Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 16:31

Choc de titans: le Coyote a décidé de s'attaquer à une proie inhabituelle, et face à un être non seulement vivant et mangeable, en fait une question d'une compétition d'esprit. Donc il parle... Et selon la loi inévitable des films qui mettent en scène ce canidé obsessionnel, Bugs Bunny n'a finalement pas grand chose d'autre à faire que d'assister aux échecs répétés, même si il est malgré tout nettement plus actif que l'habituelle comparse du coyote, bien sur. Maintenant, si on ne peut que se réjouir de voir le coyote redoubler d'inventions, et donc de risques sérieux pour sa propre santé, à l'idée de s'attaquer à un proie de telle réputation, si ce film est grand pour l'économie d'animation déployée pour animer Bugs, dont les réactions à elles seules valent le détour, voilà: je n'aime pas le coyote quand il parle. Il est plus bavard et plus auto-satisfait que tous les méchants de James Bond réunis, et l'idée de lui donner la voix d'un professeur d'université pédant, passant son temps à se traiter lui-même de génie, est particulièrement contre-productive... Dommage, parce qu'on a vraiment envie d'aimer ce film inhabituel et soigné, mais... le dialogue du coyote? mauvaise, très mauvaise idée.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Bugs Bunny Wile E. Coyote Animation Looney Tunes
11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 09:21

Ce film possède un atout embarrassant: Clara Bow. Je m'explique: la jeune apprentie actrice, qui venait de débuter dans un long métrage, dont l'intégralité de ses scènes avaient été coupées au montage, revenait donc à la charge à la faveur de cette production indépendante, largement financée par des dons locaux, dédiée à une vision romanesque d'un métier, celui des chasseurs de baleines en nouvelle-Angleterre. Bien sur, Clara Bow ne chassait pas la baleine, mais son personnage était inséré dans l'intrigue mélodramatique du film, parce qu'en 1922 comme en 2016, on ne fait pas un film dramatique avec des prises de vues documentaires, aussi réussies soient-elles. Et du coup, aujourd'hui, l'aspirante actrice, qui s'en tire d'ailleurs fort bien dans son rôle de petite peste empêcheuse de tourner en rond, est devenue le principal argument de vente de ce digne représentant d'un monde finalement assez peu connu: les productions indépendantes à l'époque du muet. Les grands studios et leurs héritiers, les fox, MGM, Warner, Paramount, ont tous eu la possibilité de faire connaitre, de ressortir voire de préserver leur production. Mais les petits? Pour en revenir une bonne fois pour toutes à Clara Bow, clarifions: oui, c'est le premier rôle significatif de la future "It" girl au cinéma, mais non, inutile d'y chercher son style, sa coiffure, son dynamisme espiègle mais annonciateur d'une vie intérieure débordante et sensuelle. Ici, pour un second rôle et pas plus, Clara Bow est essentiellement une petite peste à la Griffith, un de ces seconds rôles féminins dont la fonction est d'embêter le plus possible les rôles principaux, tout en se mettant convenablement en danger de temps à autre, afin de faire rebondir les péripéties... Inutile donc d'y chercher le quelconques prémices d'une carrière de premier plan...

Je viens de mentionner Griffith: comment faire autrement? Elmer Clifton était son assistant, nu vrai (On sait que tout ce qui portait casquette, mégaphone et bandes molletières dans les années 20 se présentait comme l'un des assistants du maître sur The Birth of a nation, de Stroheim à Browning en passant par Ford, mais d'authentiques assistants, sur la durée, Griffith n'en a pas eu autant. Clifton, lui, a bien occupé ce poste, de 1915 à 1920, sur trois films: The Birth of a nation, Intolerance (Dans lequel en prime il jouait un rôle significatif, celui du Rhapsode amoureux de Constance Talmadge) et Way down East (dont il a d'ailleurs été amené à tourner lui -même certaines scènes, tout en doublant Richard Barthelmess dans les séquences fameuses de la fonte des glaces). Il a aussi tourné un certain nombre de longs métrages dans les années 10, le plus souvent issus de la production secondaire de Griffith. Aucun de ses films ne se distingue particulièrement, à part celui-ci, mais je me suis amusé à chercher des éléments sur lui sur internet, et je suis tombé (Sur Wikipédia, certes) sur cette phrase: "He was the first filmmaker to discover the talents of Clara Bow, whom he cast in Down to the sea in ships released on March 4,1923." ...Clairement, on tourne en rond. Heureusement, l'article précise aussi "The independently produced film was well reviewed for its visual authenticity.", ce qui est plus intéressant; car oui, le film de Clifton avait bien cette réputation d'authenticité visuelle. C'est probablement le seul de ses films a pouvoir être vu aujourd'hui, profitons-en donc!

Située en Nouvelle-Angleterre donc, à New Bedford dans le Massachussetts, l'intrigue de Down to the sea in ships conte les aventures de quelques individus engagés dans et autour de la chasse à la baleine, au sein d'une communauté Quaker. Le père Morgan (William Walcott), un ancien baleinier reconverti en propriétaire d'une flottille, et principal employeur de la communauté, souhaite marier sa fille unique Patience (Marguerite Courtot) à un homme du même métier (Et quaker de surcroît), mais elle rêve quant à elle de retrouver le petit garçon qui jouait avec elle, enfant, et qui est depuis parti vers la grande ville. Si Patience est l'enfant unique, c'est parce que son frère aîné a disparu lors d'un naufrage en compagnie de son épouse. Seule leur fille Dot (Clara Bow) a survécu, une adorable petite peste qui a clairement a bougeotte. Visant à mettre la main sur les bateaux, deux fripouilles vont s'immiscer dans les affaires de Morgan: Finner, va essayer de provoquer une mutinerie sur un bateau, pendant que Siggs va essayer d'amadouer le vieux Morgan en se faisant passer pour un ancien baleinier et quaker. Mais Allan Dexter (Raymond McKee), l'ancien compagnon de jeux, revient au pays, bien décidé à revoir celle à laquelle il a pensé tout ce temps. Il a deux problèmes: bien qu'aisé et en bonne santé, il n'est ni quaker, ni baleinier. Devant le refus de Morgan, qui préfère promettre sa fille à l'infâme Siggs, Dexter se fait employer sur un bateau, décidé à devenir harponneur sur le tas... La chasse va être riche en péripéties, d'autant que pour suivre un jeune marin dont elle s'est entichée, Dot est elle aussi passagère clandestine sur le même baleinier...

Beaucoup de personnages, tous présentés durant les quinze premières minutes. Le film prend ses précautions pour installer suffisamment de drames, de mélodrames, d'enjeux et de coups de théâtres potentiels, pour être sur de capter son audience. Toutes ces conventions mélodramatiques fonctionnent très bien, et sont mises en scène avec goût, d'autant que les deux chef-opérateurs ont su tirer parti efficacement d'un tournage essentiellement en décors naturels. Sans parler des scènes prises en mer bien entendu, la photogénie naturelle de a Nouvelle Angleterre, la beauté des bateaux de la deuxième moitié du XIXe siècle sont très bien rendues, et certaines scènes nocturnes sont très réussies. La communauté Quaker est fort bien documentée, avec un certain respect également, ce qui est remarquable, puisque en même temps, Clifton se sert dramatiquement de la rigueur de l'obédience pour servir le mélodrame. De l'école Griffith, le metteur en scène retient le sens du détail documentaire, qui le pousse à saupoudrer d'informations annexes son film, mais sans les gros sabots de l'auteur Griffith, qui ne résistait pas à une occasion de se faire mousser (Voir à ce titre les mentions hors-sujet sur les Bolcheviks dans Orphans of the storm, par exemple...). Mais dans cette production qui exalte l'histoire locale de la Nouvelle-Angleterre, l'essentiel du film consiste bien sur en ces images prises sur le vif en pleine mer, durant lesquelles d'innocents mammifères se font d'ailleurs authentiquement massacrer (Il n'y en aura que trois, deux baleines et un dauphin, dans le film, mais c'est après tout bien suffisant). Elles sont fascinantes, dynamiques, et Raymond McKee et d'autres acteurs paient vraiment de leur personne. le montage en est très serré, et près de cent ans après leur tournage ces séquences gardent leur pouvoir intact...

Maintenant, je parlais il y a quelques instants de conventions, le film en est rempli, et la plus embarrassante, au-delà de la présence de quelques femmes indigènes (On disait probablement des "Indiennes" à l'époque...) semblant plus ou moins réduites en servitude ça et là, mais ce qui n'a rien de surprenant pour une histoire sise en plein XIXe siècle dans le Massachussetts côtier, est bien sur le fait que Siggs, l'infâme bandit qui tente de ravir la charmante héroïne à son papa, afin de mettre main basse sur l'héritage, est en fait... un Jaune! Eh oui, il a dans son patrimoine génétique un soupçon de sang Chinois, donc toute alliance avec la belle dame blanche serait un crime. Pour les Quakers du XIXe, comme pour les spectateurs et censeurs du XXe, bien entendu.

A part Clara Bow, les acteurs de ce film n'ont pas eu une carrière très remarquable, à part peut-être McKee et Coutot, et encore. Les deux acteurs étaient mariés, et l'un, un vétéran de la première guerre mondiale, a eu une carrière en dents de scie de 1915 à 1929 (Son film probablement le plus notable était Three women, de Ernst Lubitsch, dans lequel il avait un pettit rôle, mais il partageait également la vedette avec Lon Chaney dans A blind bargain de Wallace Worsley... aujourd'hui perdu.) Marguerite Courtot, de son côté, a interprété quelques serials jusqu'à 1923. Si l'actrice, cantonnée à un rôle sage de bonne fille qui reste à la maison, ne se distingue pas outre mesure, McKee a une présence très intéressante dans les scènes maritimes, surtout lorsqu'il est harponneur à l'avant d'un canot, en face d'un authentique cachalot de 90 tonnes...

La copie montrée en avant-première en novembre 1922 à New Bedford, Massachussetts, tournage local oblige, durait près de deux heures trente, en douze bobines. Les copies ensuite sorties en distribution nationale avait été réduites à 9 bobines. Certaines scènes (Surtout terrestres, les distributeurs n'étaient pas fous et avaient su repérer dans les scènes maritimes l'essentiel de l'intérêt du film) ont clairement souffert de cette réduction. mais quoi qu'il en soit, ce film survivant garde intacte sa dignité et son importance relative, au-delà de la présence d'une future star.

Down to the sea in ships (Elmer Clifton, 1922)
Down to the sea in ships (Elmer Clifton, 1922)
Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Clara Bow 1922 *
10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 19:22
Do detectives think? (Fred Guiol, 1927)

Lors d'un procès, le juge Foozle (James Finlayson) a condamné à mort un homme (Noah Young), celui-ci ayant tué deux Chinois ("Tous les deux grièvement", nous précise un intertitre). L'homme ne se laisse pas faire, et indique clairement se volonté de s'évader afin de se venger... Ce qu'il fait justement. Le juge et son épouse (Viola Richard) ont besoin de protection jusqu'à ce qu'on ait mis la main sur le tueur fou, ils font donc appel à la police qui leur envoie les deux plus fins limiers: Ferdinand Finkleberry ("Le deuxième pire policier de l'histoire", Stan Laurel), et Sherlock Pinkham ("Le pire", Oliver Hardy...). Mais ce soir-là, le juge et son épouse attendaient aussi leur nouveau majordome. Il ne viendra jamais, à la place, c'est le tueur qui se présente...

Cette fois, ça y est, voici tout simplement un chef d'oeuvre. Pour la première fois depuis Duck soup, on a Laurel et Hardy, ensemble, et en prime, ils ont des costumes proches de ceux qu'ils porteront bientôt tout le temps, et ils ont... DES CHAPEAUX! Il faut croire que le melon, ou plutôt le Derby n'attendait que cette rencontre avec les deux comédiens, car il s'anime étrangement à leur contact... La première occurrence de la routine lente et sacrément énervante des chapeaux qui s'échangent commence avec ce film. On peut également noter que leurs vrais noms ne sont pas encore utilisés pour leurs personnages, mais ça viendra. Sinon, on trouve ici une cascade de gags dans un script futé, et les policiers s'avéreront inadaptés à l'enjeu, c'est le moins que l'on puisse dire.

Bien que l'association entre Laurel et Hardy est naturelle, parfaite, et que les occasions de s'en apercevoir n'avaient après tout pas manqué les mois précédents, il semble malgré tout que ce soit une fois de plus un hasard, Roach tentant toutes les combinaisons, après Laurel, hardy et Garvin, c'était au tour de Finlayson, Laurel et Hardy! Du coup, Finlayson se taille la part du lion, ce qui est bien sur en soi très satisfaisant. D'ailleurs, il n'allait pas tarder à avoir de sérieux motifs de mécontentements: en effet, il est chez Hal Roach depuis plus longtemps que nos deux compères, et il sent bien la possibilité du vedettariat lui échapper. Ce sera bientôt chose faite.

Un dernier mot pour les acteurs de cette petite merveille: le grand, l'immense Noah Young, le génial acteur de chez Roach qui a joué les méchants dans deux films sur trois, et dont Chase et Lloyd raffolait (Au point pour ce dernier de faire appel à lui plusieurs reprises une fois parti de l'écurie Roach) que son visage prédestinait à jouer les tueurs fous, s'en donne ici à coeur joie. Je crois que c'est son meilleur rôle... Enfin, l'épouse du juge est interprétée par Viola Richard, une jeune actrice qui fait quelques apparitions chez Roach à cette époque. Elle était par exemple dans Sailors beware!, With love and hisses, et Why girls love sailors. Elle allait continuer jusqu'en 1928 au studio de Roach, et interpréter en particulier son rôle le plus spectaculaire, celui d'une jeune femme qui a perdu tous ses vêtements, dans Limousine love, aux côtés de Charley Chase, un film admirable (Et très drôle, ce qui va de soi). On ne sait pas trop ce qu'elle est devenue depuis...

Do detectives think? (Fred Guiol, 1927)
Do detectives think? (Fred Guiol, 1927)
Do detectives think? (Fred Guiol, 1927)
Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Muet Comédie
10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 19:08
Sailors beware! (Hal Yates, 1927)

Laurel et Hardy sont les deux vedettes du film, réalisé cette fois par Hal Yates, un jeune metteur en scène qui aura pour seul autre crédit avec Laurel et Hardy le célèbre film perdu Hats off... Après Why girls love sailors, voici une autre histoire de marins, située cette fois sur un transatlantique, avec un scénario assez élaboré. De nouveau, on peut déplorer que les deux comparses n’aient que peu de scènes ensemble, mais on remarquera chez Hardy un trait qui ira en s’accentuant : il aime les femmes, et perd toute agressivité en leur présence, jouant avec ses mains d’une façon inimitable dans des mimiques gracieuses et joyeusement ridicules. Laurel, une fois de plus, est le héros d’une improbable histoire de vol de bijoux, par des escrocs qui ne sont autres que Anita Garvin et son mari interprété par Harry Earles (Freaks), qui se fait passer pour un bébé.

Earles, Garvin, Laurel et Hardy, au moins, c'est un casting qui promet, et on a droit à quelques superbes scènes entre Garvin et Hardy, mais surtout entre Earles et Laurel. la mécanique comique bat son plein au début, avec la façon dont laurel se retrouve par erreur sur le bateau: chauffeur de taxi, il attend que ses clients (Garvin et Earles, bien sur) reviennent lui payer sa course, mais un agent lui demande de se garer ailleurs. Il installe sa voiture à côté du bateau, et celle-ci est immédiatement embarquée sur le transatlantique, avec d'autres véhicules... ON peut aussi noter deux apparitions d'une pin-up qui n'était pas encore célèbre, Lupe Velez, et une scène visuelle gentiment absurde entre Laurel et Hardy, l'un cherchant ses clients, l'autre cherchant à virer Laurel du bateau. Lorsque Laurel demande un renseignement à une jeune femme qui fait de la corde à sauter, il se met à sauter en rythme en sa compagnie, et... Hardy les rejoint.

Sinon, dans la photo en bas, on peut voir Laurel en fort galante compagnie: à droite, la belle mais redoutable Anita Garvin. A gauche, la belle également, mais fort rare Viola Richard, qui était pourtant l'une des meilleurs actrices ayant travaillé avec nos deux compères. On la reverra bientôt... un peu.

Sailors beware! (Hal Yates, 1927)
Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Muet
10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 18:56

Ce film, adapté d'une histoire de Thomas Ince et C. Gardner Sullivan (Tout comme The Coward, réalisé par Barker l'année précédente) fait partie de ces rares films qui dans les années 10 se sont intéressés au sort des immigrants dans la Grande Amérique encore bourgeonnante. A l'espoir d'un rêve Américain, dont les films contemporains nous apprennent qu'il était sans doute réservé à des Anglo-saxons, le film oppose donc le sort peu enviable des immigrés Italiens, venus pour participer à l'immense progrès représenté par l'Amérique, et qui finissent par se trouver moins bien lotis que dans leur Italie natale. L'intrigue suit les pas de Beppo (George Beban), un éternel optimiste venu à New York afin de devenir quelqu'un, ce qui l'autorisait enfin à faire venir Annette, sa fiancée. Dans un premier temps, tout va bien, Beppo a "réussi", en créant un business florissant de... cirage de chaussures. Mais les circonstances vont s'acharner sur lui et sa nouvelle épouse, et une canicule va leur prendre leur petit nouveau-né, et le sentiment d'injustice ressenti par le héros sera à son comble lorsqu'un homme qui lui a refusé de l'aide fera savoir par voie de presse que son propre enfant est malade, et que les meilleurs médecins se penchent sur son cas...

Le film est étonnamment rythmé pour un mélodrame, suivant le dynamisme de George Beban qui fait de son personnage un agité permanent. Ca fait bien sur partie de la caractérisation "ethnique", la spécialité de l'acteur, qui donne également lieu à des intertitres à la Chico Marx. reste que le film est attachant, avec son refus du compromis, et un sens marqué du pathos, qui prend fait et cause pour les petits immigrants. Chez Ince, cette question du point de vue donnait souvent des résultats intéressants, le producteur favorisant souvent celui des victimes de l'injustice, à l'écart des clichés bien-pensants.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Thomas Ince Muet 1915 *
10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 09:17

Dans New York, que des centaines d'immigrants rejoignent chaque jour, on découvre un réseau de prostitution, qui est essentiellement consacré à cueillir les nouvelles arrivantes directement à la source, mais pas seulement... Tourné presque en contrebande, réaliste et rempli d'images fortes, ce film est le premier long métrage produit par Universal... à leur insu toutefois. La rocambolesque histoire du tournage de ce film est aujourd'hui bien documentée, en particulier par Kevin Brownlow qui accorde une place de choix à ces six bobines dans son livre Behind the mask of innocence, qui s'intéresse aux tendances sociales, réformatrices et progressistes dans le cinéma muet Américain... Pour faire court, disons que Tucker et le producteur et scénariste du film, Walter McNamara, souhaitaient se lancer dans un film qui dénoncerait les réseaux de prostitution, très actifs à partir des lieux d'immigration, et bien sur en premier lieu à New York, où les ferries venant de Ellis Island débarquaient. La Universal ne souhaitait pas donner suite à un tel film, puisque la spécialité de la compagnie de distribution restait les courts métrages de deux bobines, et les longs métrages n'étaient pas encore l'usage. En tournant directement dans les rues, y compris les lieux réels de l'action, Tucker et son équipe ont fini le film, l'ont monté, et l'ont quand même proposé à Carl Laemmle, qui a bien été obligé d'accepter le cadeau. et inévitablement, le film spectaculaire a fait des petits...

Le film commence par installer une intrigue et ses personnages, et il est frappant de voir le nombre de protagonistes que Tucker et McNamara ont convoqués: l'histoire commence par nous montrer une famille, faites de deux soeurs qui travaillent dans une confiserie. L'aînée, Mary (Jane Gail) est la plus sage des deux, mais Lorna (Ethel Grandin) est pour sa part encore délurée, et par exemple elle est systématiquement en retard. Leur père est un inventeur malchanceux, qui a pourtant perfectionné un système d'enregistrement très fidèle de la voix. Cela va d'ailleurs servir l'intrigue plus tard... On fait également la connaissance de Burke, jeune agent de police interprété par Matt Moore, qui va lui aussi jouer un rôle crucial. C'est le fiancé de Mary, un policier incorruptible. Puis, le film nous amène au plus près du système, nous présentant les "rabatteurs" et leur technique, nous montrant un bordel vu de l'intérieur, sans être trop graphique bien entendu, mais la présence d'une "madame" et de ses filles, certaines pas forcément contentes d'être là, sont on ne peut plus explicites. Enfin, l'intrigue incorpore aussi les images de la vie d'une famille de la bonne société, les Trubus: le père est à la tête d'une association de charité, et s'apprête à marier sa fille avec un riche héritier. ce que ni sa fille Alice ni son épouse ne savent, c'est que 'honorable M. Trubus, sous couvert de charité, est en réalité le patron du réseau de trafic de chair fraîche... C'est à la faveur d'une bavure de son équipe, qui tentait de s'approprier deux jeunes soeurs Suédoises fraîchement débarquées, que la police, et en premier lieu Burke, va commencer à mettre le nez dans les petites affaires de Trubus. Mais il faut faire vite, car Lorna a disparu...

Tucker a privilégié autant qu'il le pouvait des scènes captées en extérieurs réels, dans les rues mêmes de New York, et cette bonne idée porte ses fruits. le film est marqué par un jeu très naturaliste pour l'époque, et par des scènes très physiques: un raid sur le bordel est filmé d'une façon spectaculaire, et la sortie sous caution d'un des bandits arrêtés précipite un mouvement de foule très impressionnant à regarder. Le montage accélère au fur et à mesure de la progression de l'intrigue, et si de nombreux éléments renvoient bien sur au mélodrame, des choix éditoriaux novateur permettent d'éviter tout simplisme dogmatique: oui, la soeur qui va se faire attraper était la plus délurée, mais cette tentation de simplifier selon les codes moraux alors en vigueur est largement contrebalancée par le fait que dans toute cette histoire, c'est toute la bonne société et ses mensonges qui sont pointés du doigt. Tucker ne fait pas dans la dentelle, mais il dénonce malgré tout une Amérique à deux vitesses, qui n'est pas, loin s'en fait, le meilleur des mondes. Il le fait dans un film qui en prime a permis d'établir l'importance du cinéma en tant qu'agitateur d'idées, et bien sur comme lanceur d'alertes. Les conséquences de ce film qui fut un grand succès en même temps que la source de scandales, ne furent pas que cinématographiques. Il est dommage que les films de Tucker n'aient pas tous survécu, et il est dommage aussi que le metteur en scène, considéré avant les anées 20 comme l'un des plus grands, ait été emporté en 1921 par une longue maladie en 1921, à l'âge de 41 ans.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1913 *
9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 18:06

Ce titre est bien sûr un jeu de mots autour de "Love and kisses", "hiss" désignant plutôt des bruits désagréables, pas trop éloigné de ce qu'on fait quand on veut signaler à un artiste qu'il n'a pas beaucoup de talent. Notons que le mot love (le verbe comme le nomapparaît parfois dans les titres de courts métrages des studios Hal Roach. Souvent il est associé à un deuxième terme (Love'em and weep, par exemple, ou Love 'em and feed 'em) mais il est aussi parfois disputé par d'autres associations (Feed 'em and weep!)... En dépit de l'aspect répétitif (et du fait que bien souvent ces courts recyclaient les mêmes idées de base), ça a forgé aussi l'identité du studio...

With love and hisses est donc le premier film "militaire" avec Laurel et Hardy, dans lequel Finlayson est le colonel, Hardy le sergent et Laurel le troufion d’une troupe de soldats de la Garde Nationale, cette milice officielle qui est souvent utilisée en renfort de la police en particulier dans les zones de nature.

Hardy et Laurel jouent un peu plus l’un avec l’autre, et Laurel est de plus en plus égaré sur ce vaste monde, mais il y a encore un effort à faire… L'histoire, d'un camp pour les apprentis militaires, permet un bon bol d'air, mais surtout un nombre assez alarmant de gags ras du plancher: obsessions sexuelles diverses, odeurs de nourriture pestilentielle (fromages), nudité intempestive, et intervention d'un indispensable putois, et enfin déformations physiques en tout genre... On n'est pas devant un chef d'oeuvre, quoi. Toutefois, dans une séquence, Anita Garvin, enfin en brune, est là. Ca console un peu...

Notons que si la photo ci-dessus tend à donner l'impression d'un film qui a beaucoup traversé, les deux bobines sont désormais disponibles dans une belle restauration qu'on doit à Flicker Alley et Lobster... Le visionnage du film se rapproche donc de la belle définition de cette photo de plateau. Ah! Anita Garvin, encore elle...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Muet
9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 18:02
Why girls love sailors (Fred Guiol, 1927)

Un bateau mené par un capitaine brutal et cruel est à quai, le temps pour le chef d'aller récupérer sans vergogne une petite amie particulièrement réticente, dont le fiancé (Stan Laurel) va montrer un héroïsme inattendu pour la récupérer...

Un petit film de plus, dans lequel Laurel est un marin inepte, Hardy un second brutal, et Malcolm Waite un méchant vraiment méchant. A part la toute première apparition de Anita Garvin (Méconnaissable, en blonde), pas grand-chose à glaner, les scènes se suivent de coups de pieds en coups de pieds, et Laurel et Hardy se voient assez peu. Laurel use une fois de plus de ses charmes féminins, ce sera toujours une habitude... De toutes façons, il s’agit d’une histoire de marins infidèles dans laquelle Laurel est le valeureux héros, actif et (relativement) efficace, donc on n’est pas encore chez Laurel et Hardy…

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Muet Hal Roach
8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 17:05
The scarlet empress (Josef Von Sternberg, 1934)

Dans la guéguerre pour le prestige orchestrée à coup de publicité par les deux studios concurrents qu'étaient la MGM et la Paramount, j'ai souvent choisi mon camp: pour la MGM et Garbo, contre la Paramount et Dietrich. Parce que voilà, elle a joué dans des films formidables, mais je n'aime pas Dietrich. Et Sternberg parlant ne m'intéresse pas énormément, surtout ne navet insupportablement kitsch et ridiculement lent qu'est L'ange bleu. Et surtout, elle chantait... Du moins elle essayait, la pauvre.

Mais ce film, c'est vraiment différent... Jusqu'où The scarlet empress était-il une réponse de la Paramount à la MGM, de Dietrich à Garbo, de Sternberg à Mamoulian, je ne le sais pas, mais il venait une année après Queen Christina, déjà un film sur le pouvoir (et la solitude forcée qui en découlait), et déjà un film qui ne se privait pas d'étaler, avec élégance, des conduites qui devaient certainement être immorales aux yeux circonspects des plus puritains des Américains. Mais le film de Sternberg enfonce joyeusement le film de Mamoulian, à tel point qu'on pourrait lui attribuer une grande part du retour programmé de la censure avec le renforcement du code Hays qui se profilait à l'horizon...

Nous faisons la connaissance de la jeune Princesse Sophie Friederike Auguste von Anhalt-Zerbst-Dornburg, une petite Allemande destinée à être un jour l'épouse d'un prince Russe. Elevée dans les contes formidables mais morbides des grands monarques et empereurs Russes, elle doit un jour quitter son pays pour rejoindre Moscou, à la demande de l'impératrice Elizabeth (Louise Dresser) qui la destine à épouse son neveu Pierre, futur Tsar (Sam Jaffe). ce dernier n'aura aucun intérêt pour elle, préférant passer du temps à jouer au soldat, ou en compagnie d'une autre. Elle va vite trouver à se consoler. Mais à la mort de l'impératrice, Pierre prend le pouvoir, et s'aliène non seulement son épouse, mais aussi l'armée... Un coup d'état menace...

Louise Dresser, en 1925, était Catherine II dans The eagle de Clarence Brown: une impératrice qui savait déjà ce qu'elle voulait, à savoir passer du temps en compagnie des jeunes officiers de sa garde impériale, contre leur gré d'ailleurs. On pourrait aisément imaginer, à la fin de ce film, une impératrice Dietrich qui assoirait sa domination de cette façon, mais pour l'heure le film est un conte cruel surprenant, adulte, dans lequel une jeune femme préparée sans le savoir par les histoires sadiques qu'on lui racontait à l'heure du coucher, devient la toute-puissante impératrice de Russie. Si Garbo-Christine vacillait puis abdiquait par amour, Catherine triomphe en décidant se débarrasser de ses sentiments, et en laissant libre cours à ses appétits. le sexe, bien sur, et le pouvoir vont ici de pair, et les hommes vont apprendre à affronter bien meilleure qu'eux à ce petit jeu...

Sternberg est sans doute à son apogée baroque ici, avec ces images étranges, tournées dans des décors envahissants et qui tous renvoient à la fois au sexe, à la religion et au sadisme: des sculptures d'hommes difformes, chargées, figés en des gestes à la fois religieux et profanes, et des lumières qui proviennent de partout, projetant de nombreuses ombres. Et à plusieurs reprises, le film s'emballe, dans des montages délirants qui mêlent des images semblant venir de partout. En particulier, bien sur, pour les images les plus dures à supporter pour la censure, qui en quelques plans, dénoncent les turpitudes les plus hallucinantes imposées à leurs sujets (Surtout les femmes) par les grands empereurs qu'étaient Pierre le Grand et Ivan le Terrible: décapitations, tortures diverses. Le plus fou, c'est qu'on ait laissé passer ces images, comme on a laissé passer le fameux bain de Tarzan et Jane dans Tarzan and his mate! Mais en guise prologue pour le plus extravagant des films de Sternberg, c'est tout à fait approprié. D'autant que ces horreurs sont sciemment fondus et enchaînées avec une séquence durant laquelle l'encore innocente Sophie Friederike Auguste von Anhalt-Zerbst-Dornburg fait de l'escarpolette... Cette juxtaposition, bien sur, entre les horreurs qui ont gavé son imaginaire et son apparente innocence n'est pas un hasard de montage. Le film n'aura jamais la moindre tentation de donner à l'héroïne une quelconque excuse de vouloir participer à cette quête horrifique du pouvoir, dont il suggère qu'elle l'assoira par le sexe, et le maintiendra par la terreur...

Quant au reste, c'est probablement de l'histoire, ça n'a donc que peu d'intérêt dans cette discussion.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Josef Von Sternberg Pre-code
8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 16:47
Love 'em and weep (Fred Guiol, 1927)

On s’approche de très près d’une vision d’avenir, avec un film de… Finlayson et Laurel, dans lequel le grand Hardy fait une apparition, et Mae Busch fait plus qu’une apparition, dans une tentative de come-back après une dépression nerveuse. Somme toute, l’actrice Australienne revient à ses premières amours, elle qui a joué les pin-ups chez Sennett en 1915… Ce film est à nouveau, comme Slipping wives, une opportunité pour Roach d'engager une vedette dépassée par les événements, mais comme chacun sait, Mae Busch a de l'avenir chez Hal Roach, en particulier auprès de Laurel et Hardy.

C'est bien Mae Busch qui reçoit le principal crédit de ce film. Elle y est une vamp qui menace de chantage la félicité conjugale de Finlayson, celui-ci n’ayant d’autre ressource que de demander son aide à son collaborateur Laurel, dont le mariage va souffrir aussi. Sur un scénario cousin, Charley Chase avait déjà tourné Too many mammas en 1925, et Laurel et Hardy reviendront à cette histoire en 1931 sous le titre Chickens come home. Cette fois, c'est Hardy qui jouera le rôle de Finlayson. Pour l'heure, Hardy joue une fois de plus les utilités de luxe, en interprétant un juge invité par l'épouse du personnage de Finlayson. Quant au final, essentiellement visuel, il contient un gag charpenté ui sera totalement repris dans le remake, qui au passage permettra à Miss Busch de reprendre son rôle de croqueuse de maris. Il est vrai qu'il lui allait si bien...

Sans doute moins abouti que son remake, ce film pré-Laurel and hardy a au moins l'avantage de nous permettre en deux bobines de passer du temps avec quatre protagonistes qui sont partie intégrante de l'univers du duo.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Laurel & Hardy Comédie