
Les films sur la guerre de Sécession sont nombreux, et probablement tous une expression très forte et très complexe d'appartenance, non pas à un camp, les sudistes ou les nordistes, mais bien à la Nation américaine. Et celle-ci, certes perfectible, notamment dans l'utilisation qu'elle fait de sa toute-puissance à l'étranger et dans les efforts à faire en matière de justice sociale et d'intégration des défavorisés, reste quand même malgré tout une démocratie, construite sur un certain nombre de champs de batailles. Il serait faux d'imaginer que seule la guerre d'indépendance, appelée là-bas la Révolution Américaine, a permis l'éclosion de cette nation. Le choix à faire en 1860, entre les droits des états au mépris de l'union, et la sacro-sanctitude de l'unité nationale au détriment des particularismes régionaux, a déterminé une bonne fois pour toutes la naissance d'une vraie cohésion nationale, regroupée in fine autour d'un Lincoln qui est entré dans l'histoire non seulement comme un parieur intransigeant (Il fallait l'être pour oser aller contre l'esclavage, qui déterminait toute l'économie du Sud) mais surtout comme un rassembleur qui n'hésitait pas à aller jusqu'au bout, y compris si cela devait amener une guerre; et celle-ci fut, comme on le prédisait, sanglante.
C'est de cela que se rappellent, chacun à sa manière, des films aussi divers et importants que The Birth of a nation, le brulot raciste de David wark Griffith (1915), Gone with the wind, le fameux film de David Selznick, Victor Fleming, George Cukor et Sam Wood (1939), Glory (1989), de Edward Zwick, ou encore Ride with the devil. Ici, on a une vision moins habituelle des combats, vus sous l'angle de l'escarmouche, de la simili-résistance: le film s'attache à décrire les engagements de Bushwhackers, les partisans sudistes qui ne rejoignaient pas l'armée, plus à l'est, mais se lançaient dans des activités de quasi-terrorisme, en prenant les armes, selon l'esprit du deuxième amendement. Cette petite manie était rendue possible par la confusion qui régnait dans certains états, officiellement partisans de l'un ou l'autre camp, mais dans lequel les citoyens tendaient tout simplement à suivre leur coeur: ceux qu’on a nommés les ‘Border States’, soit le Missouri, le Kentucky, mais aussi le Kansas et le Texas se sont illustré de la sorte.
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Ang Lee, réalisateur Taiwanais, a embrassé cette histoire à bras-le-corps, confiant à des jeunes acteurs de génie des rôles en or, de Tobey Maguire à Jonathan Rhys-Meyer en passant par Skeet Ulrich. Mais celui qu'on ne peut faire que remarquer, c'est bien sur Jeffrey Wright, qui incarne une contradiction ambulante: dans cette guerre ou le Sud cherche à protéger son système ouvertement raciste d'esclavagisme, il est Daniel Holt, un noir passé du coté de la confédération, et qui doit défendre non seulement ses idées sudistes avec ses frères d'arme, mais aussi se défendre contre l'agressivité raciste de ses propres compagnons. Il est souvent appelé "Nigger" par se propres amis, mais le film va montrer comment la camaraderie va aplanir les différences... ou pas. Il est rejoint dans son infortune par un autre "déplacé", le Sudiste né Allemand Jake Roedel (...mais appelé "Dutchy", en référence à "Deutsch"), soupçonné systématiquement d'appartenance aux idées du nord, en raison de son origine des immigrés Allemands de la Nouvelle-Angleterre, il est vrai rarement passés du coté du Sud dans le conflit. Sinon, le film conte aussi un parcours qui mène à la vie d'adulte pour Jake, et le fait dans un lyrisme épique qui rappelle le chant désespéré de The ice storm, et la beauté plastique de Tigre et dragon: Ride with the devil est un grand film, qu'il est temps de réhabiliter.
Son lyrisme s’exprime dans des paysages de sous-bois qui sont autant authentiques que peu exploités dans les films du genre, et la geste à la structure volontairement lâche, privée de véritable climax, traversée de poésie et d’une lente douceur, est une belle chevauchée. Quant au diable du titre, il a plusieurs incarnations. La tentation du chaos? Le personnage diabolique de Pitt (Rhys-Meyer) qui se révèle dans les combats et les meurtres qui lui permettent d’assumer son sadisme? le personnage historique de Quantrill, le jusqu’au-boutiste qui a mis son savoir-faire douteux de bandit au service de l’idéologie d’un Sud de plus en plus acculé par les avancées du Nord ? Ou tout simplement la période post-adolescente durant laquelle le jeune Jake doit faire son apprentissage d’être humain, avant de prendre femme (Dans des circonstances comiques qui tranchent avec le ton du film) ? A chacun de déterminer.
Quant à Ang Lee, dont certains s'étaient inquiétés du fait qu'il réalise avec The ice storm un film sur la Nouvelle-Angleterre des années 70, on imagine que les mauvaises langues ont du se délier de manière intense quand il a débarqué ensuite avec un western, qui plus est sur la fin de la Guerre de Sécession!! Mais comme d'habitude le metteur en scène s'est plu à prendre des points de vue différents, au risque bien entendu de trahir le genre (ce qui pour lui fait précisément partie du plaisir...), et cette fois-ci choisi de s'attacher aux pas de Daniel Holt, un noir pris dans un conflit du côté des racistes, et Jacob Roedel, un immigré qui a du mal à se situer. Pas un hasard, sans doute...
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Par bien des aspects, le personnage de Peter rejoint le héros de Carmen, et ceux de L’atlantide, et Le grand jeu; il a abandonné sa vie d’avant, représentée par une séquence au début du film, qui voit d’ailleurs à leur insu les deux principaux protagonistes se croiser : tous deux sont à Ascot, mais n’ont évidemment pas les mêmes cercles. Alexandra est en villégiature avec son père, et Peter est venu parier une somme ridicule… Un trait d’humour, qui met en évidence leurs différences, mais aussi qui justifie pleinement le fait que jusqu’à leur vraie rencontre, le film passe d’un monde à l’autre, d’un personnage à l’autre… La fuite en avant de Peter passe par des doutes et des hésitations qui sont vite balayés : le personnage n’a rien, donc rien à perdre en acceptant l’étrange poste d’espion qui lui est proposé. Ce sera d’ailleurs très court, puisqu’une fois arrêté, il cesse de prétendre et adopte semble-t-il le point de vue de ses codétenus. Il existe enfin ! Il a trouvé son Atlantide, et cela va être encore plus évident lorsqu’il trouvera l’aventure aux côtés d’Alexandra. Une jolie scène (Un peu excessivement marquée par une joie qui sonne un peu faux, à mon sens) est située dans le dernier tiers du film, alors que les deux héros qui ont échappé à un énième danger, et en ont profité pour faire l’amour, ou toute autre chose qu’on puisse faire à deux, allongés sur le sol, au cours d’une ellipse : Alexandra se baigne dans une rivière, alors que Peter est parti chercher des vêtements et de la nourriture. A son retour, ils sont tous deux aux anges : cette aventure les ravit !
A boom, dans les Flandres, en 1616. On apprend que l’occupant Espagnol s’apprête à traverser le village, et les bourgeois s’inquiètent: ne vont-ils pas procéder à des massacres, des pillages, des viols en série comme ils en ont la réputation? Le bourgmestre (André Alerme) croit avoir trouvé la parade: il va se faire passer pour mort, fraîchement décédé, ce qui devrait calmer les ardeurs de l’envahisseur. Mais son épouse (Françoise Rosay) et les autres dames de notables ont une autre idée: celle d’accueillir avec bienveillance (Et plus si affinités) les espagnols, qui vont effectivement s’arrêter, et profiter de l’aubaine en festoyant, fraternisant, et bien plus… La ville se souviendra longtemps de cette occasion, à n’en pas douter.
Si Jan Bruegel est l’un des personnages du film, (Il est l’amoureux de Siska, la fille du bourgmestre que ce dernier a promise au boucher), c’est que Feyder a souhaité souligner de multiples façons la principale influence picturale de son film, mis en images avec un soin rare dans le cinéma Français de l’époque par Harry Stradling: les citations des maîtres Flamands abondent, et le film voit ses personnages se réfugier dans plus d’une fête nocturne, permettant la reproduction des ambiances festives des tableaux qui l’inspirent. Mais on note que cette référence à la peinture passe uniquement par des aspects festifs, justement : là encore, il n’y aura pas de heurts ni d’intrigues: tous les personnages qui tentent de tromper, manœuvrer, contrer même les plans de madame la bourgmestre trouveront à qui parler: Delphin, interprétant le nain qui suit le duc Espagnol, ou encore les échevins qui tentent de reprendre le dessus voyant la situation leur échapper, ne parviendront pas à changer la donne: le passage des Espagnols sera sans douleur, juste un rêve.
New York, 1964... Les Etats-Unis, pour la première fois, accueillent les quatre membres d'un groupe musical Anglais qui a fait succomber toute, ou presque, la jeunesse du pays. Et justement, dans le New Jersey, un groupe de six adolescents se prépare à rouler vers New York, sous l'impulsion de Pam (Theresa Saldana): celle-ci a en effet l'intention de s'introduire dans l'hôtel fréquenté par les quatre musiciens, afin de prendre des photos et devenir journaliste grâce à son scoop. Autour d'elle, on retrouve Larry (Marc McClure), un fils d'entrepreneur des pompes funèbres qui fournit l'indispensable limousine qui permettra d'accomplir le plan, et qui en pince sérieusement pour Pam; Rosie (Wendy Jo Sperber), qui souhaite tout simplement s'approcher de son idole Paul McCartney; Grace (Nancy Allen), une jeune femme bientôt mariée qui s'autorise une dernière folie; Janis (Susan Kendall Newman) quant à elle vient parce qu'elle désire aller protester contre la présence des Beatles, qu'elle considère comme une simple mode passagère, et Tony (Bobby Di Cicco) vient surtout parce qu'il souhaite séduire Janis, et lui aussi est particulièrement remonté contre les Beatles... Et bien sur, si les six jeunes vont s'approcher de très près des musiciens, tout ne va pas aller selon leurs désirs.
L'essentiel de l'intrigue tourne autour du fameux Ed Sullivan Show de février 1964, lorsque la Télévision Américaine a pour la première fois retransmis le virus de la Beatlemania. un jour symbolique puisque des millions d'Américains étaient ce jour devant leur poste, mais aussi parce que c'est d'une certaine manière le point de rencontre historique de l'American way of life et de la contre-culture telle que les Beatles, à leur façon bien particulière, pouvaient la véhiculer. Zemeckis, qui s'amusera une autre illustre fois à remettre ses pas dans l'Histoire, en la reconstituant à sa façon, avec Forrest Gump (1994), montre ici comment il peut manipuler la vérité (Les images ultra-connues de la prestation des Beatles) en y ajoutant non seulement ses personnages mais aussi toute une intrigue. Sinon, il prend un malin plaisir à démultiplier les points de vue à partir des plans de foule (Les fans qui campent devant l'hôtel des Beatles), de choses aussi anodines que le retour des quatre musiciens dans leur chambre (Vus de sous un lit par Grace qui a atterri par hasard dans leur chambre en essayant d'échapper à un vigile de l'hôtel); on pense d'ailleurs à Back to the future et la mission de Marty, qui doit s'assurer de faire en sorte que le passé se déroule dans le bon sens; c'est exactement ce que fait Zemeckis ici, qui rejoue la prestation des Beatles au Ed Sullivan Show, vue de loin et simultanément dans des écrans de contrôle qui passent la vidéo authentique, originale, de l'événement: l'effet est saisissant. Et comme Zemeckis est déjà une incontrôlable boule d'énergie délirante, le film défile à un tempo hystérique... A rapprocher de 1941, construit l'année suivante par Spielberg sur un mode similaire avec d'ailleurs certains acteurs de ce film; rappelons que les scénaristes de 1941 sont justement Bob Gale et Robert Zemeckis, les auteurs de ce film. Si tout n'est pas réussi, la belle énergie déployée par certains acteurs (Nancy Allen et Theresa Saldana en particulier), l'humour basé sur une observation minutieuse des comportements, et le ton gentiment bouffon de l'ensemble font de ce premier long métrage une belle réussite.
Il y
a des défauts, donc, le principal étant le personnage principal interprété sans aucune pudeur ni subtilité par Leslie Banks à son plus histrionique; mais le film possède un enthousiasme, et va au
bout de la route que le metteur en scène s'est fixé: montrer un personnage animé par la foi, au point de s'aliéner tous les gens raisonnables si c'est le seul moyen d'accomplir son but, voire son
destin. Et comment ne pas voir une métaphore de Powell lui même au sein de l'industrie du spectacle, dans ce David Barr qui doit résoudre une équation apparemment simple, mais relavent du pire
des cercles vicieux: l'industrie navale est en crise, et ce dont elle a besoin pour reprendre ses activités, c'est de faire la preuve de sa solidité, donc... de reprendre. Arrivé à son douzième
long métrage en quatre ans, Michael Powell a clairement, quant à lui, fait ses preuves, et le film, aussi ridicule en soit l'intrigue, est habité: la façon dont le metteur en scène réussit à
capter le lyrisme des hommes au travail en alternant prises de vues prudentes, stock-shots et vues documentaires est impressionnante, et sa capacité à passer au sein d'une même séquence d'un
point de vue à l'autre, réussissant à éviter que ce morcellement débouche sur une diabolisation de tel ou tel personnage est là encore bluffante. ...Il est d'autant plus dommage d'avoir à subir
d'éternels discours patriotiques durant les 65 minutes de ce petit film.

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