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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 14:25

la vie, le scandale et la mort de Anna Karénine (Keira Knightley), qui a tourné le dos aux convenances, et en commettant un adultère avec le flamboyant Alexei Vronsky, s'est fracassée sur le mur de la bienséance...

Wright, qui n'a jamais caché ses ambitions ni son goût pour le cinéma de David Lean, a tourné une adaptation toute en style, privilégiant une approche qui met la mise en scène en lumière: filmer dans un théâtre et nous faire parfois voir les changements de décor, utiliser des chorégraphies, etc. Parfois rompant avec cette idée, mais toujours revenant au théâtre initial, nous en dévoilant sans cesse les coulisses... Soyons francs; ce n'est pas toujours justifié, à part pour frimer, il faut l'admettre. D'autant que ça ne rend pas le script moins embrouillé. Bref: plastiquement, c'est époustouflant. Techniquement, c'est impressionnant. Mais absolument jamais dans le film, l'idée ne se justifiera... 

Mais la caractérisation superbe de Keira Knightley, la mise en parallèle de trois couples, un abîmé dans la passion (Anna et Vronsky), un transfiguré par le bonheur et l'amour (Kostya et Kitty), et le dernier installé dans la routine blessée d'un bonheur conjugal infidèle (Oblonsky et Dolly), et le souffle épique du personnage principal, plus l'interprétation géniale de Jude Law en Karenine blessé mais éperdument humain finissent pas emporter l'adhésion. Mais il faudrait que Wright fasse atention: à force de casser ses jouets (Voir Pan) il finira par ressembler à M. Night Shyamalan...

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Published by François Massarelli - dans Joe Wright
15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 14:20

"I like to show off", il aime frimer ce petit Joe. Et il peut: pour son premier long métrage de cinéma, il s'offre le luxe de réaliser une adaptation d'un incommensurable classique de Jane Austen, et sans jamais le trahir, d'en faire une démonstration vivace et audacieuse du cinéma. Bien sur, n'attendons pas trop d'un tel film, autre que le plaisir de donner de nouveau corps à des personnages fantomatiques à force d'être revisités, ou que l'introduction idéale, en douceur, à un univers romantique et romanesque qui n'attend que le prochain film pour occuper le terrain. Mais en attendant son film suivant, le très beau Atonement, Wright fourbit tranquillement son dispositif de mise en scène, ses incursions osées dans le vocabulaire moderne (Zoom, mise au point brutale et volontairement visible, beauté de la photographie sursaturée, plan-séquences hallucinants...) et sa direction d'acteurs juste et passionnée, en assénant une leçon d'économie: le livre est long, le film ne l'est pas, pourtant rien ne semble manquer à notre bonheur. Et Keira Knightley inaugure une collaboration privilégiée avec un metteur en scène qui décidément lui doit beaucoup...

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Published by François Massarelli - dans Joe Wright
15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 13:54

Joe Wright déclarait, mi-embarrassé, mi-amusé, sur le commentaire audio de son long métrage Atonement (2007), à propos d'une scène spectaculaire tournée en un plan séquence qui devait sans doute représenter à elle seule la moitié du budget: "J'adore frimer"... On retrouve ce trait de caractère absolument essentiel dans sa discipline, avec son dernier film en date. Tentative de donner un contexte plausible à Peter Pan, en même temps que réappropriation et dépoussiérage du mythe créé par James Barrie, le film s'imposait-il?

Non, bien sur, même s'il ne mérite pas totalement les critiques sauvages dont il a été victime aux Etats-Unis (Où il a été un four gigantesque). A l'heure où Disney revisite ses classiques en les rendant, ahem, "réalistes", pourquoi ne pas les laisser se salir les mains? Pourquoi donner à voir un film dans lequel des enfants travaillent à la mine en chantant du Nirvana et les Ramones? Et pourquoi confier à des acteurs de talents des rôles qui ne leur permettront de briller que quelques secondes, comme ici Amanda Seyfried et Rooney Mara? Wright avait avec un certain talent osé s'attaquer à Tolstoï en donnant à Anna Karenina un traitement à la Marie-Antoinette, pourquoi pas? Mais la façon de le rendre en théâtre filmé, avec changement de décors apparents et chorégraphie jouait vraiment en la faveur du projet, qui donnait malgré tout la part belle aux acteurs. Ici, ce sont les effets spéciaux qui l'emportent, et une animation 3D... laide, comme d'habitude. Donc on regardera, on baillera de temps à autre, on lèvera un peu les yeux au ciel, et puis... on oubliera, fatalement.

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Published by François Massarelli - dans Joe Wright Rooney Mara
15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 10:14
The finishing touch (Clyde Bruckman, 1928)

Avec ce film et les trois précédents, on peut, et c’est rare, dégager un style de mise en scène de trois films de Laurel et Hardy, et c’est celui de Clyde Bruckman. Bruckman n’est forcément pas un inconnu : il a co-signé The general (Ce qui fait de lui un assistant de Keaton, mais ce n’est pas rien), a travaillé en tant que gagman avec Keaton, justement, et a fait de nombreux films pour Hal Roach, dont des courts métrages avec Max Davidson. Il a hérité une tendance Keatonienne assez typique, qui est de résoudre un gag en un plan. A une époque ou le montage a pris tant d’importance, Keaton aimait limiter ses gags à un plan, choisissant parfois ses décors en fonction. Dans The finishing touch, par exemple, un plan montre Hardy lançant un paquet à Laurel, et un homme qui essaie de le leur prendre (Il s’agit d’une somme d’argent). Le plan est notable à cause de sa lisibilité. De même les nombreux plans de la bataille de tartes dans Battle of the century sont-ils autant de petites histoires, filmées à distance, par une caméra neutre à force d’être rigoureusement immobile. A l’opposé, Edgar Livingston Kennedy tend à filmer à hauteur d’acteurs, en particulier dans From Soup to nuts, ou il rapproche beaucoup la caméra, sélectionnant des plans plus éloignés afin d’accompagner les gags ou d’y apporter une chute. Les deux styles, combinés en particulier grâce au talent d’un James Parrott, donneront un style Laurel et Hardy, sous la houlette de Stan, toujours attentif à ce genre de petites (grandes) choses. En attendant, The finishing touch est le dernier des quatre courts métrages de Laurel et Hardy mis en scène par Bruckman, et le verdict est qu'il a beaucoup apporté, en étant la bonne personne au bon moment...

Dans ce film, les deux compères travaillent dans une entreprise de construction, à la finition... Les deux «finisseurs» sont des bâtisseurs de maisons préfabriquées, qui doivent finir un contrat, et ils vont « finir » la maison. Le génie de Clyde Bruckman réside ici dans le placement impeccable de la caméra, et Stan saupoudre ce petit bijou d’un ensemble de gags qui lui viennent de son lourd passé : le fameux gag de la planche tellement longue qu’elle est tenue aux deux bouts par le même Laurel, a déjà fait des apparitions dans sa filmographie solo (dans Smithy ou The Handy man) ainsi que dans un Larry Semon. Sinon, Hardy a le chic pour rendre parfaitement logique l’absorption de clous. A plusieurs reprises, afin de transporter des clous d'un bout à l'autre du chantier, il décide de les mettre dans sa bouche, car il a les mains pleines. Il est donc inévitable que de son côté, Laurel dans ses activités ne provoque (Deux fois!) les circonstances qui vont faire que Hardy avalera les clous. Dans l'intrigue, l'autorité est vraiment représentée par Dorothy Coburn, qui joue l'infirmière en chef d'un hôpital à proximité. Elle souhaite faire respecter le silence, et charge l'agent Edgar Kennedy de le faire. Il finira en très mauvais état…

Le film, enfin, contribue à donner à ces courts métrages l'impression qu'ils forment autant de capsules temporelles, d'un temps révolu: ici, un quartier résidentiel populaire de Los Angeles en 1928 est capté dans sa vérité, et c'est tout un univers...

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Muet Clyde Bruckman Comédie
15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 10:09

Après Hats off et Battle of the century, les films de Laurel et Hardy prennent ce rythme très particulier, qui ne se précipite pas au désastre, mais qui y conduit plutôt par des étapes scientifiquement calculées. Plutôt que la frénésie, c’est le calme dans le malheur, amplifié par l’importance de la réactivité des acteurs, qui reste le maître mot, d’où l’importance des acteurs de second rôle : à un James Finlayson en froid avec Roach, qui l’a sacrifié sur l’autel de Laurel et Hardy (Rappelons qu'avant l'association entre Laurel et Hardy, les trois comédiens faisaient jeu égal au studio, avec même un léger avantage d'ancienneté à Finlayson) succèdent justement de nouveaux acteurs qui vont marquer les films d’une façon indélébile, et qui se démarquent de l’éternel colérique excessif qu’était Finlayson, par leur calme, parfois dangereux, comme Charlie Hall, éternel voisin irascible, laconique et au geste violent, et parfois désespéré, comme Edgar Kennedy, éternel flic malmené, qui fond parfois en larmes au bout d’un combat impossible contre la logique dans sa version Laurelethardyienne: l’impuissance faite policier. Kennedy en particulier sera crucial à cette époque pour deux raisons : premièrement, il joue mieux que quiconque la réaction méthodique et la montée progressive et lente de l’exaspération; deuxièmement, il sera aussi metteur en scène.

A propos de metteur en scène, on retrouve Clyde Bruckman pour la mise en scène de ce film, et c'est une bonne nouvelle. Son style direct et économique fait merveille pour ces courts métrages qui établissent le nouveau rythme épuré des films...

Voici par ailleurs le premier court métrage qui présente les deux garçons au quotidien, dans leur maison, en proie à un problème qui fera des petits dans leur filmographie : l’un d’entre eux a un problème de santé, ici une rage de dents. Plus tard ce seront les affres de Ollie avec la goutte, mais ici la victime, Laurel, porte des oreilles de lapin. La rage de dents permet un bon nombre de gags savamment disposés, et le film s’ouvre peu à peu à d’autres acteurs (Le voisin, joué par Charlie Hall, dans sa première intervention pour se plaindre du bruit que font les deux compères) avant une inévitable et hilarante visite chez le dentiste (Qui arrache une dent… à Hardy) puis une séquence « gaz hilarant » qui ne serait pas si intéressante si elle n’introduisant pas Edgar Kennedy au monde de Laurel et Hardy.

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Muet Clyde Bruckman Comédie
14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 10:09
Jeremiah Johnson (Sydney Pollack, 1972)

Jeremiah Johnson (Robert Redford) se rend dans les montagnes de l'Utah encore sauvage, dans le but d'y vivre au jour le jour. Il va faire des rencontres, cocasses, dangereuses, ou mortelles. Au hasard d'une transaction, il va se marier, et même etre doté d'un fils inattendu. Mais il va aussi faire la connaissance de plusieurs tribus indiennes, les Crows, les Blackfeet et les Flatheads. Et au milieu de ces tribues antagonistes, il va se mettre en danger...

Retour à la nature, ce film est aussi la preuve que la nature peut être infernale. Elle est aussi splendide... Sydney Pollack n'a pas désiré choisir, et nous livre une vision qui ne peut être que lyrique, certes, mais elle l'est par les images. Dans ce conte de survie qui semble se dérouler à l'écart du temps, un homme est amené à vivre au jour le jour, par choix. On ne sait pas exactement d'où il vient, mais il porte une paire de pantalons marqués d'une bande jaune pale sur le côté: c'est l'armée de l'union. Et une des rares conversations qu'il tient durant le film nous montre qu'il a participé à la guerre contre le Mexique de 1846 à 1848. nous sommes donc devant une histoire située à peu près durant la première décennie des années 1850. L'Amérique n'est pas finie, et le territoire exploré par Johnson n'est colonisé sérieusement que depuis 1848 (Précisément depuis la fin de la guerre Américano-Mexicaine), suite à l'installation des Mormons à Salt Lake City en 1847... C'est la raison pour laquelle Johnson ne verra pas grand monde durant ses aventures.

Et pourtant, le film est avant tout une galerie de personnages, confrontés à Jeremiah Johnson, qui apprend vite, et évolue dans sa perception de cet univers qu'il s'est choisi. Les rencontres sont construites en miroir: après avoir pris le fusil d'un homme mort gelé (Qui lui ressemble terriblement, ce n'est absolument pas un hasard!), rencontre qui aurait du être tragique, mais devient presque cocasse grâce à un message posthume qui prouve qu'un homme, même mourant, a de l'humour, Jeremiah va rencontrer le vieux trappeur "Bear Claws" (Will Geer), qui va l'initier à la vie à la dure. Puis il tombe sur une femme devenue folle (Alyn Ann McLearie), qui est face aux cadavres de deux de ses enfants. Jeremiah recueille le troisième (Josh Albee) à sa demande, le garçon ne prononcera pas un seul mot du début à la fin... Ils font tous deux une rencontre assez étonnante: Del Gue (Stefan Gierasch) est un aventurier qui a rencontré une tribu de trop, mais comme il avait pris la sage précaution de se raser la tête au préalable, les Indiens l'ont laissé à mourir, enterré sauf pour sa tête qui dépasse... Johnson, le garçon et Del vont enfin rencontrer deux partis Indiens, les Black feet et les Flatheads. C'est chez ces derniers, qui parlent un excellent Français, que Johnson se retrouve marié... Après, la seule rencontre nouvelle sera celle d'une troupe de soldats venus pour une mission de secours. Après avoir apprécié le fait de pouvoir enfin reparler Anglais, son épouse ne le parlant pas, Johnson se débarrasse asse vite des militaires, avant de faire une découverte tragique... A partir de là, Johnson va rencontrer les mêmes personnages dans l'ordre inverse, avec des variantes...

Du début à la fin, littéralement, la présence fantomatique des Crows, les guerriers dangereux qui semblent régner sur la région, se fait sentir. Johnson semble savoir qu'ils seront la source d'ennuis, et va le découvrir d'une façon terrifiante. Mais c'est dans la logique de la situation qu'il a choisi en venant s'installer dans ces montagnes... Ca fait partie intégrante du bol d'air frais que propose le film, pour lequel Robert Redford a du donner beaucoup. Le résultat est, bien sur, superbe, conté de main de maître par un réalisateur au sommet de son art.

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Published by François Massarelli - dans Western Sydney Pollack
13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 14:31
Putting pants on Philip (Clyde Bruckman, 1927)

Exit donc Fred Guiol, le réalisateur efficace mais sans âme de la majorité des premiers films du tandem. Au fait, c'est probablement un signe: Clyde Bruckman est à cette époque un metteur en scène établi en dépit du fait qu'il a peu tourné. Mais il est surtout ancien gagman et scénariste de Buster Keaton, dont il a été le co-réalisateur, excusez du peu, pour The general. et Laurel a travailé avec lui sur un court métrage, en 1925. Donc son arrivée chez Roach (Il a mis en scène deux films avec Max Davidson) a donné l'idée au patron de lui confier la mise en scène des deux comédiens, tout en demandant à Leo McCarey de prendre en charge la supervision des opérations, comprendre par là la production proprement dire. On prend enfin Laurel et Hardy au sérieux, et ça commence avec cet excellent film...

Contrairement à Hats off (Film perdu, réalisé par Hal Yates entre The second hundred years et celui-ci) et The second hundred years, ce film n’est pas un Laurel et Hardy typique: Hardy, descendant d’une vieille famille Ecossaise dont l’ancêtre a émigré aux Etats-Unis, doit recevoir la visite de son neveu Philip. Celui-ci, interprété par Laurel bien entendu, est un Ecossais relativement traditionnel (Donc en kilt) qui est, mais oui obsédé sexuel: sitôt qu’il passe à la portée d’un charmant minois, il esquisse une sorte de geste rituel, sautant en l’air en lançant sa jambe droite en avant, et pliant sa jambe gauche, puis il se met à lui courir après de façon irrépressible.

Le film est drôle, très drôle, et on a le plaisir de voir Laurel et Hardy vraiment jouer ensemble, mais leur complicité manque encore quand même. De plus, Hardy, en bourgeois satisfait tout à coup confronté à un impossible défi au bon goût en la personne d’un Ecossais priapique dont le caleçon ne tient pas toujours, joue plus dans le style de l’embarras cher à Charley Chase que dans son registre personnel. Quant à Laurel, naïf et doux, enfantin même (C’est quasiment dit, d’ailleurs, il est souvent présenté comme un jeune homme, et la filiation fait de lui une personne d’une autre génération qu’Hardy) il est quand même un être sexué, terrestre, ce que ne sera jamais le Laurel que nous connaissons. Pas de raisons pour autant pour bouder le plaisir primal qu'on prend à visionner ce film, tourné pour une large part dans d'authentiques rues de Los Angeles, et pour lequel Bruckman a tout bonnement profité de la foule qui s'amassait sur les lieux de prises de vues pour filmer d'authentiques réactions à "Philip" et son kilt récalcitrant...

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Clyde Bruckman Muet Comédie
12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 16:39

Cause célèbre de l'expressionnisme Allemand, ce film a eu longuement la réputation d'être un film d'horreur... avant qu'on puisse enfin le voir. Une fois confronté à une copie, on constate avec une certaine surprise que ce film est essentiellement une anthologie, assez humoristique en soi, et je ne suis même pas sur qu'il ait été terminé... Mais il y plus troublant encore, voir plus bas...

Ce Cabinet des figures de cire, comme dit le titre une fois traduit en Français, raconte l'histoire d'un jeune poète (Wilhelm, futur William, Dieterle) qui arrive à un petit musée de cire dans un carnaval. On cherche un homme capable de donner vie à des créatures figées en inventant et écrivant des histoires pour les personnages exposés. Il se met aussitôt à l'oeuvre, et inspiré par la présence de la jeune fille du propriétaire de l'attraction, il imagine autour du personnage d'Haroun El-Rachid, Calife de Bagdad, une intrigue dans laquelle un pâtissier (Dieterle) se rend chez le calife pour lui voler une bague magique, pendant que le calife (Emil Jannings) vient faire mumuse avec son épouse dans sa boutique... Le personnage d'Ivan le terrible (Conrad Veidt) lui inspire au contraire une histoire de torture: Ivan se rend à un mariage et ramène les mariés chez lui au Kremlin après avoir terrorisé la noce. Il va donc tenter de passer la nuit de noces auprès de la jeune épouse tout en torturant le mari...

Une troisième intrigue autour d'un troisième personnage est en fait réduite à sa plus simple expression: le poète épuisé s'endort et rêve que Jack l'éventreur (Werner Krauss) en veut à la jeune femme à ses côtés. Il vient pour les tuer tous deux... un troisième épisode réduit à quelques minutes de surimpression qui doivent beaucoup à la présence menaçante de Krauss. Mais un quatrième personnage de cire est visible dans le petit musée, à l'écran. il s'agit d'un certain Rinaldo Rinaldini, héros d'un obscur roman, et Leni aurait décidé de supprimer l'histoire avant le tournage. De fait, le film largement concentré sur deux anecdotes parait bien vide...

Le metteur en scène, comme le faisait Wiene avec son "Cabinet" à lui, celui du Dr Caligari, se repose surtout sur les décors extravagants, et largement inspirés des canons de l'expressionnisme. Ceux de l'histoire à Bagdad sont rondouillards comme Jannings, ceux de l'épisode Russe sont chargés et font grand usage de la lumière inquiétante qui semble accompagner l'affreux Ivan partout où il va. Mais si on attribue la mise en scène du film à Leni, qui a aussi décoré le film, il semblerait que ce ne soit pas aussi simple. C'était semble-t-il le cas aussi pour Hintertreppe, L'escalier de service en 1921: La mise en scène était divisée entre Leopold Jessner, qui s'occupait des acteurs, et Leni en charge du reste. Ce film est du à une nouvelle association du même type: un certain Leo Birinski est supposé avoir assisté Leni à la direction d'acteurs... C'est donc sur ce film bancal et lourdingue que Leni allait construire sa réputation, qui allait le conduire aux Etats-Unis pour y réaliser quatre films, dont deux merveilles... Ouf.

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Published by François Massarelli - dans Paul Leni Muet Allemagne 1924 ** ...Jusqu'à l'aube
12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 16:27

Laurel et Hardy sont deux bagnards qui tentent de s’évader pendant une bobine, avant d’avoir une opportunité en or: ils se font passer pour deux peintres venus faire un travail dans le pénitencier, et sortent sans encombre. Dans la deuxième bobine, un quiproquo va les renvoyer sous une fausse identité en prison, en tant que visiteurs de marque. Voilà à nouveau une totale réussite, d’une grande cohésion, et pleine de gags mémorables. On remarquera aussi un recyclage, d’ailleurs irrésistible, d’un vieux gag que Laurel avait utilisé chez Larry Semon en 1921, avec Frauds and Frenzies : les bagnards se promènent à la file, marchant lourdement au pas le bras droit sur l’épaule du prisonnier devant eux : ce réflexe risque à tout instant de trahir Laurel.

Les deux bagnards évadés sont clairement dans la même bulle, avec déjà le fonctionnement mythique du duo: Hardy qui tente par tous les moyens d'être un meneur, et Laurel en enfant qui n'a pas grandi, totalement indifférent aux catastrophes engendrées par ses impulsions, et se réfugiant dans les bras de son copain à la première frayeur...

On voit ici l’une des premières apparitions de la rue typique des studios Hal Roach, avec ses enseignes rigolotes (The Pink Pup, Ice Cream Cohen, etc): les deux comédiens y sont tellement à l’aise qu’on se dit que c’est mieux qu’une vraie rue. D’ailleurs, on y retournera souvent. Sinon, Finlayson, qui joue le directeur de la prison, est vraiment considéré comme un acteur de second rôle ici. Fred Guiol va se voir retirer la réalisation des films avant que Roach ne confie la supervision de Laurel et Hardy à Leo McCarey, qui vient de mettre en scène des films de Charley Chase pendant 2 ans et demi avec succès : on prend, enfin, le duo au sérieux chez Roach. Et pour longtemps.

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Muet Comédie
12 avril 2016 2 12 /04 /avril /2016 09:22

1970, en Californie, sur une petite commune côtière: a priori, un bel endroit pour y situer un film de Paul Thomas Anderson, qui aime tant reconstituer dans leurs moindres détails les époques qu'il explore: la fin des seventies dans l'industrie du porno (Boogie Nights), la fin du XIXe siècle au nord-ouest (There will be blood), ou encore les Etats-Unis du début des trente glorieuses (The Master). Place donc à l'intrigue chargée en péripéties et personnages d'un roman noir de Thomas Pynchon, dans lequel on suit les aventures aux vapeurs d'herbes aromatiques d'un privé d'un nouveau genre, Larry "Doc" Sportello (Joaquin Phoenix), qui reçoit une demande inattendue de son ancienne petite amie, Shasta (Katherine Waterston). Elle pense que des escrocs réunis autour de son actuel petit ami, un homme riche et très médiatique, trament des trucs pas honnêtes. Parmi eux, l'épouse légitime de son petit ami. Tenter de résumer le reste de l'intrigue serait inutile, puisque suivant la bonne vieille règle d'or du film noir (The Maltese Falcon, The big sleep, Laura en tête), je n'ai pas compris grand chose: trop de personnages, trop de développements... Ce n'est en aucun cas une critique, puisque je m'en fous complètement. Ce n'est, une fois de plus, pas le sujet. Dans un film noir, l'intrigue est un McGuffin. Peu importe ce qu'il cherche, du moment que le détective privé ait une enquête à mener, c'est tout ce qui compte. Le reste, c'est de l'atmosphère, une ambiance, une galerie de portraits, et un voyage plus ou moins initiatique dans lequel le héros va changer, s'améliorer, et pour autant qu'on puisse en juger, pencher du bon côté de la morale.

La galerie de portraits, justement, est succulente, dans un Los Angeles post-hippie, où la drogue s'est installée dans le quotidien des gens entre la poire et le fromage, et dans lequel la reprise en main par la majorité silencieuse qui a voté Nixon en 1968 n'a pas encore effectué tous ses ravages. Coy (Owen Wilson), un saxophoniste légendaire, a-t-il disparu? Shasta, la belle et douce jeune femme, joue-t-elle un double jeu? Que faut-il chercher au siège de "The golden fang": une association de dentistes, ou le siège d'un trafic d'héroïne multinational? et quel rôle y joue l'étrange dentiste camé jusqu'au sourcils joué par Martin Short? Enfin, que jeu joue Bigfoot (Josh Brolin), le flic à la coupe en brosse impeccable dont Larry peut sans doute se targuer, même si c'est embarrassant pour les deux, d'être son ami? Autant de questions auxquelles Larry va essayer de répondre, en se déguisant parfois, en portant des sandales le plus souvent, et en ne se lavant jamais les pieds. Par contre, il va y avoir une consommation impressionnante d'herbe qui fait rigoler comme un nigaud...

Constamment sur le fil entre comédie parfaitement assumée, mais comédie à froid, et une certaine impression de découverte de la fin de l'innocence, entre pathos et parodie, le film est impeccable, on sait qu'on y reviendra, pour reprendre un peu de cette impression d'avoir passé du temps en contrebande dans une autre époque, dans des lieux mythiques et probablement disparus. Anderson le filme avec rigueur et comme d'habitude livre une somme, 148 mn, largement dominées par des plans-séquences magistraux, son péché mignon, et des images fortes, à la narration off (Toujours le spectre du genre "noir") menée par un petit bout de bonne femme qui reste gentiment à l'écart de l'action... ou pas?

Et pour finir, le film a été promu par de nombreuses bandes-annonces. Ne croyez pas celles qui donnent l'impression qu'il s'agit d'un nouveau Lebowski. ce serait une erreur, non que le film des frères Coen soit indigne, loin de là, mais ce sont bien deux films différents, très différents même, en dépit de leurs similarités (Californie, détective loser, drogue, enquête aux ramifications délirantes, etc...).

 

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Published by François Massarelli - dans Paul Thomas Anderson Noir Comédie