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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 09:17

Dans un avenir proche, une pandémie se déclare, et le virus est résistant et particulièrement meurtrier. On assiste à la mise en route de protocoles, à tout un travail de recherche des organismes concernés, mais aussi à un travail médiatique d'information et de recherche de la vérité, voire de désinformation et de déformation de la vérité... Par la même occasion, on va aussi chez certaines personnages, notamment chez Mitch, dont l'épouse est sans doute celle qui a amené le virus aux Etats-Unis...

Il y a chez Steven Soderbergh une aisance, une rapidité d'éxécution qui le maintiendra toujours à flot à Hollywood, là même ou il devrait être considéré avec méfiance en raison de sa tendance à tout expérimenter. Des échecs comme The good German ou The girlfriend experience, des films du genre de Schizopolis ou Full frontal auraient du le plomber durablement, mais il se relève de tout, grâce à sa capacité à tourner en dessous du budget, en temps et en heure, des films grand public voués à des carrières prestiguieuses, ou tout simplement à un succès public bien mérité. Dans une oeuvre qui accumule, qui semble ne jamais s'arrêter (deux de ses films sont sortis aux Etats-Unis depuis celui-ci, et un troisième sortira au début 2013), on va pourtant trouver l'univers d'un auteur, d'un cinéaste passionné par un certain nombre de motifs et thèmes. Et pour commencer, chez Soderbergh, tout est mise en scène... Un homme qui manipule les gens face à lui jusqu'à ce qu'ils se livrent à sa caméra de façon impudique (Sex, lies and videotape), un couple formé d'un malfrat et de la policière qui le pourchasse, amenés à se retrouver en terrain neutre et qui savent exactement de quelle façon mentir pour ne pas être en faute par rapport à leur mission personnelle (Out of sight), une assistante d'un avocat qui mène une enquête difficile en ayant cours à beaucoup d'improvisation (Erin Brokovich), et bien sur un groupe de truands déterminés à accomplir le casse du siècle à Vegas (Ocean's 11), puis en Hollande et en Italie (Ocean's 12), puis de nouveau à Vegas (Ocean's 13): tout cela n'est que manipulation échaffaudée, mise en scène, théâtre... Cinéma. Autant dire que le hasard n'existe pas? Disons qu'il est là, mais qu'il est manipulable, qu'on peut en faire ce qu'on veut ou du moins en tirer parti... Et il y a la question du point de vue, essentielle chez le réalisateur, qui aime jouer avec les décalages en matières de point de vue, décalages chronologiques, et même décalages logiques. En dissociant bande-son et image, on obtient un point de vue qui est celui de la pensée (The Limey), en embarquant le spectateur sur une fausse piste, on crée un traumatisme du point de vue (The informant: Matt Damon est le héros d'une histoire d'espionnage... jusqu'à une surprise phénoménale pour le spectateur...).

Ces éléments qu'on retrouve de film en film, organisés différemment suivant les genres (Pastiche de Casablanca, pour The good German, film de casse pour Ocean's 11 et consorts, "thriller d'actualité" pour Erin Brokovich...) sont au coeur des films engagés de l'auteur, ceux pour lesquels il a adopté un style documentaire, proche des news: Traffic, Che (Somptueux ratage!) et Contagion. Traffic, par bien des côtés, est une réussite totale, qui met en place un univers compliqué, fait de points de vue entrecroisés, de machineries (Etats qui collaborent dans la lutte contre la drogue, et organisations plus ou moins grandes de trafic) pas vraiment synchronisées, et de parcours privés détaillés dans leur simplicité quotidienne. Contagion y réfère plus d'une fois, en reprenant ça et là par clins d'oeil des motifs (Le consultant Chinois qui s'apprête à détourner des doses de vaccin pour protéger son village renvoie ainsi à Benicio Del Toro et son initiative illégale dans Traffic). Tout en proposant un film réalisé dans des conditions de guerrilla, comme toujours, Soderbergh place avec une science hallucinante de précision ses pions. Il nous donne à voir un petit théâtre dans lequel tout bouge, et le spectateur est collé à son siège pendant tout le film. Le hasard, mis en scène via le casino ou tout a commencé, est relayé par le coté aléatoire de l'épidémie qui frappe à l'aveugle... Mais si le spectateur peut éventuellement suivre le journaliste paranoïaque qui crie au loup et accuse le gouvernement de favoriser certains au détriment du reste de la population (L'information et son contraire sont ici assimilé à la propagation d'un virus...), le metteur en scène a quant à lui démontré le rôle joué par le hasard. Et il débouche sur un film d'une grande honnêteté, d'une grande efficacité, qui montre sans jamais être excessivement pédagogique les mécanismes humains en oeuvre dans ce genre de circonstances... De fait ce film est l'un des meilleurs de Soderbergh, qui retrouve son style urgent de Traffic, et ça c'est une excellente nouvelle! On notera que les acteurs ici présents, sont tous des noms connus, des acteurs chevronnés, comme Traffic (Damon, Paltrow, Fishburne, Gould, Cotillard, Law, Winslet...), et qu'ils font un travail exceptionnel, entièrement soumis à la réussite du projet.

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Published by François Massarelli - dans Steven Soderbergh
15 juillet 2012 7 15 /07 /juillet /2012 10:48

La vie telle qu'elle est, voilà le slogan lancé par Feuillade pour Gaumont, qui voulait diversifier sa production, et lancer une série de films "réalistes". Il est paradoxal de constater que de cette série aux intentions véristes naitra un courant poétique fondamental du cinéma Français... Probablement à l'insu de son auteur, qui croyait sans doute dur comme fer qu'il avait peint, justement, "la vie telle qu'elle est".

 

Le trust est un des représentants de cette série, et est avec deux autres films disponible sur le coffret DVD Gaumont: le cinéma premier. Il conte une histoire qui entremêle film policier, un des premiers du genre donc, et espionnage industriel à la mode 1910... Un banquier glouton et sans scrupules s'acoquine avec un détective véreux dans le but d'assoir sa domination sur l'industrie du caoutchouc en mettant la main sur une formule de caoutchouc synthétique. Ils ne reculent devant rien: enlèvement, séquestration, intimidation, drogue, déguisement... et c'est bien là que le film prend tout son intérêt. Par certains cotés, on est, quelques années avant ces glorieux films, face à des avant-gouts de Fantômas (1913) et de ses suites, et des Vampires (1915-1916), où Feuillade travestira de façon magique les décors naturels et existants de Paris et de ses environs pour toucher à la création surréaliste avant la lettre, avec hommes et femmes masqués, poison, coups de théâtre, etc... Ici, la visite chez un concurrent va couter à Renée Carl bien des soucis: droguée, laissé inconsciente, elle ne sait pas qu'un valet a pris sa place... Un homme, enlevé de force, est amené au fin fond d'un souterrain, devant une table ou siègent trois hommes masqués, couverts par des malfrats qui pointent leur pistolet... Il ne devra son salut qu'à un stylo empli d'une encre sympathique...

Le film est bien de son époque, et le rythme bien sur s'en ressent, de plus on sait que Feuillade était friand de digressions didactiques, ainsi le coup de théâtre final est-il réexpliqué deux fois afin que le plus stupide des mal-comprenants puisse bien intégrer le principe. Mais n'oublions pas que le public de 1911 était encore peu accoutumé aux raccourcis policiers, et que tout restait à inventer. Autre signe des temps, hélas, le fait que le banquier et le détective, qui sont au-dela de toute rédemption tellement leur corruption est profonde, portent des noms qui les désignent un peu trop facilement comme Juifs, même si aucune autre allusion antisémite ne vient compléter le tableau; reste une question: Julius Kieffer et Jacob Brewick s'eppellent-ils ainsi par la volonté de Feuillade (Il était royaliste, ce qui au-delà de son génie évident, ne fait pas de lui une personne politiquement intelligente dans la France de 1911...), ou par celle de Gaumont, pas réputé pour être très progressiste en quelque domaine que ce soit? On ne saura jamais, et en faisant abstraction de cet encombrant défaut, on peut considérer Le trust comme un film important de l'oeuvre de Louis Feuillade.

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Published by François Massarelli - dans Muet Louis Feuillade 1911 *
10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 08:35

Brandywine, la société qui se cache derrière la saga Alien, a inventé la franchise blockbuster d'auteurs... L'un des signes qui ne trompent pas, c'est que contrairement à d'autres suites, les trois films qui ont suivi l'admirable Alien de Ridley scott ont échappé à la numération systématique. Le véritable nom de Alien3 de Fincher est d'ailleurs supposé être Alien Cube... Confier à un metteur en scène reconnu pour ses capacités artistiques, à l'exception notable du débutant Fincher, mais on y reviendra ailleurs, voilà l'idée de base pour cette série de films, dont j'exclus les séquelles qui mélangent avec la série des Predator, bien entendu. Maintenant, reste à poser la question qui fâche: y avait-il vraiment besoin d'une suite à Alien, film parfait?

 

Non: aucun film ne doit avoir besoin d'une suite. Bien sur, il y a des films qui complètent la vision initiale, il y a même des suites qui sont meilleures que l'original, grâce à Cameron (Terminator 2) ou Coppola (The Godfather part II)... Mais si cette sale manie perdure avec en plus l'horrpilante mode qui consiste à se contenter de rajouter un 2 à la fin du titre, elle ne date pas d'hier... Dans les années 20, le manque d'originalité consistait surtout à recopier la structure et les morceaux de bravoure du film initial (Mark of Zorro, The Sheik), et à ajouter "Fils de..." dans le titre (Son of the Sheik, Don Q. Son of Zorro...). Avec Aliens, on peut s'irriter de voir une équipe reprendre du service dans le but de faire de l'argent avec l'univers d'un film magique... Mais franchement, l'opposition au film s'arrête ici.

 

Oui: A l'imposante réalisation de Scott, Cameron répond en enrichissant de façon considérable et intelligente l'univers, au point d'en définir un grand nombre de contours (le mode de reproduction des Aliens basé sur des cocons humains, leur hiérarchie, dominée par une femelle-reine, leurs stratégies, les formes différentes qu'ils peuvent avoir, leur façon de coloniser l'espace de vie, etc...). il reprend l'héroïne, ajoute une coda à son aventure de 1979, lui donne même une identité extérieure. Il reprend le thème évident de la féminité combattante du premier film, pour y ajouter de façon fascinante une thématique de maternité: Ripley est donc mère, et revient à la civilisation après 57 ans de sommeil artificiel pour apprendre la mort de sa fille; elle va aider une troupe de Marines (Dont des femmes, mais qui n'ont plus rien d'humain: ce sont des militaires) à combatre une horde de milliers d'Aliens, et secourir une petite fille qui va lui permettre d'effectuer un transfert de son amour maternel; et bien sur, on va en savoir un peu plus sur la duplicité de la société tentaculaire Weyland-Yutani, qui sous couvert de permettre la colonisation de l'univers, semble convoiter les aliens comme une arme de destruction potentielle, au mépris des vies humaines... Le film cite, bien sur, le précédent, parfois avec humour, afin de se situer dans la ligne, mais il crée aussi beaucoup d'images qui vont nourrir la suite de la légende.

 

Bien sur le film a ses qualités et ses défauts, tous cameroniens: certains acteurs surjouent jusquau ridicule (Bill Paxton, en Marine sur-vitaminé, Jenette Goldstein en Rambo féminin), mais c'est dans le but de montrer que les soldats sont tous ridicules et dotés d'un Q.I. de mouche, alors on ne lui en veut pas trop; l'obsession technologique, le recours à la mécanique et à l'ingénierie comme prolongation de l'humain, l'immersion en plein milieu aquatique ou en ce qui en tient lieu, le suspense endiablé, et la vision d'un futur proche basé sur notre présent à nous... oui on est bien chez Cameron, qui signe sa première superproduction et entre, enfin, dans la cour des grands...

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Published by François Massarelli - dans James Cameron Science-fiction
8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 08:50

Le premier des films de Leone est aussi le pire, ou en tout cas le moins intéressant: peplum totalement dans la ligne du genre qui sévissait alors en Italie, il permet au réalisateur, déja chevronné pour ses participations à d'autres productions, de faire ses classes, et de se tirer avec honneur d'une pièce montée caractéristique de la période: casting international, versions différentes suivant les censures, histoire édulcorée et gnan-gnan à souhait de gens en jupette permettant quand même les morceaux de bravoure.

 


On notera un certain nombre de traits leoniens, qui ressortiront de façon intéressante dans les westerns, notamment le fait que le héros (L'affligeant Rory Calhoun) soit amené à changer de camp à chaque bobine, quasiment... Ou encore le façon dont il est un témoin privilégié de bien des exactions (les totures largement censurées, par exemple) sans toutefois être partie intégrante de l'action, un destin qui sera partagé par le Clint Eastwood des trois films suivants. Enfin, Le Colosse de rhodes est à tous égards le moment de passage d'un monde à l'autre, vécu dans la douleur, ce qui est virtuellement la base de tous les films qui suivront. On note au passage qu'il résume en quelques jours des faits qui se sont déroulés sur des années: un peplum n'est pas une vision d'histoire.

 

Comme tous les films de leone, celui-ci a donc subi des changements dans les pérégrinations dues à son succès mondial, et aujourd'hui on a accès à (Au moins) trois versions: la plus longue, qui incorpore des tortures inventives (George Marchal enfermé dans une cloche sur laquelle on frappe de manière à lui faire exploser les tympans...) et des plans sanguinolents du plus beau rouge; la version Française, légèrement raccourcie, et enfin la version Américaine, que les petites mains de la MGM ont ramené à ce qui était considéré comme l'essentiel...

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Published by François Massarelli - dans Sergio Leone
6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 07:18

Film réalisé durant le terne contrat de Borzage avec la Warner Bros, mais pour un autre studio, Desire est forcément marqué par l'équipe responsable de sa confection: Tourné pour la Paramount, réalisé par Borzage et produit par Lubitsch, avec Marlene Dietrich et Gary Cooper, Lubitsch ayant assuré le remplacement de Borzage sur certaines scènes, le film dont on voit bien quel pedirgree royal il avait, a par-dessus le marché partiellement bénéficié de scènes tournées en France et en Espagne... Donc, clairement une affaire de prestige, c'est aussi un mélange délicat de romance et de comédie, avec pour changer un peu un accent sur cette dernière...

 

Marlene Dietrich y est Madeleine de Beaupré, une voleuse de bijoux qui travaille avec deux escrocs, Carlos Margoli (John Halliday) et 'Tante Olga', le cerveau de la bande. Leur méthode est entièrement basée sur la classe de la jeune femme, qui s'introduit dans les bijouteries et sans grand effort, se fait passer pour une bourgeoise huppée dont le mari règlera plus tard l'achat de colliers particulièrement dispendieux... Elle fait la rencontre, alors qu'elle file vers l'Espagne pour y rejoindre Carlos, d'un américain, Tom Bradley (Cooper), un ingénieur employé par une marque d'automobiles, en vacances. Les bijoux passent de mains en mains et de poches en poches suite à divers quiproquos, et Tom et Madeleine se retrouvent plus ou moins forcés de cohabiter, le temps pour Madeleine de récupérer le collier de perles qui est situé dans le veston de l'Américain...

 

Le film est ambivalent: il n'y pas pas beaucoup ici de traces très tangibles de l'univers de Borzage, ces amoureux sont peu touchés par la grâce, et le coté direct et naïf de Cooper ne le prédispose ni à l'amour fou, ni à être touché par une certaine sorte d'épiphanie sacrée à l'instar de Chico par exemple... La comédie reste pétillante, légère, et si les protagonistes s'accordent bien entendu de tomber vraiment dans les bras l'un de l'autre, le sentiment qui domine, c'est qu'on est chez Lubitsch d'abord et avant tout. Les scènes Parisiennes, au début du film, portent totalement sa marque, avec l'exposé brillant de la façon dont opère Madeleine, se rendant d'abord chez le bijoutier pour négocier l'achat de perles au nom de son mari, un neurologue célèbre (Ce qui est évidemment faux) puis le rendez-vous avec le bijoutier chez le neurologue en question, auquel elle a prétendu qu'elle est l'épouse du bijoutier, celui-ci ayant la manie de distribuer des factres délirantes... La scène est jouée simplement, avec élégance, mais le résultat de cette construction sous-jouée est bien sur d'une drôlerie efficace et irrésistible... Le contraste ensuite entre la classe (Et la duplicité) de Madeleine et le coté boy-scout de Tom joue aussi à leur avantage. La façon dont, même en colère contre elle, Cooper s'écrase devant la jeune femme, est irrésistible. Reste, si on cherche à retrouver l'univers du metteur en scène en titre, ces moments de séduction, qui se terminent par une ellipse; on est en 1936, les grandes heures de franchise sexuelle des films pré-code sont passées, mais on jurerait que Cooper et Dietrich (Qui dorment dans des chambres séparées) ont passé la nuit ensemble; quand on les réveille l'un et l'autre, ils s'interpellent directement: "Yes, darling?", hébétés et encore sous le charme de leur séduction de la soirée précédente...

 

Bien meilleur que les films contemporains tournés à la Warner, Desire est donc le paradoxal fruit de la rencontre entre deux univers qu'on ne pensait pas compatibles... Lubitsch a dominé le film de son style, c'est une évidence, n'oublions pas qu'il était chez lui à la Paramount! A titre personnel, je ne regrette qu'une seule chose au sujet de ce film, c'est que fidèle à son habitude, Marlene Dietrich y chante: je ne supporte décidément pas sa voix! Fin de la digression... Desire est une comédie de grande classe, c'est bien ce qui compte...

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage Gary Cooper
4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 18:57

Troisième et dernier film dirigé par Clyde Bruckman pour Lloyd, ce Movie crazy est tout simplement le plus apprécié des films parlants du comédien depuis sa redécouverte dans les années 80, lorsque les longs métrages ont enfin pu être revus et réévalués. Ce n'est pourtant en rien un filmambitieux, surtout si on le compare à son successeur, et c'est le film de Lloyd qui s'apparente le plus à une suite de gags sous couvert d'une intrigue qui est plus un prétexte qu'autre chose: A Littleton, Kansas, Harold Hall est 'movie crazy', c'est à dire obsédé par le cinéma. Sa mère observe cette manie avec tendresse et bienveillance, mais son père s'en irrite volontiers. Un jour qu'il voit un courrier destiné à un studio, que le fils s'apprête à envoyer, il le lit et sans faire exprès remplace la photo de Harold qu'il contient par une autre. Le fils reçoit donc une invitation du studio à venir faire un essai, mais il n'est pas au bout de ses peines, d'autant qu'il est d'une naïveté, d'une distraction et d'une maladrese impressionnantes...

 

On revient en arrière, avec à nouveau un benêt, ce qui revient à dire que Lloyd, comme les autres comédiens, souffre de cette notion, qui fait que dans le parlant, on assimile les comiques à des idiots. Bien sur, il est son propre producteur, et fait absolument ce qu'il veut, mais on a du mal à le croire si naïf, et à ce niveau("Jeune naïf deviendra grand") The kid brother a dit tout ce qu'il y avait à dire. Pourtant le film ne manque pas de qualités. L'enchainement de gags liés à la maladresse du personnage principal souvent muets ou quasi, le fait que pour une fois la femme aimée (Constance Cummings joue une actrice, attirée par Harold en raison de son incohérence, et qui se plait à l'appeler Mr Trouble à cause des problèmes qu'elle lui cause...) soit pour une bonne part du film aussi son ennemie (Elle se fait passer pour une autre, et mène Harold par le bout du nez...), enfin le déchainement final d'énergie, bien que totalement déplacé, tous ces éléments font que le film tient sérieusement la route... et puis il y a toujours un plaisir particulier à voir les cinéastes d'Hollywood mettre en scène leur univers, ce miroir aux alouettes sur lequel ils ne se font aucune illusion. Bruckman a soigné cet aspect de la réalisation, et il y a une série de plans-séquence d'exposition de tournages de scènes, qui sont proprement superbes... Les deux hommes ne travailleront plus ensemble, hélas.

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd
3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 18:09

L'ouverture du film se fait sur un générique très classique, dans lequel des images d'immigrants, de toutes origines, se succèdent. Une façon comme une autre de situer le film dans l'histoire de la vraie Amérique, celle de ses migrants éternels... Malick commence donc sa narration par un épisode urbain et industriel, qui ne cadre semble-t-il pas trop avec le reste du film, situé dans un univers rural, lyrique et pastoral... Mais pour y accéder, les héros prennent le train. Premier élément du film qui apporte l'idée d'un viol de la nature, une idée qu'on retrouvera très fortement dans les deux films suivants de Malick, The thin red line (1998) et The new World (2005)

Le train est en effet l'une des machines qu'on va voir s'aventurer dans la nature pour y apporter la destruction in fine... D'autres inventions aperçues dans le film, sont bien sur deux avions, et un tracteur, d'ailleurs conduit par Malick lui-même sur les cendres d'une moisson qui s'avérait prometteuse. 

Les héros, Bill (Richard Gere) et Abby (Brooke Adams), flanqué de la soeur de Bill, Linda (Linda Manz, qui assure la narration du film) sont en fuite: Bill a tué un contremaitre dans son usine à Chicago, ils ont donc rejoint les travailleurs saisonniers qui se rendent au Texas pour participer aux travaux des champs. Afin de ne pas trop attirer l'attention, ils se sont fait passer pour frère et soeur... Un petit mensonge, lourd de conséquences... 

Le propriétaire de la ferme (Sam Shepard), qui ne sera jamais nommé, a vite repéré Abby, dont il souhaite faire plus ample connaissance. Bill persuade la jeune femme de se sacrifier pour le bien commun, d'autant qu'il a surpris une conversation entre le fermier et le médecin, celui-ci donnant à peine un an à vivre au jeune homme atteint d'une maladie incurable. Il vit pour l'instant seul dans une maison récente, construction fantastique au milieu d'une mer de blé...

 Le but de Bill n'est jamais très clair, mais on peut supposer qu'il s'agit de gagner du temps. Quoi qu'il en soit, le plan s'avère vite compliqué, puisque le fermier avoue son amour à Abby, et lui propose le mariage... La jeune femme s'en remet à son amant; celui-ci lui conseille d'accepter, toujours sous le prétexte que le propriétaire en a normalement pour peu de temps.

 Mais le mariage aura un effet salutaire sur le fermier, qui cesse alors de décliner. par contre la jalousie de Bill se manifeste de plus en plus vivement, et pour corser le tout, Abby tombe manifestement amoureuse de lui... Le jours heureux de Abby et Linda à la ferme sont vite ternis par des accès de mauvaise humeur, puis par les soupçons du mari. Bill prend donc la décision de partir, laissant les deux jeunes femmes reprendre le fil de leur vie paradisiaque... Lorsqu'il revient, la querelle sous-jacente refait son apparition, et lors d'une attaque monumentale de sauterelles, le fermier attaque son rival, entrainant un incendie de la récolte. Le lendemain, une noucelle altercation débouche sur un coup mortel porté au propriétaire: Bill doit fuir, et emporte les deux femmes avec lui...

Le reste est évident, ce genre de cavale ne peut finir bien... Mais ce qui frappe, dans cette saga de déimensions raisonnables, c'est bien sur l'incroyable beauté des images, dues principalement au génie de Nestor Almendros... Idéales pour laisser Malick conter à sa façon une histoire de court moment de nirvana dans la vie de quelques personnes, ou comment l'homme se saisissant de la nature entraine forcément sa detrsuction, par la machine, l'avidité, la violence (The thin red line), ou tout simplement le "progrès" (The new world). Le tout conté de façon poétique, sans rien imposer au spectateur, en limitant les échanges verbaux au minimum, et en privilégiant l'impression que chaque image est un moment à vivre, et non une étape dans une construction chronologique.Avec sa narration détachée de façon si séduisante des images sublimes qu'elle accompagne, Days of heaven, deuxième film de Malick, est la matrice d'un style unique, à vivre et revivre.

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Published by François Massarelli - dans Terrence Malick Criterion
3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 17:18

Au secours! est une récréation dans l'oeuvre d'Abel Gance, encore que la raison d'être du film soit une volonté commune de travailler ensemble pour Gance et son co-scénariste et acteur, Max Linder. Celui-ci amène son style burlesque si particulier à l'univers de Gance, qui venait de terminer La roue (dont le tournage et le montage ont pris deux années, de 1921 à la présentation du film en 1923). Le court métrage, dont il n'est pas sûr qu'il ait été achevé, est un curieux mélange, donc, entre le burlesque mondain de Linder et les expérimentations tous azimuts de Gance. Celui-ci, pas très à l'aise dans la comédie, a profité du fait que le film n'était pas à prendre au sérieux pour se livrer à quelques excentricités. Le final de ce court métrage utilise quand même des éléments de montage rapide qui viennent en droite ligne de La roue...

 

Max et son épouse Edith (Gina Palerme) prennent un repos bien mérité entre deux films... L'homme aux guêtres et au chapeau haut-de-forme se rend à son club afin de voir ses amis, au lieu d'honorer son épouse, et là, se voit mettre au défi de rester une heure dans le manoir hanté du comte Maulette (Jean Toulout): les deux hommes parient, et si Max se laisse envahir par la peur et appuie sur un signal d'alarme avant minuit, il a perdu son pari... Phénomènes étranges, fantômes, valet en cire et animaux divers se succèdent, mais le pire est atteint lorsque le téléphone retentit et qu'Edith appelle au secours: il y a un monstre auprès du lit...

Bien sûr, tout ça n'est pas sérieux, on apprendra à la fin que ce n'est qu'une (lucrative) farce... Du reste, le metteur en scène comme son scénariste se sont permis de brouiller les pistes: si tout ceci ne se révèle qu'une blague de potache, il y a des images qui ne peuvent s'expliquer, comme cet étrange ballet, lorsque Max arrive au château, et qu'il est soudain précipité dans d'étranges convulsions de l'image, ou qu'il est suspendu à un lustre élastique, et qu'il provoque des compressions du cadre... On le voit, Gance s'est amusé à jouer avec l'image comme il l'avait beaucoup fait dès La folie du docteur Tube, mais aussi dans La roue, et allait continuer à le faire avec son film suivant. Il s'est aussi beaucoup ingénié à jouer sur la tension du personnage, demandant à Linde de jouer, voire sur-jouer, l'horreur, de façon assez impressionnante, d'autant qu'il s'agit d'un gros plan. Lumières, utilisation de truquages, et recours à ce bon vieil érotisme, un ingrédient dont Gance ne pouvait semble-t-il jamais se passer (On se demande comment Max peut laisser Edith en plan, quand on voit le grand jeu qu'elle lui sort, mais bon): pour un court métrage fait entre copains, c'est quand même remarquable. Cela dit il y a des trous dans l'intrigue, un coté rêve éveillé, qui permet d'ailleurs au film de passer depuis sa création pour un court d'avant-garde, ce qui cadre mal avec son coté farce. Le film, comparé à Paris qui dortEntr'acte ou Un chien Andalou, jure un peu.

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Published by François Massarelli - dans Muet Abel Gance Comédie Max Linder
3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 11:24

La carrière de Gance commence en 1910, avec notamment des rôles pour divers films Gaumont; on peut le voir dans un Molière de Perret, dans lequel il assume le rôle principal, et dont il a, il faut le dire, écrit l'argument. Mais ses propres films  de cette époque sont rares, et s'il faut uniquement se fier à ce qu'il en dit lui-même, on est mal parti. Paradoxale pièce à conviction, ce film est le plus notable de ses jeunes années, avant du moins la paire de mélodrames Mater Dolorosa et La dixième Symphonie, qui vont lui permettre d'entamer sa suite d'oeuvres ambitieuses des années 1919-1930. Paradoxal, La folie du Dr Tube l'est à plus d'un titre: d'abord il s'agit d'une comédie burlesque réalisée par un metteur en scène avide de tourner toute sorte de films, mais aussi plus connu pour ses oeuvres sérieuses... Ensuite, c'est un film à vocation expérimentale, dans lequel Gance et son chef-opérateur Léonce-Henri Burel ont expérimenté avec des objectifs déformants, rendant l'image parfois bien difficile à déchiffrer... voire impossible à comprendre!

Pour corser le tout, cette pochade est actuellement disponible dans des versions dénuées de sous-titres, mais au vu de l'ensemble, ils manquant cruellement, on n'est clairement pas devant un film précurseur du Kammerspiel, qui se privait intentionnellement de cartons de dialogues ou d'explications... C'est donc quasi impossible d'en offrir un résumé convaincant. Contentons-nous de dire que dans ce court film (une bobine), un savant fou, le Docteur Tube, a réalisé un produit, une poudre, qui déforme soit la vision, soit les corps, ce n'est pas extrêmement clair. Il l'expérimente sur lui-même et son assistant, avant de s'en servir sur deux infortunées visiteuses, que leurs petits amis attendent impatiemment dans la rue. Lorsqu'ils interviennent à leur tour, ils sont touchés par la loufoque invention, et le spectateur a très mal aux yeux...

 

Le producteur Louis Nalpas du "Film d'Art", comme l'a reporté Gance, a parait-il poussé de hauts cris devant le résultat, qui heureusement ne pousse pas la farce jusqu'à être un long métrage, et aurait, toujours selon les dires du metteur en scène, interdit la diffusion du film. C'est ainsi que d'une aimable mais peu convaincante pochade burlesque un rien bizarre, Gance a pu faire un film révolutionnaire et légendaire, lorsqu'il est ensuite revenu sur l'anecdote, comme par exemple dans le court métrage documentaire Abel Gance: hier et demain, de Nelly Kaplan. Si on veut, le film a au moins le mérite de nous permettre une introduction tumultueuse à un auteur qui n'a jamais cessé d'expérimenter avec les possibilités de l'image. Quant au résultat, le voir aujourd'hui c'est s'exposer à une certaine migraine, mais après tout, on a sans doute vu pire, depuis... Une note pour finir, tous les sites qui mentionnent le film tendent à attribuer le rôle du Dr Tube à Albert Dieudonné, mais ce dernier est l'un des jeunes hommes du film. Quant aux autres acteurs... mystère.

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Published by François Massarelli - dans Muet Abel Gance
29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 07:11

The Mating Call est clairement un cas à part dans la fresque du cinéma Américain... Cruze, Hughes, ce film doit son existence à deux fortes têtes, l'un déterminé à continuer à jouer un rôle de premier plan, après avoir commis plusieurs films importants, l'autre décidé à devenir un nom qui compte parmi les producteurs de Hollywood: James Cruze a en effet réalisé The covered wagon , Hollywood, et Old ironsides; Howard Hughes tente avec insistance un assaut du box-office depuis quelques années: avec Lewis Milestone, on lui doit aussi Two Arabian knights qui obtint le rarissime Oscar pour la meilleure comédie. The mating call n'est pas un film fréquemment traité par les historiens, en raison d'abord de sa rareté. Il a disparu sans laisser de traces peu de temps après son exploitation, et bien que distribué par Paramount, il appartenait à Caddo pictures, la société de Hughes, et n'a pas pu bénéficier des conditions optimales de préservation d'un grand studio... Et sa position de production indépendante tend à l'éloigner des radars, également... Il a heureusement été redécouvert, puis restauré, dans le cadre d'une collaboration bienvenue entre TCM et Flicker alley, en même temps que deux autres films muets de Caddo: Two Arabian Knights (Lewis Milestone, 1927) et The racket (Film remarquable de Lewis Milestone, 1928). Des trois films, celui-ci est le plus étonnant... il combine de façon assez extravagante plusieurs genres, aborde des sujets particulièrement tabous, et le fait en multipliant les provocations. On sait que Hughes s'est attiré les foudres de la censure en 1943 avec son film The outlaw, un western d'une rare médiocrité, mais qui dévoilait une proportion inédite des arguments de Jane Russell. Pourtant The outlaw n'est rien à coté de ce film.

Edicté en 1922, le Code Hays est en théorie une liste de recommandations afin d'éviter tout débordement. Le but de ce document approuvé par tous les studios est non pas de censurer les films, mais d'éviter qu'ils soient censurés par les localités de tous les états ou ils sont distribués. Y sont inscrits des conseils à suivre par les studios, qui doivent veiller à ne pas faire de vagues en matière de représentation de la sexualité, de la perversion, de l'adultère, de nudité évidemment, d'homosexualité, mais aussi en matière de criminalité, de violence et d'agitation politique. La peinture du racisme ordinaire, par exemple, y est peu recommandée, en raison des troubles à l'ordre public que cela peut engendrer. Ainsi un film qui pronerait l'égalité entre les différentes races (Le terme "race" a un sens pour certains états en 1928, ne l'oublions pas, même s'il n'a absolument aucun sens pour un être humain évolué de 2012) serait-il forcément refusé par un studio, sachant qu'il serait automatiquement banni par les Etats du Sud. Ainsi, les studios produisent-ils en 1928 des films standardisés qui ne dépassent pas du cadre imposé, ou apparemment pas puisque certains d'entre eux réussissent à passer entre les lignes, certains metteurs en scène passant maitres en matière de suggestion et de contournement. Pas The mating Call. Non que le film soit prude ou consensuel, loin de là; mais ce que je veux dire c'est qu'il ne cherche pas à passer entre les lignes en insistant sur la suggestion. Il est au contraire d'une frontalité assez rare pour un film de cette époque...

Leslie Hatten (Thomas Meighan), un vétéran de la première guerre mondiale, revient chez lui après trois ans passés en France. Il a particulièrement hâte de retrouver Rose (Evelyn Brent), son épouse: il s'est marié juste avant de partir au front, littéralement, il n'a pour tout souvenir que la cérémonie de mariage et un baiser: pas le temps pour la nuit de noces... C'est donc un peu fébrile qu'il arrive dans sa petite ville, persuadé qu'elle sera là pour l'accueillir à la gare... Mais il apprendra vite qu'elle n'est en fait pas son épouse: elle n'avait pas la majorité requise au moment du mariage, et ses parents ont pu sans problème faire annuler le mariage... Elle est donc mariée, cette fois entièrement légalement, au brutal Lon Henderson (Alan Roscoe). A partir de ces prémisses, on s'attend un peu à ce que le film prenne soit la forme d'une comédie de la reconquête par Leslie de son épouse, soit d'un mélodrame dans lequel les vrais amants ne seraient réunis qu'après que Leslie aurait tiré la vertueuse Rose des griffes de son mari brutal et adultère... Et c'est là qu'on a tout faux. Bien sûr, ce type de mélodrame ne se fait plus guère en 1928, et bien sûr de fait, Lon est en effet brutal et adultère. Mais il n'est pas le seul dans ce dernier cas...

Rose, en effet, voit le retour de Les avec un certain intérêt. Elle n'a semble-t-il pas trop changé d'avis à son égard: il l'intéresse beaucoup. Et elle lui fait très vite comprendre qu'elle passerait bien du temps avec lui. Elle va même jusqu'à impliquer Les dans une machination visant à reconquérir sa liberté: elle s'introduit chez lui officiellement pour demander sa protection contre son mari, le vampe avec insistance (Brent sort le grand jeu, se frottant sans aucune équivoque contre Thomas Meighan, qui n'a pas si souvent eu à subir de tels assauts), et de fait lorsque son mari intervient, elle offre l'image d'une femme qui a suffisamment fauté pour qu'un divorce soit inéluctable. Mais Leslie ne veut pas d'elle, et prétend alors qu'il est lui aussi marié... Coup de théâtre imprévu pour le spectateur également, ce stratagème qui vise bien sur à faire taire toutes les rumeurs, mais également à empêcher Rose de lui porter préjudice oblige Leslie, qui prétend donc s'être marié en France, à trouver dare-dare une prétendante pas trop regardante: il se rend donc à Ellis Island, la station d'immigration principale de la Côte Est, comme on se rend au marché au mariage.

C'est donc à ce moment qu'arrive la deuxième femme du film: Renée Adorée, alors en contrat à la MGM (The Big Parade, The Black Bird, La Bohême, The show, Mr Wu)... Française et préposée à jouer les Européennes, petite et mutine, elle est ici Catharine, une jeune immigrée Russe qui va accepter le marché proposé par Les: Avec ses parents, elle intègre la ferme, ils aident tous les trois en travaillant, mais elle devient l'épouse de Leslie. Ils sont mariés sur place, et vont ensuite s'installer. Et très vite, la jalousie de Rose (Et son mépris évident à l'égard de celle qu'elle considère évidemment comme une domestique) va se manifester; de son côté, Catharine va vite manifester une certaine frustration face à ce mari qui maintient ses distances, et la considère effectivement plus comme une employée que comme une épouse. Elle va donc devoir s'imposer à lui, et le rappeler à ses devoirs conjugaux.

Deux derniers points s'imposent dans ce qui reste une intrigue bien compliquée: tout ce qui précède relève plutôt de la comédie, et on y voit d'ailleurs beaucoup de bases de ce que sera plus tard la screwball comedy. Mais en plus de ce jeu risqué autour du mariage, il y a une autre intrigue entre Rose te son mari Lon: celui-ci a fricoté avec Jenny, une jeune femme du village... Celle-ci, surveillée par son père, se suicide lorsqu'elle comprend que Lon ne l'épousera jamais. et d'autre part, le village est régi par une société secrète, "the order", l'ordre: avec leurs masques et leurs rencontres nocturnes autour d'une croix, et leur sale manie de se mêler de ce qui ne les regarde pas, difficile de ne pas penser au Ku-Klux-Klan. mais ils ne s'intéressent absolument pas à des hypothétiques rapports raciaux: ils sont juste là pour faire en sorte que tout un chacun dans le village se conduise en accord avec les principes de la Bible, versant Sudiste. Donc adultère, jeu et alcool sont proscrits... C'est en partie pour éviter de trop exciter ces lyncheurs invétérés que Les a préféré se trouver une épouse, et aussi parce que le petit jeu de Rose a attiré l'attention de ces Klansmen de pacotille. 

Voilà donc un cahier des charges particulièrement important: comédie conjugale, vie rurale, description d'une société régie par le KKK, Ellis Island et l'exploitation de fait des immigrants devenus presque des esclaves, sexualité exacerbée, adultère, tricheries diverses, sensualité exposée... Commençons par la peu banale présence des gens de l'"ordre". Bien sûr, ce n'est pas la première fois que le KKK est représenté à l'écran, voir à ce sujet le film controversé Birth of a nation de David Wark Griffith. Mais dans les années 20, évoquer le KKK, c'est parler d'un sujet compliqué, une organisation considérée comme un simple groupe de pensée par les uns, comme un groupe terroriste par les autres, dont les activités criminelles (Lynchage, intimidation, meurtre, incendies...) sont vécues au quotidien et niées par une importante partie de la population Américaine, et le tout revient à mettre sur le tapis un sujet de fâcherie qu'il n'était pas souhaitable d'aborder (Tout comme la référence au lynchage d'un blanc en 1936 dans Fury de Lang renvoie dans l'inconscient collectif à la notion de lynchage, et donc forcément aux meurtres racistes aussi). Bien sûr, on pourra objecter qu'il n'est absolument pas question de la population noire ici (Contrairement à Birth of a nation, bien sur, mais aussi à Stars in my crown, de Jacques Tourneur, 1945), mais la simple présence dans le film d'un groupe assimilable au Ku-Klux-Klan reste particulièrement notable... D'autre part, un aspect du film tend à minimiser cette représentation en la plaçant sur le plan folklorique: Les, soupçonné de meurtre va être "jugé" par le groupe, mais une fois qu'il est innocenté, les hommes masqués lui rendent sa liberté, et s'excuseraient presque... On est loin de la terreur fasciste effectivement érigée en système de gouvernement dans le sud profond par le vrai KKK. On le voit, l'audace du film a donc des limites.

En situant un épisode du film à Ellis Island, Hughes et Cruze abordent un aspect quasi-documentaire de l'époque, assez rare en ces termes: bien sur, il y a des immigrés dans le cinéma muet, quelques fois, certains films dénoncent certains aspects. Mais dans un film "commercial" de cet acabit, il est rare d'évoquer quelque aspect que ce soit d'Ellis Island, la station principale d'immigration de l'époque, surnommée The isle of tears (L'île des larmes) en raison de la tension particulière qui y régnait pour des immigrants fatigués d'un voyage pénible, et dont la vie pouvait basculer dans un sens ou dans l'autre (Même si à l'époque, la plupart des immigrants étaient acceptés). On ressent ce dernier aspect dans le "quitte ou double" joué par Renée Adorée lorsque Thomas Meighan vient chercher une femme à la station d'immigration, et la remarque cruelle de Evelyn Brent, certes motivée par la jalousie, atteint bien son but: elle rencontre Catharina, lui fait nettoyer ses chaussures, et dit à Les qu'elle aimerait bien rencontrer son épouse, après avoir fait connaissance de la domestique. Immigrant, une position on le voit pas facile, une fois arrivé au pays de la liberté. 

Enfin, en terme de sexualité, le film fait peu dans la dentelle si j'ose dire, et James Cruze et Howard Hughes ont poussé le bouchon assez loin: il est pour commencer beaucoup question d'adultère, grâce à deux personnages: Lon et Rose, d'ailleurs mariés - au début du film du moins. Lon a donc une relation extra-conjugale (qui se finira tragiquement) avec une fille du village, Jessie, et on le sait par un intertitre, ce n'est pas la première. Derrière la finalité affichée de redresser les bonnes moeurs de l'"ordre", dont fait justement partie Lon, combien d'époux adultères? Mais une fois n'est pas coutume, il y a aussi Rose, dont les velléités adultères sont affichées, et qui est dans le film au pire une garce. Elle a du en baver avec Lon, et peut-être aime-t-elle Les, à sa façon, d'un amour sincère? Peu importe: j'ai déjà parlé de la scène de séduction de Les par Rose, remarquable par la tension imposée par Cruze qui utilise des gros plans des mains d'Evelyn Brent, qui invitent les caresses de Thomas Meighan, de son visage alors qu'elle lui embrasse sensuellement le dos, etc... mais il y a une autre scène. Leur première rencontre après que Les ait appris au début du film l'amère vérité est une tentative remarquable pour Rose de coucher avec lui, sans aucune ambiguïté. Elle est séduisante, élégante, et de noir vêtue. Elle l'enlace et le met au défi, si elle l'embrasse, dit-elle, il ne voudra plus la lâcher. Mais Les la prend dans ses bras... pour la jeter dans sa voiture et lui enjoindre de repartir d'où elle vient. Pourtant, l'arrivée du vétéran à son village, située peu avant, laisse peu d'ambiguïté: persuadé de revoir enfin son épouse après trois ans, il a trois ans de frustration après n'avoir pas même pu consommer le mariage ne serait-ce qu'une fois, à rattraper, et ce fait est rappelé via un intertitre par un personnage secondaire. C'est donc un Leslie gonflé à bloc et au bord de l'implosion que Rose qui sait parfaitement ce qu'elle fait tente de séduire sans prendre de gants, et qui a le courage  admirable de refuser ses avances: un type bien, donc... Mais ce type bien finira quand même par revenir à des sentiments plus tendres, vis-à-vis de Catharina, au terme d'une nuit agitée: l'Ordre cherche à emporter Les pour le juger, et Catharina de son côté, qui commence à attendrir son mari, est partie se baigner à la rivière; Alors qu'il la cherche pour la mettre en sécurité, il la surprend en plein bain, nue comme au premier jour (Et on ne peut pas dire que Renée Adorée ait fait la timide dans cette scène, loin de là); elle proteste (you are a pig!!) mais c'est pour la forme, et lui lui explique qu'il craint pour sa vie. Après cet épisode, une fois qu'il a enfin identifié Catharina qui n'a pas attendu trop longtemps pour aimer son mari, et une fois celui-ci rendu à sa vie tranquille après l'épisode du "jugement", ils vont enfin pouvoir s'aimer comme mari et femme. Et dans ce film de 1928, on sait enfin  ce que ça veut vraiment dire...

Voilà donc, je pense avoir fait le tour de ce qu'on peut voir dans ce film peu banal, qui expose la sexualité sous un jour plus franc que bien des films, en particulier dans le portrait d'une femme qui fait de façon claire et nettes des avances peu banales. Il convient d'ajouter que ce que j'ai vu, une restauration de l'unique version connue du film, est certainement une version destinée à l'Europe nettement moins prude que les Etats-Unis en matière de sexualité et de nudité, mais le film reste certainement un sommet de sensualité rendu possible par l'indépendance de son producteur, et celle de son metteur en scène pionnier: Freelance à l'époque, Cruze mettait généralement toute sa personnalité dans des projets qu'il menait le plus souvent à sa guise. il est d'ailleurs remarquable qu'il ait pu travailler avec un producteur aussi égocentrique qu'il pouvait l'être lui-même... The mating call n'était pour finir sans doute pas un film aussi important pour Hughes qu'allait l'être Hell's angels, son épopée sur les aviateurs de la première guerre mondiale. Sa brièveté qui prive certains personnages de plus de complexité (la première sacrifiée est Renée Adorée), son mélange sans vergogne de comédie, de mélodrame et de drame, tendent à faire penser qu'il s'agissait d'abord et avant tout d'un film vite fait destiné à balancer un bon coup de pied dans la fourmilière. Mais c'est un film joliment remarquable par ses audaces et sa franchise, à ajouter à la liste des films notables de cette glorieuse année 1928, dernière année du cinéma muet.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1928