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23 juin 2022 4 23 /06 /juin /2022 16:19

Une jeune femme, Danny (Hadar Katz) arrive à une fête nocturne, dans un appartement où tout le monde danse, sniffe des trucs ou des machins... Avant d'entrer, elle verra un papillon mourant qui peine à voler, et elle en parlera même quelques minutes plus tard, pour masquer sa gêne. C'est que Danny, dans le premier chapitre de ce film, a une lourde tâche: elle doit annoncer au garçon avec lequel elle a eu des relations récemment, qu'elle est enceinte... Avant de le trouver, elle a une discussion avec des copines, propre à la dégoûter à tout jamais de l'avortement... Max (Leib Levin), donc, le garçon, est bien là, mais il n'est pas seul, il est avec Avishag (Elisheva Weil), sa nouvelle petite amie...

Dans le deuxième chapitre, nous assistons au quotidien de Max et Avishag. Chez cette dernière, il passent beaucoup de temps au lit, et Avishag demande à Max de ne pas hésiter à épicer un peu leurs rapports. Il va le faire, et y mettre tellement de zèle que ça en deviendra gênant... Toute idée, décidément, n'est pas forcément à mettre en application.

Dans le troisième chapitre, Avishag (qui arrondit ses fins de mois en prenant en charge et en promenant des chiens dont les propriétaires ne peuvent pas s'occuper 24 heures sur 24) rend un service à l'un de ses "clients": elle vient faire du dog-sitting chez lui... Mais elle est troublée par ce qui s'est passé avec Max, et elle préfère s'endormir chez le propriétaire de Blanca, plutôt que de rentrer chez elle... 

Trois tranches de vie, toutes marquées par une mise en scène au plus près des acteurs: la caméra au plus près, et des plans-séquence privilégiés. On apprécie dans la mesure où ce dispositif permet aux acteurs d'habiter leurs personnages. Dans le deuxième segment, le fait que les amants soient un couple "à la ville comme à l'écran" permet à Hadas Ben Aroya d'y aller franchement, et on est pantois devant le naturel des scènes charnelles... Dans lesquelles la douleur et la violence vont s'installer tout doucement. Et si on constate que l'épisode de Danny est finalement assez réduit par rapport aux aventures d'Avishag, il est essentiel: elle raconte une anecdote qui éclaire la relation des deux autres protagonistes: elle a eu une relation lors d'un voyage, avec quelqu'un, et a regretté dès le lendemain d'avoir eu des mots d'amour avec lui... Il semble qu'après avoir (à sa demande) expérimenté l'amour brutal, Avishag se soit trouvée complètement guérie de son affection pour Max...

Cette fable qui montre la façon dont ces jeunes israéliens sont complètement déboussolés malgré leur ouverture d'esprit, leurs opportunités, et leur liberté, se résoudra de façon inattendue, entre Avishag et un quinquagénaire ventripotent, étonné tout à coup de séduire une jeune femme qui s'émeut de le voir ému...

Moralité: il ne faut pas jeter les vieux avec l'eau du bain!

 

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Published by François Massarelli - dans Mettons-nous tous tout nus Zizi Panpan
21 juin 2022 2 21 /06 /juin /2022 06:33

Un groupe de touristes Anglo-Saxons visitent une réserve, et les toilettes des dames sont une source d'inspiration pour une jeune femme de la tribu. Elle se rend en ville pour acheter des vêtements, se retrouve attifée n'importe comment, et son petit ami qui l'a suivie déclenche une panique...

Le film serait totalement passé inaperçu s'il n'était aujourd'hui sorti de la naphtaline précisément en raison du nombre d'accrocs au politiquement correct qu'il contient... A commencer par son titre: de la même manière qu'en 2022 on ne peut raisonnablement appeler aux Etats-Unis les populations indigènes des Indiens, le terme squaw est par exemple suffisamment offensif pour être symboliquement réduit (le A est remplacé par une étoile) sur des fiches consacrées au film, publiées par exemple sur IMDB.com...

Je passe sur l'idée d'un groupe de touristes se rendant à la réserve comme on se rend au zoo, sur le fait que les membres de cette "tribu" (je suppose que le terme est également problématique) soient habillés en permanence en costumes traditionnels, ou sur le fait que tout se résoudra dans un scalp... Ce court métrage nous montre qu'il y a, quand même, eu du chemin de parcouru. Notons que la plupart des protagonistes habitant la réserve ont par contre été interprétés par d'authentiques membres d'une communauté indigène.

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie
20 juin 2022 1 20 /06 /juin /2022 16:43

Natalie Ravenna (Shirley Knight) est mariée à un jeune homme, ils sont probablement un couple sans histoires... mais Natalie est enceinte, ce que Vinny ne sait pas. Et elle n'est pas sûre de vouloir le bébé, pas plus qu'elle n'est sûre de vouloir continuer la vie avec son mari. Elle prend le large, avec l'immense station wagon Ford: vers l'Ouest, sans but réel si ce n'est se trouver. En chemin elle prend un auto-stoppeur, dans le but de passer une nuit avec lui. Mais Jimmy Kilgannon, dit Killer (James Caan) n'est pas un homme rassurant avec lequel passer la nuit: ancien footballeur d'élite, il a été victime d'un accident qui l'a privé de ses facultés. Elle se retrouve à être responsable pour deux, en compagnie d'un grand gaillard qui a de l'affection pour elle, mais ne comprend rien à rien...

C'étaient les années 60, bientôt 70. Les francs-tireurs Californiens (Lucas, Coppola, Milius, Spielberg) et New Yorkais (Scorsese) se lançaient dans l'aventure d'un cinéma indépendant et surtout différent. Ici, on est très éloigné dans cette aventure presque immobile, du cinéma Américain traditionnel, et c'est précisément ce que voulait Coppola, qui fait tenir tout son script sur un petit bout de bonne femme qui ne sait pas ce qu'elle veut, mais qui sait surtout ce qu'elle ne veut pas. Et le choix de ne pas donner de visage à Vinny, le mari qu'on ne verra jamais, nous montre bien qu'ici il s'agit bien de la vie, des choix, des décisions et pourquoi pas des erreurs de Natalie, qui se refuse en simple adjonction à un home par la grâce du mariage...

Et elle n'est pas à l'aise non plus avec le rôle traditionnel et protecteur d'une mère, fut-elle de substitution: Caan, en grand costaud amoindri par la vie, est touchant et très juste; un autre personnage important est interprété par Robert Duvall: il joue un policier qui arrête Natalie avant de la ramener chez lui, et ça va mal, mais alors très mal se passer.

C'est un film exigeant, pour ne pas dire déprimant: il s'y passe malgré tout beaucoup plus de choses que dans The conversation (il faut dire qu'il ne se passe rien dans The Conversation!). Il est par ailleurs amusant de constater qu'à l'époque, Duvall et Caan habitaient ensemble dans un esprit bohême, eux qui allaient devenir parmi les plus conservateurs des acteurs dans les années 80 et 90. En attendant, l'étape suivante pour Coppola était The Godfather.

 

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Published by François Massarelli
20 juin 2022 1 20 /06 /juin /2022 16:04

Daisy Doodad (Florence Turner) est obsédée par une compétition bien particulière, qui consiste à réaliser les plus belles grimaces... Elle va tout faire pour réussir à obtenir le premier prix, y compris se faire sérieusement remarquer dans la rue: voir illustrations...

Pour reprendre une expression anglo-saxonne (triple threat), Florence Turner, comme Lois Weber, était une triple menace: actrice, scénariste, réalisatrice... Ce court film date d'une période durant laquelle la comédienne tournait à Londres, et part d'une authentique tradition Anglaise, le concours de grimaces...

Le film est surprenant parce qu'il réussit à faire la jonction entre la comédie mesurée telle que, par exemple, Weber mais aussi Alice Guy la concevaient, et y injecte une solide dose de grotesque par le seul truchement des grimaces de Mme Turner. Celle-ci, par ailleurs, n'a pas peur d'y aller franco!

C'est donc une comédie qui prend racine sur la peinture des classes moyennes, et en cela elle est très en avance, car c'est exactement la direction que va prendre le genre aux Etats-Unis dans les années 20. Et puis elle est rigolote, ce qui ne gâche rien... Pour accomplir une partie de ma mission (secrète) d'édification des masses, j'ai ajouté à cet article une photo de Mme Turner au naturel. Je vous laisse la trouver...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Muet Florence Turner
19 juin 2022 7 19 /06 /juin /2022 10:38

Dans une petite communauté de Nouvelle-Angleterre, deux événements simultanés, sans rapport apparent, vont bouleverser la vie locale: d'un côté, l'armée va installer une base sur la commune, pour un projet ultra-secret, ce que la population accueille avec une méfiance évidente; de l'autre, le très frustré Harry Bannerman (Paul Newman), qui habite justement dans la ville, et est marié et père de deux enfants, doit subir les avances insistantes d'une voisine, Angela, également mariée (Joan Collins) mais désireuse d'aller voir ailleurs si l'eau est bonne... Et Grace Bannerman (Joanne Woodward) va justement être le témoin d'une situation qui va lui donner une impression évidente que son mari la trompe avec ladite gourgandine... Grace, qui est présidente de tous les comités de préservation des us et coutumes locaux, a justement nommé son mari pour représenter la communauté, ce qui va l'éloigner un temps de son domicile.

La scène dont il était mention plus haut, est du boulevard revisité par le slapstick, ce genre de situation dans laquelle on imaginerait volontiers l'acteur Charley Chase, spécialiste au temps du muet de ces accumulations d'indices qui sont autant de hasards, mais peuvent être lus par n'importe qui comme autant de preuves d'un adultère: il faut dire qu'en rejoignant son mari par surprise dans un hôtel de Washington, Grace va tomber dur Harry en caleçon, et Angela en déshabillé vaporeux... Et pourtant, il ne s'est rien passé!

Et puisqu'on parle de Charley Chase, faut-il rappeler que Leo McCarey fut son élève, puis son metteur en scène quasi attitré entre 1925 et 1927, et qu'à eux deux ils ont justement accumulé les chefs d'oeuvre de la comédie burlesque, tendance problème matrimonial: le genre le plus évidemment représenté chez Hal Roach. ON ne s'étonnera pas qu'une certaine folie douce héritée de ces temps héroïques, flotte sur le film, jusqu'au jeu de certains acteurs. Si Paul Newman n'est pas vraiment à l'aise en Charley Chase, il y a un rien d'Anita Garvin dans Joan Collins, en plus outrageusement sexy cela va sans dire... Et Jack Carson, qui interprète un capitaine plus que borné, est aussi assez proche de ce qu'Oliver Hardy aurait pu faire d'un tel rôle. Donc pour son dernier film, Leo McCarey revient aux sources, comme il était revenu à l'un de ses films favoris (Love Affair) en en faisant un remake avec An affair to remember, l'année précédente.

Maintenant, le film a une toute autre dimension qui n'est pas à négliger si les comédies du muet prenaient souvent le bonheur conjugal comme terrain de jeu, elles n'allaient pas dans le sens d'être très explicites sur le terrain de la sexualité... Mais avec son dernier film, McCarey est confronté à une période de grande mutation qui va mener à la libération des moeurs cinématographiques. En clair, Billy Wilder et The seven-year itch, d'ailleurs également produit par la Fox, sont passés par là... Et le metteur en scène appelle un chat un chat, le nombre de fois où un personnage tente ouvertement d'en amener un autre dans la chambre à coucher est impressionnant... Et la confrontation finale entre Paul Newman et Joanne Woodward, qui s'opposent physiquement sur le soutien à apporter aux militaires dans leur projet ultra-secret (l'envoi d'un primate en orbite), passe par une chorégraphie parfois digne du Kama-Sutra...

Coquin, McCarey? Peut-être, mais surtout, le film est pour lui l'occasion d'envoyer un ou deux missiles en direction de la communauté W.A.S.P, qui infeste les communautés cossues de Nouvelle-Angleterre... Ici, ces conservateurs protestants sont saisis dans toute leur hypocrisie, entre les coucheries de leurs épouses, et les célébrations stupides de l'héritage des pionniers du Mayflower. Pour le catholique Irlandais McCarey, la cible était trop belle.

Ah, au fait, le primate qui sera envoyé sur orbite est un militaire. Faute de singe...

 

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Published by François Massarelli - dans Leo McCarey Comédie
18 juin 2022 6 18 /06 /juin /2022 18:58

Quelques étapes de la vie de Marième (Karidja Touré), dite Vic, une jeune fille de la banlieue Parisienne, qui vient déchouer à sa deuxième tentative de classe de troisième: elle a trop à faire à la maison, entre un frère aux mains un peu trop lestes, et deux petites soeurs à superviser, la mère étant sinon absente, du moins inexistante: quand Marième lui dit qu'elle va entrer en seconde (ce qui bien sûr est faux), elle ne réagit pas... Dans ces conditions, Marième a besoin d'un échappatoire, et elle le trouve dans une "bande de filles", donc, trois inséparables copines à la vie à la mort qui survivent la déconvenue d'être des filles en banlieue, en s'adaptant, parfois au dépense des plus faibles... Ce qui implique de la tchatche, beaucoup même, mais aussi une certaine capacité pour la violence... 

Le film n'est pas La Haine, ou la chronique d'une nuit: c'est une histoire qui se déroule sur plusieurs mois, et essentiellement sur les mois d'été. On retrouve cet aspect dans les quatre longs métrages de Sciamma, d'ailleurs, qui s'intéresse clairement à ces périodes charnières dans la vie de personnes qui vont voir certains aspects de leur vie se révéler... On retrouve la dimension féminine, voire féministe, à travers aussi bien l'entraide que la rivalité entre les jeunes femmes. Une des plus belles scènes montre malgré tout une virée entre plusieurs bandes de copines, une vingtaine de filles de la banlieue qui vont toutes à Paris... C'est souvent le verbe haut, toute attitude dehors que les filles affrontent le monde.

Mais le film est surtout la chronique d'une inévitable chute, celle qui va pousser Marième hors du cocon familial, loin de son frère, pour affronter le monde le croit-elle, avec ses propres armes. Mais quand on deale pour un caïd de quartier, presque respectable du haut de ses trente ans, et que le spectre de la prostitution est là à attendre, on n'a pas ses propres armes. Le film est dur et prenant, mais jamais misérabiliste. Il limite les protagonistes aux seuls habitants des cités, le langage à cette étonnante version du français, et le destin des filles à deux possibilités: se marier et faire des enfants, ou...

Contrairement aux autres longs métrages de Céline Sciamma, celui-ci n'explore pas les possibilités liées à une autre sexualité, mais le doute reste permis dans la fascination de Marième pour Lady (Assa Sylla), celle qui mène son monde au début. Et Marième esquisse des mécanismes de défense quand elle deale, qui impliquent le fait de masquer son identité sexuelle: cela lui sera d'ailleurs reproché par son petit ami... Tout l'univers militant de la réalisatrice n'est donc, clairement, jamais très loin. Et les actrices, autant que les acteurs, sont fantastiques de vérité. Admettons, toutefois, que les acteurs sont quand même clairement relégués à l'arrière-plan, et n'ont pas du tout le bon rôle...

 

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Published by François Massarelli - dans Céline Sciamma
18 juin 2022 6 18 /06 /juin /2022 13:43

Eve (Emily Browning) est australienne, elle vit en Ecosse, pour ses études du moins c'était l'idée. Internée dans un hôpital où elle est soignée pour son anorexie, elle fait le mur et rencontre dans un concert James (Olly Alexander), un guitariste-auteur-compositeur qui souhaiterait percer. Elle aussi... Une fois remise sur pied, au début de l'été, elle se met en quête de le retrouver pour lui exposer son projet: chanter, faire de la scène, arranger et enregistrer ses chansons. Avec leur amie Cassie (Hannah Murray), les deux s'y mettent...

C'est un projet de longue date, subliminalement autobiographique, de Stuart Murdoch, chanteur et auteur compositeur du groupe de Glasgow Belle and Sebastian. Il souhaitait élargir sa palette en créant un nouvel univers en chansons; le film s'est fait grâce à la création des service de Kickstarting...

On retrouve la patte du groupe Belle and Sebastian, d'ailleurs, cette pop sucrée, allusion permanente aux grands moments d'une sunshine pop des années 60 (un single de The left banke, pourtant un authentique groupe Américain, est visible sinon audible dans une scène). Le film semble nous montrer un univers parallèle sur une sorte de planète pop... Où les gens courent après les groupes de rock dans les rues, ce qui nous rappelle fortement quelque chose...

Emily Browning et Hannah Murray prêtent leur étrangeté et leur gentille excentricité au projet: Browning en particulier est, visuellement totalement compatible avec un projet qui tente de se reconnecter avec la pop de 1966, mais tout ça est bien léger, trop sage et souvent trop retenu... Comme Stuart Murdoch lui-même, tiens donc.

 

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Published by François Massarelli - dans Musical
16 juin 2022 4 16 /06 /juin /2022 07:54

La vie de Marie Curie, contée en flash-back à partir de 1934 quand, malade, elle est transportée à l'hôpital, où elle va mourir d'un cancer du à une fréquentation trop prolongée du radium...

L'idée part d'un roman graphique: le roman graphique étant un terme adapté de l'anglais, désignant une bande dessinée dont les auteurs et/ou éditeurs ont souhaité faire un objet respectable et non, pouah, une bande dessinée. Que Marjane Satrapi, elle-même talentueuse graphiste, en soit la réalisatrice, c'est après tout totalement dans la logique des choses. Elle propose donc une vision constamment inventive de l'histoire de Marie Curie, interprétée par rien moins que Rosamund Pike, l'actrice qui peut tout jouer... et tout porter.

Car Rosamund Pike, j'en profite pour le dire ici parce que si je m'en tiens à ce film raté, ce sera fini en deux lignes, a un rare talent pour habiter un personnage à partir de ses vêtements: dans I care a lot, c'est une évidence. Dans Gone girl (son rôle le plus beau?), elle joue  merveille de son apparence. le personnage aussi, bien sûr. Dans cette biographie tarabiscoté et anecdotique de Marie Curie, née Sklodowska, il y a une scène, au début, où la mode 1930 lui sied merveilleusement: elle y apparaît en femme indépendante, rien qu'un geste dans toute sa complexe architecture de robes et veste, et son autorité sur le monde semble se matérialiser sous nos yeux. Pas par la suite pourtant, car l'actrice, et son personnage, semblent disparaître du film, sous un monceau de poncifs, de dialogues indigents, et de parti-pris douteux:

Par exemple, le fait d'entrecouper la narration de visions des conséquences des découvertes de Marie Curie, de la bombe larguée par Enola Gay à Tchernobyl, et de constamment jongler avec la chronologie, n'a pour effet que de perdre le spectateur. Marie Curie vaut mieux que ce naufrage... Rosamund Pike aussi.

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Published by François Massarelli - dans Boum!
15 juin 2022 3 15 /06 /juin /2022 09:05

Un couple avec problèmes et enfants (Maddox, c'est une fille, onze ans, et Trent, 6 ans) se rend dans un complexe touristique exotique pour un week-end prolongé. Pendant le séjour, on leur suggère une plage spectaculaire pour y passer la journée, ce qu'ils acceptent de bonne grâce...

Ils n'auraient pas du: sitôt arrivés, c'est la pagaille. Un hôte présent semble en état de choc, un cadavre est ramené par la marée, et les enfants commencent à montrer des signes alarmants de croissance accélérée... 

Mais vraiment accélérée.

Et à propos d'accélérer, vous pouvez passer à autre chose, maintenant, car M. Night Shyamalan, auto-promu petit génie d'Hollywood par la seule grâce d'un film (son troisième), en 2000, est désormais fidèle à la réputation qu'il a acquise à partir de Signs, son cinquième long métrage: celle d'enchaîner nanars sur nanars, et de se vautrer dans les grandes largeurs. Le genre qui tournerait Blue Velvet en montrant un prof d'université se penchant sur son microscope, puis proférer d'une voix inquiétante 'je suis formel, cette oreille n'est pas humaine!'... 

Et Old, au pitch d'un crétinisme déjà bien entamé, n'est absolument pas en reste, ça non: des personnages tellement stéréotypés qu'on n'ose les décrire, des dialogues d'une insondable bêtise, des prétentions affichées (oui, car ce navet cosmique d'horreur est supposé traiter de la famille comme le film d'Ari Aster, Hereditary. Le fossé entre les deux oeuvres est pourtant, lui aussi, insondable!), une tendance jamais démentie à recycler les pires astuces de scénario des films fantastiques à petit budget des années 80, et une intrigue du plus haut ridicule. Si ce n'est pas un navet d'or, je ne vois pas ce que ce serait! 

Topinambour d'argent?

Ah, et puis puisque vous n'allez pas le regarder pour l'intrigue, sachez que c'est l'industrie pharmaceutique qui a fait le coup! On savait que Shyamalan se prenait pour Spielberg, mais maintenant, son modèle serait-il Didier Raoult?

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Published by François Massarelli - dans Navets
13 juin 2022 1 13 /06 /juin /2022 15:13

Un détective est tué alors qu'il s'apprêtait à faire un petit travail de routine: protéger une cliente... Le partenaire du détective, Sam Spade (Humphrey Bogart), reprend les choses en main et se retrouve au milieu d'un panier de crabes particulièrement sordide, entre la cliente, Brigid O'Shaugnessy (Mary Astor), qui admet à un moment qu'elle est une menteuse aguerrie, le très délicat Joel Cairo (Peter Lorre), qui inspire tout, sauf la confiance; et enfin l'imposant Gutman (Sidney Greenstreet), qui semble tirer les ficelles, à moins que là encore ce ne soit un mensonge. Tous semblent avoir trempé dans les divers meurtres qui seront perpétrés durant le film. Tous sont prêts à absolument tout pour doubler les deux autres, dans leur quête d'un objet unique et rare: une statuette de Faucon, incrusté de joyaux mais déguisé en une quelconque babiole... Sam Spade ne tarde pas, lui aussi, à convoiter la bestiole.

C'est le deuxième film noir d'importance à la Warner, et on pourrait sans doute argumenter que c'est le premier film qui semble être consciemment et systématiquement représentatif du genre: un enchaînement rapide de scènes, qui font intervenir les personnages dans le dédale de leurs rapports et conciliabules, entre traîtrise, poudre aux yeux, alliances chargées de possibilités, et guet-apens fatal. Huston a eu recours à un script qui contient un dialogue abondant (le principal défaut du film sui vous voulez mon avis, Hitchcock et Hawks, dans leur réappropriation du genre, règleront ce défaut), mais l'a entièrement soumis à une mise en scène de précision. Les acteurs de théâtre, Bogart le premier, se sont glissés sans peine dans leur personnage et c'est ce qui fait le prix du film: une galerie fascinante de tordus et de gens prêts à tout.

Sam Spade n'est bien sûr pas en reste: certes, il a une morale, mais il le prouve en donnant la femme qu'il aime à la police! Et quand son partenaire est tué, il donne des instructions à sa secrétaire: s'occuper de prévenir la veuve, mais surtout qu'elle se tienne à l'écart; remplacer la mention "Spade et Archer" sur la porte par un plus sobre "Samuel Spade"... Quand c'était Ricardo Cortez qui interprétait le détective dans le film de Roy Del Ruth, on était dégoûté. Ici, on est fasciné: à jouer systématiquement les sales types dans les nombreux films de gangsters qu'il a interprétés durant des années, Bogart a acquis une solidité, une gamme de possibilités, qui sont étonnantes. Rien d'étonnant à ce qu'après avoir joué les sales types, il se soit vu, par la grâce de High Sierra, se diriger vers des personnages qu'on ne peut qu'aimer. 

...Y compris quand il manipule les affreux réunis autour de lui, pour se payer la fiole de la petite frappe qui a la gâchette si légère qu'on ne peut pas résister à lui jouer un vilain tour: la scène, présente dans le roman, était déjà dans l'adaptation de 1931, mais elle prend ici une dimension d'humour noir et cruel. Bref, du sel, et pas qu'un peu!

Maintenant, une scène montre la transformation du détective, par la grâce de la convoitise: lorsqu'il met la main sur une statuette, qui pourrait bien être celle que tout le monde cherche, son regard change, son attitude aussi. L'homme n'est pas incorruptible, loin de là. Mais si force restera à la loi, n'est-ce-pas parce que c'est la convention du genre? Un genre qui avait de eaux jours devant lui, mais je reste quand même sur la défensive: oui, trop bavard

 

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Published by François Massarelli - dans Noir John Huston