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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 18:22

On ne l'a pas vu venir, ce film: contemporain d'un autre choc plutôt extrême, à savoir Psycho d'Alfred Hitchcock, Peeping tom vient à la fin d'une décennie durant laquelle Powell et son complice Pressburger se sont tout à coup mis en retrait; après les splendeurs et le feu d'artifice de couleurs des années 40, ils sont rentrés dans le rang avec des films qui étaient indignes d'eux, et ont même mis fin à leur pourtant fructueuse collaboration. Et le romantisme échevelé des années 40, les films de guerre passe-partout des années 50, les expérimentations flamboyantes et inclassables des Contes d'Hoffman ont fait place... à un film d'horreur. Dès les début, Powell situe le débat en montrant un oeil: celui d'une femme, manifestement apeurée. Le plan suivant est une scène nocturne: une prostituée est seule dans une rue, elle regarde la vitrine; la caméra s'approche, et un viseur nous informe qu'on est devant un plan subjectif: la prostituée s'adresse à l'objectif, fixe un prix, le client la suit jusqu'à sa chambre, ou on la voit commencer à se déshabiller, puis regarder l'objectif avec effroi, puis horreur, puis... la séquence suivante nous montre le héros du film, Mark Lewis (Carl Boehm), qui regarde ce qui vient d'être filmé, ce qui l'identifie immédiatement comme le meurtrier. et dans ce film profondément culotté, on va donc suivre le tueur dans ses déplacements, et il va se confier à sa voisine qui a manifestement le béguin pour lui, et ce malgré les étranges films qu'il regarde (Non seulement ses meurtres, mais aussi des films réalisés par son scientifique de père, qui étudiait lorsque Mark était petit l'effet de la peur sur son gamin, quitte à la provoquer, quitte à le terroriser)... Helen, clairement, est fasciné par ce voyeur qui ne ressemble à aucun autre, et qui cherche à trouver le moyen de fixer la peur...

Le cinéma, ici, joue un rôle prépondérant, sous plusieurs formes: bien sur, Mark a une caméra, dont le trépied possède un petit bricolage, puisque l'un des pieds est en fait une lame avec laquelle il égorge ses victimes, tout en les filmant. Il a maintenant une impressionnante collection, dans laquelle sont fixées pour l'éternité les images de ses terreurs enfantines et de son traumatisme encore vivace. Ensuite, il travaille pour le métier, en étant photographe de plateau, mais arrondit ses fins de mois en faisant des photos osées pour un buraliste qui les vend en toute discrétion. et surtout, comme le fait remarquer helen, il ne sort jamais sans sa caméra, qui devient l'objet par lequel il considère le monde, et surtout le possède... Mais le père de Mark, qui lui a fait don de sa première caméra, est joué par Michael Powell lui-même, est un peu ici le cinéaste primal de cet étrange film... L'image, Powell connait, et il se plait à varier les façons de montrer un homme qui voit, et les gens qui le regardent, en s'autorisant quelques symboles; la seule personne, avant qu'Helen ne découvre qui il est réellement, qui ait compris que Mark a un problème sérieux, et qu'il représente un danger, est la maman de la jeune femme. Elle est aveugle...

Depuis la première scène, Powell provoque: non seulement il nous montre une prostituée en plein travail, mais il lui fait s'adresser au public via la caméra, et substitue au point de vue du spectateur celui du meurtrier. Il suit Mark dans ses tribulations dans le petit monde nauséeux des collectionneurs de photos de fesse, ceux qui les leur vendent, des femmes qui posent pour lui, etc. Mais il a fait appel, symboliquement, à http://wondersinthedark.files.wordpress.com/2010/11/peeping-tom22.jpgMoira Shearer, sa vedette de l'admirable The red shoes (A contre-emploi), dont il fait l'une des victimes, au terme d'une scène épuisante par sa lenteur, et l'implication du spectateur: nous savons parfaitement ce qui va arriver à cette ballerine-figurante qui croit saisir la chance de sa vie en restant avec ce photographe de plateau pour faire quelques essais de caméra... l'ironie est qu'une fois que son corps est découvert, celle qui n'était utilisée que comme doublure est désormais mentionnée par les journaux comme ayant été promise à un bel avenir! mais la présence de Moira Shearer, et sa ressemblance vague avec la frêle Anna Massey (Helen), joue un rôle d'intertextualité important, dressant ainsi un parallèle troublant avec The red shoes, dans lequel l'art menait immanquablement à la mort...

Tout en effectuant un voyage magistral au pays du regard, de la représentation cinématographique, Michael Powell ausculte la répression et le sexe à la mode Anglaise: le traitement subi par Mark dans son enfance devient ainsi la tradition familiale sur laquelle il construit son rapport au plaisir... Et quant aux vérités que le cinéma Anglais, un peu à la façon des Victoriens du reste, ne peut ni ne doit mentionner, il les met à jour aussi brutalement que possible... Il ne faut, je suppose, pas s'étonner que dans un pays aussi prude que la Grande-Bretagne, le film ait écopé d'un certificat X, le condamnant à être vu dans les cinémas de quartier mal famés, et de fait le public visé ne lui a pas fait un triomphe. Mais l'écart trop grand entre ce film et les autres de Powell était décidément un handicap pour un public Britannique qui n'avait rien de très ouvert cinématographiquement parlant. Powell, poussé à l'exil vers l'Australie, a fini par y trouver des sujets, parfois indignes de lui (They're a weird mob), parfois à la hauteur (Age of consent). Quoi qu'il en soit, pour lui, la fête était finie.

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell Criterion
1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 07:18

Il y eut un temps, appelons-le les années 60, durant lequel le cinéma mutait de façon bien étrange. D'une part, le système industriel entier et son fonctionnement était remis en question par des franc-tireurs, dans de nombreux pays, dont certains allaient devenir de nouveaux gourous et changer pour toujours la façon de faire.

D'autre part, les fondations même d'Hollywood vacillaient, attaquées par la décrépitude des studios d'un coté, et la concurrence de la télévision de l'autre.

C'est exactement au milieu de cette pagaille que se situe l'arrivée de ce film, un OVNI comme il en existe peu. Pour bien comprendre l'existence de cette étrange comédie, il faut d'une part considérer la personnalité hors-norme de son réalisateur-producteur: Stanley Kramer est un ambitieux, un accumulateur de projets fous qui tient en son contrôle tous les aspects du film, une sorte de retour aux années 20, avant l'âge des studios donc, à lui tout seul, et un showman qui a compris, à la suite de Cecil B. DeMille mais dans un genre bien remis à jour, que si la qualité des films doit rester importante, si un grand sujet (Peine de mort, les prisons, le racisme, tout y passe) s'impose, il faut aussi et surtout du spectacle. Rien d'illégitime là-dedans...

Mais il va commettre une série d'erreurs fatales.

La comédie Américaine, tradition enviable, dont les plus belles pages sont écrites depuis les années 20, est un monde à part entière, une galaxie même, dont Stanley Kramer a voulu s'approcher, avec une idée folle, à tous les sens du terme: réaliser une comédie si énorme, si spectaculaire, qu'elle éclipserait bientôt toutes les autres... Pour ce faire, il a réuni un casting de comédiens chevronnés, trouvé une idée de scénario, lancé un film avec une équipe de solides techniciens, engagé des armées de cascadeurs.... et trouvé deux gimmicks inattendus, qui vont vendre le film à eux seuls: d'une part, c'est une comédie, on va donc inviter des comédiens à faire des apparitions tout au long du film; ensuite, puisque la télévision est là, et propose déjà de la comédie, pour lui faire concurrence on va donner du grain à moudre au public: le film va durer près de trois heures, façon gros spectacle à la Cinérama... Avec ouverture, entr'acte, conclusion en musique. Le scénario va reposer sur une intrigue autour d'une chasse au trésor en une journée, et le tour est joué... Le résultat donne un film dont le résumé est un texte dans lequel un mot sur deux est un nom entre parenthèses...

Un malfrat tout juste sorti de prison (Jimmy Durante) crashe sa voiture lors d'une poursuite, sur une route de Californie. Sont témoins de ses derniers instants un groupe de personnes, qui roulaient dans quatre voitures différentes (Milton Berle, Mickey Rooney, Sid Caesar, Edie Adams, Ethel Merman, Jonathan Winters, Buddy Hackett, Dorothy Provine). Ils apprennent de la bouche du mourant que celui-ci a enterré dans un parc de Santa Rosita une fortune, et qu'il leur suffit d'aller la collecter: elle est enterrée "sous un grand W". Très vite, les huit protagonistes vont devenir des concurrents afin de mettre la main sur le magot. La police les surveille, sous la direction du capitaine de Santa Rosita, Culpeper (Spencer Tracy), et d'autres personnes viennent s'ajouter au groupe de huit, au hasard des péripéties: Terry thomas, Peter Falk, Eddie Rochester Anderson, etc... De l'ambition, des poursuites en voiture, des cascades...

Après tout, il faut voir grand, et on ne fait pas de cinéma sans vouloir faire que les films qu'on réalise soient bons... Et cette politique de l'excès est en phase avec l'histoire d'un genre dont les meilleurs représentants ont toujours voulu parfaire leur art, aller plus loin donc. Et avec l'apparition des films de Billy Wilder, après ceux de Capra, la comédie est devenue de plus en plus ambitieuse; un genre dont bien des films tournaient deux décennies auparavant autour d'une heure voit désormais des films imposant de plus de deux heures, donc la durée importante de ce nouveau film n'est pas là non plus une idée trop étrange. Quant au "toujours plus" qui consiste à ajouter à l'intrigue des gags liés à l'apparition express de vedettes (Jerry Lewis, Buster Keaton, Les trois Stooges...), c'est là encore de bonne guerre...

Mais de toute façon, le film est raté; parfois drôle, toujours distrayant, mais trop long, ne tenant qu'à un fil ténu qui s'émousse vite, et surtout, gâché par la règle du toujours plus, qui a poussé le réalisateur à demander à ses acteurs un jeu hystérique de la première à la dernière minute. De plus, si c'est effectivement, assez drôle parfois, l'ensemble est dominé par l'impression que toute subtilité psychologique doit être bannie, et me donne le sentiment que Kramer n'a pas compris ce qu'était la comédie. Bien sûr, il y a des moments de grâce ça et là, et des apparitions qui touchent au sublime; d'autres sont juste émouvantes: Keaton, par exemple, qui réussit en quelques secondes à exprimer tout le ressenti de sa présence en déclamant un évident "qu'est-ce que je fais là?" rien qu'avec son corps et ses mouvements gauches... Et puis quelle idée de vouloir refaire Intolerance (Chacun des équipages de témoins de la mort de Durante ayant finalement sa propre histoire, découpée en épisodes reliés par le montage) en comédie? Qui plus est, et là tout le monde est d'accord, tout ça est bien trop long.

Ce film est finalement un signe des temps, une erreur de la nature... Quoique... Il me semble qu'il a eu une descendance: à l'époque, le film de guerre avait un équivalent, avec The longest day. Il y allait avoir How the west was won, bientôt aussi;  le film énorme avec pléiade de figurants et "cameos" était de rigueur... Donc à la suite de celui ci, la Fox a décoché son Those magnificent men in their flying machines, et Blake Edwards a réalisé son propre hommage au genre, The great race. Mais en ce qui concerne ce dernier, très réussi, c'est un orfèvre qui l'a fait, un spécialiste.

Pas celui-ci.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Filmouth Criterion Edward Everett Horton
27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 16:27

Dédié explicitement "A Bette Davis, Gena Rowlands, Romy Schneider... A toutes les actrices qui ont interprété des actrices, à toutes les femmes qui jouent, aux hommes qui jouent et se transforment en femme, à toutes les personnes qui veulent être mère. A ma mère." Francisca Caballero , la maman du réalisateur, n'avait plus qu'une année à vivre. C'est donc un film important dans cette optique, mais aussi un confluent des avancées d'Almodovar depuis une décennie, qui explore le deuil, la renaissance, la tolérance aussi, dans un univers conquis et occupé par des femmes, dans lequel les hommes sont des souvenirs, des gens mis à l'écart, ou tout simplement ont changé de sexe, tels Agrado et Lola, les deux transsexuels qui jouent un rôle crucial, l'un pour le drame, l'autre pour la comédie... Tout ce qu'il a fait dans ses films auparavant, mène à celui-ci.

Manuela perd son fils Esteban, qu'elle a élevé seule; il est renversé par une voiture alors qu'il courait après la voiture de l'actrice Huma Rojo, dont il souhaitait avoir un autographe. Manuela, qui a accepté la transplantation du coeur de son fils, a cru devoir suivre l'heureux bénéficiaire de l'opération, mais elle finit par souhaiter faire un autre pèlerinage, et se met en quête du père de son fils, un homme qui a choisi de devenir une femme, Lola, et qui se prostitue à Barcelone; elle s'y rend et y retrouve Agrado, une vieille connaissance, ainsi que Soeur Rosa, une jeune religieuse enceinte de Lola-Esteban, qui va vite découvrir sa séropositivité. Elle recroise également la route d'Huma rojo, dont elle va devenir l'assistante personnelle pendant les représentations d'Un tramway nommé désir.

C'est à un triple parrainage cinématographique que nous assistons: à l'inévitable référence au film d'Elia Kazan via la pièce de Tennesse Williams, ce film renvoie aussi beaucoup à All about Eve, de Mankiewicz: par le titre, tout d'abord; ensuite, peu de temps avant sa mort, Esteban l' a regardé à la télévision en compagnie de sa mère; enfin, la situation de Manuela devenant l'assistante personnelle de Huma Rojo renvoie la encore au scénario de ce film, ce que ne manque pas de noter un personnage. Du reste, Huma Rojo confesse dans le film son admiration pour Bette Davis... Un troisième film (Que je n'ai pas vu) joue aussi un rôle, puisque la scène de l'accident a été ici inspirée de Opening night de John Cassavetes. Le monde du spectacle, compte tenu du script, est omniprésent, bien sur, mais on notera aussi une scène qui renvoie directement à La fleur de mon secret: Manuela, qui au début du film est une infirmière coordinatrice en charge des transplantations, participe à un jeu de rôle autour des négociations entre médecins et familles de patients décédés...

Quelles que soient les apparences de provocation, ce film manifestement cher à son coeur est l'occasion pour Almodovar d'explorer l'après: comment survivre à la mort d'un être cher? Mais aussi, comment s'y préparer, puisque ici, ce ne sont pas moins de deux voire trois décès qui encadrent le film; la religieuse que Manuela a prise sous son aile ne survivra pas longtemps, et permettra sans doute à Manuela de tourner la page. De même, Almodovar a-t-il confié à trois femmes des rôles importants ici: Marisa Paredes, Cecila Roth, toutes deux très fréquentes dans son univers, et la nouvelle venue déjà aperçue dans En chair et en os. Après avoir vu le film, on ne peut que croire sur parole le réalisateur quand il dit s'en remettre aux actrices...

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar
27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 09:06

http://3.bp.blogspot.com/_zAoyoHwC5IQ/S1Hz4JAvoBI/AAAAAAAAH8Q/5aaJLwKC65k/s400/Kid+Brother+(1927)+7.jpgEntre deux films de la veine citadine et satirique de Lloyd (For heaven's sake en 1926 et Speedy en 1928), plus en phase avec le cinéma de l'époque, l'artiste s'est malgré tout repenché sur le monde de Grandma's boy, ajoutant un nouveau chapitre tardif à cette magnifique tendance du cinéma Américain à faire de la parabole rurale... Et la référence à Grandma's boy s'impose d'autant plus que le film en est presqu'un remake, en plus lyrique et plus long. Mais le film a aussi été pour Lloyd l'occasion d'une bataille personnelle, puisque pour la première fois, il lui a fallu changer de réalisateur en cours de route. Avec le contrôle de sa star, la petite histoire du film n'a pas trop filtré, mais au moment de donner un successeur à For heaven's sake, Sam Taylor n'a pas repris sa place de réalisateur: c'est à Lewis Milestone que revient sans doute le crédit de l'essentiel de la direction; mais un contrat avec Hughes rendait sa participation problématique (De même a-t-il été débarqué de Tempest en 1928, au profit de...Sam Taylor, qui a signé le film!). On se doute que Lloyd a comme d'habitude mouillé sa chemise, et participé pour une large portion, mais c'est à Ted Wilde que revient le crédit, partagé par l'obscur J. A. Howe, réalisateur de comédies courtes chez Christie. Ajoutons à ces multiples créateurs le nom de Gaylord Lloyd, crédité comme assistant réalisateur, ce qu'il allait être ensuite sur quatre autres films, et on a une idée de la pagaille...

A Hickoryville, petite bourgade du bord de mer, tout va bien: le shérif Jim Hickory (Walter James) et ses deux grands fils (Leo Willis, Olin Francis) veillent au grain. Ils envisagent de faire construire un barrage pour la petite ville, avec l'appui et le respect de la population. Le troisième des fils Hickory, en revanche, est un grand benêt que personne ne respecte, surtout pas ses frères. Son père l'aime bien, mais ne lui fait pas confiance. Et donc, fatalement, dès qu'il est seul, Harold essaie de"jouer" à être son père, dont il aimerait tant mériter la confiance. C'est dans ces conditions que débarque en ville la roulotte d'un "medicine show": une jeune femme, Mary Powers (Jobyna Ralston),  a repris les affaires de son père, plus ou moins sous la pression de "Flash" Farrell (Eddie Boland) et de l'"homme fort" du spectacle, Sandoni (Constantine Romanoff). Ils réussissent à profiter de la naïveté d'Harold pour lui extorquer une autorisation de faire leur boniment à Hickoryville, et d'autre part Harold rencontre Mary dans de dramatiques conditions puisque celle-ci manque d'être violée par Sandoni... Mais s'est-elle choisi le bon chevalier pour la secourir?

http://www.silentfilmstillarchive.com/stills/kid_brother063.jpgUn monde rural sans age, des décors absolument superbes, et une façon unique de tirer parti de l'environnement, le film est une immersion complète, comme l'étaient ces autres films que Lloyd a pris comme modèle; on pense bien sur à Tol'able David (Henry King, 1921), aux comédies de Griffith. Mais si la référence est liée à l'histoire du film "sérieux", Lloyd n'a pas négligé les gags, mais a comme d'habitude su parfaitement les intégrer à la trame dramatique, et surtout au développement des personnages. Comme dans les autres films, l'enjeu est ici pour Harold de prouver sa valeur en réussissant à trouver en lui le courage et la force de se mettre en avant. Au contact de Mary, il va réussir, comme le montre cette admirable scène de rencontre entre les deux amoureux, qui se termine sur une ascension: Lloyd la voit s'éloigner, et escalade un arbre de branche en branche pour qu'elle ne disparaisse pas de son champ de vision... Une des scènes les plus drôles voit Mary invitée à rester chez les hickory après la destruction de sa roulotte. Mais les frères Hickory, en chemise de nuit, doivent se cacher par pudeur. Ensuite, une voisine vient proposer l'asile à Mary pour la nuit (Trop d'hommes chez les Hickory!!), ce qu'Harold ne révèle pas à ses frères, et il se fait ensuite passer pour elle afin de profiter de la situation en se faisant dorloter... Mais le clou du film, dans ses deux dernières http://wondersinthedark.files.wordpress.com/2010/02/kid-brother-3.jpgbobines, voit Harold se déchaîner pour sauver aussi bien son père que la jeune femme en résolvant le mystère d'un vol qui risque d'entraîner l'arrestation de son père. Harold se bat comme un diable contre l'impressionnant Sandoni, sur un bateau échoué...

Dernier film de Lloyd interprété par la lumineuse Jobyna Ralston, The kid brother était bien parti pour être sans doute le préféré de son auteur... Mais le manque de succès d'un film qui était sans doute très démodé en a décidé autrement. et The kid brother a été occulté par Lloyd durant des années, jusqu'à ce qu'un Kevin Brownlow admiratif persuade les ayant droit de céder le film pour en diffuser une restauration, accompagnée d'une partition splendide de Carl Davis. C'est bien le moins qu'on devait à ce film tendre, témoin du savoir-faire impressionnant d'un artiste de génie. Pour ma part, j'en ai fait mon Lloyd préféré depuis longtemps...

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Muet 1927 Criterion ** Jobyna Ralston
26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 21:00

Nous rencontrons l'océanographe Steve Zissou (Bill Murray) à un festival Italien, ou il présente son nouveau documentaire, partie intégrante de sa série The life aquatic with Steve Zissou: il tourne autour de la mort de son partenaire et ami Esteban (Seymour Cassel), disparu suite à une rencontre avec un animal que tout le monde croyait mythique: le requin jaguar. La suite des évènements est claire: Zissou est décidé à reprendre la route, afin de trouver le requin et venger son ami. Mais d'une part, le producteur (Michael Gambon) est dans une mauvaise passe, et d'autre part, le couple Steve et Eleanor (Anjelica Huston) bat de l'aile. Mais pour corser le tout, il y a deux nouveaux arrivants sur le bateau Belafonte: une journaliste assez caustique et enceinte jusqu'aux yeux (Cate Blanchett), et un jeune homme qui se prétend le fils illégitime de Steve, Ned Plimpton (Owen Wilson)...

La crise et ses conséquences, un thème cher et récurrent chez Anderson, prennent ici les couleurs saturées et irréelles des films kitschissimes de Steve Zissou, un enthousiaste de la mer qui reconnaît lui-même bâcler ses oeuvres, cuisinées dans le laboratoire autarcique qu'est le bateau Belafonte, dont Wes Anderson fidèle à ses petites habitudes nous présente une impressionnante vue en coupe. Belafonte, chanteur de... calypso, et un bonnet rouge pour toute l'équipe: Zissou est un démarquage de Cousteau, dont l 'enthousiasme boy-scout laisse ici la place à une série de doutes, et l'impression insistante d'un beau gâchis: en dépit de l'indéfectible soutien de membres de son équipe (Willem Dafoe, formidable), du triomphe fait par le festival Italien dont Zissou est supposé être l'invité, le fait est que Zissou est en décalage constant. L'envie d'Eleanor de prendre le large après trop d'infidélités, le fait que le producteur soit marron, et l'arrivée inopinée d'un fils venu de nulle part, et d'une journaliste qui ne mâche pas ses mots, viennent s'ajouter à la mort traumatique d'Esteban.

 

http://gerrycanavan.files.wordpress.com/2007/09/4_1280.jpgEsteban? Steve? Ne cherchons pas plus loin: C'est de lui-même que le personnage principal doit apprendre à faire son deuil. Le film s'ouvre effectivement, via la comédie, sur la mort du double de Steve, celui des années d'insouciance, dernier vestige sans doute de la jeunesse du héros... Et bien sur, Anderson finit par montrer d'une part la mort du fils choisi, Ned, traumatisme plus vivace encore, et l'abandon de la vengeance: Zissou est un homme qui n'arrive pas à faire face à la mort, et peine à dire adieu à ce qu'il a été si longtemps, que ce soit ou non caricatural... La politesse de l'absurde, le sel de la parodie dans ce qui est sans doute le plus excentrique de tous les films d'Anderson, n'y font rien: il y est question d'une crise énorme dans la vie d'un homme. Tout renvoie à lui, y compris son ennemi, sorte de négatif parfait de Zissou: lui aussi océanographe imbu de lui-même, Hennessey (Jeff Goldblum) laisse son nom sur tous les objets qui l'entourent, mais de façon plus professionnelle. Il a lui aussi été le mari d'Eleanor, mais est forcément en proie au doute, de son propre aveu: il se présente comme "en partie gay". A la fin du film, il est sauvé par Zissou, et devient un membre de sa petite troupe, au moins symboliquement.

 

http://grouchoreviews.com/content/films/2099/1.jpgZissou, donc atteint par l'age, s'interroge sur sa vraie place, sur le sens de toutes ces babioles et billevesées, de ces costumes et de ces coutumes, survivances d'années d'autarcie sur un bateau irréel, avec ses deux dauphins cameramen... il part à la recherche d'un Moby dick, cet improbable "requin jaguar" aussi irréel et bizarroïde que tous les animaux animés pour ce film (Par une équipe dirigée par Henry Selick), et se trouve en chemin, changé, plus à l'aise avec lui même après avoir affronté quelques dragons. Un héros de Wes Anderson, en somme. Restent quelques particularités à ce film, qui prend occasionnellement l'apparence d'un des documentaires mal fichus de Zissou, et tente même lors d'une tentative de sauvetage épique, de se métamorphoser en film d'action, sans qu'aucun de ses personnages ne se départisse de son absence de sentiments apparents... Sinon, bien sur, on peut essayer de résoudre deux énigmes: pourquoi Anne-Marie, la scripte de Zissou, doit-elle passer les 45 premières minutes du film topless? Et ce, en toute circonstances... Pourquoi enfin Pelé (Seu Jorge), l'un des assistants de zissou, chante-t-il en permanence du Bowie.... en Portugais? Remarquez, concernant David Bowie, c'est un exemple d'artiste polymorphe, qui a tout fait, tout vécu... et pourtant il n'est toujours pas lessivé. Comme Zissou? J'ose à peine l'écrire.

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Published by François Massarelli - dans Wes Anderson Criterion
24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 09:39

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/5/56/MidnightMaryPoster.jpgPrété à la MGM en 1933, William Wellman réalise, avec Loretta Young, Ricardo Cortez et Franchot Tone un film en apparence 'à la manière Warner'. Que ce soit à lui qu'on ait fait appel en dit long sur le crédit dont dispose encore le réalisateur; ça montre aussi que les dirigents des studios connaissent leur métier... Le film fait partie de ces petites oeuvres excitantes dont la Warner s'est en effet fait une spécialité, les plus notables étant bien sur The public enemy et l'incontournable Three on a match (Mervyn LeRoy, 1932). Mais le film est malgré tout, dans son scénario, plus un film MGM, permettant une idylle entre Loretta Young et Franchot Tone, qui laisse entrevoir un futur avec des paillettes, ce qui était refusé généralement aux héros de ce genre de film...

 

Mary Martin (Loretta Young) attend le verdict de son procès: elle est accusée de meurtre, et ce n'est pas la première fois qu'elle a maille à partir avec la justice; en attendant l'issue qu'elle devine fatale, elle s'assied dans une petite pièce en compagnie d'un vieux clerc, et se laise aller à des souvenirs de la décennie écoulée: comment pour fuir la pauvreté et la faim elle est devenue la petite amie du gangster Leo Darcy (Ricardo Cortez), et a finalement rencontré un homme de la haute société qui a cru en elle: Tom Mannering (Franchot Tone), lors de sa rencontre avec Mary, a su tout de suite d'où elle veniat, mais il lui a tendu la main. Mais se jugeant trop dangereuse pour lui, elle le quitte; jusqu'au jour ou Darcy et Mannering se retrouve une fois de trop face à face...

 

Le scénario, basé sur un flash-back de bonne facture, qui happe le spectateur sans jamais le lâcher, appelle donc d'une part un happy end, et d'autre part des passerelles entre les bas-fonds et l'aristocratie, dont Mannering est un reflet paradoxal; son meilleur ami, Sam (Andy Devine) est un brave homme, riche noceur mais foncièrement sympathique. Et Mannering après avoir rencontré Mary devient moins http://4.bp.blogspot.com/-wnlA4s3TJfQ/TqgY9n4rjQI/AAAAAAAAQF8/6WFl7xX1j3A/s400/Midnight%2BMary%2B%25281933%2529.jpgvain, et réapprend à travailler (Il est avocat) avec plaisir. Le portrait de la zone organisée est lui sans concession, avec Darcy, un homme violent et sans scrupules. Contrairement à Night nurse, ce film ne nous propose pas de portrait de gangster au grand coeur. La rédemption de Mary n'en est pas vraiment une, puisqu'il est sous-entendu que la jeune femme agit principalement sous la pression: celle de son environnement, celle de la faim, celle de la nécessité; elle porte pourtat en elle une aspiration à plus, à mieux, incarnée dans le tableau dont elle a vu une reproduction quand elle était plus jeune: elle en découvre l'original chez Mannering, et comprend qu'elle est enfin arrivée "chez elle". De même, sous l'influence de la jeune femme, Darcy va avoir une bonne en habit et un valet Anglais: cette soif de sophistication détonne un tantinet chez Wellman, qui nous montrait les riches parents de Richard Arlen comme appartenant à un monde en pleine décomposition dans Wings.

 

Le metteur en scène a fait quand même selon son coeur dans l'utilisation à plusieurs reprises d'un réalisme dur et sans concessions avec toujours la petite touche de stylisation suplémentaire; il a laissé libre cours à son génie pour le plan-séquence, qui laisse toujours les acteurs rester dans la peau de leurs personnages aussi longtemps que possible; enfin, il est un virtose de la caméra mobile, et du placement de caméra: sans aucun effort, la composition est contamment parfaite. Il n'est pas dupe des différences entre ce film et ceux dont il a l'habitude: il se permet d'ailleurs un commentaire narquois sous la forme d'un plan final, qui voit Mannering et Mary, en l'attente d'un nouveau procès qui doit exonérer la jeune femme; ils sont dans les bras l'un de l'autre, au parloir de la prison; tout va bien, ils sont pleins d'espoir... Mais une ombre de http://www.davidbordwell.net/blog/wp-content/uploads/mary-and-mag-400.jpgbarreaux est projetée sur eux, et une barre les décapite de façon symbolique... Quoi qu'il en soit, si la MGM a souhaité avoir Wellman pour faire un film Warner, elle a surtout eu un film de William Wellman... Celui-ci a certes repli les obligations du cahier des charges, mais il a aussi fait passer ses propres idées: manifestement sommé de montrer aussi souvent que possible les james de Miss Young, il a aussi su utiliser ses yeux, comme dans la première scène, lorsque le procureur lit son réquisitoire, et que la jeune femme est vue cachée derrière un magazine, laissant ses yeux seuls exprimer l'indifférence: toujours cete tentation si typique du réalisateur de masquer les scènes "obligatoires"... Il a su tempérer le romantisme parfois exagéré avec son humour et son génie pour le commentaire social brutal. Bref, d'un film excitant mais mineur, il a fait bien mieux.http://storage.canalblog.com/47/59/110219/39092356.jpg

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Pre-code
23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 16:52

Adaptant un roman d'Ed McBain (Evan Hunter), publié sous le titre de King ransom, Kurosawa reprend dans un premier temps un dispositif cher à l'auteur: il va passer de personnage en personnage, créant un kaléidoscope de points de vue qui permet au spectateur d'embrasser la situation de façon plus complète, mais surtout de voir changer sa perspective. Rashomon n'est donc pas si loin... Même si l'auteur du film a décidé d'être fidèle à l'auteur du livre au moins sur un autre point: si l'intrigue est transposée au Japon, c'est malgré tout une histoire contemporaine, et de fait un film passionnant, l'un des meilleurs de Kurosawa. Le titre Anglais est High and low, et le titre Japonais se traduirait facilement en Le ciel et l'enfer.

Kingo Gondo (Toshiro Mifune) est un industriel auquel tout a jusqu'à présente plutôt bien réussi; il est à la tête d'une confection de chaussures, avec suffisamment de pouvoir pour prendre des décisions importantes. S'il est arrivé au sommet via la dot de son épouse, il a maintenu certaines exigences qui font de lui un patron respecté de ses employés... mais pas de ses actionnaires. Il s'est couvert, en empruntant et en hypothéquant sévèrement pour devenir l'actionnaire principal et sauver le caractère des produits qu'il confectionne. Au moment ou il apprend cette nouvelle à son épouse, il reçoit un coup de téléphone: un homme lui annonce avoir kidnappé son fils, et lui réclame 30 millions. Mais le petit Jun est toujours dans la maison, et il est facile de conclure que c'est finalement Schinichi, le fils du chauffeur, qui a été enlevé. Le kidnappeur réclame malgré tout ses 30 millions. Gondo fait appel à la police et aux hommes de l'inspecteur Tokuda (Tatsuya Nakadai); il est déterminé à ne pas payer, afin de préserver l'oeuvre de sa vie, et son futur, mais il finit par se ranger à l'avis de sa femme, qui refuse de mettre en danger la vie de Schinichi. la course contre la montre commence...

45 minutes durant, le film est situé dans la maison de Gondo; on voir clairement tout ce temps, à chaque fois qu'un personnage regarde par la fenêtre, que celle-ci est au-dessus de toute la région. Plus tard, lorsque le film s'ouvre à l'extérieur, on la verra, visible de loin, en particulier par le kidnappeur qui n'a jamais caché être en mesure de voir chaque fait et geste de l'appartement... Mais ces 45 minutes, pour étouffantes et tendues qu'elles soient, établissent non seulement la situation et sa tension inhérente (On est, bien sur, en plein film noir), mais aussi le véritable enjeu du film, qui sera souvent repris par les principaux "passeurs" de point de vue, les policiers réunis autour de Tatsuya Nakadai, qui par leur mouvement incessant vont permettre au spectateur de changer de point de vue, et d'adopter même brièvement celui du kidnappeur lui-même, aperçu assez tôt dans le film. Si Gondo est au départ un patron Japonais assez impitoyable, prêt à sacrifier un enfant à sa réussite, il va faire machine arrière, et cette humanité qui le caractérise va permettre au spectateur de se faire sa propre vision sur cette vie 'entre le ciel et l'enfer'. Les classes sociales et leurs différences sont bien présentes, ne serait-ce qu'à travers les rapports complexes entre Gondo et son chauffeur, le père de l'infortuné garçon. Pour Gondo, le fait que son fils ait été kidnappé n'a pas la même résonance que si c'est le fils de son chauffeur. Pour Madame Gondo, en revanche, la différence n'est pas si grande, et pour les policiers comme le kidnappeur, cela ne change rien: les uns doivent faire leur travail et arrêter l'homme, l'autre va profiter de la situation pour alléger Gondo de son argent, le but étant de toute façon d'humilier celui qui se croit au-dessus de tout, littéralement.

Tourné en Scope Noir et blanc (Sauf pour une petite idée inattendue, un joli filet de fumée rose...), mais au plus près des personnages, comme dans l'urgence, le film est divisé en trois parties: la première, donc, est ce huis-clos étouffant dont il était question plus haut; la deuxième, consacrée aux premières avancée de l'enquête, ainsi qu'à l'échange, effectué via un train en mouvement, entre les valises d'argent et l'enfant (Magnifique scène de suspense ferroviaire!!); enfin, la troisième partie voit les enquêteurs s'approcher de la vérité, et tendre un piège à l'homme (Tsutomu Yamazaki), le traquant jusque dans les plus répugnants bas-fonds. Le mouvement du film, décidément, est celui d'une chute vertigineuse... Kurosawa profite donc du dispositif de McBain autant pour montrer toute l'enquête et sa progression dans les moindres détails, ce qui est rendu possible par un film qui prend son temps; mais il rend aussi une vision du monde qui est plutôt difficile à entrevoir de chez Gondo, ce que celui-ci comprend à la fin: invité par le kidnappeur-meurtrier à une dernière entrevue, peu avant son exécution, il est en toute fin du film laissé seul à son reflet dans une vitre: Kurosawa ne fait finalement aucune différence entre le héros Gondo, admiré, mais amer (Il a tout perdu et va devoir repartir à zéro, lâché par ses salauds d'actionnaires qui ne peuvent faire confiance à un homme qui sacrifie l'argent à un enfant qui n'est même pas le sien...), et Takeuchi, l'homme qui a vécu dans la zone et dans la haine toute sa vie, et dit ne pas craindre l'enfer: il y est né. Et sur ce, Kurosawa lâche le mot "fin".

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Published by François Massarelli - dans Akira Kurosawa Noir Criterion
23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 09:35

Harold Lloyd a lui-même construit son mausolée, un peu comme Chaplin, mais en plus radical; Longtemps après la gloire, de certains films, il a montré tout ou presque; d'autres se sont vus réduits à des extraits. D'autres enfin ont disparu... littéralement. Malgré un effort pour acquérir, puis conserver les courts métrages de ses débuts, peu ont survécu. Et ceux qui sont toujours là sont rarement montrés.

 

Luke joins the navy (1916, Hal Roach)

Luke's movie muddle (1916, Hal Roach)

http://4.bp.blogspot.com/-HWeiznTTZfo/TgNC73IX_tI/AAAAAAAACAk/81Dk-mVDYvY/s1600/hl5.jpgAvant tout, Lloyd était un acteur. C'est donc en tant qu'acteur qu'il a cherché à inventer un personnage de films burlesques. Après un mystérieux "Willie Work", dont je n'ai jamais vu le seul film survivant (Just nuts), Lloyd est donc devenu Lonesome Luke, une imitation de Chaplin, pour une cinquantaine de courts métrages entre 1915 et 1917. Une quinzaine d'entre eux ont survécu sous la forme de fragments ou de copies plus ou moins complètes. Les films de la série "Lonesome Luke" laissent entrevoir un peu de ce que harold lloyd allait devenir, disons, dans l'énergie dépensée. Mais au-delà, il s'agit principalement de comédies lourdes et peu inspirées, dont le grotesque allait vite devenir encombrant aussi bien pour Hal Roach que pour Lloyd lui-même. Il ne reste, complets ou en fragments, que 16 de ces comédies tournées entre 1915 et 1916.

 

By the sad sea waves (Alf Goulding, 1917), Bliss (Alf Goulding, 1917), Hey there (Alf Goulding, 1918), Two-gun gussie (Alf Goulding, 1918); The city slicker (Gilbert Pratt, 1918), The non-stop kid (Gilbert Pratt, 1918) Are Crooks dishonest? (Gil Pratt, 1918), Don't shove (Alf Goulding, 1919), Ring up the curtain (Alf Goulding, 1919), Just neighbors (Harold Lloyd & Frank terry, 1919), Pay Your dues (Vincent P. Bryan, Hal roach, 1919), Captain Kidd's Kids (Hal Roach, 1919)

His royal slyness (Hal Roach, 1920)

 

Tous ces films, qui mènent Lloyd de son apprentissage burlesque à coup de tartes à la crème, à ses futurs longs métrages qui seront un modèle impressionnant de comédies sophistiquées dans la monde entier, sont un ensemble bien disparate. Les premiers trahissent un manque certain d'inspiration et de subtilité, l'essentiel de l'intrigue étant souvent un vague prétexte pour permettre à Lloyd et Snub Pollard de se trouver ou se retrouver ensemble à provoquer le chaos, en favorisant aussi la rencontre entre Lloyd et Bebe Daniels. Pourtant les premiers films de la série 'The winkle' (Avec lunettes, donc) sont quand même plus élaborés, drôles et inventifs que n'étaient les "Lonesome Luke". C'est non seulement Lloyd qui faisait ses gammes, mais aussi Roach.

Ces quelques échantillons, dont certains sont en piteux état, possèdent ça et là des moments de grace, en particulier dans Don't shove, un film clairement concurrent de The rink, la comédie de Chaplin elle aussi sise dans une patinoire, et surtout Pay your dues dans lequel Roach et Lloyd s'amusent des sociétés "secrètes" plus ou moins maçonniques qui fleurissent en Amérique dans les libarales années 20, et dont ils feront d'ailleurs l'un et l'autre partie toute leur vie...
Mais ça et là, on a des promesses: Le "non-stop" kid est un jeune homme de son temps, précurseur du "jazz age". il drague, et rien n'est trop beau pour parvenir à ses fins; mais déja, on a une tentation de peindre le monde qui entoure le studio, et la vie quotidienne de Los Angeles qui va être si importante chez Roach...

On comprend aussi l'ambition, ainsi que les limites de ces courts métrages, avec The city slicker: Ce film est une fois de plus la preuve d'une sorte d'inspiration commune, qui n'a rien d'un plagiat, entre Lloyd et Chaplin; au moment ou ce dernier tourne Sunnyside, Lloyd accomplit sa version du choc des deux mondes aux Etats-Unis: ruralité et ville. Un hôtel miteux en pleine cambrousse fait appel à un jeune homme citadin pour redorer son blason. Mais contrairement à Chaplin, ce court métrage ne dépasse pas vraiment la caricature joyeuse, par alleurs réjouissante. Il fallait imiter Chaplin, mais Lloyd trouverait plus tard une inspiration propre, qui l'amènerait au sommet... Littéralement.

Enfin, avec les deux derniers films de la liste ci-dessus, on a d'intéressants exemples de ce qu'atait le tout-venant de la production de Roach et Lloyd, alors que ces derniers avaient sorti un chef d'oeuvre avec Bumping into BroadwayHis royal slyness est une intrigue élaborée (qui sera reprise en 1926 pour Charley Chase sous le titre Long fliv the king), avec des développements complexes, et une débauche de décors. Mais l'approximation domine, et le tout est bien moins rigoureux que le film précédent, justement Bumping into Broadway. Enfin, Captain Kidd's kids, en deux bobines, refait le coup du rêve, avec un bateau de pirates dont les occupantes sont toutes enjuponnées. Comme souvent lorsque les films sont soignés de Roach, la mise en scène est bien balourde. C'est le dernier film de Lloyd dans lequel cette tentation de la pochade vite-fait mal fait domine...

 

 

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Muet Comédie
23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 09:27

San Francisco, Barbary Coast, 1906: Jenny Sandoval (Ruth Chatterton) assiste son père dans un établissement louche. Mais elle lui cache quelque chose: elle attend un enfant de Dan (James Murray), le pianiste. Au moment ou elle lui avoue son intention de fuir avec Dan, le monde tremble.... Littéralement, c'est le fameux tremblement de terre de Frisco. Une fois le calme revenu, les bas-fonds sont en ruine, la vie de Jenny aussi: son père est mort en la menaçant, Dan est mort lui aussi. Avec l'aide de sa fidèle servante Amah, elle place son fils à Chinatown, puis reprend ses activités, sous la protection de l'influent avocat Dan Sutton (Louis Calhern). Elle sauve ce dernier d'une affaire de meurtre, mais ne sait pas que c'est ce qui va finalement précipiter sa chute...
 

Du mélodrame, du grand et beau tire-larmes, relevé à sa sauce par William Wellman, toujours autant à l'aise dans la stylisation et la suggestion que dans les images-coups de poing. Cette histoire de mère criminelle qui finit condamnée par son propre fils est forcément une occasion en or pour l'actrice Ruth Chatterton, habituée aux rôles durs. Mais pour Wellman, ce film ressemble à une promenade de santé, dans laquelle il s'adonne à ses petits plaisirs: superbe reconstitution du tremblement de terre, vécu "de l'intérieur", peinture sans concession des petites combines et de la débrouille des fillles qui travaillent dans le bar, un meurtre à l'écran, caché par une table renversée, et une rigueur rare dans la reconstitution des modes passées.

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Published by François Massarelli - dans William Wellman Pre-code
19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 13:02

Jusqu'à la fin de sa vie, Mankiewicz a occulté Cleopatra d'une façon fort théâtrale, s'y référant comme à un objet inommable, et reléguant toute l'expérience au rang de désastre: ce n'était, après tout, pas son film, il n'avait pas spécialement voulu le faire, et il n'en était en rien responsable. La lecture de la très intéressante biographie de Kenneth Geist révèle que le tournage, s'il n'a pas été de tout repos d'un point de vue cinématographique, a aussi accumulé les excès de tout genre: argent coulant à flot de façon incontrôlable, dépassement en tous genres, réalisateur sous toutes sortes de drogues pour tenir, et l'impression que la maison-mère, à savoir la Fox, ne contrôlait plus rien – de fait c'est plus ou moins vrai: entre 1960 et 1963, peu de films ont été finalisés à la Fox, à l'image de ce Something's gotta give de Cukor qui était supposé être le grand retour de Marilyn Monroe, mais qui finira par être sa tombe, et dont une simple continuité de 25 minutes est tout ce qu'on a pu assembler. Ce n'est pourtant pas le cas de ce Cléopâtre: on estime que le premier montage de Mankiewicz durait 8 heures...

 

L' histoire est bien connue: c'est à Rouben Mamoulian qu'on a confié la mise en scène de ce film, au budget plombé avant même le tournage; pour qu'on cesse de lui proposer le rôle, Liz Taylor a demandé un cachet exorbitant, mais elle n'avait pas prévu de l'obtenir... Mamoulian a joué de malchance, puisque l'insistance de la Fox pour que le tournage se déroule à londres a peu profité au film. Et très vite, il s'est avéré que le capitaine ne convenait pas non plus. Mankiewicz a donc été sollicité, d'une part parce que Taylor avait beaucoup aimé travailler à ses côtés sur Suddenly, last summer, et d'autre part parce que le projet avait une touche à la fois littéraire et esthétique, qui faisait du metteur en scène de Julius Caesar une sorte d'idéal... Entre les hésitations du studio (Londres? Rome? Pinewood? Cinecittà?) et les absences fréquentes de la star dues à sa santé chancelante sans doute, le tournage a donc duré trois ans. L'inspiration en était pour le moins hétéroclite: pour la Fox, il s'agissait de retrouver le chemin des grosses superproductions qui avaient fait la gloire du Cinémascope, le format maison; après tout, Ben-Hur avait obtenu un ensemble non négligeable d'Oscars pour la MGM en 1959, c'est donc qu'il existait encore une possibilité pour ce genre de films. Pour Mankiewicz, il s'agissait de donner une dimension inédite à ce genre de film, en s'inspirant à la fois d'historiens contemporains, du genre lui-même, des grands auteurs antiquess (Plutarque, Suétone, Appien), et enfin de laisser l'inévitable ombre de Shakespeare et de Shaw marquer le script. Enfin, Mankiewicz a su construire le film sur trois personnages: Cléopâtre, bien entendu, mais aussi César et Marc Antoine, favorisant ainsi la conception d'un film qui toucherait aussi bien à la grande histoire, qu'à l'histoire intime... L'histoire d'amour soudaine, et inespérée, entre Richard Burton et Elizabeth Taylor était à ce titre une incroyable aubaine, permettant au film d'avoir un angle publicitaire des plus solides. Du moins c'est ce que se sont dit les dirigeants de la Fox.

En plus de Taylor, dont il me semble qu'on peut difficilement discuter la légitimité, Mankiewicz a donc finalement pu diriger l'impulsif Burton, qui fait de son Marc Antoine un cas assez complexe d'homme miné par sa position permanente de subalterne, et son ami Rex Harrison en César, qui va faire du général et dictateur Romain un personnage complexe et attachant. C'est la troisième collaboration entre les deux hommes, après Escape et The ghost and Mrs Muir.

 

On assiste donc à l'histoire de Cléopâtre, de l'arrivée de César à Alexandrie devant Ptolémée, l'indélicat frère de la belle qui avait décidé de se débarrasser de sa soeur, jusqu'au suicide de la reine après son aventure désastreuse avec Marc Antoine. La première partie se concentre sur l'intrigue politico-amoureuse entre Cléopâtre et César, de leur pacte scellé sur la base de la découverte par Cléopâtre de l'épilepsie du Romain jusqu'à l'assassinat de celui-ci; la deuxième partie tourne autour de la relation passionnelle de Cléopâtre avec Marc antoine, successeur auto-proclamé du militaire César, et la façon dont Octave, héritier politique du dictateur, a assuré le contrôle de Rome en se débarrassant d'Antoine.

 

Cléopâtre:

Aussi déterminée à prendre le trône d'Egypte que son frère Ptolémée est décidé à le garder, Cléopâtre s'allie à César d'un point de vue politique d'abord, même si la concernant, on comprend vite que l'alliance et le sexe sont intimement liés. Elle sait s'entourer, mais on constate que si elle est autocratique, capricieuse et arrogante, elle aime autant qu'elle est aimée par ses proches: Appolodorus, son garde du corps, et Sosigenes son plus proche conseiller en sont la preuve (C'est un autre ami de Mankiewicz qui interprète Sosigenes, le grand et trop rare Hume Cronyn). Cléopâtre est attirée par la force politique de César, dont elle admire la puissance conquérante, mais elle se livre à Antoine ensuite par amour: elle l'a toujours désiré, dit-elle, depuis ses douze ans... Elle consulte les oracles aussi souvent que possible, et va même faire partie des nombreux personnages qui préviennent César de sa fin prochaine, à égalité avec Calpurnia, l'épouse légitime. Ce mélange de sensualité, d'attitude régaliennes, de politique et de superstition fait toute la complexité du personnage, qui est attachant au-delà de tout ce qui aurait du la rendre insupportable: c'est dire si Elizabeth Taylor a su en faire quelque chose.

César:

Personnage complexe, l'un de ces hommes historiques (Tel Richelieu, par exemple) dont l'apparence et la légende prennent toute la place, César est souvent ce qu'en feront les artistes. Ainsi, Shakespeare semble-t-il montrer du dictateur (Auto-proclamé, et ce à coup de répression assez musclée, rappelons-le) les aspects les plus détestables, en prenant le parti de Brutus et des autres mutins. La vérité est peut-être assez bien incarnée dans la superbe interprétation de Ciaran Hinds dans la série télévisée Rome: un homme politique d'abord et avant tout, qui a compris que l'art militaire est nécessaire, mais pas seul; mais un homme avant tout, qui sans se laisser guider par les sentiments, leur accorde une place. C'est, avec un peu plus de bonhomie bien sûr, ce César là qui nous est montré dans Cleopatra. Du reste, il a fallu pour Mankiewicz composer avec une concurrence de taille: Shakespeare, bien sur, mais aussi Joseph L. Mankiewicz ont tous deux planché sur la question de la figure politique de César, à travers la pièce et son adaptation en 1953. Donc, ce nouveau film, sans l'occulter, va choisir un stratagème intéressant pour éluder la redite, en privilégiant l'image, puisque l'assassinat de César est entièrement vu par Cléopâtre, via la consultation d'un oracle, et les dialogues inévitables (Les ides de Mars, Et tu Brute, et le fameux discours d'Antoine) sont tout simplement éludés au profit de compositions impressionnantes mais muettes. La redite aurait été de toute façon hors sujet: le titre est Cléopâtre, et la reine ne se soucie en matière de politique que de la question égyptienne...

Antoine:

Apparaissant au milieu de la première partie, Antoine est un subalterne. C'est aussi son complexe: toujours le second de César, il supporte mal d'être considéré comme l'exécuteur des basses-oeuvres de son ennemi intime Octave, qui se joue de lui en permanence, et il va malgré son amour souffrir de la façon dont Cléopatre le considère elle aussi comme un second. Il va d'ailleurs s'y résigner et s'abandonner totalement à celle qu'il a suivi, allant jusqu'à devenir le responsable de la chute du régime égyptien, en même temps que de sa propre débâcle. Sa réponse à tout est celle d'un militaire, pas politicien pour deux sous, et la force brute et un brin cabocharde (Burton n'est pas Gallois pour rien, et Mankiewicz joue beaucoup là-dessus) qui lui a tant servi en tant que général, va lui être fatale lorsque face à lui la politique et les manigances vont prendre le dessus sur les habitudes militaires. Mais Antoine est également l'amoureux de Cléopâtre, et Mankiewicz se livre occasionnellement à de petits montages intéressants pour mettre en valeur le tumulte et les conflits permanents des deux amants, en les voyant se livrer à des joutes juxtaposées sur plusieurs scènes: cela met aussi en valeur, de façon probablement imprévue, la débauche de costumes différents que porte (Ou ne porte pas, puisqu'elle prend beaucoup de bains) Cléopâtre...

Octave:

Absent de Julius Caesar, l'héritier désigné par César est le grand gagnant de la deuxième partie. Roddy McDowall lui donne une puissance parfois un brin excessive, mais il incarne à lui seul la théâtralité du sénat, que l'absence du fameux discours « ressenti » de Marc Antoine tendrait à accentuer. Octave assiste aux batailles qu'il est sensé mener, et qui l'ennuient; il se sert de tous et toutes pour ses desseins, et se contente d'agir lorsque tout est en son contrôle: il se réserve en brillant orateur les moments de lumière, ce qui explique un certain nombre de morceaux de bravoure, une fois de plus un peu excessifs, de la part de l'acteur. Mais il fallait de l'excès: on l'a bien compris, Octave, qui hérite de la position de César et de son nom dans un triumvirat partagé avec Lepidus et Antoine, pourra accomplir après s'être débarrassé des deux autres, et de Cléopâtre, l'oeuvre de son, grand-oncle Jules César: il se fera proclamer Empereur, sous le nom d'Auguste, sans aucun Brutus ou aucun Pompée pour l'en empêcher ou lui disputer cet honneur. Cela valait bien un certain nombre de concessions, notamment un étrange éloge funèbre dédié à Antoine: quand on annonce sa mort, dit-il, il faut trembler; il ne lui a pourtant fallu pas beaucoup d'efforts pour régler son compte à son beau-frère et rival, qui s'est auto-détruit assez facilement... quoi qu'il en soit, ce qu'il faut historiquement retenir de ce César Auguste, c'est qu'il a finalement réussi à installer la paix dans un régime fragile, qu'il a consolidé, et accompagné durant 45 ans...

245 minutes de film, en deux parties, et bien sur un montage qui fut l'un des gros problèmes de la production... Comme de juste, comme avec tous les films-mammouths de cette trempe, on n'a pas une version qui primerait sur toutes les autres, même si la situation actuelle est simple: on n'a qu'une version, la restauration effectuée dans les années 90. Elle est similaire en durée à la version montrée lors de la première (Elle incorpore une ouverture et un entracte) mais le contenu en est peut-être légèrement différent, les remontages effectués lors des sorties et ressorties ayant été parfois tempérés par le recours à des scènes ajoutées pour pallier à certaines absences. Aujourd'hui, il ne subsiste aucune copie de la version de travail de huit heures, bien sûr, mais on n'a retrouvé aucune copie non plus de ce que Mankiewicz considérait comme « sa » version: un montage de 5h30 ou 6 heures, qui aurait été livré en deux films; tel quel, le film et ses quatre heures ont été désavoués par le metteur en scène, et le fait est qu'il apparaît parfois mal équilibré. C'est inévitable à cette durée. Une chose est sûre: les deux parties telles qu'elles sont ne fonctionnent en tout cas pas comme des films à part entière, un peu comme les diptyques de Fritz Lang; s'il est sans doute incomplet, le film garde sa cohérence, sa grandeur, et son étrange mélange d'intimisme (l'un des arguments pour trancher dans le film en 1963 était justement sa franchise sexuelle, affichée aussi bien dans les dialogues que dans la mise en scène, avec ses multiples scènes de lit) et de grande histoire. C'est un objet fascinant, et surtout, en dépit de tout ce qui a été dit ou fait autour de son identité de film à grand spectacle appartenant à la Fox, c'est aussi un film de Mankiewicz: la façon dont ce dernier a finalement réussi à s'approprier aussi bien l'histoire, que la légende, tout en créant des personnages nouveaux dans la dramaturgie historique et amoureuse, rend justice au metteur en scène. Que celui-ci ait rejeté le film en bloc après y avoir souffert trois ans durant, importe finalement peu. Après tout, il reviendra!

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Published by François Massarelli - dans Joseph L. Mankiewicz