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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 17:59

Une femme (Natalie Lissenko) en proie à des rêves brûlants, à tous les sens du terme, ne sait pas qu'elle y vit ce qui va définir le reste de sa vie... Elle va bientôt rencontrer pour de vrai le célèbre détective Z (Ivan Mosjoukine), engagé par son mari (Nicolas Koline) pour la surveiller, sous un prétexte un peu fumeux... Et bien sur les deux jeunes gens vont tomber amoureux l'un de l'autre, de façon irrémédiable. Ce qui n'en doutons pas va gêner l'enquête du détective. Et quand le mari, pas si bête, indiquera à son détective qu'il souhaiterait ne pas avoir à souffrir personnellement de les avoir rapprochés, la gêne s'installe...

Ivan Mosjoukine réalisait son deuxième film en France avec cette extravagante super-production, qui a le culot de faire la synthèse aussi bien thématique qu'esthétique entre absolument tous les genres possibles et existants en France à cette époque: la comédie, le mélodrame, les films mystérieux à la Fantômas, la comédie burlesque, le drame bourgeois, et bien sur l'avant-garde sous toutes ses formes, recyclée (et parfois anticipée, car Entr'acte de René Clair ne sera réalisé que l'année suivante) par Mosjoukine, qui utilise toutes les ressources du montage, du placement de la caméra, allant jusqu'à intégrer génialement des séquences en négatif.

Il est un acteur survolté, parfaitement à l'aise avec toutes les scènes, et s'amuse à représenter la rencontre entre l'Homme et la Femme, sous le signe du désir symbolisé de toutes les façons possibles. L'acteur s'engage à 100%, jouant tous les rôles qui permettront à l'homme d'apparaître sous son jour le plus fantasque. On pourra sourire des moments de pur machisme (tel que cette incroyable scène dans laquelle le détective montre sa puissance d'homme riche en obtenant l'impossible des jeunes femmes dansant dans un cabaret)... Mais il contre-balance cette incongruité en représentant son surhomme se comporter comme un enfant avec sa grand-mère adorée! Tout Mosjoukine à son meilleur est présent dans ce film: la complicité qui l'unit avec Natalie Lissenko, le génie qui lui permet d'aller jusqu'à se moquer de lui-même, la science du déguisement... Le Brasier n'est pas qu'ardent, c'est un film bouillonnant, excentrique et à voir et revoir.

...pas pour le public de 1923 cependant, semble-t-il, le film ayant coulé la compagnie Albatros une première fois, et renvoyé Mosjoukine à son statut d'acteur. Hum! Le Casanova de Volkoff est quand même diablement Mosjoukinien, non? Et si j'en crois les rumeurs, ce film serait l'un des deux qui auraient décidé Renoir à devenir cinéaste (ce qu'il a bien failli être, du reste)...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Ivan Mosjoukine Albatros 1923 *
25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 18:43

Si on ne connaissait pas aussi bien qu'on les connait les films de John ford, on pourrait assez facilement ne voir dans ce film qu'un superbe attrape-Oscars... Une oeuvre calibrée à l'extrême, donc. Mais d'une part, il suffit de comparer avec You can't take it with you (Capra, 1938), Gone with the wind (Victor Fleming, 1939), et Rebecca (Hitchcock, 1940), ses trois prédecesseurs à avoir obtenu l'Oscar du meilleur film, pour constater que le sentimentalisme du film de Ford n'est présent sous aucune forme, dans aucun des trois. Et il suffit de voir The Quiet man, She wore a yellow ribbon, The searchers, Cheyenne autumn... ce sentimentalisme, Ford n'avait nullement besoin de le forcer: il était naturel... d'une certaine façon, il était un des ingrédients de ce que le cinéma de John Ford était. How green was my valley, gros film Fox prévu pour William Wyler, n'était d'aileurs pas un film très personnel pour celui qui l'aura finalement réalisé, ce n'est pas non plus un film majeur. C'est juste une merveille accessoire, une luxueuse preuve de son savoir faire, et un film dans lequel il a semble-t-il dressé une sorte de vitrine de son style pictural... Autant de raisons d'y puiser avec bonheur, finalement...

 

Adapté d'un roman du Gallois Richard Llewellyn, le film peut sans trop de problèmes êrte associé à ces films Irlandais auxquels Ford est toujours revenu ça et là, depuis les années 20 jusqu'aux années 50. Pourtant, il est situé en plein sud du Pays de galles, cette merveilleuse contrée, dans la vallée de Rhondda, soit en plein pays minier. ...reconstitué aux studios Fox, en utilisant en particulier un décor de village passe-partout qui avait été édifié pour Four sons, du même John Ford, en 1927 (Et qui était supposé figurer un village Allemand...). Il nous conte les mésaventures d'une famille de mineurs, les Morgan; le père (Donald crisp) et la mère (Sara Allgood) ont eu sept enfants: cinq grands gaillards, tous devenus mineurs avec leur père; la jolie Angharad (Maureen O'Hara), et le petit Huw ((Roddy McDowall). Nous suivons leur vie, de mariages en célébrations, de décisions lourdes de conséquences (Grève, exil) en deuils, et on se concentre en particulier sur deux personnages: le petit Huw, narrateur, qui va avoir une chance considérable, celle de pouvoir faire des études, mais préfèrera suivre son père dans la mine, comme l'ont fait ses cinq frères; et Angharad, qui aime le pasteur Gruffydd (Walter Pidgeon), mais se verra obligée de se marier avec le fils du propriétaire de la mine, parce que Gruffydd n'a aucun avenir à lui apporter... Ce ne sera pas un mariage heureux. Enfin, le personnage principal, en creux bien sur, c'est le père Gwilym Morgan, un rôle puissant et taillé sur mesure pour Crisp.

 

Si on accepte de suivre Ford dans son obsession de rendre tangible les liens tissés entre les différents membres d'une communauté en truffant le film de chansons issues du folklore local, interprétées de façon souvent  trop orthodoxe pour être honnête, on acceptera aussi de le suivre dans cette évocation poignante, qui à l'instar d'autres films Fox majeurs de ces années 40 (Grapes of wrath, Ox-Bow incident) sait ne pas se voiler la face devant des problèmes que nous qualifierons de sociaux. Ford, qui a toujours prétendu être un Républicain invétéré, n'a jamais caché ses sympathies à l'égard d'une société d'entr'aide, et le mot de socialisme est prononcé dans le film... C'est indissociable de l'histoire de ces mines, dont les ouvriers étaient en proie à un système qui les tuait, en les payant toujours moins. Cette spéculation sur la misère du plus grand nombre est au menu de ce film. un autre aspect qui apparait clairement, c'est l'appropriation de cette histoire de protestants assez rigoureux, vue au travers du Catholicisme de Ford: Angharad s'élève en pleine chapelle contre l'ostracisme dont a souffert une femme, fille-mère... Son indignation, celle de Ford, est immanquablement partagée par le public.

 

L'aspect le plus fascinant du film reste cette impeccable style visuel, fait d'un sens de la composition qui laisse pantois, d'autant que Ford était un rapide, comme chacun sait. Cette faculté à faire dire à l'image dix fois, cent fois plus de choses que ce qu'elle raconte: ces portraits de femmes dans l'entrebaillure de la porte (Une porte ouverte dans un film de Ford a toujours été riche de sens, et ce dès Straight shootin'!), exprimant le plus souvent une inquiétude de groupe. Ces vieilles femmes silencieuses (Dont Mae Marsh) devant leurs maisons, symboles d'une humanité toujours debout dans la souffrance, ou encore cette pieta à la fin du film, avec Donald crisp, Walter Pidgeon et Roddy McDowall. Ford savait plus que tout résumer les sentiments à travers les images et la position de ses interprètes. mais ici, il est aussi aidé par deux acteurs qui travaillent pour la première fois avec lui. Roddy McDowall, génial de bout en bout, qui ne tournera plus jamais pour Ford, et bien sur Maureen O'Hara, qui elle aura d'autres occasions de briller dans ses films. La façon dont Ford filme son mariage, lui demandant d'être aussi neutre que possible, laissant le soin à son voile de mariée de symboliser toute la misère du monde, est l'une des mille et une idées graphiques géniales d'un film qui a bien mérité son Oscar, même si ce n'est en rien le meilleur film de Ford...

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Published by François Massarelli - dans John Ford
25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 11:00

Il peut sembler curieux, pour des cinéastes qui viennent de trouver le succès avec trois oeuvres aux couleurs flamboyantes du mélodrame et de la passion, de réaliser un film situé en Angleterre pendant la guerre, contant les errances d'un scientifique alcoolique, expert en déminage de haute volée, le tout filmé d'une façon faussement documentaire. Et pourtant, il faudra s'y faire, ce film des Archers a bien sa place parmi leurs oeuvres majeures. David Farrar et Kathleen Byron, ceux par qui le film Black Narcissus basculait presque dans l'irationnel, en sont les héros, deux personnes plus qu'attachantes, qui vivent ce qu'il faut bien appeler une passion, même si elle est située dans un univers de routine et de train-train: Sammy Rice (Farrar) est employé dans un laboratoire de recherche qui travaille pour le ministère de la guerre, et est un expert apprécié; il a perdu une jambe dans le passé, un accident dont les circonstances se devinent aisément, même si elles ne sont jamais explicitées. Susan (Byron) est une secrétaire dans le même office, mais elle est surtout sa petite amie, confidente, son soutien moral... en même temps que sa voisine. Mais il ne fait aucun doute qu'ils partagent le même quotidien.

Le film commence alors qu'un jeune officier, le capitaine Stuart (Michael Gough) vient demander à Sammy de l'aide sur un dossier brûlant: des mines Allemandes, déguisées en objets anodins, ont fait plusieurs victimes. A une époque ou l'issue de la guerre est encore incertaine, il faut mobiliser toutes les énergies pour renverser la tendance, et la multiplication des attentats dus aux Nazis fait désordre, aussi insignifiant soient-ils. Pourtant la guerre n'est pas le souci principal de Sammy: souffrant à cause de sa blessure, alcoolique tentant de se contrôler (Avec l'aide de Susan), il souffre aussi dans son ego, se méprisant lui-même, persuadé que Susan ne reste avec lui que par pitié...

 

Sammy est un héros typique de Michael Powell, un homme qui se confronte à ses démons. Certains le font en toute connaissance de cause (Les héros de A Canterbury tale, notamment); d'autres, les plus connus (Soeur Clodagh dans Black narcissus, ou Vicky dans The red shoes, et bien sur Joan dans I know where I'm going) s'en rendent compte au fur et à mesure de leur confrontation; enfin, ce pauvre Colonel Clive Candy (The life and death of Colonel Blimp) ne s'aperçoit quasiment de rien. Sammy Rice, lui, le sait, et va même jusqu'à créer ses propres obstacles dans ce qui aurait pu être une légitime course au bonheur. Il se comporte en vieux grognon, faisant tout pour décourager Susan. Il est un expert reconnu, mais sa loyauté à son travail n'est pas accompagnée d'une quelconque fidélité aux hommes qu'ils côtoient; on voit d'ailleurs qu'autour de lui les hommes évoluent, font parfois passer leur vie personnelle devant le travail, et se succèdent à des postes qui les font avancer dans leur carrière - pas lui. Et surtout, il fait un travail qui lui donne parfois l'occasion de tester son instinct de mort... A ce titre, il est inévitable que Powell passe par une scène de déminage au suspense intense; c'est bien sur le principal propos de cette sous-intrigue liée à ces mines découvertes par les Britanniques, dont seront victimes deux hommes durant le film: un soldat anonyme, et le Capitaine Stuart, qui avait manifestement abordé le travail sur l'objet lui-même comme un sport de haut niveau, avec un peu trop de gourmandise. Mais la scène qui nous montre Rice en plein travail est un quart d'heure de tension superbe, dans lequel le scientifique, affronte enfin ses démons, se découvrant une envie de vivre, une valeur aussi, qui est reconnue par les gens qui l'accompagnent... C'est une renaissance, située à Chesil Bank sur la côte sud de l'Angleterre, un lieu magique que Powell adorait.

Susan et Sammy sont un couple fascinant, parce qu'ils sont arrivés dans leur amour sincère à un stade ou, d'une certaine manière, ça passe ou ça casse, comme on dit: Susan arrivera-t-elle à supporter la mauvaise humeur et la tendance à l'auto-critique dégoutée de Sammy? Celui-ci se rendra-t-il compte qu'elle est amoureuse, sans conditions, ou pas? Et puis ils sont à des antipodes d'un gentil couple de cinéma, la dimension physque de leur couple étant mise en valeur par la complicité tactile dont ils font preuve, soulignée aussi par la proximité de leurs appartements. Si Farrar a composé un personnage dont il existe d'autres exemples dans l'histoire du cinéma, cousin par exemple de l'écrivain joué par Ray Milland dans The lost week-end, de Billy Wilder, Kathleen Byron a la tâche de créer un personnage qui échappe aux clichés en vogue et est furieusement réaliste, en plus d'être plus qu'attachante. Son physique particulier, mis en valeur dans des éclairages impeccables, fait une fois de plus merveille. La façon dont Powell l'isole par un spot dirigé sur son singulier visage, devient un leitmotiv de ses aparitions...

J'ai parlé de réalisme occasionnellement, à propos de ce film, mais il faut reconnaître que si le décor est situé majoritairement à Londres, dans des pubs, des bureaux, des immeubles et appartements qui pourraient tout à fait être d'authentiques lieux d'une telle histoire, les cinéastes sont choisi de privilégier des scènes nocturnes, montrant la difficulté des personnages à rentrer chez eux, par exemple, Susan et Sammy ayant tendance à essayer de maintenir une vie sociale intense, qui tend à souligner un peu plus leur complicité. Mais surtout le lieu ou ils travaillent, une petite maison située dans l'arrière-cour d'une annexe d'un ministère (!), est un endroit idéal pour y vivre leur histoire d'amour marginale et fragile. Les décors ont leur importance dans l'appartement de Sammy aussi: beaucoup de plans sont composés de manière à incorporer deux objets familiers: un portrait de Susan, et une bouteille qui sert généralement de rappel: elle est là, mais Sammy n'est jamais supposé l'ouvrir. Les deux choix, l'avenir avec Susan, ou la fin de la douleur avec l'alcool, sont représentés... La douleur d'une séparation momentanée sera quant à elle représentée avec génie par l'absence dans l'appartement de Sammy des objets qui sont associés à la jeune femme: le portrait, bien sur, mais aussi le chat qui leur sert de compagnon... Lorsque Sammy rentre à son appartement vidé de ces preuves d'amour, il replonge dans l'alcoolisme en se saisissant de la bouteille, et la vide. La scène qui suit, qui vire inévitablement au délire visuel, est aussi déchirante... C'est en plus la veille de son utime mise à l'épreuve...

Ne manquant même pas d'humour, le film est une perle rare, forcément moins flamboyant dans son apparence que les grandes épopées colorées, mais pas moins beau. C'est une superbe histoire d'amour, ce qui suffirait, mise en beauté par une superbe re-découverte de lui même par un homme qui va enfin comprendre sa valeur et la valeur qu'il peut apporter à son environnement. Quand le film se termine, les Britanniques ont renversé la tendance, on sent que la guerre va être gagnée. En ce qui concerne Sammy et Susan, ils ont déja gagné.

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell Criterion
19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 09:31

Ce film est à la fois une des oeuvres les plus personnelles de Ford, un film réalisé en liberté, à sa guise, et avec sa troupe grâce au succès énorme de The quiet man, sorti l'année d'avant et distribué par la même compagnie, en l'occurence Republic pictures, et un film inutile à part si on admet qu'il livre une synthèse de l'humanisme de John Ford... et ses petites manies, bonnes ou mauvaises. L'aspect le plus inutile du film est d'être après tout un remake d'un excellent film de 1933 qui n'avait absolument pas besoin d'être imité, Judge Priest... A Will Rogers, qui interprétait (Sans effort aparent...) le Juge Sudiste dans le premier film, succède Charles Winninger, qui remplit fort convenablement sa tâche, à part qu'il n'est pas Will Rogers. Deux acteurs reviennet dans les mêmes rôles, ou presque: Jeff, l'employé noir du Juge, est interprété par l'insupportable Stepin Fetchit qui se comporte en cliché raciste vivant comme d'habitude, et Francis Ford, dont c'est hélas la dernière apparition, est l'habituel trappeur saoul, affublé d'un nom révélateur: Feeney.

 

Une petite ville du Kentucky, au début du XXe siècle; Le Démocrate William Priest brigue sa réélection au poste de Juge du comté, mais aura fort à faire pour contrer l'offensive du Républicain Horace K. Maydew, un Nordiste parachuté qui séduit toutes les épouses des électeurs avec ses belles manières, et avec un programme tout entier incarné par le rejet de Priest. Des intrigues situées dans le village nous présentent la façon particulièrement humaine, mais aussi assez peu orthodoxe dont le Juge conduit ses affaires, et le vieux filou fait tout ce qu'il peut pour sauver son siège...

 

C'est sympathique, bien sur, on retrouve l'univers de Ford, ses acteurs, ses sales manies aussi: sa propension à se vautrer dans le folklore et le chant, une façon de traiter les personnages Afro-Américains en "Oncle Tom", qui renvoie à Griffith, son idée que tous les hommes sont des alcooliques, et que ce soit un trait de caractère enviable... Bien sur, on a de vrais moments d'émotion parfaitement dosés, dont l'enterrement d'une prostituée durant lequel le Juge est le seul participant aux funérailles à l'exception des pensionnaires du bordel  lcal, avant qu'un à un  les citoyens ne se joignent, sans un mot, à la procession. Mais le final de l'enterrement, avec la chorégraphie bien réglée des ex-esclaves réunis en adoration de leurs maîtres, est selon moi d'un mauvais goût affligeant. De même un embryon de réflexion sur la condition des noirs (Paradoxal, quand on voit à quel point Ford neles comprenait pas à cette époque...) est amorcé par une série de plans d'habitants des quartiers pauvres (Donc noirs) de la ville qui réagissent à un danger qu'on ne voit pas pour commencer: le spectre du K.K.K. passe dans le film, juste pour quelques moments diffus. Mais ça n'ira pas très loin... Si on peut admettre le paternalisme un peu simpliste, inhérent à l'univers de Will Rogers, dont pouvait souffrir Judge Priest, ici, c'est plus qu'embarrassant. Le film est indolent, comme le Sud... mais aussi parfaitement mensonger et inutile, je persiste.

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Published by François Massarelli - dans John Ford
18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 18:50

Kobayashi est parfois un naïf, parce qu'il est en permanence indigné, c'est ce qui fait la force de ses plus grands films... dont à mon avis fait partie ce joyau: dans la lignée de ses films engagés, tourné après la réussite de La condition de l'homme, il détonne en particulier parce que ce nouveau film adopte un ton elliptique, et une narration qui joue avec les flash-backs, et les points de vue, racontant une myriade d'anecdotes qui se réunissent en une intrigue qui laisse pourtant au spectateur peu de chances de se faire sa propre opinion...

Un homme riche se meurt d'un cancer. Désirant mettre ses affaires en ordre, il décide d'organiser sa succession. Il peut laisser une partie de sa fortune à son épouse de 20 ans sa cadette, dont il y a fort à parier qu'elle en convoite l'ensemble; mais il ajoute au partage trois enfants illégitimes, qu'il n'a jamais rencontrés, et sur lesquels il va lancer ses assistants (Parmi lesquels on trouve Tatsuya Nakadai dans ce qui est l'un de ses plus beaux rôles). Tous vont essayer de rafler une partie du magot, et tous les enfants illégitimes vont apporter leurs lots de problèmes... Mais au milieu de tout cela, le patron va vivre une dernière histoire d'amour un peu inattendue avec sa secrétaire (Keiko Kishi, excellente), qui va apporter des développements inattendus.

L'indignation est donc le principal sentiment que Kobayashi nous fasse partager dans son cinéma, et ici, il est particulièrement présent. il faut voir ce film dans lequel les vautours s'affairent autour de la dépouille pas encore tiède d'un homme qui les a tous plus ou moins élevés au rang où ils sont... Et admirer cette mise en scène qui fait feu de tout bois, en livrant clin d'oeil sur clin d'oeil, citation sur citation: Ascenseur pour l'échafaud, Psycho, voire Breakfast at Tiffany's... Kobayashi avait de l'humour, et de la culture, et pourtant ces élégances ne sont que la partie la plus palpable de l'iceberg: son film est à lui tout seul un modèle de construction, de ton, de gestion du point de vue, de direction d'acteurs et la photographie noirissime ne fait qu'ajouter à notre bonheur... Superbe.

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Masaki Kobayashi Criterion
12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 10:52

Rivière noire ou le film noir selon Kobayashi, qui avait déjà réalisé deux brûlots entre quelques bluettes inoffensives destinées à donner le change. Mais son but était plus que jamais de dénoncer les conditions de vie d'un Japon qui s'enfonçait plus avant dans la corruption, sous l'influence ouvertement citée d'une présence Américaine de plus en plus gênante. Kobayashi, homme de gauche, n'épargnait pas non plus son pays, qui allait en prendre pour son grade dans l'incroyable et épique film de 9h30 La condition de l'homme, trois ans plus tard... Mais n'anticipons pas: Rivière noire est la première rencontre de Kobayashi avec Tatsuya Nakadai, l'acteur génial de Hara-Kiri, Kwaidan, et La condition de l'homme. Son talent pour tout jouer, y compris les scélérats est particulièrement mis en valeur dans ce film: Nakadai y est Joe, un truand local qui fait la loi, parfois avec l'appui de la population; ceux-ci vivent dans des taudis, en particulier les "appartements" dans lesquels l'essentiel de l'intrigue du film se situent; la propriétaire (Isuzu Yamada, géniale de méchanceté) est de son propre aveu peu regardante quant à la provenance de ses locataires, leurs méthodes, du moment qu'ils paient. En échange, ils sont supposés ne pas être très regardants non plus sur la qualité du service. C'est ici que vit Nishida (Fumio Watanabe), un étudiant; il est amoureux d'une jeune fille, Shizuko (Inuko Arima) qu'il estime pure, mais celle-ci est convoitée par Joe. Lorsque celui-ci tend un piège à la jeune femme, elle tombe dans ses bras comme une fleur, et joe qui s'amuse beaucoup de la jalousie de Nishida, le provoque d'autant plus qu'il sait que Shizuko a de l'affection pour l'étudiant...

 

La corruption représentée par Joe, la tentation de l'alliance avec le mal, la pureté à géométrie variable... le portrait de la jeunesse Japonaise n'est pas tendre, bien sur, et il devient difficile dans le film pour les personnages pour survivre à l'écart de ces conflits. Mais ce qui frappe au-delà de la dureté du film, c'est la façon dont la violence dérape parfois vers la baroque, avec ce personnage en roue libre interprété par le pourtant jeune Nakadai. A côté de lui, Kobayashi a su maintenir un certain équilibre entre les obligations paroxystiques du genre et la véracité de l'interprétation, mais admettons-le, quel autre acteur aurait pu allier autant de vilenie et de fascination? Avant même d'être une dénonciation, sordide mais saine, le film est un somptueux film noir sans barrières, dans lequel il construit certaines scènes sur l'allusion à la virginité de son héroïne, assimilée à une ombrelle dont elle ne se débarrasse jamais, mais qui va devenir un étendard lors de la scène finale...

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Published by François Massarelli - dans Noir Masaki Kobayashi Criterion
12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 10:28

Des numéros musicaux, justifiés par une intrigue située dans le milieu du spectacle, des femmes filmées sous tous les angles, des hordes de danseurs et danseuses amoureusement tricotés les uns aux autres, et des sujets de ballets qui sont tous plus fripons les uns que les autres, le tout sous la bienveillante surveillance du président Roosevelt... Oui, ceci est bien une comédie musicale pré-Code de Warner avec Busby Berkeley à la réalisation des séquences chorégraphiées... Certes, officiellement, le film n'est que de Lloyd Bacon, mais comment tiendrait-il debout sans l'incroyable invention de Berkeley? Comme avant lui 42nd Street, et Gold diggers of 1933, ce film est entièrement dévolu à la création par Bacon des conditions qui vont permettre à Berkeley de dégainer ses incroyables numéros...

Dans ce film, qui retourne à l'inévitable intrigue urgente de 42nd street (Lancer un show dans des conditions difficiles, comme si sa vie en dépendait), nous avons une compagnie dont le gagne-pain est de réaliser des prologues dansés pour les cinéma des grands boulevards, mais dopée par la concurrence avec un autre studio. L'énergie déployée par les artistes est phénoménale, et le résultat doit être à la hauteur... Il le sera, aucun doute là-dessus. Mais la supériorité de ce film sur les autres tient à une alchimie particulière... qui tient en deux mots: James Cagney. Parce que tout le reste de l'équipe est bien là, mais ce film est le seul des films musicaux de ces années glorieuses dans lequel l'acteur joue, et imprime son style (En concurrence avec Joan Blondell, qui est comme d'habitude parfaite...). et Footlight parade tient aussi sur un petit suspense: Cagney dansera-t-il?

 

...Oui, il dansera, et c'est l'un des ingrédients qui donnent force et cohésion au film: le rythme est soutenu, mais entièrement basé sur la montée de l'adrénaline tant pour les artistes que pour les spectateurs. Mais la façon dont le personnage de Cagney s'implique lui permet de s'insérer dans un numéro, et de l'habiter sans jamais démériter. Oh, bien sur, il ne chante pas bien, mais sa partenaire Ruby Keeler, qui avait toujours deux ou trois chansons pour elle dans ses films, est pire. Mais l'intrusion de Cagney dans les ballets est ce qui permet au film de lier les deux styles sans couture apparente.

 

Et puis il y a les numéros, qui à part pour l'un d'entre eux, d'ailleurs le plus faible, sont enchaînés dans les 37 dernières minutes. Que du bonheur, avec les épices secrètes: corps féminins alanguis, rassemblés dans l'eau pour dessiner d'improbables corolles, puis montés les uns à coté des autres dans une fontaine humaine (By a waterfall). Les situations graveleuses de The Honeymoon Hotel sont suivies d'un final patriotique un peu fripon dans lequel les marins américains trouvent le repos du guerrier dans une fumerie d'opium... C'est incroyable, filmé au plus près des corps, avec d'impossibles costumes et tellement de sous-entendus qu'on en remplirait un dictionnaire... 104 minutes à l'écart du monde.

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Published by Allen john - dans Pre-code Musical Busby Berkeley Lloyd Bacon
12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 09:46

Après le spectaculaire premier film de Bird pour Pixar, qui marquait définitivement l'arrivée du petit studio dans la cour des grands en proposant le poste de metteur en scène à une personnalité extérieure, et non à un membre de l'équipe (Au prix de quels renoncements? L'histoire ne le dit pas), Ratatouille est plutôt inattendu; basé après le film de super-héros qu'était The incredibles sur une histoire de rat qui vit dans l'ombre des humains, et imite l'une de leurs particularités (La cuisine) au point d'avoir du génie, on pouvait craindre une hyper-Dineyisation, si j'ose créer un verbe un peu lourd de sens... Mais comme The incredibles n'était pas qu'un film de super-héros, Ratatouille n'est pas non plus qu'un film sur un gentil animal qui vient faire de la cuisine pour les humains...

Rémy est un rat qui n'est pas comme les autres; là ou ses congénères sont des voleurs de nourriture qui ne sont pas très regardants quant à la qualité de ce qu'ils ingurgitent, Rémy est un esthète de la nourriture, versé sur la grande cuisine, et qui a absorbé les leçons prodiguées à la télévision par le grand chef mythique Gusteau. Non que Rémy ait la télévision, non: il n'est pas ce genre de rat. Dans la campagne Française ou il vit, il a repéré une maison dans laquelle la vieille dame qui l'habite s'endort tous les après-midis devant une émission culinaire, il lui suffit donc de s'installer tranquillement et de rêver devant les émissions de son héros. Mais son talent pour la délicatesse gustative n'a aucune utilité pour la horde, sauf... la capacité à détecter une odeur de mort-aux-rats dans la nourriture. Rémy, de fait indispensable à la tribu mais qui s'ennuie profondément, attend son tour.... Qui viendra lors d'une fuite de la famille de rats vers les égouts, puis vers Paris. Séparé des autres, Rémy atterrit dans les cuisines de chez Gusteau. Le chef étant décédé, le restaurant vit sur ses acquis, mis à mal par les coups de boutoir d'un critique, Anton Ego. Lorsqu'il arrive, Rémy est amené à aider un commis, Alfredo Linguini, à réaliser une soupe qui sera si appréciée que les cuisiniers de chez Gusteau vont se prendre à croire à un renouveau du restaurant... Mais ça ne fait pas les affaires de Skinner, le nouveau chef, qui a déjà pré-vendu des abominables plats surgelés sous le nom terni de Gusteau, et qui entend bien développer cette activité au détriment de l'établissement; de son côté, Linguini fait un pacte avec Rémy pour continuer à prétendre qu'il est le nouveau chef du prestigieux restaurant.

En effet, Rémy le rat n'est pas si gentil, après tout. Sommé de choisir entre sa famille et ses nouveaux maîtres, il choisit... de ne pas choisir, et de montrer qui est le patron: lui. la famille? des pique-assiettes, uniquement utiles quand on les commande et qu'ils n'ont pas le temps de réfléchir. Les maîtres? Coincés par la réputation de leur restaurant, ils sont surtout désireux de retrouver ne serait-ce que des bribes des succès d'autrefois. Et de fait, tous, y compris Linguini le faux chef, et Colette la vraie cuisinière qui évite de trop faire d'expériences, sont finalement des médiocres, le rat ne se cache pas de le montrer... Il est sûr de lui, à juste titre en ce qui concerne d'ailleurs ses talents culinaires, et souvent sceptique sur la devise de Gusteau: tout le monde peut cuisiner, pensait le maître; le rat, lui ajoute: "mais certains feraient mieux de ne pas le faire..."

Le film est brillant, parfaitement rythmé: aucun temps mort, aucune chanson pour tout casser, pas non plus de ce mauvais esprit sur commande qui transforme le visionnage des films Dreamworks en calvaire, et un suspense ascendant: on a compris très tôt que la véritable confrontation dans le film n'est pas celle de Rémy avec Linguini, ce garçon n'étant pas de taille; ce n'est pas non plus avec l'inspection sanitaire, encore moins avec Skinner. Non: LA confrontation dans le film, celle qui fait le sel d'une dernière demi-heure enlevée, c'est bien sûr avec l'impitoyable critique Anton Ego... Ce qui nous amène inévitablement au sujet du film, sur l'art et la critique: Ego, critique, le reconnaît, la position de l'écrivain qui fait son métier de critiquer les autres est paradoxale; on peut sans doute attribuer mille fois plus de sens et d'intérêt à l'objet d'art critiqué qu'au texte qui en prouve l'ineptie et le manque de valeur... La réflexion menée dans le film, incarnée par Rémy le rat, est basée sur le fait que quand l'art doit s'exprimer, il faut le laisser faire, qu'on soit un homme, une femme, un peintre, un écrivain, un cuisinier ou un rat... Et Bird, qui connaît bien son art lui-même, s'est fait un point d'honneur de représenter la rencontre entre la cuisine de Rémy et les papilles gustatives des protagonistes. Voilà où se situe le véritable théâtre des opérations, pas dans la cuisine, pas dans les casseroles, pas dans la salle: là où on mange, vraiment... Et les critiques ne sont pas à proprement parler des ogres non plus, puisque Ego montre qu'il peut aussi devenir un allié, et va mettre sa réputation en jeu à la fin du film.

Tout ça est réalisé avec le talent habituel des films Pixar: pas de vulgaire gros ogre sous-développé du bulbe et horriblement mal dessiné à l'horizon, Ratatouille est du 100% Shrek-free, heureusement. Le film est d'une beauté formelle rare, avec son Paris pour univers parallèle pas si éloigné de la vision d'un Jean-Pierre Jeunet, et sa mise en scène bouillonnante qui se situe à hauteur de rongeur est d'une énergie folle. Le film n'est sans doute pas aussi fédérateur qu'a pu l'être The Incredibles (Le Citizen Kane de Brad Bird, quand on y pense: arrivée extérieure d'un metteur en scène, carte blanche... sauf qu'il n'était pas à son coup d'essai), mais c'est aussi un film qui nous amène avec délicatesse à voir une forme de vérité rassurante qui est en face de nous: il y aura toujours des Rémy, qu'ils soient peintres, cinéastes, ou... confectionneurs de ratatouille. A propos de ratatouille, le titre est génial, puisque trois fois justifié. Deux fois de façon limite, donc ça ne compte pas: Linguini bafouille, et en vient à dire "ratatouille", bon; le rat est cuisinier, donc rat-atouille... mouais; mais le plat choisi pour répondre à l'impossible défi du très inquiétant Anton Ego, c'est bien sûr le rustique plat aux légumes du soleil... Une façon de dire, exactement comme dans The incredibles, que c'est parfois les plus vieilles recettes qui font les meilleurs plats. Et les films d'animation n'ont pas besoin de plus que de trouver la bonne histoire, le bon rythme, le bon suspense, et le bon graphisme... a part des bons artistes, s'entend.

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Published by François Massarelli - dans Animation Pixar Disney
8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 09:43

Bien qu'il n'y soit pas crédité en tant que metteur en scène (C'est tout de même une 'John Ford Production'), Ford est bien le principal artisan de cette petite comédie, qui se trouve au confluent d'un certain nombre d'aspects de sn oeuvre en cette fin 1928: cinquième et dernier de ses films à sortir en cette année, il vient donc après Mother Machree (Janvier 1928), Four sons (Février), Hangman's house (Mai), et Napoleon's barber (Sorti officiellement la veille de la sortie de Riley, en novembre!). Ce dernier était aussi, en quatre bobines seulement, le mythique (Car aujourd'hui perdu) premier film parlant de Ford, ainsi que le premier film sonore en extérieurs de la Fox! Après Riley, seul un film de Ford allait être muet, le suivant: Strong boy, sorti en mars 1929. Il est aujourd'hui perdu... Donc en ce qui nous concerne, et si on excepte la seule version sauvegardée de Men without women (Janvier 1930), Riley the cop constitue en quelque sorte les adieux de Ford au cinéma muet, et après quelques films aventureux (Upstream, Mother Machree, Four sons et Hangman's house), un retour au style simple, linéaire et fortement teinté de comédie qu'il pratiquait avant l'arrivée de Murnau à la Fox... Le film est aussi notable pour la présence de J. Farrell McDonald, éternel second rôle, qui tient cette fois le haut de l'affiche, une preuve de l'affection du metteur en scène, mais aussi de l'image chaleureuse que le vieil acteur avait auprès du public.

 

Aloysius Riley (McDonald) est un policier New Yorkais, un vrai: Irlandais, plus oncle bourru que véritable bras de la loi, il est aimé de tous, même s'il a un certain ressentiment à l'égard de son collègue Krausmeyer, un immigré Allemand comme son nom l'indique (Harry Schultz). Il estime qu'on mesure l'efficacité d'un policier "aux arrestations qu'il ne fait pas", une devise mise en exergue dans le film et qu'il applique tous les jours. Quand il y a un problème, il se débrouille pour que ce soit sur le territoire de Krausmeyer... Pas grand chose ne se passe, Riley y pourvoie, jusqu'à ce qu'on fasse la connaissance d'un jeune couple d'amoureux, Mary (Nancy Drexel) et Davy (David Rollins). ils s'aiment, mais ne vont pas pouvoir se marier de suite, var Mary doit partir en Allemagne. Le bouillonnant Davy part pour la rejoindre, mais il est entretemps accusé d'avoir volé dans la caisse de la patisserie ou il travaille. On décide d'envoyer Riley en Allemagne, afin de récupérer le jeune; là, il va non seulement procéder à sa première arrestation, celle de Davy qu'il a vu grandir; mais Riley va surtout rencontrer l'amour, en la personne de Lena (Louise Fazenda)...

 

C'est parfois improvisé, tourné entièrement aux studios Fox, et mis en scène à l'économie... Mais une économie qui s'avère efficace. Avec McDonald, on est en territoire Fordien, et le timing de l'acteur est superbe, disons que si ce film ne révolutionnne pas grand chose, il est plus que plaisant! Et la chaleur humaine représentée par ce bon vieux policier autour duquel les gens se sentent si bien qu'ils ne parviennent pas à enfreindre la loi est communicative, faisant de Riley un cousin des personnages incarnés par Will Rogers dans les films de 1933 à 1935. Bien sur, il y est question de consommation gargantuesque d'alcool (Ici, la bière, une motivation pour Riley, qui va pouvoir aller en Allemagne et se pinter légalement en absorbant des quantités dangereuses de ce liquide, alors qu'on est en pleine prohibition!), les gags sur les pieds de Riley chaussés de croquenots de bonne taille abondent (Sur un bateau, un stewart qui cherche un policier nommé Riley le reconnait à ses pieds!), les gags ethniques (Policier Allemands rigides et militarisés) et autres clichés surranés sont légion... Mais ce qui frappe aussi, dans la première partie, c'est l'humanité du personnage, et le fait qu'on nous présente une société multi-communautaire, ou pluri-ethnique, dans laquelle l'harmonie existe, à part peut-être entre Riley et Krausmeyer; et encore, à la fin du film, on réalise que ces deux-là vont probablement être obligés de cohabiter, car... Mais chut!

 

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Published by François Massarelli - dans John Ford Muet 1928
2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 08:30

Réalisé peu après The Iron Horse (Et après un autre film perdu, Hearts of oak), ce film est un petit pas pour Ford, pour la Fox aussi: une adaptation d'une pièce de théâtre qui n'avait pour elle que le succès, dont on peut se demander ce qui motivait tant son passage au cinéma... Ford en retire un peu de comédie, réussit à donner à certains passages de procès un petit intérêt, et réussit même une jolie scène de comédie physique, mais le reste est bien poussif... L'intrigue concerne un homme qu'on a surnommé Lightning... (La foudre) précisément parce qu'il est éperdument lent.

 

Au Calivada hotel, situé sur la frontière administrative entre le Nevada et la Californie, les Jones vivotent, profitant surtout de la possibilité de fournir à des femmes désireuses d'aller divorcer à Reno, Nevada (Le Las Vegas du divorce) une discrète adresse en Californie... Mais les affaires ne sont pas florissantes, et un conglomérat véreux veut les exproprier, ce que Madame Jones (Edythe Chapman) souhaiterait, mais Bill 'Lightnin' Jones (Jay Hunt) refuse. Pour le reste, il passe le plus claur de son temps assis à l'extérieur avec son chien Chester, ou à boire avec son ami Zeb (Otis harlan). Il est soutenu dans son refus de partir par son ami l'avocat John Marvin (Wallace Mc Donald), qui fait l'objet dun mandat d'arrêt du Nevada pour son refus de céder ses terres au même groupe qui tente de faire partir les Jones...

 

La lenteur de Lightnin' finit par rejaillir sur le film, qui repose du reste sur une grande quantité de gags plus ou moins douteux liés à la boisson. Ford a toujours montré des dispositions pour un himour picaresque assez douteux, en témoigne un Tobacco Road de sinistre mémoire, mais loyé dans ses films, cet aspect ne pose pas de problème. En revanche, lorsqu'il n'y a que cela, c'est ennuyeux à mourir... Combien de gags liés à la consommation de l'alcool nous faut-il subir pour que l'intrigue de ce film avance? Heureusement qu'un certain nombre de péripéties viennent nous donner un peu plus à voir: Bill Jones part s'installer à l'hospice des soldats (Il est un vétéran de la Guere de Sécession); une scène liée à la présence dans l'hotel même dun marquage de la frontière entre les états devient un prétexte à un petit jeu du chat et de la souris dans le salon de l'hotel entre John Marvin et le shériff (James Marcus), Marvin s'amusant à 'passer la frontière' pour narguer celui-ci; le procès dont le juge est J. Farrell Mc Donald est du grand n'importe quoi, voyant le juge prononcer le divorce d'une femme qu'il courtise avant de commencer le jugement du divorce des Jones (Une surprise pour Bill, qui était donc parti du domicile conjugal).

 

Ce film sert surtout à mesurer combien la Fox, en dépit de succès comme The Iron Horse, avait à se réinventer, y compris lorsque les films louchaient du côté de l'Amérique profonde; il y a un monde entre cette comédie lente et morne et le magnifique Lazybones tourné la même année au même studio par Borzage... Hors du western, dont il était déjà un maitre, Ford était lui aussi encore en devenir, finalement, c'est l'un des enseignements de ce film, et des sympathiques, mais peu ambitieux films qui suivront, The Blue eagle ou The Shamrock handicap.

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Published by François Massarelli - dans John Ford Muet 1925