Une jeune femme mariée apprend que l'oncle écossais de son mari, qui va bientôt venir vivre chez eux, n'est pas qu'un avare, il est aussi riche. Elle essaie tous les trucs pour lui soutirer de l'argent...
L'oncle, c'est Jack Duffy, qui chez Al Christie était traité comme une vedette en raison d'un look particulièrement étudié qui le faisait ressembler à un vieillard... Ici, le ton est décidément à la farce avec un décalage constant enytre Duffy et son supposé grand âge, et la modernité de Lorraine Eddy, qui a tout de la femme de 1928... Avec beaucoup de vulgarité en plus.
C'est donc assez typique des films Christie: à la fois désireux de sophistication en montrant la vie des Américains contemporains, comme le faisaient les films Hal Roach, et tourné vers le bas-ventre avec de l'humour physique et rapide... La seule version qui ait survécu de ce film est réduit de deux à une bobine, mettant plus en valeur le personnage joué par Duffy.
Un homme se lève le matin avec une telle bonne humeur, qu'il semble impossible de le mettre de mauvais poil... Et pourtant, le sort s'acharne sur lui: jusqu'à quand résistera-t-il à une saine colère?
Disons qu'il y aura un moment où... Mais voyez plutôt le film, une gentille comédie domestique, comme on disait alors, qui a été tourné dans le cadre des productions Educational, une compagnie qui faisait une (petite) concurrence à Hal Roach. Wallace Lupino était le grande frère de la vedette Lupino Lane, et souvent son partenaire dans des courts métrages de deux bobines, qui sont sans aucun doute possible totalement frappés...
Il reste assez peu de ses films tournés en vedette: celui-ci est l'un des trois survivants...
La Grande Guerre bat son plein: du côté de Douaumont, 12 hommes accomplissent une mission suicide. Mais c'est le 11 novembre, et leur sacrifice paraît bien pâlot. L'un d'entre eux, Jean Diaz (Victor Francen) a survécu, mais il est déterminé à faire son possible pour utiliser son expérience afin de rendre impossible la guerre...
Dans les années 50, Gance survit lui aussi, aussi bien à l'oubli dans lequel il est plus ou moins relégué, qu'à son propre génie et aux idées particulièrement saugrenues qu'il a toujours eues. Son envie d'expérimenter étant la plus forte, il s'est allié à la jeune cinéaste Nelly Kaplan, et les deux vont confectionner un programme appelé Magirama, qui présente des films avec deux procédés nouveaux: l'un, inspiré de la Polyvision utilisée sur certaines copies de son Napoléon en 1927 (trois écrans qui diffusent des images antagonistes ou complémentaires), et l'autre, la Perspective Sonore, qui spatalise le son...
Parmi les éléments montés dans le Magirama, une version raccourcie de J'accuse (de 1938), qui utilise aussi des éléments du J'accuse de 1919, et quelques séquences de La fin du Monde... Sans oublier une Marseillaise chantée avec Damia, qui vient ajouter un soupçon de Napoléon (version 1935) dans la soupe...
C'est situé quelque part entre l'anecdotique et le génial, avec comme toujours chez Gance l'impression qu'il aurait peut-être fallu quelqu'un qui lui dose quand s'arrêter. Mais pour ce qui est de la séquence la plus spectaculaire, celle de la "levée des morts", comment lutter contre cette désespérante poésie... du désespoir?
Oublions un instant l'énormité du film, son casting de luxe et le fait qu'il ait raflé un paquet d'Oscars. Concentrons-nous plutôt sur ce qui compte: Lawrence of Arabia est à la fois un point de départ, un aboutissement et une confirmation. Une oeuvre colossale certes, mais maîtrisée à 100 %, par un génie de la pellicule qui profite au maximum de ses nouveaux jouets (Décors sublimes, 70mm, carte blanche) tout en creusant un peu plus son sillon personnel: comme ses plus grands films, Lawrence est le récit d'un parcours en marge, d'une oeuvre paradoxale, en même temps que l'étude d'un dérapage humain plus grand que nature...
Un homme meurt dans un accident de moto, sur une petite route de campagne. T.E. Lawrence (Peter O'Toole) vient de mourir, et un journaliste se rend à la sortie du service funéraire, apostrophe quelques compagnons de route. Tous semblent se défiler. Ironiquement, seul un quelconque sous-fifre semble favorablement répondre à la requête du journaliste... s'ensuit un long flash-back, mais ce début est trompeur: on ne reviendra pas à ce moment posthume de tout le film, et il ne s'agira pas de juger la mémoire du héros, ni d'en cerner tous les contours. Le film est simplement le récit de l'arrivée de T. E. Lawrence en Arabie, de son coup de foudre extraordinaire pour le désert et ses modes de vie, mais aussi de sa découverte d'un penchant sanguinaire pour la violence, qui va s'exacerber dans une suite de batailles toutes plus violentes et hasardeuses les unes que le autres... Lawrence, vite surnommé "d'Arabie", va participer en 1916-1918 aux profonds bouleversements qui agitent le moyen-Orient, d'Aqaba à Damas, et va accomplir un travail gigantesque. Il croyait pouvoir travailler pour l'unification des peuples Arabes, mais il va surtout faire le sale boulot pour la couronne Britannique...
Une fois de plus, Lean se penche sur un parcours en marge, sur un homme qui a une oeuvre à accomplir, même si elle n'est pas en tout point glorieuse. Il se livre à une narration chronologique, une fois passé le prologue, et à aucun moment ne jugera Lawrence. Pour ce qui est de ses 'supérieurs' (un terme à prendre comme une certaine ironie, puisque Lawrence n'a que dédain pour la hiérarchie, et le prouve constamment), c'est autre chose: la façon dont le Roi Faiçal (Alec Guiness), le général Allenby (Jack Hawkins, qui dit au moins trois fois dans le film 'je ne fais pas de politique, Dieu merci', mais c'est un odieux mensonge) et le politicien incarné par Claude Rains s'assoient autour d'une table pour se partager le gâteau apporté par Lawrence, fait l'objet d'un commentaire acerbe, mais ce n'est pas le héros qui le prononcera: Lawrence vient de sortir de l'Histoire pour entrer au musée...
On ne juge pas l'homme, pas plus qu'on ne jugeait chacun des quatre protagonistes de Bridge on the river Kwai, tous unis par le pont, et antagonistes par les motivations contradictoires; on ne jugera pas non plus Zhivago, qui lui a refusé de choisir face à l'histoire en marche, ou la Fille de Ryan lorsqu'elle trompera un mari trop compréhensif. Mais Lawrence se juge lui-même, et ne s'aime pas: l'une des clés du film reste bien sûr ce moment où, après avoir tué un homme puis conduit à la mort un autre par erreur, il avoue qu'il a tué deux hommes, et il y a quelque chose qui ne lui a pas plu: c'est que tuer lui a procuré du plaisir... Cette découverte d'un instinct sanguinaire chez le héros du film contraste bien sûr avec l'élégiaque dimension de la première partie, symbolisée par ces plans fascinés autant que fascinants, du soleil levant à l'horizon du désert, des caravanes filmées en grand angle, en 70mm, et cette magnifique propension contemplative qui a donné une réputation au film comme au cinéaste.
Non, donc, Lawrence n'est pas l'histoire d'un pacificateur, juste celle d'un homme qui restera privé jusqu'au bout, et qui aura fait des grandes (Et moins grandes) choses comme par accident, parce que l'impulsion ou les goûts d'un moment le lui permettaient. Et le film est une fois de plus pour David Lean l'occasion d'explorer certains contours de l'âme humaine autour d'un choix ou d'une série d'options (De Brief encounter à Passage to India, un thème récurrent de son oeuvre), et de pointer du doigt, d'une façon aussi humaine que possible, ce qui est bien l'expression d'une perversion: car la guerre, comme toujours, peut être pour tout humain la porte ouverte au pire.
Dans une petite maison, des brigands (que dans leur infinie rouerie, les créateurs de ce film ont affublé d'effets qui les identifient immédiatement comme des gitans) tentent de s'introduire et menacent la maman. Mais l'un des enfants 'Billy Barty) veille au grain.
C'est affligeant, qu'après quelques décennies le cinéma ne se soit pas toujours élevé au-dessus des clichés "raciaux", je hais ce mot. ce film dont il ne subsiste qu'une moitié (la deuxième bobine) est du tout-venant, sans âme ni véritable intérêt. Billy Barty, un enfant au physique particulier, était déjà à 5 ans un vétéran, et pour l'anecdote, la copie n'est pas muette: tournée sans le son, mais post-synchronisée... Mal.
Horace (Arthur Lake) est un grand benêt qui rencontre Betty, et les deux sont clairement attriés l'un par l'autre. Tout irait pour le mieux, si au moment d'un rendez-vous, le jeune homme serviable ne devait se voir confier un enfant par une inconnue "pour une minute". La suite, bien sûr, va de quiproquo en dénégations, le tout sous l'oeil de plus en plus agacé d'un gendarme.
Le nom d'Arthur Lake ne me disait rien au moment de commencer à regarder ce film, et le fait est que ce court métrage d'une bobine n'a pas besoin de nous l'expliquer... Il fait ce qu'il peut, mais il n'est pas grand chose. Le prétexte est fin comme une feuille de papier à cigarette, ce qui n'est pas forcément gênant (l'intrigue de The Kid, par exemple, n'est pas non plus un roman de John Grisham), et la fin est un peu prévisible...
Big Boy (Malcolm Sebastian) est un garçonnet qui ne fait que des bêtises. Son père, qui est policier, l'a confié à sa soeur mais celle-ci n'en peut plus, et le lui rend. Problème: à la caserne, le chef est "tellement méchant", nous dit un intertitre, "que tout ce que son épouse reçoit lors de ses anniversaires, c'est un an de plus". Celui-ci a décidé qu'aucun enfant ni aucun animal (sic) n'aurait le droit de se trouver dans la caserne... Il va falloir ruser. Mais comment ruser avec un garçon pour qui l'attrait de la bêtise à faire est le plus fort?
C'est frappant, et je me permets de commencer cette non-analyse par une digression parce qu'après tout j'ai tous les droits, de constater à quel point sans doute les concepteurs de ces comédies burlesques du muet n'aimaient pas les enfants, ou en tout cas s'attachaient à les décrires sous les pires auspices. Bien sûr je ne m'en plaindrai pas, aprs tout il y a bien longtemps que j'ai quitté cette catégorie... Et derrière les saillies vachardes d'un W.C. Fields ("une personne qui n'aime pas enfants ne peut pas être tout à fait mauvaise"), par exemple, se cachait sans doute une énorme pudeur. On constate et Kevin Brownlow l'a souligné, que Chaplin confiait aux enfants la responsablité des pires catastrophes, et nous montre son héros nourrissant dans Easy street des enfants comme s'ils étaient des poulets. Pourtant il en a eu, et plus d'un. Et il a tourné The kid...
La dette de ce film à Jackie Coogan est impressionnante. Si j'étais le père du petit dans le film, je collerai un procès aux basques de la tante: mais qu'est-ce que c'est que cet accoutrement? ...Le film doit aussi beaucoup à la série de courts métrages Our gang, d'ailleurs au départ, la production de cette série de films avec le petit Malcolm Sebastian tournait autour de plusieurs gamins, avant que l'un ne vole la vedette aux autres... Quoi qu'il en soit, ici, ce seront bétises, catastrophes, quiproquos, ça ne fait pas dans la subtilité, mais c'est effectué avec une belle énergie.
1991, à Gloucester (Massachussets), l'équipage de l'Andrea Gail se prépare à partir pour une pêche en mer, sans savoir que l'ouragan Grace va se mêler de l'entreprise... L'histoire est vue selon des points de vue variés: dans les bureaux de la chaîne de Boston WNEV-TV, un météorologue (Christopher McDonald) voit apparaître sur ses infos la tempête extraordinaire qui s'annonce et la qualifie même de "Perfect storm"; en mer, un bateau de plaisance, le Mistral, avec à son bord trois personnes, dont le propriétaire qui prend les choses à la légère; depuis la terre, là où les compagnes et la famille des marins de l'Andrea Gail s'inquiète au fur et à mesure de la situation; depuis les appareils (avions, notamment) des sauveteurs; et enfin, sur l'Andrea Gail où chabitent des marins qu'on a vus au départ dans leur milieu, sur le port...
Des gens qui s'apprécient ou se détestent (John C. Reilly et William Fichtner), qui débutent (Mark Wahlberg) ou qui n'en sont plus à leur coup d'essai (John Hawkes), et puis bien sûr le capitaine du bateau: George Clooney.
Alors le film est vraiment structuré de façon très classique, avec d'abord un préambule dans lequel se mettent en place les caractères, mais aussi les inquiétudes inhérentes à la vie de marin-pêcheur ou des membres de la famille; les personnages sont ultra-définis, et on est constamment aux abords du cliché... Le choix de Petersen a été de ne pas offrir de happy-ending à ce qui reste une histoire vraie, mais son propos, je pense, était d'abord et avant tout d'offrir du spectaculaire: pour ça, on y a droit. Je sais qu'aujourd'hui on en ferait une montagne sur les effets spéciaux ou non, mais de fait le film reste crédible dans la mesure où il nous offre un point de vue documenté sur ce que sont les conditions de vie dans un moment comme celui vécu par les marins, donc en plein ouragan...
Mais il y a dû avoir un travail monumental pour obtenir ces images, j'en suis conscient, mais... Ce qu'on demande à un film comme celui-ci finalement, n'est pas de nous épater avec des effets spéciaux, mais de nous donner quelque chose qui fasse parfaitement illusion, et nous donne l'impression d'assister à la vérité. A mon sens, les images maritimes et de tempête, nous en donnent une vision très spectaculaire mais aussi parfaitement réaliste. Là où le bât blesse, c'est par contre dans le reste, cette impression d'un scénario de film-catastrophe, ce moment où on voit au début les uns et les autres, comme ces deux pêcheurs qui se détestent: on SAIT qu'avant la fin du film ils mourront dans les bras les uns des autres. La musique de James Horner, elle aussi, est sans doute un poil trop héroïque pour être honnête...
Mais que voulez-vous? ...C'est distrayant, il y a George Clooney, je sais que j'enfonce le clou en terminant ainsi mais... "Ca se laisse regarder".
Deux amoureux (Anne Cornwall, James Harrison) ont décidé de s'enfuir pour se marier en secret. Le père téléphone à la mairie pour leur demander de gagner du temps: les employés municipaux vont donc donner une licence... pour la possession d'un chien, au lieu des documents de mariage. Mais les deux tourteraux, persuadés d'être mariés en bonne et due forme, se rendent à Tijuana pour leur lune de miel...
Sur la route, ils ont un accident, et suite à un quiproquo, le jeune homme est embastillé dans la prison locale. Le problème c'est que c'est justement ce jour-là que le maire (Jack Duffy) doit inaugurer le chantier de la nouvelle prison, en commençant par faire sauter l'ancienne geôle... Une course contre la montre commence donc.
C'est une production Christie, du nom du troisième producteur de comédies le plus influent après Mack Sennett et Hal Roach à l'époque du cinéma muet aux Etats-Unis... Anne Cornwall en est la vedette: on la connaît surtout pour sa participation à College avec Buster Keaton l'année précédente. Au moment du tournage de ce film, elle avait 31 ans, et n'a sans doute pas pu faire une carrière en tant que leading lady de comédies, tant ce monde était dominé par les hommes... C'est domage, car dans ce film elle est tout sauf une potiche, et participe allègrement à la fiesta, avec une belle énergie.
L'énergie, et la vitesse, sont sans doute les maître-mots du film: on y court tout le temps, ou on emprunte des véhicules à grande vitesse! La copie du film actuellement disponible (c'est probablement l'unique version en circulation) a beau ne durer que 14 minutes, on y trouvera des poursuites endiablées, des gags motorisés avec concurrence entre train et voiture, une course (littéralement) d'Anne Cornwall pour empêcher l'explosion de la prison dans laquelle son amoureux a été enfermé, et même Jack Duffy, qui joue un vieillard, doit courir après une voiture...
A propos de ce dernier, au physique si caractéristique, et qui jouait souvent les vieillards un peu fripons (pour ne pas dire libidineux, un intertitre nous prévient ici que le maire "préférait deux filles de 18 ans à une femme de 36"), il faut savoir qu'il était agé au moment de la production de 46 ans seulement. Le personnage sans dentier et avec bouc blanc, qu'il a si souvent incarné était indubitablement tributaire du maquillage... Et peut-être aussi d'une mauvaise dentition...
Quand le film commence, il se veut une adaptation du célèbre conte Boucle d'or et les trois ours (Goldilocks en anglais), situé à la fois dans des décors de studio, et dans les sous-bois du New Jersey... Tout y est, les ours (des acteurs déguisés, fatalement, et dotés non seulement d'une maison cossue, mais aussi de vêtements), la petite fille, l'anecdote des trois bols de soupe, les trois lits...
Au milieu du film, la fillette assiste à un étrange ballet, six ours en peluche, de taille échelonnée, qui dansent. Et lors d'une poursuite finale, le film sort de son cadre en faisant intervenir... Teddy Roosevelt lui-même! Le 26e président des Etats-Unis était en plein second mandat, et c'était un personnage haut en couleurs (il y en a d'autres, me direz-vous, mais lui au moins n'était pas un fasciste ou un sexiste notoire)... Parmi les légendes colportées à son sujet, un fait d'armes qui ne passerait pas aujourd'hui: lors d'une chasse, le préseident Roosevelt avait abattu des ours adultes et épargné un petit. Du coup, les marchands de jouets avaient eu l'idée de créer une poupée-ours pour commémorer l'incident, et c'est ainsi que naquirent les "Teddy" bears, d'après le surnom du président. La presse s'en est beaucoup amusé, en représentant souvent Roosevelt en chasseur...
A la fin du film, donc, c'est le président-chasseur (du moins un sosie) qui sauve Boucle d'Or et abat les deux parents-ours, sans le moindres scrupule, avant d'épargner le petit, mais à la demande de la fillette... J'imagine que le film ne passerait pas aujourd'hui.
Au-delà de son télescopage de deux thématiques (le conte de fées et le cartoon de presse), le film est un étrange mélange, entre théâtralité classique (la scénographie de l'arrivée de Boucle d'or, par exemple, dans la neige au début du film) et tentation d'un cinéma du dehors (les sous-bois sont si souvent le théâtre des films de Porter!), mais aussi avec la présence de cet étrange ballet animé en stop-motion au milieu du film...