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8 février 2014 6 08 /02 /février /2014 09:33

Cette délicieuse comédie est à mettre dans la même catégorie que Her sister from Paris, réalisé par Franklin également sur un scénario de Hanns Kräly, avec là encore Constance Talmadge face à Ronald Colman.

Sortie un an plus tôt, cette comédie (Dont le titre est d'ailleurs forgé sur le même principe, on peut éventuellement parler de 'formule' au sens Hollywoodien du terme) nous montre une situation assez compliquée, avec l'arrivée d'un richissime Américain sur le sol Britannique, accompagné de sa fille dépressive. Celle-ci tend à se déguiser en laideron pour éviter d'attirer les prétendants qui en voudraient plus à son portefeuille qu'à sa personne, et elle rencontre par un hasard extraordinaire un lord désargenté, qui va instantanément tomber amoureux d'elle. Il s'appelle Menford, et il ne sait pas encore qu'il vient de croiser la chance de sa vie: un associé un brin véreux va en effet lui proposer de tenter sa chance pour être l'heureux élu et gagner le gros lot, moyennant un partage des richesses. Le problème, c'est qu'il va y avoir des complications à justifier de la sincérité de l'affection à partir du moment où le contrat qui lie Lord Menford avec son partenaire (Interprété par Jean Hersholt) sera mis sur la place publique...

Les quiproquos abondent, dans une construction savante qui favorise les délicieux moments de doute, de confusion, et les micro-machinations... Et puis soyons francs: Ronald Colman et son talent fou (En particulier lorsqu'il s'agit de jouer l'embarras, d'ailleurs) en compagnie de Constance Talmadge et son timing fabuleux, c'est une combinaison forcément gagnante! C'était la première des productions First National de Franklin avec Miss Talmadge, mais on ne va pas s'étonner qu'ils aient récidivé, tant ce film est réussi: dans la même famille que les productions de Lubitsch (Avec la complicité de Kräly, d'ailleurs) qui n'allaient pas tarder à se manifester. Avec moins d'invention en matière de raccourci génial, sans doute, mais Her night of romance est un film qui possède une sacrée classe. 

La star en titre s'en donne à coeur joie, depuis cette scène inaugurale où elle apparaît en indescriptible vieille fille (c'est-à-dire avec des lunettes, le code n°1 pour indiquer la mocheté à cette glorieuse époque) qui dissuade les photographes de passer du temps en leur compagnie, jusqu'à cette nuit au cours de laquelle suite à une avalanche de chassés croisés inracontable, elle se retrouve à partager la chambre d'un homme qui est forcé par les circonstances de se prétendre son mari, en passant par une scène osée au cours de laquelle elle demande à Colman, qu'elle croit médecin, d'écouter son coeur en posant délicatement sa tête sur son sein gauche... Mélange d'ingénuité désarmante et de friponnerie caractérisée, la scène n'est qu'un des nombreux prétextes réjouissants pour se précipiter sur ce film.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1924 Comédie Sidney Franklin Constance Talmadge *
3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 09:42

S'il est un exemple de western à la croisée des chemins, c'est bien ce film! A la fois l'un des premiers du genre en Cinemascope, dès 1954, western symbolique, remake d'un film noir de la Fox (House of strangers, de Mankiewicz, 1949) et vision en avance sur son temps, qui passe par la peinture dun mariage mixte entre un Irlandais (Spencer Tracy) et la fille dun chef Indien (Katy Jurado, appelée du début à la fin Senora parce que toute la bonne société feint de la prendre pour une Hispanique)... La barque est chargée, mais le film s'en sort bien, grâce à la structure en flash-back, forcément intrigante, l'écran large qui est totalement justifié pour un western, et l'interprétation dominée par Spencer Tracy et Richard Widmark. 

  http://fr.academic.ru/pictures/frwiki/83/Spencer_Tracy_katy_jurado_broken_lance3.jpg

Matt Devereaux (Tracy) est un ranchman influent. Veuf, il est venu s'installer dans l'ouest avec ses trois fils, et a rencontré une jeune Indienne dont il est tombé amoureux. Une fois marié, il a eu un quatrième fils, John (Robert Wagner), et la vie a continué dans la régsion, sous la domination évidente de la famille Devereaux. Mais l'avenir s'annonce sombre: la question de l'héritage se pose, entre trois garçons désobéissants, turbulents et revendicatifs menés par Ben, l'ainé (Richard Widmark), et le plus posé John, qui hérite de deux cultures mais aussi de l'attitude sacrificielle de sa mère. Lorsqu'une confrontation avec des mineurs locaux tourne mal, John est volontaire pour se rendre en prison à la place de son père, mais son absence va précipiter les choses, et le drame qui couve depuis tant d'années entre ben et Matt va éclater...

           http://3.bp.blogspot.com/-i55yp7eUvrs/TlFrFSGCrmI/AAAAAAAAFQA/O3NedqwVJGM/s1600/Broken%2BLance%2B4.jpg

La lance brisée est l'enjeu du film, ce combat symbolisé par une lance, plantée aux pieds de Ben par John lors de l'enterrement de leur père. Le conflit du film est essentiellement situé entre les deux frères... Du film noir original, on retient la présence toute-puissance, même au-delà de la mort, du patriarche incarné dans le film de Mankiewicz par Edward G. Robinson de façon bien caricaturale, en Italien autodidacte. Tracy est sans nul doute plus authentique en Irlandais! On retient aussi l'opposition entre trois frères magouilleurs d'un coté et le préféré du père de l'autre, qui va payer pour tout... Mais le film de Dmytryk apporte en plus une vraie réflexion sur la marche du progrès dans l'Ouest, représentée à travers le conflit entre les tennats d'une liberté absolue d'entreprendre, et les corporations qui polluent littéralement l'environnement, symbolisé par l'eau, fil rouge du film (C'est là que Matt a rencontré "Senora", c'est là que le conflit se résoudra). Mais matt sera aussi un homme de progrès; lui qui ose braver tous ses concitiyens en s'afichant avec son épouse inattendue... ce que les braves gens sauront le moment venu reprocher à John. La marche du temps ne s'arrêtera pas, et le film devient onirique en montrant de façon allusive l'esprit du vieux Matt hanter le désert sous la fomre d'un loup, un homme qui a trouvé dans l'au-delà la liberté absolue dont il rêvait de son vivant, et que la marche du temps va bientôt rendre impossible pour les Américains...

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Published by François Massarelli - dans Western
1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 17:20

Dès The spy in black, Powell a réalisé, à sa façon, des films de propagande, déguisé en films à suspense, en comédie, en épopées, ou en films inclassables à message (49th parallel, en particulier, ne ressemble qu'à bien peu d'autres films de guerre!) tout en participant à des projets moins personnels, selon les périodes, à la demande de Korda (The Lion has wings) ou de l'ensemble de l'industrie (The volunteer). Mais il me semble qu'avec A Canterbury tale, Powell et Pressburger font vraiment une oeuvre de propagande qui dépasse l'entendement! On sait, à voir ce film, qu'on est face à une histoire contemporaine, les indices ne manquent pas, de la présence d'uniformes, à la vision désolante des dégâts causés par les bombardements de 1942 sur le beau centre-ville de Canterbury, en passant par les allusions contemporaines au black-out. Mais tout le film semble se faire catapulter les époques, à l'image de l'introduction dans laquelle un faucon lancé au moyen-âge se transforme dans une préfiguration Kubrickienne en un avion de 1944 qui survole le Kent...

 

1944. Trois jeunes gens se rendent dans la région de Canterbury: Bob Johnson (John Sweet), un G.I., fait un peu de tourisme en attendant de reprendre le fil de la guerre; Peter Gibbs (Dennis Price), un soldat Anglais, rejoint son affectation dans le Sud Est, et Alison Smith (Sheila Sim) va commencer un travail dans une ferme de la région dans le cadre de l'effort partagé de guerre. Ils descendent par coïncidence tous trois dans une gare avant d'arriver à Canterbury, durant un black out. Un inconnu agresse la jeune femme, lui répandant de la colle sur les cheveux. Ce n'est pas le premier incident du genre, et durant les quelques jours qu'ils vont passer dans les environs, les trois vont s'efforcer de résoudre cet étrange mystère; ils font également la connaissance du magistrat local, un personnage à la fois attirant et froid, Thomas Colpeper (Eric Portman), qui est une autorité locale en matière de culture, d'histoire de la région, en même temps qu'un indécrottable misogyne... 

Dans un admirable noir et blanc après le Technicolor de Colonel Blimp (La photo, ici est de Erwin Hillier qui sera de retour l'année suivante sur I know where I'm going), Powell et Pressburger brouillent les pistes, et parlent de l'Angleterre de toujours, cette merveilleuse entité qui fait tranquillement face au nazisme. Le passé et le présent se confondent, dans les décors de chaque maison, les intérieurs de chaque hôtel (Tous filmés en studio, et construits avec cette intention de faire se télescoper les époques), mais aussi dans l'idée que Canterbury en 1944 est encore et toujours le même lieu qu'il faut voir, revoir, sentir et ressentir, comme Alison qui vient ici retrouver les sensations d'un amour disparu, comme Bob qui vient ici trouver quelque chose qu'il n'a pas à la maison, et Peter qui va à Canterbury accomplir sa destinée, devenant l'espace d'un service religieux organiste de Cathédrale au lieu de jouer comme il le fait dans le civil, dans un cinéma. Mais pas de religion trop facilement assimilée au message ici, les auteurs se gardent de tout prosélytisme, en assimilant les épiphanies des uns et des autres à quelque chose de plus fort encore mais d'essentiellement humain. Ils portent l'essentiel de leur charge contre le matérialisme, ce que chacun peut ensuite interpréter à sa guise. D'ailleurs, le retournement final qui voit Peter jouer de l'orgue dans une cathédrale transforme après tout celle-ci en cinéma, et permet à Powell d'affirmer la puissance spirituelle de son art... 

Comment s'étonner dans ce film, que la narration prenne son temps, et se laisse aller à des périodes de contemplation? D'autant que de nombreuses scènes permettent aux protagonistes de s'approcher de la Cathédrale qui restera malgré tout le but du voyage dans le film. L'enquête sur "l'homme à la glue" est vite résolue, et sert surtout à cimenter les trois personnages qui la mènent, ainsi que de cerner le rôle du magistrat, le plus étonnant des personnages du film, que Powell destinait à Roger Livesey Mais si l'extravagance du film a permis de détourner les spectateurs de l'époque du film, aujourd'hui son excentricité, son ton si Britannique, son sens du miracle profane en font un passage obligé de tout pèlerinage cinéphile chez Powell et Pressburger.

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell Criterion
25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 18:52

Il faut revoir ce film de Spike Lee aujourd'hui, plus que jamais, hélas. On avait tiré à boulets rouges sur l'initiative forcément louche d'un metteur en scène Afro-Américain, qu'on accusait de travestir la vérité à l'avantage de sa communauté en faisant de Malcolm Little dit X ce qu'il n'était pas supposé être, soit un martyr. On criait au communautarisme, à la déviance... L'impression étant que seul un homme centriste ou consensuel (King?) puisse sortir du lot de la communauté noire Américaine et être enfin considéré comme un personnage historique dont l'héritage soit incontestable... X était humain, nécessaire: A l'histoire, à l'humanité autant qu'à l'Amérique et aux noirs eux-mêmes. Il gênait parce qu'il embarrassait la mauvaise conscience d'une population blanche fautive, qui a laissé faire des siècles durant; une mauvaise conscience mal polie de l'Amérique, à laquelle on a reproché des provocations et des franchissements peu souhaitables de limites (Sa réaction à l'assassinat de Kennedy est un exemple dans le film), mais qui est montré ici comme un homme imparfait, dans un cheminement erratique mais constamment sincère. Et Lee, qui n'est pas lui-même un musulman, nous montre Malcolm X passer de la drogue et la délinquance à un Islam "arrangé" (La nation de L'islam, un groupe très controversé) à la sauce Américaine, militant de façon talentueuse et mordante pour une Amérique noire, ou un retour à l'Afrique, avant de trouver en un pèlerinage à La Mecque une nouvelle dimension spirituelle à ses croyances, devenant du même coup un vrai Musulman: tolérant, ouvert, aspirant à la paix et la fraternité, pas à l'expression désordonnée de la colère... Qu'il ait été de plus en plus attiré par une réunion de toutes les factions qui militaient pour la cause des noirs au moment de sa mort n'est en aucun cas un mystère. Que mandela soit vu à la fin du film enseignant à des élèves de primaire l'héritage de Malcolm X fait d'autant plus réfléchir maintenant que le grand leader (Incontesté, celui-là) Sud-Africain est décédé... Une bonne fois pour toutes, on saluera la prestation exceptionnelle, habitée de Denzel Washington...

 

Le film fleuve de Lee, son meilleur film haut la main, est passionnant par se sparti-pris et son impeccable cohérence narrative: il laisse la mise en scène épouser la vie de Malcolm au fur et à mesure, de plus en plus austère à mesure qu'on se rapproche de la fin. Il filme avec tendresse le Harlem des années 40, bigarré, mal poli, avec ses Zoot Suits, ses jeunes noirs qui se font défriser les cheveux, et la devanture des clubs ou passent Jimmie Lunceford, Dizzy Gillespie et Sarah Vaughan. Il convoque la Far east Suite de Duke Ellington lors des séquences consacrées aux voyage de Malcolm X en Afrique du nord puis à la mecque, Alabama de Coltrane pour les évocations des répressions musclées à la maison, et s'essaie à une représentation (Peu convaincante) du big band de Lionel hampton; enfin, Terence Blanchard accompagne de son score impeccable le souffle épique du film, qui nous montre finalement un héros Américain, un homme qui a su trouver son intelligence dans la dialectique, en étant jusqu'à la fin le poil à gratter de l'Amérique, celle qui vous met la tête dans le seau pour nous obliger à sentir les trucs pas propres qui y sont restés: bref, Malcolm X était vraiment, lui, ce que les provocateurs de tout poil qui tentent de se faire passer pour des agitateurs nécessaires ne seront jamais: un homme indispensable à son temps. Pas un homme parfait, non, mais un homme dont le chemin parcouru méritait bien ce film étonnant et qui ne ressemble à aucun autre biopic...

 

Et pour finir si ce film est indispensable aujourd'hui c'est bien sur parce que d'une part on n'a pas encore compris dans les pays occidentaux ce que l'Islam est vraiment: le film nous le montre dans ce fameux Pèlerinage... Spike Lee a beau ne pas être Musulman, il ne confond jamais les extrémistes, les terroristes d'une part, et les coyants d'autre part... Et puis, ce film commémoratif venait en un moment qu'on supposait apaisé, longtemps après la fin de la ségrégation..., Mais il montre brièvement en son générique une allusion à l'embarrassante affaire Rodney King, ce jeune noir tabassé à Los Angeles au début des années 90 par des flics blancs. En 1992, c'était de l'actualité récente... Mais on n'a hélas pas beaucoup avancé. Ici non plus, d'ailleurs!

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Published by François Massarelli - dans Spike Lee Denzel
25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 18:24

Barton Fink et sa palme d'or, c'est un peu l'envol pour les frères Coen, qui passent du statut d'artistes établis mais qui ne remplissent pas les salles de façon encore significative, à celui de metteurs en scène consacrés. Leur quatrième film ne ressemble à aucun des trois précédents, mais des contours stylistiques se dessinen désormais, qui vont créér une passerelle avec tous ceux qui suivront... Par contre il est fort difficile, contrairement à tant de leurs films, dont tous ceux qui ont précédé Barton Fink, de définir un genre pour le film...

 

Les deux frères ont sacrifié au film noir (Blood Simple), à la comédie burlesque (Raising Arizona), à une sorte de néo-film de gangsters (Miller's crossing), et s'attaquent à Hollywood dans une oeuvre noire, lente et sardonique qui prend volontiers le contrepied de toutes les histoires liées à l'arrivée d'un outsider à la Mecque du cinéma: la capitale du rêve se transforme assez rapidement en capitale du cauchemar pour Barton Fink. Suite au succès d'une pièce à Broadway, il se voit offrir un travail à "Capitol studios", une major company (Fictive, mais largement inspirée de la MGM, qui employait Wallace Beery abondamment cité dans le film durant la période concernée); bien qu'il n'ait aucune envie de faire le jeu d'Hollywood, Fink s'exécute, sachant qu'il a besoin d'étendre sa renommée... Et débarque dans un océan de solitude, de bêtise, de décadence et de mort, ou en lieu et place du rêve cinématographique les pires horreurs vont se réaliser...

 

Le film commence par un prologue qui serait presque la présence d'un genre à lui tout seul, le cliché du dramaturge sur de son art, insatisfait par le succès à cause de ce qu'il recèle de compromis, qui se voit offrir une place dans le temple du faux qu'est Hollywood, en compagnie de parvenus tous plus ridicules les uns que les autres, dans restaurant chic à Manhattan; l'arrivée dans la capitale du cinéma se fait d'abord dans un hotel, dont l'unique personnel visible dansle film est Chet, un groom serviable interprété par Steve Buscemi à son plus mielleux. Dès le départ, l'impression de Barton Fink (John Turturro), que nous partageons aisément, est que ça va mal se passer; un moustique, des morts, un serial killer, une enquête de police et des entrevues humiliantes avec des marchands de pellicules incultes plus tard, l'impression tend à se confirmer.

 

Disons que si on applaudit le courage de se moquer d'une industrie qui les accueillait alors à bras ouverts, il n'en reste pas moins que l'humour desespéré qui marque Barton Fink et informe chaque scène au vitriol laisse peu d'espoir, et on comprend de fait que les deux frères se soient ensuite essayé à un pastiche de Capra (The Hudsucker Proxy)... Leur retour à l'humour noir se ferait alors plus fort, avec le superbe Fargo. En attendant,  accrochée au mur de la chambre de Barton Fink, une image le hante, celle d'une jolie fille en maillot révélateur, assise de dos face à l'océan; si cette image de belle fille représente son rêve d'accomplissement et de réussite (Relative...) à Hollywood, avec ses proportions d'écran de cinéma (Anachronique, c'est à peu près du 1.66...), puisque ce sera la dernière image vue, en réalité sur une vraie plage avec une vraie fille, à la fin du film. Mais l'accomplissement du rêve dans ce film onirique passe aussi par la présence insistante d'un personnage qu'on a déjà vu chez les frères Coen, et qu'on reverra sous de multiples formes: cette fois sympathique, forcément complice et tentateur, sémant le feu, la mort et le chaos partout ou il passe, le diable est le personnage le plus présent dans l'oeuvre des frères Coen.

 

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Published by François Massarelli - dans Joel & Ethan Coen
20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 08:11

Ces presque 6 minutes sont le meilleur segment d'un film d'hommage à la capitale de notre petit pays, intitulé Paris je t'aime, et divisé en vingt segments: un par arrondissement, et pour chaque segment un réalisateur différent. N'ayant pas de temps à perdre, je me consacrerai uniquement à celui des frères Coen, qui est une petite chose burlesque, drôle et poétique, avec un acteur toujours aussi inspiré, dont le beau visage si parlant s'accomode ici sans aucun problème de ne jamais prononcer une syllabe.

Il faut dire qu'on ne lui en laisse pas le temps, et du reste, il aurait bien du mal: Steve Buscemi est un touriste Américain manifestement un peu intimidé par Paris, et qui attend tranquillement le métro à la station Tuileries. Il consulte nerveusement un livre-guide lui conseillant notamment de ne pas croiser les regards des autres personnes présentes, afin de ne pas s'attirer d'ennuis; c'est ce moment précis qu'a choisi une jeune femme sur le quai d'en face, pourtant très occupée à ses mamours avec un jeune homme, pour le regarder droit dans les yeux. S'ensuit une altercation burlesque entre notre héros et un voyou très remonté ("Kessta? Tu veux te la faire, ma meuf, c'est ça?"), qui s'achèvera dans l'humiliation totale, et qui reste très drôle en dépit de la douleur évidente de la situation pour ce pauvre touriste: au milieu d'un long métrage lénifiant et pontifiant, ces quelques minutes de bouffonerie iconoclaste, dont la malchance du personnage renvoie à d'autres héros marqués par la poisse : Le dude et sa voiture, le 'Serious man', le barbier... et tant d'autres.

Tuileries (Joel & Ethan Coen, 2005)
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Published by François Massarelli - dans Joel & Ethan Coen Comédie
19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 14:44

"Hatari!", ou un titre trompeur: le mot veut dire danger, en Swahili, et est bien prononcé dans le film lors d'une scène située dans la deuxième moitié. Mais c'est trompeur dans la mesure ou le danger concret, physique, est bien peu représenté dans ce film, une énième variation typique de son auteur sur le thème des hommes au travail, et d'une confrérie disparate dans laquelle l'intrusion d'une femme pose inévitablement problème, ce qui nous renvoie immédiatement à Only angels have wings, en plus relâché: ce nouvel opus, après tout, dure 157 minutes... Troisième film de Hawks à graviter autour d'un personnage interprété par John Wayne, Hatari! doit une grande part de son intrigue à Rio Bravo, rejoignant en contrebande la fameuse trilogie de westerns bégayants de la fin de carrière du grand réalisateur: à John T. Chance qui tente par tous les moyens de faire son boulot de shériff tout en jouant les mères poules pour son meilleur copain, et en supervisant d'un oeil critique tous les efforts des professionnels (Ou d'un novice qu'il croit amateur) qui l'entourent, Hatari! oppose une équipe internationale réunie en Afrique (Le film a été tourné en Tanzanie et au Tanganyika) qui a pour mission de capturer des animaux pour un zoo; nous suivons la progression de cette tâche, alors qu'un des membres (Bruce Cabot) a été blessé, ce qui nécessite l'incorporation d'un nouveau chasseur, joué par Gérard Blain; parallèlement, une jeune photographe Suisse (Elsa Martinelli) va venir jouer les trouble-fêtes, mais sera acceptée uniquement parce que c'est une femme... ce qui n'empêchera par Sean (John Wayne), le patron, de bougonner ni bien sur d'en tomber amoureux.

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Les paralèles avec Rio Bravo sont nombreux, depuis la dynamique créée par le personnage de Sean et son autorité bienveillante, mais entièrement dédiée à un idéal professionnel et à la notion d'efficacité liée intimement au métier, jusqu'à l'humour d'une intrigue déliée et faite essentiellement d'anecdotes tricotées les unes aux autres. Si on pousse la comparaison, la supériorité de Rio Bravo est bien sur évidente, tant les amours contrariées de ces personnages et le jeu inégal (C'est un euphémisme) des deux starlettes présentes manquent cruellement d'intérêt... De plus, le titre a beau parler d'un danger (Se faire emplâtrer par un rhino, par exemple, ou mourir dans un accident de voiture: les deux sont évoqués dans le film), les seuls dangers du tournage ont vraiment eu lieu hors-champ, à cause d'animaux qui ne voulaient pas faire ce qu'on leur demandait! Pourtant ce film dépourvu de méchant, d'aspérité, voire d'enjeu reste un plaisir étrange, lié à une atmosphère de fraternité, de camaraderie, à un humour tendre, comme un baroud d'honneur avant que les années 60 ne commencent... A ce propos, on pourra se plaindre sans trop de problème que le film nous montre des blancs, en Afrique, qui se comportent sans aucune communication avec les noirs, même si une scène de fraternisation essaie de faire dire le contraire. C'est une organisation d'un autre age...

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Le film doit sans doute beaucoup de son charme à une partition superbe de Henry Mancini, et le compositeur a sans doute fait beaucoup pour sauver une scène désormais célèbre: Elsa Martinelli se retrouve en effet dans le film flanquée d'un éléphanteau, puis deux, puis trois, qu'il faut nourrir, et qui sont si jeunes qu'ils la prennent désormais pour leur mère (A laquelle elle ne ressemble pourtant pas vraiment, ou ça ne m'a pas frappé); la longue exposition d'une séquence (Qui établit le rapport de protection de Sean à l'égard de celle qu'ils appellent tous Dallas) mettant en scène la "mère" et ses trois enfants était supposée être coupée, mais Mancini inspiré l'a repéchée en composant sa célèbre "Baby Elephant Walk", créant du même coup un passage parmi les plus appréciés du film, et qui renforce encore plus l'aspect familial...

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Enfin, on pourra noter le parallèle qui s'effectue entre la mission donnée à Sean et son équipe, et un tournage de film: Sean dirige un groupe qui n'est d'ailleurs pas permanent, mais constitué de spécialistes trouvés ça et là, qui iront une fois le travail accompli ailleurs pour offrir leurs services, comme une équipe de film fait se côtoyer deux ou trois mois durant des techniciens glanés ici ou là, et qui alterneront ensuite les jobs sur une longue période. Le tableau qui présente les animaux à capturer, le fait de devoir changer de programme en fonction de la disponibilité ou de la météo, tout renvoie à cette atsmophère de travail sur un film en extérieurs, un monde que forcément Hawks connait bien, et qui lui permet d'assoir sa thématique habituelle de travail à faire, travail bien fait... 

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Published by François Massarelli - dans Howard Hawks John Wayne
18 janvier 2014 6 18 /01 /janvier /2014 17:49

Après leurs deux films de 1950, le mélodrame Gone to earth et le film d'aventures The Elusive Pimpernel, Powell et Pressburger font ce qu'on pourrait bien appeler le grand saut: ils adaptent un opéra, et y appliquent les principes qu'ils ont mis en place pour le ballet The Red Shoes dans le film du même nom. A savoir, ils font éclater toutes les limites et contraintes scéniques, et se jouent de l'unité de lieu en permanence, mais ils vont aussi élargir l'opéra d'Offenbach (Dont on doit sans doute rappeler qu'il était inachevé) en mettant aussi l'accent sur la danse, grâce à la présence de quatre des vedettes de The Red Shoes, justement: Moira Shearer, Ludmilla Tcherina, Robert Helpmann, et Leonide Massine. Le film est une fête visuelle de tous les instants, qui marie l'opéra, la danse, avec la flamboyance du Technicolor...

L'intrigue concerne le poète Hoffmann (Robert Rounseville), à Nuremberg, qui raconte en attendant dans une taverne la femme qu'il aime, la ballerine Stella (Moira Shearer), les trois amours ratés de sa vie: trois femmes, mais en réalité toutes la même, qui ont trouvé leur fin dans des circonstances bien différentes: la poupée Olympia (Moira Shearer), automate si réaliste que le jeune Hoffmann n'y a vu que du feu; la belle Courtisane Giulietta (Ludmilla Tcherina), une femme qui capte l'amour des hommes; et enfin la cantatrice Antonia (Ann Ayars), hantée par le fantôme de sa mère, une chanteuse elle aussi; A chaque histoire, le même sombre personnage va contrer les désirs d'Hoffmann en possédant puis aboutissant à la mort de la femme aimée: on le retrouve sous le nom de Lindorf (Robert Helpmann) dans le prologue et le final à Nuremberg, prêt à saisir à nouveau la belle Stella avant que les amours d'Hoffmann ne puissent s'accomplir.

 

Le film est particulièrement extravagant, mais se situe dans la lignée de la thématique artistique de The red shoes, avec bien sur l'accent mis sur le poète Hoffmann, et ses trois ages. Même si Rounseville ne change pas d'aspect, le ton du film, lui, va évoluer, passant d'une quasi-bouffonnerie (Olympia) à une intrigue ironique (Giulietta), puis à une tragédie située d'ailleurs "sur une île Grecque") dans laquelle Hoffmann désormais adulte disparaît quasiment. Des altérations ont été apportées au personnage de Nicklaus, le compagnon (Joué par une femme comme la tradition le veut: ici, c'est Pamela Brown et son étrange visage); le personnage est moins présent, et son influence sur Hoffmann est moins palpable; de plus, aucun effort d'ambiguité n'est fourni pour faire passer le personnage pour un homme...  

 

Si la mise en scène est absolument magnifique, mélange onirique constant de surréalisme visuel et d'opéra sans limites (Utilisant avec bonheur le ralenti, le fondu enchaîné, les truquages à la Méliès et bien sur la beauté de la photo de Christopher Challis), on regrette que Powell et Pressburger aient limité l'extravagance de la dernière partie en confiant le rôle principal à Ann Ayars, qui contrairement à Shearer et Tcherina, ne nous ravira pas par la beauté de la danse... Mais d'Olympia à Antonia, le parcours est clair, qui évolue de façon irrésistible vers la noirceur et la mort... Hoffmann, dans l'épilogue du film, est un homme vieux, usé, qui vit dans l'éternelle frustration de ses amours ratées. Lindorf, ironiquement, n'aura pas grand chose à faire pour convaincre Stella de tenter sa chance ailleurs...

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell Musical Danse Criterion
11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 21:40

C'est une vraie surprise: presque un film secret... Peu de temps après Singing in the rain, Donen réalise seul, toujours pour la MGM mais cette fois pour une unité de production nettement moins presigieuse que celle d'Arthur Freed, ce petit film, à nouveau une comédie musicale, mais sans la flamboyance d'un Fred Astaire ou le génie d'un Gene Kelly. En lieu et place, Marge et Gower Champion, Bob Fosse, et quand même, histoire de faire le lien, Debbie Reynolds adorable en jeune aspirante actrice en provenance directe de la cambrousse, et déterminée à faire carrière. L'histoire est un classique absolu en matière de comédie musicale, puisqu'elle nous raconte les mésaventures de trois hommes qui sont en charge d'un spectacle qui doit ouvrir dans trois semaines, mais pour lequel il n'y a ni la vedette féminine (Qui dit aussi êre la seule femme), ni chansons si intrigue. Les trois hommes, respecivement vedette masculine et chorégraphe, compositeur et assistant-régisseur, ont tous leur candidate, mais laquelle choisir, sachant, qu'elles ont toutes autan de talent en dépit de leurs différences?

 

En 80 minutes, Stanley Donen ne perd pas le temps, et peaufine ses plans-séquences, commençant d'ailleurs par un plan de répétition qui révèle le fond du problème: lorsque le rideau s'ouvre pour la première scène, la vedette n'est pas là... C'est donc le geste que le film va s'évertuer à compléter, trouver la personnalité qui saura être la meilleure artiste pour interpréter justement ce rôle. On peut argumenter que ce film est ainsi un peu construit sur un vide, ou que l'idée du spectacle à accomplir est un rien tellement usée jusqu'à la corde que le film ne vaut pas grand chose, pourtant on s'y mause en permanence: la légèreté communicative, l'invention perpétuelle de la mise en scène, les contrastes appuyés entre les artistes impliqués dans les numéros, et l'extraordinaire jeu des couleurs: ce film confirme, dès 1953, l'importance de Stanley Donen.

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Published by François Massarelli - dans Stanley Donen Musical Danse
5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 17:14

Ne rentrons pas dans les détails de l'histoire compliquée de ce film, et de son destin plus que contrarié: rappelons juste que suite à une décision d'un studio désireux de reprendre le contrôle d'un film dont le budget avait été un sérieux problème, Heaven's gate a été amputé avant sa sortie comme tant de films avant lui, et comme d'autres après (et d'autres à l'avenir aussi, n'en doutons pas). Pourquoi, comment, par qui, peu importe: ce sont là des questions qui méritent certes qu'on s'y attarde, mais qui justifieraient un livre à elles seules...

Concentrons nous plutôt sur le film tel qu'il nous est enfin restitué suite à une restauration digne de ce nom, orchestrée par Michael Cimino lui-même, et qui restitue sinon l'intégralité des 219 minutes du montage de 1980, au moins 216 minutes, dans ce que Cimino appelle sa version favorite. Au moins c'est clair... Et le film (Via une copie positive, seul le négatif de la version amputée ayant pu être localisé) a fait l'objet d'un ré-étalonnage numérique qui rend justice à l'extraordinaire photographie de Vilmos Szigmond, le chef opérateur avec lequel Cimino avait déjà travaillé précédemment pour The deer hunter.

Heaven's gate a souvent été qualifié de film qui montre la mort du western, comme si le genre pouvait réellement mourir... C'est le propre des westerns d'après 1960 d'être souvent qualifiés de "crépusculaires", mais ne faudrait-il tout simplement pas mieux admettre que comme tous les genres, celui-ci a tout simplement évolué? Cimino, en en montrant sa vision personnelle en 1980, se situe à mon sens dans les pas ô combien classiques de John Ford, qui a avant lui montré à sa façon de quelle façon l'évolution, la marche en avant des Etats-Unis se faisait en parallèle avec la violence sous ses nombreuses formes, tout en dépeignant une société Américaine marquée aussi bien par ses conflits de classe que par son multiculturalisme. Tous ces thèmes sont justement ce qu'on retrouve dans ce beau film de Cimino...

 

Le film commence, de façon inattendue, dans l'Est: à Harvard en 1870, des jeunes hommes obtiennent leur diplômes de fin d'études, et vont, sous l'impulsion de leur doyen, affronter la vie, aller loin et se mettre en quête de faire profiter les Etats-Unis de leurs richesses, et de leurs intellects. 20 ans plus tard, nous retrouvons l'un d'eux: James Averill (Kris Kristofferson), un homme richissime dans l'Est est devenu marshall de Johnson County; un endroit ou il aime à venir s'encanailler, en particulier en compagnie de la prostituée Ella Watson (Isabelle Huppert). De retour après un long voyage (Il est parti pour trouver un Tilbury de luxe pour l'offrir à Flora), il constate que le lieu a changé: de plus en plus d'immigrants se pressent dans les villes et les prairies, et des agents de la loi sont amenés à abattre certains de ces européens, qui ont procédé à des vols de bétail pour survivre, sans sommations. Mais bien vite, la situation va se compliquer encore plus, puisqu'avec l'appui du gouvernement fédéral, le chef d'un groupe d'éleveurs a obtenu de dresser une liste de 125 de ces immigrants à abattre sous le prétexte qu'on les soupçonne de trahison, d'anarchisme, ou d'être une bande organisée de voleurs. Parmi eux, la belle Ella...

Outre James Averill, on fait aussi la connaissance d'un certain nombre de personnages, dont certains peuvent lui être assimilés: ainsi son camarade d'université, William Irvine (John Hurt) est-il lui passé, bien qu'il le fasse par dandysme plus que par conviction, du côté des éleveurs; d'autre part, Nate Champion (Christopher Walken) est lui un agent de la loi, qui au début du film exécute les ordres, mais se refuse à participer à la tuerie finale, qu'il estime illégale, quelle que soit l'implication du président lui même (le Républicain Benjamin Harrison a en effet soutenu l'initiative du plus fort, ici, dans ce qui est resté célèbre dans l'histoire sous le nom peu glorieux de Johnson county war)... Ces hommes, d'une part et d'autre, auraient pu être Jim Averill lui-même... Mais celui-ci, par ennui, ou par romantisme, a décidé de se situer du côté des petits, et soutiendra jusqu'au bout la cause de ces déshérités du rêve Américain. Le parallèle est encore plus fort entre Averill le riche et Champion, un homme de loi illettré, intègre mais amer: les deux aiment la même femme, et celle-ci passe une bonne partie du film à hésiter entre eux.

La violence, dans ce film, est indissociable du progrès. De même que le crime semble indissociable de la conquête des espaces, et que si le rêve Américain existe (Le chef des éleveurs, Canton, vit le sien, qui l'autorise à tutoyer les grands de ce monde et à désigner qui vivra et qui mourra, un barman entreprenant fonde un dancing-patinoire afin de gagner de l'argent tout en fournissant de l'amusement à toute une ville en devenir...), il peut aussi être mis en question: il est évident qu'Averill a vécu le sien, mais qu'il en est revenu: d'ailleurs, il s'st marié dans l'Est et a fui. Tout le film renvoie à l'idée de civilisation: des villes se construisent et se peuplent, des commerces fleurissent sous nos yeux; Averill croit en la locomotion et en offre un moyen à Ella, qui de son côté souhaite rester afin de continuer à contribuer à la vie d'un endroit qui est clairement son chez elle (Elle est d'ailleurs une notable à bien des égards...); mais de l'autre côté, aussi bien les éleveurs et leur volonté de garder le Wyoming libre pour des prairies où faire paître leurs troupeaux, que les petits immigrants qui utilisent du fil barbelé pour délimiter leurs parcelles, tous font oeuvre de civilisation. Comment s'étonner qu'à un moment on réalise la vérité des Etats-Unis: il ne fait pas bon y être pauvre... un constat explicite dans le film, noir, mais qui renvoie aussi à une conclusion en forme d'ironique cauchemar: pour le riche Averill, seul véritable survivant d'une boucherie inutile, on n'échappe pas à son destin... et même si la démonstration s'enrichit (comme The deer hunter) d'une illustration du melting-pot folklorique à travers les langages européens nombreux et mélangés, et la présence de danses et musiques venues en particulier d'Irlande, le système de classes, inique et impitoyable, a le dernier mot dans cette fresque lyrique et monstrueuse. Et l'Amérique, lieu de réalisation de l'individu, devient ici le mouroir des individualités face aux grosses machines collectives... 

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Published by François Massarelli - dans Western Michael Cimino Criterion