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Les deux premiers films de Wes Anderson ont le même titre, et pour cause: à l'origine, le cinéaste avait commencé à bricoler, avec ses copains les frères Wilson, un film indépendant en 16 mm noir et blanc qui n'avait pas vraiment pu se faire, et qui avait fini par être montré à Sundance, sous la forme d'un court métrage.
Le long métrage produit par Columbia, et réalisé en couleurs, sorti en 1996, prolonge le court, tout en en reprenant l'essentiel: Dignan (Owen Wilson) monte des plans délirants de hold-ups sophistiqués, conçus pour être exécutés par des gens qui n'apporteront aucun changement au déroulement ultra-prévu déjà inscrit dans sa tête: c'est forcément un être dont la confrontation avec la réalité est douloureuse.
Mais c'est pourtant Anthony (Luke Wilson) que Dignan va chercher dans une institution psychiatrique. Il a souhaité se retirer du monde: contrairement à Dignan, Anthony est celui qui a ouvert les yeux, au moins un peu, sur la vérité brutale: il ne sait pas ce qu'il fait sur terre. Enfin Bob (Robert Musgreave), un fils de riches, sait pourquoi il veut se rebeller: il vit dans l'ombre insupportable de son frère, une brute (Andrew Wilson) au surnom surdéterminé: on l'appelle 'Future Man'. Afin de s'élever, les trois compères montent un coup, en attaquant une librairie. Avec le maigre butin, ils prennent la fuite et vont voir s'effriter leur camaraderie dans un motel au milieu de nulle part, ou Anthony va tomber amoureux... Mais Dignan a d'autres plans: il souhaite convaincre le boss criminel local, M. Henry (James Caan), de l'engager afin de faire un coup...
Anderson a coutume de dire que ce film est celui de ses longs métrages qui divise le plus les commentateurs. C'est aussi le moins typique, même si son univers fait de décalage, de symétrie, d'une netteté graphique exceptionnelle et d'extrême lisibilité se met déjà en place. Surtout, ses personnages si complémentaires et si doués pour la tragi-comédie, sont de la même famille, de la même excentricité -surtout Dignan, il est vrai- que bien des protagonistes à venir. Et ce mélange de burlesque, de comédie de situation, de parodie de film de gangsters, et de road-movie au second degré est attachant par sa sensibilité toujours tendre et complice... La façon dont Dignan assume enfin sa condition à la fin du film, est en particulier très touchante.
Il y a finalement, une double raison au titre: d'une part, Stanwyck est amenée à jouer une femme, supposée être un sosie de Jean, mais qui serait une noble Britannique; cette 'Eve' est celle par laquelle Charlie va découvrir à quel point il lui faut retrouver Jean... Mais Eve est aussi et surtout une allusion à la Genèse, à laquelle le film renvoie par de multiples indices: le serpent de Charlie, qui va d'ailleurs semer la pagaille dans une courte scène, est également présent au générique sous la forme d'un cartoon, et s'accompagne lors de la première rencontre entre Charlie et Jean d'un jeter de pomme: la jeune femme lance en effet un trognon sur le jeune homme qui s'apprête à embarquer sur le paquebot afin qu'il lève la tête et qu'elle puisse juger de son physique. Le film va nous montrer, à travers les marivaudages pilotés par une Stanwyck en très grande forme, un jeu très allusif du chat et de la souris dans lequel le jeune homme est la proie: non seulement des escrocs (Dont Charles Coburn on s'en doute, compose un chef saisissant), mais surtout... de la femme. Avec un grand F. Bref: une grande comédie intemporelle, réjouissante et indispensable. Un classique, quoi.
D'une part, la comédie est menée au rythme imposé par Colbert, qui
est excellente bien sur; ensuite dans cette intrigue qui accumule les moments (La scène du train qui dégénère de façon impressionnante) et les personnages loufoques (Les membres du club
de chasse, mais aussi l'improbable Toto, un étranger qui suit Mary Astor et qui parle une langue que personne ne comprend), on est dans un ailleurs qui va au-delà du monde assez vraisemblable des
comédies de Hawks ou de Lubitsch. Mais c'est Palm Beach, donc c'est un peu une autre planète, et le but du divertissement, n'est-ce-pas, est de divertir... ce qu'il fait, en se payant le culot
d'ouvrir sur une énigme qui ne trouvera incidemment sa résolution qu'à la fin./image%2F0994617%2F20241223%2Fob_183b53_k8nt6lwpv3thdouwkbzsh4uddjhiem-large.jpg)
a le coeur bien accroché, faite de décalage (Les meurtres froids et ultra-précis de Chiguhr, mis en parallèle avec la lenteur et la gaucherie vieillote de Jones et de son adjoint joué par Garett Dillahunt; les accents poussés juste un tout petit peu vers l'exagération, les petits plaisirs pris par le monstre à parier sur la mort des gens qu'il rencontre), tout en nous donnant à voir, une nouvelle fois, un personnage engagé dans une fuite en avant à cause de circonstances qui le dépassent. 
La première partie est située essentiellement dans le cadre des deux fabricants de café, mais on ne verra pas un grain. C'est que si Jimmy et Betty sont effectivement modestes, ils appartiennent malgré tout à l'Amérique corporatiste dans toute sa modernité. Et lorsqu'il apparaît comme un jeune homme d'avenir, chanceux et talentueux, on offre à Jimmy un poste délirant. D'une certaine manière, il lâche la proie pour l'ombre en se lançant dans des slogans tous plus idiots les uns que les autres, mais le moindre de ses bons mots est pris pour un trait de génie: il entraîne tout le monde dans son sillage... On s'en doute, plus dure sera la chute, et l'amertume est toujours présente dans cette première partie puisque le public sait que la blague finira toujours pas retomber... Mais au passage, sans aucune méchanceté, Sturges nous peint le bonheur factice d'un jeune couple avec une tendresse réelle, au milieu de tout un tas de personnages qui sont certes plus raisonnables que les héros, mais cela ne les empêche pas d'être souvent des excentriques. et le rêve Américain de Jimmy et Betty se concrétise, lorsqu'ils rentrent dans leur quartier, et inondent toute la population (Peu importe leur origine, couleur, classe sociale, tout le monde y passe!) de cadeaux et d'affection. La façon dont le quartier entier fait corps avec ses deux héros, qui ont décidé de partager leur heure de gloire avec les leurs au lieu de se l'accaparer en égoïstes, fait tout le sel de ce film.
La fin retombe finalement vers la réalité, avec un message intéressant: certes, Jimmy n'a rien gagné (Quoique...), il n'a rien à offrir donc à son entreprise. Mais un patron décide de tenter sa chance: après tout, ce jeune homme a du coeur, non? Il est sympathique, présente bien, et il a fait illusion... Tout en apportant à la tendresse qu'il a déployé durant son film une conclusion qui ne détonne en rien, Sturges montre bien de quelle façon le rêve Américain n'est ni inéluctable, ni donné à tout le monde, et à quel point il repose essentiellement sur le culot du moment. Pourtant ce ne sera pas Jimmy qui fera le bon geste au bon moment: ce sera Betty: le rêve Américain est, en fait, une femme.
La première version du film, réalisée par Lewis Milestone en 1931, était titrée The front page, du nom de la pièce adaptée. Howard Hughes et Lewis Milestone sont entrés dans l'histoire en créant le prototype du film de journalistes, grâce au texte de Ben Hecht et Charles McArthur, qui jetait les bases d'un univers de journalistes fait de verbe haut, rapide, et propice aux échanges savoureux... On notera qu'un carton d'introduction dans le film de Hawks rend indirectement hommage à la pièce et au film initial en parlant d'une éautre époque, avant de situer le film fermement dans la fin des années 30. Mais ce qui vient différencier la version de Hawks de la version de Milestone, ainsi que de celle de Wilder (1974), c'est bien sur l'idée de génie (Le script est du à Charles Lederer), qui consiste à faire de Burns et Johnson un couple: dans la pièce et les deux autres films, Hildy est un homme, et la relation fusionnelle entre rédacteur et journaliste est strictement professionnelle... Le match fabuleux entre Russell et Grant, joué au détriment de Bellamy essentiellement (Il fallait un certain sens du sacrifice pour jouer Bruce Baldwin!) électrise le film un peu plus, allant au-delà même des hauteurs atteintes par l'intrigue liée à l'interview, puis l'évasion d'un condamné à mort. La réflexion perpétuelle sur le travail pris sous son aspect quotidien, inhérente à la thématique personnelle de Hawks, s'effectue ici dans un univers qui marche quatre fois plus vite que d'habitude, ce dont le montage ultra-serré rend compte de façon impressionnante, et seule une scène échappe à la comédie franche, mettant en scène une jeune femme un peu folle elle aussi, qui a décidé de tout faire pour sauver Earl Williams, et se jette d'une fenêtre de la salle de presse afin de détourner l'attention d'un meuble dans lequel le condamné à mort s'est caché. L'espace d'un instant, le film s'arrête, la comédie se calme... avant de reprendre ses droits. Mais c'est ça la grande force de ce film justement: le monde parfois hilarant, parfois odieux, constamment électrique qu'il dépeint, c'est la vie d'un métier, l'essence de la presse Américaine. Un métier qui colle aux semelles de ceux qui le pratiquent, et ils ne le quitteront jamais, pas plus Hildy que n'importe lequel de ses collègues, quelles que soient les manoeuvres les plus lamentables d'un Burns. Et le film se dépare de la comédie Américaine, notamment du style de Bringing up baby (Dont la situation du personnage interprété par Grant est d'ailleurs inversée dans ce film, puisqu'il assume le pouvoir de nuisance en pilotage automatique qui était l'apanage de Katharine Hepburn): si la folie est parfois de la partie (Notamment à travers ce pauvre earl Williams et sa petite amie Molly), le monde des journalistes qui nous est montré est faut de gens qui ont, quoi qu'il arrive, les pieds sur terre...
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La star en titre s'en donne à coeur joie, depuis cette scène inaugurale où elle apparaît en indescriptible vieille fille (c'est-à-dire avec des lunettes, le code n°1 pour indiquer la mocheté à cette glorieuse époque) qui dissuade les photographes de passer du temps en leur compagnie, jusqu'à cette nuit au cours de laquelle suite à une avalanche de chassés croisés inracontable, elle se retrouve à partager la chambre d'un homme qui est forcé par les circonstances de se prétendre son mari, en passant par une scène osée au cours de laquelle elle demande à Colman, qu'elle croit médecin, d'écouter son coeur en posant délicatement sa tête sur son sein gauche... Mélange d'ingénuité désarmante et de friponnerie caractérisée, la scène n'est qu'un des nombreux prétextes réjouissants pour se précipiter sur ce film./image%2F0994617%2F20210426%2Fob_96f972_8dca6-her-night-of-romance-1924-ronald.jpg)
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Le film
fleuve de Lee, son meilleur film haut la main, est passionnant par se sparti-pris et son impeccable cohérence narrative: il laisse la mise en scène épouser la vie de Malcolm au fur et à mesure,
de plus en plus austère à mesure qu'on se rapproche de la fin. Il filme avec tendresse le Harlem des années 40, bigarré, mal poli, avec ses Zoot Suits, ses jeunes noirs qui se font défriser les
cheveux, et la devanture des clubs ou passent Jimmie Lunceford, Dizzy Gillespie et Sarah Vaughan. Il convoque la Far east Suite de Duke Ellington lors des séquences consacrées aux voyage de
Malcolm X en Afrique du nord puis à la mecque, Alabama de Coltrane pour les évocations des répressions musclées à la maison, et s'essaie à une représentation (Peu convaincante) du big band de
Lionel hampton; enfin, Terence Blanchard accompagne de son score impeccable le souffle épique du film, qui nous montre finalement un héros Américain, un homme qui a su trouver son intelligence
dans la dialectique, en étant jusqu'à la fin le poil à gratter de l'Amérique, celle qui vous met la tête dans le seau pour nous obliger à sentir les trucs pas propres qui y sont restés: bref,
Malcolm X était vraiment, lui, ce que les provocateurs de tout poil qui tentent de se faire passer pour des agitateurs nécessaires ne seront jamais: un homme indispensable à son temps. Pas un
homme parfait, non, mais un homme dont le chemin parcouru méritait bien ce film étonnant et qui ne ressemble à aucun autre biopic...