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16 juillet 2022 6 16 /07 /juillet /2022 17:58

En Afrique, l'aventurier Aloysius 'Trader' Horn (Harry Carey) voyage de jungle en forêt inextricable en compagnie de Peru, le fils (Duncan Renaldo) d'un vieil ami, qui ne connaît ni l'aventure ni le continent, et de Rancharo (Mutia Omulu), son fidèle assistant. Ils rencontrent une vieille excentrique (Olive Golden Carey) qui parcourt l'Afrique pour retrouver sa fille qui lui a été enlevée des années auparavant. Mais quelques jours plus tard, ils vont retrouver le cadavre de la dame, et faire beaucoup de mauvaises rencontres...

Bien que le film soit basé sur un livre, lui-même inspiré de faits réels et d'un personnage authentique et haut en couleurs, on navigue constamment entre romance, aventure, réalisme, et... délire mélodramatique. Bien sûr qu'on croisera la fille perdue, seule blanche à la chevelure dorée à mener une inquiétante tribu à la baguette et préfiguration évidente d'un autre personnage qui sera l'année suivant confiée aux mains expertes de Woody Van Dyke. Mais ce dernier n'a probablement accepté la mission donnée par la MGM que parce qu'elle lui permettait de se rendre en Afrique et d'y tourner le premier film de fiction de l'histoire du continent.

Et quelque improbable que soit le résultat final, il bénéficie grandement de cet état de fait, le metteur en scène, qui avait déjà arpenté l'Ouest sauvage en long, en large et en travers dans d'innombrables westerns, qui avait mené deux tournages à succès dans les mers du sud, et qui n'attendrait pas longtemps à partir pour les solitudes frileuses du Nord du contient Américain, rêvait d'un tel défi! Un défi propre à faire ramener au cinéaste des kilomètres de pellicule quasi-documentaires, souvent présentées dans le film dans le cadre d'un dialogue entre le maître (Carey) et son élève (Renaldo), qui découvre en état d'extase permanente la beauté de l'Afrique et surtout sa faune. Les images ramenées serviront aussi de stock-shots à tous les Tarzan de la MGM, pour dix ans au moins.

Alors maintenant, on peut le dire: n'attendez pas un plaidoyer anti-raciste, ou un film très novateur. Les blancs, ici se comportent en blancs, Anglo-saxons, et la plupart des Africains y sont au mieux assujettis, au pire des sauvages. Il n'empêche, le personnage de Horn échappe quand même à cet aspect, lui qui affiche une tristesse profonde devant la perte d'un ami. Cet ami était noir, et Africain. Un détail, mais c'est toujours ça... 

Quand à Edwina Booth, elle a un rôle assez inattendu, à la fois décoratif, culotté, ridicule et humiliant... Elle a par-dessus le marché ramené un certain nombre de maladies du tournage, et je ne parle pas d'un rhume (oui, elle a à peu près le même costume que Tarzan): Trader Horn est donc le film qui a à la fois commencé, et terminé sa carrière.

 

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Published by François Massarelli - dans Woody Van Dyke Pre-code
15 juillet 2022 5 15 /07 /juillet /2022 09:12

Vienne, au XIXe siècle... Un meneur de jeu (Anton Walbrook) présente au spectateur une ronde de scènes, enchaînées par ses commentaires: une prostituée (Simone Signoret) décide de passer du bon temps avec un jeune soldat bougon (Serge Reggiani), qui ensuite est montré au bal négligeant une jeune femme (Simone Simon), qui par la suite devient la femme de chambre d'un beau jeune homme (Daniel Gélin), qui s'enhardit et fréquente une femme mariée (Danielle Darrieux). Celle-ci est vue conversant au lit de façon mélancolique avec son mari (Fernand Gravey) sur, justement, l'infamie des femmes adultères, puis on le voit occuper un salon privatif avec une jeune femme (Odette Joyeux) dans un restaurant. La jeune femme fait de son côté la rencontre d'un poète (Jean-Louis Barrault), qui la laisse ensuite pour une comédienne (Isa Miranda), et cette comédienne s'entiche d'un comte, pourtant bien nigaud (Gérard Philipe), et c'est le comte que nous verrons à la fin dans l'appartement de la prostituée...

Le meneur de jeu n'en fait bien sûr qu'à sa tête, intervenant ^parfois directement et commentant l'action; Anton Walbrook n'est doublé qu'à partir de sa deuxième intervention, sans explication aucune. Il est fidèle à lui-même, mais ce rôle perturbateur, qui révèle en permanence les coulisses de l'action au delà du quatrième mur, dans des décors souvent grossiers et factices, joue un peu contre le film, tout comme la musique inspirée de l'opérette Viennoise, avec ses choeurs. Comme toujours dans le cinéma français, on ajoute une narration pour jouer à être subtil et on se retrouve avec lourdeur et redondance... 

Les acteurs sont évidemment excellent, d'autant que le film fait le plein de monstres sacrés qui sont tous à l'aise avec des rôles taillés sur mesure. Le ton est léger, et avec ces anecdotes de tout et de rien, il se dégage des rapports amoureux un mélange de frisson et d'un sentiment ironique d'inutilité totale. Les pantins du narrateur, en effet, sont tous condamnés d'avance à lâcher leur grand amour un jour ou l'autre... Et pour ma part le dialogue omniprésent tend à gâcher la flamboyance tournoyante de la mise en scène: c'est une adaptation d'une pièce de Schnitzler, l'auteur dont Lubitsch avait su tirer le meilleur (The marriage circle). Il est des classiques qui ne vous feront ni chaud ni froid... Ah, si Lubitsch... Non, rien.

 

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Published by François Massarelli - dans Max Ophüls
14 juillet 2022 4 14 /07 /juillet /2022 17:25

Après Obsession, Passion? De Palma adapte un film noir du défunt Alain Corneau, son dernier, et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il s'en approprie sérieusement les contours. Pas de redite ici.

Deux femmes travaillent ensemble dans a publicité: Christine (Rachel McAdams) est la patronne, et Isabelle (Noomi Rapace) sa subordonnée. Chaque fois que cette dernière aura eu l'impression de progresser, soit dans son rapport avec la patronne, soit dans sa carrière, ça lui reviendra en pleine figure. C'est qu'il n'y a pas plus manipulateur, menteur et gonflé que Christine. Et parfois sa méthode confine à la cruauté pure et simple, jusqu'à l'humiliation. Jusqu'à quand Isabelle va-t-elle laisser faire? Et n'est-elle pas, elle aussi, amenée à imiter sa patronne avec sa jeune assistante Dani?

C'est un film noir, basé sur une, ou plutôt des, passions pas toujours amoureuses, et généralement trouble. On y navigue en eaux opaques, entre folie, mythomanie, rêve et réalité. L'un des intérêts du film est de soulever tellement de questions, que certaines resteront délicieusement sans vraie réponse, c'est une bonne chose. De Palma, sinon, renoue ici avec un style de cinéma qu'il affectionne au point que certains l'ont parfois (c'est mon cas et je l'assume) accusé d'être un plagiaire: un cinéma noir, baroque, basé sur la peur, le regard et une certaine forme d'aliénation, dans laquelle le metteur en scène, le directeur de la photo et le compositeur semblent être les seuls à connaître le fin mot...

On a donc une leçon de regard, assez pertinente et fréquente. La musique (de Pino Donaggio) est sous forte influence de Bernard Herrmann, ce qui ne nous étonnera pas trop... Et De Palma décline toutes ses petites manies qui rendent sa mise en scène bien plus intéressante que le film: split-screen, point de vue, plan-séquence... Les deux actrices principales sont excellentes... Et le film se vautre sur sa dernière demi-heure en une suite de révélations qui auraient pu se trouver dans un film de M.Night Shyamalan: et ça, ce n'est pas un compliment.

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Published by François Massarelli - dans Noir
14 juillet 2022 4 14 /07 /juillet /2022 10:06

Une mère (Kim Hye-ja) vit seule avec Do-joon (Won Bin), son grand fils, handicapé mental très timide et effacé, sauf quand on le provoque: il n'aime pas du tout se faire traiter d'idiot. La mère vit dans l'espoir absurde qu'un jour son grand fils se fasse accepter et pourquoi pas avoir une vraie histoire d'amour. Par contre, pour l'instant, le jeune homme est surtout occupé à faire des bêtises avec son copain Jin-tae (Jin Goo).

Mais tout le monde est catégorique: quand on retrouve le cadavre d'une jeune femme, exposé en haut d'une terrasse à la vue de tous, la présence sur les lieux d'une balle de golf sur laquelle il avait signé son nom (il voulait "l'offrir à une fille") accuse Do-joon, et le fait qu'il n'ait aucun souvenir que ce soit pour confirmer ou démentir l'accusation le met dans une position délicate... Bref aux yeux de tous il est coupable. La mère, pour sa part, refuse en bloc et parallèlement aux efforts assez mous de la police, pas dégoûtée par le peu d'intérêt manifesté par l'avocat qu'elle a engagé, elle mène l'enquête à sa façon.

C'est un film aux inspirations riches et variées: alors qu'on attendrait une enquête policière, un climat sombre, le réalisateur choisit de passer par l'apparence de la comédie et de suivre les divers personnages dans leur quête de la vérité: les policiers, qui gardent une forte sympathie pour Do-joon, sont de plus en plus embarrassés par les preuves qui s'accumulent et l'absence de quelque indice que ce soit pour aller dans l'autre sens; Do-joon lui même qui par une stimulation mentale, réussit à réveiller sa mémoire défaillante, et surtout la mère qui va trouver de l'aide pour remonter la piste,et aboutir à la vérité... Une vérité qui passe par la vie peu reluisante d'Ah-jun, la victime, une fille qui toute sa vie et jusqu'au bout, aura été abusée par les hommes. Une vérité qui ne sera plaisante pour personne...

Mais aussi, on voit à travers le film le portrait sans concession d'un amour maternel assez malsain, malgré des intentions très louables. Un amour maternel qui prend d'ailleurs des formes inattendues, et il y a une bonne dose de non-dit (une question revient comme un gag récurrent, mais aucune réponse ne sera jamais totalement satisfaisante: as-tu couché avec ta mère? ...ce qu'une séquence semblerait confirmer!). Surtout, on apprend par un flash-back soudain, qui réveille les souvenirs embrumés du garçon, que la mère a tenté un double suicide quand Do-joon avait 5 ans. 

Jusqu'où une mère peut-elle aller dans son amour absolu, délirant et grotesque pour son grand fils? derrière le vitriol, il y a malgré tout une formidable tendresse pour les personnages, et Bong Joon-ho va nous fournir des réponses à cette question. Mais sachez-le: elles ne font pas plaisir...

 

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Published by François Massarelli - dans Bong Joon-Ho
13 juillet 2022 3 13 /07 /juillet /2022 17:03

Dans les rudes collines du Kentucky, une jeune femme (Mary Pickford) se retrouve plus ou moins obligée d'accepter des fiançailles avec un ami de la famille, qui est un homme assez violent (Henry B. Walthall). Mais quand le jeune frère (Walter Miller) de ce dernier revient de la vallée où il a effectué des études, l'affection qui le liait déjà à l'héroïne est très présente, et le jeune frère va donc devoir repartir pour laisser la place à son dangereux aîné. Mais au moment de son départ, une vieille rivalité avec les voisins refait surface et il reste pour participer à la bataille...

C'est complet: du Kentucky, on retiendra donc le dénuement social et intellectuel, le manque total de considération pour la femme, l'omniprésence d'une vision revancharde et avec oeillères de la Bible, et bien sûr la tendance à se fâcher littéralement à mort (mais vraiment) avec ses voisins, résultant dans des batailles rangées à balles réelles... Les paysans des contrées montagneuses du Sud, on a bien fait le tour d'un sujet qui reviendra de façon lancinante au cinéma, à travers des oeuvres de Frank Lloyd (The call of the Cumberlands), Buster Keaton (Our hospitality), Henry Hathaway (The trail of the lonesome pine) ou Michael Curtiz (Mountain Justice)...

Amusant à quel point des fois Griffith (lui-même natif du Kentucky) jouait contre son camp parfois! Le film est très distrayant, assez riche, avec une performance qui surclasse toutes les autres, sans aucun effort extrême: Mary Pickford était, déjà, une grande actrice. Sans jeu de mots intentionnel, puisqu'elle était quand même bien frêle. 

On n'est qu'en 1912, mais un grand nombre de ce qui sera en place dans The birth of a nation qui montre également une famille en proie à un danger de mort comme ici: la bataille entre les deux clans est très bien délimitée, et l'un des motifs les plus présents dans l'oeuvre du réalisateur se met doucement en place, avec les femmes qui attendent dans la cabane pendant la bataille, la plus jeune s'exaltant en entendant le bruit des combats.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith Mary Pickford
12 juillet 2022 2 12 /07 /juillet /2022 11:34

Incroyable mais vrai: Alain (Chabat) et Marie (Léa Drucker) achètent une maison unique en son genre. Pas mal pour un vieux couple sans enfants, mais... un peu grande. Sauf que l'agent immobilier leur fait une révélation et montre le "clou" de la maison. Un trappe qui permet... Je ne vais pas le dire. En tout cas, ça emballe Marie, et ça épate Alain, qui passe vite à autre chose. 

C'est pourtant lui qui voudrait le dire à des amis venus manger à l'improviste, Gérard (Benoît Magimel) et Jeanne (Anaïs Demoustier). Il va devoir abandonner l'idée, car Marie ne veut pas révéler ce que... Ce que je ne vais pas vous révéler non plus. Pourtant c'est probablement la seule façon qu'il aurait pu tenter de damer le pion à Gérard, son patron, qui vient de faire une révélation énorme à table: il vient de se faire greffer une... Non, je ne vais pas le dire non plus.

Si jamais vous avez vu l'une des bande-annonces, du film c'est à peu près le même effet: de la banalité enjolivée par une accroche vers une révélation, qui (dans le cadre de la bande-annonce du moins) ne viendra jamais. La première partie de ce film, la plus rigoureuse dans l'exposition de l'absurde au quotidien, joue d'ailleurs admirablement de cet effet d'annonce délayée. Dupieux coupe les scènes pile au bon moment, c'est-à-dire au moment de la révélation ou du moins juste avant, et bouleverse la chronologie en cueillant ses personnages après. Eux savent, mais pas nous...

Mais une fois toutes les révélations faites, la comédie se stabilise derrière une certaine standardisation de la comédie, et finit par devenir épouvantablement déprimante. Il sera question ici de vieillir, de ne pas vieillir. De responsabilité, de vivre à deux et de ne pas vivre à deux. De sexualité, limitée à la responsabilité masculine, et occasionnellement de fourmis; et bien que le film ne fasse pas une heure vingt, on finit par trouver le temps très long.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Alain Chabat
12 juillet 2022 2 12 /07 /juillet /2022 09:13

Le vieux Sud, avant la guerre civile... Le planteur Van Horn s'est installé depuis sa Pennsylvanie natale, et bien il vit remarié avec une (insupportable) ancienne "belle" locale, et avec son grand fils Carl. Celui-ci a rencontré une jeune femme, Dixiana (Bebe Daniels), qui est chanteuse à New Orleans. Avec le soutien de son père, il la ramène chez eux pour se marier, mais la belle-mère s'oppose au mariage quand elle apprend que Dixiana a travaillé dans le cirque... Elle doit quitter la plantation et décide de le faire sans Carl, dont elle pense qu'il ne doit pas mettre son avenir en danger.

Cinématographiquement, c'est du pur Musical de 1930, cette fois servi par la RKO: intrigue vague d'opérette, répartition parfois hasardeuse des ingrédients (chants, danse, comédie, et intermèdes de music-hall) dans laquelle les trois vedettes sont Bebe Daniels (compétente en dépit du matériau usé jusqu'à la corde qu'on lui confie), et les insupportables comiques pas drôles Wheeler et Woolsey, dont je ne vais pas plus parler parce qu'ils n'en valent pas la peine. Everett Marshall, le chanteur qui joue Carl, est nul. Le film vaut sans doute plus par ses vingt minutes finales en Technicolor qu'autre chose, et son méchant est épouvantablement fade...

Sinon, c'est le Sud tel que le cinéma s'est toujours obstiné à le représenter: douceur de vivre, mint juleps, et "mes esclaves chantent mieux que les esclaves des autres, c'est parce qu'ils aiment leur maître"... Bref.

 

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Published by François Massarelli - dans Pre-code Musical Technicolor
11 juillet 2022 1 11 /07 /juillet /2022 16:07

La famille Kim (le père, la mère, la fille, une jeune adulte et le fils, un adolescent, vient dans un sous-sol miteux du pire quartier de la ville. Tous chômeurs, ils survivent en pliant des boîtes de pizza, et avec un minimum de débrouille, quand une opportunité se présente: un copain de Ki-woo, le fils, donne des cours d'Anglais à une jeune fille de la bourgeoisie, et comme il doit s'absenter, il lui confie son remplacement... Ki-woo, sous le pseudonyme de Kevin, vient avec un faux diplôme concocté par sa soeur grâce au système D sur internet (dont ils profitent grâce à la wi-fi de leurs voisins); puis il présente sa soeur comme une amie qui fait de l'art-thérapie quand Mme Park, son employeuse, désire donner des cours de dessin à son fils traumatisé. Le troisième membre de la famille à s'infiltrer sera le père, qui remplacera le chauffeur que la fille réussit à faire renvoyer, et enfin les trois Kim se débarrassent de la gouvernante quand ils découvrent son allergie aux pêches... La mère peut donc à son tour faire son entrée dans le personnel de maison. Mais quand on est un parasite, il y a une règle du jeu à bien comprendre: tout le monde a des parasites, y compris... les parasites eux-mêmes. A la faveur d'un départ de la famille Park pour faire du camping, les Kim vont faire une découverte effarante et qui va tout bouleverser dans leur plan un peu trop optimiste...

Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce film n'est pas passé inaperçu, ayant été fêté et multi-fêté, au point de décocher non seulement la Palme d'Or en 2019, et le trophée du meilleur film étranger (c'est-à-dire non anglophone) à la cérémonie des Oscars, mais surtout, ce qui n'est pas banal, il  obtenu par dessus le marché l'Oscar du meilleur film, une première pour un film Coréen... Ou non-anglophone.

C'est que cette comédie très méchante au vitriol premier choix frappe fort et juste, dans sa peinture d'un monde à deux vitesses où les parasites sont, au choix, les pauvres de la famille Kim, qui s'invitent frauduleusement, par des manipulations honteuses et se rendent indispensables par tricherie auprès des Park... Ou les riches de la famille Park, qui considèrent qu'à partir du moment où on les paie, les employés de maison sont taillables et corvéables à merci, et d'ailleurs, pour tout leur argent, de fait, les Park ne travaillent pas (à la maison en tout cas). Du coup, leur fils couvé à l'extrême fait des maladies de riche: il a un traumatisme, qui lui vient d'une nuit où il a vu un fantôme... Ce qui aura une explication, car en effet il a bien vu quelque chose! 

Et ce monde à deux vitesses, c'est bien sûr le notre, dans un récit hilarant et à la verve particulièrement acérée, où une gouvernante ivre de pouvoir se retrouve à prodiguer des massages à son mari en imitant les actualités Nord-Coréenne tout en tenant une famille en joue, où M. Park, le richissime et par ailleurs totalement inutile propriétaire d'une villa tellement moderne qu'elle en devient ridicule, passe son temps à deviser sur l'odeur des gens et en particulier celle de son chauffeur: il dit à son épouse que M. Kim "sent le métro". Ce à quoi elle répond qu'elle n'a pas pris le métro depuis bien longtemps...

Donc dans ce jeu de massacre qui débouchera sur une étrange mais bien agréable mélancolie quand même (et franchement, il fallait le faire), il y a énormément de plaisir à prendre. On sait que Bong Joon-ho (The host, Memories of murder) excelle à se glisser dans la peau de metteur en scène de tous les genres, ici il combine la satire sociale grinçante, le film criminel et la fable, pour une réussite exceptionnelle, qui a bien mérité tous les prix qu'il a raflés. Pour une fois, je suis bien content de l'admettre!

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Bong Joon-Ho Criterion
11 juillet 2022 1 11 /07 /juillet /2022 09:15

1945: les Philippines sont encore sous contrôle Japonais, mais pour combien de temps? Les Américains sont là, et dans l'archipel, la plupart des unités Nippones n'ont plus ni commandement, ni nourriture. Tamura, un soldat malade (Eiji Funakoshi) mais que l'hôpital a refusé de soigner, a pour consigne de e faire soigner ou de se suicider... Sas écarter la deuxième option, il erre de rencontre en rencontre, dans un univers de plus en plus hostile.

C'est un film contemporain de l'admirable fresque de Masaki Kobayashi La condition de l'homme, qui démontrait l'absurdité de la guerre en racontant dans un récit fleuve le recrutement forcé d'un idéaliste puis la perte, une à une, de ses illusions et de ses valeurs dans sa confrontation avec les réalités de la guerre. Ici, en revanche, Ichikawa choisit de prendre l'affaire à la fin, en utilisant pour son principal protagoniste le "jusqu'ici tout va bien".

Par exemple, une scène montre un groupe de soldats qui s'avancent et se couchent en entendant un avion ennemi. Quand ils sont sur le sol, une rafale de mitrailleuse en touche quelques-uns, les autres se relèvent sans plus d'émotion et reprennent leur route. Une autre séquence montre un soldat s'arrêter pour récupérer des chaussures en meilleur état que les siennes. Mais celles qu'il laisse derrière lui seront récupérée par un collègue encore plus mal loti, jusqu'à ce que le personnage principal ne se trouve à son tour confronté avec les restes quasiment fumants de godillots totalement privés de semelles. Il les compare avec ce qu'il a aux pieds, et... elles sont aussi déglinguées: il choisit donc, dans la logique de l'absurde, de se priver de chaussures. Plus aucun des soldats ne croit en quoi que ce soit, l'heure est à la survie, à la débrouille et on tourne assez clairement en rond. 

Le film est en noir et blanc, en format Scope assez typique des productions de l'époque, dont Kinoshita se sert (il y a une nette distorsion de l'image) pour amplifier la maigreur du principal protagoniste. Le noir et blanc aussi est utilisé de façon dramatique ici, avec une palette impressionnante de gris, entre ombre et lumière. Ces pérégrinations dans la jungle sont une histoire de dégradation, d'attente absurde de la mort, dans lesquelles l'humour n'est même pas absent... Mais il est très, très noir.

 

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Published by François Massarelli - dans Kon Ichikawa
11 juillet 2022 1 11 /07 /juillet /2022 08:52

Trois nouvelles de Maupassant, mises en images: dans Le Masque, un médecin (Claude Dauphin) est appelé à se charger d'un mystérieux homme masqué, qui s'est écroulé durant une danse. Il découvre qu'il s'agit d'un vieillard, dont son épouse affirme qu'il a été un vrai bourreau des coeurs... Dans La Maison Tellier, des pensionnaires d'une maison de tolérance, accompagnées de leur patronne (Madeleine Renaud), se rendent en Normandie pour assister à  une communion solennelle. C'est rare qu'elles puissent bénéficier d'une telle occasion de sortir, et en ville, devant a porte close, les clients fidèles sont décontenancés. Lors des festivités de communion, le frère de la patronne (Jean Gabin) fait une fixation sur la belle Rosa (Danielle Darrieux) au point d'en devenir inconvenant. Dans Le modèle, un peintre (Daniel Gélin) qui a commencé à vivre avec une jeune femme (Simone Simon) qui lui sert de muse, cherche à s'en débarrasser pour pouvoir se marier, mais elle est amoureuse et s'accroche...

C'est bien sûr un film divisé en trois segments, reliés de façon assez artificielle par une narration supposée être de Maupassant lui-même (Jean Servais) mais c'est précisément cet aspect du film qui est le moins intéressant. Le cinéma Français est toujours trop explicite avec ses recettes, et ce film n'est pas une exception. Il me semble que la thématique est suffisamment claire, que le titre est clairement ironique. On aurait pu se contenter, finalement, de la pas si énigmatique phrase finale, "Le bonheur n'est pas gai"...

Ces trois films montrent en effet de quelle façon tout dans la vie, le plaisir, le bonheur, la jeunesse, est éphémère et destiné un jour ou l'autre à la mort; le plaisir de danser, de tournoyer au milieu des jolies filles, qui fait qu'un homme qui se refuse à accepter d'avoir vieilli va porter un ridicule masque de jeune homme, les promesses chastes d'une belle journée de repos pour d'aimables prostituées, qui plus est sanctifié par un émouvant passage à l'église, finira tôt ou tard par dévier vers la gaudriole, parce que les hommes sont comme ça. Et le peintre qui a choisi son art, est condamné à rester pieds et poings liés à sa condition...

Le film est malgré tout complètement sous l'influence de son segment central qui totalise 45 minutes. Il est vrai que la verve de comédie qui s'y trouve, la présence d'acteurs de tout premier plan (Darrieux, Gabin, Madeleine Renaud, Héléna Manson, Pierre Brasseur, Ginette Leclerc, Louis Seigner...) et la présence d'un voyage en Normandie, qui replace Maupassant au coeur de son histoire, font beaucoup. Et comme les deux autres segments, Ophüls place sa mise en scène au coeur des décors, privilégiant des tournoiements d'acteurs dans des espaces reproduits en entier. Dans tout le film, on retrouve cet effort assez notable pour le cinéma Français de l'époque, d'une caméra mobile et de décors riches de sens: l'église où les filles de la Maison Tellier retrouvent une part de leur innocence perdue, le bal canaille où le mystérieux homme masqué s'écroule, la ferme de Jean Gabin, l'atelier du peintre avec ses verrières... Toute une vie, tout un univers.

 

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Published by François Massarelli - dans Max Ophüls Jean Gabin