Un tout jeune couple s'apprête à faire plus ample connaissance, quand les deux amoureux sortent des documents juridiques, et chacun d'entre eux est représenté par un avocat, pour éclaircir les circonstances de la vie sexuelle qui s'ensuivra... La négociation est froide, âpre et sans pitié.
Le film s'amuse effectivement à mélanger l'intimité (qui reste fermement ancrée dans le bon goût) du couple, la tendresse évidente du moment, et la manie si Américaine (au sens large, puisque Reitman est Canadien) du tout-juridique. Le dialogue en ping-pong verbal des deux avocats (un homme et une femme) qui discutent de tous les aspects des préliminaires supposés se dérouler dans les cinq minutes suivantes, est hilarant.
En sept minutes, un jeune homme un peu écervlé se rend compte qu'il a fait une grosse bétise (changé l'eau de son poisson sansse soucier du fait qu'il avait besoin d'eau salée, et donc la bête a du sushi à se faire) et va essayer de la réparer. Chaque geste compte, ici, et le plus court trajet sera le meilleur...
Chez Jason Reitman, il y a souvent une sorte de barrière corporative permanente, qui semble mettre des bâtons dans les roues, un protocole en tout, y compris dans le fait de sauver ou de ne pas sauver un poisson. C'est donc un film urgent, drôle, et où la loufoquerie nait de l'absurdité de l'enjeu.
Robert, entre 25 et 30 ans, contemple une pièce de monnaie qu'il a trouvé par terre sur la route, une fascination qui va l'expédier de vie à trépas, puisqu'une voiture passe par là. Dans les bureaux du purgatoire, un fctionnaire zélé lui explique que son compte de comportement global est négatif, ce qui veut donc dire qu'il va en enfer. Il réussit à profiter d'un moment de confusion pour s'enfuir: le but clair et précis est d'inverser le compteur, pendant que les fonctionnaires du purgatoire lui mettent (de façon cosmique) de bâtons dans les roues...
C'est une comédie loufoque, totalement énergique, et qui profite pleinement de ses 17 minutes... Le principe de la course contre la montre fonctionne toujours, il est vrai: ici c'est particulièrement net avec cette lutte sans merci entre un type pas toujours éclairé qui a pour but d'aller littérlement au paradis, et des gratte-papiers, dont un totalement dévoué à l'échec de notre héros. La vision du purgatoire comme étant un lieu proche des pires travers de l'adminisration et de la bureaucratie est bien dans le ton des premiers films de Jason Reitman.
Le titre (sardonique) est inclus visuellement d'une belle façon à travers un plan rapproché de la pièce de monnaie, et on appréciera la "justice poétique" du fait que cette même pièce, dans une boucle narrative, décidera comme dans un conte de fées du destin de l'âme de Robert...
Mark Renton (Ewan McGregor), dit Rent-Boy, nous raconte sa vie à Edimburgh, entre les copains et l'héroïne... Avec Spud (Ewen Bremner), Sick Boy (Johnny Lee Miller), Tommy (Tommy McKenzie) et Francis Begbie (Robert Carlisle), plus âgé, et sans doute plus irresponsable que tous les autres, ils font des bêtises, pour ne pas dire de grosses conneries, et sinon, eh bien... Ils vivent, survivent tant bien que mal, et tentent de concilier cette paradoxale quête du rien avec l'hébitude dangereuse et coûteuse, alimentée par de fréquentes visites de Mother Superior (Peter Mullan), le dealer attitré des trois junkies, Sick boy, Spud et Rent-Boy...
Quand je dis qu'il nous raconte sa vie, ce n'est pas un vain mot. Car dans cette histoire toute en illustrations, digressions et dérapages, Renton sait parfaitement qu'il nous raconte toutes ces horreurs, sublimes ou ridicules, hilarantes ou écoeurantes, selon les cas: d'un drap rempli de diarhée, à la mort immonde d'un bébé, des exploits sexuels de Rent-Boy (avec Diane, une mineure interprétée par Kelly McDonald) à un passage autour de, je cite, les toilettes les plus sales de toute l'Ecosse (un fait souligné par un texte qui apparaît à l'écran. Ce film est un peu un enfant de la méthode Scorsese, celle qui est à l'oeuvre dans Goodfellas, Casino et The wolf of Wall Street), dans laquelle on donne à un anti-héros la possibilité de narrer sa propre odyssée délirante... Mais le film semble aussi un descendant tordu de la méthode Ken Loach, qui a toujours cru en un certain naturalisme (et dont Robert Carlisle est justement un des acteurs fétiches). Car bien des aspects ici renvoient à cette forme particulière de cinéma proche d'une peinture de la vérité, des accents et du lexique Ecossais, aux événements toujours plus ou moins exagérés, en passant par la narration, bien sûr mais aussi l'exagération permanente du point de vue des junkies en plein trip. Le film passe son temps à dynamiter le réalisme et le naturalisme de ce qu'il raconte (qui vient d'ailleurs d'un livre, Trainspotting d'Irvine Welsh), comme pour souligner à quel point l'héroïne détruit tout sur son passage...
Comment les conservateurs de l'époque ont pu imaginer un seul instant que ce film souvent jouissif mais aussi très dur derrière la politesse punk de son humour féroce, puisse être un plaidoyer en faveur des drogues dures, me surprend toujours. Certes, il n'a pas que des qualités, il est même souvent brut de décoffrage, un peu approximatif, et le jeu est plus qu'outré en permanence. Mais justement, il assume tout, tout comme il assume une bande-son totalement appropriée, qui nous rappelle le parcours d'un fléau qui commence dans les années 70 (Iggy Pop, très présent, mais aussi Lou Reed) pour aller jusqu'aux années 90, à travers la techno, voire une apparition musicale de Blur...Le film garde intacte une cohérence vitale, une énergie fantastique, qui reste totalement fraîche près de trente années plus tard.
1988: Ronald Reagan finit son mandat et le parti Démocrate s'apprête à surfer sur le (relatif) ras-le-bol de la population, mais pour obtenir une victoire à l'élection présidentielle, il faut un candidat... Gary Hart (Hugh Jackman), sénateur du Colorado, a été la plus grande surprise de la primaire de 1984, finissant deuxième derrière Walter Mondale, qui ira au casse-pipe devant un Reagan gonflé à bloc... Mais quatre ans plus tard, Gary Hart est non seulement l'ultra-favori des sondages pour la primaire Démocrate, il est aussi celui qui mangera n'importe quel Républicain tout cru. Sauf quun journaliste va enfreindre la loi non-écrite (qui a beaucoup servi sous Kennedy) qui dit qu'il ne faut pas se mêler de la vie privée de candidats infidèles... Et que Hart est particulièrement fragile sur ce point précis...
L'ascension, irrésistible comme de juste, d'un juste reconnu comme tel, qui met l'éthique politoque devant tout, puis la chute trois semaines plus tard, scellant l'élection une bonne fois pour toutes, envoyant donc presque automatiquement l'affreux George Bush (père) à la Maison Blanche... Voilà ce que semble raconter ce film, qui évidemment tranche en apparence sur le reste de l'oeuvre de Jason Reitman. Mais celui-ci a toujours eu un certain flair pour la peinture des coulisses du rêve Américain là où s'attend le moins à aller. Et il a toujours eu un certain goût pour les petites gens et les ordinaires, et les agents de corporation. Mais cette fois Gary Hart, le héros de son film, n'est pas un personnage de fiction. Et le moment qui est capté ici pour la postérité, est celui du basculement des médias politiques vers le côté obscur de la fin de la vie privée...
Hugh Jackman, absolument fantastique en Sénateur par ailleurs intègre, qui a cru pouvoir garder intime sa double vie, porte évidemment une grande responsabilité dans la réussite de ce film, mais il n'est pas le seul. Jason Reitman a assemblé un casting splendide dans lequel on reconnaît deux de ses acteurs fétiches avec lesquels il a déjà travaillé: Vera Farmiga (Lee, l'épouse de Hart) était déjà au casting de Up in the air, et J. K. Simmons a tourné dans 5 films du metteur en scène et en tournera un autre après celui-ci. Ici, il incarne le directeur de campagne de Gary Hart... On retrouvera aussi des acteurs comme Kevin Pollak, ou encore Alfred Molina, qui rejoint le club de ceux qui ont interprété Ben Bradlee, le rédacteur en chef du Washington Post.
C'est que le film se situe dans la tradition d'un grand cinéma de la chose politique, comme All the President's men, de Pakula, ou bien sûr The Post (Spielberg). Deux films avec Ben Bradlee... Des films qui savent se glisser dans l'urgence si riche en suspense de la politique Américaine, en remontant le fil médiatique d'une affaire, ou d'un épisode glorieux... Ou moins glorieux. C'est riche en moment d epure vérité, obtenus en soumettant parfois les acteurs à des manifestations de la vérité. Les conférences de presse, par exemple, ont été tournées sans prévenir Jackman de l'ordre des questions, ni de qui allait les poser... L'urgence se ressent dans les passages obligés du genre, aussi: réunions de crise du staff des candidats, comités de rédaction, et surtout les petites choses qui vont faire avancer le débat, ou reculer, c'est selon: les conversations en apparté dans une cuisine, les décisions à prendre à la minute... C'est riche, stimulant, et compte tenu de son sujet, passionnant.
Et on comprend que la politique ne sera plus jamais la même: même les coups de boutoir d'un Bill Clinton, ou les dérapages répugnants d'un Trump, n'y pourront rien. Désormais un candidat pouvait être défait par la seule volonté d'un journaliste bien informé...
Marlo Moreau (Charlize Theron) est une mère déjà débordée de deux enfants, qui en attend à 41 ans un troisième... Pas forcément prévu, mais haut les coeurs! Pourtant rien n'et facile: son deuxième enfant, Jonah, est atteint de troubles du comportement et finit la maternelle dans un établissement privé qui est sur le point de leur demander de "placer leur enfant ailleurs, où ce sera plus approprié pour lui"... son mari, Drew (Ron Livingston), a l'air plutôt détaché, semblant presque être son meilleur ami, qui aurait oublié de rentrer chez lui, plutôt qu'un mari aimant qui offre son soutien. L'arrivée du troisième enfant, dans ces circonstances, n'augure pas de franches réjouissances. Mais le frère de Marlo lui parle d'une hypothèse: une nounou de nuit, qui permettrait à Marlo de recharger ses batteries... Une hypothèse qu'elle refuse dans un premier temps, puis commence à se laisser séduire.
Une nuit, on frappe à la porte: c'est Tully (Mackenzie Davis) une jeune femme totalement excentrique, qui va fournir ce dont Maro avait besoin, et peut-être aller au-delà des espérances...
C'est ce que j'apellerais un film malin, qui utilise de petits mystères et joue en subtilité sur des retournements de situation qu'effectivement je ne dévoilerai pas ici. Par certains côtés, c'est aussi un conte, plutôt bien structuré, mais qui a le rare privilège d'être totalement ancré dans la vie quotidienne, dans la réalité blafarde des crises nerveuses, et du bouchon qu'on a poussé trop loin. Comme de juste, cet aspect nous encouragera à plusieurs visions, par sa subtilité, et son intelligence. Ouf! Ce n'est pas The Village, de M. Night Shyamalan, qui trichait sur toute la ligne...
Mais ce qui frappe sans doute le plus, c'est une fois de plus ce créneau inattendu, de la vie morne de personnages qui ont depuis longtemps jeté le glamour de leur jeunesse à la poubelle, frappé par le couperet d'une date de péremption dépassée! A ce titre, le portrait de mère-courage qui commence singulièrement à en manquer, par Charlize Theron, est exemplaire, tout comme l'est la peinture sans misérabilisme, mais sans angélisme non plus, du fait d'être le parent d'un enfant "différent", dans ce monde rarement à l'écoute...
Après ce film, Mickey Mouse va disparaître des écrans pour quelques années: la raison est sans doute qu'on avait épuisé les possibilités de la formule... Avec l'apparition de faire-valoirs tous plus pittoresques les uns que les autres, le personnage s'était affadi... L star c'était désormais Donald. Et d'ailleurs ce film utilise presque Mickey comme un prétexte, le chef d'un orchestre qui assure vraiment, comme le montre la première partie. Mais ceux qui jouent la musique, eux, ont gardé leur caractère, et c'est la bande habituelle, réunie pour la dernière fois. On y reconnait Donald Duck, Goofy, la vache Clarabelle, et le cheval Horace...
Le prétexte? Mickey et son orchestre sont engagés par un sponsor (un industriel italien qui répond au doux nom de Macaroni) pour animer une émission de radio à sa gloire... Ils vont donc interpréter l'ouverture de Cavaleire légère, de Franz Von Suppé... Tout marchera bien sur comme sur des roulettes, sauf qu'au moment fatidique, les musiciens se retrouveront avec des instruments détruits par la négligence de Goofy (qui les a fait écraser par un ascenseur. Mais comme on dit: The show must go on... donc les musiciens jouent, et c'est un magnfique désastre...
Le film est un retour à la musique, omniprésente dans l'univers de Disney: les courts métrages des Silly Symphonies sont basés sur la musique, par exemple, et on n'a pas oublié l'extraordinaire Band Concert de Wilfred Jackson! Mais on se souvient aussi de Fantasia, et de son échec au box-office, sans oublier les critiques acerbes qu'il a du encaisser. Et l'équipe de ce film, qui dans sa première partie cite l'ambiance particulière du long métrage musical, ne l'a pas oublié non plus. Faut-il voir dans ce court métrage une charge ironique contre les critiques (car évidemment, la musique massacrée par les instruments dévastés obtiendra un succès sans précédent), ou tout simplement un pied de nez à la fatalité, en forme d'aveu punk? Quoi qu'il en soit, dans ce film avare de mots, mais riches en gags géniaux, on contemple huit minutes très accomplie d'animation de première classe.
C'est la grande mode du jitterbug (danse swing et acrobatique), et Donald s'apprête à passer une aprèsmidi en tête à tête avec Daisy... Le problème c'est que ses neveux (Huey, Lewie, Dewie) ont également la même intention. La concurrence pour danser avec la belle sera rude...
C'est un type de cartoon qui fera beaucoup de petits, notamment dans les films de Hanna et Barbera avec Tom et Jerry. Les trois trouble-fêtes, ici, sont donc les neveux, qui sont bien plus délurés dans ces premières apparitions que dans les bandes dessinées ultérieures! L'animation est absolument fantastique, le film est une merveille de synchronisation fabuleuse, et les gags sont parfois hallucinants d'efficacité. La palme revient bien sûr à l'absorption inopinée d'un épi de maïs qui vient d'être chauffé, et dont les grains vont faire danser la rumba à Donald.
William Heise était l'assistant de W.K.L. Dickson, le premier et principal responsable (on ne disait sans doute pas encore "director" mais ça allait venir) de la prise de vues des films Edison; il était en charge de la photographie, et donc avait quand même un rôle de premier plan, ce qui explique qu'occasionnellement il ait été aussi amené à réaliser des films sous son unique responsabilité. Celui-ci est d'autant plus célèbre qu'il s'agit d'un des plus importants parmi les films Edison: une très grande date en effet.
Il y a un argument, cette fois (on hésite à écrire "une histoire"), à ces quelques secondes. Un homme et une femme sont captés en plan très rapproché, et leurs visages se touchent. Elle parle en souriant, et il l'embrasse un peu, dans une attitude de tendresse évidente. A la fin, il éloigne sa tête comme pour prendre son élan, et lui décoche un gentil baiser sur la bouche...
Les deux protagonistes ne sont pas des inconnus, mais deux acteurs. May Irwin et John C. Rice sont en effet les vedettes d'un triomphe du théâtre populaire de l'époque, The widow Jones; ils jouent ici l'un des "clous" du spectacle, la scène du baiser...
Et donc, le film inaugure une nouvelle ère du cinéma, puisqu'il se glisse dans l'intimité des gens, même s'il s'agit d'une scène théâtrale. Et il fait mieux que le théâtre, en s'approhant au plus près des protagonistes d'une tendre démonstration d'affection... Pêle-mêle, citons aussi le fait que ce film participe à l'extension du vedettariat de deux acteurs, ce qui est nouveau; d'ailleus le fait d'avoir fait appel à des acteurs est là aussi une nouveauté; enfin, il joue un rôle dans la notoriété d'une pièce de théâtre, ce qu'on n'appelait pas encore de la publicité...
Le public a fait un triomphe au film, qui a aussi attiré l'attention des censeurs de tout poil... Car si le cinéma montrait ces images indécentes, où allions-nous? Ils avaient raison sur un point: les films n'allaient pas s'arrêter à ce modeste baiser...
L'exécution de Mary Stuart, Reine d'Ecosse et prétendante au trône d'Angleterre, sur les ordres de la reine Elizabeth, est un de ces tableaux historiques célèbres, qui ont n avantage certain pour la compagnie Edison: puisqu'on ralise des tout petits films de quelques secondes, il faut quelque chose qui soit immédiat, résolu en quelques secondes, et suffisamment choquant pour qu'on puisse y retourner ou en parler à ses copains/copines, qui voudron à leur tour débourser une pièce de monnaie pour visionner la bande...
Pour réaliser ce "tableau" (ça allait devenir le nom utilisé pour ces scènes élaborées), Edison et ses équipes ont fait appel non pas à W.K.L. Dickson, principal auteur de prises de vues à l'époque, mais à Alfred Clark qui était metteur en scène de théâtre. Il a eu l'idée d'utiliser un truquage que Méliès trouverait à son tour par accident, arrêtant la caméra pour reprendre le tournage après modification des éléments. Bref, la décapitation sans risque était née, le cinéma avait désormais une dimension définitivement sensationnelle, et quant à Mary Stuart, ça ne lui a pas changé sa vie, ni son destin...