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9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 09:41

Qui est Tod Browning? On est parfois surpris d'apprendre que le réalisateur de London after Midnight, Dracula et Mark of the vampire était un homme installé, respecté dans le Hollywood du début des années 20, miné par un alcoolisme qui lui jouera des tours assez souvent. Enfin, il était un réalisateur à l'aise dans le monde des studios, qui y finira tranquillement sa carrière dans les années 30, avant de prendre une retraite bien méritée en 1939... Il est pourtant responsable d'un grand nombre de productions à la réputation sulfureuse, qui lui ont donné une image de pervers pourvoyeur de plaisirs inavouables... Ca se discute.

Et puis il y a Freaks... La genèse du film est embrouillée, contradictoire même: On crédite souvent Lon Chaney (Décédé en 1930, mais collaborateur fréquent de Browning, dont il existe des photos présentant l'acteur essayant un costume emblématique de Freaks) d'une association avec le film, alors que la nouvelle qui sert de base à Freaks aurait été signalée au directeur de production Irving Thalberg et à Browning par Harry Earles, l'acteur nain (Ou "personne de petite taille" pour rester dans une terminologie encore acceptable aujourd'hui), qui voyait en cette histoire de vengeance des "monstres" de cirque un véhicule idéal pour lui. Thalberg, quant à lui, aurait vu en cette histoire une sorte de film d'horreur idéal pour la MGM, en guise de réponse à la vague venue de la Universal: Freaks était une intrigue située dans le quotidien d'une corporation, dont l'horreur des péripéties ne se déroulait jamais dans un cadre surnaturel...

Dans le petit cirque de madame Tetrallini, en France, le nain Hans tombe fou amoureux de la belle écuyère Cleo. Mais si elle l'épouse, c'est plus pour son héritage fabuleux que pour ses beaux yeux. elle tente ensuite de l'empoisonner mais les camarades de la victime vont apporter à Cleo la preuve de la solidarité des gens du cirque...

Cette intrigue est d'une grande simplicité et permet à Browning d'installer ses caméras dans les coulisses du cirque, dont on ne voit quasiment jamais la piste: on découvre ainsi les soucis quotidiens, les amours, les peines et les joies de tous ces gens, femmes à barbe, "squelettes humains", soeurs siamoises, nains, et d'autres personnages, tous des célébrités en leur genre. La différence entre Olga Baclanova (Cleo), Henry Victor (Hercule, l'amant et complice de Cleo), Wallace Ford (Phroso le clown), Leila Hyams (Venus, montreuse de phoques) et Rose Dione (Madame Tetrallini) d'un coté, et les "freaks" de l'autre, fait tout le sel du film. Encore aujourd'hui il y a un débat houleux entre les héritiers des traditions représentées dans le film, tous les artistes qui exploitent de fait leur propre "différence", pour déterminer si le film de Browning n'était qu'une exploitation éhontée, ou un regard direct et sans concessions sur un univers peint dans sa réalité à peine déformée.

L'intention de la MGM était quand même un peu louche à la base, assimilant de fait les artistes, nains, personnes handicapées (les "pinheads", Prince Randian le torse vivant ou Johnny Eck dépourvu de toutes les parties du corps situées en dessous du nombril) aux monstres de la concurrence, Dr Jekyll ou la créature de Frankenstein... Mais entre les mains de Browning, le seul réalisateur capable de faire ce film, on échappe à mon sens à cette lecture. Phroso et Venus ont beau être des gens dépourvus de ces particularismes, ils sont aussi des gens de cirques, et la solidarité des "monstres" de foire est aussi complétée par une sorte de fraternité des gens du spectacle qui est magnifiquement montrée dans Freaks, et que Browning avait déjà mis en scène dans d'autres films, notamment The unholy three, The Show, The Unknown. Et comment faire l'impasse sur la mutilation ce thème troublant, qui revient sans cesse dans l'oeuvre de Browning? Des créations de Chaney à ces authentiques "monstres", il n'y a qu'un pas, franchi sans hésitation par le metteur en scène qui sait filmer aussi directement que possible, nous laissant gérer le malaise éventuel, un homme sans bras qui joue de la guitare avec ses pieds (The unknown) ou un homme privé de tous ses membres et qui roule une cigarette avec la bouche (Freaks). Dans son oeuvre, ce qui fait le prix de Freaks, c'est que le film est une immersion complète dans la différence...

Il y a un aspect d'exploitation aussi, dans le fait de prendre appui sur cette réalité que nous ne pouvons nous empêcher de considérer comme parallèle, afin d'examiner l'homme à l'intérieur, et de n'en tirer que noirceur et désespoir. L'image ainsi obtenue d'une belle femme devenant une poule humaine, qui devait dans la continuité originale du film (Selon la légende, et elle est soumise à caution...) être complétée par l'apparition d'un ex-Hercule émasculé par la vengeance des "freaks", nous renvoie à notre propre laideur et nos tares, que nous soyions "complets" ou non, grands ou petits, victimes ou criminels. Comment s'étonner alors que le film ait eu une réponse si négative de la part des décideurs du cinéma, mais aussi du public? Mais contrairement à la légende, le film n'a pas été mutilé au-delà de toute ressemblance par "la censure", dont il faut rappeler qu'elle était peu active en cette époque sinon, il n'en resterait probablement que quelques minutes, voire rien du tout.

Le film est pour finir le testament d'un cinéaste inégal, capable du meilleur comme du pire (L'abominable Dracula, plombé par une absence totale de rythme), qui fit l'essentiel de sa réputation sur une série de films répétitifs voire inutiles dédiés à l'art de Lon Chaney, mais dont les meilleurs films restent bien les oeuvres fantastiques étranges réalisées pour la MGM, et inaugurées par ce gros coup de poing dans la figure qu'est le film maudit Freaks, du à la conjonction de talents de Browning, de tous ses "monstres" professionnels, de Harry Earles, acteur de petite taille, et du soutien inattendu mais inconditionnel de Irving Thalberg au projet. Un film qui nous rappelle à toutes les facettes de l'humanité... Un film aux destinées présidées par un réalisateur obsédé par la mutilation depuis un accident de voiture qui l'a éloigné des studios pendant un an tout en coûtant la vie à un de ses meilleurs amis, l'acteur Elmer Booth, et par un producteur génial miné par la maladie depuis son plus jeune age... Pas un hasard non plus.

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Tod Browning Criterion
9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 09:12

Production troublée, due à une collaboration entre les "Archers" et David O. selznick, Gone to Earth, connu sous le titre La renarde en France, a une histoire peu banale. Il est aussi le témoin des limites commerciales du cinéma Britannique, qui a définitivement beasoin en cette fin des années 40 (Et la situation n'a pas vraiment changé) du système du cinéma Américain pour garder la tête hors de l'eau; le film est donc né d'un arrangement, Powell et Pressburger bénéficiant d'une distribution aux Etats-unis sous la houlette de Selznick (Qui n'est pas la MGM ou la Paramount, rappelons-le, c'est un indépendant), et en échange vont utiliser les talents de Jennifer Jones, sous contrat avec le producteur... our le reste, les acteurs (Esmond Knight, David Farrar), les décors (La frontière Anglo-galloise), et les techniciens et artistes (Brian Easdale, Christopher Challis) sont les collaborateurs habituels du duo.

Hazel, la fille d'un vieil homme qui bricole un peu de tout (Il confectionne les cercueils et joue de la harpe aux mariages...), vit dans un taudis en pleine nature, et s'attache à tous les animaux qu'elle rencontre, en particulier avec une renarde, qu'elle a nommée Foxy, qu'elle tente de préserver des chasses fréquente des nobles du coin. Elle souhaite se marier, et est très attirée par un noble local, mais a de sérieuses réserves en rapport avec ses habitudes de chasse au renard. Elle trouve à se marier avec un pasteur qui lui est entièrement dévoué, mais le mariage sans amour va la précipiter dans les bras du Lord, et le drame sera inéluctable...

On est partagé par ce film, baroque au plus haut point, marqué par les excès en tout genre: excès de rouge et d'orange, crépuscules et scènes au coin du feu, excès de comédiens (Jennifer Jones en rajoute dans le registre sauvageonne); l'intrigue porte à la fois la touche Selznick, avec une Jennifer Jones réminiscente de Scarlett O'Hara, mais renvoie aussi aux outsiders de Michael Powell, anticipant un peu sur Age of consent... Les images sont du plus beau Technicolor, certes, mais on est loin de la beauté et du sens du sacré de The red shoes ou Black narcissus. Gone to earth inaugure une période expérimentale durant laquelle les deux complices Powell & Pressburger vont tenter de renouer avec le succès populaire (L'étrange Elusive Pimpernel) tout en se lançant dans des entreprises extravagantes (Tales of Hoffmann). Mais le contrat avec Selznick leur a joué un bien mauvais tour, qu'ils auraient toutefois du anticiper: le producteur étant mécontent du film, il en fit retourner une large part pour le marché Américain, avec la complicité de rien moins que Rouben Mamoulian... chacune des deux versions a ses fans, aucune n'est un chef d'oeuvre...

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell
8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 08:33

Splendide troisième film, après 20 ans d'absence, d'un des cinéastes les plus exigeants des Etats-Unis, The thin red line est une méditation philosophique d'une rare qualité, qui donne à voir plutôt que d'asséner une dialectique. Le prétexte est l'adaptation d'un roman qui raconte la bataille de Guadalcanal, vue de l'intérieur, par des dizaines de narrateurs. Le film est donc choral, mais le metteur en scène, qui est aussi le scénariste, a simplifié afin de ne garder que quelques narrateurs, et de ne pas trop embrouiller le spectateur. Mais si l'intrigue est désespérément simple (L'infanterie débarque à Guadalcanal, livre bataille, et gagne), la narration est fascinante: Malick situe en effet son film dans une île paradisiaque, écho du paradis terrestre qu'a trouvé l'un des personnages, le soldat Witt (Jim Caviezel) . Du coup, tout plan montrant les soldats en marche devient une preuve de la destruction. Toute la nature est d'ailleurs représentée en mouvement, comme en rébellion contre l'invasion. Japonais ou Américains, Malick ne choisit pas, ce n'est pas son propos; sa cible, c'est l'homme. Son nouveau film rejoint la narration contemplative de Days of heaven, dans lequel les plans concernant l'intrigue devenaient presque une digression par opposition aux visions des animaux et de la nature... On retrouve des thèmes de Malick qui donnent lieu à une exposition visuelle: la vie des communautés, quelles qu'elles soient: soldats Américains organisés, campement Japonais qui trahit des conditions de vies atroces, et au milieu, les autochtones qui ne participent pas au conflit; d'autre part, comme dans Days of heaven et comme surtout dans The New World sept ans plus tard, l'avancée des soldats dans la nature de l'île devient un viol...

Le metteur en scène innove de façon considérable en contant une bataille par le menu, mètre après mètre, décision après décision qu'elles soient bonnes ou mauvaises, sans qu'on n'ait jamais l'impression d'assister à un simulacre d'humanité comme les reality-shows savent nous concocter. Chaque action en entraîne une autre, chaque pas est suivi d'une autre étape... Le point de vue évolue au fur et à mesure du film. Il est limité aux protagonistes présents, ce qui fait incorporer avec parcimonie le point de vue des soldats Japonais qui gardent le promontoire qui est l'objet de la bataille, par exemple. Même si le propos reste soumis à la "narration" des soldats Américains, on a le sentiment d'assister à une bataille aussi vraie et surtout objective que possible. L'impression de gâchis récoltée par le spectateur à la vue de ces violences fascinantes reste bien la seule émotion possible à la fin de ce film sensoriel unique en son genre, dont son auteur avait prévenu à sa sortie: il faut le regarder et l'écouter à plein volume...
 

 

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Published by François Massarelli - dans Terrence Malick Criterion George Clooney
27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 16:59

Il est toujours malaisé de partir à la chasse des "premières fois" au cinéma; on lit encore des fadaises installées au rang de vérité dans l'histoire du septième art, par exemple, on y apprend que Steamboat Willie est le premier dessin animé de Disney avec Mickey, que The jazz singer est le premier film parlant, ou que The Birth of a nation est le premier long métrage de l'histoire. Tout ça est bien entendu archi-faux, et il est inutile notamment de partir à la recherche du premier long métrage: d'une part, on redécouvre des prétendants toujours plus précoces chaque année, et tout est relatif: le Voyage dans la lune, en 1902, a fait sensation à cause de son impressionnate longueur... d'environ 15 minutes. Le film Français La Passion du Christ, d'Alice Guy, et l'Australien The kelly gang de Charles Tait sont deux prétendants au titre qui ont de fortes chances, ayant été sortis en 1906... Pas cet Enfant de Paris. Pourtant, il est remarquable, et c'est une grande date dans l'histoire du cinéma, en particulier par sa longueur...

Après tout, avant L'enfant de Paris, la plupart des longs métrages Européens sont des peplums ou des drames historiques. Feuillade s'apprête bien à tourner une série de drames policiers, cinq longs métrages, mais ils seront liés entre eux par les personnages récurrents et leur ennemi, Fantômas... En France, le film ambitieux se doit d'être frappé du sceau du film d'art, encore régi par un style cinématographique hérité de L'assassinat du duc de Guise, tourné en 1908: une éternité avant 1913... L'Enfant de paris aurait pu être un serial, dont il adopte le ton populaire et la compartimentation en cinq parties, mais il est une évidence à le voir que le film a une unité que ne posséderont jamais les serials, qui s'adaptaient au fur et à mesure de leurs parutions; il est très probable que le film de Perret ait fait l'objet d'une sortie en épisodes, et que les distributeurs aient eu le choix, mais Perret dont c'était la première oeuvre de longue haleine a tourné son film d'une traite. Mais pas de Rome ou de Grèce, pas de grande histoire, ici, juste un mélodrame splendide qui installe un suspense familial, dans une histoire certes édifiante, on est bien sur chez Gaumont, et il ne faut pas mécontenter le bourgeois...

Suite à la disparition du capitaine Valen lors d'une bataille en Afrique du nord, son épouse meurt de chagrin et laisse à son beau-frère leur fille Marie-laure. Mais le beau-frère est appelé sous les drapeaux et n'a d'autre solution que de laisser la petite dans un pensionnat, ou elle sera maltraitée... a tel point qu'elle s'enfuit. elle est recueillie par un malfrat, le bachelier, qui la confie à un complice, un abominable savetier ivrogne dont l'assistant, un jeune bossu, se prend d'affection pour Marie-Laure, et tente tant bien que mal de la protéger. Un an plus tard, le capitaine qui n'était pas mort mais prisonnier, retrouve la liberté, et à paris apprend la disparition de sa fille... il met tout en oeuvre pour la retrouver...

Voilà, on est en plein dans les Deux orphelines, bien sur. Mais l'intérêt principal de ce film réside dans la parfaite maîtrise des moyens cinématographiques dont Perret fait la preuve en permanence: passée une exposition un peu longuette (un petit défaut qu'on retrouvera dans Le roman d'un mousse, la même année), il se jette avec délices dans le mélodrame, dont il raconte les péripéties avec un sens de l'économie et du rythme qui laisse pantois. il ne partage pas avec Feuillade cette tendance insupportable au didactisme lourdingue, et fait confiance au spectateur pour combler les ellipses de la narration, aime à prendre une scène en cours, et maintient l'intérêt en permanence avec son sens de l'éclairage. Et même les digressions sont maîtrisées, comme cette visite de Nice par le jeune bossu... Le film maintient sans grand effort l'intérêt sur plus de deux heures. Si ce n'est, on l'a dit plus haut, en aucun cas la naissance du long métrage, en tout cas c'est l'une des premières oeuvres populaires de deux heures qui maintiennent une telle cohérence. Un film que l'on ne peut que recommander chaudement, donc...

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Published by François Massarelli - dans Muet Léonce Perret
26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 17:43

Hearts divided, bien que distribué par la Warner, est en réalité une production Cosmopolitan, c'est-à-dire de William Randolph Hearst, avec dans le rôle principal sa protégée Marion Davies. Celle-ci, on le sait mais il faut le répéter encore et encore, n'était pas la caricature qu'en a fait Orson welles dans Citizen Kane, un film de fiction, rappelons-le. Elle était une actrice douée pour la comédie, qui savait interpréter avec son propre rythme des personnages de jeunes femmes souvent romantiques et un peu exubérantes. Elle est ici Betsy Patterson, la jeune héritière de la  famille établie, d'un notable Américain sous Thomas Jefferson, alors que Napoléon cherche une solution décente pour se débarrasser de la Louisiane sans trop perdre la face. Il envoie donc en éclaireur son frère Jérome, qui se fait passer pour un précepteur de Français, et tombe vite amoureux de son élève. Le film se base ensuite sur le conflit entre le coeur et la raison, principalement la raison d'état... Notons que cette idylle entre Jérome et Elizabeth Patterson est authentique, mais que son issue historique est bien différente de celle choisie par les scénaristes.

La Warner a dépêché quelques-uns de ses atouts pour cette production extérieure, avec Frank Borzage à la direction, Claude Rains en Napoléon et Dick Powell en Jérome Bonaparte, précepteur charmeur et chantant. Le film vaut bien mieux que les précédents véhicules de Powell réalisés par Borzage, et si ce dernier ne retrouve pas son univers propre avec cette comédie sentimentale située dans une Amérique ancienne et un brin transformée en royaume d'opérette, au moins a-t-il des occasions pour reprendre le contrôle de son film: ainsi certaines scènes de séduction entre Powell et Davies bénéficient-elles de menues inventions, d'un rythme parfait, et s'écartent des sentiers battus; pour le reste, la comédie est largement fournie par un trio de prétendants dans lesquels on remarque aisément, mais c'est trop facile, Charlie Ruggles et surtout Edward Everett Horton, et bien entendu ce dernier est aussi purement génial qu'à son habitude... Quant à Claude Rains en Napoléon, c'est une intéressante surprise...

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Published by François Massarelli - dans Frank Borzage Marion Davies
23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 17:01

Tourné entre The blue eagle (1926) et le très étonnant Hangman's house (1928), Upstream a beaucoup fait parler de lui depuis 2009 et la découverte d'une copie dans une archive de Nouvelle-Zélande. Un Ford qui reparait, c'est bien sur un évènement, même si ce film n'est pas de l'importance de The iron horse, de Three bad men ou de Four sons, pour s'en tenir au muet. Il provient d'une période fabuleuse non seulement pour le metteur en scène, mais aussi et surtout pour le studio, qui avait ainsi en ses rangs les metteurs en scène Raoul Walsh, Howard Hawks, Friedrich W. Murnau et Frank Borzage en plus de Ford, et qui sous l'impulsion de William Fox avait décidé de réaliser des films de prestige, artistiquement novateurs et aux moyens luxueux (Seventh Heaven, Sunrise...). Du coup, un certain nombre de commentateurs se sont laisser aller à des spéculations sur ce film, et beaucoup se sont  hasardé à dire des bêtises. On a pu ainsi lire (Télérama, bien sur) que ce film était la seule incursion de Ford dans un style sous l'influence de Murnau, alors que c'est en réalité l'un des derniers films qui n'en ait pas énormément bénéficié: dès Hangman's house, Ford explorera des techniques largement inspirées du grand metteur en scène, auquel il continuera de rendre hommage des années durant, dans des films de tout genre (The searchers, The long voyage home, Four sons... tous les styles explorés par Ford seront pour lui l'occasion d'utiliser sa technique héritée de Murnau, et pas seulement dans un contexte, hum, "expressionniste"...). Donc, en attendant, Ford réalise une petite comédie, dans laquelle il se livre de façon discrète à de petites recherches photographiques et des essais de diffusion de la lumière...

Dans une pension d'artistes, les uns et les autres cohabitent tant bien que mal. Les fins de mois sont difficiles, mais il règne dans l'ensemble une certaine camaraderie. Un agent vient pourtant engager le pire des artistes du lieu: le dernier descendant, infâme acteur, d'une famille d'histrions célèbres, l'idée étant tout simplement d'utiliser la notoriété de son nom pour faire une grande publicité sur une production de Hamlet. Il part, et grâce à quelques conseils prodigués à la va-vite par l'un de ses voisins, va triompher... Et attraper la grosse tête. Lorsqu'il revient dans la pension, il va revenir en triomphateur, du moins le croit-il...

Il y a peu à dire sur ce film, une fois qu'on se sera réjoui qu'un film perdu ait pu être retrouvé... C'est une très charmante comédie qui se voit comme un rien, durant à peine une heure. On y retrouve une certaine tendresse de Ford pour ses personnages, avec ses types (Le charlatan interprété par un Francis Ford apparaissant plus jeune que le soiffard incorrigible que l'on voit habituellement), son humour ethnique (Les deux 'Callahan', qui répètent leur numéro de claquettes en permanence, sont en fait un Irlandais et un Juif, extrêmement complices) et son petit groupe humain en pleine dérive, dans lequel l'entraide finit, comme dans d'autres films plus prestigieux (Iron Horse, Three bad men, Stagecoach, Wagon Master), par aller de soi... Le sentimentalisme du metteur en scène est là et bien là, mais tempéré par une solide dose d'authentique joie de vivre...

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Published by François Massarelli - dans John Ford Muet 1927 Comédie *
23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 16:54

Le Screen director's playhouse consistait en une série de courts métrages réalisés pour la télévision par des metteurs en scène de renom, certains en bout de course (Frank Borzage réalisera ainsi deux films durant sa traversée du désert) d'autres en pleine activité, et non des moindres: Ford, Dwan ou même Ida Lupino vont ainsi s'illustrer, dans des exercices soignés, dont ils auront le plus souvent choisi les scripts. Dans ce court métrage, Ford a choisi de s'intéresser à la légende et à la distortion nécessaire de la réalité... Ce qu'il a souvent fait par ailleurs, voir à ce sujet les deux longs métrages Fort Apache et The man who shot Liberty Valance. Mais il le fait ici hors du cadre westernien, même si le complice John Wayne est lui bien là: il interprète un journaliste sportif à la recherche d'un scoop pour améliorer sa situation et qui découvre qu'un joueur de base-ball, étoile montante, ressemble bien à un autre joueur mythique qui a disparu de la circulation après un scandale: faut-il le révéler, et menacer le bien-être du sportif, ou se taire par respect, et voir échapper le scoop?

Même mineur, un Ford peut être diablement séduisant, ce film en est la preuve. Autour de Wayne, il a convoqué Vera Miles qu'il va retrouver pour The searchers, mais aussi le vieux James Gleason, qui est excellent; ce film est un court métrage, certes, mais il est plus soigné que d'autres films longs du maitre...

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Published by François Massarelli - dans John Ford John Wayne
20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 07:14

Elle n'était pas strictement spécialisée dans le genre, mais le fait est que carole Lombard avait un don pour la screwball comedy, à plus forte raison dans la mesure ou elle ne se refugiait derrière aucune dignité de façade pour éviter de se vautrer dans le gag: l'héritage de son passage chez Mack Sennett, sans aucun doute. Tourné par Wesley Ruggles, ce film est à nouveau partagé avec Fred McMurray, son partenaire fréquent; je parle du Fred McMurray pré-Double indemnity, bien entendu, et ici il joue de façon particulièrement fine un avocat totalement honnête, et donc totalement fauché, dont l'épouse se désespère puisqu'il n'accepte jamais les affaires juteuses. Elle décide de prendre un emploi, ce qu'il refuse catégoriquement, et se met dans un pétrin impressionnant lorsque le vieux cochon chez lequel elle a postulé pour être secrétaire particulière (...!) décède après qu'elle soit partie précipitamment de chez lui... Menteuse pathologique, elle réalise que si elle s'accuse du crime, l'affaire sera plus intéressante pour son avocat de mari.... Ajoutons à cela la présence mystérieuse et burlesque d'un criminologue alcoolique qui fréquente le tribunal en se livrant à d'improbables excentricités, et le tableau sera complet...

 

Non seulement il y a une intrigue, basée sur l'importance pour tout le monde que l'innocente soit coupable, à commencer par l'innocente elle-même, mais en plus, on a une galerie de portraits loufoques, de la terrible menteuse (Lombard a un tic qui trahit ses mensonges à venir, elle gonfle sa joue avec la langue, invitant le public à être son complice), à l'avocat tellement honnête qu'il en devient ridicule et comique, en passant par un John Barrymore en fin de course qui prête ses traits - et son alcoolisme, hélas, pas feint -à Charley Jasper, excentrique bonhomme dont la présence permet un dernier acte de haute volée, et par Edgar Kennedy, le bougon extraordinaire rodé chez Hal Roach, et qui a tant oeuvré pour le bonheur des fans de Laurel et Hardy... Ici, il joue un inspecteur de police dont la patience est mise à rude épreuve par Carole Lombard. La présence de Barrymore, qui n'a plus rien d'une star à l'époque, est due à l'insistance de Lombard, qui avait adoré travailler avec lui trois ans plus tôt sur Twentieth Century. Ruggles ne se cache pas derrière des artifices de mise en scène, il fait comme Hawks, et laisse parler et jouer ses acteurs, leur imposant un rythme légèrement accéléré. Au final, du grand art, de la comédie supérieure à consommer sans modération, qu'on trouve au sein d'un coffret dédié à Carole Lombard.

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Published by François Massarelli - dans Comédie
19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 11:38

John H. collins est l'un de ces infortunés réalisateurs qui n'ont pas pu passer la barre des années 20, avec George Loane Tucker (The miracle man) ou encore, loin de Hollywood, Evgueni Bauer (La mort du Cygne) ou Victorin Jasset (Nick Carter). Tous sont morts trop tôt, mais tous ont malgré tout eu le temps d'accomplir quelques films miraculeux, qui démontrent qu'ils auraient probablement eu un rôle de premier plan à jouer par la suite. Collins (1889-1918), l'un des moins connus, a réalisé selon l'Imdb (Internet Movie Data base) une quarantaine de films, dont un grand nombre avec son épouse, l'actrice Viola dana. C'est le cas de ce film, le pemier à avoir l'honneur d'une sortie en DVD ou Blu-ray, sur la compilation Kino The devil's needle and other films of vice and redemption...

 

Le film commence par un prologue dans lequel on fait la connaissance de Henry Madison, un étudient, qui rencontre une danseuse saoule un soir, dans l'immeuble ou il habite. Ils tombent amoureux l'un de l'autre, mais lorsqu'elle tombe enceinte, la jeune femme prend la fuite afin de laisser à son amant le champ libre dans une carrière prometteuse. Elle meurt peu après, et le bébé, une petite fille, est recueilli par une amie. Des années plus tard, Madison qui a recueilli de son coté le fils de son frère, est devenu un industriel prospère dont les usines emploient dans des conditions précaires des femmes et des jeunes filles; Bert, son fils adoptif, travaille avec des oeures de charité; Mamie Fifty-fifty, la fille de Madison, a grandi dans la zone, à l'abri de tout contact avec son père dont elle ne connait pas l'identité. Elle rencontre Bert, qui l'embauche dans sa mission de réforme, et elle est placée dans l'usine de son père afin d'enquêter sur les conditions d'emploi des ouvrières...

Produit par Edison, le film est sans ambiguité aucune marqué par un travail de missionnaire qui ne le rend pas moins fascinant: des intertitres attaquent le capitalisme de façon claire et nette. Par ailleurs, Collins situe son action en pleine rue, sur les toits, avec conviction, et jongle avec le mélodrame: l'intrigue telle que j'ai essayé de la restituer au-dessus laisse imaginer les pires complications de compréhension, mais le réalisateur privilégie un montage parallèle fluide et un rythme soutenu, qui ne laissent pas le spectateur sur le bord de la route. Il excelle aussi dans des moments de contemplation inattendus, utilisant de façon inventive la surimpression, quelques années avant The Whispering chorus de DeMille. Le film est un cousin du film contemporain Regeneration de Walsh, mais le gangsterisme n'y apparait que comme une péripétie, tournée avec soin, et de façon extrêmement excitante. on ne s'ennuie jamais dans ces 75 minutes pétantes de santé, dont les acteurs (Viola Dana dans le rôle de mamie, bien sur, mais aussi Robert walker dans le rôle de Bert et Tom Blake dans le rôle d'un malfrat) font un travail superbe. Au final, le film est généreux, excitant et foncrionne à fond, près d'un siècle après sa sortie! On espère que d'autres films de Collins trouveront le chemin de la réédition...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1915 John H. Collins *
19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 11:06

Ce film aurait pu assumer un statut légendaire si les historiens en avaient parlé... ce qu'ils ne firent pas. The devil's needle fait partie de ces films des années 10 qui s'attaquaient à de multiples problèmes sociaux. Il a été produit par Triangle, la société qui distribuait à l'époque les films de Griffith, et si celui-ci a sans doute vaguement supervisé le tournage, Chester Withey en est le réalisateur. Le sujet de l'oeuvre, c'est la drogue, qui faisait des ravages de façon peu contrôlable en ces années 10. La loi sera d'ailleurs renforcée dans les années 20...

Le peintre David White (Tully Marshall) est en pleine crise d'inspiration, il ne parvient pas à trouver un modèle adéquat pour compléter un tableau. Jusqu'à ce qu'il fasse la rencontre de Wynne Mortimer (Marguerite Marsh), une jeune femme de la bourgeoisie, au grand dam de Renée Duprez (Norma Talmadge), son modèle attitré, qui voit bien que les affections de l'homme qu'elle aime n'iront pas en sa faveur. Elle est morphinomane, et dans un moment de dépit, conseille à David de se laisser aller à essayer une injection pour aider l'inspiration... Mais le peintre prend la provocation pour argent comptant, et s'injecte de la drogue. Mariée à David, contre l'avis de son père, Wynne découvre bientôt la vérité, tandis que le peintre plonge dans la dépendance, puis dans la folie, alors que Renée réussit à se débarrasser de son addiction...

Le film tel qu'on peut le voir n'est pas tout à fait conforme à ce qui précède, en effet la seule copie sauvée de l'oubli vient d'une ressortie de 1923, et la continuité avait été altérée pour mettre Norma Talmadge en valeur. La ressortie s'explique facilement, la mort de l'acteur Wallace Reid, des suites d'une addiction à la morphine, venait de mettre le sujet en pleine lumière. Outre la mise en valeur de Norma Talmadge, un certain nombre de points ont été changés dans le déroulement: ainsi, on donne une excuse à Renée, qui aurait été infirmière durant la guerre (Qui rappelons-le n'avait pas encore commencé lors de la première sortie du film), et aurait ainsi utilisé la morphine pour tenir le coup; par ailleurs, une scène qui voit Renée se rendre dans une pharmacie a du être altérée avec des intertitres, les conditions d'acquisition de la drogue ayant été rendues plus difficiles en 1923. Mais pour le reste, c'est bien le même film, avec ses scènes tournées en pleine rue dans Los Angeles, les murs de briques de ses taudis, et le jeu le plus souvent inspiré et juste de ses acteurs. Norma Talmage est formidable, montrant des nuances dans un rôle peu facile, qui aurait pu virer à la caricature. Tully Marshall, qui avait fait sa réputation en jouant les drogués et les alcooliques sur scène, montre lui aussi une belle étendue de jeu, qui contraste avec sa tendance histrionique, bien en valeur dans ses films des années 20 notament pour Stroheim (Ici, il se réserve une scène de folie, d'ailleurs documentée par une photo utilisée par Kevin Brownlow dans son livre essentiel Behind the mask of innocence).

Le film a souffert des ravages du temps, puisqu'une scène au moins du remontage de 1923 a disparu, et que de nombreuses traces de décomposition témoignent du fait qu'il était temps de sauver cette copie. Les deux dernières minutes qui installent un happy end, particulièrement, ont beaucoup souffert. Cette fin pourrait bien avoir été l'une des options des distributeurs pour montrer le film, comme c'était souvent le cas: le choix existait pour certains films entre une fin heureuse, et une fin plus réaliste; c'est une pure supposition de ma part, basée sur le fait que ces deux minutes largement décomposées viennent à la fin d'une bobine en bon état...

le film a été enfin remis dans le circuit par Kino, qui vient de le sortir sur un DVD et un Blu-ray consacré à d'autres films "sociaux" des années 20, dont le rare et superbe film de John Collins Children of Eve...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1916 **