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13 mai 2018 7 13 /05 /mai /2018 00:05

En 1994, Zemeckis  triomphé au-delà de toute espérance avec Forrest Gump: il aurait pu cesser toute activité, et se reposer jusqu'à la fin de ses jours sur ce film, un des rares des années 90 à avoir acquis et conservé le statut enviable de classique absolu et universel. Un film qui a révolutionné à sa façon le cinéma, tout en offrant une vision du passé, qu'on peut prendre ou laisser, mais qui est malgré tout une philosophie en soi, et qui parle, finalement, à la terre entière... Mais Zemeckis est un joueur, envers et contre tout, un artiste aussi; quand il s'exprime, il peur être cassant, voire désarmant parce qu'il donne l'impression de ne s'intéresser qu'à la technique. Mais ses films, ses séquences, ses plans mêmes parlent d'eux-mêmes...

Et Contact, le projet immédiatement suivant, nous montre le cinéaste se mettre en danger, car d'une certaine façon il tente d'y résoudre la quadrature du cercle: d'une part, il souhaite réaliser un film de science-fiction plausible, en utilisant la machine à mentir qu'est le cinéma (il vient de le prouver en faisant dialoguer Tom Hanks avec le président Kennedy!); d'autre part il entend confronter la foi en Dieu et la foi en la science au sein d'un film unique. Celui-ci est une adaptation d'un roman de Carl Sagan, qui a eu un énorme succès en 1985, d'ailleurs ravivé par le film. 

Ellie Arroway (Jodie Foster), une scientifique obsédée par l'idée de créer le contact avec les exta-terrestres, est récompensée le jour où elle reçoit enfin un message d'une intelligence inconnue. Avec l'aide de nombreuses personnes, elle va réussir à suivre les instructions des êtres mystérieux qui l'ont contactée, et tenter d'entrer en contact, à travers une mission qui connaîtra bien des péripéties... Mais en même temps, elle va entrer en conflit plus ou moins pacifique avec un supérieur, qui entend bien lui dérober la paternité de sa découverte (Tom Skerritt) et rafler les honneurs à sa place, un responsable ambitieux et sceptique de la défense (James Woods), plusieurs représentants de la foi Américaine, dont un sénateur de droite (Rob Lowe) qui parle au nom des fondamentalistes, un fou de Dieu (Jake Busey) tenté par le terrorisme, et surtout Palmer Joss (Matthew McConaughey), un jeune pasteur progressiste avec lequel elle a eu une aventure. Pour Ellie, la foi religieuse telle que Palmer la conçoit, qui croit en raison de convictions impossibles à étayer, est non-scientifique. Pour lui, la foi reste un élément indissociable de l'humanité. Les questions posées par le déroulement du film sont les suivantes: Ellie va-t-elle oui ou non rentrer en contact avec les aliens? Si oui, va-t-elle pouvoir retirer quelque chose au-delà de la satisfaction, de cette rencontre, qui lui permette d'avancer? Et enfin, va-t-elle se réconcilier avec Palmer, le convaincre ou être convaincue par lui?

En d'autres termes, Zemeckis choisira-t-il de céder aux sirènes du politiquement-et-religieusement correct en rangeant sa scientifique auprès des religieux, ou saura-t-il être un peu plus subtil?

Je ne répondrai pas, parce que la réponse fait le sel du film; ça, et bien d'autres choses: la façon dont Zemeckis inclut son film réaliste dans la fiction des images de synthèse, à moins que ce ne soit le contraire. Il y aura de la sale manie, dans les films d'animation des années 2000 (Beowulf en tête) où le cinéaste s'abîmera, mais la maîtrise qu'il garde sur son film de science-fiction est impressionnante. Il est d'ailleurs intimement lié à Forrest Gump: derrière Ellie Arroway, petit bout de bonne femme qui court contre l'univers entier, Zemeckis donne du sens à l'existence en honorant à la fois la part de conquête et de recherche du savoir inscrite en l'homme, et sa part d'absolu. Bref, il réussit à trouver une manière respectueuse de chacun d'allier la science et la foi, ou plutôt de les faire cohabiter. Sans jamais prendre parti, mais en épousant la part de merveilleux contenue dans la recherche spatiale, et en créant à partir de là un majestueux album d'images qui s'émerveillent d'un rien, et en faisant évoluer ses personnages dans des décors fabuleux (et souvent réels), Zemeckis crée un film d'aventures et de science-fiction à la fois concret et inépuisable: un film qui garde pour lui ses clés, laissant le spectateur se faire son idée. C'est aussi une montagne russe d'émotions, servi sur un plateau à une actrice de génie: bref, c'est un chef d'oeuvre. ...Auquel il faut accéder sans cynisme.

 

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction Robert Zemeckis Jodie Foster
12 mai 2018 6 12 /05 /mai /2018 18:48

Ce film de cinq bobines produit par la société Triangle est le cinquième de Douglas Fairbanks, son deuxième avec son complice préféré Allan Dwan, sa première contribution à l'écriture d'un film, et son premier western! Ca fait beaucoup pour un seul film, mais The Good Bad Man est suffisamment solide et pétri de qualités pour soutenir le choc... 

Sous le nom de "Passin' through" ("je ne fais que passer"), un bandit mystérieux (Douglas Fairbanks) irrite considérablement les braves gens et la loi des contés de l'ouest: en effet, il ne se comporte même pas comme un bandit: il vole un peu aux braves gens pour redistribuer aux enfants de père inconnu. Et systématiquement, il se contente de très peu, avant de faire des espiègleries. Le hors-la-loi trouve refuge auprès d'une bande de malfrats, sous les ordres de The Wolf" (Sam De Grasse), un monte-en-l'air autrement plus dangereux que notre héros. Il trouve aussi en la jolie Amy (Bessie Love) une cause à défendre, mais doit d'abord régler son problème principal: tuer le mystérieux Bud Frazer, qui a supprimé son père...

Bon, je ne révélerai pas l'identité cachée de Frazer, ce serait mal... D'autant que quiconque a l'habitude des mélodrames du temps du muet l'a déjà facilement trouvée! Ce film est un exemple de ce que faisaient Dwan et Fairbanks ensemble: du cinéma solide, riche en péripéties, mais aussi en liberté absolue, dans des décors fabuleux. Le héros est un personnage typique de Fairbanks: faussement enjoué, hanté par une quête, qui plus est liée à sa propre condition de garçon ayant grandi sans père, comme Douglas Fairbanks lui-même. Ce petit western qui a eu un énorme succès a décidé Douglas a récidiver, et à souvent revenir à la même formule, avec bonheur...

Tout ça est déjà fort intéressant, mais j'ai gardé le meilleur pour la fin: c'est aussi la première fois (Sur trois films en tout) que Fairbanks joue en compagnie de miss Bessie Love, et c'est vraiment la cerise sur le gâteau...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Western Allan Dwan 1916 Douglas Fairbanks **
11 mai 2018 5 11 /05 /mai /2018 16:33

Londres, mai 1997: le Travailliste Tony Blair (Michael Sheen) devient premier ministre après 18 ans de pouvoir conservateur. La reine Elizabeth II (Helen Mirren) est à la fois amusée (elle rappelle à qui veut l'entendre que c'est à elle que revient la tâche d'entériner le choix de la nation, et de le guider, comme elle l'a fait pour les neuf précédents), et agacée (Ce blanc-bec est affublée d'une réputation d'indécrottable modernisateur, et elle estime que Monarchie et modernité ne font pas bon ménage... De son côté, Tony Blair est lui aussi pris entre deux feux: avec le soutien de ses proches, dont son épouse Cherie, il entend en effet révolutionner la nation, et ce dès que possible. Mais il est aussi, et peut-être surtout, impressionné d'être amené à fréquenter la Reine...

Aout 1997: l'ex-princesse de Galles, Lady Diana Spencer, décède en compagnie de son petit ami, sous le pont de l'Alma à Paris. La nouvelle parvient assez rapidement au premier Ministre, mais aussi à la famille Royale en résidence à Balmoral. Chez ces derniers, des dissensions apparaissent: la Reine entend bien respecter le protocole, qui n'a rien de prévu en cas de décès d'un ex-membre de la famille Windsor; mais le Prince Charles souhaite que sa mère s'implique plus, ne serait-ce que par égard pour ses deux petits-fils. Tony Blair assiste à une situation inattendue: la famille Royale semble en quelques jours tout son crédit auprès de la population, qui ne comprend pas ce que la plupart des gens prennent pour de l'indifférence, pendant que l'entourage du Premier Ministre le pousse à tirer avantage de la situation en construisant sa popularité sur le dos de la Reine...

Ce n'est en aucun cas une biographie, juste une série de variations sur un petit bout d'histoire relativement récente; Ces quelques mois nous sont contés à l'aide de reconstitutions plus ou moins historiques (discours publics, obsèques de Diana, couvertures de journaux, reconstitution d'allocutions télévisées, mais aussi d'extrapolation sur ce que l'on sait ou ce que l'on peut deviner de la vie des protagonistes (un déjeuner chez les Blair, l'heure du coucher à Balmoral, une chasse entre le prince Philip et ses deux petits-fils, ou la rencontre entre Tony Blair vainqueur, et la Reine qui doit lui proposer de former un gouvernement, selon l'usage... Le script de Peter Morgan (manifestement très bien renseigné) est malin, tissant une série de liens intéressants entre les scènes, prenant finalement aussi bien la famille Royale que le premier ministre dans le même tourbillon... On peut regretter une tendance didactique un peu voyante, qui pousse les personnages à se parler de choses dont on n'imagine pas une seule seconde qu'ils parleraient dans la vraie vie, car le but est d'affranchir le spectateur: "Bonjour, M. Blair. Savez-vous que vous êtes mon dixième premier ministre?", ou encore "Majesté, vous allez rencontrer M. Blair. Savez-vous qu'il a reçu une éducation digne de la noblesse?"... C'est voyant et un peu irritant. Par contre, les idées surprenantes et pas forcément voyantes de mise en scène abondent: la façon dont les scènes se "répondent" parfois, ou se complètent, ou encore le choix de différencier les scènes situées chez les Blair (ils sont à la fin de leurs vacances, dans leur foyer) tournées en 16mm, et les scènes de la Famille Royale qui bénéficie de l'utilisation du 35 mm, apparaissant d'emblée plus luxueuse... 

Mais la grande force du film reste le fait de ne jamais prendre parti d'une façon ou d'une autre, et de laisser à l'écart du centre du film les gens qui auraient pu, pour une raison u une autre, en être les antagonistes: Cherie Blair et ses dents qui rayent le parquet, ou cet abominable vieux connard de Prince Philip, avec ses idées d'un autre millénaire, voire la Reine mère, totalement indifférente à la mort de la princesse, ne sont que tapisserie, dans le conflit inattendu qui oppose un premier ministre souhaitant aussi respectueusement que possible, montrer la voie à une Reine qui n'a pas, selon lui, choisi la bonne démarche dans la crise qui occupe le pays, et d'autre part une Monarque qui fait exactement comme d'habitude dans la mesure où elle n'a pas compris que l'opinion, et ce qu'elle attend de sa reine, a changé. La modernité, elle s'en rend bien compte, est déjà là...

Le film bénéficie aussi de l'impressionnante couverture médiatique des événements de l'époque, et si Frears s'est gardé de mélanger les acteurs (Mirren et Sheen) et les vrais protagonistes avec un indigeste mélange d'images authentiques et de recréation, il a laissé toutes les images ou presque de Diana et de la famille Spencer être représentées par des films d'archives. D'une part, par ce qui me semble être une distance respectueuse, ensuite parce qu'après tout, Diana Spencer n'est en aucune cas le sujet du film... Ce dernier tient probablement plus dans le rapport de face-à-face, hebdomadaire et emprunt de formalité, tout en étant foncièrement intime, entre la Reine et son Premier Ministre. Et avec ce film, on comprend que pour Elizabeth II Windsor, cette période durant laquelle il a fallu batailler contre la nation émue, et aller contre sa nature, a été finalement un traumatisme bien plus grand que l'annonce du divorce de Charles et Diana... Et Elizabeth... pardon, Helen Mirren est bien sûr fabuleuse. Mais bon, vous vous en doutiez un peu, non?

 

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Published by François Massarelli - dans Stephen Frears
9 mai 2018 3 09 /05 /mai /2018 16:35

Tous les ans, on organise dans la petite ville de Hindle une semaine de vacances, durant laquelle tou(te)s les employé(e)s de la filature Jeffcote, unique industrie locale, peuvent bénéficier de sept jours de liberté à Blackpool... C'est ce que font Fanny Hawthorn (Estele Brody) et son amie Mary (Peggy Carlisle). Durant le séjour dans les parcs d'attraction de la cité balnéaire, elles rencontrent une paire de gaillards qui les séparent. Si Mary, ce soir-là, rentre tôt, Fanny décide de passer du bon temps avec le fringant Allan Jeffcote (John Stuart). A son retour à l'hôtel, elle annonce à son amie qu'elle va le suivre à Llandudno, au nord du Pays de Galles, pour le reste du séjour; à Mary d'arrondir les angles auprès des parents de son amie, en envoyant une carte postale au bon moment, comme si de rien n'était, signée de Fanny et postée de Blackpool...

Tout ses serait bien passé si avant la fin du séjour, Mary ne s'était noyée. Pendant que Fanny et Allan terminent leurs vacances en amoureux, les parents de Fanny accompagnent leur ami et voisin, le père de Mary, pour récupérer les affaires de sa fille. Ils constatent que la jeune femme n'est pas là...

A son retour, l'explication va prendre des proportions homériques: d'un côté, les Hawthorn sont fâchés après leur fille, mais le conflit s'étend bien sûr à la famille Jeffcote, dont le fils Allan est fiancé avec la belle Beatrice, la fille du maire. Beatrice est amoureuse, et le maire compte clairement sur le mariage pour redorer son blason. Mais Chris Hawthorn et Nat Jeffcote sont de vieux amis, même si les circonstances ont fait de l'un l'employé de l'autre. Pour les parents Hawthorn, il est impératif qu'Allan épouse Fanny; chez le père Jeffcote, même son de cloche; la mère d'Allan, en revanche, ne voit pas pourquoi une petite amourette de vacances avec une employée remettrait en cause le mariage prévu; Allan, tout en pensant comme elle, imagine surtout qu'il risque son héritage à aller contre son père, et a gâché ses chances auprès de sa fiancée...

...Et Fanny dans tout ça?

La réponse à cette épineuse question vient à la fin de cette intrigue tirée d'une pièce à succès de Stanley Houghton, filmée ici pour la deuxième fois (il y en aura deux autres). La première version date de 1918, et est déjà une réalisation du vétéran Maurice Elvey, qui tourne des films en Grande-Bretagne depuis 1913. Je ne connais pas la première, probablement perdue; mais celle-ci, qui bénéficie de l'embellie généralisée du cinéma Anglais (Prend ça, Truffaut!) à la fin des années 20, lorsque la fréquentation des studios Allemands, et l'échange de techniciens et de stars avec le contient ont profondément transformé la cinématographie nationale.

Elvey a souhaité éviter par tous les moyens le théâtre filmé, ce qui était difficile compte tenu de la notoriété de la pièce, dans un pays où le théâtre est quasi intouchable et où le public n'aurait pas pardonné le sacrilège! Afin d'aérer l'intrigue, il s'autorise un prologue, en forme de description de l'usine, de son quotidien, du travail de ses employés. Il use aussi d'une métaphore récurrente, en concentrant la caméra sur les jambes des protagonistes, et leurs chaussures: par exemple, le père de Mary, veuf, est unijambiste, et ce fait est souligné à plusieurs reprises (dont un plan qui pique une idée à Hitchcock, dans le but d'obtenir un effet bien différent: les locataires du dessous entendent l'homme faire les cent pas au-dessus d'eux, avec sa jambe de bois: le plafond devient transparent...); quand elle se lève, Fanny a le choix entre une paire de vieux chaussons, et une paire, une seule, d'escarpins vernis. Mais Allan, de son côté, voit sa mère lui porter le matin une paire de chaussons, prise dans un placard qui contient une dizaines de paires de bottines neuves. C'est par leurs jambes que Maurice Elvey nous montre le trajet des employés et employées de la filature, puis quand l'heure du week-end arrive, il cadre les chaussures de travail qui sont mises de côté au profit de chaussures de ville...

Le metteur en scène prend un plaisir évident à filmer les hommes et les femmes au travail, et ce sera souvent de ces classes laborieuses que le point de vue viendra dans tout le film. Mais il montre aussi, en Nat Jeffcote, un patron juste, conscient de son autorité de classe, mais pas vraiment un exploiteur. Il considère son contremaître Hawthorn comme un ami, et lui dit souvent qu'il aurait dû s'associer avec lui quand ils étaient jeunes, comme Nat le lui proposait... Son épouse, en revanche, et son fils, représentent clairement l'esprit méprisable d'une classe qui a décidé d'en exploiter une autre. Mais plus encore, souvent cette exploitation sociale se double d'une exploitation de genre: car le fond de la pièce, et ce qui a fait un scandale important en 1912, c'est précisément de dénoncer le traitement différent réservé aux femmes, y compris dans un contexte qui leur permet de travailler ("Permettre" étant un bien grand mot: on comprend assez rapidement qu'il est nécessaire pour Fanny, qui habite chez ses parents et contribue au loyer, de travailler...). A ce titre, le film offre en Fanny Hawthorn une héroïne qui décide de ne pas se conformer aux modèles en vigueur, et à la morale Edwardo-Victorienne: elle réclame en effet le droit d'avoir, elle aussi, fait un écart de conduite en se laissant aller pendant une semaine, et refuse purement et simplement de se livrer au petit jeu du mariage avec un jeune homme qui lui en voudrait probablement toute sa vie...

Estelle Brody, et la plupart des acteurs aussi, sont excellents, et la réalisation d'Elvey est une splendeur, marquée par le plaisir de saisir la vie de la classe ouvrière Britannique dans ses plaisirs, et dans son travail. Elvey est inspiré aussi par Blackpool et ses attractions, qu'ils filme en contrebande, dans leur vérité... Par contre, il trouve dans les ressources de la lumière (l'un des opérateurs, au fait, est Jack Cox) la dignité nécessaire à la scène durant laquelle le père de Mary se retrouve dans la dernière demeure de sa fille. Elvey a aussi reconstruit en studio une rue ouvrière du Lancashire avec soin, et une usine, dans laquelle la dernière scène enfonce le clou: la plupart des ouvriers sont partis, mais seule en piste Fanny fat tourner la baraque. Un ami, Alf, qui tourne autour d'elle, lui demande si elle veut aller au cinéma avec elle le soir même... Elle le regarde des pieds à la tête, sourit, et... dit oui.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1927 Maurice Elvey *
8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 17:39

Africa est, comme le film My Pal Paul du même Walter Lantz, un dessin animé qui a pour but de contribuer à promouvoir sans trop en avoir l'air le musical The King of Jazz, dont il reprend certain éléments du cartoon qui en était l'introduction. En villégiature en Egypte, le lapin Oswald y danse avec une reine d'Egypte un peu (mais pas trop) sexy, et se bat avec des lions, et autres animaux...

Ce serait totalement anecdotique, sauf pour un ou deux détails du générique... Les noms qui y figurent sont impressionnants: les voix en sont assurées par Pinto Colvig, qui allait être la voix de Goofy quelques années plus tard pour Disney. Un autre nom lié à Disney était l'animateur principal, Clyde Geronimi, qui allait un solide réalisateur de la firme de Burbank durant une trentaine d'années. Sinon, les noms de Ray Abrams et Fred "Tex" Avery sont également ceux de futurs animateurs et réalisateurs de talent...

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Published by François Massarelli - dans Animation Pre-code
8 mai 2018 2 08 /05 /mai /2018 17:29

C'est en 1927 que Ub Iwerks et Walt Disney ont créé ce personnage, qui sera ensuite distribué par Universal. Mais le personnage s'avérant insatisfaisant, Disney va demander à Iwerks de revoir sa copie, avec, je ne sais pas, moi, une souris par exemple? 

Donc bonjour Mickey, exit Oswald: celui-ci, dans un premier temps, a été continué pour alimenter les programmes Universal, ce qui explique qu'on en ait quelques minutes en ouverture de l'extravagant musical en Technicolor consacré à la musique de Paul Whiteman, The King of jazz

Dans ce film produit dans la foulée, Oswald cherche à se pendre. Il est secouru par rien moins que Paul Whiteman, qui chante et danse avec lui, avant qu'ils décident de ne plus être copains. Du coup, le chef d'orchestre essaie de pendre le lapin...

Vous avez bien lu: on est bien loin de l'esprit policé des dessins animés ultérieurs! Mais il ne faut surtout pas chercher la cohérence dans un court métrage d'animation des débuts du sonore, où chaque geste est d'abord pensé en fonction de la synchronisation, et non afin de donner libre cours à la motivation d'un personnage! Et le film avait probablement pour fonction d'être une sorte de publicité subliminale pour le dispendieux musical... dont il recycle quelques éléments d'animation. Notons pour finir que parmi les animateurs de ce film, figurent Clyde Geronimi (futur animateur et réalisateur chez Disney), mais aussi Ray Abrams (Qui allait, lui, travailler un peu partout, dont la MGM à l'époque de Tex Avery).

 

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Published by François Massarelli - dans Animation Pre-code
7 mai 2018 1 07 /05 /mai /2018 18:14

Que serait devenu le cinéma Suédois muet sans Selma Lagerlöf? Stiller a réalisé Le trésor d'Arne, Sjöström La charette fantôme... Le premier a aussi réalisé ce film, adapté du premier roman de la future lauréate d'un prix Nobel de littérature (1909). Mais l'auteur de cette adaptation de la Saga de Gösta Berling a du batailler ferme contre la grande dame, qui goûtait assez peu son sens du spectaculaire, tout en appréciant son propre rôle d'inspiratrice du cinéma national; ironiquement, Stiller était assez clairement en service commandé avec ce film, qui permettait à Charles Magnusson, le patron de la compagnie Svensk Filmindustri, d'espérer avoir un parfait film-étendard pour représenter le cinéma Suédois; de plus, Stiller entendait bien faire définitivement la preuve de ses capacités, car le départ à Hollywood semblait évident; enfin, avec cette spectaculaire production, le metteur en scène formait une nouvelle actrice qui l'enthousiasmait plus que de raison: Greta Gustaffson, rebaptisée Garbo, avait du génie, et en plus la caméra de Julius Jaenzon l'adorait... Bref, on l'aura compris, l'heure n'est pas à la subtilité...

Gösta Berling (Lars Hanson) traîne comme un boulet une réputation de prêtre défroqué; il a bien essayé de se recycler: il a été amoureux d'une jeune femme, la belle Ebba Dohna (Mona Martenson), que sa tutrice souhaitait marier à un roturier, afin de rafler son héritage. Berling était au courant de la machination, mais pensait que la jeune femme l'aimait vraiment, et n'avait donc pas révélé son statut. Hebergé avec d'autres gentilshommes de fortune, les "Chevaliers" (Un titre hautement ironique) à Ekeby, Gösta Berling cherche mollement sa rédemption en assistant, de façon plus ou moins impliquée selon les cas, aux aventures compliquées de trois familles de notables:

D'une part, la tutrice d'Ebba a fait revenir son fils Henrik (Torsten Hammaren), qui s'est marié avec une jeune et belle Italienne, mais on peut franchement se demander comment cette créature de rêve a bien pu se marier avec une telle andouille... D'ailleurs, après avoir rencontré Gösta, la belle Elizabeth (Greta Garbo) se le demande aussi. D'autre part, les riches Melchior et Gustavfa Sinclaire (Sixten Marmelfelt et Karin Swanström) ont une fille, la belle Marianne (Jenny Hasselquist), qui flirte un peu trop avec le flamboyant Berling. Ce qui va pousser son père à mettre la fille dehors: littéralement, et en plein hiver Suédois... Enfin, le manoir d'Ekeby est la propriété d'une femme (Gerda Lundequist), l'épouse d'un militaire qui doit être le dernier à ne pas savoir que le legs de cette propriété à son épouse par un homme très puissant, avait été le fruit d'un adultère... mais quand il l'apprend, le mari se fâche et met la dame d'Ekeby dehors, lui aussi...

De saga, il n'y a pas vraiment; c'est plutôt une série de mésaventures dans lesquelles Gösta Berling lutte à la fois contre les notables qui le méprisent, et contre lui-même: à la recherche de la rédemption, le fier 'chevalier' s'interdit en effet de toucher au bonheur. Stiller, de son côté, s'interdit de développer de façon fine la psychologie de ses personnages, préférant accentuer le coté flamboyant et improbable de son film. Par moment, Lars Hanson est sur un registre qui l'apparenterait presque à Ivan Mosjoukine, d'ailleurs, dont le Casanova n'est pas très éloigné. Si ce n'est que le séducteur Vénitien, lui, sait profiter de toutes les situations!

Le film est divisé en deux parties, mais Stiller a soigné certaines séquences, situées dans la deuxième moitié du film: afin de leur donner tout leur poids, il a transformé la première époque en une sorte d'exposition qui nourrira ensuite de tension dramatique les éléments qu'il veut rendre les plus importants dans l'autre moitié. Mais le film reste un impressionnant effort, par ses costumes, par la reconstitution ironique d'un monde de castes, et par la vitalité de la mise en scène. La façon dont les actrices, en particulier Jenny Hasselquist et Greta Garbo, sont filmées, les personnages de comédie (L'impayable Henrik Dohna)... Il y a beaucoup à prendre dans ce film.

Mais soyons juste: il y a sans doute une raison pour laquelle on parle tant, d'une part de ses deux scènes les plus spectaculaires: l'incendie d'Ekeby, pour lequel la production a incendié pour de vrai une habitation, ce qui permet à Lars Hanson de payer raisonnablement de sa personne, et bien sûr la spectaculaire poursuite sur un lac gelé, Garbo et Hanson étant en traîneau, poursuivis par une meute de loups... D'autre part, la principale raison pour laquelle on parle encore de ce film, c'est probablement Greta Garbo, dans un rôle que Stiller a gonflé de manière à utiliser au maximum ses compétences. Dès le départ, le beau visage de l'actrice, et ses yeux, illuminent le film. 

Pour finir, on peut remarquer l'ironie qui consiste, pour Magnusson, à mettre en chantier un film pour montrer la toute-puissance du cinéma Suédois, à l'heure où tous ses grands noms partent pour l'étranger: Hasselquist pour l'Allemagne, et Stiller, Sjöström, Garbo et Hanson pour Hollywood... Cette Saga de Gösta Berling devient donc le chant du cygne de la cinématographie muette Suédoise...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Mauritz Stiller 1924 Scandinavie Greta Garbo *
6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 17:11

Chez Hal Roach, dans les années 20, on aime bien créer des équipes. Bien sûr, Harold Lloyd a montré le chemin dès 1915, en associant systématiquement son personnage de "Lonesome Luke" avec son comparse Snub Pollard, puis en reconduisant l'équipe pour ses premiers courts métrages avec lunettes, les deux étant toujours complété par Bebe Daniels, jusqu'au remplacement de cette dernière par Mildred Davis. Ensuite, le studio a été crucial pour le succès de deux autres équipes, Our gang, et évidemment Laurel & Hardy.

On va le dire tout de suite: on pense à ces derniers quand on contemple cet échec sublime qu'est la tentative de créer une équipe féminine avec Marion Byron et Anita Garvin. La tentative ne serait toutefois pas la dernière, puisque deux autres duos allaient être tentés, tous deux autour de la belle Thelma Todd, avec Zasu Pitts, puis Patsy Kelly. Mais je garde une affection particulière pour le duo Garvin – Byron, ne serait-ce qu'en raison du génie des deux comédiennes, si différentes l'une de l'autre, mais aussi si différentes dans leurs films en duo, de leurs personnages habituels...

Elles sont, pour leur premier court métrage, deux employées de restaurant qui sont un peu le dernier recours pour les occasions où un restaurateur a besoin de serveuses, en toute urgence. C'est précisément ce qui arrive à Max Davidson, qui tient un établissement dans une gare perdue au milieu de nulle part, et il va le regretter... Le film fonctionne sur le principe d'une série de running gags, avec accumulation et beaucoup, mais alors beaucoup de gags physiques... Outre Max Davidson, on verra Edgar Kennedy en chef de gare irascible, un rôle taillé pour lui. Et comme dans d'excellents Laurel et Hardy, le film se termine par une bataille inattendue, cette fois effectuée à coup d'escalopes ruisselantes de sauce...

Dans ce qui reste un film incomplet aujourd'hui, on voit que dans un premier temps Anita et Marion était non seulement opposées par la taille, mais aussi par un enlaidissement systématique de Marion Byron. Elle est mal fagottée, et on sent chez elle une sorte de pendant à Harry Langdon, en plus maladroite que franchement lunaire. Le film est excellement mis en scène avec un sens du rythme qui évidemment fait merveille devant le stress monumental installé par le patron qui doit servir un restaurant rempli et leur fournir un déjeûner en très peu de temps, mais aussi quelques prouesses de cadrage. On applaudira en particulier le choix de traiter une scène de ruée vers le restaurant, déj drôle en soi, en plaçant la caméra au sol, offrant ainsi une vue cruelle de Max Davidson se faisant allègrement piétiner...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Max Davidson
6 mai 2018 7 06 /05 /mai /2018 09:34

Dès le départ, l'intrigue vous agrippe et ne vous lâche plus: lors d'un hiver Suédois particulièrement rigoureux, sous le règne de Jean III au seizième siècle, trois mercenaires Ecossais emprisonnés pour leur indiscipline (Officiers, ils poussaient leurs hommes au pillage) s'évadent d'une tour où ils étaient gardés. Ils parcourent de nombreux kilomètres avant de s'arrêter à un presbytère. Ils massacrent tous les convives d'un repas qui s'y tenait, sauf une jeune femme qui réussit à se cacher... Puis les trois hommes s'enfuient avec leur trésor: un coffre rempli de bijoux et d'argent, amassé par le vicaire de la paroisse, le seigneur Arne.

Elsalill (Mary Johnson), la jeune femme qui a échappé à la mort, et qui vit désormais dans l'obsession de cette nuit de sauvagerie durant laquelle elle a vu mourir sous ses yeux sa soeur adoptive, que les trois mercenaires ont délibérément choisie comme étant leur dernière victime, est recueillie par une famille de la région. Un jour, trois seigneurs richement vêtus, tous Ecossais, prennent pension à l'auberge locale: ils cherchent à retourner chez eux, et un bateau est coincé dans la baie, pris dans la glace, qui pourrait bien être leur chance de salut. Mais pour ça, il leur faudra attendre: en effet, la glace n'a pas l'air de vouloir se rompre. Elsalill rencontre l'un d'entre eux, Sir Archie (Richard Lund), et tombe amoureuse. Lui sait qui elle est, car il l'a entendue parler de son traumatisme. Mais elle, saura-t-elle reconnaître derrière l'homme qui l'aime, le meurtrier de sa famille?

Une aide inattendue va alors être fournie à la jeune femme lors d'un rêve: le spectre de sa jeune soeur disparue va lui indiquer la voie...

C'est un film fabuleux, dans lequel Mauritz Stiller a méthodiquement écrit un script en compagnie du futur réalisateur Gustav Molander, qui reconstruit le roman de Selma Lagerlöf autour d'un certain nombre d'axes: d'une part, Stiller souhaite atténuer la part du fantastique de ce conte médiéval, en le baignant le plus possible dans le réalisme; ensuite, il organise son récit comme il en avait l'habitude, autour de quelques scènes spectaculaires ou excitantes. Ainsi, la structure dicte le suspense au metteur en scène, qui ne se prive pas de donner au spectateur un maximum de clés sur les scènes à venir. Le meilleur exemple est sans doute la façon dont Stiller négocie les quarante premières minutes du film: l'évasion nous est contée par le menu, qui plus est filmée dans une petite tour dans laquelle la place n'est pas un luxe! On est au plus près des corps, et de la violence évidente qui habite ces trois mercenaires hirsutes... Leur périple vers les lieux du massacre est conté en quelques plans, sans exagération ni amoindrissement. Leur faim, leur fatigue sont réelles: Stiller n'a pas besoin de charger la barque en faisant d'eux des êtres maléfiques, ils sont juste motivés par leur survie. Pendant ce temps, il utilise le montage parallèle afin d'inviter le spectateur à mieux appréhender l'ensemble de la situation: les trois hommes trouvent d'abord refuge dans la cabane d'un pêcheur, qui rentre chez lui pur voir son épouse désarmée devant ces trois brutes qui ont mangé tout ce qu'elle avait, et ses sont endormis par terre: il les met dehors, dans le froid, sans aucun ménagement... Un homme de la région, Torarin, se rend chez le seigneur Arne ou tout le monde mange et fait tranquillement bombance. Mais l'épouse d'Arne entend des rémouleurs faire leur travail: une surimpression nous montre les mercenaires qui aiguisent d'immenses couteaux, pendant que Torarin louche sur l'immense coffre qui contient le légendaire trésor d'Arne. Stiller passe du presbytère aux trois soldats, puis à Torarin qui quitte les lieux et se rend dans une taverne, où quelques instants plus tard, on apprend que le presbytère est en feu. Les villageois, venus sur place, constatent le drame, et secourent Elsalill.

Ces séquences ont été montées avec une rigueur absolue, dans le but de mener à une séquence qu'on ne verra jamais, ou alors par bribes fulgurantes, à travers les souvenirs d'Elsalill. Et la violence qui est palpable en dépit de l'absence du massacre lui-même dans ce prologue, va rejaillir sur tout le film... Stiller a par ailleurs un allié de poids en la présence de l'hiver: c'est délibérément que la production a été commencée en plein coeur de l'hiver, le  février 1919. Stiller avait préparé son coup, en amenant un bateau dans la baie, et en laissant l'hiver faire son travail: en peu de temps, le bateau a été coincé dans les glaces... Toutes les scènes soulignent l'hiver, sans parler de l'utilisation d'un iris blanc (le même type que ce que Gance utilisera pour raconter l'hiver de Brienne dans le prologue de son Napoléon): les mercenaires évadés qui avancent avec difficulté dans la neige, ont sans doute eu assez peu de problèmes pour jouer leur scène, tant les condition ont l'air difficiles. Leur coup fait, les trois hommes abandonnent un traîneau, conduit par un cheval, en poussant l'animal vers un trou dans la glace: le plan est hallucinant... Enfin, Stiller et son chef-opérateur Julius Jaenzon vont souvent utiliser le cadre d'une façon inattendue: ils laissent souvent un côté entier des plans se perdre dans le flou, pour souligner encore un peu plus l'immensité blanche qui entoure les protagonistes, et ce petit coin de mer gelée perdu entre les rochers et le large...

Le principal atout de la deuxième partie du film est bien sûr l'histoire d'amour entre Elsalill et Archie, devenu un officier plus présentable une fois les oripeaux de l'évadé laissés de côté, et la barbe rasée. La jeune femme se doute de quelque chose, bien sûr, et comme je le disais plus haut, comprendra toute la situation grâce à un rêve qui lui indiquera la marche à suivre. C'est l'un des trois éléments qui restent d'un roman qui a la réputation de plonger plus avant dans le fantastique. Ce rêve de la jeune femme est complété par le fait que Sir Archie est hanté lui aussi par le spectre de la jeune femme. L'autre aspect est une légende qui sert de fil rouge à la deuxième partie, selon laquelle le bateau qui transportera les mercenaires Ecossais vers leur pays, serait coincé dans les glaces par la volonté divine, tant qu'il transporterait les meurtriers de Arne et de ses amis. Mais par son choix de confronter ses acteurs et personnages et ses acteurs à un hiver aussi authentique que possible, par le déchaînement de violence que le film contient, Stiller s'est senti obligé de garder au maximum les pieds sur terre. Il en résulte un jeu d'acteurs troublant par sa subtilité, en particulier pour Mary Johnson dont le rôle n'était pas facile: à charge pour elle de jouer une jeune femme beaucoup plus jeune, et confrontée non seulement à son désir, mais aussi à la plus angoissante des peurs possibles, celle d'être confrontée à l'homme qui a tué sa famille. On pourrait j'imagine faire une lecture de la sexualité féminine, à partir de ce qui arrive à Elsalill, mais ce n'est pas le propos principal de Mauritz Stiller: celui-ci, essentiellement, s'intéresse aux rapports compliqués entre culpabilité et humanité, à travers le personnage d'Archie, véritable meurtrier sauvage, et amoureux transi appelé à devenir le plus noble des hommes, au prix d'une rédemption qu'il est prêt à exiger... avec violence s'il le faut. 

Une situation inextricable, qui se résoudra par le sacrifice d'une jeune femme, qui n'a de toute façon plus la moindre échappatoire... Et un sacrifice qui conduira à une séquence sur la glace, que Stiller a conçu avec génie, et qui est sans doute un des plus beaux moments du cinéma muet: une procession de villageois endeuillés qui viennent au bateau emprisonné dans la glace, rechercher pour lui donner une sépulture décente la jeune femme qui leur a permis au prix de sa vie de mettre la main sur les hommes que la justice réclamaient... Devant les quelques plans qui nous montrent ce moment miraculeux, il n'y a pas d'autre solution que de se taire.

Dont acte.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Scandinavie Mauritz Stiller 1919 *
5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 17:45

Ceci est le deuxième des films Hal Roach réalisés en 1928 et 1929, qui mettaient en scène les deux actrices Anita Garvin et Marion Byron.

Si vous avec vu un certain nombre de courts métrages muets de Laurel et Hardy, vous connaissez Anita Garvin: elle était spécialisée dans les rôles de dame comme il faut, à laquelle il arrivait des tuiles monumentales. Parfois, sa participation se faisait à l'échelle d'un film, comme dans le superbe The second hundred years, où elle se bat de manière mémorable avec un petit pois qui refuse de se laisser enfourcher... Et dans certains cas, elle était une "cerise sur le gâteau", avec juste une petite apparition; le cas le plus célèbre est bien sûr ce gag situé en fin de The battle of the century, lorsqu'elle glisse sur une tarte à la crème, et se retrouve par terre, le séant baignant dans la préparation pâtissière. Anita Garvin avait un style, une présence physique et du génie.

Marion Byron est moins connue, mais elle a quand même au moins un titre de gloire, outre ses quelques apparitions chez Roach: c'est elle qui joue la petite amie de Buster Keaton dans Steamboat Bill Jr... mais chez Roach, allez savoir pourquoi, on a décidé de l'affubler de tenues qui l'enlaidissaient de manière considérable. Ainsi, dans Feed 'em and weep, le premier de leurs trois films, Anita Garvin est un peu le "clown blanc" du duo, alors que Marion Byron est l'élément perturbateur, la trouble-fête... C'est également le cas pour Going ga-ga

Dans ce deuxième film incomplet (Après un long purgatoire, il retrouvé un peu plus la santé, mais des fragments, dont le gag final, manquent toujours à l'appel), les deux femmes sont aux prises avec un bébé qui leur est tombé du ciel, et avec l'inspecteur qui enquête sur sa disparition: comment vont-elles éviter de passer pour les kidnappeuses? On imagine très bien Laurel et Hardy dans exactement la même situation... 

L'inspecteur est interprété par Max Davidson, très à l'aise en limier douteux qui se plante en beauté, attiré par la récompense et ne voyant pas que les deux jeunes femmes qu'il croise (et dont le comportement est tout sauf raisonnable) sont accompagnées de l'encombrant bambin...

La photo du haut est un cliché pris sur le plateau du film, mais voici des portraits plus traditionnels des deux actrices:

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Max Davidson