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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 08:45

Deux hommes qui ne se connaissent de nom, qui auraient très bien pu devenir amis tant leurs vies sont complémentaires, deviennent par la folie de l'un d'eux ennemis jurés, bien qu'ils fassent tous deux partie de la même armée: voilà la base du premier film de Ridley Scott, une fête visuelle dans laquelle le talent esthétique du metteur en scène, qui avait longtemps été décorateur, saute aux yeux à chaque plan. Scott est ici plus Britannique que jamais, ne reniant pas ses racines: il agit d'abord en metteur en images, installant ses personnages (Interprétés par Keith Carradine et Harvey Keitel) dans des décors naturels situés dans le centre de la France, en particulier en Dordogne.

1800: Lors d'un hiatus entre deux batailles, le lieutenant Armand D'Hubert (Carradine) reçoit pour mission d'aller chercher le lieutenant Féraud (Keitel) qui s'est rendu coupable d'un duel de trop. Et lors de leur confrontation, les deux hommes se querellent, Féraud s'emportant jusqu'à provoquer D'Hubert en duel. A partir de ce moment, les deux hommes vont se rencontrer plusieurs fois en 16 ans, Féraud toujours désireux de continuer la confrontation là où elle a été abandonnée la fois précédente... Pendant ce temps, l'histoire avance et les deux hommes montent en grade, participent aux campagnes victorieuses, puis de plus en plus désastreuses. D'Hubert, marqué par la vie (Et les duels avec son ennemi juré) est estropié, et se marie avec une jeune femme d'obédience royaliste à la Restauration, pendant que le bouillant Féraud est arrêté et condamné à mort...

L'inspiration de Scott, évidemment, est à prendre du côté de Barry Lyndon; le somptueux film de Kubrick l'a en particulier influencé au niveau graphique, et on retrouve dans ce film une tentative de transcrire dans un univers cinématographique la peinture d'époque, ce qui est d'ailleurs souvent souligné par de nombreuses représentations de natures mortes tout au long du film; ces images généralement qui sont souvent situées en début ou en fin de séquences, permettent de mettre en évidence le passage du temps, mais contrastent aussi avec certaines scènes, et on pourrait les mettre en parallèle avec l'anecdote de l'orange: avant de se mettre en route pour le duel final, le désormais général D'Hubert mange des quartiers d'orange, et ramènera d'aileurs un fruit à son épouse inquiète, suite à l'issue de la confrontation, une façon de montrer le triomphe de la vie; quant à la probabilité de trouver ou manger des oranges en Dordogne en cette saison, je ne sais pas si on se situe ici du côté du réalisme, mais peu importe: ce qui compte, c'est de montrer le triomphe, fut-il tardif et au prix de  blessures, du plus humain des deux soldats; c'est d'ailleurs relayé par la dernière séquence, qui voit Féraud contempler une crue de la Dordogne, juché sur un promontoire, laissé enfin à ses obsessions maladives, à l'écart du flot de la vie. Une image qui renvoie inévitablement au grand absent du film, fauteur de troubles et bouillonnant va-t-en-guerre autant que personnage incontournable de l'Histoire: Napoléon, dont on sait que les Anglo-saxons ne le portent pas dans leur coeur.

Ils ont d'ailleurs parfaitement raison.

Le film est adapté d'une nouvelle de Joseph Conrad, The duel; mais à l'histoire de grandeur et décadence contée par le film de Kubrick, adapté d'un roman de William Makepeace Thackeray, Scott substitue une ironique chronique du temps qui passe et des attitudes contrastées des deux soldats, l'un essayant désespérément de s'accrocher au passage du temps et d'évoluer, bref de vivre décemment, l'autre ruinant tous ses efforts en revenant constamment à la charge de manière à aller au bout de son obsession: les duels. Scott a pris un malin plaisir à recréer, comme il sait si bien le faire, un univers dans ses moindres détails: éclairages, boiseries, vêtements, uniformes, habitudes sociales (Les pipes de D'Hubert, la reconstitution minutieuse d'un bordel, mais aussi les façons bien dissemblables dont D'Hubert et sa maîtresse d'une part, puis D'Hubert et son épouse quinze ans plus tard, passent le temps ensemble: débraillés et proche du corps de l'autre, ou habillés et sagement installés l'un à côté de l'autre, lui fumant, elle lisant.). La narration est faite de vignettes liées aux progressions de la grande armée, mais aussi de l'histoire, strictement chronologique, excepté pour des flash-backs brusques, qui durent à peine une seconde, et qui sont toujours des points de vue de D'Hubert, dont la rage est motivée par le fait qu'il subit de plein fouet les obsessions de Féraud: des courts moments de leur premier duel vont donc être aperçus de temps à autres lors des confrontations ultérieures.

Superbe reconstitution comme le seront tant d'autres films de Scott, ce premier effort cinématographique (De grande envergure du moins, puisque le metteur en scène a aussi tourné un court métrage dans les années 60 avant de devenir décorateur) est d'une indéniable splendeur visuelle, en plus d'être un bel effort foncièrement humaniste, comme le seront à leurs manières, et avec des degrés différents de réussite, les films Blade Runner, Thelma & Louise, Gladiator et Kingdom of Heaven. La métaphore du duel convient bien à Scott pour s'intéresser à la façon dont les hommes s'affrontent, pour des riens, voire comme ici des reflets de rien.

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Published by François Massarelli - dans Ridley Scott
29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 09:06

Ce moyen métrage tourné pour une association de charité est le dernier film de fiction de Michael Powell, mais il est aussi une occasion pour lui de retrouver son ami Emeric Pressburger pour la première fois depuis Ill by moonlight (1957). Celui-ci a écrit le script de cet étrange conte pour enfants, et Powell l'a mis en scène, retrouvant avec plaisir la Grande-Bretagne, après plusieurs années d'exil auto-imposé, après le retentissant scandale de Peeping Tom. Parmi les techniciens, on retrouve aussi le grand chef-opérateur Christopher Challis...

John Saunders, un jeune collégien, a participé avec sa classe à une visite de la Tour de Londres; ça s'est bien mal terminé pour lui: il avait eu l'idée saugrenue d'amener avec lui l'une de ses souris blanches, Alice. Celle-ci s'est fait la malle durant la visite, et John a du mal à s'en remettre. Il s'est endormi pendant un cours de sciences, et a été incapable de réponde à une question, l'enseignant l'a donc renvoyé chez lui... Dans le métro qui le conduit à la maison, il est victime d'un étrange incident, comme du reste tous les autres passagers: il devient subitement jaune. Cette nuit-là, il va faire la rencontre de Nick, un étrange voyageur électronique...

Ca a l'air un brin psychédélique, comme ça, mais c'est tourné avec une certaine rigueur, et une invention burlesque de tous les instants! La souris manquante ne s'appelle pas Alice pour rien, bien sur! Les acteurs (Parmi lesquels on reconnaîtra Esmond Knight) sont excellents, et il y a là un parfum insidieux d'un monde disparu: celui de l'enfance, mais pas celle de n'importe qui, non: la nôtre... D'ailleurs, dans ce gentil film au premier degré rassurant, on se prend à angoisser pour que John retrouve sa souris blanche, et qu'il puisse la ramener chez lui, auprès de son autre rongeur, "Père Noël". Powell prend plaisir à tourner dans Londres après ses années de purgatoire, et de fait la bonne humeur généralisée est assez communicative.

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell le coin du bizarre
26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 16:37

On a du mal à l'imaginer aujourd'hui, mais c'est avec son quatrième film, en 1994, que Peter Jackson est sorti de l'enfer du cinéma de série Z aux titres qui en disent long (Brain Dead, Bad taste, etc...) pour entrer dans le monde d'un cinéma d'auteur certes, mais qui n'oubliait pas le cas échéant de s'ouvrir aussi à d'autres mondes, d'autres techniques aussi. Révélant du même coup Kate Winslet et Melanie Linskey, Heavenly Creatures raconte l'histoire vraie de deux amies, Pauline et Juliet, qui se sont connues dans un collège de Nouvelle Zélande en 1953, ont développé très tôt une amitié solide et exclusive (Avec de timides mais pas forcément significatives incursions vers l'homosexualité, comme on fait une expérience), et ont fini par déraper dans un crime odieux, brutal, et... prémédité. Adoptant avec aplomb le point de vue des deux jeunes femmes, le film donne à voir l'incroyable richesse de leur imaginaire, utilisant diverses techniques, depuis les sculptures en volume jusqu'à une technique embryonnaire d'images de synthèse (Qu'on se doit de considérer comme l'ancêtre des effets de Lord of the rings, bien sur) pour donner vie à leurs délires. Contrairement à leurs familles respectives, et tous les adultes environnants, nous n'en sommes donc pas exclus.

 

Ce film brillant est à n'en pas douter une grande date dans la carrière de Jackson, et nous éclaire sur ce qui fait le sel de tous ses films: situés dans un monde à part (Que ce soit comme ici l'imaginaire de deux adolescentes qui s'ennuient à mourir, la vie en marge d'un cinéaste qui ne sera jamais reconnu de son vivant dans Forgotten silver, l'univers baroque de Tolkien dans Lord of the rings ou The hobbit, le monde des fantômes vu dans The frighteners, l'île de King Kong ou bien l'au-delà d'où une jeune fille décédée tente d'envoyer des messages pour aider ses parents à résoudre le mystère de sa disparition dans The lovely bones), ils explorent toutes les voies narratives avec enthousiasme, coeur, une certaine dose d'exagération, et une invention visuelle qui n'a peur de rien, pas même d'en faire trop. L'univers d'un cinéaste unique, insulaire, drôle et indispensable, qui joue ici l'espace d'une demi-seconde un clochard... Peter Jackson, comme Juliet et Pauline, s'est ingénié toute sa vie à inventer des images et des mondes, mais la bonne nouvelle, c'est qu'il nous les fait partager.

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Published by François Massarelli - dans Peter Jackson
23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 10:25

Un Américain et une Française d'origine russe, mère célibataire d'une jeune fille, s'aiment avec passion pendant un séjour au Mont-Saint-Michel et sa "merveille". Ils décident de s'installer en Oklahoma, où l'amour va s'émousser, puis les quitter. La jeune femme retourne en France, le jeune homme retrouve une ancienne petite amie avec laquelle il se console, et pendant ce temps on assiste aux atermoiements d'un prêtre Catholique qui subit une crise de sa vocation.

On a suivi, avec passion parfois, Malick sur tous les terrains ou presque. J'admets une tendresse particulière pour Days of heaven, et The thin red line... J'ai été décontenancé mais fasciné par The tree of life, un film dont les images me poussent à y retourner... Mais là, franchement, je ne sais plus quoi en faire: To the wonder est un catalogue d'images magnifiques, inspirées, mais disjointes. L'intrigue ou ce qui en tient lieu ne nous viendra qu'après avoir lu les communiqués de presse, et cette double histoire de perte d'amour (La fin d'une passion amoureuse mal vécue par les protagonistes d'un côté, et la perte de la foi chez un prêtre catholique expatrié de l'autre) finit par nous sembler dérisoire. Premièrement, si le message est de se tourner vers la religion, de 'faire un avec Dieu avant d'espérer faire un avec l'autre', ce genre de fadaises sont on devrait s'être débarrassés depuis longtemps, alors ce sera sans moi. Et d'autre part, Malick ne se serait-il pas, pour une fois qu'il a précipité un film (Seulement deux ans, un record pour lui), laissé aller à s'auto-parodier?

Alors comme d'habitude, on va s'extasier devant le flux (non-) narratif soutenu par ces plans de gens en mouvement (Le plus souvent en travelling avant), on va admettre que Malick et ses techniciens ont un savoir-faire admirable en matière de coucher de soleil, et que le metteur en scène sait mettre ses acteurs et intervenants (Ici, beaucoup de gens locaux de l'Oklahoma, qui ne sont sans doute pas des acteurs professionnels) en confiance et obtenir d'eux un naturel qui fait souvent défaut... Mais cette histoire décousue et disons-le prétentieuse, on s'en fout!! Voilà.

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Published by François Massarelli - dans Terrence Malick On s'en fout
22 juin 2013 6 22 /06 /juin /2013 09:25

La découverte par Peter Jackson chez la voisine de ses parents d'une collection inconnue de films datant de 1900 à 1937 fait naitre en lui, et un certain nombre d'autres personnes dont l'autre cinéaste Néo-Zélandais Costa Botes, une envie d'en savoir plus sur l'un des génies méconnus du cinéma des premiers temps, le Néo-Zélandais d'origine Ecossaise, Colin McKenzie. Avec le peu d'informations dont ils disposent, le pionnier ayant laissé vraiment peu de traces derrière lui, Jackson et Botes remontent le temps à la recherche de l'histoire oubliée de ce pionnier, découvrent en passant qu'il a perfectionné par erreur les premiers travellings en attachant une caméra sur un vélo, qu'il a aussi développé un procédé primitif de couleurs, réalisé le premier long métrage parlant en 1908, qui fut un flop, filmé un exploit inconnu de l'histoire de l'aéronautique, et participé à la guerre d'Espagne, mourant sur le front, devant l'objectif de sa caméra; et surtout, Jackson et Botes vont retrouver les traces d'un tournage mythique, un film adapté de l'épisode biblique de Salomé, à travers un palais antique situé en pleine jungle, oublié de tous, à l'intérieur duquel reposent des kilomètres de pellicule: le long métrage Salomé, tourné entre 1917 et 1931 par un McKenzie déterminé à finir son chef d'oeuvre, mais qui ne verra jamais le jour...

 

C'est n'importe quoi, bien sur. On le sait maintenant, et il ne faut pas dix minutes au premier cinéphile venu, à plus forte raison s'il a une certaine connaissance du muet, pour découvrir le pot-aux-roses... Sauf que si l'intention était en vérité de faire une petite blague aux dépens des spectateurs en 1995, soit l'année du centenaire de l'invention du cinématographe des Frères Lumière (Inspirés de l'invention des images qui bougent par Edison, mais passons), ni Jackson ni Botes n'imaginaient un seul instant que tant de monde tomberaient dans le panneau. Rien sur l'objet-film lui-même ne révèle objectivement qu'il s'agit d'une supercherie, et les avis autorisés d'un certain nombre de spécialistes et autres autorités complices (Jackson et Botes eux-mêmes, pour commencer, mais aussi Harvey Weinstein des films Miramax, l'historien Leonard Maltin, ou encore l'acteur et réalisateur Sam Neill), qui interviennent dans le film, semblent entériner l'idée que tout ceci a existé, tout simplement... Aucune raison d'en vouloir à Jackson et Botes, qui ont créé un monument d'amour au cinéma, à travers ce pionnier plus qu'improbable, dont la carrière inventée semble à merveille côtoyer dans les coulisses l'histoire de l'art cinématographique. Dans les coulisses, parce que tel Brian Cohen (Life of Brian)qui sans le vouloir se retrouve messie en même temps qu'un autre type en Palestine qui a plus de succès que lui, McKenzie a joué de malchance avec une application remarquable: il a été jeté en prison, et ses essais de films couleurs ont été confisqués parce qu'il avait eu l'idée fatale de filmer des femmes Tahitiennes au bain, donc nues; son film parlant était remarquable d'un point de vue technique, mais tous les acteurs y parlaient Chinois, ce qui fit fuir le public, etc... Un bémol personnel, mais je ne suis pas sur qu'il faille s'en embarrasser; le Salomé que le documentaire (Ou documenteur, ou Fauxcumentaire) présente régulièrement comme un chef d'oeuvre, est plutôt rudimentaire, et aurait probablement rebuté un spectateur de 1905. Tant pis, tout ça n'est pas grave, même si les spectateurs de 1995, qui ont découvert le film à la télévision, présenté comme un authentique documentaire, se sont fait berner dans les grandes largeurs...

 

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Published by François Massarelli - dans Peter Jackson métafilm
20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 07:19

La dame prend vraiment son temps, en particulier depuis sa consécration il y a vingt ans avec The piano: Jane Campion n'a tourné que quatre longs métrages seulement, et comme de juste, a manifesté un refus catégorique de refaire son plus grand succès sous une forme ou une autre; les accusations d'incohérence, d'éparpillement, d'académisme n'y ont rien fait, elle trace sa route au gré de ses envies... Ce qui ne l'empêche pas de retourner vers ses thèmes de prédilection aussi souvent qu'elle le souhaite. C'est donc cette fois à une mini-série, dont elle est l'instigatrice, qu'elle s'est attelée, avec bonheur; secondée par Garth Davis (Pour trois épisodes sur les six que compte l'ensemble), elle est le co-auteur (Avec Gerard Lee, vieux complice des années 80), la productrice, et la "créatrice", toujours avec Gerard Lee, poste hautement stratégique quand il s'agit d'une série. Et l'univers qui nous est montré dans cette série située en Nouvelle-Zélande est de toute évidence celui de Jane Campion... Les acteurs sont venus d'horizons divers: l'Américaine Elizabeth Moss prend sur elle le rôle difficile de Robin Griffin, la jeune inspectrice de police revenue de Sydney, qui tente de garder la tête haute dans le pays de son enfance ou elle a vécu vers 18 ans un épisode traumatisant; Peter Mullan, acteur et réalisateur Ecossais, a la lourde charge d'incarner Matt Mitcham, l'homme qui concrétise la figure du mal ici; David Wenham, le supérieur hiérarchique de la jeune femme, est Australien, ainsi que Genevieve Lemon (Déjà vue dans Sweetie, entre autres); enfin, on notera la réapparition de Holly Hunter, dans le rôle d'une gourou inattendue, avec une longue chevelure blanche, qui nous rappelle la propre coiffure arborée actuellement par la réalisatrice, un clin d'oeil à n'en pas douter.

A Laketop, en Nouvelle-Zélande, on retrouve une jeune fille de douze ans, Tui Mitcham, qui fait une tentative de suicide en se baignant dans les eaux glacées de l'imposant lac de montagne qui donne son nom à la localité. Elle est enceinte mais refuse de donner l'identité du père. C'est à la jeune inspectrice Robin Griffin que l'enquête est confiée; elle va souffrir, puisque ses collègues passent leur temps à la bizuter, pour au moins deux raisons: elle est bien jeune, et c'est une femme... De plus, tout le monde est plus ou moins au courant qu'elle a subi quelques années auparavant un viol en réunion, et dans la société terriblement machiste de Laketop, ça ne pardonne pas. L'enquête va bien vite tourner autour d'une figure locale, le propriétaire Matt Mitcham, un homme dangereux et impulsif, qui utilise la loi et la contourne à sa guise. Il est aussi le père de Tui... Mitcham est d'ailleurs très irrité par une autre affaire, l'installation d'une communauté "new age" de femmes sur les bords du lac, sur un terrain qu'il convoite: les femmes sont toutes en dépression, en instance de divorce ou en deuil, et "G.J.", une Américaine énigmatique, les a réunies ici pour les aider à se reconstruire. L'agent immobilier local qui a cédé le terrain à cette communauté a négligé un détail important: sur le terrain désormais occupé par cet étrange groupe, se trouve la tombe de la mère de Matt. La réponse de celui-ci ne tardera pas:avec ses deux grands fils, ils tuent l'agent Immobilier Bob Platt.

Impossible de résumer aussi facilement les six heures de l'intrigue, mais disons qu'on n'est pas très loin de Twin Peaks, dans l'atmosphère en tout cas. Pas d'éléments surnaturels dans Top of the lake, en revanche, l'essentiel de l'intrigue repose sur les découvertes de quelques squelettes dans quelques placards, sur les soupçons de corruption de la police et de collusion entre Matt Mitcham et Al, le supérieur de Robin, et enfin sur les tensions entre les hommes tout-puissants et des femmes décidées à résister contre le chauvinisme masculin, faisant de ce nouvel exercice de Jane Campion un manifeste féministe bien de sa manière. Tout, ou beaucoup, tourne autour de la femme, depuis les secrets enfouis (Le vrai père de Robin, un secret bien gardé par la mère mourante de celle-ci), jusqu'à l'inévitable accouchement de Tui, qui viendra donner le signal de fin de la série, en passant même par diverses tentatives inattendues de rébellion, comme Bunny, la mécène de GJ, qui contourne la "loi" masculine en payant des hommes pour coucher avec elle, 'sept minutes pas plus' pour ne pas s'attacher!

Nouvelle venue dans l'univers de Jane Campion, Robin Griffin est une cousine de bien des héroïnes de ses longs métrages "traditionnels": elle porte en elle des failles (L'absence d'un père, la mort programmée de sa mère atteinte d'un cancer), des traumatismes (le viol), des désirs (Se faire accepter par des hommes absolument pas prêts à valider son autorité, qui peuvent expliquer la violence contenue qui va parfois exploser, notamment dans une scène durant laquelle elle sera confrontée à l'un de ses violeurs). Elle va aussi trouver une échappatoire dans ses relations parfois tendues avec Johnno Mitcham, le fils de Matt qui s'est éloigné de son père, et qui fut un témoin du viol. Lui aussi porte ses blessures en lui, comme s'il était marqué par ses nombreux tatouages, et il vit dans une tente: contrairement aux autres hommes, il s'est refusé à coloniser le sol et les êtres...

Robin et Top of the lake renvoient à toutes les névroses et toutes les femmes des films de Campion, y compris les deux adolescentes de Two Friends qui se perdent en chemin en grandissant de 9 mois; le refus de l'affection par Kay dans Sweetie, la crise d'autorité de Holly (Holy Smoke), l'envie de se frotter au mal de Fran dans In the cut, la jeune détective est un personnage riche en rappels, tous tournant autour de cette féminité mise à mal qui essaie de triompher. La lutte, ici, prend assez vite l'aspect d'une combat contre le Mal, incarné par le dangereux Mitcham, bien sur, et sa tendance à faire ce que bon lui semble, et à considérer sa terre, ses enfants, ses désirs, comme la loi la plus forte. Mais il n'est pas la seule incarnation du mal; disons qu'il en est la plus visible, un Satan aux cheveux longs et à la voix cassée, qu'on retrouve parfois en caleçon en pleine nature, se flagellant devant la tombe de sa mère avec une ceinture...

Riches en émotions, rythmées par les mouvements prudents et méthodiques de Robin, ces six heures qui nous entrainent parfois comme si de rien n'était dans des à-côtés troublants, nous donnant à voir dès le premier épisode des moments de complicité louche qui font immanquablement monter le soupçon sur tel ou tel personnage, Top of the lake est une mini-série qui fera date, et pas seulement pour rappeler l'existence d'une cinéaste bien discrète: comme toutes les séries réussies, on s'y attache, et on en consomme le venin avec délectation.

 

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Published by François Massarelli - dans Jane Campion
16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 09:08

Up ne commence pas vraiment comme on l'attend d'un film animé de long métrage, à plus forte raison distribué par Disney: une séquence de 11 minutes qui détaille la rencontre, puis le mariage et enfin la longue vie en commun de deux personnes, Carl et Ellie. Unis dès l'enfance par l'amour à distance de l'aventure avec un grand A, ils ont une vie somme toute pépère, Carl étant vendeur de ballons! Ils s'aiment, mais n'ont pas d'enfants, et un jour Ellie décline, puis meurt. C'est poignant, et c'est essentiel pour le reste du film qui va s'attacher à la personne de Carl, un brave vieil homme devenu acariâtre par les circonstances, et qui pour finir sa vie en beauté, a décidé d'échapper à la réalité quotidinne, et en particulier à la menace d'éviction dont il fait l'objet dans son quartier en pleine rénovation, en attachant à sa maison des milliers de ballons qui vont le transporter vers l'endroit d'Amérique du Sud où Ellie et lui rêvaient d'aller vivre des aventures, des vraies... ce qu'il n'avait pas prévu, c'était d'emmener un scout.

 

Les longs métrages Pixar, dans les années 2000, se suivaient et se ressemblaient, du moins par leur excellence. Celui-ci adopte un style qui se veut gentiment caricatural, subtilement géométrique: au corps presque carré du vieux Carl, on oppose le rondouillard Russell... Par contre, le décor magnifique du haut plateau où l'essentiel de l'action se déroule est plus réaliste; manifestement inspiré par un voyage sur place, c'est un décor rêvé qui rappellera des souvenirs à ceux qui ont vu The lost world, de Harry Hoyt et Willis O'Brien (1923)... On se rappelera aussi du Capitaine Nemo en découvrant le destin étrange de Charles Muntz, l'explorateur admiré de Carl et Ellie, qui a disparu en allant en Amérique du Sud chercher cet oiseau rare qui lui a valu d'être la risée du monde scientifique...

 

La clé de ce film, c'est bien sur la façon dont Carl va progressivement se rendre compte qu'il ne devrait pas vivre dans le passé: il s'accroche littéralement à sa maison, lui parle en l'appelant Ellie, veut conserver intacts tous les objets même les plus insignifiants qui le rattachent à ce passé devenu douloureux par la mort de celle qu'il aimait; mais d'une part, la découverte de Muntz, encore plus vieux et plus fou que lui, qui ne survit que par le souvenir d'une humiliation vieille de plus de cinquante ans qu'il souhaite réparer, et qui collectionne fossile sur fossile, va lui renvoyer un portrait caricatural de son propre attachement à des choses révolues; ensuite, les arrivées dans sa vie de Russell, scout inepte, et de Dug, chien qui parle, vont forcer Carl à s'attacher (Ce sera un travail de longue haleine, bien sur...) à autre chose qu'à des souvenirs. Enfin, un message laissé pour carl par Ellie mourante dans un album photo qui résume leur bonheur passé va lui faire ouvrir les yeux, enfin. A l'opposé de Muntz qui continue à chasser l'oiseau pour en faire un glorieux squelette à exhiber dans les musées, Carl va s'attacher à sauver la progéniture de la bête en question, le regard enfin tourné vers l'avenir...

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Published by François Massarelli - dans Animation Pete Docter Pixar Disney
8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 09:03

Des trois films de gangsters mythiques (Little Caesar de Le Roy et Scarface de Hawks étant bien sur les deux autres) qui entament la décennie, celui-ci est le plus fascinant; James Cagney y est incroyable, mais la grande force reste la mise en scène exemplaire, impeccable et plus qu'inspirée de Wellman. C'est l'un de ses très grands films, si ce n'est le plus grand, peu importe: c'est juste l'une des preuves de son génie. Il a su prendre un matériau bien de son temps, et inventer une manière de faire, qui n'allait pas rester sans suite: Angels with dirty faces (Curtiz 1938) et The roaring twenties (Walsh, 1939) allaient tous deux reprendre la même structure chronologique, passant d'une exploration de l'Amérique populaire des débuts du siècle jusqu'aux années 30 en n'oubliant pas les cassures de la première guerre mondiale et de la prohibition, deux évènements traumatiques qui ont sérieusement entaché cet âge de l'innocence qu'auraient été les années 20 sans elles. Bien sur, les deux films en question ajoutent aussi la crise de 1929, absente de ce film, mais le propos est ailleurs: dépeindre l'histoire d'un gangster comme une illustration du rêve Américain, un thème que The public enemy partage du reste avec Little Caesar, de Mervyn Le Roy.

 

Tom Powers (James cagney) est un jeune homme qui a de l'ambition, mais qui est surtout déterminé à les réaliser hors du giron de la loi: le souvenir des fessées paternelles, administrées quotidiennement par un père policier? Le fait qu'elles ont manifestement développé chez lui un plaisir masochiste de transgression et de défi? Quoi qu'il en soit, Powers est tellement motivé qu'il s'impose bien vite à ses employeurs, et va découvrir avec la prohibition un terrain de jeu qui lui permettra vite de devenir quelqu'un, et de tout avoir: pouvoir, ascendant sur les hommes et les femmes, et de multiples occasions de passer sa colère... La chute, bien sur, sera expéditive.

 

Dès le départ, Wellman plonge dans le coeur du sujet, littéralement, en multipliant les plans-séquences dans son exposition; la façon dont il nous prévient en nous montrant une rue peuplée de gens qui vont et viennent, dans laquelle les hommes qui véhiculent de l'alcool (Un camion encombré de tonneau, un homme qui transporte plusieurs seaux remplis de bière), croisant ironiquement une parade de l'armée du salut, nous installe dans un monde qui n'a pas encore affronté ses contradictions, et qui y viendra en 1919 avec le Volstead Act, la loi qui installera la prohibition sur l'ensemble du territoire Américain. dans ce monde de 1909, où il faut choisir son camp, Tom Powers, qui traine toujours avec son copain Matt, est déjà attiré par le crime, ne serait-ce que parce qu'il est en permanence en colère, contre son père surtout. Celui-ci ne dira pas un mot, mais la courte séquence qui le présente, figure silencieuse et menaçante qui se rend dans la cuisine pour décrocher du mur la ceinture de cuir qui lui sert à administrer de cuisantes corrections à son fils, ne laisse aucun doute: son fils est éduqué à la violence par la violence, et il va apprendre à aimer cela, comme le prouve le plan durant lequel le père hors champs le frappe, et le visage du jeune homme se transforme sous nos yeux, lorsqu'afin de supporter le traitement dont il est la victime, il s'efforce de regarder son géniteur dans une posture de défi.

 

Puis l'évolution de Tom Powers se fait sous la houlette de diverses autres figures paternelles, dont le louche Putty Nose, un gangster de moindre envergure qui embauche Tom et Matt, avant de les lâcher en pleine crise, après qu'ils aient provoqué la mort d'un complice lors d'une affaire, ou le "régulier" Paddy Ryan, un autre Irlandais qui les prend sous sa houlette. Putty Nose est surtout vu à travers deux séquences qui le montrent jouer la même chanson au piano: dans la première, il en joue pour les gamins fascinés de la rue, et s'arrête de chanter sur un mot lorsqu'il avise la présence de Matt et Tom, auxquels il souhaite confier une affaire. Lors de la séquence qui voit Tom supprimer son ancien patron, il joue la même chanson, et s'arrête sur ce même mot, touché à mort par la balle que vient de tirer Tom (Hors champ, bien entendu): l'inévitable meurtre du père, transgression qui est aussi une libération pour Tom. Paddy Ryan sera aussi pour Powers l'occasion d'affronter un complexe d'Oedipe fort mal vécu; réfugié chez Paddy, fin saoul, Powers couche sans même s'en apercevoir avec la compagne (Particulièrement gourmande, d'ailleurs) de son protecteur, ce qui lui occasionnera une grosse colère le lendemain... Mais ses rapports avec les femmes seront le plus souvent marqués soit par sa domination (Ce dont l'incroyable séquence dite 'du pamplemousse' se veut le témoin), soit par la recherche impossible d'une égale, et surtout par son ambition; ainsi, il se dabarrasse de Kitty, sa première petite amie, après qu'il ait commencé à s'ennuyer avec elle, et la remplace par Gwen une jeune femme qui a plus de classe (Et qui est jouée par Jean Harlow avant que celle-ci ne soit une actrice, comme en témoigne la scène parfois gênante durant laquelle elle lui susurre des "Oh, My bashful boy"). Tom Powers est la recherche de femmes avec lesquelles il puisse se sentir en confiance, mais son "métier" aura toujours le dessus. Ses rapports avec les hommes sont aussi riches et aussi bien évoqués dans le film, notamment son amitié pour le moins complexe avec le compagnon Matt: dès les premières séquences, nous voyons Powers choisir Matt plutôt que sa soeur (Celle-ci se consolera avec le frère de Tom, celui qui incarnera le versant honnête, mais aussi insipide, de la famille!); il passe son temps à tenter de rabaisser son copain, mais ils sont inséparables, et c'est après qu'une bande ait éliminé Matt que Powers va déclencher les impressionnantes hostilités de la fin du film. Il va se dépasser, dans une scène qui est aujourd'hui célèbre, parce que Wellman, tout simplement, nous en prive: il filme Powers qui entre dans un restaurant, et... le bruit d'une altercation musclée, suivie d'un plan qui aurait pu terminer le film, nous montrant Powers blessé tomber dans l'eau (Il pleut en abondance) en murmurant  "I ain't so tough", je ne suis pas si dur.

 

Le mythe ne se referme pas sur cette scène, la fin nous montre un Tom qui a échappé de peu à la mort, et qui semble être sur la voie de la guérison, voire de l'honnêteté, renouant avec sa famille... Mais Wellman ne peut pas  nous laisser sur un happy-end, et la fin portera sa dose d'énigme, de non-dits, d'ellipse. elle sera visuelle, définitive et forte, marquée par une mise en scène sublime, dans laquelle le cinéaste nous montre une fois de plus, comme il l'aura fait durant l'ensemble des 83 minutes de son film, sa maîtrise absolue du mouvement, du placement de la caméra, de la composition, du rythme, de la profondeur de champ et du coup de théâtre, en un seul plan de quelques secondes, suivi de la vision d'un phonographe dont le disque tourne à vide. Fin: The public enemy est l'un des plus beaux films Américains de tous les temps.

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Pre-code
3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 07:24

Jason Reitman retrouve la scénariste Diablo Cody pour son quatrième long métrage: les deux avaient déjà collaboré sur le film Juno... Mais ici, c'est une autre paire de manches. A l'opposé du conte dans lequel la jeune fille finit par trouver un équilibre dans son univers de bric et de broc, après avoir été confrontée à un couple riche mais au bord de l'implosion, Young adult s'intéresse à une femme de 37 ans, prise dans le tourbillon soudain d'un retour au pays dont elle voulait faire un baroud d'honneur, et qui va être dans sa vie la révélation de son échec sentimental, et d'un amer constat d'échec. Young adult tire sa force et sa faiblesse du même aspect, celui d'avoir voulu donner le point de vue d'une personne qu'il est bien difficile d'aimer: agressive, déterminée à briser un couple, et manipulatrice, Mavis Gary va pourtant faire le point sur elle-même et sortir de l'expérience plus humaine.

...Après que le public ait eu une sérieuse envie qu'elle dérouille! Soyons juste.

A Minneapolis, Mavis Gary (Charlize Theron) sort d'un divorce en lambeaux. Elle est autrice d'une série de romans jetables, qui va bientôt être arrêtée faute de lecteurs, et vit dans un appartement entre son chien et ses cuites. Elle reçoit un jour un message d'un ancien petit ami, lui annonçant la naissance de son premier enfant; elle décide d'aller sur place, à Mercury, pour persuader 'Buddy' (Patrick Wilson) de laisser sa femme et sa fille, et de la rejoindre parce qu'ils sont faits l'un pour l'autre... En chemin, elle va nouer une relation inattendue avec l'ancien loser officiel de leur école, Matt (Patton Oswalt).

Si le film va vers une sorte de crise suivie d'une dose de rédemption pour Mavis, qui réalise à quel point vivre dans le passé minable incarné par cette petite ville risque de la faire imploser, le choix de suivre, de façon brute, le personnage dans ses errements rend l'expérience assez inconfortable. Une fois de plus Charlize Theron assume avec une force impressionnate ce rôle de paumée, dont les actes attirent beaucoup de mépris qu'autre chose, mais si on a l'habitude avec Jason Reitman de suivre des personnages en transit vers nulle part, on admettra que la sympathie du public est loin d'être acquise à cette 'prom queen' de 37 ans...

Le voyage dans l'Amérique profonde débouche sur un cauchemar, incarné par une scène mémorable de 'pétage de plombs', dont on a l'impression que tout le village y assiste, durant une petite fête organisée par 'Buddy' et son épouse Beth (Elizabeth Reaser) en l'honneur de leur enfant. Quelques révélations sur le passé de Mavis vont nous permettre de la comprendre... un peu.

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Published by François Massarelli - dans Jason Reitman
2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 10:39

Switch est un film partagé entre la possible déception des spectateurs qui vont inévitablement vouloir le comparer à 10, S.O.B, voire The Party ou Breakfast at Tiffany's... et le plaisir de voir un film d'Edwards datant de ces années poussives, qui sort totalement des sentiers battus, et surprendra par ses ruptures de ton plus qu'inattendues. L'argument vaut le détour, et engendre des possibilités multiples dans l'exploration des rapports homme-femme: Steve, un publicitaire talentueux, incorrigible pourceau dragueur qui laisse à toutes les femmes qui l'ont connu un souvenir très désagréable, est supprimé par trois anciennes maîtresses qui se sont liguées contre lui. Son statut de victime, la sympathie que lui témoignent ses collègues (Masculins, exclusivement), lui confèrent a priori le droit d'accéder au paradis, mais son comportement vis-à-vis des femmes le condamnent à l'enfer. Dieu, partagé, décide de lui donner une seconde chance. Steve va donc retourner sur terre, et se débrouiller pour prouver qu'au moins une femme l'aime. Mais Satan estimant que c'est trop facile obtient du grand patron d'ajouter une clause: Steve sera une femme... Arrive donc Amanda, la "soeur de Steve", qui va remplacer son 'frère'. Une femme un peu spéciale, que personne ne connait, pas même elle...

Le sujet était délicat, propice à des blagues douteuses, dont on sait que Blake Edwards va s'y atteler, mais tout est affaire de dosage. Oui, Amanda (Ellen Barkin, qui s'en tire plutôt bien) rigole de façon incontrôlable en voyant ses seins pour la première fois, et la découverte qu'elle est une femme arrive à un moment crucial de la journée, le premier pipi du matin!! Mais ça réussit à ne pas polluer la tonalité du film, qui dérive vite vers les tentatives d'Amanda de se réinsérer dans la vie de Steve, sa rencontre avec Walter, le meilleur copain de Steve, et leur relation compliquée... Amanda réussit à entrevoir la difficulté d'être une femme dans le monde de concurrence et coups bas qui est le sien, mais se comporte d'une façon tellement agressive qu'elle va d'une certaine manière souvent être amenée à venger les victimes de Steve. Et l'un des bonheurs de regarder un film de Blake Edwards, ce talent particulier pour utiliser l'humour visuel minutieux et souvent physique, est ici la source de nombreuses joies. On passera sur la désastreuse esthétique de la fin des années 80, avec sa musique à vomir, et on se concentrera sur le fait que le film réussit à éluder tout le scabreux du sujet, pour s'intéresser vraiment aux personnages... et se transformer en conte à la fin. Ceci est le dernier film digne d'être mentionné d'un grand réalisateur. Ce n'est évidemment pas Victor Victoria, mais on peut commencer par celui-ci avant de s'atteler à le (re) vision dudit chef d'oeuvre...

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Published by François Massarelli - dans Blake Edwards