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21 avril 2018 6 21 /04 /avril /2018 08:41

Des paysans harcelés par une bande de voleurs qui les pillent régulièrement décident de demander à des samouraïs de les épauler; ils se rendent en ville, et trouvent Kambei, un Ronin qui va les aider à recruter quelques hommes. Kambei trouve 4 autres hommes expérimentés, un jeune aspirant de bonne famille (Katsushiro), et se retrouve flanqué d'un simili samouraï, Kikuchiyo, qui est un clown, mais qui va vite s'avérer un atout de poids. Les sept hommes viennent chez les paysans, et s'installent avec eux pour préparer la défense du village.

Epique, le film de Kurosawa semble tellement classique qu'on en oublie à quel point il est révolutionnaire, tout en incarnant un fascinant confluent des genres du cinéma Japonais. A la tradition des films de Samouraïs et des films de sabre, aux ballets réglés et ultra-esthétiques, Kurosawa substitue insidieusement des combats qui vont devenir de plus en plus brutaux et de plus en plus réalistes au fur et à mesure de la progression de l'action... Il utilise aussi une de ses bottes secrètes, en installant le village dans lequel l'action des deux derniers tiers se situe sous un déluge, qui provoque une boue particulièrement tenace, qui rend les combats, et, j'imagine, le tournage, difficiles... il demande à ses acteurs de faire leurs propres cascades et le résultat, c'est qu'il s'agit de vrais humains qui doivent régir physiquement à de vraies difficultés. A ce titre, la dernière bataille est d'une violence incroyable...

Mais le film, situé dans une période d'incertitude chère à Kurosawa, pointe du doigt une réalité historique en même temps que des données sociales qui ont beaucoup contribué à consolider cet esprit de classe si particulier au Japon: à une époque durant laquelle aucun pouvoir central n'émergeait, le pays était en proie aux querelles permanentes entre clans, et les combattants faisaient la loi. Un paysan, dans ces conditions, n'était pas grand chose, et la survie entrainait parfois de sombres pratiques: c'est le sens de la découverte par les samouraïs chez l'un des paysans d'uniformes de combattants, tués par les paysans afin de se faire un peu d'argent... On retrouve une illustration de ce fait historique aussi bien dans Les contes de la lune vague après la pluie de Mizoguchi, que dans Onibaba, de Shindo... De fait, si les paysans et les mercenaires qu'ils ont engagés fraternisent le temps du combat, la fin laisse les samouraïs, tous indépendants et ne pouvant prétendre retourner dans aucun clan, sur le carreau, alors que les paysans reprennent leur travail comme si le fait d'avoir défendu enfin leur village contre les bandits n'avait été qu'une anecdote, et en effet, les samouraïs survivants partent dans l'indifférence générale. Donc, si le Japon dépeint par Kurosawa est un monde injuste à l'égard des paysans, il jette un regard extrêmement sévère sur eux, qu'il accuse finalement de profiter de tout, y compris de leur classement social indigne...

Le film n'est pas que ce puissant spectacle des combats, et cet ironique commentaire sur le japon ancestral: Les sept samouraïs est comme chacun sait une fête esthétique, de par le sens incroyable de la composition qui se manifeste en permanence, l'utilisation admirable de la profondeur de champ tout du long, des interprétations à couper le souffle, pas forcément discrètes et subtiles, mais le sujet et les personnages le permettent... La mise en scène est un modèle de ce qu'on peut faire en matière d'accumulation intelligente de personnages; la scène d'introduction de Kambei, par exemple, montre le samouraï en action, et va aussi installer dans le champ les deux personnages de Katsushiro, et de Kikuchiyo. Pas un dialogue ne sert à caractériser les uns et les autres, mais Kurosawa nous montre le leader dans ses oeuvres (Il doit se déguiser pour récupérer un enfant kidnappé), l'apprenti déja armé et habillé, mais pour qui tout reste à faire, et le vilain petit canard qui regarde la scène du coin de l'oeil avec son épée trop grande pour lui... La façon dont il utilise les mouvements de foule pour isoler les apparitions de ses personnages est un modèle de mise en scène pertinente...

D'ailleurs ce film est un miracle permanent, qui renvoie au western autant qu'à Shakespeare. Donc, le western a réagi, et 6 ans plus tard, John Sturges a fait un remake, très simplifié, du film, avec Eli Wallach en chef des bandits, et un assortiment de personnage westerniens qui sont très tributaires de certains clichés (Yul Brinner, Steve McQueen, Robert Vaughn, James Coburn...). on lit parfois ça et là chez certains commentateurs que Sturges a fait mieux que Kurosawa en matière de personnages, puisqu'ils sont tous caractérisés dans le western, alors que seuls trois surnagent dans le film japonais: c'est un délire, qui tend à prouver que certains critiques ne voient pas les films dont ils parlent! De plus, Horst Buchholz, qui a la tâche de reprendre les rôles de Kikuchiyo ET Katsushiro, est ridicule, jouant plus mal que mal. Mais de toute façon, avec ses décors sublimes, son scope, sa musique, le film reste un monument de plaisir! un solide film, plus qu'un grand remake...

C'est intéressant de constater que ce sujet revienne au western en voyant combien l'influence des films du genre a pu être importante sur Kurosawa, les Ford en particulier; les scènes de préparation militaire, avec Toshiro Mifune en "sergent instructeur" de fortune, renvoient pour moi à ces scènes dominées par McLaglen en sergent Irlandais dans les films de cavalerie de John Ford... Ca a du amuser Kurosawa, et ce n'était, comme chacun sait, pas la dernière fois que ce curieux retour allait s'opérer.

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Published by Allen john - dans Akira Kurosawa Criterion
21 avril 2018 6 21 /04 /avril /2018 08:22

Un petit village à la frontière Mexicaine est la proie d'une occupation répétée, assortie de pillages et de violence, par la troupe de bandits de Calvera (Eli Wallach). Les habitants décident de faire quelque chose, en dépit de la tentation de se préserver en continuant à courber l'échine. Trois d'entre eux se rendent dans une ville plus au Nord, où ils vont trouver un homme, Chris (Yul Brinner) prêt à s'engager pour eux. Il décide de réunir cinq autres hommes, car les finances du village ne sont pas reluisantes, et les ramène, ainsi qu'un rêveur un peu impulsif, mais qui va s'avérer très utile: c'est un paysan lui aussi, qui a essayé de s'échapper de sa condition. Ensemble, ils vont armer les paysans, les diriger, les aider et parfois se sacrifier pour eux...

Ce scénario est, bien sûr, celui des grandes lignes de Sept Samouraïs de Kurosawa... Un film Japonais qui renvoyait autant au western qu'à Shakespeare. Juste retour des choses, sept années plus tard, The magnificent seven est la réponse du western! Cela reste un remake très simplifié du film, qui n'était sorti en occident que dans une version raccourcie. Le film de Sturges garde donc la trame et le folklore, mais se débarrasse en chemin de nombreuses scènes qui insistaient sur la façon dont les samouraïs étaient choisis: ici, Chris les connaît tous plus ou moins, et ça va très vite... Sinon, l'arrière-plan "social" (la condition des hommes et la présence de deux castes, les paysans et les samouraïs) est là aussi escamoté au profit de quelques dialogues qui tiennent plus du prétexte. 

Par contre, si les "mercenaires" sont plus des "types" passe-partout que des personnages développés (on lit souvent que la force du film de Sturges est de s'être plus intéressé à ses personnages que Kurosawa. Oui, on lit parfois des conneries, que voulez-vous), on peut quand même se réjouir que Calvera soit confié à Eli Wallach qui en fait un personnage très intéressant! mais Horst Bücholz, qui interprète le mercenaire-paysan, est supposé reprendre deux rôles de l'original: celui de Kikuchiyo, le faux samouraï qui fait la jonction entre les deux mondes, et l'apprenti, Katsushiro. Je le trouve atroce: la langue semble lui poser problème, pour commencer...

...Mais la force du film est le pouvoir de l'évasion qu'il permet. D'accord, le message social disparaît au profit d'une solide dose de plaisir. Mais c'est parfois aussi ce qu'on cherche, non? ...Et ces plans en Scope de chevauchées au son de la musique d'Elmer Bernstein, ça a pour toujours un goût d'innocence retrouvée.

 

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Published by François Massarelli - dans Western
18 avril 2018 3 18 /04 /avril /2018 17:30

Le virtuose des arts martiaux Li Mu Bai (Chow Yun Fat) confie son bien le plus précieux, son épée "Destinée" à Shu Lien (Michelle Yeoh), la femme dont il est depuis toujours secrètement amoureux, afin qu'elle la donne au seigneur Té. c'est chez ce dernier qu'elle fait la connaissance de Jen (Zhang Ziyi), une jeune femme mystérieuse qui est promise à un homme qu'elle ne connaît pas. Shu Lien et Jen sympathisent... Mais pendant la nuit, un voleur particulièrement adroit déjoue toutes les protections, et s'empare de l'épée... Shu lien décide de le retrouver...

Un film d'arts martiaux, situé en pleine Chine médiévale, et rempli de toutes les conventions narratives et d'effets spéciaux du genre. Quel rapport avec les Sino-Américains d'aujourd'hui, la Nouvelle-Angleterre des années 70, le Sud des Etats-Unis à l'époque de la guerre civile, Woodstock, Hulk, une idylle entre deux cow-boys dans les Montagnes du Nord Ouest Américain, ou la Chine des années 30 sous l'occupation Japonaise? La réponse est facile: Ang Lee, bien sûr, le metteur en scène d'origine Taïwanaise qui a exploré et recréé tous ces univers, ainsi que d'autres d'ailleurs. Il s'est lancé dans ce film de genre avec la gourmandise d'un novice, mais l'intérêt esthétique d'un connaisseur, et le résultat, d'abord et avant tout, est une merveille de beauté picturale. Maintenant, la question, forcément, devient: est-ce plus?

Il est probable qu'on trouvera des cousinages entre les regrets a posteriori des personnages de The Ice Storm, qui sont à l'heure où les squelettes sortent des placards, ou encore avec les vies gâchées à attendre ce qui ne viendrait jamais, des protagonistes de Sense and sensibility, ou Brokeback Mountain. Si l'intérêt de ce film-clin d'oeil est essentiellement décoratif, le cinéaste a imprimé sa marque sur le script, comme d'habitude. 

On se réjouira de voir que dans ce film les femmes sont la principale force, et laissent volontiers les hommes derrière elles. Et une scène d'anthologie, durant laquelle Zhang Ziyi détruit à elle seule une auberge, par sa dextérité, et ridiculise une vingtaine d'hommes avec son talent, est extrêmement jouissive. Reste que ces combats totalement chorégraphiés, de gens aux pouvoirs étranges, qui défient les lois de la gravité, peuvent aussi laisser un brin sceptique...

 

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Published by François Massarelli - dans Ang Lee
15 avril 2018 7 15 /04 /avril /2018 12:30

Les deux acteurs Carl Schenström et Harald Madsen, respectivement un grand longiligne et un très petit râblé, étaient des stars au Danemark, de 1921 à 1942, soit jusqu'à la mort de Schenström. Mais cette célébrité ne s'arrêtait pas aux frontières, comme le prouve la liste de leurs surnoms: Fy en By en Scandinavie, Pat und Patachon en Allemagne, Long and short en Grande-Bretagne, et Doublepatte et Patachon en France; si le format de la plupart de leurs films, le plus souvent réalisés par Lau Lauritzen, reste le long métrage, ils ont souvent été considéré comme l'inspiration pour Laurel et Hardy, ce qui ne tient pas complètement debout, pour un certain nombre de raisons: leurs films n'ont jamais réellement percé aux etats-unis, même si certains y ont été projetés; Laurel et Hardy ont été "couplés" dans des films avant d'être un duo, et leur dynamique s'est créée toute seule, poussant le studio à répéter l'expérience; et enfin Roach a toujours mis ses acteurs en équipe, dès 1915: Lonesome Luke était aussi une équipe, avec Snub Pollard et Bebe Daniels autour de Harold Lloyd. Mais la présence physique inversée des deux acteurs, leur complémentarité, et le fait que de film en film, bien qu'il ne s'agisse jamais vraiment des mêmes personnages, ils aient peu ou prou maintenu le même rapport, pousse évidemment à la comparaison. Par contre, autour de Schenstrom et Madsen, le film leur échappait; ils étaient constamment une sorte de cerise sur le gâteau, au milieu d'une intrigue qui ne les concernait que peu, et vagabondaient de boulot en boulot, le grand menant le petit... Ils assistaient aux amours malheureuses de jeunes bellâtres pour des filles de bourgeois. Quelque fois, ils les aidaient. Dans certains films, Lauritzen a été ambitieux: Son Don Quichotte (1926) en particulier dépassait le cadre de la comédie, et imposait un jeu bien différent aux deux acteurs; la durée de 180 minutes en faisait un film autrement plus important que les aimables comédies de 90 minutes qui composaient l'essentiel du duo. Parfois, enfin, ils s'exportaient, et sous la direction d'un autre (Monty Banks, Gustav molander, Urban Gad, ou Hans Steinhoff par exemple), jouaient pour d'autres filmographies: Suède, Norvège, Allemagne, Grande-Bretagne, comme Asta Nielsen avant eux, le Danemark étant décidément un petit pays.

Pour terminer ce tour d'horizon, il convient d'ajouter que leurs films possédaient un air de famille, parfois obéissant à une formule, et qu'il y avait des passages obligés: il devaient se situer dans un environnement qui permette des belles prises de vue de la nature Danoise, il y avait des jolies filles, baigneuses en maillot, voire sans en certaines occasions. La vie des gens était celle du Danemark des années 20, un pays en apparence tranquille, sous les influences Scandinaves au nord, germaniques au sud, et empreint de ces deux cultures...

Schenström, contorsionniste, et Madsen, artiste de cirque aux multiples talents, sont d'abord une présence physique, enfantine. Quoi qu'ils fassent, ils ne peuvent qu'être visuellement ridicules, une exagération qui n'est pas forcément soulignée par les autres protagonistes. Ils vont ensemble, ce qui n'exclut pas qu'un scénario les fasse se rencontrer dans un film. Madsen est le plus lunaire des deux, avec sa cambrure exagérée à la Chaplin, et sa petite taille, sans oublier son air volontiers ahuri. Mais c'est aussi le plus bouillonnant, souvent celui par lequel le malheur arrive... Schentröm a beau jouer plus facilement l'adulte, il a des éléments enfantins lui aussi, une immaturité notamment sexuelle, qui passe par une timidité manifestée physiquement. Et l'un comme l'autre est amené parfois à s'impliquer corporellement, comme dans l'un des films ou ils se baignent effectivement dans une eau gelée...

Filmens Helte est l'un des meilleurs longs métrages du duo, d'ailleurs le plus vu ou revu, qui a fait l'objet d'une reprise en salle sous forme d'une compilation en 1979, et dix ans plus tard en France. Le film est amusant, montrant comment les deux héros sont amenés en catastrophe (le mot est très bien choisi) à remplacer au pied levé les deux jeunes premiers d'un film, tourné par un artiste autoritaire à la Stroheim. On assiste par ailleurs aux tribulations des jeunes premiers, qui ont quitté le plateau en raison d'un conflit avec le producteur, père de  leurs fiancées. Tout finira bien: le film désastreux sera un succès, les jeunes acteurs seront réintégrés, et le producteur consentira aux mariages.

Voilà, c'est tout... sauf que tout ceci serait excellent, s'il n'y avait un détail embarrassant: les films conservés du duo ont été achetés par la chaîne Allemande ZDF, et remontés en épisodes de 25 minutes, narrés en Allemand. Y compris les films parlants, dont on a tout simplement fait sauter la bande-son originale. dans une opération digne de la boucherie effectuée par Chaplin sur The gold rush, certains des films sont à peu près cohérents et possèdent encore l'essentiel de leur métrage. Mais que penser du Don Quichotte réduit à deux épisodes de 25 minutes, à la place de 180 minutes? Ce film est heureusement disponible en streaming sur le site du Danske Film Institut, sans sous-titre toutefois:

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/filmens-helte

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Published by François Massarelli - dans Muet 1928 Comédie Lau Lauritzen Schenström & Madsen Danemark DFI *
13 avril 2018 5 13 /04 /avril /2018 21:18

Ce n'est pas parce que Lola ne veut pas, ça non. Elle veut, elle exige même! Mais à chaque fois qu'une occasion se présente, ça ne marche pas. Des exemples? le type qui fuit dès qu'on lui annonce qu'il sera le premier, par exemple... "Tu ne te rends pas compte de la responsabilité que ce serait", dit-il... Ou encore celui qui lui annonce qu'elle a "un défaut de formation; Tu es trop étroite!". Donc... à 25 ans, elle est vierge.

Et tout ça pourrait être résolu, sans doute, avec un peu d'amour, bref avec un "petit copain", comme dit sa mère. Bon, comme elle n'en a pas, elle déprime...

Lola est incarnée par Sara Giraudeau, qui avait fort à faire pour jouer le rôle riche en risques de cette délurée virtuelle, cette malchanceuse des occasions perdues, et de rendre son combat pour "y passer" digne d'un film de 17 minutes. Le pari est presque intégralement tenu, sauf dans une pirouette finale qui n'ajoute pas grand chose à ce qui précède. 

Et puis le film a un message aux gens trop pressés: tout vient à point à qui sait attendre... Par contre, contrairement aux oeuvres entières de Catherine Breillat, ici si on rit c'est parce que c'est volontaire...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie
13 avril 2018 5 13 /04 /avril /2018 09:55

Pour bien comprendre l'enjeu de ce film, il faut se livrer à une équation un peu inédite: Duvivier, en partenariat avec Fernandel et Bernard Blier, adaptent un roman noir de James Hadley Chase, en ne négligeant aucun aspect: la comédie, et le film noir. Le résultat aurait pu être un désastre, ou tout bonnement quelque chose d'étrange et d'ingérable... Après tout, même La fête à Henriette est un film qui souffre parfois du mélange des genres: cette manie qu'a Duvivier de demander à pencher la caméra à chaque fois qu'on est supposé être dans la tragédie! Mais pas de ça avec ce film qui a au moins l'avantage d'être cohérent, dans son intrigue comme dans sa mise en scène.

Et mieux encore: si la versatilité de Blier ne faisait aucun doute pour le spectateur de 1957 (quoique... on ne l'avait encore jamais vu sous l'angle abordé dans ce film!), Fernandel était loin d'avoir eu la chance d'interpréter un rôle comme celui-ci. Son clarinettiste pris dans la poisse est un mélange très convaincant de personnage à la Fernandel, avec sa gaucherie et son visage si éminemment expressif, et de M. tout-le-monde, un type sans histoire, sans relief. Bref, un médiocre, joué de façon directe par le grand comédien.

Albert Constantin est clarinettiste au Châtelet, et c'est un type sans rien pour lui. Il est marié, et son épouse va partir visiter sa famille. Un copain hautbois lui suggère d'aller rendre une petite visite à mademoiselle Eva, une danseuse du Châtelet qui arrondit se fins de mois en recevant des messieurs dans son petit appartement... Après de nombreuses hésitations, il se rend sur place, et... va être aux premières loges pour le meurtre de la jeune femme, dont il va instantanément devenir le suspect numéro un, d'autant qu'il n'a pas vu l'assassin (contrairement à nous autres spectateurs), et qu'il est repéré par un certain nombre de personnes: une "collègue" d'Eva, et un sale type, M. Raphaël, un voisin un peu trop amical qui a une vocation assumée de maître-chanteur...

Le scénario ci-dessus se serait probablement suffi à lui-même, mais duvivier et son co-scénariste René Barjavel ont chargé la barque, en voulant probablement rester fidèle au roman de Chase (Tiger by the tail) qu'ils adaptaient. Autour du meurtre, se greffent des histoires compliquées autour de gangsters qui trafiquent de l'or, et ça vire au n'importe quoi. Mais le plus passionnant, c'est le brave type un peu minable qui se retrouve à la fois soupçonné d'un meurtre, et aux prises d'un maître chanteur aussi déterminé qu'il est ignoble... Et si on applaudit Fernandel, qui est splendide dans son rôle (qui inclut de la comédie physique, fort bien menée par Duvivier pour qui ce 'était certes pas une tradition), que penser de Blier? Il est parfait, comme d'habitude. Quant à la vision de Duvivier, toujours aussi noir, elle est partout dans ce cauchemar éveillé qui a souvent l'amabilité de nous faire rire.

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Published by François Massarelli - dans Julien Duvivier Comédie Noir
11 avril 2018 3 11 /04 /avril /2018 16:24

Griffin Mill (Tim Robbins) est un décideur doué pour un studio; pourtant il semble être sur une pente glissante: on parle beaucoup de Larry Levy (Peter Gallagher), un autre wonder-boy avec les dents qui rayent le parquet, et qui pourrait bien prendre sa place sous peu. Et par dessus le marché, Griffin reçoit des messages de menace insistants, qui font allusion à son rôle comme étant celui d'un "ennemi des auteurs". Il finit par comprendre qu'il est la cible de la colère d'un scénariste qui s'est vu refuser un script. Il pense que c'est David Kahane (vincent D'Onofrio), et va le trouver pendant la projection du Voleur de Bicyclette, de Vittorio de Sica: la discussion s'envenime et dans la foulée, Griffin tue Kahane. Dès le lendemain, non seulement Mill est le principal suspect du meurtre, mais les messages de menace continuent d'affluer...

Le jeu de massacre commence, dans ce film, par un plan-séquence qui est l'occasion non seulement d'une petite démonstration de bonne santé du maître Altman (qui revient de loin après des années 80 en forme de bêtisier!), mais aussi d'une série de mises en abyme assez virtuoses: la caméra cadre une peinture qui représente un tournage, mais au milieu duquel on aperçoit un clap sans équivoque: The Player, de Robert Altman... Puis l'objet disparaît, et la caméra recule pour révéler qu'on est au siège d'un studio. Elle virevolte d'un bungalow à l'autre, captant les conversations des uns et des autres, pour revenir plusieurs fois avec insistance sur Griffin Mill en plein exercice de son métier. Parmi les conversations, un crétin en costume cite l'ouverture de Touch of evil, de Welles, et son plan-séquence diabolique...

Le ton est donné, mai Altman va resserrer ses séquences autour de son personnage principal. On peut faire la plus absolue confiance à Tim Robbins pour être à l'aise avec un personnage comme celui-ci: séducteur, Mill est néanmoins obsédé par le risque de chuter. Ce qui rend sa position de meurtrier difficile. C'est un homme-clé du système du studio, dont il connait parfaitement les rouages, ce qui ne l'empêche ni d'avoir une véritable sensibilité artistique (il aime vraiment et connait vraiment ses classiques... Il n'a juste plus le temps de les revoir, c'est tout!), ni de tomber authentiquement amoureux, d'ailleurs, de l'ex de l'homme qu'il a tué par mégarde!

Et le film, mis en scène avec rigueur, mais oui, par un réalisateur plus connu pour sa tendance à l'accumulation foutraque que pour autre chose, est un portrait d'Hollywood au vitriol, loin de tous les clichés des histoires de naïfs qui viennent pour réussir dans la capitale du cinéma: non, tous les protagonistes vivent du cinéma, sont à Hollywood, et font du sexe dans des piscines. Ils tiennent juste à conserver leurs positions de pouvoir respectives. Et pour ça il faut savoir temporiser, composer, se compromettre, et bien sûr tuer.

Pas dupe, Altman se débrouille pour replacer une allusion à son propre film dans ce contexte et brosse des scènes de comédie autour du fameux happy end comme étant la panacée pour faire avaler n'importe quoi au public, et lâche en liberté dans son film un certain nombre d'acteurs (beaucoup d'entre eux sont des copains et certains reviendront pour jouer dans Short Cuts, le chef d'oeuvre qui suivra), et de célébrités authentiques dans leur propre rôle, qui rendent le film plus troublant encore...

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Published by François Massarelli - dans Robert Altman Comédie Noir
11 avril 2018 3 11 /04 /avril /2018 16:07

Inutile de chercher la politique de Robert Redford, acteur éminemment engagé dans ce long métrage, son troisième en tant que réalisateur. Par contre s'il est bien quelque chose de personnel, c'est le fait que le film se passe dans le Montana, à Missoula plus précisément, un état que Redford connaît bien pour y avoir élu domicile, suite à un tournage dans des décors idylliques... Et le lieu, l'époque décrite, et les péripéties de l'intrigue, adaptées d'un récit autobiographique de Norman Maclean, tout concourt à créer une sorte de ballade du temps qui passe.

Norman Maclean, un écrivain, se souvient de sa jeunesse  Missoula, Montana, auprès de son père pasteur Presbytérien (Tom Skerritt), de son frère Paul (Brad pitt) et de sa mère (Brenda Blethyn). Interprété par Craig Schaeffer, Norman raconte la vie au grand air, à l'ombre d'un père rigoureux mais pas rigoriste, les frasques du petit frère, son départ pour luniversité, puis, surtout son dernier été à Missoula, avant de partir pour Chicago avec sa future épouse (Emily Lloyd) afin d'y enseigner à l'université. Mais surtout, Norman Maclean nous raconte une vie simple, organisée autour de la rivière locale, et des parties de pêche à la mouche, une tradition familiale dont Paul était un adepte particulièrement doué...

L'eau devient ici le symbole d'une vie au paradis, un lieu neutre où les gens vont venir se ressourcer. Le film n'a rien de révolutionnaire, car Redford y adopte un style narratif propre à ces chroniques tranquille. Mais il montre grâce à son film comment la vie peut facilement devenir une sorte de parcours en ligne de fuite, vers la solitude et la vieillesse. L'auteur du roman, en contant sa jeunesse, s'accroche au passé, et le revivre ne l'empêche pas de ressentir le manque de ceux qui sont partis... La nostalgie particulière à ce genre d'histoires passe aussi par un ton souvent léger, une sorte de politesse des histoires de passages, qui finissent toujours par ressembler à des chroniques de vies passées...

Car plus on vieillit, plus ce film nous apparaît crépusculaire, c'est comme ça. On y reviendra toujours remarquez, avec son lyrisme de la simplicité de l'instant, et la division des deux personnages principaux en deux destins si différents qu'on jurerait qu'ils sont fictifs! Mais ce qui nous tient au film, c'est ce recours élégiaque à la pêche, au sublime décor des montagnes, et la recréation méticuleuse des années 20... Et Brad Pitt et Tom Skerritt sont excellents. De Skerritt, on n'en attend pas moins, mais Pitt n'est pas toujours aussi bon.

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Published by François Massarelli - dans Robert Redford
8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 18:45

En 1961, Deborah Kerr avait 40 ans, ce qui faisait d'elle une candidate un peu âgée pour interpréter le rôle principal du film... Si du moins on avait voulu être fidèle au roman d'Henry James, The turn of the screw. Mais heureusement, ça n'a pas été le cas: l'adaptation de Clayton, largement basée sur une pièce tirée du roman, bouleverse un peu les choses, en ajoutant une dimension troublante, pour ne pas dire scandaleuse, à ce qui aurait de toute façon été, même sans cette coloration supplémentaire, le meilleur film de maison hantée de tous les temps...

Durant l'ère Victorienne, une femme, Miss Giddens (Deborah Kerr) est engagée par un homme d'affaires Londonien (Michael Redgrave) pour s'occuper de feux enfants: Miles et Flora sont en effet son neveu et sa nièce, qui viennent de perdre leurs parents, et l'oncle n'a ni l'envie, ni le temps de s'occuper d'eux. Bref, il s'en débarrasse. Mais si Miss Giddens est épatée de l'aubaine, elle qui aime les enfants, elle ne sait pas un certain nombre de choses: la première, c'est que si les enfants sont en effet très attachants, ils sont aussi marqués par une rencontre, celle d'un ancien valet et d'une gouvernante, tous les deux décédés, qui les ont quelque peu corrompus. La deuxième, c'est que les deux anciens employés, qui avaient une aventure plus que voyante, continuent à hanter la maison. Et enfin Miss Giddens ne sait pas non plus qu'elle va tomber sous le charme du tout jeune Miles, bien au-delà de son affection de gouvernante pour un enfant de dix ans...

Voilà pourquoi Deborah Kerr est parfaite: dans ses rapports compliqués avec l'enfant, Miss Giddens apporte non seulement une envie contrariée de maternité, mais plus encore; sa relation est-elle d'ailleurs partagée avec Miles, ou avec le démon qui le possède? Le nombre de scènes qui nous montrent la demoiselle, incrédule, se demandant qui exactement est en face d'elle, tend à prouver que la gouvernante comprend assez tôt qu'ils sont plusieurs à se partager l'enveloppe corporelle de Miles! Et quand la gouvernante se lance dans une croisade pour exorciser les enfants, c'est sûre de son bon droit qu'elle les précipite plus avant dans leur possession...

Mais le film ne précipite pas ses effets, au contraire... On entre doucement mais sûrement dans le coeur de cette histoire d'épouvante, en suivant le meilleur moyen possible: le point de vue d'un(e) Candide... L'étonnement, le mystère, le questionnement, puis l'horreur, vont venir petit à petit, anecdote par anecdote: au compte-gouttes. Et Clayton réussit à merveille sa partition, faite d'un certain nombre d'éléments bien dosés. Et certaines scènes atteignent la perfection, je pense en particulier à une scène de cache-cache dans laquelle la gouvernante et les spectateurs se rendent compte qu'il n'y a pas que les enfants qui participent! Il y a aussi une scène d'anthologie au bord d'un lac, avec une sorte de distance miraculeuse pour une apparition fantomatique... Clairement Clayton a bien préparé son coup!

Il a été aidé en cela par  le chef opérateur Freddie Francis, qui lui a apporté une science du noir et blanc qui est exceptionnelle, mais aussi une utilisation inventive en permanence de la profondeur de champ "Welleso-Tolandienne", adaptée au Cinémascope (Oui, le film a été produit par la Fox); Francis a eu aussi l'idée de combiner l'élargissement dû au Scope, avec des iris légèrement refermés, pour donner un cadre inattendu à son film. et le montage n'est pas en reste, beaucoup de séquences ont des transitions en fondu, ce qui a parfois pour effet de laisser des objets inattendus (statues, par exemple) envahir quelques instants la séquences suivante... Dans un film où on attend des fantômes dans tous les coins, l'effet est réussi! Le résultat oscille entre cauchemar en plein jour, et vieilles photos flippantes. Ajoutez à cela le fait que ce soit un des plus beaux rôles d'une immense actrice et vous saurez pourquoi il faut, décidément, voir le film..

 

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Published by François Massarelli - dans Jack Clayton Boo!! Criterion Deborah Kerr
8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 09:35

 

En 1995, Keith Fulton et Louis Pepe ont tourné The hamster factor, qui montrait les aléas de la production de 12 monkeys, de Terry Gilliam. Ce film est un autre documentaire, cette fois sur un film qui ne s'est pas fait!

Désireux depuis toujours de tourner son Don Quichotte, qui lui a occupé l'esprit pour une bonne part des années 90, Terry Gilliam a finalement obtenu le feu vert pour se lancer dans l'aventure, au début des années 2000. C'était une production Européenne, tournée en Espagne en anglais, avec Johnny Depp, Vanessa Paradis mais surtout le grand Jean Rochefort en Don Quichotte.

La bonne nouvelle qui a permis d'avoir le feu vert, c'est probablement que ce dernier non seulement ait accepté le rôle, mais plus encore le fait qu'il ait été persuadé qu'il s'agissait du rôle de sa vie.

Mais un budget revu sérieusement à la baisse, les problèmes de santé vite insurmontables de Rochefort, et le temps pourri, le tout saupoudré d'une tendance de Gilliam à s'enfermer dans sa vision au point de ne plus communiquer avec ses techniciens, allaient plomber le tournage. Et ce en six jours... mais si vous ne croyez pas qu'on puisse faire un documentaire intéressant avec six jours de tournage d'un film qui restera à jamais inachevé, détrompez vous!

Car ce qui apparaît de façon évidente dans Lost in La Mancha, c'est la méthode Gilliam, ou plutôt son absence de méthode. Le metteur en scène est coutumier des tournages qui n'aboutissent pas, des films qui ne se feront jamais, mais aussi et surtout des films qui posent problème sur problème quand ils se font: Brazil, Baron Münchausen, The fisher King, on pourrait continuer la liste... Et dans ce film nous le voyons se battre, y croire, ne plus y croire, abandonner... C'est du cinéma vérité, qui s'approche au plus près de ce qui est le lot du metteur en scène: son incapacité à faire comme tout le monde, et son refus de ne pas demander l'impossible...

Ce documentaire n'est donc pas que l'histoire d'un film maudit, qui ne s'est pas fait, et ne se fera jamais sous cette forme: Gilliam s'est relancé dans une nouvelle tentative, avec Robert Duvall en Quichotte. Puis une troisième tentative (en schématisant parce que les péripéties sont autrement plus compliquées), mais celle là vous en avez nécessairement entendu parler: le film est fini, et va sortir: Jonathan Pryce y joue Quichotte, et Adam Driver Sancho, ou du moins celui que Quichotte croit être son compagnon. 

Rendez-vous en salles...

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Published by François Massarelli - dans Terry Gilliam