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30 avril 2018 1 30 /04 /avril /2018 16:22

Dans l'histoire du cinéma muet Allemand, on trouve finalement de tout: des films fantastiques, naturalistes, sociaux, des drames, des comédies, des documentaires, des "kulturfilmen" (dédiés à la Körperkultur, soit le culte du corps, du sport et de la bonne santé... épargnez-moi ces mines réjouies, les protagonistes ont tous fini par adhérer au nazisme), et... les films de montagne du bon Docteur Arnold Fanck. Celui-ci a commencé à tourner des longs métrages, des drames situés en montagne, à partir de 1920, et on considère généralement ce film de 1926 comme étant le plus important ou en tout cas le plus significatif. La formule en était quasi immuable: l'intrigue était située en bordure de la montagne et se chargeait de faire le tri entre les hommes (et les femmes), les vrais, qui affrontaient à grand renfort de muscles et d'exploits (pour lesquels les acteurs souffraient) les conditions extrêmes de la montagne, accompagnés de leur metteur en scène et d'une équipe réduite, et rompue à l'exercice. La raison de la cote d'amour pour celui-ci, j'imagine, est liée à la présence de Leni Riefenstahl, future égérie du cinéma nazi, et actrice et danseuse certes parfaitement capable. Sur laquelle je ne vais pas en faire des tartines: le talent n'excuse rien.

Dans les alpes, une station balnéaire accueille une danseuse, la belle Diotima (Riefenstahl). Elle rencontre deux amis, l'ingénieur Karl (Luis Trenker) et le jeune moniteur de ski Vigo (Ernst Petersen). Les deux hommes, qui ont forgé une amitié solide en parcourant la montagne, tombent amoureux de la même femme... 

Le film alterne d'une part les scènes du drame conventionnel, rehaussé d'un peu de lyrisme d'avant-garde avec les récitals de Diotima (Fanck filme Riefenstahl en ralenti, et la replace devant des surimpressions de la nature), et d'autre part, les scènes situées dans la montagne: acsension, compétition de ski. Fanck s'autorise aussi de nombreux passages allégoriques, dont une superbe vision de Karl, alors que sa vie l'abandonne: le jeune ingénieur romantique se voit arrivé en compagnie de la femme qu'il aime dans un palais de glace... c'est en cela que La montagne sacrée se distingue vraiment des autres productions de Fanck: il y a cherché une poésie qui dépassait le cadre de la montagne. De même, au début et à la fin, une vision de sommets mythiques, en surimpression dans le ciel, renvoie à la peinture de Böcklin. C'est frappant, mais le film reste quand même les pieds sur terre et le piolet dans la glace: si vous n'aimez pas la montagne, ni les surhommes qui l'affrontent... passez votre chemin.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 **
28 avril 2018 6 28 /04 /avril /2018 17:30

En 1763, une jeune femme (Paulette Goddard) condamnée à mort choisit l'exil pour éviter l'échafaud. Elle est donc déportée aux Amériques, pour y être vendue comme esclave. Durant la traversée elle tombe entre les mains de l'odieux traître Garth (Howard Da Silva) mais secourue par le militaire Chris Holden (Gary Cooper): la lutte à mort entre les deux hommes pour la jolie immigrante a commencé...

Côté pile, ce film est du pur DeMille, qui obéit à tous les commandements du metteur en scène:

I: L'Histoire, tu simplifieras, en te débrouillant pour qu'on ait un camp du bien et un camp du mal. Les Indiens font partie du décor, il n'appartiendront ni à l'un ni à l'autre.

II: Haut en couleurs, le film sera: en Technicolor, si possible, et tous les costumes seront l'occasion de convoquer l'une ou l'autre des trois couleurs primaires. Ca fera joli avec le vert des forêts.

III: "Malédiction!" tu diras: Les dialogues seront crétins au possible.

IV: Ici tu te tiendras en t'enroulant dans ta cape: la composition de l'image n'a pas besoin d'être plus élaborée que celle d'un film de 1916.

V: Tes copains tu placeras: comme d'habitude on trouvera bien un rôle pour Julia Faye, Henry Wilcoxon, etc... 

VI: Gary Cooper, en valeur tu mettras, car les foules viendront.

VII: L'ouverture du film, tu commenteras, car un film DeMille doit porter la marque du Professeur DeMille. Lyrique tu seras, y compris en parlant de Pittsburgh.

VIII: Un brin de sadisme réglementaire tu mobiliseras, car on veut du frisson. ...Les Indiens, peut-être?

IX: Paulette Goddard, en danger tu mettras. ...Les indiens, peut-être?

X: Paulette Goddard, dans la mesure du possible si on tient compte de la censure, deux ou trois fois tu déshabilleras.

Côté face, on a un film d'aventures qui ne tient évidemment pas debout, mais qui fait tout un tas de détours possibles pour amener ses héros (Goddard et Cooper, qui sont forcés de cohabiter avant que l'amour ne s'installe) d'un point à un autre. Et en chemin: Boris Karloff en chef Indien, du Technicolor rutilant, des rivières traîtresses, des montagnes grandioses, des rapides meurtriers, et des cascades inquiétantes, plus des Indiens qui effectuent le siège d'une garnison, et de multiples dangers pour la jeune femme. Le tout en courant dans le bois... C'est un genre à part entière, on l'appelle le "pré-western", et ma foi ça se laisser regarder... Quand on n'a pas un John Ford sous la main.

 

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Published by François Massarelli - dans Cecil B. DeMille Gary Cooper
28 avril 2018 6 28 /04 /avril /2018 08:06

Tracy Samantha Lord (Katharine Hepburn) s'apprête à convoler pour la deuxième fois en justes noces, cette fois avec un homme du peuple (John Howard), en quelque sorte: élevé à la force du poignet. Son précédent mari, C.K. Dexter Haven (Cary Grant) n'était pas un homme du peuple, mais il avait le défaut de la décevoir. Etait-ce sa faute à lui, ou, comme Dexter le suppose, à cause de l'intransigeance hautaine de la jeune femme? Afin de répondre à cette question, Dexter débarque la veille du mariage avec deux journalistes qu'il fait passer pour des amis du frère de Tracy: l'écrivain bougon (car pas reconnu à ce qu'il estime être sa juste valeur) Macaulay Connor (James Stewart), et la photographe maussade (d'être constamment flanqué d'un homme qu'elle aime et qui n'a pas fait le moindre commencement de geste en sa direction, en dépit de leur authentique amitié) Liz Imbrie (Ruth Hussey). En quelques heures, la vie de ces gens, de la famille Lord, mais aussi le mariage vont être secoués, pour ne pas dire bouleversés...

Tout tourne autour de Tracy, tout revient à Tracy. Elle est le fil rouge, mais n'est pas non plus la seule femme à donner du sel à cette intrigue: fidèle à son habitude, Cukor a su donner en peu de scènes un caractère inoubliable à Liz Imbrie, et n'a pas raté non plus les personnages de Dinah (Virginia Weidler), la petite soeur Lord (un peu un ange gardien pour Dexter), et de la mère de Tracy (Mary Nash). Mais le principal intérêt pour le spectateur d'aujourd'hui reste la mécanique combinatoire: Hepburn + Grant; Grant + Stewart; Stewart + Hepburn; et bien sûr, Hepburn + Grant + Stewart. 

Le film est adapté d'une pièce de Philip Barry, qui a eu un énorme succès, et dont le rôle principal était écrit dans le but d'être interprété par Hepburn, justement; celle qui était devenue "Box office poison" selon l'expression consacrée fait donc un remarquable retour à l'écran après quelques années sur les planches, avec ce film qui va enfin changer son image auprès du grand public. On peut émettre l'hypothèse que Kate Hepburn, dans ce film, joue son propre rôle tant la jeune femme de la bonne société du Connecticut se retrouve dans le rôle de Tracy. Il a donc fallu une bonne dose d'auto-pastiche pour interpréter le rôle, dans une intrigue dont tout repose sur un certain nombre d'échanges, et sur le fait qu'en dépit de sa tentative de contrôler toute la situation, Tracy reste évidemment le jouet de Dexter jusqu'au bout.

Le parcours de la jeune 'socialite', ce terme désignant une femme de la bonne société, passe par une interrogation: doit-elle se marier avec l'homme du peuple, bien sous tous rapports, mais qui a tendance à être ennuyeux? le jeune journaliste pourrait-il être le bon? après tout, il a écrit un livre qu'elle trouve fascinant, et il est pétri de caractère, c'est le moins qu'on puisse dire... Ou une troisième solution: même si leurs rapports conjugaux ont fini sur une notoire fausse note (Une séquence entièrement muette nous la présente au tout début du film), elle reste attachée à Dexter, comme le reste de la famille d'ailleurs. Ca fait un paquet de dilemmes, à la veille d'un mariage qui par dessus le marché convoque toute la bonne société de Pennsylvanie.

Cukor y raffine son style: de la comédie qui ne craint pas de laisser les acteurs se débrouiller par eux-mêmes, le réalisateur croyait en leur compétence, et il avait raison; mais le metteur en scène, qui suit de très près ses interprètes, sait aussi dévier en toutes circonstances vers le drame, sans en avoir l'air. C'est comme ça qu'il a réalisé tant de classiques, dont celui-ci est l'un des plus importants. Mais je reste persuadé que la vraie cerise sur le gros gâteau, ici, c'est James Stewart: il est hallucinant.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie George Cukor Cary Grant
27 avril 2018 5 27 /04 /avril /2018 18:35

Entre 1924 et 1926, Claude Friese-Greene, fils du pionnier William Friese-Greene, et lui-même inventeur d'un procédé de cinéma en couleurs, a sillonné les routes de Grande-Bretagne de la Cornouailles à l'Ecosse, puis en retournant vers Londres, dans le but de réaliser une série de travelogues: des films de voyage, qui détaillent tel ou tel aspect des lieux visités. le genre d'expérience stérile qu'on balaierait volontiers d'un revers de la main, si ce n'tait pour un certain nombre de points: le système de couleurs, tout d'abord, particulièrement daté, donne un aspect à la fois fidèle et irréaliste aux endroits visités. Ensuite, la série, divisée en 26 épisodes, se voulait un voyage à la fois pédagogique, et de pur plaisir, dans une Grande-Bretagne qui ne s'arrêtait pas de vivre pendant le passage des cinéastes. C'est donc fait avec un certain humour, et ça nous montre une Grande-Bretagne qu'on n'en revient pas de reconnaître, justement, près de quatre-vingt-dix années plus tard...

Ce long métrage n'est pas d'époque: il est une compilation des films de la série, qui résume en 62 minutes le voyage intégral. La couleur (le procédé n'était historiquement pas au point, et ça se voit) a été restaurée au mieux, c'est-à-dire qu'on n'aura pas une fidélité très évidente, mais comme je le disais plus haut, le procédé ajoute une poésie particulière, un peu à la façon du Technicolor deux bandes... Et si on peut objecter devant les tentatives d'humour d'une époque politiquement incorrecte ("Notre hôte connaissait comme tous les Ecossais la valeur de l'argent", ou à propos d'un groupe de mineurs, des "gueules noires" Galloises, une remarque déplacée sur le savon), on a l'impression très agréable (aussi futile soit-elle) de faire un voyage dans le temps, sans aucun drame ni conséquence...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926
27 avril 2018 5 27 /04 /avril /2018 18:17

Après Zaza et Manhandled, Stage Struck est le dernier des trois films actuellement survivants de la collaboration entre Gloria Swanson et Allan Dwan à l'époque du muet. Gloria Swanson était une star de la Paramount, depuis ses films avec Cecil B. DeMille entre 1919 (Male and female) et 1921 (The affairs of Anatol). Une fois finie la collaboration avec le grand metteur en scène, la star était passée par une période durant laquelle elle interprétait des films pour Sam Wood, dont le seul que j'aie vu (Beyond the rocks) n'a définitivement rien de convaincant. Les films de Dwan ont de nombreux mérites, et le premier est d'avoir su faire descendre (momentanément, semble-t-il) la diva de son piédestal... Comme les deux précédents, celui-ci est une comédie, qui s'attache essentiellement à la vie du personnage interprété par Gloria Swanson.

Dans une toute petite bourgade de Virginie Occidentale, sur les bords de l'Ohio, Jennie Hagen (Swanson) est serveuse dans un petit restaurant familial, et elle rêve: elle se voit sur les planches, où on pourra venir l'admirer sans réserve. Non qu'elle ait la vocation du théâtre, non: c'est qu'Orme (Lawrence Gray), l'employé du restaurant qui fait les crêpes, est fou de théâtre, et obsédé par les artistes. Jennie est donc persuadée qu'il n'aura d'yeux que pour elle à partir du moment où elle sera une grande artiste. Quand un "showboat" accoste en ville, avec sa promesse de spectacles pour tout le monde, il amène de nouvelles actrices pour l'admiration d'Orme, dont la sculpturale vamp (Lillian Lyons), mais aussi une opportunité de percer enfin sur les planches pour Jennie...

C'est un film formidable, qui se situe dans une Amérique qui est à peu près celle de Harold Lloyd (dans son versant "rural"), avec des situations qui permettent à Gloria Swanson de déployer toute l'étendue de son talent, dans le rôle d'une jeune femme inepte à force de vouloir bien faire. Et on est parfois proche de Buster Keaton, dans une mise en scène qui suit le personnage principal: Allan Dwan et Gloria Swanson ensemble, avaient tout compris à la comédie. Et ce film touche constamment juste, sans jamais se moquer des personnages, mais sans non plus les épargner totalement. Gloria Swanson se moque ouvertement de s propre image avec un humour assez féroce, et pratique sans aucune retenue la comédie physique! Il faut la voir participer à une désastreuse parodie de match de boxe (arbitrée par le grand Ford Sterling), ou accrochée à l'ancre d'un bateau, avec deux gants de boxe dont elle n'arrive pas à se débarrasser...

Si on ajoute l'excellente surprise d'une utilisation du Technicolor (Sur un rêve de théâtre en tout début du film, puis sur le final en forme de conte de fées) qui est exemplaire, voilà 84 minutes à voir et revoir. Quel dommage que la collaboration entre le metteur en scène et la star ait fini avec ce film...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Allan Dwan Gloria Swanson 1925 Technicolor **
27 avril 2018 5 27 /04 /avril /2018 13:46

Ce projet à part de Jean-Pierre Jeunet est un très court film d'animation, basé sur le poème de Jacques Prévert, Chanson des escargots qui vont à l'enterrement. Jeunet en a construit les marionnettes et écrit le sujet, qui est finalement très simple: des animaux (tous construits en matériaux de récupération) déclament chacun un vers du poème, et leur voix est systématiquement celle d'un acteur ou d'une actrice de la "galaxie" Jeunet (ils sont tous là, ou presque: Serge Merlin, Jean-Claude Dreyfus, Yolande Moreau, Audrey Tautou, Jean-Pierre Marielle...). le résultat est de la pure poésie.

Mais le film ne s'est pas fait simplement: Jeunet en est le principal inspirateur, et le concepteur de chaque plan, alors que Romain Segaud en a effectué l'animation, qui est en apparence simple, mais en réalité splendide. A l'heure de sa "muséification", alors que les nouveaux projets se sont raréfiés au point qu'il n'en a officiellement plus (on croise les doigts), Jeunet s'autorise une halte au vert pays de sa jeunesse d'animateur... sans rien céder de son propre univers.

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Published by François Massarelli - dans Animation Jean-Pierre Jeunet
26 avril 2018 4 26 /04 /avril /2018 08:36

Le Canadien Paul Haggis interroge, mais il n'est pas là pour nous donner les réponses. Son premier film, le très controversé Crash (qui à la faveur d'un arrangement s'est trouvé affublé d'un encombrant et fort décrié Oscar du meilleur film), auscultait sous le prétexte du rapport obsessionnel de l'Angeleno moyen à ses véhicules, les rapports humains sous l'angle du racisme et de l'héroïsme quotidien. Parfois il faisait mouche en nous montrant toutes les nuances des rapports entre ethnies, et parfois, il se vautrait dans la facilité. Ce nouveau film est cette fois centré sur un personnage précis, qui a une quête; celle-ci, pour tout vous dire, n'était pas dans son plan de vie: Hank Deerfield, un ancien militaire retraité, qui a trouvé dans une petite entreprise une continuation maussade de sa longue vie de baroud, apprend que son fils Mike, qui aux dernières nouvelles était en Irak, serait revenu aux Etats-Unis depuis peu, et aurait disparu de sa base militaire. 

Il se rend donc sur place, et commence son enquête avec des certitudes sur ce qu'est un militaire, sur la moralité et la droiture de son fils, sur la raison d'être de l'armée... Il va être confronté au pire, et tous ses verrous vont sauter les uns après les autres. Mais surtout il va lui falloir faire son deuil car son fils qui a survécu à l'Irak, est mort des suites d'un règlement de comptes absolument crapuleux...

Hank est interprété par Tommy Lee Jones, ce qui est une excellente nouvelle: il est splendide. Chez lui, aucune tentation de rendre le personnage un peu plus séduisant lorsqu'il s'agit de montrer que ce Deerfield est effectivement un brave homme, mais surtout qu'il est irrémédiablement borné. Il incarne cet esprit, qu'en d'autres temps on a appelé "The silent majority", la majorité silencieuse qui s'interdisait de verser dans le moindre doute sur la validité des combats de l'Armée Américaine à l'étranger, par exemple. Et il n'est évidemment pas prêt pour le monde auquel il est confronté... 

Parmi les personnages qui gravitent autour de lui on s'attache essentiellement à Emily Sanders (Charlize Theron), inspectrice de police locale qui a du mal à s'intégrer dans l'équipe qui lui reproche d'avoir couché avec leur supérieur. Cette maman séparée à laquelle on refile tous les sales boulots va elle aussi changer sa manière de voir les choses. Haggis charge-t-il un peu trop la barque? Il a ajouté beaucoup de choses, autour d'Emily comme de Hank: des batailles sans fin entre la police locale et la base militaire, une réflexion certes bienvenue mais un peu lourde sur la loi du silence dans l'armée, et une affaire navrante qui va être un déclencheur por Emily: une visiteuse fréquente du poste de police est une jeune femme de militaire (Zoe Kazan) qui vient régulièrement se plaindre du traitement de son mari envers... son chien. Mais ce qu'Emily ne décode pas, ou trop tard, c'est que le jeune femme va mourir à la suite des coups de son époux.

Dans un film de facture classique, dont la mise en scène adopte le point de vue de ces deux humains en crise, Haggis nous livre au moins une interrogation salutaire sur les institutions, et sur la crise morale d'une civilisation entière en proie au chaos. Le recours à la Bible, aveugle et sans aucun recul, qui est caché derrière le titre (allusion à l'histoire de David et Goliath, à laquelle Hank croit dur comme fer) n'est que l'un des nombreux symptômes. Et la "paire" formée par le vieux dur à cuire et la jeune inspectrice est à mettre au crédit de ce film.

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Published by François Massarelli - dans Paul Haggis Zoe Kazan
25 avril 2018 3 25 /04 /avril /2018 14:39

L'unique film du metteur en scène de Broadway John Murray Anderson, spécialisé dans les "prologues" pour séances de cinéma (Voir à ce sujet l'excellent Footlight parade de Lloyd bacon, chaudement recommandé pour l'excellence de ses séquences musicales réalisées par Busby Berkeley), est cette production controversée de 1930. La principale controverse en réalité provient du titre: on attend évidemment en 2018 d'un film qui s'appelle The King of Jazz, qu'il nous présente du jazz, ou qu'il y ait un rapport avec la musique Afro-Américaine... Or il n'en est rien. Et pour cause.

Car en 1930 si rien ni personne ne peut vous empêcher quelle que soit votre origine ethnique d'écouter Duke Ellington, Louis Armstrong ou... Paul Whiteman, le mélange n'est pas possible sur pellicule. Sur scène non plus, d'ailleurs! Donc ce King of jazz est dédié à celui qui avait été ainsi surnommé par les médias de l'époque, le rondouillard chef d'orchestre Paul Whiteman. Les tenants d'un jazz pur et dur qui ont vu le film ont eu la dent dure avec ce personnage, qu'ils ont accusé de tous les maux. Ce qui apparaît dans ce film-revue, est que Whiteman était un vulgarisateur qui avait à coeur de fournir une musique populaire de qualité, et savait s'entourer: on entendra les légendaires instrumentistes ou chanteurs Bing Crosby, Frankie Trumbauer, Joe Venuti ou Eddie Lang (ces deux derniers, respectivement violoniste et guitariste, étant l'inspiration principale de la collaboration future entre Stéphane Grappelli et Django Reinhardt)... Les partitions portent aussi de grands noms, à commencer par George Gershwin. Excusez du peu...

Mais The King of Jazz avait plus d'un atout dans sa besace: une forme assez libre, un Technicolor rutilant, des séquences de comédie qui parfois duraient quelques secondes (et qui nous permettent de retrouver Glenn Tryon, Laura La Plante, Slim Summerville ou Walter Brennan, pour de rares fractions de secondes à l'écran), et un metteur en scène libéré des contraintes de la scène et qui pouvait s'approcher comme il le voulait de son show, plus une idée de génie, qu'on attribue à Whiteman lui-même: le film a été tourné en muet (du moins pour ses séquences musicales) et post-synchronisé ensuite. Ca paraîtra idiot, mais personne n'y avait pensé avant! On le voit, la Universal avait mis les petits plats dans les grands...

...Et pourtant le flop, malgré la popularité de Whiteman, a été retentissant. Du coup, le film a été découpé en tranches, afin que ses parties puissent nourrir les programmes de courts métrages durant quelques années. Aujourd'hui, la reconstruction diffusée sur blu-ray Criterion est donc un sauvetage miraculeux... D'un film qui serait sympathique, mais assez quelconque, s'il n'y avait l'intérêt historique d'y voir l'orchestre jouer une version de Rhapsody in blue tel que Ferde Grofé l'avait orchestré pour Whiteman en 1924, et en couleurs dans des décors délirants, entre art déco et kitschorama... Ou le plaisir bizarre du Technicolor Bichrome, décidément tellement plus séduisant que son descendant en trichromie... ou tout simplement le plaisir d'assister à la naissance d'un nouveau style de musical, dont les films de Berkeley seront les rejetons immédiats.

 

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Published by François Massarelli - dans Musical Pre-code Danse Criterion Technicolor
25 avril 2018 3 25 /04 /avril /2018 14:22

1972... Karen (Alison Lohman), une jeune journaliste en herbe enquête sur une histoire qui l'obsède: depuis son plus jeune âge, quand elle souffrait des séquelles de la polio, elle vouait une admiration inconditionnelle à deux animateurs de télévision mythiques, Lanny Morris (Kevin Bacon) et Vince Collins (Colin Firth); incontournables animateurs du Téléthon dans les années 50, ils s'étaient séparés professionnellement, suite à la découvertes mystérieuse et jamais élucidée d'une jeune femme morte, dans la chambre d'hôtel où ils venaient d'arriver, à peine 24 heures après leur dernière contribution au marathon médiatique... Aucun d'entre eux n'ayant été dans la chambre en question, il semblait impossible que l'un ou l'autre ait fait le coup. Karen prend contact avec les deux hommes, ce qui n'est pas facile, mais surtout elle va s'approcher beaucoup trop près de ses deux idoles.

C'est raté. L'intrigue est en soi pas si complexe que ça, mais on a le sentiment que les scénaristes ont maquillé leur script afin de rendre les découvertes successives et la progression plus dramatiques. Alors que ce qui aurait compté, c'est essentiellement de démêler les rapports complexes entre les personnages: Lanny et Vince, comme Karen, apparaissent bien différents de leur légende de départ: la jeune femme qui a échappé à la maladie dans sa jeunesse est devenue une journaliste à la force de sa volonté, mais elle est aussi fortement imbue d'elle-même, manipulatrice et incapable d'écrire un texte sans se mettre en scène. Les deux animateurs assumaient chacun un rôle: Lanny, odieux et provocateur, et Vince, clown blanc qui fait retomber les pieds sur terre en usant de son accent britannique pour désamorcer les conflits. Et l'enquête de Karen va révéler deux personnages aussi auto-destructeurs l'un que l'autre, mais à l'équilibre inversé: Vince, constamment drogué, et qui se réjouit de n'être plus célèbre car plus rien ne l'oblige à être gentil alors que Lanny réussit à rester finalement droit et sain...

Entendons-nous bien: Bacon et Firth sont splendides de bout en bout, et les séquences du passé, qui les montrent en action, ainsi que les coulisses (Que la narration nous révèle de plus en plus au fur et à mesure de la progression de l'intrigue), sont globalement formidables. La narration affiche un style à la Scorsese, avec plusieurs narrateurs (principalement Lanny et Karen), agrémenté de nombreux plans-séquence. Mais la reconstitution sonne souvent faux, parce que le principal personnage ne fonctionne pas. Alison Lohman a beau faire, on n'y croit pas une seconde... Et les scènes de descente aux enfers du sexe et de la drogue virent au ridicule achevé. Bref, on peut gentiment s'abstenir...

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Published by François Massarelli - dans Noir
22 avril 2018 7 22 /04 /avril /2018 11:13

A l'heure où l'on écrit beaucoup de fadaises sur la proximité éventuelle entre mai 1968 et le printemps 2018, il convient de se re-pencher sur ce film, tourné en pleine urgence, au printemps de cette désormais lointaine année qui semblait être le couronnement d'une décennie, en matière de troubles, révoltes, et protestations diverses. Une année durant laquelle il conviendra d'ailleurs de rappeler que le Printemps de Prague a été réprimé, que mai 1968 en France s'est terminé par un retour à la normale, et Martin Luther King et Bobby Kennedy ont été assassinés.

Le théâtre des opérations choisi par Lindsay Anderson et le scénariste David Sherwin était une école, une de ses écoles privées à l'ancienne, dans laquelle les garçons sont éduqués comme le furent leurs pères, grands-pères et j'en passe. Un système immuable, dans lequel on entend prévenir la sédition et former les jeunes gens à la hiérarchie sociale jugée nécessaire, en les faisant se charger de la discipline entre eux, tout en favorisant l'injustice de la violence, qui forge le caractère. Parmi ceux qui dérogent à ces règles, figurent Mick Travis (Malcolm McDowell), un élève de terminale, et ses copains... Ils tentent dans un premier temps de cohabiter avec le système, avant de se décider à le retourner contre lui...

Anderson, qui se définissait anarchiste, a mis beaucoup de son humour, de sa façon de voir les choses, et d'une sacrée envie de tout casser dans ce film, son plus emblématique, et franchement son meilleur, de très loin. Les souvenirs d'école cuisants, le rejet subi par quelqu'un qui était différent, le dépit de se voir harcelé par des gens qui sont massivement moins intelligents que vous: il a connu tout cela, et le fait passer par Malcolm McDowell. Mais justement, le film évite toute forme de réalisme, en dynamitant à plusieurs reprises la raison, surtout vers la fin, quand la révolte prend la forme d'une guérilla sanglante... Une lutte, répétons-le, symbolique contre l'oppression, pas un appel au meurtre de masse: à l'heure des "school shootings" aux Etats-unis, le film d'Anderson reste valide, car si l'école y est la principale cible, c'est toute une machinerie de répression mentale qui est visée. 

Quant à la mise en scène, elle adopte un ton souvent très classique, un peu à la façon de Bunuel, mais avec des embardées en dehors de la réalité, et un choix totalement arbitraire: couleur ou noir et blanc? ...Tout dépend de l'envie du moment.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie