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8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 16:25

La réussite de Duck soup n’a pas poussé Roach et Laurel à continuer l'association entre les deux acteurs. Si Laurel comme Hardy sont bien tous deux de nouveau présents dans ce nouveau film, les deux acteurs sont séparés de plusieurs façons ici. La réussite de Slipping wives est réelle, et elle exploitel’interaction possible entre les deux futurs partenaires, mais sans doute pas autant qu'on l'aurait souhaité. Ce film fait partie d’une série de courts métrages dans lesquels Roach faisait tourner des has been, et c'est un mélange curieux de comédie sophistiquée et de boulevard outrancier.

Priscilla Dean, ancienne pointure de la Universal (Notamment vedette de plusieurs films de Tod Browning, dont deux films de gangsters dont elle partageait l'affiche avec Lon Chaney, The wicked darling, et Outside the law) est la "star" du film, qui interprète une dame bien sous tous rapports, une bourgeoise qui constate que son mari, un peintre (Herbert Rawlinson), ne "l'embrasse plus que les dimanches et jours fériés". Elle décide de faire quelque chose, et avec l'aide d'un ami (Albert Conti), trouve un plan: elle va faire venir un homme et le payer pour la séduire afin de susciter la jalousie du mari. C'est Laurel, innocent venu amener de la peinture, qui va s'y coller, et ça ne va pas être facile, car avec la présence de deux hommes élégants dans la maison, il ne sait pas exactement qui est le mari... Par ailleurs, le majordome (Oliver Hardy), immédiatement hostile au nouveau venu, n'arrange pas les choses...

Ce n’est pas un chef d’œuvre, mais c’est du Hal Roach en bonne forme, empreint de cette folie communicative qui n’épargne pas les héros, généralement bien comme il faut, de ces films. Le grand plaisir pris par les acteurs et metteurs en scène de ces films est de mélanger les contraires: qu'on se rappelle que déjà, 45 minutes from Hollywood opposait le monde des héros à l'univers urbain et moderne de Hollywood, et ses hôtels sophistiqués. La deuxième bobine s'égare parfois (un gag de "fantôme", basé sur l'apparition d'un chat qui s'est emberlificoté dans une chemise... je rappelle que ces animaux sont plus intelligents que nous!) mais permet une série de séquences virtuoses impliquant l'animosité de Hardy envers Laurel, des poursuites et un soupçon de violence contenue...

Enfin, une remarque s'impose encore, au sujet du manque de clairvoyance de Roach qui n'avait pas compris qu'il fallait impérativement allier Laurel et hardy dans leur propre série: au moins, il les traitait à égalité: après 45 minutes from Hollywood, dans lequel Laurel jouait les utilités, et Hardy avait un rôle plus important, cette fois, c'est le contraire...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Laurel & Hardy Comédie Hal Roach
8 avril 2016 5 08 /04 /avril /2016 09:54

Un scientifique coincé sur Mars et tentant d'y survivre en attendant d'hypothétiques secours, c'est un défi de science-fiction qui sied particulièrement bien à Ridley Scott. On se rappelle de quelle façons le réalisateur a créé de toutes pièces des mondes cohérents, riches et fabuleux dans ses trois films de science-fiction précédents, surtout bien sur les deux premiers, Alien et Blade runner: pensés jusqu'au moindre détail, habités, et riches en ramifications. D'ailleurs Prometheus est une de ces ramifications... Mais The Martian est une nouvelle paire de manches, comme on dit, l'intrigue prenante devant y voisiner avec la rigueur scientifique, du moins dans l'esprit du grand public. La marge de manoeuvre en ces temps de vraisemblance sacrée, est assez étroite, et on sait que Ridley Scott ne s'embarrasse jamais trop de vraisemblance, préférant le plus souvent l'efficacité. Et pour ça, le film est en effet efficace! Mais il est plus que ça! Rappel des faits:

Lors d'une mission habitée sur Mars, les six astronautes sont pris dans une tempête de sable extrêmement violente. Durant l'évacuation, l'un d'entre eux, Mark Watney (Matt Damon), est emporté et sa combinaison est légèrement trouée. Les autres perdent sa trace, mais acceptent l'idée que selon toute vraisemblance il est mort. Ils partent donc pour un voyage de quatre années vers la terre, la mort dans l'âme. De son côté, Mark Watney a survécu, et après la tempête se réveille groggy, blessé, avec une fuite importante d'oxygène, mais vivant, après tout. Il va retourner à la base, et organiser sa survie: le but? reconstruire son univers pour y vivre quatre années avant l'arrivée hypothétique de la prochaine mission, créer les conditions de la culture durable de nourriture (Il est botaniste, et ça tombe bien, il y a des pommes de terre dans les réserves), et tenter de trouver un moyen de contacter la terre, qui pendant ce temps, a annoncé sa mort.

Matt Damon fait partie, à mon humble avis, de ces acteurs qui ne jouent jamais pour les Oscars. Il est fidèle à lui-même ici, et fait un travail fantastique. J'ai envie de dire qu'on n'en attendait pas moins, mais ça méritait d'être signalé une fois de plus. Son rôle n'est pas si éloigné de celui de Tom Hanks dans Cast away (2000) de Robert Zemeckis, à un certain nombre de nuances près: Dans Cast away, c'est d'une renaissance totale qu'il s'agit, et d'un retour spectaculaire d'un homme à la vie par ses propres moyens, alors que dans The martian, l'enjeu est pour Mark Watney d'utiliser toutes les ressources scientifiques à sa disposition en plus de son caractère personnel. Et bien sur, il s'agit plus de pousser l'humanité à regarder de son côté pour venir le sauver, que de trouver en lui-même les ressources presque mythiques d'assurer sa survie. A ce titre, le film n'a pas de dimension religieuse, ce qui est assez courant chez Ridley Scott, un athée convaincu. Une scène durant laquelle Watney manipule un crucifix nous apprend d'ailleurs qu'il est tout simplement à la recherche de matériau inflammable! Et la dimension humaniste du film ressort encore un peu plus: en ces temps de repli sur soi face aux menaces (Environnementales, terroristes, économiques, politiques), The Martian choisit de rappeler qu'être humain, c'est aussi pouvoir se mobiliser pour sauver une personne. Et le film nous montre comment la NASA va organiser les conditions du secours, comment certains dans cet organisme gouvernemental sérieux vont aller à l'encontre des principes, protocoles et autres ordres, pour sauver coûte que coûte le botaniste Watney. Et si la NASA ne suffit pas, pourquoi ne pas faire intervenir une agence Chinoise? Ainsi, c'est toute l'humanité qui attend la nouvelle du retour de Mark Watney.

Le film est non seulement formidablement prenant dans son intrigue qui ne vous lâche jamais en 150 minutes, avec son scientifique qui cache son désarroi en parlant à un écran (Ce dont nous profitons bien sur pleinement) et en multipliant les traits d'humour, mais en plus la façon dont l'esprit de débrouille se propage chez les terriens est elle aussi magistrale, avec les acteurs Jeff Daniels, Chiwetel Eijofor, Jessica Chastain et Michael Pena, tous impliqués dans cette rocambolesque aventure si délicieusement humaniste. Oubliez les commentaires politiques du moment, les gens qui vous disent qu'un pays "ne peut accueillir toute la misère du monde", ou que "les caisses sont vides", ou les inquiétants penseurs qui préconisent une inégalité de traitement afin de rétablir les économies: ce film vous rappelle que l'humain est un animal capable de se mobiliser pour son prochain, sans que le film ne débouche jamais sur la démonstration lénifiante ou dégoulinante..

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Published by François Massarelli - dans Ridley Scott Science-fiction
7 avril 2016 4 07 /04 /avril /2016 17:12

Aucun rapport avec le film du même titre réalisé par Leo McCarey avec une fratrie de bavards encombrants en 1933. Ce film revient de loin, très loin puisque il a été longtemps cru perdu, et avait acquis assez naturellement une stature excessive: les collectionneurs et fans de Laurel et Hardy du monde entier en faisaient le mythique "premier film" du duo. Et de fait, c'est bien le premier court métrage dans lequel les studios Roach ont décidé de tester la validité du duo entre Laurel et Hardy, même si ce n'est pas encore la dynamique qu'ils établiront quelques mois après.

Roach avait demandé un scénario à Laurel, dans le but de construire un film autour de l’acteur: s’inspirant d’un sketch écrit par son père, Laurel a donc inventé une improbable et impeccable histoire de maison squattée par des vagabonds, un corpulent autoritaire et un fluet déphasé . Roach envisageait de donner le rôle du premier à Syd Crossley, mais c’est Hardy qui en a hérité.

Le film est drôle, et joue à fond du décalage non seulement entre les deux héros-vagabonds, mais aussi entre eux et le reste de la distribution. Hardy, en faux noble désargenté, est splendide, et Laurel a encore un personnage à raffiner. Le futur Stanley émerge ça et là, dans des pleurnicheries, des gestes uniques. Et à un moment, il se déguise en bonne, qui va bien sur prendre le nom d'Agnes, le patronyme systématique emprunté par Laurel lorsqu'il doit se grimer ainsi. Bref, ce Duck Soup (ce titre provient d'une expression argotique de l'époque, qui voulait signaler la facilité d'une situation) prouvait que ces deux-là étaient faits l'un pour l'autre.

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Published by François Massarelli - dans Muet Laurel & Hardy Comédie
6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 19:41
45 minutes from Hollywood (Fred Guiol, 1926)

Voici le premiers des sept courts métrages qu'on pourrait qualifier de pré-Laurel et Hardy, tournés à une époque durant laquelle Roach ne savait pas quoi faire avec ses futures vedettes. Ce premier film en est un bon exemple, tourné par un assez anonyme tâcheron du studio, avec une vedette qui ne percera jamais (Glenn Tryon, également héros de Along Came Auntie , de Fred Guiol, ainsi que de Lonesome et Broadway de Paul Fejos, tournés pour la Universal en 1928) et un second rôle pour Hardy.

une famille d'Américains moyens (Un peu simplets) partent pour Hollywood sur un prétexte. le fils, la fille et le grand-père ont hâte d'aller voir les stars, mais vont vite déchanter en participant à ce qu'ils croient être un tournage, mais s'avère être un hold-up. La course-poursuite va dégénérer dans un hôtel des environs, où ils vont croiser le détective (Hardy) et un client moustachu et irascible (Laurel)

Laurel et Hardy participent, mais ne servent pas à grand-chose, dans un film qui ressemble à de l’authentique bas de gamme des studios Roach. A noter, toutefois, une séquence très idiote de voyage en vélo (Les séquences idiotes, dans les burlesques muets, valent toujours le détour), et une question historique: à voir le maquillage de Laurel, on se pose la question; James Finlayson était-il injoignable lors du tournage de ce film?

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Muet Comédie
5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 09:11

Le tout premier film de longue haleine de Jeunet, co-réalisé avec Marc Caro, est un objet bien éloigné d'Amélie Poulain, on peut en être sur. Il est situé dans un bunker, comme le titre l'indique, dans lequel un certain nombre de soldats aux crânes rasés, avec des uniformes évocateurs des dictatures passées, aussi bien des nazis que des Russes, retranchés derrière la routine ordonnée de leurs journées: interrogatoires, tortures, surveillances, etc... Bref, des militaires, quoi. Mettez un peu d'imprévu là-dedans, que va-t-il se passer? Eh bien justement, un des soldats en patrouille découvre un compteur enclenché, à rebours. Le décompte va vite... Qu'y a-t-il au bout? La panique et le chaos vont bien vite l'emporter sur le rigueur, l'ordre et la méthode. Bref, dans ce bunker futuriste, il va y a voir du grabuge...

C'est après un autre film, Le manège (1979), réalisé par Jeunet seul, mais sur lequel Caro avait modelé des petites créatures inquiétantes, que Le bunker avait été réalisé. C'est une oeuvre ambitieuse, qui mêle prises de vues réelles et animation image par image, dans un noir et blanc tiré en sépia, agrémenté de touches de couleur. Le film est muet et sonore, mais il n'y a pas le moindre dialogue... Ce qui domine, c'est un humour à froid, très froid même, qui est à la frontière de ce qu'on a appelé le cyber-punk, et qui était très à la mode en ce début des années 80 dans la bande dessinée et l'univers visuel européen. Même si le film est une vaste blague, avec ses soldats certes fascisants, coincés dans des routines absurdes et qui se comportent tous comme des abrutis (La palme revenant au personnage principal, interprété par Marc Caro: avec son rictus et son crâne rasé il a tout du skinhead. Et comme il dessoude à tout va...), il met très mal à l'aise, par son esthétique plus qu'évocatrice... A rapprocher toutefois du grinçant Manège, qui montrait déjà un monde des faubourgs à la Delicatessen, mais dans lequel les créatures humanoïdes de Caro étaient tous des petits Nosferatu. Reste que Caro était un peu le mauvais génie de Jeunet, à cette époque, celui qui allait le pousser vers le cauchemar (Des aspects de Delicatessen, la majeure partie de La cité des enfants perdus) avant que Jeunet seul ne s'attaque un peu au rêve.

Marrant de constater que le film Pas de repos pour Billy Brakko (1984) adapté par Jeunet seul de l'oeuvre de Caro, justement, ressemble à un énoncé du choix entre ces deux univers: on y raconte avec humour, par des collages typiques du réalisateur, la vie et la mort d'un anti-héros, joué d'ailleurs par Caro (Avec des cheveux!), mais à la fin inévitable, noire du personnage, la voix off de Jean Bouise propose une alternative cartoon... Les deux auteurs de ce Bunker savaient donc jouer de leur ambiguité. C'est rassurant, parce que dans Le Bunker... on entend distinctement le bruit des bottes.

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Published by François Massarelli - dans Jean-Pierre Jeunet Science-fiction
4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 15:46

L'année commence par la sortie d'un film de McKimson, Hare we go, plutôt bon, dans lequel Bugs est confronté à une vedette historique, puisqu'il s'agit de rien moins que Christophe Colmb lui-même. La confrontation entre le lapin malin, une équipe de marins bras cassés, tous superstitieux (On sait que la présence d'un lapin n'est pas à proprement du genre à conteter ces gens sur un bateau), et la figure légendaire mais ombrageuse de grand homme fait mouche, d'autant qu'on s'amuse bien avec l'accent Italien...

Du à Chuck Jones, Bunny hugged voit le retour de l'énorme catcheur The crusher, déjà vu dans Rabbit punch sous un autre nom. Bon, Bugs Bunny faisant de la lutte avec un gros costaud, sous la direction de Jones, ça marche à tous les coups...

Je ne reviendrai pas sur Rabbit fire, de Chuck Jones, qui fait partie de la fameuse trilogie de dessins animés mettent en scène Bugs et Dafy contre Elmer qui a repris ses activités de chasse...

French rarebit est un exercice de style à moitié satisfaisant de Bob McKimson, dans lequel il met Bugs aux prises avec deux chefs Français, qui se disputent le lapin pour leurs recettes. C'est gentiment caricatural, mais comparé à l'extraordinaire réinvention du Français par Jones et Maltese dans les Pepe le pew, c'est quand même un poids léger.

Dans Ballot box Bunny, Friz Freleng oppose Sam et Bugs d'une façon inédite: ils sot tous les deux candidats au poste de maire d'une petite ville de l'ouest. On peut s'étonner de voir l'anarchisant Bugs Bunny faire de la politique, mais c'est motivé: parmi les promesses vides de sens, Sam a annoncé qu'il supprimerait tous les lapins.

Enfin, Big Top Bunny est un film de McKimson assez typique, dans lequel Bugs Bunny est invité à se joindre à la troupe d'un crique, afin de servir de partenaire pour un ours très jaloux de sa supériorité, qui va donc tout faire pour éliminer le rongeur. C'est moche, mal foutu, et pas drôle. On est bien dans l'univers de McKimson, donc. Je continue à me poser la question: mais pourquoi le laissait-on faire?

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Published by François Massarelli - dans Bugs Bunny Animation Looney Tunes
2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 21:32

Un serial Soviétique, qui fonctionne à la fois en continuité (La dette à Mabuse, aux Vampires et aux serials Américains est évidente), et en rupture ("Soviétique", déjà, et le film s'amuse constamment à envoyer des piques à l'Ouest triomphant, avec un humour souvent provocant, et parfois désopilant). Ces aventures en trois épisodes, situées dans une Amérique de pacotille, sont celles de trois apprentis journalistes embarqués dans une rocambolesque intrigue autour de la mort d'un homme qui n'est pas tout à fait mort, un riche industriel à la vie trépidante et aux maîtresses nombreuses, avec de l'humour méchant qui s'attaque aux préjugés typiques de Américains ("Oui, un homme est mort, mais ce n'est pas très grave, il est noir..."), avec des ramifications sociales (Les héritiers du mort liquident l'usine et renvoient tous les ouvriers), politiques (Derrière le conglomérat industriel, se cache un complot proto-fasciste, et bien sur ces salopards vont accuser les bolcheviques...), policières (Des enlèvements, des assassinats, en veux-tu en voilà) et bien sur une petite pré-apocalypse chimique, avec contamination des pauvres soviétiques par le virus de la peste... Au milieu de tout ça, une femme, convoitée par tous les hommes, une ouvrière digne et flanquée d'un neveu auquel elle tient comme à la prunelle de ses yeux: Miss Mend. D'où le titre...

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Published by François Massarelli - dans Russie Muet 1926 *
30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 18:25

Le dernier film muet de Dupont est situé, comme son nom l'indique, en plein coeur de Londres, dans le milieu du spectacle, continuant de façon évidente la thématique de Variétés (1925) et Moulin Rouge (1928). Aux acrobates du film Allemand, et à la danseuse de son premier film Anglais, il oppose cette fois le patron du night-club le plus en vue de London by night, interprété par Jameson Thomas, et deux femmes toutes deux danseuses, qui se livrent une concurrence sournoise pour le coeur de l'homme précité: Mabel, interprétée par Gilda Gray, et la belle Shosho, ancienne plongeuse de l'établissement promue vedette grâce à la fascination du patron pour elle, interprétée par Anna May Wong. Le film était produit dans cadre de la British International Pictures, dont le but avoué (Dès la dénomination, en fait) était de porter hautes les couleur du cinéma Britannique sur les cinémas du monde entier... D'où la présence dans la production de deux recrues de choix: le metteur en scène, dont le succès de Variété en 1925 (1926 pour le reste de la planète) était encore dans toutes les mémoires, et bien sur Anna May Wong.

Cette dernière n'a jamais eu l'aura qu'elle méritait, en même temps, sa présence presque systématiquement "en contrebande" lui a conféré un statut d'icône underground qu'elle n'aurait sans doute pas eue, si elle avait réellement été mise en valeur par les grands studios, au-delà de son image quasi-permanente de second rôle incarnant de façon fleurie, colorée et souvent raciste, les mystères de l'orient... Dans ce film qui la voit jouer une danseuse parvenue à un niveau de vie inattendu et miraculeux, mais qui semble consciemment pratiquer la promotion canapé, et finira mal, elle n'échappe pas à l'habituelle incarnation de la séduction érotique, mais elle bénéficie d'un rôle plus avantageux que d'habitude, devenant par la grâce d'un meurtre, l'objet littéral du délit: fortement érotisée (En dépit des restrictions particulièrement drastiques imposées par la censure Britannique), convoitée par tous les hommes, Shosho ne pouvait que finir mal. On s'interroge sur la portée réelle du film quand on voit que le crime, les bas-fonds (Ah, Limehouse...), la pauvreté et la pègre sont intimement liées dans le film à la communauté Sino-Britannique, mais on constatera aussi qu'une scène nous montre une boîte de nuit "canaille" de Limehouse dans laquelle, en apparence toutes les ethnies présentes dansent ensemble, et Shosho et son amant et patron semblent être en sécurité... jusqu'à ce que le patron de l'établissement intervienne et sépare un coupe: elle, blanche, a osé danser avec un noir: pas de ça dans mon bar! Ainsi le racisme supposé est-il pointé du doigt...

Du reste, Shosho danseuse parce qu'elle la bien voulu, est après tout une femme de son temps, plus opportuniste que fatale qu'un amant fou de jalousie supprimera, et qui restera bien malgré elle à l'écart de cette bonne société qu'elle avait cru conquérir. Et Dupont, qui filme souvent dans le monde du night-club, n'oublie jamais le Londres populaire, qui envahit chaque plan tourné à l'extérieur des boîtes de nuit chic. Et c'est ce Londres populaire, qui va d'ailleurs dominer le grand cinéma Britannique des années à venir, par les Hitchcock, Asquith, et autres, qui semble ici avoir le dernier mot...

Il y a peu à dire sur l'interprétation, qui souffre après tout d'un mal inévitable: comment peut-on rivaliser avec Anna May Wong? Celle-ci, comme en témoigne la suggestive affiche ci-jointe, qui est fort menteuse puisque jamais la belle Chinoise ne se dénude dans le film, reste l'argument de vente numéro un. Et comme prévu, aussi bien la danseuse Gilda Gray, que l'acteur Jameson Thomas ne seront à la hauteur flamboyante de leur co-star... De même le film est-il, surtout en comparaison de Variétés, assez inégal. Dupont a une science bouillonnante de l'usage de la caméra qui semble se déclencher de manière intermittente, au gré de ses envies. C'est souvent virtuose, parfois brillant, mais le film reste, après tout, un mélodrame... dont le sommet visuel, bien entendu, est une scène de meurtre! Mais le metteur en scène multiplie les plans situés "à côté" de l'action comme s'il anticipait sur le parlant, et ça, ce n'est as banal: par exemple, les rapports entre Wilmot, le patron, et Shosho, ont mal commencé. Il l'a virée de la cuisine parce qu'à cause d'elle et d'une assiette sale, un client (Le tout jeune Charles Laughton) a gâché un numéro. Ils se rencontrent en bas d'un escalier en colimaçon, commencent à discuter... La caméra s'éloigne, et on voit alors un veilleur de nuit, un vieux bonhomme qui les voit, s'arrête, les écoute, et tout à coup manifeste un étonnement. La caméra retourne sur eux, désormais, qui montent l'escalier. La conversation aurait-elle pris un tour coquin? Dans ce genre de réactions des dizaines de figurants et acteurs de petits rôles qui sont si nombreux dans le film, réside finalement tout le prix humain de la production. Coûteuse, certes mais qui a rapporté... Pas mal pour un film muet, qui plus est Britannique, en 1929...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1929 ** E.A. Dupont
28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 17:03

Tourné en 1944 -1945, puis complété en 1946, ce film a eu une destinée peu banale... Et dure, dure, jusqu'à aujourd'hui, parce qu'il résume à lui tout seul tout l'ADN de ce qu'on appelle le film noir. J'ai parfois une surprise (Mais je ne devrais pas m'étonner, en ces temps de formatage, les gens ne sont plus armés pour voir un tel film) quand on me parle de ce chef d'oeuvre, en se plaignant de l'histoire trop obscure: c'est comme de se plaindre du fait que la musique, ça fait du bruit. Ou de reprocher à Pollock de mal dessiner ses personnages...

L'intrigue de The big sleep n'existe pas, ou plutôt on s'en fout. Elle ne tient de toute façon pas debout, et qui doit s'en soucier?

Ce qui compte, c'est de lâcher Marlowe au milieu d'un sacré panier de crabes, de le confronter à tous ces menteurs, et de le voir surnager, risquant sans cesse sa peau, et faisant en toute liberté (Morale, religieuse et sexuelle) des rencontres féminines toutes plus gonflées les unes que les autres... Si comme dans tous les films de Hawks, l'intrigue est indissociable de l'homme (Humphrey Bogart en Marlowe, forcément tabagique et alcoolisé, un chapeau vissé sur la tête) et de son travail (Et quel travail!), l'autre aspect important des films de Hawks, à savoir l'unité de la scène, est ici à son plus haut niveau. Cessez de chercher des poux dans la tête de cette intrigue sans queue ni tête, et considérez chaque scène comme un tout. On a rarement vu une telle collection de moments mémorables (Les deux scènes de librairie dos à dos, les entrevues à bâtons rompues entre Bacall et Bogart qui n'ont qu'une envie, c'est de se sauter dessus, les scènes durant lesquelles les coups de théâtre pleuvent comme autant de balles perdues)... Mais ce n'est pas tout: l'autre atout de ce film plus que majeur, c'est le style bien sur. Pas de voix off inutile, ce cliché finalement plus popularisé dans les années 80 que dans les années 40, non: une atmosphère à couper au couteau, entre la canicule intérieure de la première scène dans la verrière du général Sternwood, à la pluie battante (La Californie sous un nouveau jour), en passant par l'orage... et les jeux d'ombre et de lumière... La musique de Max Steiner... Bref, du Warner des grands jours, quoi!

Ah, avant qu'on ne pose la question, le "grand sommeil" du titre, c'est celui auque personne n'aspire, mais nous attend tous.

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Published by François Massarelli - dans Howard Hawks Noir
28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 16:15
James Parrott, 1922-1925

On connait fort bien les carrières de certains acteurs de comédie, dont bien sur Keaton et Chaplin, Laurel avec Hardy, Harry Langdon et bien sur Harold Lloyd. Mais les autres? Certains ont été authentiquement redécouverts, le plus célèbre - et l'un des meilleurs - étant bien sur Charey Chase. De son vrai nom Charles Parrott... A côté, combien de premiers rôles d'un jour, de Max Davidson, de Snub Pollard, de James Parrott... Et notez bien que, acteur chez Hal Roach ou d'autres studios dans des films qui sont un peu passés inaperçus entre 1918 et 1925, Stan Laurel était probablement destiné à ce type d'anonymat, s'il n'avait été considéré comme judicieux de l'allier avec Oliver Hardy...

Pourquoi fut-il décidé que James Parrott, le petit frère de Charles, allait devenir le héros d'une série de courts métrages sous le pseudonyme de "Paul", c'est un mystère insondable. En tout cas, le paradoxe est que la nomination de son grand frère à la direction artistique des studios Hal Roach a permis la chose, et Charles a de plus eu un rôle prépondérant dans la réalisation de plus d'un film. De même, la démission de Charles en 1923 a occasionné un renversement de situation, et à l'exception de quelques films (Dont Are parents pickles?), à partir de 1923, l'unité de "Paul" Parrott est devenue celle de Charley Chase, et James a lui-même tourné un certain nombre de courts métrages avec son frère en vedette (Il a aussi, mais c'est plus connu, présidé aux destinées de Laurel et Hardy, entre 1929 et 1932, tournant entre autres leur premier long métrage).

Après ça, on ne s'étonnera pas qu'ils aient été confondus aussi souvent! Non qu'ils soient si semblables, mais leur univers est à peu près le même (Avec une prédilection pour l'absurde chez James, que Charles ne partageait pas avec le même dosage!) et compte tenu de l'état déplorable des copies, et du peu qu'on sait sur les films, la confusion est à peu près compréhensible... Jusqu'à ce que la compagnie All day entertainment consacre un coffret entier (De quatre DVD) à Charley Chase, dont les copies ont été fournies par des passionnés et autres collectionneurs fous, et spécialistes maniaques... mais la photo choisie pour illustrer la jaquette de cette édition est une photo de James. C'est embarrassant...

Et justement, puisque l'on parle des passionnés de tout poil: c'est à eux qu'on doit la préservation des films de Pollard, Parrott et autres. Pas regardants, ouverts à toutes les formes de comédie, et aussi (Voire surtout) aux moins nobles, ils oeuvrent aujourd'hui pour que tout un pan obscur de l'héritage cinématographique Américain soit préservé. La disparition éventuelle du DVD donnera probablement un rôle accru à des sites comme Youtube, sur lequel un nombre de ces passionnés publient déjà leurs découvertes, dont ces quatre films:

Loose Change (Ray Grey, 1922)

Plus qu'incomplet, celui-ci est réduit à d'incompréhensibles extraits, mais on y sent bien le délire permanent de l'équipe de James Parrott, et le plaisir de surprendre par des images aux limites du surréalisme. Parrott y incarne le fils du patron de la banque.

Watch your wife (Jay Howe, 1923)

Plus complet que le précédent, mais toujours privé d'intertitres, ce film est un festival de déguisements sauvages, d'absurde, et de bizarreries qui prennent du sens lors de la dernière scène qui révèle qu'on a assisté à une représentation théâtrale. Jobyna Ralston se rappelle à notre bon souvenir, elle était la principale co-vedette de Parrott avant de devenir celle de Lloyd.

Shoot straight (Jay Howe, 1923)

Ceui-ci est complet, et a été rendu disponible par le musicien passionné de cinéma muet Ben Model. On y assiste aux efforts de Parrott pour chasser l'écureuil, mais ces petites bêtes sont redoutables. L'apparition de Jobyna Ralston est certes contractuelle, mais c'est toujours mieux que rien...

Are parents pickles? (Gil Pratt, 1925)

Je soupçonne ce film d'avoir été gardé dans les cartons durant une ou deux années. D'une part, chez Roach la compartimentation était sévère, afin de ne pas avoir à verser deux salaires, on était acteur, gagman, scénariste, metteur en scène... mais pas deux fonctions à la fois. Or en 1925, Parrott était devenu metteur en scène à plein temps (Ce qui ne l'empêchait pas d'apparaître sans crédit dans les films de son frère... Mais il n'était sans doute pas payé pour ça) et ce film le met clairement en vedette. D'autre part, Jobyna Ralston était devenue la leading lady à plein temps des films de Harold Lloyd, désormais dégagé de son contrat avec Roach. Quoi qu'il en soit, le film est basé sur ces situations qui font le sel de tant des films Roach: le vendeur d'un produit ans intérêt tente de le placer, ce qui va déclencher un certain nombre de situations glorieusement idiotes. Ajoutons qu'il est ici question de trombone, qu'une scène s'amuse de la manie qu'ont les Américains de cette période prospère de s'organiser en loges de type maçonnique et autres sociétés secrètes (Lloyd, Roach, Laurel, Hardy et Chase en faisaient tous partie, comme en témoignent un nombre impressionnant de leur films), et on verra qu'on y trouve une source fort sympathique de gags...

Voilà, en attendant d'en retrouver d'autres, ce qu'on pouvait dire sur ces petits bouts de films retrouvés. On pourra aussi râler contre l'incurie d'une société qui laisse sciemment des pans de son héritage artistique pourrir ou mourir dans l'indifférence générale. Mais à quoi bon?

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Published by François Massarelli - dans James Parrott Comédie Muet