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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 17:03

 

Les films sur la guerre de Sécession sont nombreux, et probablement tous une expression très forte et très complexe d'appartenance, non pas à un camp, les sudistes ou les nordistes, mais bien à la Nation américaine. Et celle-ci, certes perfectible, notamment dans l'utilisation qu'elle fait de sa toute-puissance à l'étranger et dans les efforts à faire en matière de justice sociale et d'intégration des défavorisés, reste quand même malgré tout une démocratie, construite sur un certain nombre de champs de batailles. Il serait faux d'imaginer que seule la guerre d'indépendance, appelée là-bas la Révolution Américaine, a permis l'éclosion de cette nation. Le choix à faire en 1860, entre les droits des états au mépris de l'union, et la sacro-sanctitude de l'unité nationale au détriment des particularismes régionaux, a déterminé une bonne fois pour toutes la naissance d'une vraie cohésion nationale, regroupée in fine autour d'un Lincoln qui est entré dans l'histoire non seulement comme un parieur intransigeant (Il fallait l'être pour oser aller contre l'esclavage, qui déterminait toute l'économie du Sud) mais surtout comme un rassembleur qui n'hésitait pas à aller jusqu'au bout, y compris si cela devait amener une guerre; et celle-ci fut, comme on le prédisait, sanglante.

C'est de cela que se rappellent, chacun à sa manière, des films aussi divers et importants que The Birth of a nation, le brulot raciste de David wark Griffith (1915), Gone with the wind, le fameux film de David Selznick, Victor Fleming, George Cukor et Sam Wood (1939), Glory (1989), de Edward Zwick, ou encore Ride with the devil. Ici, on a une vision moins habituelle des combats, vus sous l'angle de l'escarmouche, de la simili-résistance: le film s'attache à décrire les engagements de Bushwhackers, les partisans sudistes qui ne rejoignaient pas l'armée, plus à l'est, mais se lançaient dans des activités de quasi-terrorisme, en prenant les armes, selon l'esprit du deuxième amendement. Cette petite manie était rendue possible par la confusion qui régnait dans certains états, officiellement partisans de l'un ou l'autre camp, mais dans lequel les citoyens tendaient tout simplement à suivre leur coeur: ceux qu’on a nommés les ‘Border States’, soit le Missouri, le Kentucky, mais aussi le Kansas et le Texas se sont illustré de la sorte. 

 

 Ang Lee, réalisateur Taiwanais, a embrassé cette histoire à bras-le-corps, confiant à des jeunes acteurs de génie des rôles en or, de Tobey Maguire à Jonathan Rhys-Meyer en passant par Skeet Ulrich. Mais celui qu'on ne peut faire que remarquer, c'est bien sur Jeffrey Wright, qui incarne une contradiction ambulante: dans cette guerre ou le Sud cherche à protéger son système ouvertement raciste d'esclavagisme, il est Daniel Holt, un noir passé du coté de la confédération, et qui doit défendre non seulement ses idées sudistes avec ses frères d'arme, mais aussi se défendre contre l'agressivité raciste de ses propres compagnons. Il est souvent appelé "Nigger" par se propres amis, mais le film va montrer comment la camaraderie va aplanir les différences... ou pas. Il est rejoint dans son infortune par un autre "déplacé", le Sudiste né Allemand Jake Roedel (...mais appelé "Dutchy", en référence à "Deutsch"), soupçonné systématiquement d'appartenance aux idées du nord, en raison de son origine des immigrés Allemands de la Nouvelle-Angleterre, il est vrai rarement passés du coté du Sud dans le conflit. Sinon, le film conte aussi un parcours qui mène à la vie d'adulte pour Jake, et le fait dans un lyrisme épique qui rappelle le chant désespéré de The ice storm, et la beauté plastique de Tigre et dragon: Ride with the devil est un grand film, qu'il est temps de réhabiliter.

 

Son lyrisme s’exprime dans des paysages de sous-bois qui sont autant authentiques que peu exploités dans les films du genre, et la geste à la structure volontairement lâche, privée de véritable climax, traversée de poésie et d’une lente douceur, est une belle chevauchée. Quant au diable du titre, il a plusieurs incarnations. La tentation du chaos? Le personnage diabolique de Pitt (Rhys-Meyer) qui se révèle dans les combats et les meurtres qui lui permettent d’assumer son sadisme? le personnage historique de Quantrill, le jusqu’au-boutiste qui a mis son savoir-faire douteux de bandit au service de l’idéologie d’un Sud de plus en plus acculé par les avancées du Nord ? Ou tout simplement la période post-adolescente durant laquelle le jeune Jake doit faire son apprentissage d’être humain, avant de prendre femme (Dans des circonstances comiques qui tranchent avec le ton du film) ? A chacun de déterminer.

 

Quant à Ang Lee, dont certains s'étaient inquiétés du fait qu'il réalise avec The ice storm un film sur la Nouvelle-Angleterre des années 70, on imagine que les mauvaises langues ont du se délier de manière intense quand il a débarqué ensuite avec un western, qui plus est sur la fin de la Guerre de Sécession!! Mais comme d'habitude le metteur en scène s'est plu à prendre des points de vue différents, au risque bien entendu de trahir le genre (ce qui pour lui fait précisément partie du plaisir...), et  cette fois-ci choisi de s'attacher aux pas de Daniel Holt, un noir pris dans un conflit du côté des racistes, et Jacob Roedel, un immigré qui a du mal à se situer. Pas un hasard, sans doute...

 

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Published by François Massarelli - dans Ang Lee Western Criterion
24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 17:40

C'est avec ce film que Michael Powell a commencé à travailler avec Emeric Pressburger, et il faut bien le dire: même si de prime abord The spy in black semble être à nouveau un petit film censé faire bouillir la marmite en permettant au cinéma Britannique d'être représenté dans les salles, c'est plus, bien plus: au-delà de la collaboration enfin entamée avec celui qui deviendra bientôt son partenaire à jeu égal, Powell travaille avec la grande Valerie Hobson, et surtout avec Conrad Veidt, l'un de ses héros, l'un des fers de lance du cinéma Allemand qui l'a tant marqué... Et ça se voit! Et il est reconnu à sa juste valeur, après son excellent film avec Joe Rock (Edge of the world): il travaille désormais aux côtés d'Alexander Korda, véritable producteur de ce film, dans en être crédité. On l'aura compris, tout en étant doté à la fois des avantages et libertés, mais aussi des contraintes du cinéma de genre, The spy in black apporte la preuve que l'auteur Michael Powell en a bien fini avec ses "quota quickies" d'apprentissage... Il retourne en Ecosse où il a tourné son film précédent en 1937, et avec son nouveau complice, bouleverse les règles du film d'espionnage en jouant la carte du point de vue, dans une mise en scène innovatrice et élégante, constamment inventive.

 

1917: Le commandant Hardt (Conrad Veidt), commandant Allemand de sous-marin, se voit donner une mission. Il doit se rendre en Ecosse, et prendre contact avec une institutrice qui est en réalité une compatriote. Celle-ci, sous le nom de miss Burnett (Valerie Hobson), doit l'aider à observer la flotte Britannique, et en préparer la destruction, depuis une école située sur la côte. Tout ira bien, jusqu'au moment où l'espion découvrira que la femme qui l'accompagne n'est définitivement pas celle qu'il croit... D'autant qu'il en est clairement tombé amoureux.

 

Le film est surprenant, d'abord par la maturité de son ton, fait d'une subtile ironie, et pour la première partie d'un humour débridé... Qui vire malgré tout au drame à partir d'un certain point. Bien sur, ce qui frappe, dans ce film qui est supposé commencer en Allemagne, dans un hôtel réquisitionné où toute une faune se presse, jouée par des interprètes Britanniques (On y reconnait Bernard Miles), c'est la façon dont Pressburger et Powell adoptent le point de vue des Allemands, sans se livrer à la caricature. Cela restera ainsi, jusqu'à la moitié du film, lorsqu'un plan-séquence d'une grande force fait pivoter sérieusement la sympathie du spectateur, qui jusqu'à présent suivait les aventures d'un espion allemand en territoire Britannique: à la fin du film, Veidt qui soupçonne quelque chose de louche s'est transformé en une menace pour l'héroïne jouée par Valerie Hobson. Désormais, le film revient dans le giron de l'Angleterre... Pourtant les deux auteurs n'auront jamais de mal, ni de scrupules, à adopter ainsi le 'point de vue de l'ennemi', ce qui fera souvent la singularité de leur cinéma.

 

Les conversations à double sens entre Valerie Hobson et Conrad Veidt, l'un et l'autre foncièrement humains et sympathiques, nous ont presque préparés à l'idée qu'à la fin, l'espion va convoler avec l'espionne... Mais la réalité est toute autre: bien sûr, la propagande, à laquelle Powell s'appliquera avec une forte originalité durant toutes les années de guerre, pointe déjà le bout de son nez, et avec Conrad Veidt (Qui vient de fuir l'Allemagne nazie) à la barre, il ne pouvait en être autrement. N'empêche! La belle énergie, le suspense maîtrisé, les jeux de point de vue, l'excellence de la prise de vue et de l'éclairage, tout concourt à faire du film une réussite qui va bien au-delà d'une simple distraction, et dont le final, dans lequel "miss Burnett" montre bien ses sentiments dans une belle scène poignante et inattendue, tutoie la grandeur que les 'Archers' atteindront avec I know where I'm going, notamment.

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell
22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 17:35

Ce film s’inscrit dans le cadre des efforts notables d’Alexandre Korda pour rétablir la réputation du cinéma Britannique au niveau international, d’où la présence aux côtés de Robert Donat de Marlene Dietrich. Le fait de confier la réalisation de ce film à Feyder montre bien dans ces circonstances la position qui est devenu la sienne après les succès du Grand Jeu et surtout de La kermesse héroïque, rebaptisé en Grande-Bretagne Carnival in Flanders. Le metteur en scène n’est pas venu seul, accompagné de son fidèle décorateur Lazare Meerson, et d’Harry Stradling qui avait déjà pris en charge la photo de son dernier film, avec le résultat que l’on sait. A noter que le jeune Jack Cardiff était l’opérateur du film De son côté, Miklos Rosza signe ici son premier travail crédité pour le cinéma.

 

Le film est une suite ininterrompue d’aventures, un film romanesque et romantique, qui amène deux êtres que tout oppose à cohabiter et à tomber amoureux l’un de l’autre : En Russie, un jeune Anglais désargenté est invité par son pays à infiltrer les mouvements révolutionnaires sous le nom de Peter Ouranov (Robert Donat). Il ne tarde pas à être arrêté avec les vrais révolutionnaire, et déporté en Sibérie. Une fois la révolution accomplie, il revient et est propulsé par Axelstein (Basil Gill), un codétenu, au rang de commissaire. Axelstein, qui souhaite garder la révolution aussi décente que possible, envoie son ami Ouranov pour aider la comtesse Alexandra Vladinoff (Marlene Dietrich) à échapper au peloton… Il le fait, et c’est ainsi qu’une fuite pleine de mésaventures commence pour les deux jeunes gens, qui ne tarderont pas à tomber amoureux l’un de l’autre, et ne seront chez eux nulle part, ni avec les « rouges », ni avec les « blancs »…

 

 Alexandra a une vie toute tracée, mais une certaine lueur romanesque nous fait dire que si son parcours écrit d’avance s’était réalisé sans heurts, c'est-à-dire si la révolution n’avait pas eu lieu, elle y aurait probablement perdu : il est quasiment officiel que l’homme auquel on la destine est un imbécile, et ses rares apparitions ne nous disent pas autre chose. Relativement attachée à sa position et ses privilèges, Alexandra n’est pourtant pas une pimbêche pour autant, et sait s’adapter aux circonstances rocambolesques de son « évasion ». Elle permet aussi au spectateur de passer d’un point de vue prorévolutionnaire (On a suivi Peter jusqu’en Sibérie) à son contraire, à travers une superbe scène : la comtesse se réveille seule dans son manoir, et sort, toujours dans la solitude, jusqu’à ce qu’une troupe révolutionnaire intervienne. Face aux révoltés, elle est seule, en chemise de nuit d’une blancheur presqu’irréelle. De son côté Peter interprété par robert Donat rejoint Richard Hannay dans The 39 steps d’Hitchcock, interprété par Donat lui aussi : c’est un personnage qui semble venu de nulle part, un passeur de l’intrigue jusqu’à sa rencontre avec Alexandra. Mais il est malgré tout ballotté par les évènements, et son rôle actif consiste surtout à profiter des opportunités qui se présentent. Avant longtemps, les deux héros se sont écartés de toute idéologie, et n’ont pour seul désir que de fuir la Russie. Un refus de s’impliquer politiquement qui est aussi sans doute la meilleure des prudences afin de permettre au film une carrière internationale sans heurts…

 

Par bien des aspects, le personnage de Peter rejoint le héros de Carmen, et ceux de L’atlantide, et Le grand jeu; il a abandonné sa vie d’avant, représentée par une séquence au début du film, qui voit d’ailleurs à leur insu les deux principaux protagonistes se croiser : tous deux sont à Ascot, mais n’ont évidemment pas les mêmes cercles. Alexandra est en villégiature avec son père, et Peter est venu parier une somme ridicule… Un trait d’humour, qui met en évidence leurs différences, mais aussi qui justifie pleinement le fait que jusqu’à leur vraie rencontre, le film passe d’un monde à l’autre, d’un personnage à l’autre… La fuite en avant de Peter passe par des doutes et des hésitations qui sont vite balayés : le personnage n’a rien, donc rien à perdre en acceptant l’étrange poste d’espion qui lui est proposé. Ce sera d’ailleurs très court, puisqu’une fois arrêté, il cesse de prétendre et adopte semble-t-il le point de vue de ses codétenus. Il existe enfin ! Il a trouvé son Atlantide, et cela va être encore plus évident lorsqu’il trouvera l’aventure aux côtés d’Alexandra. Une jolie scène (Un peu excessivement marquée par une joie qui sonne un peu faux, à mon sens) est située dans le dernier tiers du film, alors que les deux héros qui ont échappé à un énième danger, et en ont profité pour faire l’amour, ou toute autre chose qu’on puisse faire à deux, allongés sur le sol, au cours d’une ellipse : Alexandra se baigne dans une rivière, alors que Peter est parti chercher des vêtements et de la nourriture. A son retour, ils sont tous deux aux anges : cette aventure les ravit !

 

Pourtant, bien que très soigné, le film n’est pas très représentatif du travail de Feyder, et n’est pas très personnel. Pour commencer, on imagine le metteur en scène frustré de ne pouvoir filmer dans une Russie qui ne soit pas recréée par Meerson! Cette production Korda est très distrayante, et c’est probablement dans l’esprit du metteur en scène une façon pour lui de s’imposer à l’extérieur des frontières de son pays d’adoption, et de participer à la création d’un cinéma Européen, voire international. Il est intéressant de constater toutefois que le final du film fait reposer une grande part du salut des héros sur la présence de la Croix Rouge Américaine, ce qui n’est certainement pas un hasard! Quant à la vedette Américaine du film, elle n’est sans doute pas d’une extrême crédibilité en tant que comtesse Russe Blanche, mais elle tient son rôle avec énergie, et a la réputation d’avoir tenu tête à Korda qui souhaitait réduire le rôle de Donat, empêché de passer du temps sur le plateau pour cause d’Asthme envahissant. C’est Marlene qui a suggéré le fait de tourner d’abord les scènes qui l’impliquaient sans Donat afin de laisser le temps à ce dernier de se remettre. Une élégance qui à mes yeux rend incompréhensible le jugement dur et peu justifié de Victor Bachy dans sa monographie de Feyder, qui estime que ce film « pâtit de la présence envahissante de Marlene ».

 

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Published by François Massarelli - dans Jacques Feyder
20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 17:28

Un village en Nouvelle Angleterre, à une époque indéfinie... Comme on connait Shyamalan, on est sur qu'il s'agit d'un petit coin de Pennsylvanie, l'un des berceaux de la nation Américaine, et l'état dans lequel il a toujours vécu... Une communauté vit en autarcie, rassemblée par la peur de l'extérieur. Et justement, ils ont de quoi avoir peur: ils sont voisins d'une communauté de bêtes sauvages et effrayantes, qu'ils appellent "Ceux dont on ne doit pas parler". Les "anciens", soit les adultes, ont réssi jusqu'à présent, depuis les quelques vingt ans que la communauté s'est créée, à vivre en relative paix avec leurs inquiétants voisins auxquels on donne paroifs un tribut en viande. Mais depuis quelque temps, on retrouve des animaux domestiques morts, dépecés sans avoir été consommés... Parmi les jeunes du village, on s'intéresse à trois personnages différents: pas aussi timoré que ses congénères, Lucius (Joaquin Phoenix) se montre d'une rare maturité; aveugle de naissance, Ivy (Bryce Dallas Howard) a su développer d'autres facultés, et saura étonner tout le village par sa bravoure... Enfin, l'incontrôlable Noah (Adren Brody) est leur camarade, un gentil demeuré que seule Ivy semble pouvoir vraiment calmer... Mais la peur, puis le crime, vont s'intaller dans le village....

The village est l'un des films menteurs de Shyamalan; on aime ou pas ce principe, fondamentalement commercial, et qui a déjà permis la création de purs chefs d'oeuvre: Psycho, d'Hitchcock, qui ment jusqu'à la fin, voire Twelve monkeys de Gilliam qui ment jusqu'après le visionnage. Ces films, comme Les Diaboliques, de Clouzot, ne sont pas qu'une énigme, heureusement, ils sont aussi une construction qui justifie souvent une deuxième vision, voire, comme c'est le cas pour les Hitchcock, Clouzot, ou pour The Others de Amenabar, des dizaines de visions... Le mensonge est inscrit dans de nombreux films de l'auteur de The sixth sense, qui pratique (Avec insistance)la rétention d'information de manière à laisser le spectateur se poser les bonnes questions: comment Bruce Willis parviendra-t-il à aider le jeune garçon dans The Sixth sense? Le prêtre de Signs retrouvera-t-il la foi? Ici, la construction est intéressante, avec une première partie qui prend fin, comme souvent, avec l'une des portions de l'énigme qui est révélée au spectateur en même temps qu'à un des personnages, quoique celle-ci, Bryce dallas Howard, garde la priorité sur nous, grâce à une ellipse opportune.

 

Mais le film est irritant sur un certain nombre de points: d'une part, une large part de son intrigue est basée sur l'idée que le monde est devenu un lieu d'insécurité, et que seule la fuite à l'écart peut sauver l'homme. je ne suis pas sur que cet appel de Shyamalan à faire l'autruche soit entièrement une volonté idéologique consciente, plus qu'un gimmick qui lui permette de jouer avec le spectateur; mais en ces temps de retour à des valeurs féodales de xénophobie et de réflexe sécuritaire (Ce qui aux Etats-Unis a conduit à des excès bien connus dans la décennie durant laquelle le film a été tourné), c'est plus qu'irresponsable: c'est moralement douteux. De plus, le film est principalement un jeu de l'esprit, et cette manie de ne pas livrer toutes ses cartes dès le départ confine ici à l'escroquerie pure et simple... Le film est pourtant sauvé par la mise en scène des peurs et des psychoses, inhérentes à une partie, une partie seulement, des points de vues exposés. Il est sauvé aussi par l'interprétation exceptionnelle de Joaquin Phoenix, William Hurt, Adrien Brody, Brendan Gleeson, Sigourney Weaver... je suis sur d'en oublier, mais j'ai colontairement laissé à l'écart de cette liste Bryce Dallas Howard, qui justifie par son interprétation d'une jeune aveugle le visionnage du film! Le film est sauvé aussi par la photo sublime de Roger Deakins. La façon dont ce dernier donne vie à la très particulière idée de Shyamalan de crééer ce village perdu à l'écart de tout (Mais vraiment de tout...), et dont il donne corps aux jeux de couleurs de l'auteur (Comme toujours, Shyamalan donne un rôle crucial au rouge vif, isolé dans une palette de tons pastels) font qu'on retournera toujours vers ce film. Même si, là encore, on se fait avoir jusqu'au trognon.

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Published by François Massarelli - dans le coin du bizarre
16 août 2013 5 16 /08 /août /2013 18:55

Douze ans après, on peut enfin savourer ce film en dehors d'un contexte qui en faussait la portée: on était en 2000, après la folie de The Sixth sense, et Shyamalan aurait pu consacrer un film à l'histoire du pétomane qu'il aurait eu le feu vert de Touchstone sans aucunes difficultés, à plus forte raison s'il reformait son association avec Bruce willis. Et pourtant ce film a été finalement assez mal reçu par le public, ce qui laisse à penser que les miracles n'ont lieu qu'une fois. Pire, la réputation du metteur en scène, réduit à une caricature d'électron libre ambitieux (Ce qu'il est assurément), de sous-Spielberg (Ce qu'il est aussi, lui qui ambitionnait clairement de remplacer le maître et Hitchcock à lui tout seul dans l'imaginaire collectif), aux antipodes du petit génie de la narration qui avait surpris tout le monde avec son conte de fantômes décalé en 1999... Ce qu'il était malgré tout, et est même resté au moins jusqu'à Happenings en 2008, mais dans l'indifférence générale, cette fois. C'était immérité.

 

Donc, le bien nommé Unbreakable est à nouveau une histoire à tiroirs, avec révélations en cascade, et je vais d'entrée violer un tabou: je vais révéler ce que n'importe qui peut trouver sur internet sur le film en farfouillant ne serait-ce que sur Google. Bruce Wilis y interprète un super-héros qui n'a pas encore admis ses spuer-pouvoirs, ni sa super-mission, et se trouve en attendant être un super-loser: imaginez Clark Kent qui n'aurait jamais eu la révélation de sa différence... il ne serait même pas balayeur du Daily Planet. Eh bien David Dunn (Willis) est un vigile dans un stade à Philadelphia (la ville de Shyamalan), qui vit encore avec son épouse et son fils, mais a priori pas pour longtemps, puisqu'il recherche un travail ailleurs. Et que dans la première séquence du film, il est assis dans un train, et regarde avec un certain intérêt la jolie fille qui s'assied à ses côtés, ce qui le pousse, en douce à retirer son alliance. C'est clair, David Dunn n'est pas heureux. De son côté, Elijah Price (Samuel Jackson) est atteint d'une maladie qui le rend très fragile; il a des os facilement cassables, et a réussi à vivre une vie à peu près normale en découvrant à l'instigation de sa mère la bande dessinée, un monde fascinant dont il est devenu un passionné et un spécialiste. Il tient une galerie spécialisée à Philadelphie. Lorsque le train qui ramène David à Philadelphie déraille, tuant tous les passagers sauf le héros, Elijah prend contact avec lui et essaie d'en savoir plus sur sa vie, car il est persuadé que seul un être 'incassable' doté de super-pouvoirs aurait pu survivre à un tel accident. David commence à laisser l'idée faire du chemain en lui, en même temps qu'il reprend peu à peu sa vie maritale...

 

Construit sur un rythme très lent, le film nous amène tranquillement à l'inévitable scène de naissance du super-héros, ce qui va se faire de façon magistrale: il pleut, et David Dunn porte une pèlerine, qui va partiellement cacher son visage, et agir dans l'inconscient des spectateurs (Les témoins de la scène à l'intérieur de l'intrigue, mais aussi nous autres spectateurs du film) en guise de "cape de Superman", en quelque sorte. Il a choisi son intervention, en s'attaquant au crime le plus sordide, et il va devoir faire face à un homme décidé à se défendre. Il va aussi devoir affronter l'eau, sa pire ennemie, sa Kryptonite en quelque sorte: le bandit contre lequel il se bat, qui a séquestré iune famille, l'envoie dans la piscine. Il panique, mais est sauvé de la noyade par les enfants qu'il a libérés: cette renaissance en milieu liquide est celle du héros en lui. La scène suivant va la prolonger, sous le signe du regard d'un autre, puisqu'elle nous montre David rentré chez lui qui prend sa femme Audrey dans les bras, pour la ramener dans sa chambre à lui; toute la scène est cadrée sur le visage d'Audrey (Robin Wright Penn) qui regarde son mari, tombant sans doute de nouveau amoureuse de lui...

Franchement, le film est une réussite unique, un film qui garde une légère ironie tout en laissant l'histoire se dérouler au premier degré, avec ce talent qu'a Shyamalan pour aller au bout d'une violation de l'immontrable: un truc qu'il a d'ailleurs piqué à Spielberg et HItchcock, c'est vrai, mais pour lequel il est doué. C'est sa façon à lui de prendre le spectateur en main et de l'amener à voir quelque chose d'impossible, ou de trop tabou: un requin qui mange un homme (Jaws), un homme qui a des difficultés à en tuer un autre (Torn Curtain), un fantôme répugnant qui se montre à un enfant (The Sixth Sense) ou un homme qui réalise lentement qu'il est un super-héros, au milieu d'une foule dont il peut ressentir tous les travers ou tendances criminelles. Et il nous plonge au coeur du mythe des super-héros, faisant en réalité le portrait d'un autre homme, Elijah, le reclus, qui va tout faire pour accompagner la réalisation par David de son statut. Il retourne un peu dans les pas de son film précédent, The Sixth Sense, où il montrait avec génie un enfant 'différent', et qui souffrait de manière spectaculaire de son orginalité. C'est aussi le cas d'Elijah Price; Mais au fait, Pourquoi cet homme qui a réussi mais est solitaire, cassant, conscient de sa supériorité intellectuelle, et assez clairement sociopathe, aiderait cette grande brute un peu lente de David Dunn? Réponse dans le film, bien sur.

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Published by Françoise Massarelli - dans Le coin du bizarre
15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 10:23

A boom, dans les Flandres, en 1616. On apprend que l’occupant Espagnol s’apprête à traverser le village, et les bourgeois s’inquiètent: ne vont-ils pas procéder à des massacres, des pillages, des viols en série comme ils en ont la réputation? Le bourgmestre (André Alerme) croit avoir trouvé la parade: il va se faire passer pour mort, fraîchement décédé, ce qui devrait calmer les ardeurs de l’envahisseur. Mais son épouse (Françoise Rosay) et les autres dames de notables ont une autre idée: celle d’accueillir avec bienveillance (Et plus si affinités) les espagnols, qui vont effectivement s’arrêter, et profiter de l’aubaine en festoyant, fraternisant, et bien plus… La ville se souviendra longtemps de cette occasion, à n’en pas douter.

Feyder ne faisait rien comme tout le monde. Pas même, semble-t-il, comme lui-même! Ce film, son plus connu, et l’un des rares à avoir une réputation internationale, est totalement éloigné des préoccupations habituelles de l’auteur de L’Atlantide, Carmen, ou Le grand jeu: pas ici de personnage lancé dans une fuite en avant mortelle, pas de noirceur et de destinée… Juste une farce, pour reprendre les propres mots du metteur en scène, qui avait envie avec son co-scénariste Charles Spaak d’une fantaisie historique, creusant son sillon avec une nouvelle fois, la troisième consécutive, la place de choix offerte à son épouse, qui revient après son rôle exceptionnel dans Pension Mimosas, en dame bourgmestre, qui prend le pouvoir avec panache derrière le dos de son mari. On pourra tout de même trouver ici des parallèles avec deux films muets de Feyder : d’une part, il y a derrière Françoise Rosay, comme un rappel de l’art de la manipulation subtile telle que Gribiche la pratiquait, en 1925; et le ton satirique n’est pas non plus éloigné de celui des Nouveaux Messieurs, l’ironie s’appliquant ici non sur la vie politique, mais plutôt sur le comportement des échevins, tous pleutres, et unis dans leur lâcheté derrière leur chef en petitesse, le bourgmestre. 

Si Jan Bruegel est l’un des personnages du film, (Il est l’amoureux de Siska, la fille du bourgmestre que ce dernier a promise au boucher), c’est que Feyder a souhaité souligner de multiples façons la principale influence picturale de son film, mis en images avec un soin rare dans le cinéma Français de l’époque par Harry Stradling: les citations des maîtres Flamands abondent, et le film voit ses personnages se réfugier dans plus d’une fête nocturne, permettant la reproduction des ambiances festives des tableaux qui l’inspirent. Mais on note que cette référence à la peinture passe uniquement par des aspects festifs, justement : là encore, il n’y aura pas de heurts ni d’intrigues: tous les personnages qui tentent de tromper, manœuvrer, contrer même les plans de madame la bourgmestre trouveront à qui parler: Delphin, interprétant le nain qui suit le duc Espagnol, ou encore les échevins qui tentent de reprendre le dessus voyant la situation leur échapper, ne parviendront pas à changer la donne: le passage des Espagnols sera sans douleur, juste un rêve. 

Et c’est là que l’histoire, de façon inattendue, s’en mêle: d’une part, le film a été produit avec des capitaux européens, dont Allemands (Il en existe même semble-t-il une version Allemande, comme pour le film Les gens du Voyage réalisé à Munich trois ans plus tard); ensuite, il dépeint une atmosphère d’angoisse liée à l’occupation qui ne se résout que grâce à une collaboration active de la part de la population féminine trop heureuse de l’aubaine. Le salace et l’ironie déboucheront inévitablement, pas tout de suite, mais a posteriori au regard de la position importante du film dans les années 30, sur des accusations de mauvais goût et d’apologie de la collaboration… Pourtant ce que Feyder voulait, c’était prendre du bon temps, et montrer les femmes prendre le pouvoir, lui qui s’était amusé en 1928 à montrer l’assemblée Nationale occupée par des ballerines! Si Goebbels a souvent été cité comme ayant particulièrement apprécié le film, il n’en reste pas moins que celui-ci sera interdit durant la guerre, sur recommandation des autorités d’occupation justement. Pour une fois, on peut citer Sadoul, lui-même communiste et résistant, qui a toujours défendu le film de Feyder qu'il trouvait purement magnifique.

Halte bienvenue dans le parcours de Feyder, La kermesse héroïque a été un succès certain, gagnant même des prix en France et en Europe. C’est justice, le film étant un parfait équilibre entre l’ironie, le mauvais goût calculé (Et magnifiquement enluminé et costumé ce qui ne gâche rien), la subtilité et le ton farceur invoqué. Et c’est un bien beau film, dans lequel on peut savourer encore et toujours le métier de Françoise Rosay, confrontée cette fois à Louis Jouvet, menant une étrange fable au féminisme, disons, terrien.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Jacques Feyder
15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 09:18

Ce petit film est la première production de Powell pour la Gaumont British, et si il est évident qu'il s'agit d'un petit film, produit sur un budget limité, le métier de Powell est déjà là, et de façon étonnante, il se dessine un parallèle avec un autre jeune metteur en scène, qui faisait lui aussi ses débuts à la Gaumont  British au même moment (Et avec le même acteur que la vedette de ce film, Leslie Banks) avec The man who knew too much. The fire raisers est un film de genre, qui permet en effet à Michael Powell de jouer de ruptures de ton assez intéressantes, et de développer un jeu sur le point de vue, le suspense, et le montage qui font du film une petite affaire fort efficace...

 

James Bronton (Leslie Banks) est un agent d'assurance qui manque à la fois de clientèle et de scrupules... il n'h"ésite pas à se rendre sur les lieux d'incendie, et à y trouver des documents compromettants qui s'avèreront parfois intéressants en cas de manipulations à l'assurance. Il peut ensuite faire chanter les industriels indélicats qui ont provoqué eu-mêmes des incendies pour détruire ces documents. Mais il va monter un cran au-dessus, en s'associant avec des incendiaires, menés par l'indutriel Stredding (Francis L. Sullivan) et sa bande... Va-t-il y perdre définitivement son âme, ou en profiter pour se racheter? C'est ce que va révéler l'investigation de Twist (Lawrence Anderson), un détective qui travaille pour la compagnie Lloyd's.

 

L'histoire n'est pas des plus claires, et l'intrigue du film se situant uniquement dans le cadre de ces histoires d'assurance, ça ne le rend pas toujours plus explicite. Pourtant, peu importe: tout ici est jeu de point de vue, d'attachement et de morale. Le bureau de Bronton est le principal théâtre de l'action. Les personnages s'y succèdent, d'autres y sont en permanence: En particulier la secrétaire, Helen, interprétée par Carol Goodner, qui offre une intéressante perspective: elle travaille pour Bronton, mais ne trempe pas dans ses activités douteuses. Par contre, elle est amoureuse de lui, sans jamais le lui avoir dit. Twist, le détective, y vient faire la conversation avec Helen; Bates, un espion de Twist, travaille pour Bronton. Les industriels se suivent et ne se ressemblent pas dans le bureau de Bronton... Pour l'essentiel, on a le point de vue de Bronton, un héros paradoxal puisque ce'est un petit escroc, fort bien interprété par leslie banks qui n'a pas oublié son humour au vestiaire; on a aussi celui de Arden Brent, l'épouse de Bronton, qui apprend tardivement la vérité sur son époux; au moment de rencontrer Stredding, on s'attend comme Bronton à ce que celui-ci ne soit qu'un homme d'affaires malléable dont l'agent d'assurance ne fera qu'une bouchée, mais une scène durant laquelle Powell transfère le point de vue vers Stredding nous prouve le contraire: il remarque en quelques coups d'oeil que sa conversation va être enregistrée, et réussit à manoeuvrer pour empêcher cela...

 

Le final du film, qui voit Stredding tendre un piège à Twist et Bronton, fait grand usiage du montage, et d'un rythme de thriller parfaitement agencé. Il implique des maquettes, et des effets qui permettent à Bronton de se retrouver coincé dans un immeuble en flammes... Lexcitation qui s'endégage n'est pas, une nouvelle fois, sans rappeler les batailles de rues qui font le sel de la fin de The man who knew too much. Mais s'il faut replacer chacun des deux metteurs en scène dans son univers, disons que la façon dont Powell fait feu de tout bois, son refus de vraiment choisir un point de vue, d'une part, et la manière dont Hitchcock construit son film d'une façon rigoureuse, impliquant le suspense dès le départ, font la différence... Ce film, d'ailleurs, n'a pas la dimension ni l'importance historique de son homologue Hitchcockien, tourné il est vrai avec beaucoup plus de moyens... Et ce qui fait principalement le prix de ce film, ce sont les moments où Powell s'ingénie à sortir de son histoire, montrant notamment les sentimenst des deux femmes qui sont amoureuses du même homme. A ce titre, le final du film offre un parfum d'absolu, de passion, inattendu et qu'on retrouvera dans dbien des films du réalisateur.

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell
13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 09:54

New York, 1964... Les Etats-Unis, pour la première fois, accueillent les quatre membres d'un groupe musical Anglais qui a fait succomber toute, ou presque, la jeunesse du pays. Et justement, dans le New Jersey, un groupe de six adolescents se prépare à rouler vers New York, sous l'impulsion de Pam (Theresa Saldana): celle-ci a en effet l'intention de s'introduire dans l'hôtel fréquenté par les quatre musiciens, afin de prendre des photos et devenir journaliste grâce à son scoop. Autour d'elle, on retrouve Larry (Marc McClure), un fils d'entrepreneur des pompes funèbres qui fournit l'indispensable limousine qui permettra d'accomplir le plan, et qui en pince sérieusement pour Pam; Rosie (Wendy Jo Sperber), qui souhaite tout simplement s'approcher de son idole Paul McCartney; Grace (Nancy Allen), une jeune femme bientôt mariée qui s'autorise une dernière folie; Janis (Susan Kendall Newman) quant à elle vient parce qu'elle désire aller protester contre la présence des Beatles, qu'elle considère comme une simple mode passagère, et Tony (Bobby Di Cicco) vient surtout parce qu'il souhaite séduire Janis, et lui aussi est particulièrement remonté contre les Beatles... Et bien sur, si les six jeunes vont s'approcher de très près des musiciens, tout ne va pas aller selon leurs désirs.

 

L'essentiel de l'intrigue tourne autour du fameux Ed Sullivan Show de février 1964, lorsque la Télévision Américaine a pour la première fois retransmis le virus de la Beatlemania. un jour symbolique puisque des millions d'Américains étaient ce jour devant leur poste, mais aussi parce que c'est d'une certaine manière le point de rencontre historique de l'American way of life et de la contre-culture telle que les Beatles, à leur façon bien particulière, pouvaient la véhiculer. Zemeckis, qui s'amusera une autre illustre fois à remettre ses pas dans l'Histoire, en la reconstituant à sa façon, avec Forrest Gump (1994), montre ici comment il peut manipuler la vérité (Les images ultra-connues de la prestation des Beatles) en y ajoutant non seulement ses personnages mais aussi toute une intrigue. Sinon, il prend un malin plaisir à démultiplier les points de vue à partir des plans de foule (Les fans qui campent devant l'hôtel des Beatles), de choses aussi anodines que le retour des quatre musiciens dans leur chambre (Vus de sous un lit par Grace qui a atterri par hasard dans leur chambre en essayant d'échapper à un vigile de l'hôtel); on pense d'ailleurs à Back to the future et la mission de Marty, qui doit s'assurer de faire en sorte que le passé se déroule dans le bon sens; c'est exactement ce que fait Zemeckis ici, qui rejoue la prestation des Beatles au Ed Sullivan Show, vue de loin et simultanément dans des écrans de contrôle qui passent la vidéo authentique, originale, de l'événement: l'effet est saisissant. Et comme Zemeckis est déjà une incontrôlable boule d'énergie délirante, le film défile à un tempo hystérique... A rapprocher de 1941, construit l'année suivante par Spielberg sur un mode similaire avec d'ailleurs certains acteurs de ce film; rappelons que les scénaristes de 1941 sont justement Bob Gale et Robert Zemeckis, les auteurs de ce film. Si tout n'est pas réussi, la belle énergie déployée par certains acteurs (Nancy Allen et Theresa Saldana en particulier), l'humour basé sur une observation minutieuse des comportements, et le ton gentiment bouffon de l'ensemble font de ce premier long métrage une belle réussite.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Robert Zemeckis
13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 09:29

David Barr (Leslie Banks) souhaite relancer l'industrie navale Britannique, pour faire reflotter le "pavillon rouge" de la marine Anglaise autour du monde. Mais son conseil d'administration s'oppose à ses plans, d'autant qu'il compte un peu trop sur un projet de loi établissant des quotas de construction pour faire repartir la machine. Lorsque la loi est rejetée, il n'hésite pas à se lancer quand même, quitte à mentir, contrefaire des papiers ou voler, parce qu'il sait que c'est le seul moyen de faire revivre son métier. Paradoxalement, ses manoeuvres et manipulations vont lui faire acquérir certains soutiens cruciaux, dont celui de la belle et riche June McKinnon (Carol Goodner), avec laquelle il va bientôt vivre le début d'une histoire d'amour.

Après une dizaine de films, Powell réalise avec Red Ensign une petite performance assimilable à la quadrature du cercle: dans le cadre des limites inévitables (temps, budget...) de la tâche de confectionner un film dans le but de fournir du métrage et faire vivre l'industrie cinématographique Britannique, il accomplit une allégorie de sa propre situation artistique, et malgré les clichés à la tonne qui alourdissent l'intrigue ravalée de ce drame aux allures de thriller galvaudé, il y expérimente avec le montage (Le but étant principalement de pallier à l'absence de moyens), et avec le point de vue, donnant une résonnance à certaines scènes qu'elles n'auraient jamais du avoir.

 

Il y a des défauts, donc, le principal étant le personnage principal interprété sans aucune pudeur ni subtilité par Leslie Banks à son plus histrionique; mais le film possède un enthousiasme, et va au bout de la route que le metteur en scène s'est fixé: montrer un personnage animé par la foi, au point de s'aliéner tous les gens raisonnables si c'est le seul moyen d'accomplir son but, voire son destin. Et comment ne pas voir une métaphore de Powell lui même au sein de l'industrie du spectacle, dans ce David Barr qui doit résoudre une équation apparemment simple, mais relavent du pire des cercles vicieux: l'industrie navale est en crise, et ce dont elle a besoin pour reprendre ses activités, c'est de faire la preuve de sa solidité, donc... de reprendre. Arrivé à son douzième long métrage en quatre ans, Michael Powell a clairement, quant à lui, fait ses preuves, et le film, aussi ridicule en soit l'intrigue, est habité: la façon dont le metteur en scène réussit à capter le lyrisme des hommes au travail en alternant prises de vues prudentes, stock-shots et vues documentaires est impressionnante, et sa capacité à passer au sein d'une même séquence d'un point de vue à l'autre, réussissant à éviter que ce morcellement débouche sur une diabolisation de tel ou tel personnage est là encore bluffante. ...Il est d'autant plus dommage d'avoir à subir d'éternels discours patriotiques durant les 65 minutes de ce petit film.

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell
5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 17:56

"It wasn't the airplanes, it was beauty killed the beast". En laissant la réplique si connue de Merian Cooper avoir le dernier mot, Peter Jackson rend paradoxalement raison à tous ceux qui pensent qu'on ne refera pas King Kong... Soyons juste: ce film part d'un postulat d'inutilité rare, le film de Merian Cooper et Ernest B. Shoedsack étant effectivement la "8e merveille" du monde, comme le nom de l'attraction conçue autour du grand singe par Carl Denham (Robert Armstrong dans le merveilleux et indispensable film de Cooper et Shoedsack, Jack Black dans la version de Jackson); mais voilà: devenu un monument souvent visité, ayant fait l'objet d'une armée de remakes et autres dérivatifs nippons, sans compter les innombrables parodies, le film fait partie de l'imaginaire collectif. Dès 1996, Jackson se déclarait prêt à en tourner une version personnelle, ce qui n'a abouti finalement qu'après un autre film, de douze heures celui-ci... Film sur lequel je pense qu'il n'y a absolument rien à dire.

Je pense qu'il faut considérer ce King Kong 2005 comme un commentaire de fan, une sorte de rêve de gosse: Peter Jackson a pu s'approcher de très près de son film préféré, a même rencontré sa star Fay Wray avant qu'elle décède (Et Naomi Watts a même eu à cette occasion sa bénédiction pour reprendre le rôle, excusez du peu). Il a même trouvé sur EBay un exemplaire du script signé de Edgar Wallace, qui est visible dans le film, et met constamment ses pieds dans les traces glorieuses de ses aînés: le film a beau durer le double de son modèle, tout y renvoie. Et tout ce qui n'est pas dans le film de 1933 en est une variation aussi respectueuse que possible, ou une extrapolation née d'un imaginaire maladif de sale gosse surdoué qui a tant côtoyé le film qu'il s'en est approprié l'univers: ainsi le peuple indigène de l'île est-il développé dans un sens logique qui tient compte de l'étrange physionomie des rochers: tous sont issus de peuplades différentes, aux couleurs dissemblables, probablement des gens qui se sont échoués, et leur apparent état primitif n'est pas qu'un renvoi à l'époque innocente des films d'aventures des années 30, c'est aussi explicable par le fait que ce peuple survit, après tout, sur une bande de terre très peu étendue, à l'ombre d'un gorille géant. Celui-ci est doté d'une famille dans le film: tous les cadavres de singes géants qui jonchent le sol tendraient à expliquer sa mélancolie: il est le dernier de sa lignée. Bien sûr, Jackson n'a pas évité les fautes de gout dans l'excès d'enthousiasme: sa séquence du 'spider pit', qui tente de recréer la fameuse scène perdue de King Kong (un vieux rêve du cinéaste, qui en a aussi fait un pastiche "à la manière de") est un catalogue navrant et lassant de créatures toutes plus immondes les uns que les autres. Mais de fait, on sent un enthousiasme juvénile dans cette réappropriation d'un mythe.

Au-delà du plaisir bluffant de recréer un monde en Nouvelle-Zélande (Dont un New-York enluminé d'une palette qui renvoie au technicolor deux bandes contemporain du premier film), Peter Jackson part de la même histoire, et la situe en la même année que la sortie de l'original, soit 1933. Si le développement le plus spectaculaire concerne la relation entre Kong le grand singe (Andy Serkis) et Ann Darrow (Naomi Watts), c'est aussi que le cinéaste a probablement voulu sortir des années 30, et de la litanie de hurlements auxquels Fay Wray, en véritable "damsel in distress" des années 30, était condamnée. Elle n'était qu'une anonyme qui souffrait de la faim dans le New York en crise; la Darrow de Naomi Watts est dotée d'un vrai métier, elle est actrice de vaudeville. C'est avec cet ingrédient qu'elle va apprendre à communiquer avec le grand singe, et établir un rapport... Et elle va, à New York, faire une apparition de star pour retrouver son imposant compagnon.

On notera par contre que si le thème de la masculinité si présent dans le film initial (Avec l'érection finale de son Empire state building) est repris et légèrement redéveloppé, voire souligné à travers les figures masculines présentes (Jack Driscoll, héros courageux, mais parfois inefficace, supplanté en compagnon d'Ann par Kong; Bruce Baxter, caricature lâche de mâle dominant), c'est malgré tout un autre thème qui l'emporte: on ne s'étonnera pas de retrouver en Jack Black un Carl Denham excessif, obsédé du cinéma, entouré d'un Jack Driscoll dramaturge, d'une Ann Darrow elle aussi du métier: ce film, l'oeuvre d'un passionné qui peut exceptionnellement manipuler les jouets dont il rêve depuis toujours, et qui a quasiment carte blanche après le succès phénoménal de sa trilogie, parle une fois de plus de l'importance de l'imaginaire, de l'art, de la création... du cinéma, enfin!! Donc il est inutile d'aller chercher plus loin: ce film dont on se serait si bien passé tant il ne s'imposait en rien, est une fois de plus une oeuvre personnelle d'un auteur parmi les plus attachants qui soient.

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Published by François Massarelli - dans Peter Jackson Groumf