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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 17:46

Roxie Hart (Phylis Haver) est mariée à un saint homme, Amos (Victor Varconi). travailleur modeste mais intègre, celui-ci sait bien qu'il n'est pas en couple avec une femme très rigoureuse, mais il l'aime trop pour lui en vouloir. Jusqu'au jour ou elle abat froidement son amant (Eugene Pallette) alors que celui-ci venait de lui annoncer avoir décidé de couper les ponts, et donc de ne plus payer pour tous ses désirs. Si elle se défend d'avoir eu la moindre liaison extra-conjugale, Amos a bien compris que Roxie n'est pas innocente dans l'affaire, et il est déterminé à aller jusqu'au bout pour lui épargner la corde: le meilleur avocat, notamment. Celui-ci, aguerri et très rapace, met les grands moyens... à tous les sens du terme: ironiquement, Amos est obligé de lui voler une somme coquette d'argent (Acquise de façon douteuse) afin de payer ses honoraires. Pendant ce temps, persuadée qu'elle joue le rôle de sa vie, Roxie se laisse aller à sa nouvelle célébrité crapuleuse...

 

Miraculeusement préservé de l'outrage des ans, le film Chicago est une cause célèbre des coupeurs de cheveux en quatre: quoique supervisé et dirigé pour une large part par Cecil B. DeMille, il est signé de son assistant Frank Urson. Cela s'explique par le fait que le grand metteur en scène, accaparé par le film King of Kings, était un peu le VRP de la religion en cette année 1927, et n'avait pas envie de tenter le mélange des genres avec cette histoire de meurtrière de petite vertu qui gagne un procès en agitant férocement tout ce qu'elle peut agiter. Et dommage pour lui, car s'il l'avait signé, ce serait l'un de ses chefs d'oeuvre. Sardonique, divisé adroitement en trois actes, ce méchant petit film a une énergie, un esprit et un visuel superbe (Par Peverell Marley), en même temps qu'une morale assez conservatrice: tout le monde n'est pas pourri, mais ce n'est pas loin, heureusement, le mari de la jeune intrigante est là pour relever le niveau, ainsi qu'une femme qui, dans l'ombre, nettoie les stupidités et les turpitudes des autres...

 

Le film porte du début à la fin la marque des films de Cecil B. DeMille, avec son sens du raccourci visuel, ses sous-entendus, sa façon de mettre en scène le décor et les accessoires pour souligner ou mettre en valeur une notion, un concept. On pourra trouver Phyllis Haver parfois excessive, mais ce serait oublier que le propos est ici clairement de faire de la comédie au vitriol. Victor Varconi, en revanche, s'en sort plutôt bien. Il est évident que le film ne mâche pas ses mots sur les femmes du jazz age, qui en prennent pour leur grade! Mais le film est aussi une sorte de cousin des belles comédies, déja fortement satiriques, de 1919-1920 (Why change your wife?, Don't change your husband...), dans lesquelles DeMille s'amusait à représenter la bourgeoisie Américaine. autre temps, autres moeurs, autres rangs aussi: les deux "héros" de ce film sont issus de la classe ouvrière, et contrairement aux films d'après-guerre, on n'a plus de sympathie partagée pour les deux protagonistes... Néanmoins le constat est alarmant: pour l'amour de sa vie, dont il sait qu'il se résume à un gâchis, Amos est prèt à tout, y compris à s'abaisser, dans une scène noire aux éclairages savants qui rappellent que DeMille et Peverell Marley sont des artistes du cinéma, tout simplement...

 

Même s'il ne faut pas oublier que le signataire du film, Frank Urson, y a effectivement travaillé (Notamment durant les deux premières semaines de tournage), le film porte tellement la marque de DeMille qu'il ressemble par moments à une compilation des meilleurs moments, reprenant donc le style détaillé des comédies, le sens du spectaculaire dans les scènes-clés, la science de l'éclairage, et même une scène de "cat fight" qui nous renvoie à Carmen, avec la juste dose de chairs féminines exposées, avec le concours très volontaire de Julia Faye et Phyllis Haver. Par ailleurs, le (Splendide) film de DeMille qui suivra, The Godless girl, reprendra la thématique de la culpabilité féminine sous un angle nettement moins frivole...

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Published by François Massarelli - dans Muet Cecil B. DeMille 1927 **
23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 18:01

Film assez emblématique de la position paradoxale de John Ford à la Fox dans les années 30, The prisoner of Shark Island est pourtant atypique sur un certain nombre de points. De par sa quête du grand sujet, il sent l'oeuvre de commande, tant Ford était plus à l'aise déja dans la miniature et l'intime, plutôt que dans les fresques. De plus, on y lit une critique à peine voilée du comportement limite fasciste de l'armée Nordiste à la sortie du conflit de la guerre civile, à la suite de  l'assassinat de Lincoln. Mais le traitement de l'histoire permet à Ford de dresser quelques portraits, mais aussi de montrer une communauté humaine en proie à une dérive figurée, à travers une épidémie de fièvre jaune qui décime une prison... Un film ambitieux, pour lequel le studio a dépêché le plus grand de ses metteurs en scène, même si celui-ci est en pleine indépendance et ne travaille plus exclusivement pour la Twentieth Century Fox (Au passage, en 1936, cette nouvelle appellation est toute récente...).

 

1865: Lincoln, qui ambitionne de réintégrer en douceur le Sud dans l'Union, après que le Nord ait vaincu la rebellion confédérée, se fait assassiner par John Wilkes Booth, qui a quelques complices. un homme, le dr Samuel Mudd, se fait arrêter pour avoir prodigué des soins sur Booth, qui s'était blessé durant l'attentat. Le médecin ne savait pas à qui il avait à faire, mais dans le doute, Mudd est condamné à la prison à vie. Son épouse va essayer de le sortir de cette prison, gardée par des requins qui infestenet les douves, d'autant que Mudd est la victime du mépris de tout le personnel de la prison à cause du crime qu'on lui attribue à tort...

 

L'histoire est authentique, même si on soupçonne bien sur la production d'en vaoir rajouté un peu en matière de romantisme, ce film est intéressant par le lien qu'il crée de filiation évidente entre l'oeuvre de Ford et celle de Griffith. Le procès, raconté de façon dramatique, avec des détails violents, est plein de l'indignation qu'aurait sans doute faite sienne le metteur en scène de Abraham Lincoln... La façon dont il met en préface du film l'anecdote de Lincoln faisant jouer Dixie (Chanson folklorique Sudiste) afin de montrer à la nation qu'il ne sera pas le président des uns contre les autres est bien dans la manière de Griffith également, mais on retrouve beaucoup dans ce film une sorte de mélange entre les deux inspirations de Ford, son gout pour des histoires solidement charpentées dans une tradition Américaine, et une préciosité contrôlée de l'image, sous l'influence des Allemands, Murnau en tête. Les images fantastiques de tempête, durant l'épisode de la ièvre jaune, sont à ce titre des moments flamboyants. mais le film, baigné dans un paternalisme d'un autre siècle, dans sa peinture des rapports entre Mudd et ses anciens esclaves, par exemple, est aussi irrémédiablement daté. Ce qui ne l'empêche en aucun cas d'être aussi toujours prenant dans sa dénonciation d'une erreur judiciare un peu trop facilement assumée...

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Published by François Massarelli - dans John Ford
17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 17:25

Tourné après My darling Clementine, puis The Fugitive, et enfin The three Godfathers, soit une période durant laquelle certains accusent Ford (Lindsay Anderson en tête) de se laisser aller à la facilité, Fort Apache inaugure une trilogie de films sur la cavalerie qui seront tournés en trois ans: deux pour la RKO, celui-ci et She wore a yellow ribbon, et un pour la Republic (Rio Grande) en préparation d'un film plus important au coeur de Ford: The quiet man. Outre John Wayne et certains acteurs qui se retrouvent d'un film à l'autre (Comme d'habitude, dans des combinaisons diverses: Victor McLaglen, Ward Bond, l'insubmersible Jack Pennick et la discrète Mae Marsh), les trois films sont tous inspirés de l'oeuvre de James Warner Bellah sur la cavalerie, et se passent à l'époque des guerres Indiennes. Enfin, Wayne y incarne à chaque fois plus ou moins le même homme, à des ages variés, et avec des variations subtiles d'un film à l'autre: ici, il est Kirby York, dans le suivant il sera Nathan Brittles, enfin dans Rio Grande, il répond au nom de Kirby Yorke...

Quelques années après la Guerre Civile Américaine (Egalement connue sous le nom de Guerre de sécession), Thursday (Henry Fonda) un ambitieux ex-général, désormais réengagé sous le grade de colonel, se rend à son poste d'affectation, un fort perdu sur la frontière, en plein territoire Apache. Une fois arrivé, il essaie de mettre bon ordre à une organisation qui n'est pas de son gout, la communauté du fort vivant sous la responsabilité du capitaine Collingwood (George O'Brien) dans un relatif confort humain par trop affectif selon lui. Il s'oppose systématiquement à Kirby York (John Wayne), un subalterne avec une grande connaissance des Apaches, et va déclencher par son aveuglement des hostilités d'une façon irrémédiable, précipitant le bataillon dans le chaos. Par ailleurs, il va aussi combattre un jeune lieutenant s'origine Irlandaise et modeste (John Agar) qui courtise sa fille (Shirley temple)...

Si le meilleur des trois films, bénéficiant d'un scénario plus rigoureux, et de la couleur, sera She wore a yellow ribbon, on est avec ce Fort Apache devant un objet fascinant, un film de Ford sombre et lyrique, qui explore conjointement deux thèmes: d'une part, comme il le fera de façon plus accentuée encore dans les deux suivants, il montre la vie dans la communauté d'un fort, le quotidien militaire, avec humour, parfois peut-être trop d'indulgence aussi: de nombreuses anecdotes renvoient à la saoulographie des sergents Irlandais et consorts, emmenés par Victor McLaglen et Jack Pennick... d'autres intermèdes, notamment musicaux, rappellent que pour cette production Argosy, Ford était son propre maitre, et menait son film comme il le souhaitait: il ya donc une chanson sentimentale Irlandaise, et des passages de folklore dont on aurait peut-être pu se passer. 

Mais à coté de tout ce fatras sympathique, Ford réemploie la légende de George Armstrong Custer, héros de la guerre de Sécession, pour le Nord, et saisi par le virus politique après la guerre, mais qui a essuyé revers sur revers, au point de finir sa vie dans l'armée ou il souhaitait se refaire une réputation par un coup d'éclat. Il entendait en vérité mener une bataille décisive contre les Indiens (Dans son cas, une rare alliance de Sioux, et de Cheyennes), quelque fut leur nombre, en misant sur sa supériorité naturelle puisqu'il était blanc. Que Custer ait donc été massacré dans ce qui reste la seule vraie victoire militaire des Américains natifs, c'était inévitable, j'ai même tendance à penser que c'était totalement mérité. Mais c'est aussi de ce genre de stupidité assumée que sont faits les héros chez les mirlitaires... Thursday, insupportable baderne joué avec un plaisir évident par un Fonda qui rêvait d'échapper à son image de jeunôt un peu naïf, est donc un démarquage ambigu de Custer, dont Ford se garde bien de faire un monstre. Tout au plus le rend-il volontiers antipathique, hautain, pétri de préjugés de la bonne société de Nouvelle-Angleterre face à ces Irlandais qui croient pouvoir s'élever socialement, ignare en civilisations Indiennes, et aveugle à la tragédie dont il va se rendre coupable.

Comme il le fera dans The man who shot Liberty valance, Ford n'hésite pas à nous montrer que la légende prend systématiqueemnt le pas sur la réalité; si la folie du colonel Thursday a poussé les hommes qui lui ont survécu à changer leur vision de l'armée, c'est après tout un peu grâce à lui... "Print the legend": à la fin du film, des peintures glorieuses ont rendu Thursday célèbre jusqu'à Washington. Pour sa part, il a assuré sa descendance en évitant de sacrifier à ses côtés le jeune coq dont pourtant il ne voulait pas pour sa fille.... A coté, Ford retrouve avec plaisir Monument Valley pour la troisième fois, après Stagecoach (Dont il copie sans vergogne la fameuse attaque de la diligence), et My darling Clementine. Forcément, le film n'est est décidément que plus regardable encore...

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Published by François Massarelli - dans John Ford Western John Wayne
16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 08:37

Les comédies de Michel Gondry se suivent et ne se ressemblent que sur un certain nombre de points. Il y a peu de rapports entre Human nature, par exemple, et le second film Eternal sunshine of the spotless mind, ou entre le dérangeant La science des rêves, et ce nouveau film. Pourtant tous partagent une sorte de touche rêveuse, voire cauchemardesque, qui distord la réalité de la façon dont les films aiment justement à nous montrer l'inconscient... C'est le sujet du troisième long métrage, dans les rêves duquel on a tendance à se noyer de façon peu confortable. Avec ce dernier opus, la rêverie est nettement plus agréable, et possède une honnêteté et une fraicheur rare: non seulement le principe est de se promener dans l'univers de gens simples, mais le cinéaste a planté ses caméras dans un environnement authentique, dont il a manifestement débauché des habitants pour jouer la figuration: la petite banlieue ouvrière (Et donc peu reluisante, on l'aura compris, le chômage et le désoeuvrement y sont très importants) de Passaic, New Jersey. Mais contrairement à un Steven Soderbergh qui se déplace dans une petite communauté pour y improviser un film avec les gens du coin, et débouche sur une histoire désolante de criminalité et de folie (Bubble), Gondry y vient avec une idée de film épatante et des stars: Jack Black, Mos Def, Danny Glover et Mia Farrow, plus Sigourney Weaver qui fait une petite apparition. Tous les autres sont en ce qui me concerne, des inconnus, des acteurs de télévision, des acteurs du circuit indépendant, etc. Quant au scénario, il ressemble à un prétexte pour construction improvisée: Mike (Mos Def) et Jerry (Jack Black), deux post-ados indécrottables, doivent garder le vidéo-club de Mr Fletcher (Danny Glover), leur ami, mais au lieu de cela ils se rendent sur le site de la centrale énergétique de la ville, ou Jerry est victime d'un accident qui le rend magnétique. Le lendemain, il se rend au magasin de Fletcher, et efface par sa seule présence toutes les VHS. Il leur faut honorer certaines commandes, ils improvisent donc le tournage d'une nouvelle version de Ghostbusters, en 5 heures. Puis, c'est Rush Hour 2, et l'incroyable arrive: le quartier aime vite les films et en réclame d'autres...

 

Le film "suédé", pour utiliser le terme que Jerry  trouve pour expliquer sans expliquer la différence entre ces films amateurs et les vraies oeuvres, c'est donc du bricolage low-fi, hilarant et aussi foutraque que possible, ce qui bien sur donne de la comédie... On apréciera le fait que Mos Def, par ailleurs réminiscent dans sa lenteur d'un Stepin Fetchit, les connotations racistes en moins, et Black se laissent assez joyeusement aller à l'exagération... Mais le film distille malgré tout une mélancolie doucereuse, à travers le destin du magasin, condamné à la démolition, et qui essaie de survivre, devenant ainsi le symbole d'un quartier en faillite. Il est touchant de voir les gens se liguer derrière les films nullissimes de Jerry et Mike, puis les aider dans leur baroud d'honneur: une fois que les majors ont envoyé une avocate (Sigourney Weaver)  pour cesser les activités de piratage intellectuel auxquelles ils se livraient, l'idée germe, de réaliser un film sur Fats Waller: le musicien de jazz est l'un des fils rouges du film. En effet, Fletcher, qui a recueilli Mike quand il était enfant, s'était amusé à inventer une anecdote qui faisait de Passaic le lieu de naissance du jazzman, plus précisément la maison ou le vidéo-club est installé. c'est bien entendu totalement faux, mais Mike y croit dur comme fer; le dernier des films "Suédés" est présenté sur une vieille toile dans une arrière boutique, et pendant environ une heure, tout le quartier est là, les gens sont heureux, comme dans un Capra, mais avec un peu plus de pudeur toutefois. C'est un grand moment de magie, bien sur...

 

On a rarement aussi bien filmé le désespoir et les façons de le combattre, c'est la principale qualité de ce petit film, dont certes les parodies affligeantes de grand film (King Kong, Ghostbusters, voire Le Roi Lion!!) sont un morceau de choix, cela va sans dire...

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Published by François Massarelli - dans Michel Gondry
15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 17:03

"Who watches the Watchmen?", qui est, en réalité, au-dessus des super-héros, suffisamment puissant pour les contenir? Le président Nixon, triomphalement réélu une cinquième fois l'année précédente? N'a-t-il pas réussi à enrôler les plus importants de ces justiciers masqués, et à persuader les plus petits de prendre leur retraite, afin de laisser les forces de l'ordre faire leur travail? C'est une illusion, on l'apprend très vite: Nixon, après tout, doit ses réélections successives à son traitement éclair de la guerre du Vietnam... où se sont illustrés deux super héros particulièrement persuasifs: le Comédien, tout d'abord, un mercenaire prêt à tout et avec un grand nombre d'heures de vol; et bien sûr l'extraordinaire Dr Manhattan, ce physicien victime d'une expérience dont il est ressorti en surhomme capable de transformer toute matière à distance, de se téléporter, de se démultiplier, et de ressentir le passé, le présent, et le futur. En d'autres termes, si Nixon est aujourd'hui le maître du monde libre, il le doit à ces super-héros.

Pourtant on ne leur fait plus confiance, après que les excès du Comédien dans ses initiatives pour briser les émeutes aient fait des victimes gênantes. Et tous, le "Spectre soyeux" (Malin Akerman), le "Night Owl" (Patrick Wilson), "Ozymandias" (Mathew Goode), le Comédien (Jeffrey Dean Morgan), ont fini par accepter. Cela n'a pas empêché le Comédien de continuer à travailler en douce pour Nixon, et Dr Manhattan (Billy Crudup), en raison de son omnipotence, de rester en place. Ozymandias est de toute façon riche à million et consacre son énergie et son argent à diverses causes. seul parmi tous ces anciens super-héros à refuser le destin qu'on leur impose, Rorschach (Jackie Earle Haley), le moraliste (et narrateur) a refusé de cesser ses activités ou de les adapter pour travailler pour des commanditaires: il continue à rendre la justice à sa façon, expéditive... C'est à ce moment qu'un certain Eddie Blake est retrouvé mort: Rorschach mène l'enquête, et pour cause: Blake est plus connu sous le nom de Comédien...

On le sait, c'est désormais non seulement faisable mais aussi très rentable d'adapter une bande dessinée. C'est la raison qui a poussé Marvel, par exemple, à se constituer en studio de cinéma, après avoir régné sur l'industrie du comic book... Mais ici, on ne dit pas "comic book", mais plutôt "graphic novel". L'oeuvre de Alan Moore et Dave Gibbons est une variation sur les super-héros, et leur monde si particulier. Avec ces super-héros qui ne sont à leurs débuts que des policiers déguisés, avant qu'une nouvelle génération aidée de technologie ne soit dopée par les super-pouvoirs réels de Dr Manhattan, les auteurs renvoient explicitement à la fondation de l'esprit sécuritaire Américain: dans l'intrigue les premiers Watchmen, en 1940, s'auto-proclament Minutemen, comme ces milices de 1776 qui ont fichu les Anglais à l'eau... 

En prenant le parti de créer des personnages qui sont humains avant tout, faillibles, parfois ambitieux voire mégalomanes (Ozymandias), violents et , comme le dit un personnage, "quasiment nazi" (le Comédien), doté pour l'un d'entre eux d'un abominable caractère de cochon, d'un refus de se compromettre, et capable des pires atrocités au nom de la justice (Rorschach), Moore et Gibbons ont réussi à créer le doute, à imaginer un monde dans lequel des super-héros ont une vraie personnalité, sont tangibles. Et donnent de l'épaisseur à un récit qui n'hésite pas à se vautrer dans la poésie noire à chaque épisode... Le film rend assez bien cette dimension, en ayant tendance à simplifier le récit. Mais le "graphic novel" était constitué de 12 parties, alors que le scénario ici se doit de tenir dans le cadre des 162 minutes désormais fatidiques (Au-delà, les studios coupent...). Et le film a aussi un coté plus caricatural encore que la bande dessinée, la faute en incombant sans doute à Zack Snyder: un metteur en scène qui a commis un film aussi absurdément crétin que 300 ne peut pas être autre chose qu'un sale gosse. D'un côté, il aime en rajouter dans le gore un brin gratuit... De l'autre il s'y entend à montrer dans ce film le poids du temps, les regrets, et un monde sali, voire pourri jusqu'à l'os, dans lequel ceux qui défendent les autres au nom de certains principes peinent à survivre. Donc, ici, il a plutôt réussi son coup, mais on ne peut s'empêcher de penser qu'un temps, Terry Gilliam était pressenti pour faire ce film. A la place d'un grand polar noir sur un univers parallèle (Avec un Nixon qui ne ressemble à rien, d'ailleurs...), on a donc droit à un film ou on rend hommage à la bande dessinée à grand renfort de ralentis qui ont tendance à sublimer la violence (Et le Spandex!), mais aussi à être un peu irritants. Un film dans lequel un clone bleu et lumineux de Billy Crudup se promène zigounette à l'air durant deux heures et quarante-deux minutes, et ou les super-héros se comportent, enfin, en êtres humains. Ce n'est pas rien, finalement. 

...Et contrairement à l'abominable 300, ce film ne vous donne pas envie d'aller envahir la Pologne.

Mais s'il faut finir par trouver une qualité vraiment importante à ce film, c'est qu'en demandant à ses acteurs de jouer au premier degré, il a créé avec leur complicité deux personnages attachants et fascinants: Daniel, le "Night owl" (Impossible de ne pas penser à Batman) plongé dans l'inaction, avec 10 kilos en trop, pour lequel Patrick Wilson compose un homme ravagé par son constat d'échec, et qui peine à retrouver l'allant qui devrait lui être naturel; et bien sûr Walter "Rorschach" Kovacs, qui est la conscience, le sens de la justice et des valeurs, de ces super-héros, et qui ira jusqu'au bout de sa mission, avec une efficacité et une humanité qui, contrairement au film, échappent à l'ironie.

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Published by François Massarelli - dans Science-fiction
14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 17:21

D'une part, je n'aime pas Fight club, et j'ai horreur de cette expression galvaudée "Film culte". (Pour les béotiens, au passage ce n'est pas un genre, il faut arrêter d'aller chercher le rayon "films cultes" dans votre vidéoclub). Mon problème, c'est que je n'ai aucun enthousiasme pour un film qui sous couvert de montrer une utopie qui dégénère, ricane de façon volontiers refroidissante contre ceux qu'il accuse d'être des "bien-pensants", avec toutes les paradoxales connotations négatives que le terme contient. D'ailleurs, le film s'est vendu avec une jaquette qui accumulait les avis négatifs sur lui, alors que la plupart des critiques l'avaient finalement assez bien accueilli. Ce coté "oui, on est des nuls, prends ça dans ta g...." m'énerve aussi beaucoup... En très gros, aujourd'hui le film est l'un des fers de lance d'une contre-culture qui est pourtant assez clairement raillée par le scénario, avec son club de boxe qui dégénère en clique fasciste. Mais un film dans lequel il y a de la baston et des gros mots, forcément, ça attire un peu les allumés de la testostérone.

Ceci étant dit, admettons-le: parfois, le film est drôle aussi.

D'autre part, si j'ai détesté le fait qu'on y voie un homme s'enrichir en vendant du savon fait à partir de graisse humaine ("Peut-on rire de tout?", rappel), j'ai au moins compris que le film en vérité ne prône rien, si ce n'est de se laisser aller à d'autres possibles, que le climat rassurant qui nous entoure n'est pas une fatalité, et qu'on peut lui dire non, et s'inventer un autre destin, d'où ce Tyler Durden, qui ne s'aperçoit même pas que le personnage dont il devient le second, et dont il redoute les dérapages incessants, est en fait lui-même. Edward Norton, génial comme souvent, prête sa silhouette peu assurée à ce jeune homme revenu de tout qui s'invente une utopie frappée, Et Brad Pitt, excessif, est son double...

Oui, j'ai dévoilé le fin mot, et alors? C'est évident, Fincher ayant lâché tellement d'indices dans les dialogues, les situations et les images que celui qui ne l'a pas deviné s'est sans doute endormi devant le film... Bref: si je n'aime pas Fight club, ce n'est pas parce qu'il se fait l'avocat d'une idéologie douteuse, il faudrait être absent des neurones (Ou reporter à Télérama) pour le croire; non, c'est tout simplement parce que je trouve le film trop long, trop riche, trop chargé, trop clinquant, trop tout. J'aime le coté Droopy de Norton et le coté cartoon déjanté de Pitt, mais tout ça part dans tous les sens... On ne reprochera pas, une fois de plus, sa virtuosité à Fincher, mais j'assume: il avait mieux à faire que ce déballage punk, et il l'a souvent fait depuis.

 

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Published by François Massarelli - dans David Fincher
11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 20:36

12 ans après son Titanic, le dernier film en date de Cameron a été, une fois de plus, un succès planétaire gigantesque, pour un cinéaste qui revient de loin: épuisé par le tournage de son épopée maritime, il avait annoncé son intention d’abandonner le cinéma. On se réjouit, bien sur, de son retour, même si il convient d’aborder avec des pincettes ce film gargantuesque, sur lequel on a beaucoup dit de stupidités: pour commencer, non, Avatar n’est pas une parabole escapiste sur l’importance des jeux vidéo, même si le film se nourrit de l’étrange manie qu’un certain nombre d’humanoïdes ont de vouloir à tout prix voir le monde au bout de manettes. Le film n’est pas non plus un manifeste écologique, ça, c’est juste l’air du temps. Mais ce qui est sur, c’est que ce nouveau long métrage est bien, à 100%, un film de James Cameron. La preuve, il est bleu.

Une fois de plus, le metteur en scène-ingénieur commente à sa façon, diablement pessimiste, la façon dont l’homme avance. Après l’avoir souvent fait sous forme d’une science fiction à la Philip K. Dick, ou à la Ridley Scott (The Terminator, Aliens, Terminator 2, la série Dark Angel), après avoir placé ses personnages en face d’une science contemporaine mais hasardeuse (Piranhas 2, The abyss) ou avoir flirté avec la technologie dans tous ses aspects quotidiens (True lies), et laissé libre cours à sa passion pour l’un des plus beaux désastres technologiques du 20e siècle (Ghosts of the abyss, Titanic), Cameron voit une fois de plus dans un avenir proche dont les obsessions sont celles du notre (Soif de domination économique, expansionnisme) , et nous montre l’homme cherchant à étendre son champ d’action, et les catastrophes qui s’ensuivent, puisque cet imbécile est infichu de respecter les environnements qui l’accueillent. Ses obsessions technologiques refont bien surface, avec en particulier l’exosquelette, déjà présent dans Aliens, et à des degrés divers dans The abyss, et dans le documentaire Ghosts of the abyss. Le fait de prolonger le corps, un motif constant chez Cameron (Aliens, Abyss, les deux Terminator) va ici jusqu’à rendre ce dernier jetable. Et le prolongement de l’homme trouve en un réceptacle organique un nouveau développement de l’obsession de Cameron de dépasser les limites humaines, qui sont le fondement de The Terminator, mais aussi de The Abyss: Mary-Elizabeth Mastrantonio ne propose-t-elle pas à Ed Harris de mourir pour leur permettre à tous deux de rentrer à la base, alors qu’il n’ont d’oxygène que pour un ? Avec Avatar, Cameron semble aussi montrer de la plus belle façon sa passion pour le gigantisme, et sa fascination doublée de répulsion pour les extrêmes de la science, et pour les militaires.

Mais on notera que pour Cameron, comme pour un DeMille, il n’est de bonne histoire que si elle est simple, et si on a vite fait le tour des personnages… Et à ce niveau-là, il fait très fort, aucun des personnages de Avatar n’a de réelle profondeur psychologique. On est donc clairement en pleine épopée symbolique. C’est dommage, mais ça ne dessert en rien le spectacle : une fois de plus, c’est beau, très beau, et le monde re-créé par Cameron a ceci de commun avec les mondes des grands concepteurs-recréateurs d’univers que sont Kubrick ou Scott : il est parfaitement cohérent, et on a envie d’y vivre, ceci expliquant forcément le succès du film, bien plus que son histoire.

Pour finir, on dit, avec de très gros sabots, dans ce film, que les militaires sont des abrutis, tous juste bons à tout casser : on ne peut que lui donner raison.

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Published by François Massarelli - dans James Cameron Science-fiction
11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 11:44

Pourquoi toujours revenir à cette guerre ? Après tout, il y en a eu d’autres, et toutes, en étant cynique, sont photogéniques… Mais il y a une série de raisons probablement qui font de la première guerre mondiale un sujet cinématographique par excellence pour dénoncer toutes les guerres. C’est à la fois la dernière guerre à l’ancienne (Résultant en une série de batailles impliquant des combattants face à face) et la première guerre moderne, combattue partout dans le monde, dans l’eau, sur terre, sur les airs… Et d’autre part, le traumatisme a été fort, et relayé par le cinéma balbutiant. De fait c’est aussi une de ces premières guerres que l'on peut mettre en images en s'inspirant de films d’époque.

Lewis Milestone, reconnu comme un esthète touche-à-tout (Two Arabian Knights, 1927 ; The racket, 1928), a eu les mains libres, et c’est courageux de la part de Carl Laemmle Jr, qui dirigeait un studio pas encore solide sur ses jambes, d’avoir ainsi fait confiance à quelqu'un qui allait mettre tous les moyens possibles et imaginables à sa disposition, transformant même la production en un film parlant en cours de route. On le sait, le film a fini par recevoir un Oscar bien mérité…

On pourrait faire une comparaison entre ce film et Saving Private Ryan, de Spielberg : comme l’épopée du débarquement, All quiet on the Western front vient après un grand nombre de représentations, et tente de donner une approche frontale et ultra-réaliste. Mais des jalons importants lui ont pavé le chemin : depuis 1918 et 1919 avec Hearts of humanity et Hearts of the world, le cinéma a progressé dans sa représentation du conflit, en se débarrassant des oripeaux nationalistes (Wellman ne jette pas la pierre aux Allemands dans Wings), en montrant le conflit comme un désastre émotionnel intime (The big parade), et en allant toujours plus loin vers l’expression de la tragédie humaine via des images à la stylisation savante. Mais All quiet va plus loin que tous les autres avant lui: En adaptant le roman de Remarque, Universal révolutionnait tout, adoptant le point de vue de l’ennemi. Une conversation entre les soldats essaie de faire du sens avec le conflit, l’un d’entre eux se demande en effet ce que Guillaume II reproche aux alliés; Kat (Louis Wolheim) va plus loin, en prophétisant la mort des monarchies. Ces idéaux dans lesquels on croit reconnaître bien sur une certaine façon de penser Américaine, vont plutôt dans le sens d’un internationalisme militant. C’est le sens de cette superbe scène durant laquelle Paul (Lew Ayres) réfugié dans un trou de boue, tue un soldat Français pour se protéger, et va devoir passer des heures avec le cadavre, ses remords et ses doutes en attendant que la pluie de mort cesse..

Il serait vain de se contenter de dire que, placé dans le contexte de la fin des années 20, ce film de Lewis Milestone est le meilleur film réalisé jusqu'alors consacré à la première guerre mondiale. En effet, son pouvoir n’a en rien diminué depuis 1930, et son message reste valide : l’histoire suit des jeunes engagés volontaires, Allemands, et poussés par leurs aînés, pères, oncles et professeurs, à aller mourir pour la patrie. Bien sur, les deux atouts du film, une bande-son fabuleusement travaillée, en ces débuts du parlant, et un parti-pris de ne pas abandonner la richesse visuelle, les mouvements de caméra et le montage nerveux du muet, jouent en son avantage mais aussi datent clairement le film (On le voit comme un contemporain parfait de M de Fritz Lang dans la volonté de dissocier image et son afin d’élargir la palette du muet plutôt que de  se contenter d'enchaîner les scènes dialoguées comme le faisaient les films contemporains). Pourtant, l’indignation palpable devant l’horreur de la guerre, des personnages autant que des acteurs et techniciens, fait encore mouche. Et la succession savante d’anecdotes, avec ses passages obligés et ses rites de passage, construit un objet filmique impressionnant, encore aussi violent dans sa peinture des conflits (Peur, horreur, fatigue, hygiène déplorable, besoin de se réfugier dans l’alcool et les filles, rien ne nous est épargné, et on est encore plus terre-à-terre ici que dans Wings), et dont les images sont sans doute les plus ressemblantes aux actualités de 1916-1918. Non, elles sont même plus fortes encore: n’oublions pas que les images des conflits sont toujours commandées à l’armée, qui salit tout ce qu’elle touche, et qui ment par essence. L’art fait, ici, mieux que le semblant de réalisme, et comme on le disait à l’époque, il faudrait voir et montrer le film jusqu’à ce que les patriotismes, les chauvinismes, les nationalismes et la guerre disparaissent pour toujours. Vaste programme… On doit rêver, pourtant, sinon rien n’a plus aucune importance.

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Published by François Massarelli - dans Première guerre mondiale Pre-code 1930 Muet Lewis Milestone **
4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 18:05

J'ai vu, il y a peu, le film It's a mad, mad, mad, mad world de Stanley Kramer. Il me semble que cette comédie atypique est un peu à l'origine d'un genre bien précis, limité aux années 60, de comédies, les films-mammouths. Ainsi nommés parce qu'ils sont énormes, encombrants, et qu'ils ont disparu, la comédie ayant généralement retrouvé des durées plus décentes que les quasi-trois heures. Mais, on le sait (et on le dit ailleurs http://allenjohn.over-blog.com/article-it-s-a-mad-mad-mad-mad-world-stanley-kramer-1963-100500564.html), ces films avaient pour but premier de faire venir les gens dans les cinémas, en leur proposant ce qu'ils n'avaient pas sur leur télévision: Ecran large, stéréophonie, et bien sur durée gargantuesque avec introduction, entr'acte et tout le toutim. Généralement le genre n'était finalement qu'un prétexte, et ces films s'inscrivent dans le gigantisme des années 60 (West Side story, My fair lady, The sand pebbles, The sound of music, Dr Zhivago, ...notons le nombre anormalement élevé d'Oscars du meilleur film dans cette courte liste). Pas celui-ci, du moins pas seulement: Blake Edwards, qu'on connait pour sa versatilité, a suffisamment donné de gages dans sa carrière de sa connaissance et de son amour pour le burlesque pour qu'on ne le soupçonne pas trop d'opportunisme... Et de fait, le film est dédié.

"A M. Laurel et M. Hardy", dit un carton juste avant le générique, dont les motifs renvoient plus loin encore, au cinéma des origines, celui des années 1900, dont des avertissements demandaient aux dames d'enlever leur chapeau... Ce film se situe sous la présidence de Teddy Roosevelt, probablement le deuxième mandat compte tenu de la présence d'automobiles: le grand Leslie (Tony Curtis)et le professeur Fate (Jack Lemmon), deux bateleurs aux conceptions diamétralement opposées, s'affrontent sur le terrain du spectaculaire, chacun d'entre eux s'évertuant à battre des records inutiles mais bien dans l'époque. Leslie triomphe toujours, mais Fate est doué d'une malchance qui n'a d'égale que sa malhonnêteté. Leslie propose à l'industrie automobile américaine une course autour du monde pour faire la preuve de la supériorité de l'industrie américaine. D'autres concurrents vont participer, mais peu importe: seuls comptent Leslie, sa Nemesis Fate, et Miss Maggie Dubois (Natalie Wood), une suffragette qui a réussi à se faire sponsoriser par un journal de New York pour participer et couvrir la course. Celle-ci va nous occuper 160 minutes durant...

Tony Curtis et Jack Lemmon, voilà un casting qui nous en rappelle un autre(http://allenjohn.over-blog.com/article-billy-wilder-opus-16-some-like-it-hot-1959-63844315.html), mais la comparaison s'arrête là: Jack Lemmon, en savant fou de pacotille, en fait volontairement des tonnes, ce qui peut éventuellement être irritant, et Curtis joue ici les "chevaliers blancs", littéralement, puisqu'il porte en toute circonstances un costume immaculé. Y compris lors d'une bataille de tartes à la crème multicolores, la seule qui atteigne le héros étant entièrement faite de crème, donc blanche... Ca passe ou ça casse, Edwards a entièrement construit son film sur l'accumulation intelligente de gags savamment construits allant jusqu'à régler de façon adroite un duel à l'épée, pour le plaisir d'en gâcher la chute. La dédicace à Laurel et Hardy n'est en rien usurpée; si la course et les avanies subies par l'équipe de Fate (Avec son assistant joué par Peter Falk) tendraient à faire croire à un rythme échevelé, c'est un film qui prend son temps, s'accorde des pauses, montre intelligemment. On est peu ou prou dans le même monde que ces intermèdes fous dans The Pink Panther, par exemple, lorsque la logique part par la fenêtre et que l'absurde s'installe gentiment, toujours dans un cadre aussi rigoureux que possible. Selon moi, ce film est de fait une anomalie au sein de la filmographie des "filmmouths": énorme, excessif... mais aussi plutôt réussi, si on accepte de se laisser emporter gentiment par le rythme. Et puis, il y a Natalie Wood en suffragette, une partie de tartes à la crème, un pastiche du Prisonnier de Zenda avec Jack Lemmon en vedette, rien que ça devrait suffire. Voilà.

Ce film qui est incidemment à l'origine du concept de la célèbre (Et insipide, c'est vrai) série de cartoons "les fous du volant" (Satanas et Diabolo, ce sont en fait le prof. Fate et son fidèle assistant Max) est recommandé pour tous, et dédié pour ma part à mon grand ami, le professeur célèbre Jean-Stéphane Jahény, amoureux de la comédie qui fait rire.

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Published by François Massarelli - dans Blake Edwards Comédie Filmouth
3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 18:33

Après un Kid brother aussi gentiment vieillot que délectable, Lloyd fait un demi-tour brutal, et accomplit une intéresante synthèse de ses films citadins, avec Speedy, un film dont le titre renvoie, déja, à The freshman, dont le héros s'était auto-proclamé "Speedy", en déférence à un personnage de son film favori. Le coté rural et le récit d'initiation mis de coté, Harold Swift est un homme établi, dans la mesure ou il est heureux de vivre et confiant: en effet, il change de boulot comme de chemise, une occasion pour le comédien de nous montrer un homme des années 20, tour à tour "soda jerk" ou chauffeur de taxi; les seuls aspects permanents de sa vie son son amour du base-ball, et sa petite amie, dont le grand-père "Pop" Dillon est propriétaire d'une roulotte qui parcourt la ville avec un cheval. Un grand groupe de transports en commun voudrait s'approprier toute la ville, et ne vont reculer devant rien, mais 'Speedy' va aider Dillon...

New York, vu par cet indécrottable Californien qu'était Harold Lloyd, c'est beaucoup de mouvement, et un hommage à la vie citadine en ces optimistes années 20. Comme Keaton la même année qui tourne The cameraman en contrebande, Lloyd installe ses caméras en des endroits emblématiques, et obtient des images superbes, en appelant en prime à la rescousse le héros du baseball Babe Ruth. Son Speedy renvoie à l'optimisme entreprenant de ses personnages, mais n'est pas encore établi, contrairement par example à son héros de Hot water; il rêve, en compagnie de sa fiancée, jouée par la nouvelle venue Ann Christy (Qu'on ne reverra pas chez Lloyd, du reste), d'un foyer dans une très jolie scène, mais son personnage semble avoir mis de côté toute naïveté; il est immature, mais de façon militante, et ce film de 85 minutes passe très vite. Pour son dernier film muet, Lloyd n'a pas démérité, et on appréciera la bataille de david (Le père Dillon et sa charrette) contre Goliath (Le conglomérat prèt à tout), dans lequel Speedy va bien sur jouer un rôle crucial... La poursuite furieuse renvoie à Girl shy et son final délirant. Par ailleurs, il se paie le luxe d'une virée à Coney Island, comme les héros de ce chef d'oeuvre qu'est Lonesome, de Paul Fejos, la même année.

 

Incidemment, ce ne devait pas être le dernier muet de Lloyd. C'est en 1929, après avoir quasiment fini son film suivant, Welcome danger que Lloyd dit avoir entendu les rires du public qui provenait d'un cinéma ou était projeté un film parlant. Sitôt rentré au studio, sa décision était prise: Welcome danger serait un film parlant, et... il a donc été refait dans cette optique. La fin d'un monde...

Speedy (Ted Wilde, 1928)
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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Muet 1928 Criterion **