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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 16:44

Forcément, on pense à Prévert, pourtant il est absent. Jacques Sigurd, scénariste et dialoguiste de renom, le remplace, et donne à Arletty des trésors de langage qu'elle transforme à sa façon en des moments d'anthologie. Pour le reste, on s'éloigne volontiers, en ces années d'après guerre, de ce réalisme poétique tant vanté, et que le poète et le cinéaste ont réussi à faire vivre, tant bien que mal, jusqu'au Portes de la nuit en 1946. Mais retrouver Gabin et Arletty dans un film qui s'appelle L'air de Paris, tourné par Carné, forcément ça attire... Et on ne s'attend pas vraiment à ce que le cinéaste s'embarque dans un film de contrebande, qui parle beaucoup d'amitiés viriles, de boxe, de sueur, et... d'amour.

Victor et Blanche Le Garrec s'aiment, mais comme on dit aujourd'hui, c'est compliqué: elle l'a aimé boxeur, même si elle trouvait ça parfois difficile de l'attendre pour le voir revenir amoché, mais elle regrette qu'il s'accroche à son passé en maintenant une salle de sport qui ne rapporte rien, et qui l'éloigne elle de la romance, parce que Victor, la boxe, c'est 24h sur 24. Alors elle regarde avec un oeil maussade les jeunes qui se succèdent au club, et auxquels parfois Victor ne demande même pas de payer une licence. Jusqu'à André Ménard (Roland Lesaffre): celui-ci, Victor y croit dur comme fer, ce sera un champion; il veut lui imposer une vie monacale pour lui donner toutes les chances de gagner, mais ce n'est pas du gout de Blanche qui a l'impression que Victor est obsédé par André, et ce dernier qui fait la rencontre d'une jeune et jolie, et accessoirement inaccessible, mannequin (Marie Daems), ne trouve pas non plus que cette vie austère lui sied...

Le film se passe dans le Paris populaire, celui de la gouaille, des cafés, des salles de sport et des halles... Gabin et Arletty y parlent vrai, très à l'aise, et leur couple, qui assume clairement l'âge, les rides de l'une et l'embonpoint de l'autre, est attachant, surtout quand ça passe par les phrases ciselées des répliques d'Arletty. Et la peinture du petit milieu de la boxe amateur, dans lequel les bourgeois condescendants viennent s'encanailler, donne à voir une scène de combat durant laquelle cinéaste comme dialoguiste se sont plus à filmer la foule et les nombreux "enfants du Paradis" qui regardent le combat de là-haut, en gueulant à tout va... Mais l'histoire d'amour entre le brave gars musclé Lesaffre, et la froide Marie Daems, sent bien fort la convention jusque dans des dialogues qui accumulent cliché sur cliché. Non l'intérêt est ailleurs, dans la peinture troublante de l'affection débordante de Gabin pour son poulain, vu par une Arletty à qui on ne la fait pas! Carné savait ce qu'il faisait ça oui; Arletty s'en doutait, c'est sur. mais Gabin? A-t-il vu au-delà du conte dédié à l'amitié masculine? Mystère...

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Published by François Massarelli - dans Marcel Carné Jean Gabin
11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 15:46

La photo qui accompagne cet article est strictement une photo de plateau, et aucune scène n'y correspond vraiment. Par contre la voiture désossée est bien du voyage... On peut imaginer que Roscoe Arbuckle et Buser Keaton savaient ce qui se tramait en coulisse lors du tournage de ce film, qui donne l'impression de les laisser joyeusement brûler le studio avant d'aller voir ailleurs: Buster vers sa propre série, et Roscoe vers des longs métrages impersonnels avant d'affronter cette saloperie de destin. Quoi qu'il en soit, ce film jovialement destructeur, qui voit les deux comiques affronter le monde en tandem, à l'écran comme derrière, est réjouissant: une salve de gags sublimes, ou grotesques... Ou les deux.

Nos deux héros sont donc les employés d'un garage, où ils font à peu près tout. Le patron (Dan Crimmins) est un vieux gâteux, dont la fille (Molly Malone) est fort avenante et du coup les prétendants se bousculent... Par exemple, Harry McCoy joue le rôle d'un type qui vient lui conter fleurette au garage, ce qui occasionne une scène durant laquelle le dandy particulièrement bien habillé veut offrir des fleurs à Molly (A droite de l'écran) pendant que les deux mécaniciens manipulent de la graisse (à gauche): le mélange des deux, comme le film du reste, est très salissant.

Par ailleurs, les trois hommes du garage sont aussi pompiers, ce qui nous occasionne une fausse alerte incendie qui e pour conséquence... l'incendie du garage en leur absence! Inracontable, mais proprement irrésistible, le film multiplie les gags Keatoniens, liés donc à de la machinerie, de la mécanique, et beaucoup de prouesses physiques: il était prêt! Ce qui autorise un certain nombre de commentateurs à spéculer sur le fait que Buster ait co-dirigé ce film. Peu importe, après tout...

Notons pour finir que des amis sont venus pour participer au film, sans y être crédités. On reconnaîtra Monty Banks qui avait remplacé Buster pendant que celui-ci était parti sauver le monde en France, et Polly Moran dans un gag idiot mais mémorable.

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Published by François Massarelli - dans Buster Keaton Muet Comédie Roscoe Arbuckle Monty Banks
11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 15:41

Difficile à croire, sans doute, mais toute l'attention du studio Roach, en cette année 1933, était concentrée sur ce film de 9 bobines, supposé à lui tout seul imposer Laurel et Hardy une bonne fois pour toutes. D'ailleurs, Hal Roach dans le rôle de réalisateur de long métrage, c'est le signe d'un film important pour le studio...

Fra Diavolo, donc, devait être le titre Américain, de ce film, mais on l’a Anglicisé. D’autres modifications d’importance ont eu lieu, notamment un resserrement du montage, qui totalisait 11 bobines, faisant la part belles aux chansons et aux moments-Chantilly de ce qui reste, je le répète, une opérette. L'actuelle version de 9 bobines a été resserrée autour des deux vedettes, mais ce n'est pas suffisant. Fra Diavolo (Dennis King) est un bandit qui se cache en chantant à tue-tête des airs (de sa voix de baryton, si je ne m’abuse) dans lesquels il s’auto-dénonce en permanence, et il s’acoquine avec Stanlio et Ollio, deux bandits ratés, pour subtiliser les bijoux et l’argent d’un couple d’aristocrates joués par James Finlayson et Thelma Todd. Les moments-clés de l’opérette ne sont que rarement et moyennement drôles, mis en scène par Hal Roach. Le reste du film, c’est-à-dire dire l’épopée mal intégrée de Stan Laurel et Babe Hardy a été tournée par Charles Rogers, et sans doute largement supervisée par Laurel lui-même.

Les moments de slapstick prennent leur temps, mais on ne s’y ennuie heureusement pas. Il est regrettable que Finlayson (Toujours aussi moustachu) et Todd (Toujours aussi charmante) aient eu peu d’occasions d’échanger avec leur collègues du studio, tant Dennis King, qui joue Diavolo, est tarte (A la chantilly, donc). Le plus drôle, c’est que ce film est considéré comme un classique en France, on le retrouve d’ailleurs en avantageuse compagnie dans le livre de Patrick Brion consacré à la comédie. Sans doute à cause des plaisanteries de Stan, qui pour passer le temps, fait des jeux de mains hilarants et assez virtuoses, en même temps que parfaitement inutiles. Ce dernier adjectif sied totalement au film.

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Laurel & Hardy
11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 15:34

L’année 1933 est marquée de deux événements chez Laurel et Hardy: d’une part, le départ de James Parrott, réputé incontrôlable pour son alcoolisme, mais dont surtout Roach ne voulait plus pour réaliser des longs métrages, désormais le format privilégié du producteur, au grand dam de Stan. Ce départ (Même sil reviendra par la petite porte en tant que gagman) s’accompagne de l’arrivée discrète et occasionnelle dans le fauteuil de réalisateur et co-réalisateur, d’un collaborateur dévoué à Stan, Charley Rogers; un signe que désormais, y compris dans le petit studio familial ou on s’amuse à travailler en faisant rire, la guerre de tranchées entre les exécutifs et les créatifs a commencé.

Le deuxième événement de taille, c’est la mise en chantier de Fra Diavolo, un film musical adapté d'un opéra comique dont Roach est persuadé qu’il va achever de persuader la terre entière du génie de Laurel et Hardy, bien qu’il les étouffe en permanence derrière une intrigue totalement insipide. Une attitude qui ne présage rien de bon dans la mesure ou Laurel et Hardy vont devoir bientôt passer définitivement au long métrage…

En attendant, voici Twice two, le bien nommé dernier court métrage de Laurel et Hardy réalisé par le petit frère de Charley Chase. On ne peut pas dire qu’avec ce film, Parrott fasse des adieux brillants. C’est lent, et peu inspiré, sauf en matière de prouesse technique: Laurel est marié avec la sœur de Hardy, et Hardy avec la sœur de Laurel; c’est une soirée d’anniversaire, pour les deux couples qui se sont mariés le même jour, et Mrs Laurel (Donc, Oliver déguisé) a préparé une surprise pour tout le monde. C’est très bien fait, et çà supporte une deuxième vision sans aucun problème, rien que pour juger sur pièces des truquages: en fait, un montage particulièrement minutieux la plupart du temps, plus une double exposition de quelques plans.

Pour le reste, on peut aussi voir que si Laurel reprend le rôle déjà exploré dans Another fine mess d'Agnes, en y ajoutant juste le doublage crétin (Aucune des deux dames ne reprend sa vraie voix), Hardy interprète vraiment le rôle de sa soeur avec une conviction qui laisse pantois: ça s'appelle le génie.

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Comédie Pre-code
11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 12:20

Denis Villeneuve a-t-il trouvé le filon avec Incendies, comme avant lui Amenabar avec Ouvre les yeux, ou Shyamalan avec Sixth Sense? Ca sonne un peu méfiant, voire carrément hostile, et ce n'est pas mon intention, mais à chaque fois qu'un réalisateur récidive le coup fumant et payant de réaliser un film-à-révélation-finale-hallucinante, ça vire au procédé et ça finit par tourner à vide. Mais Incendies, bien que le réalisateur ait fait le choix de nous laisser installer devant le film pour ménager ses surprises pour la fin, reste un film formidable, dans lequel le cheminement est crucial, justement, sorte de parcours du combattant au pays où la morale n'existe pas. Et ce nouveau film, déguisé en thriller Américain à la Seven, est bien au-dessus, largement, des films jetables du tout petit Shyamalan, là encore, derrière l'énigme à résoudre, il y a une exploration morale, de certains codes de conduite et de certaines idéologies qui gardent un pouvoir important dans l'Amérique d'aujourd'hui, sans angélisme ni caricature extrême.

Evacuons l'énigme pour commencer, je vous en donne les contours sans dévoiler quoi que ce soit qui ne soit un argument de vente de DVD à lire sur le dos de la jaquette : les filles de deux familles d'Américains moyens, qui jouaient ensemble pendant que leurs parents dinaîent en amis pour Thanksgiving, ont disparu. Elles ont été vues près d'un camping-car en très muvais état, et le conducteur était à l'intérieur, et depuis, plus rien. Le camping car et son conducteur, Alex Jones (Paul Dano) sont retrouvés dès le lendemain, mais l'homme est incohérent, et les filles ne sont pas avec lui. La police sera obligée de le relâcher faute de preuves, contre l'avis de l'inspecteur Loki (Jake Gyllenhall). Et Keller Dover (Hugh Jackman), le père de l'une des deux fillettes, va voir rouge, et attaque Alex... Loki mène l'enquête, ce qui est difficile, et va le mener à faire une découverte macabre, celle d'un cadavre tout momifié, chez un prètre, ancien pédophile ; il va aussi enquêter sur un étrange personnage, un homme qui vit cloîtré et qui semble s'intéresser de près aux jeunes filles disparues, et va acheter des vêtements d'enfants dans les magasins du bourg... Mais Dover, qui impose à son ami Franklin Birch (Terrence Howard) de l'aider dans cette tâche, décide d'enlever Alex, parce qu'il est persuadé de sa culpabilité, et de tout faire pour le faire parler. Il se transforme en tortionnaire, sous les yeux horrifiés de son ami, trop effrayé de ne jamais retrouver sa fille pour le dénoncer à la police...

Voilà, vous savez tout. Le film commence par une partie de chasse dans laquelle on apprend assez clairement que Keller Dover, joué avec intelligence, c'est une première, par Hugh Jackman, fait partie de ces Américains blancs surs de leur bon droit qui ont des armes d'abord et avant tout parce qu'il faudra bien, un jour, se défendre contre une menace quelconque et que ce jour-là, il faudra être prêt. Un brave type prêt à se transformer en milicien, voire en tortionnaire si le besoin s'en fait sentir. Le film, finalement, est beaucoup plus son histoire, que celle d'une énigme à résoudre, et c'est là qu'il est passionnant. D'une certaine façon, on y rejoint, mais en contrebande, le terrain Hitchcockien, parce qu'on y assiste à un glissement inéluctable de la morale vers l'horreur, d'un homme qui est pourtant honnête, certes il a des codes un peu antédiluviens, mais il est très ami avec son voisin noir, et vit une vie tranquille et modeste sans embêter personne. Il a eu un signe, lorsque il a attaqué Alex devant témoins, celui-ci lui a dit une phrase étrange (Elles riaient quand je suis parti), qui prouvait qu'il savait effectivement quelque chose sur la disparition des deux filles. Et Villeneuve, lors de la scène qui voit Dover enlever le jeune homme, nous met encore un peu plus de son côté en nous montrant Alex comme un jeune homme particulièrement glauque, qui s'amuse (?) à « pendre » un chien avec sa laisse pendant une quinzaine de secondes, avant de le reposer au sol. De quoi se ranger à l'avis tranché de Keller Dover... Même si il apparaît très vite qu'Alex Jones n'a rien fait. Loki, joué par un acteur qui lui aussi est à l'aise dans les zones d'ombre, aura fort à faire pour que force revienne à la loi. Tant que j'y suis à parler des acteurs, une fois de plus Paul Dano est fantastique...

Mais voyez le film si cette énigme vous emballe, vous y trouverez beaucoup plus, un voyage au pays des petits Américains, paumés au pays du deuxième amendement, qui pestent en permanence contre leurs forces de police, contre l'état, leurs politiciens, et qui sont prêts à prendre les armes, pas pour faire triompher la justice, non, juste pour faire quelque chose, et se donner l'impression qu'ils contrôlent tout.

Et ça, ça fait vraiment peur.

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Published by François Massarelli - dans Denis Villeneuve Noir
8 août 2016 1 08 /08 /août /2016 09:47

Le film commence par une plongée dans l'univers qu'on ne quittera jamais vraiment: un port d'Amérique centrale, Barranca, où deux hommes sont venus voir les femmes de passage qui sortent du bateau pour une escale. Ils s'attendent à voir débarquer des danseuses de revues, proies faciles, et se retrouvent flanqués d'une pianiste, Bonnie Lee (Jean Arthur). Elle accepte de venir prendre un whisky avec eux, et se retrouve dans un établissement qui est également le QG d'une petite compagnie de transport aérien. L'un des deux hommes est rappelé à l'ordre par son patron, Geoff Carter (Cary Grant): il doit partir aussitôt pour une mission de transport dangereuse. Il prend un avion, et quelques minutes après se tue. Bonnie, fascinée, regarde sans comprendre les camarades du défunt se murer dans une ambiance bon enfant, comme s'il ne s'était rien passé... Elle ne le sait pas encore, mais elle n'est pas prête de partir...

Ce n'est pas le premier film de Hawks sur l'aviation, et ce n'est pas non plus son dernier film dans lequel il montre tous les aspects de l'homme au travail... Mais c'est l'un des plus beaux, et des meilleurs! La façon dont l'histoire nous agrippe, lors de cette scène d'ouverture qui nous donne l'impression d'assister à une comédie, et dont tout à coup, à la faveur d'un départ, la tension monte brusquement, jusqu'à un point dramatique exceptionnel, lui appartient totalement. Le script de Jules Furthman est lui aussi fantastique, avec sa galerie de personnages et des scènes qui s'enchaînent avec brio. On rêverait d'une telle rigueur pour Hatari!

Et puis il y les codes masculins, les étranges rituels auxquels Bonnie Lee ne comprend au départ rien du tout avant de déceler, derrière ces apparents manque de tact face à la mort, une immense pudeur née d'une non moins immense douleur. Le fait est que ces aviateurs qui risquent leur peau à passer dans des montagnes pourraient tous faire autre chose, autre part. Le fait est aussi que beaucoup sont arrivés au bout du voyage, et ont fait autre chose autre part déjà, ils n'ont finalement rien d'autre que l'aviation. Mais surtout, à l'image du fascinant personnage de Geoff, du Kid interprété par Thomas Mitchell, ou du héros déchu, marqué à vie par une indélicatesse qu'il ne tente même pas de faire oublier jusqu'à ce qu'il s'impose aux autres par son héroïsme, aucun de ces gars ne pourraient faire autre chose que de voler, parce qu'ils aiment ça. C'est ce pour quoi ils sont doués...

Bref: script majeur, interprétation parfaite, timing exceptionnel, suspense radical, dialogues enlevés, photographie superbe de out en bout, et mise en scène à l'unisson. On appelle ça un chef d'oeuvre.

 

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Published by François Massarelli - dans Howard Hawks Criterion Cary Grant
7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 18:53

Le dernier film de Tod Browning est particulièrement sans prétentions, tout en affichant un grand nombre d'intérêts pour les amateurs et observateurs de l'oeuvre du metteur en scène: il se situe une nouvelle fois (The unholy three, The show, The unknown, West of Zanzibar, Freaks) dans le monde du spectacle, dans les coulisses, et comme Mark of the vampire, l'un de ses meilleurs films, celui-ci se présente sous la forme d'un whodunit.

Il commence, d'ailleurs, dans une scène fort trompeuse, car on croit s'être trompé de film: une femme va être exécutée par un groupe de militaires chinois, qui vont la tuer en la mettant dans un cercueil, qu'ils coupent en deux à coup de mitrailleuse! On est, bien sur, devant une illusion, mise en scène par Morgan (Robert Young), le héros du film. Celui-ci a une double casquette, qui rend la lisibilité de l'ensemble un peu compliquée parfois. D'une part, il vend littéralement des attractions de prestidigitation, clés en mais, à des artistes en mal de technique et d'inspiration, et comme le dit son slogan, ses miracles sont à vendre! Mais d'autre part, il est aussi un expert renommé pour débusquer les faux médiums, magiciens et autres charlatans du genre. Compte tenu du fait que la plupart d'entre eux sont sa clientèle potentielle, on s'interroge un tant soit peu...

Mais peu importe, le cinéma, c'est comme un tour de magie, si c'est bien fait on y croit, si c'est mal foutu, on a juste besoin d'un ou deux bons trucs pour se forcer à y croire: un montage serré, quelques coups de théâtre, une jolie protagoniste, ou le charme de Robert Young. L'intrigue ici concerne un étrange double meurtre, celui d'un médium qui semble en connaître un rayon sur ses semblables, plus celui d'un autre homme, n excellent prestidigitateur. Morgan, en tant qu'expert d'une part, mais aussi parce que ces meurtres incriminent la jolie Judy Barclay (Florence Rice)... Et ça passe comme une lettre à la poste! Et une fois de plus, Browning nous berne en nous faisant croire qu'il nous montre tous ses trucs...

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Published by François Massarelli - dans Tod Browning
7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 18:43

Pour certains, c'est parce qu'il est précédé (Back stage) et suivi (The garage) par d'excellents courts métrages que ce retour à un comique rural apparaît un peu léger. Mais ça ne tient pas debout: ce film de deux bobines est effectivement léger! Il y a des gags, certes, et l'équipe habituelle (Moins Al St-John) fait ce qu'elle peut, mais... ce n'est en rien un film historique.

Le décor, donc, est rustique: une petite localité dans laquelle le même immeuble sert pour à peu près tout ce qui est officiel ou d'intérêt public. On y trouve donc un magasin, où travaille Roscoe Arbuckle (Qui peut de nouveau se servir de denrées pour construire ses gags, ici ce seront du fromage, et des oignons), et la poste (Lieu des activités de Buster Keaton). Un troisième larron, joué par John Coogan, est le shérif local. Lui et Roscoe sont rivaux pour le coeur de Molly Malone. La rivalité prend un tour vicieux lorsqu'il est question d'acheter un bijou à la jeune femme: Roscoe prend un faux, parce qu'il na pas les moyens, mais le shérif, décidé à acheter un vrai diamant, vole à la poste...

Pas grand chose à dire, le film tourne bien, même si c'est parfois en rond. Buster recycle une énième fois sa routine des balais qui volent, et Roscoe Arbuckle mesure le doigt de sa petite amie... en le plantant dans du gruyère. Toujours nous ramener au sol, là où ça sent et ça suinte: on peut faire confiance à Arbuckle pour ça!

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Published by François Massarelli - dans Muet Buster Keaton Comédie Roscoe Arbuckle
7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 09:13

Marion Davies était, en Anglais dans le texte, une comedienne, donc une actrice dont la spécialité, l'inclinaison naturelle était de jouer la comédie, de faire rire, donc. Fait rare chez une actrice de ce calibre, elle était en prime une actrice physique, qui pouvait jouer de tout son corps, et avait un superbe timing: c'est rare parce que les studios cherchaient ce genre de qualité chez leurs acteurs de comédie, pas chez les actrices... Mais elle avait aussi un sacré boulet, d'une certaine façon: maîtresse quasi-officielle de William Randolph Hearst, elle devait se soumettre à l'obsession de son bonhomme de la voir mise en valeur dans des drames (Ce qui ne la motivait guère!), jusqu'à... Ce film. Produit par Cosmopolitan, une petite structure qui dépendait directement du magnat de la presse, The red mill acquiert un certain prestige, du fait qu'il s'agit d'une adaptation d'une comédie musicale qui avait triomphé à Broadway. Mais ça reste une comédie burlesque... D'où l'emploi d'un spécialiste du genre.

William Goodrich n'existe pas, bien sur, il s'agit d'un pseudonyme. Roscoe Arbuckle, abimé à jamais par la campagne de presse dégueulasse qui avait suivi son arrestation pour diverses ignominies dont il était bien sur innocent, était en dépit de son innocence (Etablie dans plusieurs procès) persona non grata à Hollywood, la seule solution pour lui permettre de travailler était donc de lui trouver un alias dare-dare. Ce qui ne manque pas de sel, c'est bien sur le fait que ce premier long métrage de l'acteur-réalisateur, caché sous un faux nom, est une production de l'homme de presse qui a été le plus infect à son égard durant l'affaire... Mais du coup, Hearst qui ne faisait pas confiance en Arbucle-Goodrich, lui a mis des bâtons dans les roues: plusieurs réalisateurs de la MGM (Dont George Hill et King Vidor) se seraient retrouvés à réaliser des retakes. C'est une habitude ancrée à la MGM de l'époque, et de toute façon, le résultat porte fermement la marque de Roscoe Arbuckle...

Dans une Hollande de carte postale, en plein hiver, les braves gens passent du temps à patiner sur la glace des canaux... Sauf Tina (Marion Davies), la bonne à tout faire de la taverne du Moulin Rouge, tenue par le méchant Willem (George Siegmann). Il la fait trimer en permanence, et pour résumer, c'est un très mauvais sujet. Tina est bien seule, réduite à parler à a souris qui habite son sabot, Ignatz, et à "patiner" sur le sol enduit de savon... Mais les charmes et les clichés de la Hollande attirent les touristes étrangers, dont Dennis (Owen Moore), accompagné de son valet Caesar (Snitz Edwards), venu au pays pour y séduire les jolies Hollandaises. Il est le juge d'un concours de patinage, dont il doit embrasser la gagnante: Tina se débrouille pour participer, et gagne, mais les circonstances font que le baiser est retardé, et... n'arrivera pas. Le lendemain, Dennis doit partir. Quand il revient, Tina est décidée à tenter le tout pour le tout afin qu'il voie qu'elle existe! Elle va donc monter toute une machination, avec a complicité d'une femme du pays, Gretchen (Louise Fazenda), amoureuse d'un marin benêt, la capitaine Jacop (Karl Dane)... Mais il fait faire vite, car on veut marier Gretchen à un autre...

Le film sent parfois l'amas de clichés, du reste reconstruits en studio, et ce ne sont pas là ses meilleures qualités. Non, comment détacher ses yeux de Marion Davies? Elle était amie avec de nombreux comédiens, ce n'est pas un hasard, car c'est vraiment l'idiome dans lequel est le le plus à l'aise. Elle n'hésite ni à s'enlaidir si besoin, ni à se couvrir de ridicule. Et elle sert pleinement le style de comédie propre à Abuckle, fait de rappels permanents de notre terrestrialité et de la gravité qui s'en suit (Chutes), de mentions du trivial (le savon, dans la première scène), de raccourcis surréalistes (Dans une scène, elle apparaît, peu maquillée, et son visage trahissant les aspects les moins attirants de son anatomie, et se fait un masque de boue. Lorsque le masque s'en va, elle est maquillée comme une actrice des années 20!), d'une poésie du bizarre (Le baiser qui n' pas pu être donné était empêché par le fait qu'elle avait le visage littéralement gelé, mais un sourire de Marion craque la glace comme un rien...); et d'une série de scènes à la fin, magnifiquement éclairées, comme Roscoe savait les obtenir de ses chef-opérateurs en 1916 chez Sennett...

A propos de la fin le film tient son titre de la présence dans le décor d'un de ces clichés Hollandais, qui serait hanté. C'est l'endroit où Dennis, Tina et Willem vont s'affronter, une scène fort bien réalisée, qui contraste sérieusement avec le reste du film. Un film bancal, mais attachant, qui a décidé Marion Davies à franchir définitivement le Rubicon et à se consacrer à la comédie. Donc à produire Show people... Pour Roscoe Goodrich, l'histoire ne se termine pas aussi bien:ayant déplu à Hearst, une fois de plus, il a été congédié du plateau, et on le retrouve pour un film avec Edie Cantor à la Paramount, puis de nouveau, à réaliser des courts métrages sans prestige pour les studios les plus fauchés... Ce à quoi il consacrera le reste de son temps jusqu'à sa mort en 1933. On a de la chance d'avoir ce film, aussi mineur soit-il, et de l'avoir en prime dans une copie parfaitement conservée, qui rend justice à la beauté de sa photographie, et de ses teintes nocturnes.

The red mill (William Goodrich a.k.a. Roscoe Arbuckle, 1927)
The red mill (William Goodrich a.k.a. Roscoe Arbuckle, 1927)
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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet 1927 Marion Davies Roscoe Arbuckle *
6 août 2016 6 06 /08 /août /2016 17:22

Buster Keaton ayant gagné la guerre, il est revenu, et... c'est la fête! Back stage est sans doute le premier film vraiment rigoureux d'Arbuckle depuis... depuis très longtemps en fait. Pour autant il ne change rien à son univers, mais il ne se contente définitivement plus de le peupler. Et dans cette histoire de music-hall, qui semble prendre ses sources dans les carrières de tous ses protagonistes, il y a beaucoup de choses qui resserviront, pour notre plus grand plaisir...

L'atmosphère générale, tout d'abord, anticipe sur The playhouse... Buster, Al St-John et bien sur Roscoe sont tous les trois employés d'un music-hall, au service du spectacle et de ses artistes. Ils sont en charge du décor, sont machinistes, collent des affiches, effectuent des réparations, et doivent parfois supporter les caprices des stars, comme l'homme fort (Charles Post) qui est infect avec sa jolie assistante (Molly Malone), ou le "danseur excentrique" (Et franchement efféminé), interprété par John Coogan Sr, le père d'un petit Jackie qui n'allait pas tarder à prendre la relève, qui s'offusque qu'on ne lui accorde pas le moindre regard. Quant les artistes font la grève, nos amis les remplacent, aidés par Molly...

Parmi les numéros notables, une danse, exécutée avec le plus grand sérieux par Keaton et Arbuckle... mais aussi une scène au balcon, à la Roméo et Juliette, mais durant laquelle la fausse façade d'une maison tombe sur Roscoe, le laissant toutefois indemne, car il était à l'endroit exact ou se situe la fenêtre une fois la façade tombée. Un gag qui allait resservir deux fois chez Keaton: d'abord dans One week, puis de façon spectaculaire dans Steamboat Bill Jr. A qui faut-il l'attribuer? Peu importe, les compères font du travail d'équipe, ce qu'ils revendiqueront tous jusqu'à la fin de leurs vies, Buster en tête. Et ils le font bien!

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Published by François Massarelli - dans Muet Buster Keaton Comédie Roscoe Arbuckle