Roxie Hart (Phylis Haver) est mariée à un saint homme, Amos (Victor Varconi). travailleur modeste mais intègre, celui-ci sait bien qu'il n'est pas en couple avec une femme très rigoureuse, mais il l'aime trop pour lui en vouloir. Jusqu'au jour ou elle abat froidement son amant (Eugene Pallette) alors que celui-ci venait de lui annoncer avoir décidé de couper les ponts, et donc de ne plus payer pour tous ses désirs. Si elle se défend d'avoir eu la moindre liaison extra-conjugale, Amos a bien compris que Roxie n'est pas innocente dans l'affaire, et il est déterminé à aller jusqu'au bout pour lui épargner la corde: le meilleur avocat, notamment. Celui-ci, aguerri et très rapace, met les grands moyens... à tous les sens du terme: ironiquement, Amos est obligé de lui voler une somme coquette d'argent (Acquise de façon douteuse) afin de payer ses honoraires. Pendant ce temps, persuadée qu'elle joue le rôle de sa vie, Roxie se laisse aller à sa nouvelle célébrité crapuleuse...
Miraculeusement préservé de l'outrage des ans, le film Chicago est une cause célèbre des coupeurs de cheveux en quatre: quoique supervisé et dirigé pour une large part par Cecil B. DeMille, il est signé de son assistant Frank Urson. Cela s'explique par le fait que le grand metteur en scène, accaparé par le film King of Kings, était un peu le VRP de la religion en cette année 1927, et n'avait pas envie de tenter le mélange des genres avec cette histoire de meurtrière de petite vertu qui gagne un procès en agitant férocement tout ce qu'elle peut agiter. Et dommage pour lui, car s'il l'avait signé, ce serait l'un de ses chefs d'oeuvre. Sardonique, divisé adroitement en trois actes, ce méchant petit film a une énergie, un esprit et un visuel superbe (Par Peverell Marley), en même temps qu'une morale assez conservatrice: tout le monde n'est pas pourri, mais ce n'est pas loin, heureusement, le mari de la jeune intrigante est là pour relever le niveau, ainsi qu'une femme qui, dans l'ombre, nettoie les stupidités et les turpitudes des autres...
Le film porte du début à la fin la marque des films de Cecil B. DeMille, avec son sens du raccourci visuel, ses sous-entendus, sa façon de mettre en scène le décor et les accessoires pour souligner ou mettre en valeur une notion, un concept. On pourra trouver Phyllis Haver parfois excessive, mais ce serait oublier que le propos est ici clairement de faire de la comédie au vitriol. Victor Varconi, en revanche, s'en sort plutôt bien. Il est évident que le film ne mâche pas ses mots sur les femmes du jazz age, qui en prennent pour leur grade! Mais le film est aussi une sorte de cousin des belles comédies, déja fortement satiriques, de 1919-1920 (Why change your wife?, Don't change your husband...), dans lesquelles DeMille s'amusait à représenter la bourgeoisie Américaine. autre temps, autres moeurs, autres rangs aussi: les deux "héros" de ce film sont issus de la classe ouvrière, et contrairement aux films d'après-guerre, on n'a plus de sympathie partagée pour les deux protagonistes... Néanmoins le constat est alarmant: pour l'amour de sa vie, dont il sait qu'il se résume à un gâchis, Amos est prèt à tout, y compris à s'abaisser, dans une scène noire aux éclairages savants qui rappellent que DeMille et Peverell Marley sont des artistes du cinéma, tout simplement...
Même s'il ne faut pas oublier que le signataire du film, Frank Urson, y a effectivement travaillé (Notamment durant les deux premières semaines de tournage), le film porte tellement la marque de DeMille qu'il ressemble par moments à une compilation des meilleurs moments, reprenant donc le style détaillé des comédies, le sens du spectaculaire dans les scènes-clés, la science de l'éclairage, et même une scène de "cat fight" qui nous renvoie à Carmen, avec la juste dose de chairs féminines exposées, avec le concours très volontaire de Julia Faye et Phyllis Haver. Par ailleurs, le (Splendide) film de DeMille qui suivra, The Godless girl, reprendra la thématique de la culpabilité féminine sous un angle nettement moins frivole...
Film assez emblématique de la position paradoxale de John Ford à la Fox dans les
années 30, The prisoner of Shark Island est pourtant atypique sur un certain nombre de points. De par sa quête du grand sujet, il sent l'oeuvre de commande, tant Ford était plus
à l'aise déja dans la miniature et l'intime, plutôt que dans les fresques. De plus, on y lit une critique à peine voilée du comportement limite fasciste de l'armée Nordiste à la sortie du conflit
de la guerre civile, à la suite de l'assassinat de Lincoln. Mais le traitement de l'histoire permet à Ford de dresser quelques portraits, mais aussi de montrer une communauté humaine en
proie à une dérive figurée, à travers une épidémie de fièvre jaune qui décime une prison... Un film ambitieux, pour lequel le studio a dépêché le plus grand de ses metteurs en scène, même si
celui-ci est en pleine indépendance et ne travaille plus exclusivement pour la Twentieth Century Fox (Au passage, en 1936, cette nouvelle appellation est toute récente...).
Tourné après My darling Clementine, puis The Fugitive, et enfin The three Godfathers, soit une période durant laquelle certains accusent Ford (Lindsay Anderson en tête) de se laisser aller à la facilité, Fort Apache inaugure une trilogie de films sur la cavalerie qui seront tournés en trois ans: deux pour la RKO, celui-ci et She wore a yellow ribbon, et un pour la Republic (Rio Grande) en préparation d'un film plus important au coeur de Ford: The quiet man. Outre John Wayne et certains acteurs qui se retrouvent d'un film à l'autre (Comme d'habitude, dans des combinaisons diverses: Victor McLaglen, Ward Bond, l'insubmersible Jack Pennick et la discrète Mae Marsh), les trois films sont tous inspirés de l'oeuvre de James Warner Bellah sur la cavalerie, et se passent à l'époque des guerres Indiennes. Enfin, Wayne y incarne à chaque fois plus ou moins le même homme, à des ages variés, et avec des variations subtiles d'un film à l'autre: ici, il est Kirby York, dans le suivant il sera Nathan Brittles, enfin dans Rio Grande, il répond au nom de Kirby Yorke...
Les comédies de Michel Gondry se suivent et ne se ressemblent que sur un certain nombre de points. Il y a peu de rapports entre Human nature, par exemple, et le second film Eternal sunshine of the spotless mind, ou entre le dérangeant La science des rêves, et ce nouveau film. Pourtant tous partagent une sorte de touche rêveuse, voire cauchemardesque, qui distord la réalité de la façon dont les films aiment justement à nous montrer l'inconscient... C'est le sujet du troisième long métrage, dans les rêves duquel on a tendance à se noyer de façon peu confortable. Avec ce dernier opus, la rêverie est nettement plus agréable, et possède une honnêteté et une fraicheur rare: non seulement le principe est de se promener dans l'univers de gens simples, mais le cinéaste a planté ses caméras dans un environnement authentique, dont il a manifestement débauché des habitants pour jouer la figuration: la petite banlieue ouvrière (Et donc peu reluisante, on l'aura compris, le chômage et le désoeuvrement y sont très importants) de Passaic, New Jersey. Mais contrairement à un Steven Soderbergh qui se déplace dans une petite communauté pour y improviser un film avec les gens du coin, et débouche sur une histoire désolante de criminalité et de folie (Bubble), Gondry y vient avec une idée de film épatante et des stars: Jack Black, Mos Def, Danny Glover et Mia Farrow, plus Sigourney Weaver qui fait une petite apparition. Tous les autres sont en ce qui me concerne, des inconnus, des acteurs de télévision, des acteurs du circuit indépendant, etc. Quant au scénario, il ressemble à un prétexte pour construction improvisée: Mike (Mos Def) et Jerry (Jack Black), deux post-ados indécrottables, doivent garder le vidéo-club de Mr Fletcher (Danny Glover), leur ami, mais au lieu de cela ils se rendent sur le site de la centrale énergétique de la ville, ou Jerry est victime d'un accident qui le rend magnétique. Le lendemain, il se rend au magasin de Fletcher, et efface par sa seule présence toutes les VHS. Il leur faut honorer certaines commandes, ils improvisent donc le tournage d'une nouvelle version de Ghostbusters, en 5 heures. Puis, c'est Rush Hour 2, et l'incroyable arrive: le quartier aime vite les films et en réclame d'autres...
"Who watches the Watchmen?", qui est, en réalité, au-dessus des super-héros, suffisamment puissant pour les contenir? Le président Nixon, triomphalement réélu une cinquième fois l'année précédente? N'a-t-il pas réussi à enrôler les plus importants de ces justiciers masqués, et à persuader les plus petits de prendre leur retraite, afin de laisser les forces de l'ordre faire leur travail? C'est une illusion, on l'apprend très vite: Nixon, après tout, doit ses réélections successives à son traitement éclair de la guerre du Vietnam... où se sont illustrés deux super héros particulièrement persuasifs: le Comédien, tout d'abord, un mercenaire prêt à tout et avec un grand nombre d'heures de vol; et bien sûr l'extraordinaire Dr Manhattan, ce physicien victime d'une expérience dont il est ressorti en surhomme capable de transformer toute matière à distance, de se téléporter, de se démultiplier, et de ressentir le passé, le présent, et le futur. En d'autres termes, si Nixon est aujourd'hui le maître du monde libre, il le doit à ces super-héros.
Pourtant on ne leur fait plus confiance, après que les excès du Comédien dans ses initiatives pour briser les émeutes aient fait des victimes gênantes. Et tous, le "Spectre soyeux" (Malin Akerman), le "Night Owl" (Patrick Wilson), "Ozymandias" (Mathew Goode), le Comédien (Jeffrey Dean Morgan), ont fini par accepter. Cela n'a pas empêché le Comédien de continuer à travailler en douce pour Nixon, et Dr Manhattan (Billy Crudup), en raison de son omnipotence, de rester en place. Ozymandias est de toute façon riche à million et consacre son énergie et son argent à diverses causes. seul parmi tous ces anciens super-héros à refuser le destin qu'on leur impose, Rorschach (Jackie Earle Haley), le moraliste (et narrateur) a refusé de cesser ses activités ou de les adapter pour travailler pour des commanditaires: il continue à rendre la justice à sa façon, expéditive... C'est à ce moment qu'un certain Eddie Blake est retrouvé mort: Rorschach mène l'enquête, et pour cause: Blake est plus connu sous le nom de Comédien...
(Au-delà, les studios coupent...). Et le film a aussi un coté plus caricatural encore que la bande dessinée, la faute en incombant sans doute à Zack Snyder: un metteur en scène qui a commis un film aussi absurdément crétin que 300 ne peut pas être autre chose qu'un sale gosse. D'un côté, il aime en rajouter dans le gore un brin gratuit... De l'autre il s'y entend à montrer dans ce film le poids du temps, les regrets, et un monde sali, voire pourri jusqu'à l'os, dans lequel ceux qui défendent les autres au nom de certains principes peinent à survivre. Donc, ici, il a plutôt réussi son coup, mais on ne peut s'empêcher de penser qu'un temps, Terry Gilliam était pressenti pour faire ce film. A la place d'un grand polar noir sur un univers parallèle (Avec un Nixon qui ne ressemble à rien, d'ailleurs...), on a donc droit à un film ou on rend hommage à la bande dessinée à grand renfort de ralentis qui ont tendance à sublimer la violence (Et le Spandex!), mais aussi à être un peu irritants. Un film dans lequel un clone bleu et lumineux de Billy Crudup se promène zigounette à l'air durant deux heures et quarante-deux minutes, et ou les super-héros se comportent, enfin, en êtres humains. Ce n'est pas rien, finalement. /image%2F0994617%2F20241229%2Fob_91f59f_images.jpg)
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clairement le film (On le voit comme un contemporain parfait de M de Fritz Lang dans la volonté de dissocier image et son afin d’élargir la palette du muet plutôt que de
J'ai vu, il y a peu, le film It's a mad, mad, mad, mad world de Stanley Kramer. Il me semble que cette comédie atypique est un peu à l'origine d'un genre bien précis, limité aux années 60, de comédies, les films-mammouths. Ainsi nommés parce qu'ils sont énormes, encombrants, et qu'ils ont disparu, la comédie ayant généralement retrouvé des durées plus décentes que les quasi-trois heures. Mais, on le sait (et on le dit ailleurs
présence d'automobiles: le grand Leslie (Tony Curtis)et le professeur Fate (Jack Lemmon), deux bateleurs aux conceptions diamétralement opposées, s'affrontent sur le terrain du spectaculaire, chacun d'entre eux s'évertuant à battre des records inutiles mais bien dans l'époque. Leslie triomphe toujours, mais Fate est doué d'une malchance qui n'a d'égale que sa malhonnêteté. Leslie propose à l'industrie automobile américaine une course autour du monde pour faire la preuve de la supériorité de l'industrie américaine. D'autres concurrents vont participer, mais peu importe: seuls comptent Leslie, sa Nemesis Fate, et Miss Maggie Dubois (Natalie Wood), une suffragette qui a réussi à se faire sponsoriser par un journal de New York pour participer et couvrir la course. Celle-ci va nous occuper 160 minutes durant...
s'accorde des pauses, montre intelligemment. On est peu ou prou dans le même monde que ces intermèdes fous dans The Pink Panther, par exemple, lorsque la logique part par la fenêtre et que l'absurde s'installe gentiment, toujours dans un cadre aussi rigoureux que possible. Selon moi, ce film est de fait une anomalie au sein de la filmographie des "filmmouths": énorme, excessif... mais aussi plutôt réussi, si on accepte de se laisser emporter gentiment par le rythme. Et puis, il y a Natalie Wood en suffragette, une partie de tartes à la crème, un pastiche du Prisonnier de Zenda avec Jack Lemmon en vedette, rien que ça devrait suffire. Voilà./image%2F0994617%2F20230717%2Fob_7931e5_speedy-criterionbd.jpg)
