Hardy et Laurel, marchands de fruits de mer, achètent durant la première minute du film un bateau à retaper, qu’ils vont saboter en voulant le réparer sur le reste du court métrage. On trouvera ici de bons gags, impliquant beaucoup d’eau et de peinture, et un mémorable Tit for tat: cette expression désigne dans le monde de Laurel et Hardy les échanges froids et agressifs, par exemple la réaction de Charlie Hall dans The battle of the century lorsqu’il prend calmement une tarte et l’envoie poliment à la tête de Hardy, déclenchant une réaction en chaîne. Dans ce film, Hardy se venge d’avoir reçu de l’eau en posant un tuyau d’arrosage dans la salopette de Laurel, le tout avec le plus grand calme et la plus grande concentration… Les échanges méthodiques se poursuivent ensuite durant 4 minutes… Un autre gag notable arrive lorsque Laurel reste à l’intérieur du bateau, sommé par Hardy de ne rien faire afin d’éviter toute catastrophe : il souffle alors dans son pouce, provoquant un mouvement de son chapeau. C’est la deuxième excentricité physique de Laurel, après ses oreilles qui bougent de Blotto et Any old port! Bientôt, The devil’s brother allait en rajouter dans ce domaine…
C'est l'avant-dernier film de la réalisatrice Américano-Islandaise, décédée l'an dernier, et il donne furieusement envie de s'intéresser à son oeuvre: il y est question de la remise en question d'une femme, une fois passé le cap de la quarantaine, la "femme nue" du titre étant à l'exception d'une courte apparition de Karin Viard en naïade ravie, à prendre au sens symbolique et figuré... Lulu (Version courte de Lucie) s'est en effet déplacée à St-Gilles Croix de Vie pour un entretien d'embauche. Celui-ci est mi-comique, mi-tragique, car Lulu n'est absolument pas à l'aise, et sa gaucherie lui garantit l'échec complet de la démarche. Mais elle ne rentre pas chez elle, une petite ville du Maine-et-Loire: elle choisit de rater délibérément son train, et reste dans un hôtel. Le lendemain, même chose, même si elle ne fait pas exprès. Le problème, c'est que son mari, pas un rigolo du tout, décide de déclarer le vol de la carte de crédit de son épouse, afin de l'empêcher de dépenser. Elle est donc réduite à dormir dehors... Et va changer sa vie, de façon durable, grâce à trois rencontres.
Adapté d'une bande dessinée d'Etienne Davodeau, le film est bien différent de sa source: d'abord, par sa narration, qui est ici plus frontale. A des interventions extérieures d'un narrateur, Solveig Anspach substitue un point de vue silencieux, souvent confondu avec celui de Lucie, mais pas systématiquement; ainsi, lorsque la soeur (Marie Payen) et la fille (Solène Rigot) de l'héroïne débarquent en Vendée, et se cachent pour observer Lulu vivre sa nouvelle vie, on a une nouvelle perspective. Dans la bande dessinée, ce point de vue est apporté par un homme, un ami de Lulu, alors que l'irruption de ces deux femmes si proches d'elles dans le décor va nous permettre une bien meilleure vision du personnage.
Car ce qui ressort des aventures de Lucie, c'est l'idée qu'elle a raté sa vie de femme: les trois actes du film nous le montrent avec douceur. Elle rencontre un homme (Bouli Lanners) qui va l'aimer, plus et mieux en tout cas que son propre mari, le brutal Serge (Patrick Ligardes); elle va ensuite se lier d'amitié dans des circonstances comiques avec une vieille dame, Marthe (Claude Gensac) qui elle a fait dans son passé des choix plus téméraires qu'elle, et elle va venir en aide à Virginie (Nina Meurisse), la serveuse martyrisée par sa patronne, d'un petit café de la côte. Bref elle va non seulement se prendre en charge, elle qui a surtout élevé trois enfants, mais pas fait grand chose d'autre de notable, mais elle va aussi essayer de changer la vie des autres. Elle va découvrir l'amour, le sens de l'amitié, et ce qui l'attache à ses enfants... Mais pas à son mari.
Bref, ce Lulu femme nue, tout en délicatesse, a tout du joli film automnal qui se transforme sans crier gare en leçon de vie, fragile mais précieuse. La réalisatrice a l'oeil, le ton juste, la distance et la rigueur nécessaire, et transforme ce qui aurait pu être une drôle de salade misérabiliste, comme ces téléfilms dans lesquels les acteurs Français s'aboient dessus en permanence en lâchant des "putains" toutes les trois secondes, en une expérience de vie valide et gentiment burlesque. Karin Viard est fantastique. Tous les autres acteurs aussi, y compris les ados... C'est suffisamment rare pour être souligné, et pour regretter le décès d'une réalisatrice qui comptait.
Dans cette courte comédie, un Français (on le reconnaît comme tel non seulement grâce au titre très explicite, mais aussi par sa barbiche à la Napoléon III) dépose une annonce dans un journal; si on veut se marier avec lui, qu'on le retrouve devant le parvis d'une église... Il attend, et une, puis deux, puis trois, puis... beaucoup de fiancées potentielles font leur apparition. La poursuite, impitoyable, est inévitable.
...Elle est aussi répétitive. Ce sont les débuts du cinéma "commercial", et même un géant (ce qu'il était pour l'époque, n'oublions pas qu'il avait tourné The life of an American fireman et The great train robbery, deux des films les plus influents de la décennie) comme Porter ne sait pas encore trop quoi faire avec ce film, à part une course poursuite débridée. On notera d'une part que le Français n'a pas le beau rôle, prêt à déposer une annonce pour trouver une épouse, n'importe laquelle.
On n'est pas dans une hypothèse contemporaine d'un sentiment anti-Français à la Trump, mais plutôt dans le bon vieux cliché du Fançais inadapté à la modernité, et vaguement consommateur de sexe plutôt que vraiment amoureux des femmes! Ensuite, une fois énoncé le point de départ du film (Mariage, plusieurs femmes, poursuite), rien de nouveau ne se passe, et il est pénible de constater qu'à chaque fois que le décor change, il nous faut passer par la vision de touts les femmes (Elles sont une dizaine) qui traversent l'écran.
Enfin, le film a un écho, réalisé 16 ans plus tard, mais ça, c'est un vrai chef d'oeuvre de la comédie: Seven chances, de Buster Keaton.
Sally, 17 ans, vit en permanence dans une institution pour personnes différentes: c'est une autre époque, probablement le futur, et on a découvert des mutations inquiétantes chez les adolescents, qu'on tente de contrôler en les enfermant, et accessoirement en les rendant dociles à coup de psychologie... et surtout de médicaments, à forte dose. Mais Sally, qui est venue pour un motif très grave, a mauvaise conscience. En effet, tout en étant douée d'un talent pour déplacer les objets de façon spectaculaire, sa volonté est telle qu'elle peut tuer. Un soir, elle a exprimé ses frustrations en souhaitant la mort de toute sa famille. Alors elle souffre, mais elle obéit. Jusqu'au jour ou Ting-a-ling, une autre ado "dangereuse", vient perturber un repas, en hurlant, et en prêchant la révolte. Sally se fait prier, mais l'appel de la liberté que promet son amie est trop fort, elle se laisse séduire...
On pense à THX 1138, devant cet univers clos, mélange entre un hôpital aseptisé, et un lycée totalement fermé. Les ados y sont réduits à ne plus penser, façon Metropolis, et seules les deux révoltées vont se faire entendre: bruits, transgressions et jeux, Sally et Ting-a-ling tentent de rattraper le temps perdu. Le film est inconfortable, mais passionnant, tourné au plus près des corps de ces jeunes femmes déshumanisées, et longtemps dans le film (Qui ne dure que 30 minutes, remarquez) on se demande si Ting-a-ling est réelle, ou une émanation de l'esprit de Sally, ou... autre chose.
Dans cet exemplaire film noir, James Stewart doit non pas élucider un crime effectué 11 ans auparavant, mais plutôt démontrer les failles de l'enquête afin de libérer un innocent; on ne saura pas plus à la fin qui a tué, l'essentiel est dans les démarches du journaliste pour retrouver des traces, des bribes du passé qui vont lui permettre d'avancer. L'idée, c'est de s'approcher au plus près de la vie de ses protagonistes en détaillant avec soin les démarches, dans toute leur précision, mais aussi dans leur durée: l'attente, les fausses pistes, etc... On n'est pas ici dans l'efficacité, plutôt dans une véracité qui met l'accent sur l'humanité de ces personnages. Le style quasi documentaire de ce film réalisé à la Fox durant l'age d'or du genre est entièrement dans la lignée de ce que Darryl Zanuck souhaitait pour sa firme: apparemment authentique, mais empreint d'une réelle poésie du quotidien... James Stewart habite son rôle avec le talent qui le caractérise, donnant à voir ses doutes dans un premier temps, puis la façon dont il devient au fur et à mesure du film persuadé de l'innocence de celui qu'il défend... Henry Hathaway colle au plus près du cahier des charges avec la rigueur et le sens de l'efficacité qui le caractérisent, bref, un film noir de haute volée, et forcément... splendide!
Lawrence 'Rip' Smith (James Stewart) est surnommé ainsi parce qu'il a la faculté de s'endormir n'importe où; une habitude prise lors de ses nombreuses périodes creuses, car si l'ambitieux jeune homme voit grand, il est un peu trop en avance sur son temps: son truc, c'est le sondage d'opinion, un phénomène dont les dirigeants, chefs d'entreprises, patrons de presse sont avisés, mais qui passe au dessus du grand public. Et comme Smith veut rester son propre patron, la concurrence dans ce marché novateur est rude. Il est donc, une fois de plus, sans emploi, et part sur un coup de tête à Grandview, une petite localité charmante, dont il a entendu parler par un ancien camarade de l'université: à Grandview, l'opinion reflète exactement celle de la société Américaine, à moins de 1% de marge d'erreur Qu'un sondeur décide d'y interroger la population, et il aura le sondage le plus fiable au monde... Mais si Smith part avec armes et bagages, et avec ses fidèles assistants Ike (Ned Sparks) et Mr Twiddle (Donald Meek), il ne faut pas ébruiter le véritable but de leur installation à Grandview, et ils prétendent être des agents d'assurance. Sitôt arrivé, Rip trouve la ville parfaitement à sa convenance, et fait la rencontre d'une jeune femme de la localité qui contrairement à lui, souhaite développer la ville dans le sens du progrès: deux problèmes s'ensuivent: développer la ville, c'est la changer, ce qui contrecarrerait les plans de Rip; et la jeune femme, Mary Peterman (Jane Wyman), journaliste locale, est décidément fort jolie...
Tourné juste après It's a wonderful life, et produit par Robert Riskin pour la RKO, le film de Wellman subira le même sort au box office; un flop monumental. Comme si, en fait les Américains 'étaient pas près à retrouver James Stewart, où du moins pas le Stewart plus adulte qui est revenu de cinq années de guerre... On a pourtant ici certains ingrédients qui renvoient à un personnage emblématique de l'acteur: il s'appelle Smith, et ce n'est pas pour rien! Arrivé à Grandview, il est aussitôt reconnu par l'équipe de Basket-ball de l'université comme un ancien champion, et va devenir leur co-entraîneur, ce qui fait qu'on le voit souvent flanqué de jeunes boy-scouts! Et si c'est un James Stewart qui vient masqué, conscient du fait qu'il s'apprête à exploiter les habitants sans leur assentiment, il ne met pas longtemps à devenir un pilier sur de la petite communauté. Mieux: lorsque le pot-aux-roses est découvert, deux conséquences: la population se met à l'heure du sondage et se prête au jeu (Qui est d'ailleurs faussé, ce qui est une autre histoire), et à part Mary qui s'était beaucoup rapprochée de lui, personne n'en tient rigueur à Rip qui va d'ailleurs sauver la ville d'un coup dur...
Les raison de l'insuccès de ce film, dont le scénario, au fait, est du à Robert Riskin, l'ancien collaborateur de Capra (Mais s'il a écrit Deeds et You can't take it with you, entre autres, il n'est pas le scénariste de Smith), sont sans doute à chercher dans le fait que la 'science' dont il est question, ici, est aussi nébuleuse pour le public e 1947 qu'elle peut l'être pour la plupart des gens aperçus dans le film, et d'ailleurs tout se passe comme si Wellman ne s'y était pas vraiment intéressé, et s'en était débarrassé aussi vite qu'il l'a pu! Non, ce qui a motivé le réalisateur, c'est d'abord la comédie, et avec Stewart et Wyman, d'un côté, mais aussi la figure hallucinante de Ned Sparks, de l'autre, il a été servi... Le choc des cultures, lorsque les trois New Yorkais débarquent à Grandview, est assez proche de celui vécu par Fredric March et Carole Lombard dans Nothing sacred... Et certaines séquences se promènent avec brio dans les riches heures de la screwball comedy.
Finalement, le metteur en scène est à l'aise avec cette histoire de petite ville tout à coup abandonnée de tous, devenue la risée de l'Amérique, et dans laquelle la population enfin réunie se met à faire front, sommée par ses enfants qui reprochent à leurs aînés de ne rien faire personnellement pour empêcher la décadence d'une ville qui a encore beaucoup à leur offrir. Dans la direction de ses jeunes acteurs, comme toujours très impressionnantes, passent des réminiscences de Wild boys of the road... Wellman, comme pour signer son film, lui qui aime tant se passer de LA scène à faire et à montrer, garde le premier et unique baiser de ses deux stars, pour... après le fondu au noir. Typique! En attendant, même un peu mineur sur les bords, franchement, un film plus que recommandable.
Réalisé avant Rashomon, et bien sur beaucoup moins connu, ce film reprend le fil des préoccupations liées à la vie au Japon après la défaite, dans la droite ligne, pour Kurosawa, de ses films de l'immédiate après-guerre et de ses films noirs (L'ange ivre, Chien enragé). Avec sa situation qui met aux prises deux personnes face à un scandale ourdi par les méias, qui dégénère en affaire de corruption, le réalisateur dresse un portrait révolté de la situation morale du pays, tout en livrant une image de la réalité sociale d'un pays qui peine à se relever de la guerre, et dans lequel les inégalités sont partout...
Ichiro Aoye, un peintre (Toshiro Mifune), a rencontré par hasard lors d'un voyage Miyako Saijo (Yoshiko Ōtaka), une jeune chanteuse à succès, poursuivie par la presse. Il propose de la ramener à son hôtel sur sa moto, déclenchant ainsi malgré lui un crise médiatique sans précédent; en rentrant en ville, il constate que la presse s'emballe, des articles sont pbliés dans un magazine à scandale, et le peintre se lance dans une lutte contre le journal; il porte plainte pour harcèlement. il demande de l'aide à Hiruta (Takashi Kimura), un avocat miteux qui l'a contacté parce qu'il était sincèrement désolé pour lui, et scandalisé par les attques de la presse. Mais Hiruta, affaibli par la maladie de sa fille Masako (Yoko Katsuragi), et qui vit dans une misère inquiétante, va vite céder aux sirènes de la corruption lorsque les plaignants deviendront une menace trop forte pour le journal incriminé...
L'ombre de Capra plane sur ce beau film engagé. Engagé, parce que Kurosawa n'a pas fait de Mifune un peintre pour rien, la métaphore est évidente; si le film n'est pas une allusion à Kurosawa ou son histoire, le réalisateur met suffisamment de lui-même dans le film pour qu'on sache sur quel pied il danse. Et le procès, fait de coups de théâtres savamment orchestrés, le voient prendre parti pour la justice, aux côtés de Aoye... Le film dénonce donc la turpitude morale du japon, incarnée dans une presse qui n'en fait qu'à sa tête. Il ne s'agit pas de conservatisme de la part de Aoye/Kurosawa, mais bien de vérité. Il n'a rien à se reprocher, et n'aime pas surtout qu'on s'intéresse à lui pour de mauvaises raisons. Le personnage n'est pas à propement parler traditionnel, avec sa moto et son franc-parler, mais il a une fibre morale solide; c'est une belle interprétation toute en subtilité de Mifune. A ses côté, la vedette féminine (Qui tournera l'année suivante pour Vidor, dans Japanese war bride) incarne un rôle ambigu de vedette qui veille à sa propre publicité, mais dont il est clair qu'elle garde de sa rencontre avec le peintre un excellent souvenir... De nombreuses allusions à un tableau, représentant une montagne, effectué durant ce périple tendent à nous faire penser que le peintre lui-même n'a pas été indifférent à la jeune femme; cela dit, Kurosawa étant Kurosawa, il ne s'étend pas sur cette idylle, préférant montrer les relations des deux artistes avec leur étonnant avocat.
Takashi Shimura, dont le nombre de collaborations avec Kurosawa en font aux cotés de Mifune un autre acteur fétiche, n'a rien ici de la montagne de force qu'est le samourai Kambei qu'il incarnera trois ans plus tard; c'est un homme que la vie n'a pas ménagé, pauvre, raté, qui ne sort de sa logique de perdant (Courses, paris, etc...) que pour se proposer de prendre la défense des deux plaignants, avant qu'ils ne le lui aient demandé; c'est sans doute la raison qui pousse Aoye à le faire, d'autant qu'il a vu la misère dans laquelle le vieil homme vit, et sa fille malade. Mais l'avocat va incarner durant le film non seulement la misère sociale mais aussi la misère morale de l'époque en se laissant corrompre trop facilement. Tragiquement, la mort de sa fille Masako sera pour lui le signal de la fin de cette mascarade, et il sauvera la mise de ses clients en dénonçant la corruption dont il a été l'objet, et à laquelle il a pris part. Cette mort, inévitablement pressentie et annoncée, empêche le film d'être une comédie, et prolonge d'une certaine noirceur l'humanisme volontariste à la Capra dont le metteur en scène a fait preuve pour ce film.
Scandale est un étrange objet, dont le rythme est généralement soutenu, ne s'arrêtant que pour laisser s'exprimer la douleur de Hiruta (dans trois scènes, en particulier celle ou il confesse sa duplicité à sa fille). le metteur en scène a aussi donné une certaine cohésion à l'ensemble en montrant le procès annoncé et repris par la presse, mais aussi par le cinéma; il fait ainsi le portrait d'un pays en pleine mutation, en pleine avancée, aussi, dont la célébration de Noël est l'un des traits: les gens y chantent, en Japonais, tous les chants de circonstances, avant de se souhaiter Merry Christmas! en Anglais dans le texte... ce qui décidément renvoie à l'atmosphère particulière de It's a wonderful life, un film que Kurosawa a certainement vu! Toutes les mutations de la société ne sont pas mauvaises, semble nous dire Kurosawa, dont le personnage-reflet roule en moto, et s'habille (Comme Miyako du reste) à l'occidentale et se plaint de ce que ses compatriotes n'ont pas l'esprit ouvert à l'art lors d'une discussion sur le nu avec son modèle. De même, le metteur en scène laisse la musique de Fumio Hayasaka s'inspirer de la musique ocidentale, tout comme sa musique pour Rashomon sera inspirée dans sa forme par le Boléro de Ravel (Ce qui est d'ailleurs tout à fait approprié). Filmé dans un Japon citadin aussi protéiforme que celui de Chien enragé, c'est un film de Kurosawa à découvrir de toute urgence.
Le titre Japonais et le titre international de ce film sont fort différents l'un de l'autre, et ça requiert probablement une explication... A la base de cette co-production Franco-Japonaise, il y a deux volontés,celle de Nagisa Oshima d'une part, et celle du producteur Français Anatole Dauman d'autre part, motivées par un contexte bien différent dans les deux contrées: Oshima, en butte à la censure et à la morale étriquée de son pays (Qu'il appelle "ce" pays, d'ailleurs, jamais "mon" pays), souhaite prolonger sa réflexion sur deux thèmes qu'il entremêle volontiers: la rébellion d'une part, et la sexualité d'autre part. Dauman, de son côté, souhaite prendre en marche la voie de la libéralisation de la représentation du sexe dans le cinéma Européen. On sait qu'en 1975, cette libéralisation atteint son apogée, et on peut se rendre sur les cinémas des grands boulevards pour y voir Gorge Profonde... Lesdeux compères vont donc tourner un film porno. Disent-ils, parce que ce Ai no corrida n'est pas, mais alors pas du tout, un porno...
Ai no corrida, ça veut dire littéralement La corrida de l'amour, et ce titre imposé par Oshima n'a jamais plu à Dauman, qui a privilégié dns la distribution internationale le passe-partout L'empire des Sens, ou In the realm of the senses pour les Anglo-saxons, ce qui semble promettre une grand spectacle avec montagnes russes sensorielles... Bref, un titre mensonger. A tout prendre, même si comme moi on est profondément opposé à la corrida, cette distraction pour salauds qui à mon sens, n'est noble que lorsque le torero est écartelé, je pense que le titre Japonais a plusieurs mérites: tout d'abord, il suggère une confrontation entre deux êtres, ensuite il réussit à garder son mystère poétique pour celui qui n'a pas vu le film, tout en comprenant une allusion presque ironique à la fin, et enfin, après tout il s'agit bien d'un spectacle qui inclut la mort de l'un des ses protagonistes, sacralisée, mise en scène, et pas vraiment fortuite, dans son déroulement...
1936, Tokyo. Sada Abe (Eiko Matsuda), une jeune femme au passé chargé, trouve une place dans une auberge tenue par un couple. Kichizo (Tatsuya Fuji), le propriétaire est un coureur de kimonos, et elle le laisse volontiers la séduire. Dès leur première confrontation, ils réalisent à quel point ils sont faits l'un pour l'autre: Sada est insatiable, et Kichi possède une belle santé, ils deviennent inséparables, à tel point qu'ils prennent la direction d'une autre auberge dans laquelle ils vont vivre six mois intenses de relations sexuelles, le séjour en auberge étant payé par la prostitution de Sada. Ils se mettent à l'écart du monde, et vivent leur amour jusque au bout, Sada épuisant littéralement son amant, avec le consentement de celui-ci.
Je le dis une bonne fois pour toutes qu'il n'y ait pas d'équivoque: si à aucun moment le film ne se livre à une débauche de gros plans anatomiques, le sexe ici est stylisé mais souvent réel, frontal, c'est-à-dire non simulé. Ce qui différencie Ai no corrida d'un film porno, bien sur, est la distance d'une part, Oshima n'utilisant les gros plans des organes, ou des actes, que pour les établir. Plus le film avance vers sa conclusion, plus la caméra reste à l'écart, loin des corps qui s'incorporent dans le décor, dans une composition toujours parfaite. La caméra, au fait, ne bouge pas. Et d'autre part, le sexe n'est pas une fin en soi, il fait partie de l'histoire oui, mais il ne s'agit pas ici de titiller, bien plutôt de conter: la rencontre entre Kichi et Sada passe par les corps, elle passe par la blancheur de la peau, par le corps gracile, de la jeune femme, et oui, par le pénis souvent mentionné de Kichi, qui est souvent le héros des conversations friponnes. Mais si le film fait reposer son intrigue sur la sexualité, ça reste une intrigue, qui se déroule dans un contexte clairement identifié, celui du Japon à l'époque d'Hiro-Hito.
A un moment, souvent discuté, du dernier acte, Kichizo passe dans une rue, et croise une colonne de soldats en marche, fêtés par des enfants qui portent des fanions aux couleurs du Japon Impérial. Kichi marche à l'envers de l'histoire, dans un passage qui non seulement a nécessité une préparation, et une figuration importante dans ce qui est souvent un huis-clos entre deux personnes, mais aussi, fait preuve d'un manque de continuité: le champ montre Kichi, de dos, qui s'engage dans la rue; face à lui, marchant donc vers nous, la colonne. Le contrechamp ajoute, presque par magie, les enfants. Tous dénués d'émotions... Au fait, les enfants sont les grands absents de ce film. Une histoire d'adultes et de sexualité, me direz-vous...
Mais aussi les rapports parents-enfants sont réorganisés, et passent par la symbolique: Sada et Kichi soulignent parfois leur différence d'âge, et la jeune femme finance leur grande vie en se prostituant auprès d'un homme qui pourrait être son père, et qui est directeur d'école, donc une figure paternelle par excellence. Kichi, sur un caprice de Sada, offre son corps à une vieille geisha dans une scène du plus haut comique... ou des plus embarrassantes! Après l'acte, alors que la vieille s'est évanouie, il confesse que "c'était comme de faire l'amour avec ma mère morte"! On verra des enfants, dans le film, mais ils sont épisodiques, ou carrément liés à des fantasmes, ces décrochages plus ou moins réussis qui illustrent le tumulte dans la tête de Sada. Mais la raison d'être de cette absence des enfants dans une histoire aussi chargée en sexualité n'est pas seulement qu'il s'agit d'une intrigue intimement liée à l'acte sexuel. C'est pour souligner, ce que fait d'ailleurs l'un des fantasmes mis en scène de Sada: c'est elle qui a gardé son âme d'enfant, et qui d'ailleurs survivra au chaos du film. Elle représente l'avenir, car c'est une femme, et elle est celle qui prend la situation en charge...
Il y a quelques mois, Gaspard Noé sortait son film Love, un film de sexe en 3D qui comme le film qui nous occupe, sortait par le biais des salles de cinéma traditionnel, l'un donc des innombrables héritiers auto-proclamés de ce classique d'Oshima. Le film, outre une polémique infecte liée à sa récupération par l'extrême droite souhaitant l'utiliser pour promouvoir un durcissement de la censure (Le seul durcissement au cinéma que ce genre d'association souhaite préserver, semble-t-il), est aujourd'hui fortement critiqué pour son obsession de la jouissance masculine, qui y est représentée (anatomiquement, bien sur), alors qu'on y occulte l'orgasme féminin. Il est intéressant de constater que dans ce film-ci, issu d'une société qui privilégie l'homme en tous points dans ses traditions, en particulier dans ses codes sexuels, c'est au contraire Sada qui multiplie les orgasmes. Il y a une exception notable, mais elle est la base d'une discussion entre les amants: Kicho dit clairement à la jeune femme qu'il aime bien lui donner du plaisir, et si leurs nombreux, très nombreux rapports donneront forcément du plaisir à l'homme, on ne le verra pas, parce que ce n'est pas le sujet. Le sujet est la prise de pouvoir par Sada Abe, donc par la femme. A ce titre, l'unique occurrence du plaisir pour Kichi sera vue par le biais d'un plan qui cadre justement Sada, concentrée à lui donner ce plaisir. C'est la jeune femme qui mène l'homme, je ne dirai pas pas le bout du nez parce que ça prêterait volontiers à des allusions, mais c'est elle qui commande, et le film nous conte l'inéluctable prise en charge de la sexualité, de l'affectif, du couple, par la femme. D'une relation de patron à employée, on passe à un couple dans lequel l'homme devient l'objet sexuel d'une femme qui décide de se prostituer pour financer le couple... Un couple qui marche à l'envers des codes communément acceptés, en marge de l'histoire, qui ignore cette marche inexorable vers le paternalisme et l'autoritarisme, et qui va vers la mort programmée et acceptée de l'un d'entre eux. Attention, on va maintenant parler de la fin.
Car cette histoire est basée sur un fait réel: Sada Abe, été trouvée par la police en 1936, et arrêtée dans un cinéma, soupçonnée d'avoir tué Kichi, et d'avoir coupé et conservé ses organes génitaux. Elle n'a absolument rien démenti, et portait justement son trophée sur elle. Et paradoxalement, Sada, dans cette société paternaliste, est devenue une héroïne, une légende, qui après un temps en prison, a vécu une longue vie dans le sillage de son haut fait d'armes... Elle est décédée au début des années 70, à plus de soixante ans, après avoir transcrit cet épisode célèbre dans un journal qui s'est ma foi fort bien vendu! En reprenant cette histoire très connue, Oshima se saisit d'un fait divers célèbre, assorti de transgressions en cascade, qu'il va pouvoir utiliser pour montrer une nouvelle voie au Japon, dans un manifeste fait de provocation et de sacralisation de la quête féminine de la jouissance dans un pays hautement patriarcal. C'est une révolte? Non, une révolution, et elle passe par un film qui est réputé pour être le plus rigoureux de son auteur, justement. Oshima se repose sur des collaborateurs éprouvés, se réjouit d'avoir engagé des acteurs formidables, qui rendent finalement visible ce qui n'aurait pu être qu'une débauche de viande, en le rendant humain, esthétique, et passionnant. La beauté visuelle des décors est due à la main experte de Koji Wakamatsu, et les images superbement composées ont été pilotées par Hideo Ito. celui-ci a pourtant du déléguer la prise de vue, une fois réglés les cadrages et lumières, à Oshima lui-même, qui n'avait qu'à appuyer sur un bouton pour lancer la machine, seul devant ses deux acteurs, lors des scènes intimes. Le résultat est époustouflant...
Bien sûr, le film (Dont beaucoup de metteurs en scènes se réclament aujourd'hui à tort et à travers) va triompher partout où le film sera montré même si ce sera parfois avec un délai de négociations sourcilleuses de la part des censures locales (Les pays Anglo-saxons ont fini par se laisser amadouer). Mais un pays résiste encore à Ai no corrida, et se refuse à le diffuser sans le censurer: les Japonais, du moins officiellement, n'ont jamais vu ce film sans cache ni coupes. Une histoire de ciseaux, quoi...
1831. Magobei (Tatsuya Nakadai) est un samouraï avec une tache indélébile dans son passé de sabreur: il a quitté son clan qui venait de perpétrer un massacre pour de l'or, mais a négocié avec eux pour ne jamais révéler leur méfait, contre leur promesse de ne jamais le refaire. Il s'en veut de n'avoir ni empêché la boucherie, ni reporté son chef et ex-futur beau-frère aux autorités, et noie son honneur dans une vie de misère. mais il apprend que le clan a recommencé ses actes de piraterie. Il prend donc la décision de faire justice, tout seul s'il le faut...
Il ne sera pas tout seul, à combattre au sabre dans la neige, mais il aurait pu. Un vrai ange exterminateur, sans un gramme d'humour, bien sur, mais avec une efficacité redoutable. parmi ceux qui l'aident, une jeune femme (Ruriko Asaoka) dont toute la famille a été autrefois décimée par le clan lors du massacre originel, mais aussi un mystérieux agent double... ou triple (Isao Natsuyagi). le film prend son temps, et garde ses effets en réserve, mais c'est, on ne s'en étonnera pas, une fête visuelle, tournée essentiellement en plein hiver. Les combats prennent une dose phénoménale de poésie, et Tatsuya Nakadai, impliqué physiquement comme d'habitude, a souvent du se geler...
Parce que Mrs Hardy (Mae Busch) se plaint de voir son mari s’associer constamment avec Mr Laurel, ce dernier suggère à son ami d’adopter un enfant; Ce l'occupera, lui suggère-t-il... Mais lorsque de retour à la maison avec un bébé Hardy apprend que son épouse souhaite divorcer, il va donc devoir élever cet enfant seul, ou plutôt avec Laurel, ce qui est pire.
L’histoire ne tient pas debout, et par ailleurs, on remarquera la façon dont le bébé devient un objet pur et simple et bruyant. Quelques bons gags sauvent l’entreprise, avec en particulier le biberon que Laurel sort de sa chemise de nuit, comme s’il y était toujours caché, et diverses scènes de destruction dues à la rencontre inopinée entre la tête de Hardy et les meubles. Pour le reste, et en dépit d'une spectaculaire confrontation entre Hardy et Mae Busch qui sauve au moins le début du film, on s'ennuie quand même un peu trop pour un film de 20 minutes...