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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 16:43

Réunis pour une cinquième collaboration, Monta Bell et Norma Shearer s'attaquent au théâtre, un milieu qu'il avaient exploré déjà (Pretty Ladies). Le film suit le parcours d'une jeune femme, de son arrivée à New York ou elle souhaite trouver du travail, jusqu'à son parcours imprévu sur scène: venue en effet pour un travail de dactylo dans le bureau d'un imprésario, elle va se faire embaucher pour être la partenaire d'un danseur. Comme Lady of the night, le film repose sur une symbolique bien intégrée dans une histoire simple, linéaire et prenante, plus satirique toutefois. Le personnage de Dolly Haven, jeune femme ambitieuse, met en effet un certain temps à s'humaniser, même si de petites touches présentes dans les premières scènes du film lui donnent l'occasion de ne pas être détestable...

Dolly Haven débarque donc à New York, et s'installe dans une minable pension de famille. Sa confiance en elle, son ambition un peu hautaine, lui donnent une assurance peu commune. Elle se rend sur la foi d'une annonce de recrutement chez Sam Davis (Tenen Holtz), imprésario; celui-ci cherche désespérément une partenaire pour Johnny Storm (Oscar Shaw), sa vedette: ils sont donc en quête d'une danseuse. Afin d'éviter de devoir engager l'insupportable Dixie Mason (Gwen Lee), Storm préfère engager Dolly sur sa bonne mine. Comme celle-ci n'est absolument pas douée pour la danse, il dansera, et elle fournira un contexte et un accompagnement, rien qu'en apparaissant sur scène. Leur numéro est vite un succès, et ils sont engagés pour une longue période, mais le succès monte très vite à la tête de Dolly, malgré l'affection qu'elle porte à Johhny. Elle le quitte pour reprendre le même numéro avec un autre danseur (Ward Crane), mais c'est un flop. Alors que Johnny l'a remplacée par Dixie, elle ravale son ambition, et devient chorus girl. Lors d'une représentation, à Noël, une soudaine crise inattendue va lui permettre de gagner ses galons de fille de la scène, d'une manière inattendue.

Le "miracle" de Noël dans ce film est sans doute le moment le plus étonnant: à la fois superbement mis en scène et grinçant par son équivoque, il montre l'enfant de deux artistes, le lanceur de couteaux et son épouse, qui tombe durant la représentation, sans que quiconque s'en aperçoive. Seul une marionnette a été témoin de la scène, et durant trois minutes, les gens vont et viennent près du petit corps sans vie, sans s'apercevoir de sa présence; enfin, lorsqu'on la repère, sa mère est sur scène, et voit l'agitation autour de sa fille inanimée. Mais si il est très clair que Dolly a un geste héroïque, en la remplaçant au pied levé afin qu'elle puisse s'assurer de la bonne santé de sa fille, nous n'avons aucune idée de ce qu'il advient de celle-ci à la fin. Si miracle il y a, il a donc un goût plutôt amer. Mais le metteur en scène a utilisé avec génie le montage, et une caméra mobile, dont il a fait en quelque sorte le deuxième témoin, après cette marionnette qui reste sans bouger. la caméra nous montre la petite fille, plonge littéralement vers elle, et met en avant le fait que personnage autour ne peut s'en apercevoir. L'effet d'adhésion, voire de panique sur les spectateurs du film est garanti, et contraste particulièrement avec l'indifférence des spectateurs du théâtre, qui pendant les entractes, parlent cuisine...

Comme pour Lady of the night, Monta Bell construit son intrigue et ses personnages sur des petites touches, des petits riens qui vont nous permettre d'adhérer aux personnages. on peut faire confiance dans le metteur en scène pour traduire la réalisation des sentiments par des gestes en apparence anodins, mais dont l'interprétation varie. A ce titre, la plus jolie scène du film, qui humanise brièvement le personnage de Dolly, est celle durant laquelle, pour sa première, elle s'est atrocement maquillée... Voyant cela, Johnny intervient, et s'occupe de son visage, par gestes surs et précis. Durant cette scène de maquillage, on voit Norma Shearer réaliser l'affection et la tendresse qu'il a pour elle, et on la sent fondre... Le moment durant lequel il applique avec délicatesse du rouge sur ses lèvres en particulier, avec la jeune femme qui l'aide du mieux qu'elle peut, est très réussi. mais la scène contraste avec la suivante, durant laquelle le duo est un succès, et Dolly reçoit des éloges... Comme dit Sam Davis, pourtant, "cette fille ne fait rien, mais vous avez vu de quelle manière elle le fait?"... Une remarque ironique, qui n'empêche pas le film de distiller une vraie tendresse pour le monde du spectacle, dont beaucoup des acteurs présents sont issus, à commencer par Oscar Shaw.

Quant à Shearer, qui n'a pas joué ici sa dernière ambitieuse, il faut quand même parier qu'elle savait de quoi il retournait, en matière de tout donner pour monter les marches. Elle est touchante de toute façon, en particulier lorsqu'elle se résigne, quittant abattue le bureau de l'imprésario, et se dirigeant vers un ascenseur: "Vous descendez?" En effet... Une belle curiosité, donc, que ce film attachant qui maintient l'intérêt durant ses six bobines...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1926 Monta Bell
20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 09:40

Au sein de Monty Python, une faille s'est ouverte au moment de commencer leur carrière cinématographique, entre réalisateurs (Terry Gilliam et Terry Jones), et acteurs non impliqués dans le processus technique. Comme ils l'ont souvent évoqué, le tournage de Monty Python and the Holy Grail a été l'occasion de chicanes contre-productives, entre les deux réalisateurs d'un coté affairés à rendre le film aussi bien fait que possible dans des conditions pas vraiment idéales, et Graham Chapman, John Cleese, Eric Idle et Michael Palin de l'autre, qui s'ennuyaient à mourir entre les prises; sans parler du fait que les deux réalisateurs tendaient à privilégier les plans parfaits techniquement au détriment de prises moins accomplies, mais dont les performances d'acteurs avaient justement la préférence des quatre trublions. Sans parler non plus, enfin, de la cerise sur le gâteau: les deux Terry n'étaient pas non plus d'accord entre eux, par dessus le marché, ce qui explique que pour les deux films suivants, Jones allait assumer seul la réalisation, et Gilliam se concentrer dans son coin sur d'autres aspects visuels, animations, génériques, etc.

Comment éviter dans ce cas-là, d'une part que les acteurs une fois laissés seuls à leur carrière respective ne décident de tout contrôler, pour le pire (Yellowbeard, de Mel Damski, écrit par Chapman), ou le médiocre (Nuns on the run, de Jonathan Lynn, écrit par Idle), afin de montrer ce qu'ils savaient faire? Mais seuls Jones et Gilliam ont pu assumer la charge de réalisation seuls, avec de bons voire excellents résultats pour Gilliam... Mais avec des difficultés croissantes aussi, le style de l'un comme de l'autre étant finalement plutôt dispendieux. Puis vint Wanda...

Cleese, le plus conservateur sans doute des Monty Python, était aussi l'un des moins visuels, qui avait développé avec Chapman depuis leurs années à Cambridge un style de comédie basé sur le caractère, et l'absurde d'une situation dérivant de sa propre logique; il détestait la frange grotesque et surréaliste des Monty Python, cette tendance à se déguiser en chevalier médiéval avec un poulet en main, au profit de sketches en apparence très dignes qui dégénéraient à cause de leur déroulement et de la dynamique des personnages. Mais Cleese, capable de tout jouer, savait aussi se mouiller de façon peu banale, qu'on songe à la fameuse scène d'éducation sexuelle dans The meaning of life, ou le fait d'apprendre à monter à cheval pour Silverado de Lawrence kasdan.. Son grand projet des années 80 est donc né de toutes ces constatations: il voulait écrire une comédie parfaite, interprétée par des acteurs capables et de confiance, réalisée par un metteur en scène qui ne viendrait pas chercher à faire du David Lean, et au besoin mettre la main à la pâte lui-même pour diriger les acteurs. Avec le vétéran Charles Crichton, la dynamique a été simple à trouver, d'une part Cleese l'a associé au processus d'écriture, et d'autre part Crichton a gardé de ses années de travail à la télévision (Doctor Who, The avengers, Space 1999...) l'habitude de laisser les acteurs se débrouiller tous seuls... De fait, aujourd'hui, il n'y a aucune polémique sur le fait que les deux hommes ont tous deux réalisé le film ensemble, Cleese se chargeant de la direction d'acteurs, Crichton s'occupant des détails techniques. Le résultat est la meilleur comédie post-Python effectuée par un des membres du groupe, tout bonnement...

Archie Leach (Cleese), un avocat au barreau de Londres, est un homme à la vie pas vraiement emballante. Marié à une femme riche, l'insupportable Wendy (Maria Aitken), qui ne l'écoute plus, et avec une fille pourrie et gâtée (Cynthia Caylor) qui lui marche dessus, il s'ennuie... Jusqu'au jour ou il se retrouve flanqué d'un client intéressant, George Thomason (Tom Georgeson), un petit truand qui vient d'être arrêté suite à un casse dans une banque. Il a été dénoncé par ses complices Wanda, sa petite amie Américaine (Jamie Lee Curtis), et son amant Otto qui se fait passer pour son frère (Kevin Kline); mais tous deux ont un problème: George a caché le butin, ne révélant d'indices qu'à son homme de confiance Ken, un bègue amoureux des animaux (Michael Palin), qui n'aime pas Otto. Otto va se charger de faire parler Ken, pendant que Wanda va essayer de cuisiner Archie à sa façon, ce qui va provoquer un certain nombre de changements radicaux chez ce dernier...

L'hommage est direct: Archibald Leach n'est pas un nom pris au hasard, puisque c'est le patronyme réel de Cary Grant. Ce qui renvoie inévitablement au vrai nom de Cleese, dont le L est venu remplacer durant son adolescence un H embarrassant. Cette double filiation finit par éclairer le film, qui est une comédie largement basée sur l'embarras avec un homme pas taillé du tout pour l'aventure plongé au coeur des intrigues les plus folles... Et Cleese est par bien des côtés un acteur dans la prolongation de ce qu'était Cary Grant, un Anglais dont l'essentiel du travail s'effectue aux Etats-Unis... Archie Leach, l'avocat est pourtant Anglais jusqu'aux orteils, et le dit lui-même, rappelant souvent qu'il est pompeux, s'en excusant parfois. Il est aussi d'un flegme rarement mis à l'épreuve, comme lors de cette scène ou il s'emporte, se déshabille pour Wanda, jusqu'à apparaitre nu, un slip kangourou sur la tête, face à une famille qui vient d'entrer dans l'appartement. La 'double take' de Cleese est ici la marque d'un métier impressionnant... Un métier qui le pousse aussi à participer à une cascade des plus impressionnates: il est ainsi suspendu au dessus du vide, tenu par les pieds par Kevin Kline, et maintient son flegme... Mais la scène a été éprouvante à tourner. Il y a un peu de masochisme dans l'Englishness de Cleese, ainsi malmené par les Américains. C'est la principale morale semble-t-il de cete comédie: les Anglais ont un grand besoin qu'on les secoue, et les aventuriers peu scrupuleux que  sont Wanda et Otto sont la potion miracle...

Wanda, Jamie Lee Curtis, traitresse patentée qui s'apprête à trahir Otto après avoir trahi le reste de l'humanité, est une diablesse mue par l'appat du gain, mais elle finit semble-t-il par croire à son propre jeu; le personnage avait tout pour être dangereux, et Curtis s'en sort avec les honneurs, réussissant à slalomer entre les difficultés, passant de la duplicité à une véritable femme amoureuse, d'autant que son nouvel amant est aisé, et surtout, parle Russe de façon convaincante durant les ébats; ce n'est pas le cas d'Otto, véritable psychopathe dont le péché mignon est de se jeter sur Wanda en lui sussurant des mots doux en Italien (en fait de la cuisine, mais c'est manifestement très érotique malgré tout); il est aussi capable de tout, et ressemble par moment à un Jean-Claude Vandamme sous acide: démangé par sa gâchette, vulgaire et agresif, le personnage irrésistible est sans doute l'un des rôles les plus volontairement surjoués de toute l'histoire; Kevin Kline ne se prive absolument de rien. Ken, le plus touchant des quatre principaux personnages, est donc bègue, et aime les animaux. Son bégaiement, joué de façon hystérique par Palin (Si je dis que c'est l'un de ses meilleurs rôles, je pense qu'on voit à quel point on atteint le sacré...), est la source d'une série de frustrations subies à cause d'Otto, qui va aussi lui faire une cour incessante, sans doute afin de réussir à obtenir des renseignements. Ken collectionne par ailleurs les poissons d'eau douce, dont le fameux Wanda, ce qui n'inspire que du dégout à Otto; celui-ci va donc utiliser les poissons pour obtenir de Ken, ligoté, la cachette du magot: il les mange, crus, les uns après les autres, finissant par Wanda... Autre source de frustration pour Ken, le fait d'être obligé de tuer le seul témoin qui puisse identifier George, une vieille dame qui possède trois Yorkshires; non que le fait de dessouder la vieille dame soit une gêne pour le truand chevronné qu'est Ken, mais à chaque fois, la victime de l'attentat est l'un des trois petits chiens, ce qui est trop pour le tendre bandit... on comprend qu'à la fin, Ken désire se venger à coup de rouleau compresseur sur l'insupportable Otto.

Bien que très planifié, le film a subi des changements en cours de production, qui ont gommé le côté vaguement nihiliste de l'intrigue, qui devait se finir sur un arrangement entre Leach et Wanda, pragmatique et dénué du moindre sentiment: désormais, les deux personnages s'aiment, ou du moins Leach a-t-il des sentiments. Le film n'en fonctionne que mieux... Et c'est un triomphe, de fait: une comédie qui fonctionne à tous les niveaux, dans laquelle le plaisir pris par les acteurs à se lâcher dans les limites du raisonnable, ou de l'intrigue, est diablement communicatif. Quant au titre, bien sur, on ne niera pas qu'il est soit inutile, faisant allusion à un poisson (Un genre d'animal dont le générique final assure qu'aucun d'entre eux n'a été maltraité durant le tournage); soit il est allusif, rappelant que si elle n'est pas un poisson, la Wanda de jamie Lee Curtis sait nager.

Pour conclure, nous nous contenterons de rappeler que l'Italien, c'est bien, mais le Russe est meilleur.

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie John Cleese
19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 17:21

Chaplin lui a mis le pied à l'étrier, pourtant tout ce qu'on semble retenir de l'oeuvre de Monta Bell (1891 - 1958), c'est un film réalisé en 1925, avec Greta Garbo, dont c'étaient les premiers pas à la MGM: The torrent. N'étant pas inoubliable, le film a tendance à enfermer son réalisateur dans le cadre strict des réalisateurs de studio, entendre par là des exécutants sans âme... Et on y perd beaucoup, tant Monta Bell, certes en contrat avec la MGM durant la deuxième moitié des années 20, était un auteur, peu banal, un de ceux qui a fait voler en éclat les barrières entre comédie et mélodrame, avec des oeuvres sophistiquées et exigeantes, dans le droit fil de la comédie sophistiquée telle que le cinéma Américain l'a pratiquée après A woman of Paris de Chaplin, un film dont Monta Bell était l'assistant réalisateur...

Norma Shearer était en pleine ascension à cette époque, et bien sur, quelques années plus tard, le mariage avec Irving Thalberg n'était pas fait pour freiner la carrière de l'actrice. Mais pour l'heure, elle était engagée dans une liaison avec Monta Bell, qui la dirige dans Broadway after dark (1924), The snob (1924), Lady of the night, Pretty Ladies (1925), Upstage (1926) et enfin After midnight en 1927. Les quatre derniers auraient été conservés... Lady of the night est un défi particulier pour l'actrice comme pour son metteur en scène: Norma Shearer y joue un double rôle, mais débarrassé des habituelles conventions mélodramatiques de ce genre de performance: séparées à la naissance, jumelles, voire cousines; pourquoi pas inversées à la naissance par leurs parents, etc... Non, dans ce film, ce n'est presque pas important qu'une actrice ait joué le même rôle... Et il ne s'agit pas non plus de confronter l'actrice à elle-même dans une série de scènes avec de virtuoses effets spéciaux, puisque dans la plupart des plans, dans les scènes ou les deux femmes sont présentes toutes deux, on a eu recours à Lucille Le Sueur, a.k.a. Joan Crawford, pour jouer la doublure de Miss Shearer... qui de fait interprète deux femmes que tout sépare.

Elle est Florence Banning, une jeune femme de la bourgeoisie, fille de juge, qui a perdu sa maman très tôt, et Molly Helmer, une fille de la zone, née d'un père qui a été condamné à 20 ans de pénitencier (...par le juge Banning, bien sûr). Les deux grandissent en parallèle, et vont bientôt être réunies par l'entrée d'un jeune homme dans leurs vies: David Page (Malcom McGregor), un ami de Chunky (George K. Arthur), le prétendant de Molly, est un inventeur qui a mis au point un système qui permet de forcer n'importe quel coffre-fort... ou de le rendre inviolable. Confronté à ce choix, il suit l'avis de Molly, qui lui conseille d'aller démarcher auprès des banquiers. C'est ainsi qu'il fait la rencontre de Florence, dont le père fait partie des administrateurs de la banque. Page, amoureux, reverra Florence, et c'est dans son atelier qu'un jour, les deux femmes vont se trouver face à face... Pendant ce temps, Chunky se désespère de jamais intéresser Molly, avec laquelle il aimerait tant partir vers l'ouest et fonder une famille...

La première vision de Norma Shearer dans le film est un plan de Florence, qui sort pour la dernière fois de son école, avant d'affronter la vie, sans douleur évidemment. Elle est maquillée comme on a l'habitude de voir l'actrice, ce qui fait que la séquence suivante est un grand choc: Molly, en effet, est vue sortant elle aussi d'un lieu d'éducation, en compagnie de deux amies, mais c'est bien évidemment une maison de redressement, et l'actrice n'arbore aucun maquillage. Il est dur de la reconnaître... Mais cela ne va pas durer; pour incarner Molly devenue partenaire professionnelle de danse (taxi dancer), Shearer porte un excès de maquillage, a des gestes et des attitudes qui la rendent volontiers vulgaire: rouge à lèvres à la truelle, kohl envahissant, "mouche" e tutti quanti. L'éclairage va jouer un rôle aussi pour différencier les deux univers, et Monta bell prend un malin plaisir à les mettre en parallèle en montant les séquences dans un chassé croisé entre les deux... De fait, Norma Shearer incarne ici non seulement deux femmes, mais d'une certaine façon toutes les femmes. et l'attirance de l'une et de l'autre pour le même homme revêt un caractère symbolique. Page lui-même le dit: sans Molly, il n'aurait pas rencontré Florence, mais il ne s'attribue pas d'autre dette à l'égard de la jeune femme, qui sait bien que David, une fois passé de l'autre côté n'aura pas la moindre pensée pour celle qu'il considère comme une bonne copine, sans plus. Le conte devient cruel, lorsque Shearer-Florence vient répondre à l'amour de David en se rendant chez lui, dans son atelier, et soudain ils sont interrompus par Shearer-Molly, qui sait qu'elle n'a aucune chance, s'excuse et sort. Mais d'une part, elle reste à la porte, et entend une bonne part de leur conversation, et d'autre part, il a fallu un seul coup d'oeil à Florence pour comprendre les sentiments de sa rivale. Lorsque Molly sort de l'immeuble, elle s'introduit dans la voiture de Florence, pour l'attendre. Aucune agressivité, juste une envie de partager quelques instants de complicité avec celle pour le bénéfice de laquelle elle va se sacrifier...

La très grande force de ce film, ce sont les personnages, auquel Monta Bell a fait très attention, non seulement dans sa direction d'acteurs, mais aussi par son utilisation de chaque détail afin de caractériser à la perfection les protagonistes du film, qui pour chacun d'entre eux, réussit à sortir de l'ornière des clichés... George K. Arthur, comique Anglais que la MGM n'allait pas tarder à essayer de starifier, mais sans grand résultat, interprète le personnage de Chunky, le second couteau, qui apparaît comme le protecteur de Molly, dans la première scène qu'ils partagent. Mais un peu Chaplinien sur les bords, Arthur ne fait pas illusion très longtemps... Il va ensuite vite montrer des signes de jalousie impuissante devant la montée en influence de David auprès de Molly. Plus tard, lorsque celle-ci apprend de David que ce dernier a rencontré une jeune femme et en parle avec émotion, on voit Chunky redevenir très heureux... Il est souvent comique certes, mais réellement touchant, tant les émotions qu'il expérimente sont claires, et sincères. De fait, ce pauvre David, aveugle à l'amour de Molly, est bien vite catalogué comme une grande andouille, ne se rendant pas compte de la tendresse que lui manifeste sa "meilleure copine", qu'il croit amoureuse de Chunky. C'est Florence qui lui apprendra le pot-aux-roses, comme on l'a dit. Lors de cette scène-clé, Florence lui dit qu'en tant que femme, elle sait reconnaître ce type de sentiment... Mais chez Chunky, c'est évident! Le personnage passe beaucoup de temps, à faire les cent pas à l'extérieur de la maison ou habite Molly. Il est aussi souvent fourré chez elle, et une petite scène voit Monta Bell faire la preuve de sa maîtrise: elle a cuisiné, pour David, et s'affaire dans la salle à manger. Chaque objet, chaque détail du décor est parfaitement en évidence. Chunky pourtant arrive avant David, il n'est pas invité, c'est un peu embarrassant, mais il remarque un petit détail qui nous a échappé: un rayon de lumière, qui entre chez Molly par un trou dans un rideau. Il tente d'attraper le rayon, mais referme son poing, alors que le rayon a disparu... Chunky vient, pour la fin du premier acte du film, d'abdiquer son amour... Puis le rayon de lumière disparaît définitivement, car de l'autre côté de la porte et du rideau troué, David vient d'arriver, et cache la lumière.

Chaque geste, précis et souvent filmé au plus près, est d'une grande efficacité. le sens du détail dont on a déjà parlé frappe aussi, comme par exemple dans la première scène, qui voit le père de Molly au chevet de son épouse qui vient d'accoucher, avec un gros plan d'une petite main de bébé qui tripote la chaîne des menottes de son père, ce qui explique a posteriori la présence d'un policier qui attend dans le couloir durant la scène... C'est peu dire par ailleurs de rappeler que Bell a d'abord été monteur, puis assistant réalisateur d'un maniaque... Le film, malgré ses 64 minutes, est d'une incroyable richesse, bien qu'il n'aurait pu être qu'un simple mélo. Le numéro d'actrice, voire d'actrices de Shearer est époustouflant, et contribue à faire du film bien plus que cela. La mise en scène de Bell va encore plus loin, et on brûle de voir d'autres films du duo.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1925 Monta Bell *
19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 09:21

Ce n'est pas à la Universal, mais à la MGM, sans le scénariste Borden Chase, mais avec  Sam Rolfe et Harold Bloom, que Mann réalise ce film en 1953. Mais d'une part James Stewart, indispensable complément du cinéaste - et de Borden Chase à la Universal (Winchester 73, Bend of the river, The far Country) est là, et bien là, et d'autre part le cinéaste bénéficie ici d'un script qui va lui permettre de raffiner son récit à l'extrême, et de placer cinq êtres humains dans une nature hostile, montagneuse, et symbolique. Situé dans le cycle des westerns de Mann avec Stewart entre Bend of the river et The far country, ce film est un joyau...

Howard Kemp (James Stewart), d'Abilene, Kansas, poursuit dans les Montagnes Rocheuses le hors-la-loi Ben Vandergroat (Robert Ryan). Celui-ci est mis à prix pour $5,000... Il rencontre deux hommes qui vont l'aider, mais aussi lui faire concurrence, aucun des trois ne semblant prêt à laisser passer l'intégralité de la prime. Kemp, le vieux chercheur d'or Jesse (Millard Mitchell), et Roy, le soldat en fuite (Ralph Meeker), mettent tout en commun dans un premier temps et capturent assez vite ben et sa petite amie Lina (Janet leigh). mais une fois le bandit capturé, celui-ci va utiliser toutes les ressources de la psycholgie, et va manipuler les trois hommes afin de les pousser les uns contre les autres, n'hésitant pas à se servir de la fragile Lina, et de l'évidente attirance qui se dessine entre elle et Kemp.

C'est donc à flanc de montagne que se déroule le film. On sait, quand on a vu les films de Mann, à quel point il aimait ce type de décor, qui lui permettait de mettre en avant l'ambition des hommes, leurs désirs impossibles à atteindre, de créer des contrepoints ironiques aus basses passions humaines, et de visualiser un cadre aussi hostile que possible. C'est d'autant plus le cas ici que contrairement à Winchester 73, Bend of the river et The far country tourné l'année suivante, The naked spur n'offre aucune halte en ville, ou même sous un toit, à ses protagonistes. La seule vraie digression vient de la présence menaçante des indiens Blackfeet, qui en ont après Roy qui a fricoté avec une Squaw...

La première partie du film en installe de façon magistrale la tension, mais aussi la façon d'utiliser le cadre à double tranchant: décor, et commentaire de ce qui s'y déroule. Jesse, Roy et Kemp ont repéré la présence de Ben sur un promontoire rocheux. il savent qu'il n'est pas seul, mais n'ont aucune idée de ce qui les attend là-haut. Ils se lancent malgré tout à l'assaut, de l'homme comme de la montagne. La lutte est difficile, mais Kemp va finir par parvenir au sommet, aidé de ses camarades, et il va donc, au sommet de la coline rocheuse, faire la connaissance de Lina, le personnage inattendu, qui servira à Ben d'appât, pour reprendre le titre Français... Cette utilisation symbolique de la montagne représentant la difficulté de la tâche à accomplir se retrouve dans la confrontation finale.

Le film est un classique, bien sur, mais il tranche sur bien des films des années 50 avec Stewart, y compris ceux de Mann: Howard Kemp est plus que jamais un homme qui a été jusqu'au bout du mal, et qui en est revenu sali. Ses motivations sont un peu l'appât du gain, beaucoup la vengeance, puisque Ben est un témoin de la pire période de la vie de Kemp, et représente pour le héros une tentation d'exorcisme, d'une trahison de la femme qu'il aimait, dont Ben n'était pas responsable... Mais qu'importe: Ben, c'est le Diable, avec son éternel rire sardonique... et la rédemption, et l'acceptation en même temps que l'apaisement, viendra de Lina... Tous les acteurs sont impeccables, bien sur, dans un film dont les 90 minutes sont un modèle de tension parfaitement rendue.

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Published by François massarelli - dans Western Anthony Mann
19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 09:07

Les années 20, pour Cecil B. DeMille, sont un peu une période de moindre importance, durant laquelle il abdiquera clairement son métier, son art proprement dit, afin de continuer à fournir le public en émotions fortes, sans essayer comme il le faisait dans la décennie précédente de créer de nouveaux moyens de raconter des histoires en images, et tout en respectant l’ébauche d’un code de production qui veillait aux bonnes moeurs. Deux films encadrent particulièrement cette période, en fournissant en plus un argument de poids à la fois à ses elles sont toutes deux monumentales, jusqu’à l’excès ou jusqu’au sublime, et dans les deux cas quelques barrières ou lignes rouges aient été franchies en matière de mauvais goût, le réalisateur s’est lancé dans l’entreprise tête baissée, sur de son bon droit, et totalement sincère.
Il s’agit bien sur des Dix Commandements et de The king of Kings(1927). 

On a coutume d’appeler ces Ten commandments de 1923 la « première version », en faisant référence bien sûr au film de quatre heures qui allait manquer de peu l’Oscar du meilleur film en 1956 et s’installer pour l’éternité sur la liste des films inévitablement diffusés à la télévision à Noël. Mais ces deux films ne sont pas que deux versions d’une même histoire; le premier des deux est une œuvre en deux parties, dont la référence biblique sert d’illustration à une démonstration, et baigne la deuxième partie située quant à elle de nos jours. Aidé une fois de plus par sa complice, la scénariste Jeanie McPherson, DeMille se situe de fait à la fois dans la lignée d’Intolerance (Mettre en parallèle deux histoires liées par un fil extrêmement ténu) ou de films à sketches plus rigoureux dans leur présentation, et ne mélangeant pas les époques (on pense bien sûr aux Pages arrachées du livre de Satan de Dreyer). D’autre part, il a déjà sacrifié plusieurs fois (Voir Male and female, Manslaughter) à la citation Biblique ou Antique censée éclairer les personnages, mais il ne s’agissait que de vignettes. Ici, le prologue Biblique prend son temps, durant 50 minutes… Il n'en reste pas moins qu'il domine le film!

Madame MacTavish, la maman de deux hommes très différents, leur raconte sans cesse l’histoire de Moïse et des dix commandements. John MacTavish (Richard Dix), simple charpentier,  prend ça avec bienveillance, partageant la religion de sa maman. Mais Dan, le petit frère turbulent (Rod La Roque) ironise volontiers, soucieux de passer à autre chose. Il possède une petite entreprise de bâtiment… La famille recueille une jeune femme, Mary (Leatrice Joy), dont bien vite John tombe amoureux. Il essaie de lui passer le message, mais elle n’a d’yeux que pour le séduisant Dan, et partage d’ailleurs avec lui un certain dédain pour la religion. Ils se marient, mais le bonheur est de courte durée : Dan, dont l’entreprise fonctionne bien,  la trompe avec une vamp pulpeuse et Asiatique (Nita Naldi) ; par ailleurs, alors que son frère est aussi loyal, moral et rigoureux, dan s’est laissé aller à accepter un ciment de mauvaise qualité afin de truquer ses comptes…

Commençons par une question naïve : pourquoi d’une part choisir l’histoire de Moïse, alors que de multiples détails de l’histoire « moderne » revendiquent une filiation somme toute naturelle, pour un film Américain, avec l’évangile (Le héros est charpentier, et les allusions à Jésus sont nombreuses)? Peut-être le recours à l’ancien testament donne-t-il de meilleures opportunités visuelles, notamment grâce à la possibilité de représenter des orgies, ce qu’on ne peut pas faire avec la vie de Jésus; On sait le goût de DeMille et McPherson pour ce genre de petite manie… C’est bien probable, mais en retour, cela donne au message du fil une portée plus violente, plus archaïque qui renforce les exagérations… L’histoire est assez simple, pour ne pas dire simpliste. Une partie de l’intrigue repose sur le choix par le mauvais frère (Il construit des maisons) de couper son ciment avec du sable ; on pourrait mesurer l’ironie qui consiste dans un tel film à insister sur le fait que mélanger les ingrédients ne rend pas l’édifice plus solide, et c’est bien là le problème du film, le manque de cohérence entre deux histoires artificiellement reliées entre elles saute en effet aux yeux et elles ne bénéficient pas du même effort de mise en scène: la première partie est traitée en images d’Epinal, avec de réels efforts d’embellissement : un éclairage splendide, notamment lors de la scène ou Pharaon découvre la mort de son fils, ou l’utilisation du technicolor sur 8 minutes ou encore l’inévitable scène de la mer rouge (bénéficiant de la couleur) ; d’autre part les moyens mis en oeuvres sont assez louables, compte tenu du gigantisme de la production… Mais quoi qu’il en soit, cela reste un coûteux prologue statique de 50 minutes dans lequel les acteurs jouent lourdement et en traitant l’espace comme une scène de théâtre en 1902. Le pire en ce domaine est probablement Theodore Roberts en Moïse.
La deuxième partie bénéficie d’efforts plus notables, tant il est vrai qu’il s’agit d’une histoire centrée sur un petit nombre de personnages liés par le même drame, mais DeMille se tire avec acharnement une balle dans le pied environ tous les quarts d’heures en nous montrant le héros, interprété par Richard Dix, répéter à qui veut l’entendre que les dix commandements, c’est bien, alors que le péché, c’est mal. Convoquer la pulpeuse (Et suprêmement ridicule) Nita Naldi pour incarner le péché, c’est par-dessus le marché dédouaner un peu les hommes qui seront tombés dans ses filets de toute responsabilité dans leurs actes… Quoiqu’on se réjouira d’une entrée en scène à prendre au deuxième degré, lorsqu’une main transperce de l’intérieur un sac posé sur un dock, et qu’une étrange silhouette en sort, voilée de noir… Sinon, oui, quelques scènes brillent par l’éclairage ou le sens du détail dans la mise en scène (La mort de la vamp en particulier rachèterait presque toute la deuxième partie, on se croirait revenu 4 ans en arrière) ou un mouvement de caméra notable (L’utilisation de l’ascenseur qui mène l’héroïne vers Richard Dix, décidément un saint, puisqu’il élève son âme-Ce mouvement me fait penser à The fountainhead, de Vidor). Deux acteurs ont droit à une scène à forte tension vers la fin du film : Rod la roque vient de tuer Nita Naldi, et sait qu’il a attrapé la lèpre. Le cheminement de sa conscience est joué par l’acteur, sans qu’un intertitre y fasse quoi que ce soit… Ensuite, lorsqu’il se réfugie chez sa femme, celle-ci le cache derrière elle dans son lit, alors que la police est là. Elle est magistrale, réussissant à combiner l’amertume de la trahison, le sens du devoir, la tension du risque d’être prise la main dans le sac, et le fait de craindre que le mari se fasse prendre, au cours d’une scène de cinq minutes. Mais pour le reste, dans ce qui reste un film soigné, avec un sens de la composition superbe, une photographie et des moyens incroyables, c’est un film qui souffre terriblement de toutes ses sales manies: prêcher, encore prêcher, accepter tout comme argent comptant, diviser le monde en deux, le bien et le mal… Et si on écoute tous les admirateurs du cinéaste et du film, et il y en a beaucoup, l’argument généralement avancé pour excuser les égarements est celui d’un cinéma archaïque, ancien, en développement. Ca ne tient pas : DeMille avait prouvé qu’il maîtrisait mieux le médium que dans ce film, qui possède aussi parfois quelques qualités, mais qui est écrasé sous les volontés éducatives des deux auteurs, et sous des intertitres qui pèsent des tonnes: il aurait fallu dire à DeMille que de tirer des intertitres de la Bible ne les rend ni indiscutables, ni historiques : ce travers, Griffith l’a partagé dans son Intolerance, mais je ne tenterai pas la comparaison ici.

Mais il faut penser qu’en 1923, Stroheim tournait ce qui allait devenir Greed, Ford commençait à travailler sur The iron horse, et Chaplin sortait A woman of Paris. La comparaison entre ces films et celui qui nous occupe est cruelle pour DeMille. Encore une fois, c’est parce qu’il y croyait dur comme fer qu’il encadrait se contes moraux douteux dans un emballage biblique. Il est dommage qu’il se soit embarqué plus avant dans cette voie après un Manslaughter plus que douteux, mais le public suivait. Pour conclure, on pourra au moins dire que l’objet filmique, aujourd’hui disponible en bonus de luxe dans un coffret délirant (Les six disques sont présentés dans une réplique en plastique des tables des dix commandements), mérite malgré tout encore et toujours qu’on se penche sur lui, qu’on le voie, et qu’on se fasse une idée. Le metteur en scène, qui a commis des chefs d’œuvre indiscutables dans les années 10, et qui allait encore réaliser un film extraordinaire en 1928 (The Godless Girl) mérite après tout qu’on lui laisse une chance. Et le fait que le film soit aujourd’hui visible dans de si belles copies représente au moins une chance de s’immerger dans le cinéma muet Américain, pour le meilleur ou pour le pire.

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Published by François Massarelli - dans Muet Cecil B. DeMille 1923 Technicolor **
18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 12:18

Il était le roi de Hollywood... Principal metteur en scène à la Metro, entre 1921 et 1923, Rex Ingram a subi la fusion entre Metro et Goldwyn, et n'a pas apprécié semble-t-il d'être ravalé au rang d'employé de l'industrie. On raconte souvent qu'une inimitié personnelle entre lui et Louis B. Mayer (il se débrouillait pour qe ses génériques créditent la Metro-Goldwyn, et non la Metro-Goldwyn-Mayer, comme étant la compagnie de distribution de ses films, cela doit donc être vrai) l'avait poussé à affirmer son indépendance après The arab (1924) Mais si la MGM a un temps accepté de distribuer ses films tournés en France (Mare Nostrum, The magician, The garden of Allah), il allait finalement être lâché par le studio devant le manque d'enthousiasme du public. Après sa fuite vers Nice et la Méditerranée, Ingram perd donc vite de sa superbe, et ce film, le premier tourné à l'écart de MGM, le dernier de ses films muets (Qui possédait semble-t-il des séquences parlantes à sa sortie), est aussi l'avant-dernier film de son auteur. Tourné pour le compte d'une société Anglaise, le film est situé à Londres...

On fait la connaissance de trois personnages, liés par bien des façons: Lord Bellmont, un industriel qui a réussi, mais est désormais coupé de ses ouvriers dont les conditions se dégradent; son fils Philipp, à la recherche d'une autre vérité après avoir profité pendant des années de la vie d'oisif que lui permettait la richesse paternelle; il souffre aussi dela vacuité de sa mère, qui console son ennui et sa solitude dans la consommation de gigolos; enfin, Lady Victoria, aussi oisive que Philipp, est aussi très amoureuse, et va changer elle aussi sous l'impulsion de cet amour. Les trois passions présentes dans le film, la puissance aveugle, la foi et l'amour sont-elles conciliables?

...Non, bien sûr. Le conflit à trois têtes dans le film est hautement symbolique, et par certains côtés, on pense à Metropolis et sa sage morale. Mais une fois de plus, Ingram n'est pas un idéologue, et la morale de son film est d'un conservatisme prudent et de bon aloi, comme le montre cette scène vers la fin ou Philipp, sachant son père mourant, calme les grévistes en leur faisant deux trois promesses, et en flanquant un clone de Trotsky au bas de son estrade. Ce qui a compté pour le metteur en scène, c'est de voir évoluer ses personnages dans leurs univers respectifs, de peupler comme il savait si bien le faire ses décors très soignés, mais passe-partout, de faunes millimétrées et dans lesquelles on se doute qu'une fois de plus, chaque figurant avait une tâche très claire à accomplir. Mais quoi qu'il en soit, le film est aussi esthétiquement typique d'Ingram, que peu probant d'un point de vue dramatique. Restent les acteurs: Ivan Petrovitch, débarrassé du maquillage qui l'affadissait dans The magician, il est un jeune premier assez solide. Alice Terry, toujours parfaite, a un rôle ambigu, et subit une tentative de viol (La brute est jouée par Andrews Engelmann, que tous ceux qui ont vu Le journal d'une fille perdue connaissent.) parfaitement orchestrée. Mais en une heure, la précipitation de cette intrigue ne joue pas toujours en sa faveur. Les stock-shots de Londres confirment qu'on est bien devant un "Quota-quickie" Anglais, ces films vite faits réalisés pour remplir les quotas de films Anglais à l'exportation. Michael Powell, l'ancien assistant d'Ingram, allait y commencer sa carrière; Ingram y a quasiment fini la sienne... Grandeur, puis décadence.

Pour finir, ce film est rare, très rare même: il a été perdu jusqu'en 2008, lorsqu'une copie a été trouvée en Allemagne. Elle est semble-t-il complète, mais muette, ne nous permettant pas d'affirmer que le film possédait bien, à l'instar des films Anglais Blackmail ou The flying Scostman, tous deux tournés la même année, de séquences sonores.

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Published by François Massarelli - dans Rex Ingram Muet 1929
18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 11:55

Tom Holmes a fini la guerre prisonnier dans un hôpital Allemand, ou on l'a tant bien que mal rafistolé... Mais c'est un homme dépendant à la morphine qui rentre au pays, et il y apprend que sa dernière action héroïque avant de devenir prisonnier a été endossée par un autre. Celui-ci, par remords, lui trouve une situation, mais l'addiction de Tom rendra les choses compliquées, et il est vite licencié. Il trouve à s'établir ailleurs, se fait remarquer par son esprit d'initiative, mais la mort de son nouvel employeur va une fois de plus le précipiter dehors, alors qu'il est marié et père de famille. Tout bascule lors d'une manifestation au cours de laquelle il tente de raisonner ses camarades, mais il est emprionné pour agitation alors que son épouse meurt piétinée par la police...

A nouveau tiré de l'excitante période durant laquelle Wellman était un metteur en scène sous contrat à la Warner, Heroes for sale est une pure merveille à tous points de vue: le metteur en scène (Et le studio) pointent du doigt une situation indigne, comme en écho à la chanson Remember my forgotten man dans Gold diggers of 1933: les vétérans de 1917-1918, aux Etats-Unis en pleine crise, sont nombreux parmi les chômeurs et les vagabonds qui se massent sur les routes. D'autre part, Wellman étant Wellman, il adopte un style coup de poing, avec le génie qui le caractérise, et emporte avec lui le public pour ne jamais le perdre durant les 71 minutes (Des 76 d'origine) que dure le film; il obtient de chaque acteur (Richard Barthelmess, Berton Churchill, Robert Barrat...) et actrice (Loretta Young, Aline Mac-Mahon) une performance superbe: oui, même de Barthelmess, acteur perdu dans le parlant, qui était si terne chez Curtiz (Cabin in the cotton); il est ici un très crédible vétéran perdu en pleine reprise de l'activité par une Amérique oublieuse de ses héros...

 

Mais le film n'est pas que dénonciation, s'attachant à des personnages, concernés au premier chef (Tom Holmes, le héros, son épouse, le lâche Roger qui va précipiter le drame de Tom), mais aussi plus présent pour créer un univers. A ce titre, le trairtement émouvant du personnage de Mary (Mac-Mahon), la fille au coeur d'or qui n'a pas pu avoir le beau gosse, mais n'a jamais exprimé ses sentiments, est extrêmement touchant, et traité avec une immense délicatesse. Si le metteur en scène cède à son penchant virtuose pour masquer les scènes clés (Il cache un vol tenté par Barthelmess derrière la grille de son guichet, obtenant par la même occasion une métaphore de le peine de prison qu'il risque), ne se prive pas de rappeler qu'il est un maitre de l'action maitrisée, dans une scène de manifestation qui dégénère en émeute, durant laquelle Loretta Young a du se couvrir de bleus... Le sens politique du film est celui de la Warner d'alors: sans prôner le communisme (Un personnage de comédie, sympathique immigré communiste, se transforme en le pire des capitalistes durant la fin du film!) ni montrer le plus beau visage du capitalisme, le film montre qu'une nouvelle donne est nécessaire, un nouveau volontarisme, dans l'esprit de collaboration entre les classes. Roosevelt est d'ailleurs cité en exemple, mais on ne m'otera pas de l'idée que Wellman, électron libre et généreux, qui finit son film sur une note amère, n'est pas aussi optimiste que le scénario...

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Pre-code
17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 10:39

On peut dire que, même lors de ses prestigieuses collaborations avec Emeric Pressburger, Powell ne s'est finalement jamais arrêté de faire des petits films, sauf peut être entre Colonel Blimp (1943) et The red Shoes (1948). Mais là, il n'avait ni le temps, ni peut-être les commandes, voire les opportunités. Il y a une légende tenace, que je n'ai pas pris le temps de vérifier: les deux hommes, pour leurs productions communes (scénarisées par Pressburger, mises en scène par Powell, produites en collaboration et signées des deux sans distinction, à partir de ce film, justement, jusqu'à Ill by moonlight en 1957), adoptaient un logo différent, cette cible dans laquelle une flèche venait se planter: pour leurs films les plus réussis, elle était au centre, mais pour d'autres (On imagine bien sur The scarlet Pimpernel, entre autres), elle était légèrement recentrée, comme pour en signaler la moindre importance... La question ne se pose pas ici: le logo-cible n'avait pas été encore imaginé, cela viendrait sur le film suivant. Mais cette curiosité, rarement présentée, reprend finalement un peu le même esprit que le film précédent du duo, 49th parallel: cette histoire d'espions nazis préparant la suite de la conquête du monde en essayant de gagner des canadiens à leur cause, aventure d'infiltration vécue de l'intérieur par les hommes, venus pour vaincre idéologiquement, et qui se laissent au fur et à mesure séduire par la liberté de penser canadiens, était un peu banal film de propagande, parfaitement assumée. C'est à nouveau de propagande qu'il est question, mais le titre est sans ambiguïté: le point de vue, maintenant est celui des alliés.

Le film est basé sur une histoire vraie: Le bombardier B for Bertie n'est pas rentré d'une mission sur le continent; son équipage (Six hommes) est sauf, mais ils se sont parachutés en catastrophe sur la Hollande... Ils doivent donc en ressortir, avec l'aide de la population dont ils découvrent le volontarisme résistant. Le film est un voyage tranquille, assez peu marqué par la confrontation avec l'ennemi. La confrontation est plutôt d'un peuple à l'autre, l'urgence de la situation et la nécessité poussant les Anglais à la prudence, les rend particulièrement réceptifs à la façon d'être et de vivre des gens qu'ils croisent. Puisqu'il s'agit de vivre, ici: de mener sa barque comme on l'entend, malgré l'occupant, et de mettre en place les moyens de la reconquête, comme on fait son lit ou comme on prépare à manger. Les sacrifices deviennent futiles, comme cette discussion soudaine sur le cas de conscience de deux hommes du Yorkshire, protestants et hésitants à se réfugier dans une église catholique...

Si un carton explicatif nous annonce dès le départ que certains des résistants Hollandais présents dans le film ont été depuis exécutés par les Nazis, le film se déroule dans une ambiance légère qui n'est pas sans évoquer les meilleurs films Anglais des années 30 de Alfred Hitchcock. Le suspense propreà chaque scène est prenant, réussi, et l'interprétation impeccable... L'affrontement a lieu, mais il n'est presque qu'un épiphénomène du film, par ailleurs magistralement mis en scène. Et de l'esprit de propagande plutôt traditionnel de ce petit film naitra comme une réaction un monstre fascinant, un anti-film de propagande qui est parmi les meilleurs de Powell: The life and death of Colonel Blimp.

On notera au passage une certaine tendance à l'extravagance typique (on la retrouvera sur la plupart des films suivants) dans la façon de présenter le film: une ouverture d'ailleurs très symbolique, dans laquelle on voit l'avion voler seul, comme le temps qui continue à avancer durant l'escapade Hollandaise des six hommes, puis l'avion s'écrase sur des installations électriques. Tout ceci est avant le générique... La fin, abrupte, est suivie d'un épilogue convenu mais dynamique, dans lequel les six hommes repartent au combat avec un plus gros avion... Enfin, les amateurs de films Anglais se réjouiront de savoir que le grand Bernard Miles est présent, en aviateur issu de la classe ouvrière; on trouve aussi le tout jeune Peter Ustinov, en prêtre austère (mais oui!!), et sinon les habitués de Powell peuvent retrouver ici Robert Helpmann, Eric Portman et Pamela Brown...

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell
12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 17:08

En 1952, ce film était pour la cérémonie des Academy awards en compétition avec, entre autres, High noon, de Zinnemann, et The quiet man, de ford. Un coup d'oeil, un seul, sur le film suffit à voir qu'il n'aurait pas du avoir une chance sur mille de gagner... Donc est-ce afin de récompenser deMille de sa longévité, est-ce parce qu'il avait grassement payé les membres de l'académie (Pure spéculation de mauvaise foi, ici, soyons franc), ou avait-il par quelque moyen réussi à les hypnotiser tous? en tout cas, le vétéran, fondateur en 1913 de la Paramount aux cotés de Jesse Lasky, a finalement obtenu ce qu'il désirait, une reconnaissance tangible, sous la forme d'une statuette. Meilleur que le précédent film de DeMille, le kitschissime Samson & Delilah, The greatest show on earth est, c'est vrai, sans doute l'un des meilleurs films parlants de son réalisateur, ce qui n'est pas si difficile... Mais si pour une fois le showman a choisi de rester dans une histoire contemporaine au lieu de s'intéresser aux périodes fondatrices de l'Amérique, voire à l'antiquité, il a fait un film bien dans sa manière, et qui revêt aussi une dimension vaguement autobiographique...

 

Le cirque monumental dirigé par Brad Braden (Charlton Heston) part en tournée, fort d'une vedette de poids pour sa nouvelle saison: le grand Sebastian (Cornel Wilde), un acrobate Français génial mais généralement considéré comme unse source de problèmes en raison de son insupportable tendance à séduire toutes les filles... Sa venue va créer des ennuis pour Holly (Betty Hutton), la star du trapèze. Les troubles vont venir ausi de la jalousie de Klaus (Lyle Bettger), le meneur d'éléphants, amoureux sans retour de la jolie Angel (Gloria Grahame); un groupe de malfrats tournant autour du cirque pour commettre des escroqueries vont également provoquer quelques malheurs, et enfin, le clown Buttons (James Stewart), qui ne se démaquille jamais, semble cacher un secret bien lourd à porter...

 

Si on fait la somme des dafauts du film, on en viendra inévitablement à mettre en cause sa structure particulièrement légère: l'intrigue, en effet, ne tient qu'à un fil, celui du spectacle. DeMille a organisé son film comme une représentation de cirque, en alternant les numéros. De plus, on assiste à une accumulation de scènes vaguement cousues entre elles, avec une progression très convenue. Mais on a la chance d'avoir un certain naturel dans l'interprétation (James Stewart, Charlton Heston, et Gloria Grahame, en particulier, maintiennent la barre assez haut.), ce qui nous change des vieux cabots habituels (Tous présents dans le film, ou on reconnait Henry Wilcoxon et Julia Faye, qui à cette époque travaille depuis 35 ans pour DeMille...). Et puis, de toute évidence, dans le personnage de Brad Braden, qui me fait d'ailleurs beaucoup penser au Warner Baxter de 42nd street, il y a beaucoup de DeMille lui-même: showman des pieds à la tête, dévoué au cirque au point de prendre des risques en engageant le pire séducteur du métier parce qu'il apportera du public.

 

Le public, d'ailleurs, est aussi très présent, et on sent que les figurants qui le composent ont été à demi dirigés, afin de préserver un semblant de naturel. la présence de vrais acrobates complétée d'acteurs désireux de se mouiller rend le spectacle assez tangible (Betty Hutton, par exemple, semble bien faire une large part de ses numéros seule), mais le tout est aussi agrémenté de nombreux passages de fascination pour le cirque, accompagnés de numéros musicaux qui alourdissent considérablement le tout. Quoi qu'il en soit, le film reste un témoignage fascinant du cirque DeMillien, avec ses passages obligés, ses bons et moins bons moments, ses facilités et ses forces , et au-delà du mélodrame ahurissant (Un patron de cirque au milieu d'un train accidenté, soigné par un clown assisté du flic qui va lui passer les menottes quelques heures après, dont l'infirmière est une acrobate en costume!!), on sait que le véritable fin mot de l'hitoire pour le showman DeMille, ce n'est même pas "the show must go on", mais bien "The show will go on".

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Published by Francois Massarelli - dans Cecil B. DeMille
8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 18:36

Après Sleepy Hollow, Tim Burton s'est attaché à tenter de retrouver l'esprit des réalisateurs de studio de l'age d'or, acceptant pour commencer une commande, qui est sans aucun doute l'un de ses plus mauvais films, Planet of the apes, remake inutile. Puis vint Big Fish, le film incompris: on ne l'attendait pas, celui-ci, habitués à voir en Tim Burton le réalisateur qui s'éloigne systématiquement de notre monde, et de ses joies et peines quotidiennes, pour créer d'autres univers, marqués par la noirceur, la mort, le rire grinçant, et les contes de fées détournés... Donc le film sur la difficulté à perdre son père qu'on n'a jamais compris, on ne pouvait pas s'y attendre... Sauf que. 'une part, ce film est partiellement motivé par une relation pas toujours facile entre Tim et son papa, et d'autre part le principal sujet, au-delà du lien entre un homme et sa famille, reste bien sur le pouvoir absolu de l'imagination, qui va non seulement embellir la vie, mais surtout la recréer, à tel point que si on invente suffisamment d'histoires, aussi délirantes soient-elles, elles finiront toujours par avoir un semblant de vérité.

Bien sûr, le film est situé dans le Sud des Etats-unis, dont le folklore est particulièrement basé sur le mensonge et ce qu'on appelle des "tall tales", des histoires si exégérées qu'il est impossible d'y accorder le moindre sérieux. on apprend, que Ed Bloom, le père de Will (Qui s'est manifestement exilé à paris, pour ne plus avoir de vrai contact avec son père qu'il ne supporte plus, qu'il accuse de tout ramener à lui) va mourir. Le fils va donc renouer avec le père pour ses derniers jours, et grâce à la complicité de sa femme, Joséphine, et de sa mère, il va écouter son père qui lui raconte, et nous raconte sa vie dans les années cinquante, puis soixante, d'éternel affabulateur qui a certes bourlingué.

L'imagination au pouvoir, donc: C'est la leçon qui est donnée à Will Bloom (Billy Crudup), qui au moment ou il perd son père (Albert Finney), en vérité, le retrouve, et peut enfin croire en toutes ses histoires, même les plus invraisemblables, qu'elles parlent de sorcières qui prédit la mort, de géant qui fait peur à une ville, de guerre gagnée par un seul homme, de deux siamoises qui partagent la même paire de jambes, de femme nue qui vit dans la rivière, ou de crue-minute... Et à la fin, une fois le lien recréé, même après la mort, la vie est finalement belle, et a trouvé son but: l'immortalité de l'homme, celle du conteur. Donc non seulement c'est un film qui appartient totalement à Tim Burton, mais plus encore, c'est son dernier grand film... en attendant les prochains?

 

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Published by François Massarelli - dans Tim Burton