Dans les montagnes du Kentucky, deux familles se livrent une guerre sans merci... Sauf à l'heure de la sieste, manifestement, car au moment où commence ce cartoon, la plupart des protagonistes (vêtements rapiécés, pieds nus, grande barbe pour les messieurs, et des cruches d'un alcool maison toujours à portée de la main) sont attelés à cette saine occupation... Mais dès le réveil, la lutte reprend, et il serait intéressant de questionner le nombre de balles qui sont échangées.
Sur ces entrefaites, arrive un pacificateur, qui est la première incarnation d'Elmer Fudd tel que Tex Avery l'avait créé, qui répondait parfois au nom d'Egghead... Il arive en yodelant, sur un scooter, et se présente come celui qui amènera la paix aux deux familles en conflit. ...Ce qui a le mérite, au moins, de les mettre d'acoord puisqu'ils refusent sa médiation.
C'est un film, dont j'imagine qu'il a fallu se poser la question de le remettre dans le circuit ou pas, car après tout il présente un groupe ethnique spécifique (les populations des montagnes rocheuses, et des forêts environnantes), saisi dans tous ses clichés les plus odieux, et montrés avec un humour féroce dans un graphisme plus adulte que bien des cartoons de l'époque: par exemple, les personnages ne peuvent en aucun cas être assimilés à des animaux, et le style de l'animation (qui doit beaucoup à Sid Sutherland, se situe à l'écart du style des Merrie Melodies telles que Harman et Ising, ou Friz Freleng les concevaient, eux qui venaient de Disney...
Tex Avery en profite pour briser le quatrième mur aussi souvent que possible, avec plus ou moins de bonheur: le fait de représenter un personnage qui sort une blague de piètre qualité, dire tout à coup à la caméra "celle-là sonnait mieux en répétition" n'empêchera jamais la blague d'être ratée! Mais cet effort montre bien comment le réalisateur (on disait alors "superviseur", et on l'appelait encore "Fred Avery) tentait de faire bouger les lignes dans l'exercice de son métier...
Et le film montre surtout la fascination constante de Tex Avery pour tout ce qui touche au folklore westernien et/ou Sudiste. La prérogative d'un animateur né au texas, sans doute... Mais ce genre d'histoire de lutte acharnée entre deux familles a beau être un cliché, c'est un ressort dramatique fascinant: même dans ce court métrage qui sert essentiellement à se bidonner durant 8 minutes!
Le film est l'un des rares films de Henry Murdock en vedette à avoir survécu. C'est un court métrage d'une bobine, particulièrement axé sur les soucis domestiques: c'est le matin, et monsieur (Henry Murdock) est réveillé par son fils qui a l'idée saugrenue de l'arroser... Il croit que cette délicatesse est l'idée de son épouse, et une bataille d'eau commence...
Sauf qu'elle n'a rien de bon enfant, et que ces deux-là ont probablement passé depuis bien longtemps le stade de l'amour pur! Bref, le reste du film est assez grinçant, reposant sur la demande de madame d'avoir, pour une fois, le petit déjeuner au lit plutôt que de le préparer pour monsieur. Une revendication d"équité, ou une manière de souligner que c'est normalement la tâche qui incombe à l'épouse?
Mais histoire de confirmer la situation, monsieur est très peu doué, et je n'avais jamais vu quelqu'un aussi peu capable, justement, de couper du pain... Notons que durant ce conflit houleux, le fils de la famille, au lieu de s'inquiéter, attise les braises!
Le début du film (toute la première bobine, sur un total de deux) a disparu. De'après le résumé, on y apprend que dans la maion de "Big Boy", le garçonnet (Malcolm Sebastian), sa maman qui est blanchisseuse doit rembourser un client mécontent, mais n'a pas l'argent pour le faire. Il faut vendre leur chien, et le garçon s'y oppose...
La deuxième bobine est donc largement consacrée à la poursuite folle qui s'ensuit, 7 minutes durant lesquelles le garçon et le chien, à une vitesse phénoménale (comme seul le cinéma muet savait en donner la saveur), tentent d'empêcher la chose... Ca passe par une incroyable série de destructions, de gags physiques mais... Jusqu'à un certain point car à un moemnt, tout à coup, il y a un drame inattendu...
C'est pour le moins rythmé, physique et assez drôle, et c'est l'un des très rares films de cette série à avoir survécu. Pas en entier, certes...
Je ne pense pas que Lean ait conçu ce film comme un baroud d'honneur, un monumental anachronisme à l'époque de l'amour libre et de la contestation anti-Vietnam... Et pourtant, les critiques qui lui sont tombés dessus ne l'ont pas épargné: comme si le succès phénoménal des trois films qui avaient précédé (Kwai, Lawrence, Zhivago) devait impérativement être expié. Mais le temps n'a pas été beaucoup plus tendre avec ce qui devrait être considéré comme un classique, ne serait-ce qu'en raison de son appartenance à l'oeuvre d'un maître.
L'intrigue est simple, mais surtout ressemble de façon troublante à Mme Bovary. C'est absolument intentionnel... La transposition en Irlande de l'Ouest, en pleine première guerre mondiale (et donc en pleine occupation britannique du pays) a posé un nombre conséquent de problèmes: liés, essentiellement, au temps particulièrement capricieux, mais aussi au fait que les lieux étaient éloignés de tout et en rendaient pas la communication avec la MGM très facile!
Sur la péninsule de Dingle, la vie est organisée entre le village et la mer. Tom Ryan (Leo McKern) est le propriétaire du seul pub de la région, et il apprécie particulièrement cette position centrale. Les Anglais sont présents, un camp de soldats est situé en bordure du village, dont les habitants ne manquent pas une occasion de manifester leur hostilité. Rosy Ryan (Sarah Miles), la fille de Tom, est une jeune femme fantasque et sentimentale, qui rêve de passion et d'absolu, en s'imaginant devenir l'épouse de Charles Shaughnessy (Robert Mitchum), l'instituteur qui s'élève clairement au-dessus du village. En tout cas, elle souhaite clairement sortir d'une enfance qui a été marquée par une certaine complicité avec Michael (John Mills), qui est comme on disait alors "l'idiot du village". Celui-ci n'est pas prêt à comprendre pourquoi celle qu'il transportait sur son dos dix années auparavant lui refuse de se laisser approcher aujourd'hui... Charles et Rosy vont se marier, mais ce qui aurait été une perspective de bonheur à la fin d'un film, ressemble plutôt à un désenchantement sordide au début... Non que Shaughnessy soit un mauvais bougre... c'est juste qu'en termes mesurés, Rosy veut de la passion, de la vraie, pas un brave homme qui la borde avant les rapports...
Deux hommes vont arriver au village, qui vont avoir un impact singulier: Tim O'Leary (Barry Foster), chef local et légendaire des Républicains, qui va essayer de profiter de la situation géographique particulière du lieu, pour y passer des armes; et le Major Doryan (Christopher Jones), nouveau commandant de la base militaire, blessé en France. La rencontre entre le beau héros ennemi et la jeune femme en mal de passion ne va pas passer inaperçu. Du travail en perspective pour le père Hugh (Trevor Howard), le curé de la région...
C'est irrésistible: non seulement Lean a donné la pleine mesure à sa peinture d'un amour qui emporte tout sur son passage (Et se résout dans deux scènes d'amour physique assez franches, et qui sont assumées avec aplomb par Sarah Miles), mais il le fait sans négliger de nous livrer un contexte tumultueux. Je pense sincèrement qu'à ce niveau, Ryan's Daughter a plus d'efficacité que Dr Zhivago qui finissait par se perdre et perdre ses spectateurs dans le lyrisme. Ici, on ne perd jamais la situation de vue... Et on en prend plein les yeux: les paysages choisis (Irlande, bien sûr, mais aussi Afrique du Sud, car le temps y était plus gérable), l'écran large, le choix de tourner en 65mm, et bien sur LA scène spectaculaire par excellence: une tempête homérique...
Lean s'amuse même à s'auto-citer avec subtilité, comme lorsqu'il fait jouer son Major Anglais (Christopher Jones, au fait, sans doute l'acteur le plus faible du film... mais au moins on a échappé à Brando!) avec des allumettes à la façon de Lawrence! Et il nous livre dans une séquence d'imagination de Charles (Quant il visualise ce qu'a pu être la rencontre de Rosy et Doryan sur une plage) un hommage au cinéma d'antan, à travers une composition très 1910! Enfin il retrouve l'inspiration de Kwai, dans la scène de passion sensuelle entre Rosy et son amant, située en pleine nature en fête!
Alors, pourquoi bouder son plaisir? C'est qu'en 1970, des étudiants échauffés à la politique, des cinéphiles attirés par des révolutions formelles, des spectateurs blasés en mal d'expériences et de performance, n'avaient sans doute pas envie de rester 190 minutes en compagnie d'un film à l'ancienne, avec une histoire d'amour vouée à l'échec... Reste que le film s'inscrit dans la mémoire, et y restera longtemps. Il est regrettable que ce soit à cause de Ryan's daughter que Lean a été obligé de rester à l'écart des studios durant quatorze ans, d'une part, et qu'il ait du ravaler ses ambitions pour son film suivant, et ultime. Mais en attendant, quelle fête pour les yeux...
Il semble qu'il y ait beaucoup de personnes pour réclamer à cor et à cri une réhabilitation de l'un des comédiens quisont passés sous les radars, comme on dit... Lloyd Hamilton, pourtant, ne me séuidt guère. Son style est physique, souvent sur la brèche entre une certaine forme de réalisme quotidien, assimlable par exemple au style en vogue chez Roach, avec Charley Chase ou bien sûr Harold Lloyd, et un burlesque plus grotesque, qui va exagérer les différentes formes de contact physique - dans les limites imposées par la décence et la censure, bien entendu... En tant que tel, il ne se distingue pas forcément du tout venant des comiques qui ont tenté la synthèse entre le style de Sennett et celui de Roach... Pourtant on retrouve beaucoup de ses films, distribués à l'époque par l'importante mais méconnue compagnie Educational.
Dans Papa's boy, un père (aisé, ça se voit de suite) se désole devant la passion de son fils qui ne pense qu'à attraper des papillons. Il paie donc un homme de main, pour que celui-ci emmène le rejeton (Lloyd Hamilton) en camping dans les bois, afin d'en faire, comme on dit, un homme! Mais ça ne va pas bien se passer. La faute aux papillons...
Clyde Griffiths (Phillips Holmes) est un jeune Américain qui a découvert, en effectuant les tâches qui incombent à un groom dans un hôtel chic, qu'il ne déplait pas aux dames... Mais lors d'une soirée un peu trop arrosée il se trouve sur les lieux d'un accident (le conducteur de la voiture dans laquelle il se trouve provoque la mort d'un enfant, et tous les jeunes fêtards, dont Clyde lui-même, s'enfuient... Prenant la fuite, il enchaîne petit boulot sur petit boulot avant que son oncle aisé ne lui donne un poste à responsabilité dans son entreprise de confection... Là, en dépit des règles très strictes sur la "fraternisation sociale" dans l'entreprise, il séduit la jeune Roberta Alden (Sylvia Sidney), qui va vite tomber enceinte de lui... Problème: il a entretemps rencontré et séduit une jeune et riche héritière et n'envisage pas aussi facilement de lâcher cette proie pour épouser Roberta, qu'il n'aime pas spécialement. La tentation de la tuer commence à faire son chemin. Sauf que la tentative sera en quelque sorte un échec. Reculant sur son envie de l'éliminer, il provoque sans le vouloir sa mort accidentelle... La justice se met vite en route.
Sternberg n'aurait jamais fait ce film de son plein gré, il ne lui a pourtant pas été imposé, il s'girait plutôt d'un concours de circonstances. J'y reviendrai, mais pour commencer peut-être faudrait-il commencer par situer la raison d'être de l'existence de ce film... Et du crédit de Sternberg. A la base, le film est adapté donc d'un roman important de 1925, écrit par Theodore Dreiser, l'un des principaux auteurs du courant naturaliste, avec un petit quelque chose en plus: un socialisme militant, qui explose de page en page dans le roman! Le livre ayant été un énorme succès de librairie, la Paramount en a acheté les droits, et comme à l'époque ils étaient en contact avec Eisenstein, il a semblé naturel de confier l'adaptation au grand cinéaste soviétique, qui s'en réjouissait: Dreiser et lui s'entendaient comme larrons en foire. Mais l'adaptation proposée par Eisentstein, basée sur un traitement par le britannique Ivor Montagu, déplaisait tellement à Adolph Zukor, qu'il a bien fallu se rendre à l'évidence, il y avait erreur de casting!
Si on a confié le film ensuite à Sternberg, c'est tout simplement parce que depuis 1927, le metteur en scène avait été l'un des principaux atouts du studio pour sauver les films du désastre: il avait par exemple pu intervenir dès son arrivée pour des retakes, aussi bien sur It (Clarence Badger) que sur Children of divorce (Frank Lloyd) et était aussi responsable du remontage d'une partie de The wedding march (Stroheim) en 1928... Et Marlene Dietrich étant partie pour un séjour en Allemagne, le réalisateur avait les mains libres. Dreiser a détesté son adaptation, dont il estimait qu'elle trahissait le roman... en particulier pensait-il, en enlevant complètement une thématique autour de la corruption par le rêve Américain, ou encore l'importante filiation du héros, fils d'une mère rigoriste et à la morale religieuse omniprésente, et rejeton d'une bonne famille de petits bourgeois!
Sauf que justement, si Sternberg a atténué la teneur sociologique de ce film, en plaçant moins d'emphase sur ces aspects chers au coeur du romancier, il ne les a pas occultés pour autant, rééquilibrant son film en en faisant la trajectoire d'un lâche militant, un homme qui passe son temps à fuir aussi bien la réalité, l'altruisme, que ses désirs quand ils ne l'arrangent pas: ainsi il pourrait sauver Roberta de la noyade, mais il choisit de ne pas le faire parce que trois minutes avant il voulait qu'elle disparaisse... Griffiths est un anti-héros particulièrement négatif, une belle ordure même, et il est bien le produit d'une certaine vision de l'éthique Américaine.
Si Sternberg a moins montré dans ce film assez réaliste son talent pour une certaine vision éthérée des répports humains, située habituellement dans des cadres plus artificiels, il le signe malgré tout par son impeccable photographie qui prend particulièrement soin de nous montrer de superbes paysages et des environnements qui sont autant de représentations en miniature de la douceur de vivre Américaine dans les années 20 avant le réveil douloureux de la crise (Que Dreiser n'anticipait pas), et il utilise un procédé qu'il affectionnait depuis ses débuts en 1925, des fondus enchaînés qui nous montrent le parcours lamentable de Griffiths comme étant une émanation de son destin.
Deux personnes viennent de se marier et sont parfaitement heureux... sauf que, comme le dit un intertitre, le contrat de mariage semble être une invitation pour toute la famille à venir les visiter, et donc la belle-famille de Neely Edwards se croit obligeée de s'inviter, pour laisser le jeune couple "profiter de leur neveu", qui est, tel que le titre l'indique, disons... turbulent.
C'est un honnête petit film, situé dans la vie quotidienne d'un couple Américain assez générique, qui vit dans un de ces petits pavillons qui, dès qu'on franchit la porte, semble doubler de volume... La dynamique du film, qui reste cantonné à une bobine, est vraiment entre le désir légitime mais de plus en plus difficile à motiver, de Neely Edwards, et l'insupportable gamin, qui va littéralement tout casser.
Au milieu du XXe siècle, sur le site d'un barrage hydro-électrique, un officier haut placé, Yevgraf Jivago (Alec Guiness) interroge une jeune ouvrière (Rita Tushingham) à propos de sa famille. Mais il en sait plus qu'elle et lui raconte l'étrange destin de ses parents, dont son propre demi-frère, Youri Jivago (Omar Sharif)...
Le jeune Youri perd sa mère qui l'a élevé seule, très tôt, et il est recueilli par un onv=cle et une tante qui vont lui donner une éducation aussi affectueuse que s'il avait été leur propre fils. Adulte, Youri est promis à leur fille Tonya (Geraldine Chaplin), et devient médecin... Mais il va aussi croiser le destin de plusieurs autres personnes: Yevgraf qui a rejoint le camp des Bolcheviks; le douteux Komarovsky (Rod Steiger), un homme qui traficote dans l'ombre des changements politiques; celui-ci a une maîtresse, mais la fille de cette dernière, Lara (Julie Christie) va aussi devenir sa "protégée"... avant de se marier avec Pavel Antipov, un idéaliste (Tom Courtenay)... Tout ce petit monde va tourner autour de la Révolution de 1917 et jouer un rôle dans un étrange ballet, qui tourne autour de la personnalité de Youri Jivago, médecin et poête...
Le film est adapté d'un roman, écrit par Boris Pasternak et publié au départ... en Italie. Mais si Lean s'est évidemment attaché à adapter le roman, avec l'aide du scénariste Robert Bolt, il a aussi semblé prolonger l'expérience narrative de Lawrence of Arabia, dessinant à travers les souvenirs d'un personnage (Yevgraf), glanés durant sa vie parfois par des témoins extérieurs, la vie de son demi-frère... Et ce personnage, qui a vécu en large des bouleversements de la Révolution, et qui n'a jamais ni participé à ladite révolution, ni semblé la combattre, semble avoir traversé le chaos de cette période d l'histoire de la Russie, comme dans un rêve, partagé également entre deux voies: un méedcin de ville, marié et père raisonnable d'un puis deux enfants, auprès de la douce Tonya; et amant passionné de la farouche Lara, qui a reconnu en elle une âme de poête sans doute, et qui souhaite oublier la réalité du monde dans ses bras...
Le chaos qu'ils traversent, nous est raconté dans un film dont on se doute bien qu'il n'a pas été tourné en URSS... mais un peu partout en Europe! C'est une splendeur, dans lequel Lean se joue en permanence de l'espace et du temps, dressant des passerelles entre les êtres et les scènes, jouant d'un montage parfois étonnant, qui passe avec un grand souffle d'une époque à l'autre sans trop se soucier de cohérence totale... L'Histoire (la Grande guerre, la Révolution, la guerre civile dans l'URSS en devenir) y croise la petite histoire, celle des opportunistes (Komarovsky), des idéalistes (Antipov qui reviendra de la Guerre tellement sonné qu'il en deviendra un fou sanguinaire au service de la Révolution pour satisfaire ses appétits sadiques), des révolutionnaires encartés (Yevgraf) et bien sûr celle des petites gens, ballotés de lieu en drame (la famille de Tonya).
Au milieu de tout ça, lui aussi ballotté par l'Histoire et assistant à son déroulement sans toujours la cerner, se trouve un nouveau héros-Candide de David Lean, un homme qui a trop de romantisme en lui pour vraiment condamner les exactions de la Révolution, et trop de douceur pour céder aux sirènes du chaos. Un homme condamné à errer en marge de l'histoire qui se raconte autour de sa personne, un de plus...
Gladys (Alberta Vaughn) travaille dans un hôtel, avec certains de ses amis, dont Hazel (Gertrude Short) qui est standardiste comme elle, Jerry (Al Cooke) le détective et Jimmy (Kit Guard) le groom. Elle rencontre "hurricane" Sherlock, un boxeur très populaire... et un rien dragueur, qui la séduit, mais manifeste beaucoup de jalousie quand elle voit ses amis roder autour de la jeune femme...
C'est un court métrage de deux bobines, plutôt soigné, dont le script est assumé par un futur grand nom, qui a d'ailleurs réussi à obtenir un carton pour lui seul au générique, avec l'intégralité de son patronyme: Darryl Francis Zanuck. C'est l'un des films d'une série mettant en valeur des personnages récurrents, ce qui se ressent dans le ton... On est dans un domaine bien éloigné du slapstick burlesque et grotesque des studios spécialisés, et un peu comme chez Hal Roach, la comédie repose ici plus sur les caractères et motivations, que sur les gags visuels...
Ce qui n'empêche heureusement pas la gentille loufoquerie de l'ensemble... Par contre au delà du patronyme du boxeur, et du jeu de mots peu glorieux du titre (et c'est un spécialiste qui vous le dit), pas trace d'un quelconque Sherlock Holmes... Même pas le détective de l'hôtel!
Ce tout petit film fait partie d'une petite série distribuée par Universal, lancée par Otto Messmer et Pat Sullivan, consacrés aux aventures animées dun clone de Charlie Chaplin, d'ailleurs finement rebaptisé Charley afin de se prémunir contre d'éventuelles poursuites...
Le personnage est probablement animé à partir de films de mouvements réels, mais cet ancètre de ce que sera le rotoscopage finit par apparaître très mécanique... L'intrigue est basée sur l'idée que "Charley" se fait engager comme garçon de ferme sur une grosse exploitation, et bien sûr il est d'une redoutable inefficacité... Comme tant de dessins animés de l'époque, c'est dans l'animation des animaux qu'il se distingue, dans un style schématique mais efficace...
Ces films étaient de toute façon voués à l'échec, et peu probants. Et il est assez frappant à en voir aujourd'hui qu'ils usent et abusent... du dialogue! Car l'utilisation des phylactères, prouvant d'ailleurs que ce type de production était une émanation de la bande dessinée, est très envahissante et n'apporte rien à la légende de Chaplin... Résolument muet.