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14 mai 2016 6 14 /05 /mai /2016 15:49

Inspiré par la pièce de William Gillette, déjà adaptée à l'écran en 1916 dans un film Essanay, ce film fait bien sur suite au succès énorme de Dr Jekyll and Mr Hyde, le triomphe de Barrymore en 1920 réalisé par John Stuart Robertson pour Paramount. C'est cette fois une production Goldwyn, et l'équipe a eu les coudées franches... D'autant que le studio battait sérieusement de l'aile, 18 mois avant son rachat par Metro. Albert Parker s'est déjà illustré auprès de la royauté Hollywoodienne, puisque il a tourné aussi bien avec Douglas Fairbanks qu'avec Mary Pickford, et le casting nous réserve une jolie surprise avec l'apparition de Carol Dempster dans un rôle plus qu'improbable: elle joue la femme dont Holmes tombe amoureux...

Etudiant à Cambridge, Sherlock Holmes (John Barrymore) résout sa première affaire: il s'agit d'une sombre intrigue autour du prince héritier d'un pays Germanique, le Prince Alexis (Reginald Denny). Celui-ci est soupçonné d'un vol, mais le véritable voleur n'est autre que le sinistre professeur Moriarty (Gustav Von Seyffertitz). A l'occasion de cette affaire, Holmes a rencontré son alter ego, le jeune et brillant Docteur Watson (Roland Young). Quelques années ont passé, et le détective recroise le prince. Celui-ci fait face à une odieuse affaire de chantage, à nouveau orchestrée par Moriarty, qui s'est approprié les lettres du prince à son ancienne fiancée, depuis décédée, par le biais de la soeur de celle-ci, Alice Faulkner (Carol Dempster). L'affaire intéresse d'autant plus Holmes qu'il a croisé les pas de la jeune femme, et ne s'en est jamais remis...

Ainsi, la preuve est faite: on peut prendre un acteur doué, l'entourer avec d'autres acteurs compétents, un sujet en or, un metteur en scène très capable avec un goût évident pour la composition faite d'ombre et de lumière, un studio qui vous laisse carte blanche, des décors intelligemment composés, des stock-shots de Londres parfaitement appropriés, et... Faire un film assez ennuyeux, bien que deux futurs acteurs géniaux y débutent: Roland Young, et surtout William Powell. Même sans moustache, même sans verre à la main, on a reconnu l'impayable Nick Charles. Rendez-vous manqué, donc, même si décidément on finit par penser que cette pièce adaptée de Holmes n'était pas une bonne source pour le cinéma. Contrairement à...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet John Barrymore 1922 Sherlock Holmes Reginald Denny ** William Powell
12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 07:42

Le premier film de Gondry est mal aimé, la faute sans doute à un mélange malaisé entre des critiques maussades ("On attendait mieux" de Gondry, dont c'est pourtant le premier long métrage) et de la singularité absolue de la chose: scénarisé par charlie Kaufman, comme du reste Being John Malkovich, le film ne ressemble décidément à pas grand chose... Sauf peut-être, et encore, les clips de Gondry, justement, l'un d'entre eux pour Björk étant cité à la fois par l'atmosphère (Le décor d'une forêt partiellement reconstruite en studio), l'intrigue (Patricia Arquette évolue dans les bois comme Björk dans la vidéo) et bien sur par le fait que contre toute attente, Arquette chante...

Pas une comédie musicale, pourtant. Il est difficile de catégoriser ce film, qui s'attache à un quatuor inattendu: une jeune femme, Lila (Patricia Arquette) écrivain naturaliste mais dotée d'une pilosité exceptionnelle, ce qui la complexe, et la fait constamment hésiter entre l'interaction avec la nature, ou celle avec l'humain, cette dernière l'obligeant soit à être considérée comme un monstre de foire, soit à se raser en secret le corps des pieds à la tête; un scientifique, Nathan (Tim Robbins), élevé par des parents adoptifs maniaques, et qui se trompe en permanence de combat: il s'intéresse aux comportements animaux, et a passé le plus clair de son temps à élever des souris afin qu'elles puissent adopter des manières décentes à table (L'une de ses obsessions). Lui non plus n'est pas doué pour les rapports humains; lorsque le film commence, il est aussi vierge que Lila mais pas pour les mêmes raisons...; un troisième personnage, fascinant lui aussi, est un homme (Rhys Ifans) que son père a quand il était enfant fait retourner à l'état sauvage. Il a désappris à parler et se comporte exactement comme un chimpanzé... enfin, "Gabrielle" (Miranda Otto) est une assistante du professeur Nathan, qui cherche à le séparer de sa compagne, et qui va d'ailleurs y parvenir. Mais Gabrielle et son insupportable accent Français cachent des secrets inavouables (Et qui resteront à l'écart du film) puisque elle n'est pas plus française que les autres...

L'intrigue est simple: Lila rencontre Nathan, et tout en se préservant de lui confier son secret, ils filent tous deux le parfait amour. Jusqu'au jour où lors d'une balade en forêt, Lila qui ne résiste pas à l'appel de la nature, se déshabille, et tombe nez à nez avec un homme nu qui se comporte comme un chimpanzé. Le but de leur vie, désormais, sera d'élever Puff (C'est le nom qui lui sera donné par Gabrielle, assistante de Nathan) à son statut d'être humain... C'est là que les ennuis vont commencer, car deux des quatre protagonistes vont manipuler les deux autres... Pendant ce temps, les souris intelligentes (Elles ne confondent pas les fourchettes auxquelles elles sont désormais capables d'attribuer le bon usage!) observent, et commentent silencieusement l'action. A moins qu'elles ne soient les vraies héroïnes...

La nature humaine n'est pas bien sur expliquée, juste observée avec une certaine férocité ici. Quiconque a déjà vu un film de Gondry sait qu'on y croise une dose impressionnante de déprime, et que le metteur en scène n'a pas son pareil pour appuyer là ou ça fait mal. Ce premier long métrage ne fait pas exception, mais il le fait avec une loufoquerie inédite: et Rhys Ifans, qui va perdre sa dignité en trouvant l'humanité (C'est le fait d'être humain justement qui donne à ses gestes de chimpanzé, masturbation compulsive ou tendance à sauter sur les femmes en permanence, leur caractère offensant) est un personnage exceptionnel, bien entendu. Patricia Arquette, avec ou sans poills, est excellente dans un rôle pas vraiment facile, et Tim Robbins incarne à merveille cet autre monstre de foire qu'est ce sale gosse dénaturé de Nathan... Ce qu'il ressort de la nature humaine, ici, c'est le sentiment qu'il n'y en a pas un pour rattraper les autres... Ce qui peut effectivement être dit en moins de 90 minutes. Mais quand c'est dit d'une façon aussi drolatique, après tout, pourquoi se priver?

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Published by François Massarelli - dans Michel Gondry
11 mai 2016 3 11 /05 /mai /2016 16:24

Une chèvre s'échappe d'une animalerie et lorsque le propriétaire s'en aperçoit, il alerte la police... L'animal n'a pas tardé à s'attacher aux pas de Laurel et Hardy qui vont la ramener dans leur appartement, dont le propriétaire est très attaché au calme. Il va être servi...

Le dernier muet de Laurel et Hardy, qui n’est pas le meilleur. l'enchaînement de départ est un peu poussif, et si on n'attend as de nos héros une logique à toute épreuve, les circonstances de l'arrivée de la chèvre à leur domicile sont quelques peu tirées par les cheveux... Mais le film nous gratifie de beaux moments, d'abord parce que le propriétaire n'est autre qu'Edgar Kennedy donc si j'ose dire, ça décoiffe. Et il y a des gags récurrents mais qui font toujours du bien, dont le fameux trou sur la rue qui prend un malin plaisir, une fois rempli d'eau, à accueillir Hardy, ou encore un gag visuel: derrière Kennedy, qui rappelle que sa maison est un établissement familial, la porte révèle une prostituée accompagné d'un marin en bordée... Et le final fait avec des seaux d'eau, en léger et austère, ce que The battle of the century faisait avec de la crème

Au moment de dire adieu au muet, on a un petit pincement: Laurel et Hardy étaient faits pour la comédie muette, et si la pantomime gardera droit de cité dans les nombreux films qui s’annoncent, la page qui se tourne reste bien la meilleure partie de l’œuvre.

La fin de 1929, pour des raisons bien compréhensibles, est un moment ou s’entremêlent chez Hal Roach une extrême prudence et une certaine confusion. Le passage au parlant est l’étape à franchir, et certains indices prouvent que ce cap difficile a été pesé, au studio, et assumé avec un esprit d’équipe certain, mais aussi et c’est très important dans un studio qui s’autoproclame « The lot of fun », avec humour. Le son sera pris en charge par un technicien, Elmer Raguse, qui ira rejoindre le monteur Richard Currier et le chef-opérateur George Stevens au sein d’une équipe soudée, consacrée à Laurel & Hardy. Sinon, le studio sort ses premiers films parlants affublés de titres symboliquement consacrés au son : The big squawk pour Charley Chase, Small talk pour Our gang, Hurdy gurdy pour Max Davidson et Unaccustomed as we are (Inspiré d’une expression souvent prononcée afin de souligner le manque d’habitude d’un orateur de parler en public) pour Laurel & Hardy. La confusion qui règne se situe plutôt au niveau de la chronologie: à la fois pressé de sortir et tester ses Laurel et Hardy parlants, Roach garde un certain nombre de muets, pourtant achevés et montés, sous le coude, afin de pallier à toute volte-face future concernant la capacité de ses comédiens à exceller dans le parlant, et de la capacité de son public à apprécier la nouvelle donne. En attendant, ceci explique pourquoi un film comme Angora love reste en queue de peloton.

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Muet Comédie
10 mai 2016 2 10 /05 /mai /2016 18:38

Les courts métrages de Laurel et Hardy avaient une merveilleuse tendance à explorer la vie quotidienne de la Californie en cette lointaine époque: ce film reprend une situation proche de celle de Big Business, par la notion de porte-à-porte. Les deux compères sont deux adjoints au shérif, chargés de récupérer les taxes ; ils viennent chez Edgar Kennedy qui n’a pas payé sa redevance radio depuis 1921, mais celui-ci les voit venir ; une nouvelle bataille entre une forte individualité et deux êtres humains inadaptés s’ensuit.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que lorsque l'antagoniste de nos héros s'appelle Edgar Kennedy, la lutte est farouche. La précision et la férocité des gags violents, méthodiquement détaillés, sont impressionnantes. On remarquera une série de gags en ouverture avec un autre antagoniste de choc, en l'occurrence Charlie Hall, et une apparition finale de la jeune Jean Harlow, par ailleurs utilisée, comme elle l'avait été pour Double whoopee, comme une jolie potiche... C'est son dernier rôle pour Roach, avant qu'elle ne soit repérée par Howard hughes pour Hell's angels.

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Published by François Massarelli - dans Hal Roach Laurel & Hardy Muet
8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 16:22

Les trois derniers films muets de Laurel et Hardy seront donc réalisés par Lewis Foster, un metteur en scène promu après avoir été partie intégrante du département des scénarios. Ce n'est pas contrairement à McCarey ou Bruckman, un grand nom du cinéma, et ce n'est pas plus, comme le serait James Parrott par exemple, un comédien reconverti qui est totalement en phase avec les deux comédiens. Cela dit, tout en étant de modestes réussites, les trois films n'ont rien d'indigne, au contraire. Le premier est marquant pour un certain nombre d'éléments, dont une unité de lieu assez remarquable...

Confondus avec un prince héritier d’un pays Européen et son ministre, Laurel et Hardy sont les deux nouveaux employés d’un palace ; ou ils ne vont rester employés que le temps de deux bobines; Jean Harlow fait une apparition remarquable (Qui donna beaucoup de chaleur aux acteurs et figurants présents lors d'une première prise) en dame de grande classe que les gaffes de Laurel vont littéralement déshabiller, mais la doublure de Erich Von Stroheim, Captain John Peters ajoute par sa silhouette évocatrice (avec un uniforme digne de Serge Karamzin, l'anti-héros joué par Sroheim dans Foolish Wives) à la réussite de l’ensemble. Dommage que le chaos autour de Laurel et Hardy reste finalement assez sage.

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Published by François Massarelli - dans Laurel & Hardy Muet
7 mai 2016 6 07 /05 /mai /2016 17:04

Joel Barish (Jim Carrey) ne va pas bien. Il supporte mal son sentiment de solitude, et se pose des questions sur sa vie sentimentale au point mort. Sur un coup de tête qu'il n'explique pas, il déserte son travail et se rend sur les bords de l'atlantique, un matin. Il y fait une rencontre, celle de Clementine (Kate Winslet). C'est une femme qui semble être son contraire: extravertie, gonflée, cachant son mal-être derrière l'excès plutôt que la discrétion. Ils sont très amoureux. Mais ils ont tous les deux un secret. Et c'est à eux-mêmes qu'ils le cachent...

Un film de Michel Gondry, c'est rarement très confortable. Même la petite comédie Be kind, rewind, qui se cache sous des allures loufoques de petite fable farfelue et à l'écart du monde, avec ses boutiquiers de vidéo-club qui se mettent à faire leur propres versions pathétiques de films mythiques, est en réalité une évocation nostalgique d'un monde en sursis. Et La science des rêves, Human nature, L'écume des jours ne cachent absolument pas leur amertume profonde. Pour résumer, c'est un cinéaste des sentiments qui partent en cacahuète...

Ca fait maintenant plus de quinze ans qu'il tricote ces petits films volontiers flippants autour de la fuite potentielle de l'amour, des souvenirs et des sensations, qui ont le culot de se situer généralement à l'intérieur du subconscient. Il est extrêmement doué pour l'image, et pour la bricoler jusqu'à ce qu'elle triche jusque dans les moindres détails. Je pense que celui-ci est son meilleur film, celui qui réussit plus l'équilibre entre histoire de gens, et images qui prennent des chemins de traverse assez inattendus pour provoquer l'émotion.

La chronologie des événements est bouleversée, afin qu'on comprenne tardivement (Certains le captent plus vite que d'autres, car les indices sont nombreux, différents et placés avec soin) qu'il s'agit de l'histoire d'un homme qui rencontre une femme qu'il a déjà aimée, avec laquelle il a vécu, et par laquelle il est très attiré. Cette attirance est réciproque, mais les deux protagonistes ont été amenés, suite au tumulte de leur relation, à faire appel à une entreprise qui a trouvé un business rentable: ils effacent les souvenirs des amoureux déçus qui le leur demandent. Et le film, pour une large part, va mener jusqu'au bout sa logique sensitive d'exploration de l'inconscient en montrant la façon dont les propres souvenirs des héros se battent contre leur effacement. Vont-ils parvenir à éviter l'irréparable oubli?

Réponse dans le film, bien sur.

En attendant, c'est une merveille de délicatesse interprétée avec bonheur par des acteurs qui sont fantastiques: non seulement Jim Carrey et Kate Winslet, mais aussi Elijah Wood, Kirsten Dunst, Jane Addams et Mark Ruffalo.

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Published by François Massarelli - dans Michel Gondry
1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 18:55

Quand on pense à Olcott, ce qui viet à l'esprit, c'est bien sûr ce pionnier qui tourne un monumental Ben-Hur en 1907, qui dure toute une bobine: 15 minutes! Ou encore le film religieux From the Manger to the cross, tourné en Palestine en 1912, et qui est l'un des premiers longs métrages Américains. Ou bien pour finir, les films tournés en Irlande par la Kalem qu'il dirigeait (The lad from old Ireland), et qui tentèrent de créer dès 1910 un cinéma Irlandais fait de traditions et de folklore, à l'abri du voisin Britannique encombrant. Bref, on ne pense pas aux années 20, car le monsieur était là avant Griffith. C'est au mieux un ancêtre...

Sans aller jusqu'à crier au génie, il faut donc voir ce beau petit film, tourné un peu à l'écart des studios (Même si Olcott y reviendra jusqu'à sa retraite en 1928). Il est consacré à une intrigue assez proche de certains mélodrames, et centré sur deux enfants. Ils fuient la misère de leur famille adoptive qui ne veut plus d'eux et s'en vont à la recherche d'un hâvre de paix dans la campagne de Nouvelle-Angleterre. Ils aperçoivent une maison qui leur semble idéale, où vit une femme âgée. Celle-ci, qui vit dans le souvenir d'un drame familial, n'est pas disposée à se laisser séduire, mais les amis et voisins vont essayer de temporiser afin de donner une chance aux deux enfants...

On est dans un univers qui serait situé entre Way down east (Vivia Ogden joue d'ailleurs dans Timothy's quest, à peu près le même rôle que dans ce long métrage de Griffith), sans l'intrigue "adulte", et Sparrows, sans l'horreur sous-jacente. Cinéaste vétéran, Olcott n'est pas un manieur de caméra, ni un monteur, c'est en revanche un directeur d'acteurs. Ils sont tous excellents, à commencer par les deux enfants... La copie, hélas, est clairement incomplète, laissant quelques zones d'ombre sur des événements passés auxquels il est souvent fait allusion. Et on a l'impression qu'Olcott, sans jamais vouloir entrer en compétition avec les réalisateurs des années 20, a su garder l'oeil ouvert... En tout cas, le film vaut la peine d'être vu...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1922 Sidney Olcott **
1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 16:09

Dans le flot impressionnant des films de la MGM des années 30, qui il faut bien le dire avaient tendance à se ressembler furieusement, se trouve parfois une pépite inattendue, et les ex-nageurs olympiques n'y sont pas forcément forcés de grimper aux arbres... Ce film est une merveille, de bout en bout: Nick et Nora Charles viennent de se marier, et le détective va donc se ranger. Mais c'est compter sans le destin: une jeune amie (Maureen O'Sullivan) de la famille a perdu son père, et l'instinct de limier de Nick Charles ne peut pas s'empêcher de se mettre en route... Surtout qu'il y est poussé par son héritière d'épouse qui entre deux (ou trois, ou quatre) cocktails, s'ennuie un peu.

Les enquêtes de Nick (et Nora Charles) ont un petit je ne sais quoi de suranné, d'Herculepoirotien qui devrait être répulsif: il s'agit de whodunits classiques, dans lesquels on aura beau faire, le spectateur ne trouvera pas la solution de l'énigme. Elle nous sera donnée par Nick (William Powell), triomphal, au cours d'un repas bien arrosé. Et une fois le coupable du crime trouvé, on l'oubliera aussitôt. Non, l'essentiel, c'est bien sur le comportement gentiment asocial de Nick et Nora (Myrna Loy), et le fait que, flanqués de leur chien poltron Asta, ils se promènent de palace en palace en maintenant une soûlographie exemplaire: à ce titre, la première vision de Nora, en robe du soir, digne et belle (Je le redis, c'est Myrna Loy!!!!) demandant à Nick combien de Martinis il a bu afin de rattraper son retard, donne le ton.

Dans ces obscures histoires de meurtres en famille, marqués par une ambiance pas éloignée du film noir, on est à l'affût des échanges pleins de double-sens salaces entre les deux tourtereaux, et de leur manie de commencer, partout ou ils arrivent, par vider le contenu de tous les verres présents.

Et Woody Van Dyke, l'un des metteurs en scène les plus efficaces et économiques de la planète cinéma, réussit à assumer un tournage parfaitement cohérent, en privilégiant systématiquement des scènes domestiques: car l'essentiel du propos, un brin subversif (et qui sera maintenu dans les films suivants une fois le filon devenu une franchise rentable) est de fouiller dans des placards de familles en apparence dignes, mais les dits placards sont bien sûr remplis de squelettes. Face à cette débauche, seuls remparts de la dignité humaine, Nick et Nora, invitations vivantes à une vie entière consacrée aux vices combinés de la drague et de l'alcool mondain, font donc figure d'exemples à suivre... 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Woody Van Dyke William Powell
1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 16:05

En 1918, sur le front Français, une auberge sert de QG et de dortoir à une escadrille de la RAF. Jeannie, la patronne (Colleen Moore), est comme une vraie mère pour les jeunes pilotes, et souffre de devoir aussi souvent en voir revenir moins nombreux de chaque patrouille. Un jour, le capitaine Blythe, beau comme Gary Cooper, vient s'installer, et bien sur, ils tombent amoureux. Le matin d'un départ de la patrouille, Jeannie a un affreux pressentiment, mais le sens du devoir l'emporte...

Bien construit, ce film a tout du mélodrame classique, et on se doute que le succès de Seventh Heaven, de Borzage, n'a pu qu'influencer la First National à se lancer à son tour dans le mélo sublimé, avec final quasi fantastique. mais George Fitzmaurice n'est pas Frank Borzage. Donc, si on apprécie de voir une première partie essentiellement composée de comédie, un passage qui rend bien l'évolution de ce qui devient vite une histoire d'amour, il manque la conviction, voire l'abandon de ses acteurs, et le film reste attachant certes, mais pas aussi absolu que pouvaient l'être les films Fox de Borzage. Colleen Moore et Gary Cooper, cela dit, sont deux raisons suffisantes de voir et d'apprécier le film. Cooper était un jeune qui montait à l'époque, mais sa (délicieuse) partenaire était l'une des stars du moment...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1928 Première guerre mondiale Gary Cooper *
1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 08:51

Pour aimer le cinéma soviétique, il faut souvent être assez tolérant quant à la présence d'objets mécaniques ou motorisés censés aider l'homme qui travaille dans sa tâche quotidienne. Bref, il faut aimer les tracteurs...

Je n'en ai pourtant pas vu un seul dans ce film, un de ces grands moments de la fin du muet lorsque un certain nombre de cinéastes souvent progressistes (Ruttmann était communiste du moins au début de sa carrière, Vigo un pur anarchiste, la bande de cinéastes Allemands des Hommes le dimanche n'étaient pas spécialement des fascistes, et Vertov est plus Marxiste que Marx lui-même) ont exploré les possibilités d'un cinéma plus basé sur l'observation directe, en débarrassant les films de leur narration (Dans des degrés différents, bien sur, entre la non-narration de Berlin: Symphonie einer Grosse Stadt, et Menschen am Sonntag qui incorporait plus ou moins une intrigue), et en exaltant le plus souvent la ville, qui devenait le principal protagoniste de leurs films. Le film de Vigo, d'ailleurs, s'appelle A propos de Nice.

L'homme à la caméra représente pour moi le film le plus abouti de cette tendance, ce qui est paradoxal car après tout, il est aussi le plus délirant et expérimental... Dès le départ il se débarrasse des intertitres comme dans le Berlin de Ruttmann, mais contrairement à ce film Allemand que Vertov a pris comme modèle, il reconstitue un fil narratif, à travers la présence sur l'écran de l'homme à la caméra, plus précisément le propre frère et collaborateur de Vertov, Mikhaïl Kaufman... On va donc suivre les pérégrinations du cameraman à travers l'Union Soviétique de 1928-1929, et voir ses images de gens, d'activités, de loisirs même...

1

et bien sur, d'abord, les gens. Le film est organisé selon l'ordre d'une journée de travail, donc au début, une femme se réveille, et Kaufman sort de chez lui avec un appareil de prise de vue. Les gens y sont captés aussi bien dans leur vérité que dans la recréation de leurs vies; la femme qui se réveille, clairement, est une actrice dirigée par exemple, et des gestes vus plusieurs fois dans le film de plusieurs angles nous montrent bien ce que ce menteur de Flaherty voulait cacher: un documentaire, ça s'oriente. Vertov ne s'en cache pas, du reste. Mais il accumule les plans de gens captés dans leur candeur, dans leur embarras aussi (Une dame endormie sur un banc se réveille, voit qu'on la filme, et s'en va en colère, une autre au bureau des divorces se cache le visage derrière son sac, etc...); beaucoup de ces gens se prêtent assez volontiers au jeu, avec pour effet que le film donne l'impression de capter l'humanité dans toute sa splendeur, avec ses joies, ses colères, ses naissances, ses morts, ses mariages, ses divorces, son travail, ses loisirs...

2

il faut dire qu'ils sont tous actifs. Et c'est là qu'on peut entrevoir la volonté politique derrière le film, et la raison d'être de son film: homme, caméra: l'homme dans ce film est indissociable de la machine, comme la couturière de sa machine à coudre, et le nombre de machines vues dans le film est impressionnant. Vertov, comme Ruttmann (Et comme Keaton dans The cameraman!) sacrifie au cliché des ballets de tramways, de bus; contrairement à son contemporain Eisenstein, il évite les tracteurs, je le disais plus haut, mais il nous livre une belle vision d'un monde en proie à la "machinisation". Et ça tombe bien, comme La ligne générale (De Eisenstein, avec ses tracteurs) qui est sorti la même année, L'homme à la caméra entend illustrer le passage d'une Union Soviétique essentiellement rurale, à l'industrialisation, qui est le but du plan quinquennal en cours. Voilà, c'est dit, on n'y reviendra pas, parce qu'il y a encore une autre dimension, et celle-là elle est franchement fascinante.

3

parce que tout ça c'est un film. et un film qui a le mérite de s'intégrer lui-même; grâce à un effet spécial (Un matte, ce qui n'a d'ailleurs rien de spécial en cette fin du muet, tout le monde le fait. Vertov, lui s'amuse beaucoup avec pour nous montrer Kaufman qui marche littéralement sur la ville), il montre dans son film une séance de cinéma: on y projette Человек с киноаппаратом, de Dziga Vertov, autrement dit L'homme à la caméra. Et le film commence par la vision minutieuse de tout ce qu'est une salle de cinéma en 1929. Vertov ne peut échapper à l'auto-fascination pour son art et son pouvoir, pour le fameux 'ciné-oeil', du nom de son premier long métrage, un oeil qu'il nous présente en action du début à la fin, pour le montage aussi, car il nous montre une monteuse en action, et s'amuse à nous montrer des fragments non encore montés de son propre film. La mise en abyme absolue, donc, puisque elle intervient dans un film sans intrigue, la confection du film lui-même devient sa propre histoire. Et on sent la machine s'emballer dans des séquences de montage ultra-rapide, qui ont toujours cet effet fantastique de poussée d'adrénaline. C'est intensément satisfaisant et ça contribue à faire de ce film un film sur le cinéma, ou plutôt sur son exercice même.

Et ça, c'est rudement intéressant.

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Published by François Massarelli - dans Muet Russie 1929 **