Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 22:15

Les deux premiers films de Wes Anderson ont le même titre, et pour cause: à l'origine, le cinéaste avait commencé à bricoler, avec ses copains les frères Wilson, un film indépendant en 16 mm noir et blanc qui n'avait pas vraiment pu se faire, et qui avait fini par être montré à Sundance, sous la forme d'un court métrage.

Le long métrage produit par Columbia, et réalisé en couleurs, sorti en 1996, prolonge le court, tout en en reprenant l'essentiel: Dignan (Owen Wilson) monte des plans délirants de hold-ups sophistiqués, conçus pour être exécutés par des gens qui n'apporteront aucun changement au déroulement ultra-prévu déjà inscrit dans sa tête: c'est forcément un être dont la confrontation avec la réalité est douloureuse.

Mais c'est pourtant Anthony (Luke Wilson) que Dignan va chercher dans une institution psychiatrique. Il a souhaité se retirer du monde: contrairement à Dignan, Anthony est celui qui a ouvert les yeux, au moins un peu, sur la vérité brutale: il ne sait pas ce qu'il fait sur terre. Enfin Bob (Robert Musgreave), un fils de riches, sait pourquoi il veut se rebeller: il vit dans l'ombre insupportable de son frère, une brute (Andrew Wilson) au surnom surdéterminé: on l'appelle 'Future Man'. Afin de s'élever, les trois compères montent un coup, en attaquant une librairie. Avec le maigre butin, ils prennent la fuite et vont voir s'effriter leur camaraderie dans un motel au milieu de nulle part, ou Anthony va tomber amoureux... Mais Dignan a d'autres plans: il souhaite convaincre le boss criminel local, M. Henry (James Caan), de l'engager afin de faire un coup...

Anderson a coutume de dire que ce film est celui de ses longs métrages qui divise le plus les commentateurs. C'est aussi le moins typique, même si son univers fait de décalage, de symétrie, d'une netteté graphique exceptionnelle et d'extrême lisibilité se met déjà en place. Surtout, ses personnages si complémentaires et si doués pour la tragi-comédie, sont de la même famille, de la même excentricité -surtout Dignan, il est vrai- que bien des protagonistes à venir. Et ce mélange de burlesque, de comédie de situation, de parodie de film de gangsters, et de road-movie au second degré est attachant par sa sensibilité toujours tendre et complice... La façon dont Dignan assume enfin sa condition à la fin du film, est en particulier très touchante.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Wes Anderson Criterion
19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 21:55

Avec son troisième opus, Sturges réalise une superbe comédie, qui tend à se situer sans efforts au pinacle du genre: avec Barbara Stanwyck en garce au coeur tendre, et un Henry Fonda inattendu mais dont la transition vers la comédie loufoque est une réussite, The lady Eve est un classique instantané. Après l'Amérique profonde et les petites gens de Christmas in July, Sturges s'attaque à la représentation d'un tout autre monde, avec la famille Pike, des parvenus (Foncièrement sympathiques toutefois, le père est interprété par Eugene Palette, c'est tout dire) dont le dernier exemplaire, Charlie (Fonda), ne s'intéresse absolument pas à l'industrie de brasserie qui a fait leur fortune. Non, son hobby, ce sont les serpents, qu'il a été étudier et chercher en pleine Amazonie. Sur le bateau qui le ramène aux Etats-Unis, il va faire la connaissance de trois escrocs, interprétés par Charles Coburn, Melville Cooper et Barbara Stanwyck. Ils se font passer pour des gens de la bonne société et se chargent de plumer le jeune naïf, mais Jean, la jeune femme, tombe amoureuse de Charlie... et lorsque la romance est bien partie, la vérité vient tout gâcher...

Il y a finalement, une double raison au titre: d'une part, Stanwyck est amenée à jouer une femme, supposée être un sosie de Jean, mais qui serait une noble Britannique; cette 'Eve' est celle par laquelle Charlie va découvrir à quel point il lui faut retrouver Jean... Mais Eve est aussi et surtout une allusion à la Genèse, à laquelle le film renvoie par de multiples indices: le serpent de Charlie, qui va d'ailleurs semer la pagaille dans une courte scène, est également présent au générique sous la forme d'un cartoon, et s'accompagne lors de la première rencontre entre Charlie et Jean d'un jeter de pomme: la jeune femme lance en effet un trognon sur le jeune homme qui s'apprête à embarquer sur le paquebot afin qu'il lève la tête et qu'elle puisse juger de son physique. Le film va nous montrer, à travers les marivaudages pilotés par une Stanwyck en très grande forme, un jeu très allusif du chat et de la souris dans lequel le jeune homme est la proie: non seulement des escrocs (Dont Charles Coburn on s'en doute, compose un chef saisissant), mais surtout... de la femme. Avec un grand F. Bref: une grande comédie intemporelle, réjouissante et indispensable. Un classique, quoi.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Preston Sturges Comédie Barbara Stanwyck
17 février 2014 1 17 /02 /février /2014 07:15

Alors que les Etats-Unis se préparent à la guerre, Preston Sturges continue à creuser un sillon si distinctif et personnel qu'il se détache de tous les autres meteurs en scène de ce qui est encoe la Screwball comedy, un genre qui ne survivra pas au conflit, mais qui aura durablement contribué à changer la perception de la femme, de l'homme et du couple. Ici, après tant de film opposant deux personnalités, c'est à un double, au sens tennis du terme, que nous sommes conviés: Claudette Colbert est l'épouse qui décide (Franchement, ou opportunément?) de prendre le prétexte de la stagnation de la carrière de son mari Joel McCrea pour prendre la poudre d'escampette, argumentant du fait qu'elle le ralentit sans doute... Et emme se rerouve dans les bras d'un millionaire dont la soeur Mary Astor (Délicieuse en insupportable fofolle) souhaite conquérir l'ex-mari, que les circonstances ont poussé Claudette Colbert à prése,ter comme son frère...

 

D'une part, la comédie est menée au rythme imposé par Colbert, qui est excellente bien sur; ensuite dans cette intrigue qui accumule les moments (La scène du train qui dégénère de façon impressionnante) et les personnages loufoques (Les membres du club de chasse, mais aussi l'improbable Toto, un étranger qui suit Mary Astor et qui parle une langue que personne ne comprend), on est dans un ailleurs qui va au-delà du monde assez vraisemblable des comédies de Hawks ou de Lubitsch. Mais c'est Palm Beach, donc c'est un peu une autre planète, et le but du divertissement, n'est-ce-pas, est de divertir... ce qu'il fait, en se payant le culot d'ouvrir sur une énigme qui ne trouvera incidemment sa résolution qu'à la fin.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Preston Sturges
16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 17:18

L'ombre consciente de Psycho plane sur ce film. Pas de la même façon que, disons, celle de The big sleep sur The Big Lebowski, ou les fantômes de Capra et Sturges sur The Hudsucker Proxy, non. A vrai dire, si il est beaucoup question de fuite en avant, d'avoir peur des conséquences d'un crime qu'on n'avait pas prévu de commettre, de motels et même de meurtre dans une salle de bain, le film des frères Coen cite ouvertement une scène du classique d'Hitchcock: lorsque Woody Harrelson monte un escalier, suivi de près d'un meurtrier avéré, on pense à la scène durant laquelle le détective Arbogast se rend dans la maison à côté du motel Bates, et monte lui aussi un escalier fatal...

Pas plus que dans Psycho, le film des frères Coen ne s'intéresse vraiment à la notion de justice. Ici, c'est la violence qui règne, suivie dans la mesure du possible par un vieux policier essoufflé, et bien vite rattrappé par les évènements: il suit la trace non pas d'un, mais de deux hommes, et l'un d'entre eux dépasse en invention criminelle tout ce qu'on peut imaginer.

Llewelyn Moss (Josh Brolin) chasse dans le désert Texan, lorsqu'il aperçoit une étrange scène funèbre: cinq voitures sont là, et les corps d'hommes qui se sont entretués autour d'un deal de drogue jonchent le sol. Il récupère une valise d'argent qui lui permet enfin d'acéder à tous ses rêves, et va se retrouver pourchassé par les trafiquants, un shériff Texan interprété par Tommy Lee Jones, et surtout par Chiguhr, un homme dangereux, dont l'arme principale est une bouteille d'oxygène pour laquelle il a trouvé une utilisation diabolique...

Le diable, puisqu'on en parle, est souvent invité d'une manière ou d'une autre à participer aux réjouissances chez les Coen. Ici, il est incarné de manière extraordinaire par Javier Bardem, un homme déterminé, froid, habité par le crime et le mal au point de venir, longtemps après avoir clos une affaire, tuer la femme d'un protagoniste auquel il avait promis de régler son compte à son épouse. Un homme lent, méthodique, effrayant. Présenté par un autre truand (Harrelson), Chiguhr est effectivement un homme qui possède son propre code d'honneur, mais surtout, n'a aucun sens de l'humour. Quoique... justement, le film possède une certaine poésie drôlatique pour qui a le coeur bien accroché, faite de décalage (Les meurtres froids et ultra-précis de Chiguhr, mis en parallèle avec la lenteur et la gaucherie vieillote de Jones et de son adjoint joué par Garett Dillahunt; les accents poussés juste un tout petit peu vers l'exagération, les petits plaisirs pris par le monstre à parier sur la mort des gens qu'il rencontre), tout en nous donnant à voir, une nouvelle fois, un personnage engagé dans une fuite en avant à cause de circonstances qui le dépassent.

C'est Josh Brolin qui interprète ce personnage qui rejoint la longue liste des paumés qui ont cru leur jour de gloire arriver, après Lebowski, Jerry Lundegaard, le coiffeur malchanceux, ou Barton Fink. Preuve que s'ils semblent se retrancher derrière l'adaptation prestigieuse d'un roman de Cormac McCarthy, les frères Coen ne renient rien...  D'autant qu'ils reviennent en territoire connu, qu'on se souvienne de leur premier film tout aussi Texan, et déjà particulièrement violent, Blood Simple.

Mais surtout, dans cet opéra Texan superbement mis en images par leur collaborateur habituel Roger Deakins, la violence finit par être le protagoniste essentiel, au point que l'histoire dérape: on assistera à tellement de crimes que les deux frères vont finir par aller d'ellipse en ellipse, au point de laisser le doute sur qui a tué qui, voire d'éluder complètement la résolution d'un meurtre: Chiguhr a-t-il tué... Au bout d'un moment, dans le sillage du shériff qui prend sa retraite, harassé par la violence et la cruauté, nous ne saurons nous non plus pas vraiment de quelle façon cette histoire se termine. Mais en passant, nous aurons vu une nouvelle fois à l'oeuvre la guigne qui guette derrière l'âme américaine, sous un visage cette fois encore plus terrifiant que d'habitude.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Joel & Ethan Coen Criterion
15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 07:42

Il faut juste un peu plus d'une heure à Sturges pour aller au bout de son propos avec ce film adapté d'une pièce qu'il a écrite en 1931, au tout début de la crise donc. Et il utilise toute la mesure de ces quelques 65 minutes pour livrer une réflexion intelligente, sensible, juste enfin sur le rêve Américain, qui prend aimablement la forme d'une comédie forcément "loufoque" (La traduction généralement admise du terme screwball, du nom de ce type de comédie popularisé par Capra, La Cava et Hawks depuis 1934). La gravité est là, tapie dans l'ombre; la misère aussi... Mais ce n'est pas le sujet. Dick Powell, dans un rôle qui change radicalement de ses apparitions en crooner sirupeux à la Warner, est James MacDonald, un jeune employé de bureau ambitieux qui est sur qu'un jour il sera riche. Ellen Drew est sa fiancée, elle travaille aussi pour le même fabricant de café, mais a les pieds bien plus sur terre que lui. Jimmy a envoyé sa contribution à un concours de slogans publicitaires (Auprès d'une marque de café concurrent, incidemment), et espère gagner la prime de 25 000 dollars. Et alors que le jury qui délibère pour désigner le vainqueur ne parvient pas à aboutir à un résultat, rtois camarades de bureau font une mauvaise farce: ils font parvenir un faux télégramme annonçant à Jimmy qu'il a gagné... Mais ne parviennent pas à stopper la blague à temps...

 

La première partie est située essentiellement dans le cadre des deux fabricants de café, mais on ne verra pas un grain. C'est que si Jimmy et Betty sont effectivement modestes, ils appartiennent malgré tout à l'Amérique corporatiste dans toute sa modernité. Et lorsqu'il apparaît comme un jeune homme d'avenir, chanceux et talentueux, on offre à Jimmy un poste délirant. D'une certaine manière, il lâche la proie pour l'ombre en se lançant dans des slogans tous plus idiots les uns que les autres, mais le moindre de ses bons mots est pris pour un trait de génie: il entraîne tout le monde dans son sillage... On s'en doute, plus dure sera la chute, et l'amertume est toujours présente dans cette première partie puisque le public sait que la blague finira toujours pas retomber... Mais au passage, sans aucune méchanceté, Sturges nous peint le bonheur factice d'un jeune couple avec une tendresse réelle, au milieu de tout un tas de personnages qui sont certes plus raisonnables que les héros, mais cela ne les empêche pas d'être souvent des excentriques. et le rêve Américain de Jimmy et Betty se concrétise, lorsqu'ils rentrent dans leur quartier, et inondent toute la population (Peu importe leur origine, couleur, classe sociale, tout le monde y passe!) de cadeaux et d'affection. La façon dont le quartier entier fait corps avec ses deux héros, qui ont décidé de partager leur heure de gloire avec les leurs au lieu de se l'accaparer en égoïstes, fait tout le sel de ce film.

 

La fin retombe finalement vers la réalité, avec un message intéressant: certes, Jimmy n'a rien gagné (Quoique...), il n'a rien à offrir donc à son entreprise. Mais un patron décide de tenter sa chance: après tout, ce jeune homme a du coeur, non? Il est sympathique, présente bien, et il a fait illusion... Tout en apportant à la tendresse qu'il a déployé durant son film une conclusion qui ne détonne en rien, Sturges montre bien de quelle façon le rêve Américain n'est ni inéluctable, ni donné à tout le monde, et à quel point il repose essentiellement sur le culot du moment. Pourtant ce ne sera pas Jimmy qui fera le bon geste au bon moment: ce sera Betty: le rêve Américain est, en fait, une femme.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Preston Sturges
10 février 2014 1 10 /02 /février /2014 07:42

Dans ce qui est depuis sa sortie considéré comme l'un des films majeurs de la comédie Américaine (Essentiellement dans le genre qu'on a baptisé screwball comedy, mais le film déborde sur le territoire de plusieurs genres et ne saurait être réduit à quelque chose d'aussi simple), on assiste héberlués à un match de haute volée entre deux comédiens au sommet de leur art: Cary Grant y interprète Walter Burns, le cynique patron de presse qui cherche à ne surtout pas laisser filer une journaliste qui lui est chère, et Rosalind Russel est la journaliste en question, désireuse de se marier avec un homme étranger au monde la presse (Ralph Bellamy) afin d'échapper à un univers dans lequel elle s'est brulé les ailes, à force de tout mélanger: son métier, pour lequel elle est sacrément douée, et sa vie sentimentale... En effet, elle a commis une erreur: elle a laissé son patron la demander en mariage, s'est laissée dire oui, et a vécu dès le départ un enfer domestique, dont elle a réussi à sortir par un divorce désormais consommé... Mais elle n'a pas choisi le bon  jour pour venir dire adieu à son patron, puisque c'est la veille de l'exécution d'Earl Williams (John Qualen), un homme dont le monde entier est persuadé qu'il a tué un policier par folie plus que par anarchisme, et Burns a besoin d'un journaliste pour couvrir l'événement. Les autorités sont plutôt chatouilleuses sur le sujet puisque le maire de la ville compte sur l'exécution pour redorer son blason auprès des électeurs. Et de ce côté, les choses vont se précipiter, tandis que Burns va tout faire, mais alors tout, pour retenir Hildy Johnson, la femme qu'il aime, et qui est sa meilleure journaliste. D'ailleurs, celle-ci veut-elle vraiment partir?

 

La première version du film, réalisée par Lewis Milestone en 1931, était titrée The front page, du nom de la pièce adaptée. Howard Hughes et Lewis Milestone sont entrés dans l'histoire en créant le prototype du film de journalistes, grâce au texte de Ben Hecht et Charles McArthur, qui jetait les bases d'un univers de journalistes fait de verbe haut, rapide, et propice aux échanges savoureux... On notera qu'un carton d'introduction dans le film de Hawks rend indirectement hommage à la pièce et au film initial en parlant d'une éautre époque, avant de situer le film fermement dans la fin des années 30. Mais ce qui vient différencier la version de Hawks de la version de Milestone, ainsi que de celle de Wilder (1974), c'est bien sur l'idée de génie (Le script est du à Charles Lederer), qui consiste à faire de Burns et Johnson un couple: dans la pièce et les deux autres films, Hildy est un homme, et la relation fusionnelle entre rédacteur et journaliste est strictement professionnelle... Le match fabuleux entre Russell et Grant, joué au détriment de Bellamy essentiellement (Il fallait un certain sens du sacrifice pour jouer Bruce Baldwin!) électrise le film un peu plus, allant au-delà même des hauteurs atteintes par l'intrigue liée à l'interview, puis l'évasion d'un condamné à mort. La réflexion perpétuelle sur le travail pris sous son aspect quotidien, inhérente à la thématique personnelle de Hawks, s'effectue ici dans un univers qui marche quatre fois plus vite que d'habitude, ce dont le montage ultra-serré rend compte de façon impressionnante, et seule une scène échappe à la comédie franche, mettant en scène une jeune femme un peu folle elle aussi, qui a décidé de tout faire pour sauver Earl Williams, et se jette d'une fenêtre de la salle de presse afin de détourner l'attention d'un meuble dans lequel le condamné à mort s'est caché. L'espace d'un instant, le film s'arrête, la comédie se calme... avant de reprendre ses droits. Mais c'est ça la grande force de ce film justement: le monde parfois hilarant, parfois odieux, constamment électrique qu'il dépeint, c'est la vie d'un métier, l'essence de la presse Américaine. Un métier qui colle aux semelles de ceux qui le pratiquent, et ils ne le quitteront jamais, pas plus Hildy que n'importe lequel de ses collègues, quelles que soient les manoeuvres les plus lamentables d'un Burns. Et le film se dépare de la comédie Américaine, notamment du style de Bringing up baby (Dont la situation du personnage interprété par Grant est d'ailleurs inversée dans ce film, puisqu'il assume le pouvoir de nuisance en pilotage automatique qui était l'apanage de Katharine Hepburn): si la folie est parfois de la partie (Notamment à travers ce pauvre earl Williams et sa petite amie Molly), le monde des journalistes qui nous est montré est faut de gens qui ont, quoi qu'il arrive, les pieds sur terre...

Un dernier mot, au sujet de ce titre étrange qui a l'air de tant coincer l'imagination des traducteurs Français: en Anglais, le compagnon-esclave-homme à tout faire de Robinson Crusoë est nommé Man-Friday, ce que nos compatriotes ont traduit en Vendredi. Hildy Johnson, compagne éternelle de son patron Walter Burns, est quant à elle sa Girl-Friday, son alter ego oui, mais taillable et corvéable à merci, qui donc se doit de rester dans son giron s'il veut continuer à fonctionner. Et nos traducteurs, perplexes, ont traduit celà par La dame du vendredi. C'est merveilleux...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Howard Hawks Criterion Cary Grant
8 février 2014 6 08 /02 /février /2014 09:33

Cette délicieuse comédie est à mettre dans la même catégorie que Her sister from Paris, réalisé par Franklin également sur un scénario de Hanns Kräly, avec là encore Constance Talmadge face à Ronald Colman.

Sortie un an plus tôt, cette comédie (Dont le titre est d'ailleurs forgé sur le même principe, on peut éventuellement parler de 'formule' au sens Hollywoodien du terme) nous montre une situation assez compliquée, avec l'arrivée d'un richissime Américain sur le sol Britannique, accompagné de sa fille dépressive. Celle-ci tend à se déguiser en laideron pour éviter d'attirer les prétendants qui en voudraient plus à son portefeuille qu'à sa personne, et elle rencontre par un hasard extraordinaire un lord désargenté, qui va instantanément tomber amoureux d'elle. Il s'appelle Menford, et il ne sait pas encore qu'il vient de croiser la chance de sa vie: un associé un brin véreux va en effet lui proposer de tenter sa chance pour être l'heureux élu et gagner le gros lot, moyennant un partage des richesses. Le problème, c'est qu'il va y avoir des complications à justifier de la sincérité de l'affection à partir du moment où le contrat qui lie Lord Menford avec son partenaire (Interprété par Jean Hersholt) sera mis sur la place publique...

Les quiproquos abondent, dans une construction savante qui favorise les délicieux moments de doute, de confusion, et les micro-machinations... Et puis soyons francs: Ronald Colman et son talent fou (En particulier lorsqu'il s'agit de jouer l'embarras, d'ailleurs) en compagnie de Constance Talmadge et son timing fabuleux, c'est une combinaison forcément gagnante! C'était la première des productions First National de Franklin avec Miss Talmadge, mais on ne va pas s'étonner qu'ils aient récidivé, tant ce film est réussi: dans la même famille que les productions de Lubitsch (Avec la complicité de Kräly, d'ailleurs) qui n'allaient pas tarder à se manifester. Avec moins d'invention en matière de raccourci génial, sans doute, mais Her night of romance est un film qui possède une sacrée classe. 

La star en titre s'en donne à coeur joie, depuis cette scène inaugurale où elle apparaît en indescriptible vieille fille (c'est-à-dire avec des lunettes, le code n°1 pour indiquer la mocheté à cette glorieuse époque) qui dissuade les photographes de passer du temps en leur compagnie, jusqu'à cette nuit au cours de laquelle suite à une avalanche de chassés croisés inracontable, elle se retrouve à partager la chambre d'un homme qui est forcé par les circonstances de se prétendre son mari, en passant par une scène osée au cours de laquelle elle demande à Colman, qu'elle croit médecin, d'écouter son coeur en posant délicatement sa tête sur son sein gauche... Mélange d'ingénuité désarmante et de friponnerie caractérisée, la scène n'est qu'un des nombreux prétextes réjouissants pour se précipiter sur ce film.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet 1924 Comédie Sidney Franklin Constance Talmadge *
3 février 2014 1 03 /02 /février /2014 09:42

S'il est un exemple de western à la croisée des chemins, c'est bien ce film! A la fois l'un des premiers du genre en Cinemascope, dès 1954, western symbolique, remake d'un film noir de la Fox (House of strangers, de Mankiewicz, 1949) et vision en avance sur son temps, qui passe par la peinture dun mariage mixte entre un Irlandais (Spencer Tracy) et la fille dun chef Indien (Katy Jurado, appelée du début à la fin Senora parce que toute la bonne société feint de la prendre pour une Hispanique)... La barque est chargée, mais le film s'en sort bien, grâce à la structure en flash-back, forcément intrigante, l'écran large qui est totalement justifié pour un western, et l'interprétation dominée par Spencer Tracy et Richard Widmark. 

  http://fr.academic.ru/pictures/frwiki/83/Spencer_Tracy_katy_jurado_broken_lance3.jpg

Matt Devereaux (Tracy) est un ranchman influent. Veuf, il est venu s'installer dans l'ouest avec ses trois fils, et a rencontré une jeune Indienne dont il est tombé amoureux. Une fois marié, il a eu un quatrième fils, John (Robert Wagner), et la vie a continué dans la régsion, sous la domination évidente de la famille Devereaux. Mais l'avenir s'annonce sombre: la question de l'héritage se pose, entre trois garçons désobéissants, turbulents et revendicatifs menés par Ben, l'ainé (Richard Widmark), et le plus posé John, qui hérite de deux cultures mais aussi de l'attitude sacrificielle de sa mère. Lorsqu'une confrontation avec des mineurs locaux tourne mal, John est volontaire pour se rendre en prison à la place de son père, mais son absence va précipiter les choses, et le drame qui couve depuis tant d'années entre ben et Matt va éclater...

           http://3.bp.blogspot.com/-i55yp7eUvrs/TlFrFSGCrmI/AAAAAAAAFQA/O3NedqwVJGM/s1600/Broken%2BLance%2B4.jpg

La lance brisée est l'enjeu du film, ce combat symbolisé par une lance, plantée aux pieds de Ben par John lors de l'enterrement de leur père. Le conflit du film est essentiellement situé entre les deux frères... Du film noir original, on retient la présence toute-puissance, même au-delà de la mort, du patriarche incarné dans le film de Mankiewicz par Edward G. Robinson de façon bien caricaturale, en Italien autodidacte. Tracy est sans nul doute plus authentique en Irlandais! On retient aussi l'opposition entre trois frères magouilleurs d'un coté et le préféré du père de l'autre, qui va payer pour tout... Mais le film de Dmytryk apporte en plus une vraie réflexion sur la marche du progrès dans l'Ouest, représentée à travers le conflit entre les tennats d'une liberté absolue d'entreprendre, et les corporations qui polluent littéralement l'environnement, symbolisé par l'eau, fil rouge du film (C'est là que Matt a rencontré "Senora", c'est là que le conflit se résoudra). Mais matt sera aussi un homme de progrès; lui qui ose braver tous ses concitiyens en s'afichant avec son épouse inattendue... ce que les braves gens sauront le moment venu reprocher à John. La marche du temps ne s'arrêtera pas, et le film devient onirique en montrant de façon allusive l'esprit du vieux Matt hanter le désert sous la fomre d'un loup, un homme qui a trouvé dans l'au-delà la liberté absolue dont il rêvait de son vivant, et que la marche du temps va bientôt rendre impossible pour les Américains...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Western
1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 17:20

Dès The spy in black, Powell a réalisé, à sa façon, des films de propagande, déguisé en films à suspense, en comédie, en épopées, ou en films inclassables à message (49th parallel, en particulier, ne ressemble qu'à bien peu d'autres films de guerre!) tout en participant à des projets moins personnels, selon les périodes, à la demande de Korda (The Lion has wings) ou de l'ensemble de l'industrie (The volunteer). Mais il me semble qu'avec A Canterbury tale, Powell et Pressburger font vraiment une oeuvre de propagande qui dépasse l'entendement! On sait, à voir ce film, qu'on est face à une histoire contemporaine, les indices ne manquent pas, de la présence d'uniformes, à la vision désolante des dégâts causés par les bombardements de 1942 sur le beau centre-ville de Canterbury, en passant par les allusions contemporaines au black-out. Mais tout le film semble se faire catapulter les époques, à l'image de l'introduction dans laquelle un faucon lancé au moyen-âge se transforme dans une préfiguration Kubrickienne en un avion de 1944 qui survole le Kent...

 

1944. Trois jeunes gens se rendent dans la région de Canterbury: Bob Johnson (John Sweet), un G.I., fait un peu de tourisme en attendant de reprendre le fil de la guerre; Peter Gibbs (Dennis Price), un soldat Anglais, rejoint son affectation dans le Sud Est, et Alison Smith (Sheila Sim) va commencer un travail dans une ferme de la région dans le cadre de l'effort partagé de guerre. Ils descendent par coïncidence tous trois dans une gare avant d'arriver à Canterbury, durant un black out. Un inconnu agresse la jeune femme, lui répandant de la colle sur les cheveux. Ce n'est pas le premier incident du genre, et durant les quelques jours qu'ils vont passer dans les environs, les trois vont s'efforcer de résoudre cet étrange mystère; ils font également la connaissance du magistrat local, un personnage à la fois attirant et froid, Thomas Colpeper (Eric Portman), qui est une autorité locale en matière de culture, d'histoire de la région, en même temps qu'un indécrottable misogyne... 

Dans un admirable noir et blanc après le Technicolor de Colonel Blimp (La photo, ici est de Erwin Hillier qui sera de retour l'année suivante sur I know where I'm going), Powell et Pressburger brouillent les pistes, et parlent de l'Angleterre de toujours, cette merveilleuse entité qui fait tranquillement face au nazisme. Le passé et le présent se confondent, dans les décors de chaque maison, les intérieurs de chaque hôtel (Tous filmés en studio, et construits avec cette intention de faire se télescoper les époques), mais aussi dans l'idée que Canterbury en 1944 est encore et toujours le même lieu qu'il faut voir, revoir, sentir et ressentir, comme Alison qui vient ici retrouver les sensations d'un amour disparu, comme Bob qui vient ici trouver quelque chose qu'il n'a pas à la maison, et Peter qui va à Canterbury accomplir sa destinée, devenant l'espace d'un service religieux organiste de Cathédrale au lieu de jouer comme il le fait dans le civil, dans un cinéma. Mais pas de religion trop facilement assimilée au message ici, les auteurs se gardent de tout prosélytisme, en assimilant les épiphanies des uns et des autres à quelque chose de plus fort encore mais d'essentiellement humain. Ils portent l'essentiel de leur charge contre le matérialisme, ce que chacun peut ensuite interpréter à sa guise. D'ailleurs, le retournement final qui voit Peter jouer de l'orgue dans une cathédrale transforme après tout celle-ci en cinéma, et permet à Powell d'affirmer la puissance spirituelle de son art... 

Comment s'étonner dans ce film, que la narration prenne son temps, et se laisse aller à des périodes de contemplation? D'autant que de nombreuses scènes permettent aux protagonistes de s'approcher de la Cathédrale qui restera malgré tout le but du voyage dans le film. L'enquête sur "l'homme à la glue" est vite résolue, et sert surtout à cimenter les trois personnages qui la mènent, ainsi que de cerner le rôle du magistrat, le plus étonnant des personnages du film, que Powell destinait à Roger Livesey Mais si l'extravagance du film a permis de détourner les spectateurs de l'époque du film, aujourd'hui son excentricité, son ton si Britannique, son sens du miracle profane en font un passage obligé de tout pèlerinage cinéphile chez Powell et Pressburger.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Michael Powell Criterion
25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 18:52

Il faut revoir ce film de Spike Lee aujourd'hui, plus que jamais, hélas. On avait tiré à boulets rouges sur l'initiative forcément louche d'un metteur en scène Afro-Américain, qu'on accusait de travestir la vérité à l'avantage de sa communauté en faisant de Malcolm Little dit X ce qu'il n'était pas supposé être, soit un martyr. On criait au communautarisme, à la déviance... L'impression étant que seul un homme centriste ou consensuel (King?) puisse sortir du lot de la communauté noire Américaine et être enfin considéré comme un personnage historique dont l'héritage soit incontestable... X était humain, nécessaire: A l'histoire, à l'humanité autant qu'à l'Amérique et aux noirs eux-mêmes. Il gênait parce qu'il embarrassait la mauvaise conscience d'une population blanche fautive, qui a laissé faire des siècles durant; une mauvaise conscience mal polie de l'Amérique, à laquelle on a reproché des provocations et des franchissements peu souhaitables de limites (Sa réaction à l'assassinat de Kennedy est un exemple dans le film), mais qui est montré ici comme un homme imparfait, dans un cheminement erratique mais constamment sincère. Et Lee, qui n'est pas lui-même un musulman, nous montre Malcolm X passer de la drogue et la délinquance à un Islam "arrangé" (La nation de L'islam, un groupe très controversé) à la sauce Américaine, militant de façon talentueuse et mordante pour une Amérique noire, ou un retour à l'Afrique, avant de trouver en un pèlerinage à La Mecque une nouvelle dimension spirituelle à ses croyances, devenant du même coup un vrai Musulman: tolérant, ouvert, aspirant à la paix et la fraternité, pas à l'expression désordonnée de la colère... Qu'il ait été de plus en plus attiré par une réunion de toutes les factions qui militaient pour la cause des noirs au moment de sa mort n'est en aucun cas un mystère. Que mandela soit vu à la fin du film enseignant à des élèves de primaire l'héritage de Malcolm X fait d'autant plus réfléchir maintenant que le grand leader (Incontesté, celui-là) Sud-Africain est décédé... Une bonne fois pour toutes, on saluera la prestation exceptionnelle, habitée de Denzel Washington...

 

Le film fleuve de Lee, son meilleur film haut la main, est passionnant par se sparti-pris et son impeccable cohérence narrative: il laisse la mise en scène épouser la vie de Malcolm au fur et à mesure, de plus en plus austère à mesure qu'on se rapproche de la fin. Il filme avec tendresse le Harlem des années 40, bigarré, mal poli, avec ses Zoot Suits, ses jeunes noirs qui se font défriser les cheveux, et la devanture des clubs ou passent Jimmie Lunceford, Dizzy Gillespie et Sarah Vaughan. Il convoque la Far east Suite de Duke Ellington lors des séquences consacrées aux voyage de Malcolm X en Afrique du nord puis à la mecque, Alabama de Coltrane pour les évocations des répressions musclées à la maison, et s'essaie à une représentation (Peu convaincante) du big band de Lionel hampton; enfin, Terence Blanchard accompagne de son score impeccable le souffle épique du film, qui nous montre finalement un héros Américain, un homme qui a su trouver son intelligence dans la dialectique, en étant jusqu'à la fin le poil à gratter de l'Amérique, celle qui vous met la tête dans le seau pour nous obliger à sentir les trucs pas propres qui y sont restés: bref, Malcolm X était vraiment, lui, ce que les provocateurs de tout poil qui tentent de se faire passer pour des agitateurs nécessaires ne seront jamais: un homme indispensable à son temps. Pas un homme parfait, non, mais un homme dont le chemin parcouru méritait bien ce film étonnant et qui ne ressemble à aucun autre biopic...

 

Et pour finir si ce film est indispensable aujourd'hui c'est bien sur parce que d'une part on n'a pas encore compris dans les pays occidentaux ce que l'Islam est vraiment: le film nous le montre dans ce fameux Pèlerinage... Spike Lee a beau ne pas être Musulman, il ne confond jamais les extrémistes, les terroristes d'une part, et les coyants d'autre part... Et puis, ce film commémoratif venait en un moment qu'on supposait apaisé, longtemps après la fin de la ségrégation..., Mais il montre brièvement en son générique une allusion à l'embarrassante affaire Rodney King, ce jeune noir tabassé à Los Angeles au début des années 90 par des flics blancs. En 1992, c'était de l'actualité récente... Mais on n'a hélas pas beaucoup avancé. Ici non plus, d'ailleurs!

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Spike Lee Denzel