, c'est aussi une comédie urbaine que Taylor connaît bien pour l'avoir pratiquée avec Harold Lloyd, en particulier dans Safety Last. My best girl se repose beaucoup sur ce type de poésie, et nous montre des scènes tournées dans les rues au début du film (au cours desquelles Maggie et Joe entament un flirt inattendu autour d'un parcours en camionnette), puis un plan-séquence qui nous montre les deux amoureux comme seuls au monde dans une rue bondée à la circulation intense (c'était l'année de Sunrise de Murnau, et Lonesome de Paul Fejos allait venir quelques mois plus tard)... Tel un clochard (Nigel De Brulier) qui assiste avec tendresse à l'éclosion de l'amour chez les deux protagonistes du film, Sam Taylor cherche donc à placer ses personnages dans un contexte urbain qui est totalement en synchronisation avec le jazz age. D'ailleurs, dans quel autre film verrait-on Mary Pickford dire, via un intertitre, "I'm a red hot mamma", une cigarette au bec?
Voilà, je ne sais pas si c'est le meilleur film de Mary Pickford, et à ce niveau d'excellence, il n'y pas lieu de se mettre en quatre pour effectuer un classement. Mais ce film d'une année magique est une merveille de justesse, qui ne vous lâchera pas durant ses huit bobines...
Un homme parmi d'autres, dans les transports en commun d'une ville plus ou moins moderne, se laisse attraper par l'absurdité des situations et de gestes mécaniques à la Metropolis que lui et tous les humains, pauvre pions d'un système diabolique, font machinalement. Mais l'homme (Thom Yorke) devient sans le vouloir un grain de sable dans la machine, et va conquérir de façon inattendue sa part de liberté en allant à contre-courant pour pouvoir s'approcher d'une femme qui a croisée...
Thom Yorke a sorti un nouvel album en solo cette année, baptisé Anima, qui est comme son premier disque Eraser un album austère largement fait de musique électronique. Anderson, chargé par Netflix d'assurer à sa façon la promotion de l'album en question, a choisi trois chansons et a bâti en collaboration avec un certain nombre de chorégraphes un spectacle de danse inattendu, auquel Yorke, toujours à l'affût de nouvelles expériences, s'est livré avec bonheur.
C'est donc certes anecdotique, mais ce quart d'heure promotionnel raconte une histoire qui se situe dans la continuité immédiate d'oeuvres comme Metropolis, et explore aussi l'ombre de Kafka (nous sommes à Prague, du reste), en utilisant en priorité des techniques de truquage physiques, plus que numériques. Et fidèle à ses convictions, Paul Thomas Anderson tourne en 35 mm. Quel dommage qu'il faille voir ça sur Netflix (ou à la Cinémathèque Française, bientôt, en collaboration avec le cinéma Le Concorde de La Roche Sur Yon!!!), le site qui joue à l'heure actuelle les fossoyeurs du cinéma...
En 2015, Paul Thomas Anderson a rejoint son ami et fréquent collaborateur Jonny Greenwood et Nigel Godrich au Rajastan, où le musicien de Radiohead et le compositeur-guitariste-chanteur Shye Ben Tzur enregistrent un album en compagnie d'une sélection de musiciens Indiens. Le metteur en scène a donc posé ses caméras dans le château (parfois alimenté en courant, parfois pas...) où les musiciens enregistrent.
Le metteur en scène a donc du jouer la "fly on the wall", sauf que cette fois, quand on a vu le film on pourrait plus facilement parler d'un pigeon que d'une mouche! Car les conditions d'enregistrement, dans un château qui est aussi un temple dédié semble-t-il à plusieurs religions, sont particulièrement farfelues. Mais la magie opère durant tout le documentaire qui suit un cheminement volontairement flou et pas nécessairement chronologique, privilégiant les impressions et l'indolence sur la rigueur narrative, et s'amusent comme il le fait dans ses fictions à fouiller en permanence les coulisses de l'événement principal.
Bref: on est envoûté, par la rencontre musicale improbable entre un musicien de rock Britannique (Et quel!), un musicien Israélien, et une troupe disparate de membre de plusieurs groupes ethniques, de religions différentes, tous unis pour chanter dans une langue (l'hébreu) qu'ils ne comprennent a priori pas, des compositions qui incorporent tout ce qu'ils voudront y apporter...
Un chien vagabond se couche, le soir, et dit bonsoir à son compagnon: la puce Homer... celui-ci est le premier à se réveiller le lendemain, et il a devant lui un spectacle trop tentant pour résister: dans le pelage d'un chien qu'il aperçoit au loin, il a vu... une dame puce, totalement aguicheuse. Homer laisse donc un mot à son copain et monte à bord d'un bouledogue qui ne va pas voir les amours de deux puces sur son dos de très bon oeil...
Ca commence en douceur, et Avery multiplie les signes à la Disney en direction du public; Homer est après tout une puce présentable, et il est doté d'un gros nez et d'une bouille rigolote. L'amitié avec le chien est presque touchante, mais... on parle ici d'hygiène, de parasites, et par ailleurs de reproduction avec insistance. Le metteur en scène s'amuse avec le compositeur Scott Bradley, qui est à la fête puisque le film est largement dominé par des séquences non dialoguées... La complicité entre compositeur et réalisateur renvoie aux riches heures de la Warner avec Carl Stallings.
Avery est complètement dans son élément, livrant un film à la fois parfaitement drôle, et quand même bien transgressif. On pourrait énumérer les passages volontairement douteux, parmi lesquels on trouve une tentative de suicide multiple (pendaison, présence de deux armes de poing, et bombe, le tout en une seule fois), et la communication sans parole mais particulièrement claire de Homer qui explique où il était, avec qui, et ce qu'il a fait avec elle, à son copain... le tout en deux gestes magistraux.
Tout a une fin... Comme la période dite pre-code, par exemple, qui s'est finie en 1934-1935 lorsque les studios ont été priés de cesser de ruer dans les brancards et de se conformer à un certain nombre de règles édictées par un groupe de pères-et-mères-la-pudeur... Comme par hasard, c'est aussi la période durant laquelle la collaboration légendaire mais probablement un brin vénéneuse entre Sternberg, Dietrich et la Paramount prend fin. Et c'est avec ce film que l'histoire cesse...
Adapté du roman La femme et le pantin de Pierre Louys, déjà adapté deux fois auparavant (et ce ne serait pas la dernière fois), il raconte les amours hautement improbables de Concha Perez (Marlene Detrich), intrigante collectionneuse, et de toute l'Espagne: toreadors, fascistes ou révolutionnaires, militaires ou brigands, tout le monde y passe semble-t-il. La première partie est un peu un passage de relais: Don Pasqual (Lionel Atwill), qui connaît bien la belle, raconte à son ami Antonio (Cesar Romero) ses aventures malheureuses avec celle qui lui a brisé le coeur. Antonio qui était auparavant intrigué, jure qu'il n'essaiera pas de la séduire, mais... se précipite dans ses bras quand même. Les deux hommes iront jusqu'au duel.
C'est un bien étrange film, trop riche sans doute pour être honnête, et dont les coutures sont parfois soulignées par d'évidentes coupes. Pas étonnant dans la mesure où, en cette époque de tentative de coup de frein sur les turpitudes du cinéma, Sternberg n'a pas choisi un matériau très présentable... Il est donc court, et apparaît très concentré. De plus, l'atmosphère semble constamment hésiter entre le mélo baroque à la Morocco, et la comédie, pour laquelle un personnage (irrésistible) a été confié à rien moins que Edward Everett Horton soi-même!
Sternberg (qui avec une certaine ironie s'est débrouillé pour que Lionel Atwill lui ressemble étrangement) signe non seulement la direction mais aussi la photographie, et c'est le point fort du film: son style qui se joue de tout (les décors stylisés et étouffants, les costumes excessivement étranges de Travis Banton pour l'actrice, et bien sûr il maîtrise les éléments: pluie, brume, lumière et ombre. mais cette intrigue dans laquelle Lionel Atwill doit se battre contre Cesar Romero, pour une intrigante qui fait aussi Espagnole que moi je ressemble à un Inuit, et qui par-dessus le marché chante horriblement mal, me laisse froid, mais alors froid... Comme un igloo.
En 1962, les Looney tunes ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes et rares sont les occasions de s'élever au-dessus de la médiocrité ambiante. La concurrence de la télévision, les tentatives de style angulaire, les restrictions budgétaires ont fait leur effet, et un à un les réalisateurs quittent le navire, les personnages arrivent au bout de leur course... Ceci est par exemple le dernier film mettant en vedette l'impayable putois Pepe le pew...
Rien, absolument rien ne vient perturber la course habituelle des événements, qui voient le mammifère romantique et siphonné s'enticher comme d'habitude d'une pauvre chatte maquillée accidentellement, qui n'a rien demandé à personne. Rien, si ce n'est que cette fois, la belle ayant un bon ami, notre obsédé sexuel à la petite odeur curieuse a un rival...
Mais ce qui me frappe, c'est à quel point dans ce dessin animé en fin de course, le dessin est laid, l'animation saccadée et mal foutue, et l'intérêt très relatif. Au moins, le film nous donne-t-il une petite préfiguration de ce que fera Joe Dante dans Looney Tunes back in action où Daffy Duck et Bugs Bunny traversent dans un beau moment de surréalisme les tableaux exposés du Louvre: ici, on découvre à la faveur d'une exhalaison pestilentielle un nouvel angle pour des oeuvres de Dali, Millet, Grant Wood et Degas. Et j'ai failli oublier qui a le dernier mot: on n'allait pas visiter le Louvre sans LA voir, non?